Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a examiné le recours pour excès de pouvoir de M. B... A..., ressortissant salvadorien, contre un arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 19 décembre 2025 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour de trois ans et assignation à résidence. Le requérant invoquait notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, un défaut de motivation, une violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, et une erreur manifeste d'appréciation. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés, estimant que les décisions étaient suffisamment motivées, que la menace pour l'ordre public était établie, et que la mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. La requête a été rejetée, confirmant la légalité des arrêtés préfectoraux fondés sur le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces complémentaires et un mémoire, enregistrés le 20 décembre 2025, le 7 janvier 2026 et le 11 janvier 2026, M. C... B... A..., représenté par Me Twagiramungu, avocat désigné d’office, demande au tribunal :
1°) de l’admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;
2°) d’annuler, d’une part, l’arrêté du 19 décembre 2025 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et, d’autre part, l’arrêté du même jour par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l’a assigné à résidence ;
3°) d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine d’examiner sa demande de titre de séjour et de lui délivrer, dans l’attente, un récépissé à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.
Il soutient que :
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français :
les décisions attaquées sont entachées de l’incompétence de leur auteur qui ne disposait pas d’une délégation de signature ;
elles sont entachées d’un défaut de motivation ;
elles sont entachées d’un défaut d’examen réel et sérieux de sa situation ;
elles ont été prises en méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
elles sont entachées d’une erreur manifeste d’appréciation.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
elle est entachée d’un défaut d’examen réel et sérieux de sa situation ;
elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 janvier 2026, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Cordary première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l’article L. 921-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendu au cours de l’audience publique du 12 janvier 2026 :
- le rapport de Mme Cordary ;
- les observations de Me Twagiramungu, représentant M. B... A..., qui conclut aux mêmes fins que ses écritures par les mêmes moyens, et ajoute un moyen tiré de ce que la menace pour l'ordre public n’est pas établie, alors qu’au demeurant le préfet n’a pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. B... A... dès lors que ce dernier a deux enfants et vit avec sa conjointe ; enfin, le préfet a méconnu l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet des Hauts-de-Seine n’était ni présent, ni représenté.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C... B... A..., ressortissant salvadorien né le 4 novembre 1995, est entré sur le territoire français en 2017, selon ses déclarations, muni d’un passeport, et s’y maintient depuis cette date. Par un arrêté du 19 décembre 2025, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, en fixant le pays de destination et en lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par un second arrêté du même jour, le préfet des Hauts-de-Seine l’a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois. Par la présente requête, M. B... A... demande au tribunal d’annuler ces deux arrêtés.
Sur le bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l’article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence (…) l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée (…) par la juridiction compétente ou son président. (…) ». Aux termes de l’article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : « L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (…). L’admission provisoire est accordée par (…) le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l’intéressé, soit d’office si celui-ci a présenté une demande d’aide juridictionnelle ou d’aide à l’intervention de l’avocat sur laquelle il n’a pas encore été statué ».
3. Eu égard aux circonstances de l’espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l’admission provisoire de M. B... A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne l’arrêté l’obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et lui interdisant le retour sur le territoire français d’une durée de trois ans :
4. En premier lieu, par un arrêté du 17 novembre 2025 régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 20 novembre suivant, le préfet des Hauts-de-Seine a donné délégation à Mme E..., adjointe à la cheffe de bureau des examens spécialisés et de l’éloignement et signataire de l’arrêté attaqué, à l’effet de signer notamment les décisions d’obligation de quitter le territoire français, en cas d’absence ou d’empêchement de la cheffe de bureau. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cette dernière n’ait pas été absente ou empêchée. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de l’arrêté attaqué manque en fait.
5. En deuxième lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration, les mesures de police doivent être motivées et « comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait » qui en constituent le fondement. Aux termes de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. (...) ». De même, selon l’article L. 613-2 du même code : « (…) les décisions d'interdiction de retour (…) L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ».
6. L’arrêté en litige vise les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile applicables à la situation de M. B... A..., notamment ses articles L. 611-1, L. 612-3, et L. 612-6, ainsi que les stipulations conventionnelles dont il fait application, notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. L’arrêté précise également les motifs justifiant l’application de ces dispositions et fait état de la situation administrative et personnelle du requérant. Dès lors, l’arrêté contesté énonce de façon suffisamment précise et non stéréotypée les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fondent les décisions obligeant M. B... A... à quitter le territoire français, lui refusant le délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Il s’ensuit que le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté.
7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine n’aurait pas procédé à l’examen particulier de la situation de M. B... A....
8. En quatrième lieu, M. B... A... soutient que le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur manifeste d’appréciation aux motifs qu’il vit en concubinage et qu’il a deux enfants dont il assume la charge. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que celui-ci ne justifie pas participer à l’entretien et à l’éducation de ses enfants et ne démontre pas davantage être dépourvu d’attaches dans son pays d’origine où il a vécu jusqu’à l’âge de vingt-deux ans. Enfin, si M. B... A... indique avoir déposé une demande de titre de séjour, aucune pièce versée au dossier ne permet d’établir qu’il aurait entrepris des démarches administratives depuis son entrée en France en 2017. Dans ces conditions, et quand bien même il n’aurait pas troublé l’ordre public à la suite d’une interpellation pour des faits de violence, le préfet des Hauts-de-Seine n’a pas entaché les décisions en cause d’une erreur manifeste d’appréciation.
9. En cinquième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ».
10. Pour les mêmes raisons que celles exposées au point 8 du présent jugement, M. B... A... n’est pas fondé à soutenir que le préfet a porté une atteinte excessive et disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations précitées de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l’arrêté l’assignant à résidence :
11. Il ne ressort pas des pièces du dossier, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 6 et 8 du présent jugement, que le préfet ait entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation ou qu’il ait méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner la recevabilité des conclusions présentées aux fins d’annulation de l’assignation à résidence, que l’ensemble des conclusions aux fins d’annulation présentées par M. B... A... doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d’injonction, ainsi que de celles présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D É C I D E :
Article 1er : M. B... A... est admis à l’aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C... B... A... et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 janvier 2026.
La magistrate désignée,
Signé
C. Cordary
Le greffier,
Signé
M. D...
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.