Texte intégral
Vu la procédure suivante :
I. Par une ordonnance de renvoi n° 2521068 du 22 janvier 2026 le magistrat désigné du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de M. A... B..., enregistrée le 22 juillet 2025.
Par cette requête, enregistrée sous le numéro 2604713, M. B..., représenté par Me Da Costa, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 22 juin 2025 par lequel le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a refusé l’octroi d’un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination duquel il pourra être éloigné et l’arrêté du même jour par lequel le préfet de police de Paris a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trente-six mois et l’a informé qu’il faisait l’objet d’un signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen;
2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil,
Me Da Costa, en application des dispositions combinées de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ou, dans le cas où l’aide juridictionnelle lui serait refusée, à lui verser directement en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.;
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l’article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par voie de conséquence de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 décembre 2025, le préfet de police de Paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.
Par une décision du bureau d’aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Paris en date du 25 novembre 2025, M. B... a été admis à l’aide juridictionnelle totale.
II. Par une requête, enregistrée le 4 mars 2026 sous le numéro 2604713, M. A... B..., représentée par Me Dunikowski, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 25 février 2026 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a refusé le bénéfice de la protection temporaire, l’a obligé à quitter le territoire sans délai, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans et l’a informé qu’il faisait l’objet d’un signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen ainsi que l’arrêté du même jours par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l’a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois ;
2°) d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour portant la mention « bénéficiaire de la protection temporaire » à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui restituer son passeport sans délai ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les arrêtés :
- méconnaissent les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaissent les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- méconnait les dispositions de l’article L. 582-2, L. 581-3, L. 581-5 ensemble la décision d’exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022, et est à cet égard entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mars 2026, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la décision d’exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Rolin, vice-présidente, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l’article L. 921-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 18 mars 2026 :
- le rapport de Mme Rolin, magistrate désignée ;
- et les observations de Me Dunikowski qui précise et complète les moyens développés dans la requête n° 2604713 et verse des pièces au dossier.
Le préfet des Hauts-de-Seine et le préfet de police de Paris n’étant ni présents ni représentés.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
Par les présentes requêtes, M. A... B..., ressortissant ukrainien né le 13 mai 1995, demande l’annulation, d’une part, des arrêtés du 22 juin 2025 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l’arrêté du même jour par lequel le préfet de police de Paris a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et, d’autre part, des arrêtés du 25 février 2026 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a refusé le bénéfice de la protection temporaire, l’a obligé à quitter le territoire sans délai, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans et l’a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois.
Sur la jonction :
Les requêtes susvisées n°s 2601429 et 2604713, présentées par M. A... B..., présentent à juger les mêmes questions et ont fait l’objet d’une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur le non-lieu à statuer concernant la requête n°2601429 :
Il ressort des pièces du dossier que, par deux arrêtés du 22 février 2026, postérieurs à l’introduction de la requête, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé M. A... B... le bénéfice de la protection temporaire, l’a obligé à quitter le territoire sans délai, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans, l’a informé qu’il faisait l’objet d’un signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen et l’a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois. Si cette décision du préfet des Hauts-de-Seine n’a pu avoir pour effet d’abroger implicitement les arrêtés du préfet de police de Paris en date du 22 juin 2025 l’obligeant à quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour pour une durée de trois ans dès lors qu’il s’agit d’une décision prise par une autorité préfectorale distincte de celle qui a pris les arrêtés attaqués, l’arrêté par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l’a obligé à quitter le territoire français a toutefois eu pour effet de rendre caducs les arrêtés du préfet de police de Paris. Par suite, les conclusions tendant à l’annulation des deux arrêtés du 22 juin 2025 du préfet de police de Paris sont devenues sans objet. Par suite, il n’y a plus lieu d’y statuer sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la demande d’aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus d’octroi du bénéfice de la protection temporaire :
D’une part, aux termes de l’article 1er de la décision d’exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 constatant l’existence d’un afflux massif de personnes déplacées en provenance d’Ukraine, au sens de l’article 5 de la directive 2001/55/CE, et ayant pour effet d’introduire une protection temporaire : « L’existence d’un afflux massif dans l’Union de personnes déplacées qui ont dû quitter l’Ukraine en raison d’un conflit armé est constatée. ». Selon l’article 2 de cette même décision : « 1. La présente décision s’applique aux catégories suivantes de personnes déplacées d’Ukraine le 24 février 2022 ou après cette date, à la suite de l’invasion militaire par les forces armées russes qui a commencé à cette date : / a) les ressortissants ukrainiens résidant en Ukraine avant le 24 février 2022; / b) les apatrides, et les ressortissants de pays tiers autres que l’Ukraine, qui ont bénéficié d’une protection internationale ou d’une protection nationale équivalente en Ukraine avant le 24 février 2022; et, / c) les membres de la famille des personnes visées aux points a) et b) (…) ».
