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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2515555

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2515555

mercredi 22 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2515555
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantISRAEL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise annule la décision du 21 août 2025 par laquelle l'OFII a refusé à M. C., demandeur d'asile azerbaïdjanais de 68 ans, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le tribunal estime que l'OFII a commis une erreur d'appréciation en ne tenant pas compte de la vulnérabilité de l'intéressé, qui se trouve sans hébergement et présente des problèmes de santé et un handicap, conformément aux articles L. 522-1, L. 522-3 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le refus initial, fondé sur le refus d'orientation régionale et d'hébergement (article L. 551-15), est donc jugé illégal.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistré le 28 août 2025 et le 8 septembre 2025, M. A... C..., représenté par Me Israël, avocat commis d’office, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 21 août 2025 par laquelle l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d’accueil ;

2°) d’enjoindre à l’OFII de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d’accueil ;

3°) de mettre à la charge de l’OFII la somme de 1 000 euros à verser à son conseil, sous réserve qu’il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, en application des dispositions combinées des articles 37 et 75-I de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il est dans une situation de vulnérabilité justifiant le bénéfice des conditions matérielles d’accueil et avoir refusé par erreur l’orientation en région et le logement qui lui étaient proposés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2025, le directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Dubois, vice-président, en application des dispositions de l’article L. 921-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 octobre 2025.
- le rapport de M. Dubois ;
- les observations de Me Israël pour M. C....

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

1. M. A... C..., ressortissant azerbaïdjanais né le 31 mars 1957, a présenté une demande d’asile le 21 août 2025. Par une décision du même jour, l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d’accueil, aux motifs qu’il a refusé l’orientation en région et le logement qui lui ont été proposés. Par la présente requête, M. C... demande l’annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. D’une part, aux termes de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Les conditions matérielles d’accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l’article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l’accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d’orientation déterminée en application de l’article L. 551-3 / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ».

3. D’autre part, aux termes de l’article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « (…) Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ». Aux termes de l’article L. 522-3 du même code : « L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ». Aux termes de l’article D. 551-17 de ce code : « La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 (…) prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée ».

4. Pour refuser d’octroyer à M. C... le bénéfice des conditions matérielles d’accueil, la directrice territoriale de l’OFII s’est fondée sur le motif tiré de ce que l’intéressé a refusé l’orientation régionale et l’hébergement dans un centre d’hébergement à Metz qui lui avaient été proposés. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. C... est âgé de 68 ans et a déclaré lors de l’entretien de vulnérabilité dont il fait l’objet ne pas disposer d’hébergement et dormir à la rue. Il a en outre coché la case relative à la présence d’un handicap et celle relative à la présence d’un problème de santé. Il affirme encore avoir refusé l’orientation en région et le lieu d’hébergement qui lui ont été proposés par erreur en raison de son état de fatigue. Compte tenu de ces éléments, M. C... est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d’une erreur d’appréciation quant à sa situation de vulnérabilité.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 21 août 2025 par laquelle l’Office français de l’immigration et de l’intégration a refusé le bénéfice des conditions matérielles d’accueil à M. C... doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

6. Eu égard au motif d’annulation retenu, le présent jugement implique que le directeur de l’OFII octroie à M. C... le bénéfice des conditions matérielles d’accueil à compter du 21 août 2025, sous réserve de changement de circonstances de fait ou de droit y faisant obstacle, dans un délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement. En revanche, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais d’instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Israël, avocate de M. C..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, de mettre à la charge de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, partie perdante dans la présente instance, le versement à Me Israël de la somme demandée de 750 euros en application des dispositions des articles L. 761‑1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :


Article 1er : La décision du 21 août 2025 par laquelle l’Office français de l’immigration et de l’intégration a refusé le bénéfice des conditions matérielles d’accueil à M. C... est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration d’accorder à M. C... le bénéfice des conditions matérielles d’accueil, sous réserve de changement de circonstances de fait ou de droit y faisant obstacle, à compter du 21 août 2025 dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Office français de l’immigration et de l’intégration versera la somme de 750 euros à Me Israël, au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à la part contributive de l’Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2025.


Le magistrat désigné,

signé

J. Dubois

La greffière,

signé

M. B...


La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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