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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2505925

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2505925

mercredi 9 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2505925
TypeOrdonnance
Avocat requérantSELARL CONCEPT AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a été saisi par M. Julien Blondeau, agent territorial et représentant syndical CGT, contestant les refus d'autorisations d'absence opposés par la commune de Bessancourt. La juge des référés a reconnu l'urgence, compte tenu de la réunion syndicale imminente du 10 avril 2025, et a caractérisé une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté syndicale, dès lors que les refus n'étaient pas justifiés par des nécessités impérieuses de service. En conséquence, elle a suspendu les décisions de refus et enjoint à la commune de délivrer les autorisations d'absence sollicitées, en application des articles L. 214-4 et suivants du code général de la fonction publique.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 avril 2025, M. Julien Blondeau demande à la juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre immédiatement les refus d'autorisation d'absence à son encontre ;

2°) d'enjoindre à la commune de Bessancourt de respecter son droit à l'exercice effectif de son mandat syndical et lui accorder les autorisations d'absence ;

3°) de condamner la commune de Bessancourt aux dépens ;

4°) de lui verser une indemnité provisionnelle de 2 000 euros en réparation du préjudice subi lié à l'entrave de son exercice syndical.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il est privé de l'exercice effectif de son mandat syndical, entravant la représentation des agents territoriaux et qu'il se retrouve dans l'impossibilité de participer aux formations et réunions nécessaires à l'exercice de son mandat syndical, compromettant l'information et la défense des agents ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté syndicale et à la possibilité d'obtenir des autorisations d'absence aux représentants syndicaux pour exercer leur mandat.

La commune de Bessancourt a produit le 9 avril 2025, les pièces utiles au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bocquet pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 9 avril 2025 à 15 heures 30.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Grospierre, greffier d'audience :

- le rapport de Mme Bocquet, juge des référés ;

- les observations de M. A qui conclut à aux mêmes fins et par les mêmes moyens, indiquant que les refus d'absence syndicales ne sont pas motivés par les nécessités de service, que les refus qui lui ont été adressés ne respectent pas le préavis de quinze jours, qu'il a bien sollicité le 5 mars 2025 auprès de la mairie d'organiser la réunion du 11 avril 2025, qu'il s'est vu confier de nouvelles missions dans le cadre du plan propreté uniquement hier par sa supérieure, qu'il a un droit syndical qui doit être respecté et qu'il n'a pas atteint le plafond d'heures dont il dispose ;

- les observations du maire de la commune de Bessancourt, représenté par Me Poussier, qui conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'il n'y a pas d'urgence à statuer, les précédentes réunions syndicales du 8 et 9 avril 2025 ayant déjà eu lieu, que la réunion du 11 avril est une réunion interne à la mairie et pour laquelle cette dernière n'a pas été prévenue dans les délais, qu'il y a urgence à mettre en œuvre le plan propreté et à ce que M. A assure ses fonctions communales ; qu'il n'y a pas d'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale eu égard au nombre importants d'autorisations d'absences accordées depuis janvier 2025 au requérant et aux nécessités de service qui imposent que ce dernier soit présent pour mettre en œuvre le plan propreté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. Julien Blondeau, secrétaire général du syndicat Confédération Générale du Travail (CGT) des agents territoriaux et responsable environnement de la commune de Bessancourt, s'est vu refuser ses demandes d'autorisation d'absence par la directrice générale des services depuis le 27 mars 2025. Par la présente requête, M. A demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution des décisions portant refus d'autorisation d'absence.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. Il appartient aux requérants de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. En outre, la mise en œuvre de la protection juridictionnelle particulière instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative implique qu'il soit satisfait non seulement à la condition d'urgence inhérente à la procédure de référé mais également que l'illégalité commise par une personne publique revête un caractère manifeste et ait pour effet de porter une atteinte grave à une liberté fondamentale.

4. Il résulte de l'instruction qu'une réunion du comité de la CGT est prévue le 10 avril 2025 pour lequel M. A s'est vu refuser une autorisation spéciale d'absence. S'il n'y a plus d'urgence à statuer concernant les réunions antérieures des 2 au 4 avril et des 8 et 9 avril 2025, l'existence de cette seule réunion suffit à démontrer de l'urgence à statuer, d'autant que la mise en œuvre par la commune d'un plan propreté dont l'échéance est fixée au printemps 2026 ne peut caractériser une urgence pour la commune.