D’autre part, aux termes de l’article L. 581-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger appartenant à un groupe spécifique de personnes visé par la décision du Conseil mentionnée à l'article L. 581-2 bénéficie de la protection temporaire à compter de la date mentionnée par cette décision. Il est mis en possession d'un document provisoire de séjour assorti, le cas échéant, d'une autorisation provisoire de travail. Ce document provisoire de séjour est renouvelé tant qu'il n'est pas mis fin à la protection temporaire. / Le bénéfice de la protection temporaire est accordé pour une période d'un an renouvelable dans la limite maximale de trois années. Il peut être mis fin à tout moment à cette protection par décision du Conseil. (…) ». Selon l’article L. 581-5 du même code : « Un étranger peut être exclu du bénéfice de la protection temporaire dans les cas suivants : / (…) / 2° Sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public, la sécurité publique ou la sûreté de l'Etat. ». L’article R. 581-4 du même code dispose que : « Lorsqu'il satisfait aux obligations prévues à l'article R. 581-1, le bénéficiaire de la protection temporaire est mis en possession d'une autorisation provisoire de séjour valable six mois portant la mention " bénéficiaire de la protection temporaire ". / L'autorisation provisoire de séjour est renouvelée automatiquement pendant toute la durée de la protection temporaire définie au deuxième alinéa de l'article L. 581-3. (…) ». Enfin, aux termes de l’article R. 581-5 du même code : « Sans préjudice des dispositions du troisième alinéa de l'article L. 581-3, l'autorisation provisoire de séjour est refusée ou retirée ou son renouvellement est refusé si l'étranger est exclu du bénéfice de la protection temporaire sur le fondement de l'article L. 581-5. ».
Lorsque l’administration oppose à un ressortissant étranger un motif lié à la menace à l’ordre public pour refuser de l’admettre au séjour et l’éloigner du territoire français, il appartient au juge de l’excès de pouvoir, saisi d’un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu’elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision. La menace pour l’ordre public s’apprécie au regard de l’ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant le comportement personnel de l’étranger en cause. Il n’est donc ni nécessaire, ni suffisant que le demandeur ait fait l’objet de condamnations pénales. L’existence de celles-ci constitue cependant un élément d’appréciation au même titre que d’autres éléments tels que la nature, l’ancienneté ou la gravité des faits reprochés à la personne ou encore son comportement habituel.
Il ressort des pièces du dossier que M. B... a été interpelé le 22 juin 2025 pour des faits de violences volontaires par auteur ivre. Ces faits sont reconnus par le requérant et ont donné lieu à une condamnation par l’autorité judiciaire. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine a pu, sans commettre d’erreur d'appréciation considérer que M. B... constituait une menace pour l'ordre public, la sécurité publique ou la sûreté de l'Etat. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 582-2, L. 581-3, L. 581-5 ensemble la décision d’exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 doit être écarté.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d’annulation de l’arrêté du 25 février 2026 en tant qu’il porte décision de refus du bénéfice de la protection temporaire doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire sans délai :
Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ».
M. B... fait valoir qu’il réside en France avec sa conjointe, Mme C... titulaire d’une autorisation provisoire de séjour au titre de la protection temporaire valable jusqu’au 24 août 2026, autorisation provisoire de séjour produite à l’audience. Il fait également valoir que sa tante réside en France et qu’il ne peut retourner en Ukraine en raison de la situation de conflit armé qui touche l’ensemble du territoire ukrainien. Par suite, dans les conditions très particulières de l’espèce, le préfet des Hauts de Seine, en obligeant M. B... a quitté le territoire français, a porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
Aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales selon lesquelles « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ».
Pour l’application de ces dispositions il y a lieu de déterminer si, compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’espèce, il y a des motifs sérieux et avérés de croire que l’intéressé, s’il est renvoyé dans son pays, y courra un risque réel d’être soumis à un traitement contraire à l’article 3 précité. L’existence d’un tel risque peut découler aussi bien de caractéristiques personnelles de l’intéressé ou d’une situation qui lui est propre, que d’une situation générale de violence aveugle prévalant dans son pays de retour en raison d’un conflit armé interne ou international, ou d’une combinaison des deux facteurs. Cependant, toute situation générale de violence aveugle n’engendre pas automatiquement un tel risque. Ainsi, l’existence d’un risque actuel, direct et individuel contre la vie ou la personne de l’intéressé n’est pas subordonnée à la condition qu’il rapporte la preuve qu’il est visé spécifiquement en raison d’éléments propres à sa situation personnelle dès lors que le degré de violence aveugle atteint un niveau si élevé qu’il existe des motifs sérieux et avérés de croire qu’une personne renvoyée dans le pays ou la région concernés courrait, du seul fait de sa présence sur le territoire, un risque réel de subir des traitements contraires à l’article 3 précité. Aux fins de déterminer le degré d’intensité d’un conflit, il y a lieu notamment de déterminer si les parties au conflit emploient des méthodes et des tactiques de guerre augmentant le risque qu’il y ait des victimes civiles, ou si elles visent directement des civils ; le caractère courant ou non du recours à de telles méthodes ou tactiques parmi les parties au conflit ; le caractère localisé ou étendu des combats ; enfin, le nombre de civils tués, blessés et déplacés en raison des combats.
