Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 mars 2026, M. B... A..., représenté par Me Gibert, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de prononcer la suspension de l’exécution de la décision référencée « 48 SI » du 8 janvier 2026 par laquelle le ministre de l’intérieur a prononcé l’invalidation de son permis de conduire, jusqu’à ce que le tribunal administratif de Cergy-Pontoise ait rendu sa décision au fond.
Il soutient que :
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la condition d’urgence est remplie, dès lors que, d’une part, la perte du droit de conduire a entraîné son licenciement et qu’il est en recherche active d’emploi, ce qui implique la possession d’un permis B, puisqu’il s’agit d’un critère fondamental exigé par la très grande majorité des entreprises sur le marché de l’emploi ; d’autre part, il est père d’une enfant en situation de handicap et a impérativement besoin de se déplacer à toutes heures afin d’assurer sa prise en charge médicale, la moindre urgence médicale non gérée avec célérité pouvant avoir des conséquences dramatiques pour sa fille ; enfin, à défaut d’une suspension de l’exécution de la décision contestée, il ne serait plus en mesure de subvenir à ses besoins et de faire face à ses charges courantes ; ainsi, la privation de son droit de conduire contribue activement à sa mort sociale et est sur le point de détruire incessamment sous peu l’ensemble de ses repères socio-professionnels ;
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il existe un moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée : il n’a jamais reçu les avis d’amendes forfaitaires majorées relatifs à des infractions qu’il aurait commises le 17 mai 2025 à Montigny-lès-Cormeilles et le 21 juin 2025 à Champigny-sur-Marne et, en conséquence, il a formé des réclamations auprès des officiers du ministère public compétents dans le délai de prescription de la peine et a introduit une requête en incident contentieux devant le tribunal judiciaire de Pontoise qui, à ce stade, n’a pas été rejetée ; dès lors, en vertu des dispositions du code de la route, les titres exécutoires relatifs aux infractions contestées sont nécessairement annulés et son permis de conduire devrait être affecté de six points.
Vu :
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les autres pièces du dossier ;
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la requête n° 2606354, enregistrée le 9 mars 2026, par laquelle M. A... demande l’annulation de la décision attaquée.
Vu :
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le code de la route ;
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le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Chabauty, premier conseiller, en application des dispositions de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
Par une décision référencée « 48 SI » du 8 janvier 2026, le ministre de l’intérieur a constaté l’invalidité du permis de conduire de M. B... A... pour solde de points nul. Par la présente requête, M. A... demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, d’ordonner la suspension de l’exécution de cette décision.
Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) ». Aux termes de l’article L. 522-3 du même code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ».
L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
En particulier, lorsqu’est demandée la suspension d’une décision référencée « 48 SI » du ministre de l’intérieur prononçant l’invalidité d’un permis de conduire, la condition d’urgence, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, tient compte, d’une part, de l’atteinte grave et immédiate portée notamment à l'exercice de la profession du conducteur et, d’autre part, de la gravité et du caractère répété des infractions au code de la route commises par l'intéressé sur une brève période, ainsi que des exigences de protection et de sécurité routière.
Pour justifier de l’urgence qu’il y aurait à suspendre l’exécution de la décision qu’il conteste, M. A... fait valoir que l’invalidation de son permis de conduire porte atteinte à sa situation personnelle et professionnelle, dès lors, d’une part, que la perte de son droit de conduire a entraîné son licenciement et qu’il est en recherche active d’emploi, ce qui implique la possession d’un permis B, d’autre part, qu’il est père d’une enfant en situation de handicap et a impérativement besoin de se déplacer à toutes heures afin d’assurer la prise en charge médicale de l’intéressée et, enfin, qu’il ne sera plus en mesure de subvenir à ses besoins et de faire face à ses charges courantes dans l’hypothèse où l’exécution de cette décision ne serait pas suspendue. Toutefois, outre qu’il résulte de l’instruction que le requérant a déjà été licencié à la date de l’introduction de la présente requête, il n’établit au demeurant pas que ce licenciement serait la conséquence de la décision litigieuse. Par ailleurs, M. A... ne justifie pas être en situation de recherche d’emploi, ainsi qu’il l’allègue, et n’apporte aucune précision quant à la composition de son foyer, ni quant aux revenus et charges de celui-ci. Enfin, si le requérant produit un courrier de la maison départementale des personnes handicapées du Val-d'Oise du 20 novembre 2024 accordant l’allocation d’éducation de l’enfant handicapé (AEEH) à sa fille C..., cette dernière bénéficiant d’un taux d’incapacité supérieur à 50 % et inférieur à 80 %, il n’apporte aucune précision quant à la nature du handicap de l’intéressée et n’établit, ni même n’allègue, qu’un autre membre du foyer, en l’occurrence la mère de l’enfant, ne pourrait pas la conduire en cas d’urgence médicale. Dans ces conditions, M. A... n’établit pas que l’exécution de la décision litigieuse porterait atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à sa situation ou à ses intérêts. Au surplus, il résulte de l’instruction, notamment du relevé d’information intégral de son permis de conduire, que le requérant a commis quatre infractions au code de la route, qu’il ne conteste pas, ayant donné lieu à un retrait total de onze points entre le 24 octobre 2020 et le 21 août 2024, pour des faits d’usage d’un téléphone par conducteur d’un véhicule en circulation, de franchissement d’une ligne continue, de circulation en sens interdit et d’excès de vitesse entre 5 km/h et 20 km/h. Ainsi, eu égard au caractère réitéré de ces infractions et à leur gravité, et quand bien même M. A... conteste deux autres infractions qu’il aurait commises les 17 mai 2025 et 21 juin 2025, les exigences de protection et de sécurité routière, dont il appartient au juge des référés de tenir compte ainsi qu’il a été dit au point précédent, font, en tout état de cause, obstacle à ce que puisse être regardée comme remplie la condition d’urgence au sens des dispositions précitées de l’article L. 521-1 du code de justice administrative. Par suite, dans les circonstances de l’espèce, cette condition ne peut être regardée comme satisfaite.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner l’existence d’un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, qu’il y a lieu de rejeter la requête de M. A... par application des dispositions précitées de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er :
La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 :
La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A....
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l’Intérieur.
Fait à Cergy, le 31 mars 2026.
Le juge des référés,
Signé
C. Chabauty
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.