En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :

5. Aux termes de l'article L. 214-4 du code général de la fonction publique : " Sous réserve des nécessités du service, les collectivités et établissements accordent un crédit de temps syndical aux responsables des organisations syndicales représentatives. Celui-ci comprend deux contingents : 1° Un contingent est utilisé sous forme d'autorisations d'absence accordées aux représentants syndicaux mandatés pour participer aux congrès ou aux réunions statutaires d'organismes directeurs des organisations syndicales d'un autre niveau que ceux indiqués à l'article 214-3. Il est calculé proportionnellement au nombre d'électeurs inscrits sur la liste électorale au comité social territorial compétent. Pour les collectivités territoriales et établissements publics affiliés dont le comité social territorial est placé auprès du centre de gestion, ce contingent d'autorisations d'absence est calculé par les centres de gestion. Ceux-ci versent les charges salariales de toute nature afférentes à ces autorisations aux collectivités et établissements précités dont certains agents ont été désignés par les organisations syndicales comme bénéficiaires de ces autorisations d'absence ; 2° Un contingent est accordé sous forme de décharges d'activité de service. Il permet aux agents publics d'exercer, pendant leurs heures de service, une activité syndicale au profit de l'organisation syndicale à laquelle ils appartiennent et qui les a désignés en accord avec la collectivité ou l'établissement. Il est calculé selon un barème dégressif appliqué au nombre d'électeurs inscrits sur la liste électorale du ou des comités sociaux territoriaux compétents. ". Aux termes de l'article L. 214-5 du même code : " Les centres de gestion calculent le contingent de décharges d'activité de service mentionné au 2° de l'article L. 214-4 () ". Aux termes de l'article 12 du décret du 3 avril 1985 relatif à l'exercice du droit syndical dans la fonction publique territoriale : " A la suite de chaque renouvellement général des comités sociaux territoriaux, la collectivité territoriale, l'établissement public ou le centre de gestion attribue un crédit de temps syndical aux organisations syndicales, compte tenu de leur représentativité. Le montant de ce crédit de temps est reconduit chaque année jusqu'aux élections suivantes, sauf modification du périmètre du comité social territorial entraînant la mise en place d'un nouveau comité social territorial dans les conditions prévues à l'article 32 du décret n° 85-565 du 30 mai 1985 relatif aux comités techniques des collectivités territoriales et de leurs établissements publics ou une variation de plus de 20 % des effectifs. Le crédit de temps syndical comprend deux contingents : 1° Un contingent d'autorisations d'absence ; 2° Un contingent de décharges d'activité de service. ". Aux termes de l'article 20 du même décret : " Les organisations syndicales désignent les agents bénéficiaires des décharges d'activité de service () ".

6. Il résulte de l'instruction et des pièces produites par les deux parties que le requérant s'est vu reconnaitre un total de prêt de 80 heures d'autorisations exceptionnelles d'absence accordées depuis le 1er janvier 2025 ainsi que deux jours de formation, une demi-journée pour comité exécutif, 4 jours pour comité médical soit un total d'environ quinze jours sur ces trois derniers mois. En outre, il a sollicité des autorisations d'absence pour quatre jours sur la semaine du 7 au 11 avril 2025. Dès lors, eu égard aux nécessités du service, l'atteinte portée à sa liberté syndicale en lui refusant les autorisations sollicitées ne parait ni grave ni manifeste.

7. Le requérant n'ayant présenté aucune demande préalable indemnitaire au titre de son préjudice moral et statuant dans le cadre du référé liberté, ses conclusions tendant à la condamnation par la commune à lui verser la somme de 2 000 euros pour préjudice moral sont rejetées.

Sur les frais de l'instance :

8. La commune de Beaumont n'étant pas la partie perdante à la présente instance, les conclusions tendant à ce que les dépens soient mis à sa charge sont rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. Julien Blondeau et à la commune de Bessancourt.

Fait à Cergy, le 9 avril 2025.

La juge des référés,

Signé

P. Bocquet

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 25059252

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