Si la décision fixant le pays de destination mentionne que M. B... sera éloigné vers tout pays dans lequel il est légalement admissible, le préfet des Hauts-de-Seine ne soutient pas qu’il serait éventuellement admissible dans un autre pays que l’Ukraine, seul pays qui lui a délivré un passeport. Or, dans le cadre des combats actuels en Ukraine opposant les forces russes aux forces ukrainiennes, un arsenal militaire particulièrement important est mobilisé et l’intégralité du territoire ukrainien est impacté par les méthodes et tactiques de guerre, ainsi que la population civile. Ainsi, eu égard aux méthodes et tactiques de guerre employées par l’agresseur russe et notamment l’usage massif de missiles et de drones visant de manière indiscriminée les populations civiles dans les principaux centres urbains du pays et au caractère très étendu des combats sur de vastes parties du territoire ukrainien et enfin, du nombre de civils tués, blessés et déplacés en raison des combats, la situation sécuritaire actuelle en Ukraine se caractérise par un niveau particulièrement significatif de violence exposant tout civil présent sur le territoire à une menace de traitement contraire à l’article 3 précité. Dans ces conditions, en prenant la décision attaquée en dépit de la situation actuelle de ce pays, le préfet des Hauts-de-Seine a méconnu les dispositions précitées. Par suite, la décision fixant le pays de destination doit être annulée en tant qu’elle fixe l’Ukraine comme pays de destination.
Aux termes de l’article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français prise en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 (…) ».
Il ressort des mentions de l’arrêté du 17 octobre 2025 que pour assigner M. B... à résidence dans son département, le préfet des Hauts-de-Seine a notamment relevé, sur le fondement des dispositions précitées de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, qu’il avait fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français sans délai édictée depuis moins d’un an et que, s’il ne pouvait quitter immédiatement le territoire, son éloignement demeurait une perspective raisonnable. Toutefois, comme il a été dit au point 13 ci-dessus, la décision fixant le pays de destination est annulée en raison de la situation géopolitique actuelle en Ukraine. De ce fait, en l’absence de pays de destination déterminé, la mesure d’éloignement ne peut être appliquée dans un délai raisonnable. Par suite, en l’absence de perspective raisonnable d’exécution, la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a assigné M. B... à résidence pour une durée de 45 jours et l’obligé à se rendre trois fois par semaine au commissariat de police d’Antony doit être annulée.
Il résulte de ce qui précède que le premier arrêté du 25 février 2026 en tant qu’il porte obligation de quitter le territoire français sans délai et fixe l’Ukraine comme pays de destination est annulée ainsi que la décision d’interdiction de retour sur le territoire français est annulée par voie de conséquence. Il résulte également de ce qui précède que le second arrêté du 25 février 2026 portant assignation à résidence est annulé en toute ses dispositions.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
Eu égard aux motifs d’annulation retenus, il y a seulement lieu d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de restituer à M. B... les documents d’identité qu’il lui a remis, dans un délai qu’il convient de fixer à un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. B... au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions d’annulation des décisions du 22 juin 2025 par lesquelles le préfet de police de Paris a obligé M. B... à quitter le territoire français sans délai et en fixant le pays renvoi et en lui interdisant le retour pour une durée de trois ans.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2604129 sont rejetées.
Article 3 : L’arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 25 février 2026 portant refus du bénéfice de la protection temporaire, obligation de quitter le territoire sans délai, interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans et fixe l’Ukraine comme pays de destination est annulé seulement en tant qu’il porte obligation de quitter le territoire français sans délai, interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans et fixe l’Ukraine comme pays de destination. L’arrêté du 25 février 2026 du préfet des Hauts-de-Seine portant assignation à résidence est annulé en toute ses dispositions.
Article 4 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de restituer à M. B... les documents d’identité qu’il lui a remis, dans le délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 5 : L’Etat versera à M. B... une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2604713 est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., au préfet de police de Paris et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 23 mars 2026.
La magistrate désignée,
signé
E. RolinLe greffier,
signé
M. D...La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine et au préfet de police de Paris en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.