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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2514340

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2514340

mercredi 25 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2514340
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. A... visant à annuler les retraits de points sur son permis de conduire pour des infractions de 2022. Le tribunal a jugé le recours irrecevable pour tardiveté, considérant que les décisions avaient été régulièrement notifiées et que le délai de recours contentieux de deux mois, prévu par les articles R. 421-1 et suivants du code de justice administrative, n'avait pas été respecté. L'administration avait apporté la preuve d'une notification conforme, interrompue puis relancée par un recours gracieux, dont le rejet implicite avait été dûment porté à la connaissance du requérant.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête enregistrée le 30 juillet 2025, M. B... A..., représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

d’annuler les décisions portant retrait de points consécutives aux infractions commises les 25 avril et 7 septembre 2022 ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux ;

d’enjoindre au ministre de l’intérieur de rétablir un capital de douze points sur son permis de conduire dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

de mettre à la charge de l’État la somme de 2 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de condamner l’Etat aux entiers dépens.

Il soutient que :
il n’a pas reçu communication des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l’occasion des retraits de points ;
la réalité des infractions constatées les 25 avril et 7 septembre 2022 n’est pas établie dès lors qu’elles n’ont pas donné lieu à une condamnation définitive.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2026, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les conclusions dirigées contre les décisions portant retrait de point à la suite des infractions des 25 avril et 7 septembre 2022 sont irrecevables en raison de leur tardiveté.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
le code de la route ;
le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Rolin, vice-présidente, en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de Mme Rolin a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

A la suite d’infractions au code de la route constatées les 25 avril et 7 septembre 2022, le ministre de l’intérieur a retiré des points au capital affecté au permis de conduire de M. A.... L’intéressé a formé un recours gracieux tendant à l’annulation de ces deux décisions de retrait de points. Par la présente requête, M. A... demande l’annulation des décisions portant retrait de points consécutives à ces infractions, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux.

Aux termes de l’article R. 421-1 du code de justice administrative : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée (…) ». L’article R. 421-5 du même code dispose : « Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu’à la condition d’avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ». Aux termes de l’article L. 112-3 du code des relations entre le public et l’administration : « Toute demande adressée à l’administration fait l’objet d’un accusé de réception (…) ». Aux termes de l’article L. 411-2 du même code : « Toute décision administrative peut faire l’objet, dans le délai imparti pour l’introduction d’un recours contentieux, d’un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai. Lorsque dans le délai initial du recours contentieux ouvert à l’encontre de la décision, sont exercés contre cette décision un recours gracieux et un recours hiérarchique, le délai du recours contentieux, prorogé par l’exercice de ces recours administratifs, ne recommence à courir à l’égard de la décision initiale que lorsqu’ils ont été l’un et l’autre rejetés. ». Il résulte de ces dispositions qu’un recours hiérarchique introduit dans le délai du recours contentieux interrompt ce délai. Un tel recours constitue une demande. Par suite, le délai de recours contentieux qui recommence à courir n’est opposable qu’à la condition d’avoir été mentionné, soit dans l’accusé de réception du recours gracieux lorsque celui-ci a fait l’objet d’un rejet implicite, soit dans la décision rejetant expressément ce recours hiérarchique.

La notification d’une décision relative au permis de conduire doit être regardée comme régulière lorsqu’elle est faite à une adresse correspondant effectivement à une résidence de l’intéressé. Dans la décision procédant au retrait des points d’un permis de conduire, établie selon un modèle de lettre « 48 N », le ministre récapitule les informations relatives au retrait des points et notamment à l’obligation de suivre un stage de sensibilisation à la sécurité routière. Cette lettre mentionne les voies et délais de recours ouverts à l’encontre de ladite décision.


Il incombe à l’administration, lorsqu’elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d’une action introduite devant une juridiction administrative, d’établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l’intéressé. En cas de retour à l’administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l’adresse de l’intéressé, dès lors du moins qu’il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l’enveloppe, soit, à défaut, d’une attestation du service postal ou d’autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d’instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste. Compte tenu des modalités de présentation des plis recommandés prévues par la réglementation postale, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d’une notification régulière le pli recommandé retourné à l’administration auquel est rattaché un volet « avis de réception » sur lequel a été apposée par voie de duplication la date de vaine présentation du courrier, et qui porte, sur l’enveloppe ou sur l’avis de réception, l’indication du motif pour lequel il n’a pu être remis

Il résulte de l’instruction, notamment des mentions du relevé d’information intégral du requérant et des avis de passage n° 2C15557198773 et 2C18505352418 produits par le ministre et correspondant aux numéros figurant sur le relevé d’information intégral, que les infractions relevées les 25 avril 2022 et 7 septembre 2022 ont donné lieu à l’édiction de décisions référencées « 48N » adressées à l’intéressé par lettre recommandée avec accusé de réception. La décision référencée « 48N » du 24 octobre 2022 portant retrait de 4 points a ainsi été notifiée à l’adresse de M. A... au 10, allée de l’Ile Marante à Colombes dans le département des Hauts-de-Seine le 17 novembre 2022, adresse également mentionnée lors de l’enregistrement de la requête par l’intéressé, le pli de suivi postal produit par le ministre de l’intérieur indique a été retourné avec la mention « avisé et non réclamé ». Par suite, le requérant s’est abstenu de le réclamer alors même qu’il en avait été informé par un avis de passage. S’agissant de la décision référencée « 48N » du 28 novembre 2023 portant retrait de de 3 points du permis de conduire du requérant, notifiée à la même adresse, celle-ci a été réceptionnée par M. A... le 15 décembre 2023 qui a signé l’avis de réception de la lettre recommandée produit par le ministre de l’intérieur. Il s’ensuit que les conclusions tendant à l’annulation de ces décisions en litige présentées au greffe de ce tribunal le 30 juillet 2025, soit après l’expiration du délai de recours de deux mois fixé par les dispositions de l’article R. 421-1 du code de justice administrative, sont tardives. Le recours gracieux présenté le 22 mai 2025 qui aurait été formé le 22 mai 2025 n’a pu avoir pour effet de proroger ce délai qui était déjà expiré à cette date.


Il résulte de ce qui précède que le ministre de l’intérieur est fondé à opposer en défense la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête de M. A.... Dès lors, cette requête, irrecevable, doit être rejetée comme telle en toutes ses conclusions.


DECIDE :



Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au ministre de l’intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2026.


La magistrate désignée,


Signé


E. Rolin
La greffière,


Signé


S. Lefebvre

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.




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