Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé-liberté (article L. 521-2 du CJA), rejette la demande de suspension d'une assignation à résidence de 45 jours. Le juge estime que la mesure d'assignation à résidence, distincte d'un arrêté d'expulsion, ne présume pas d'elle-même l'urgence requise pour ce type de procédure. Les arguments de la requérante concernant ses difficultés professionnelles, familiales ou d'accès à son avocat ne démontrent pas l'extrême urgence nécessaire à une sauvegarde dans un délai de 48 heures.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 avril 2026, Mme A... B..., représentée par Me de Sa-Pallix, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :
de suspendre l’exécution de la décision du 3 avril 2026 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine l’a assignée à résidence pour une durée de 45 jours, renouvelables deux fois;
d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui restituer son passeport algérien, dans le délai de trois jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
la condition d’urgence est remplie dès lors que l’urgence découle de la gravité de l’illégalité la décision contestée et de l’atteinte qu’elle constitue à une liberté fondamentale ; que l’urgence de sa situation est présumée dès lors que la décision contestée est fondée sur un arrêté d’expulsion ; qu’en tout état de cause, la décision contestée, qui l’oblige à demeurer sur le territoire de la commune de Chatenay-Malabry et chez elle de 21 heures à 7 heures, l’empêche de travailler, de se rendre chez son avocat et porte atteinte à l’intérêt supérieur de ses enfants ;
l’arrêté portant assignation à résidence est manifestement illégal dès lors que :
il est entaché d’une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l’article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
il méconnaît les stipulations de l’article 20 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne ;
il méconnaît les stipulations des articles 6 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu’elle l’empêche de se rendre au cabinet de son avocat;
qu’elle ne représente plus actuellement une menace à l’ordre public ;
cette décision porte dès lors une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de la liberté personnelle, à son droit à mener une vie familiale normale à son droit d’aller et venir, à son droit à un procès équitable et à un recours effectif, au droit de ses enfants de bénéficier des droits attachés à leur statut et à leur intérêt supérieur.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme X, en application des dispositions de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
Par la présente requête, Mme B... demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de la décision du 3 avril 2026 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine l’a assignée à résidence pour une durée de 45 jours, renouvelable deux fois et d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui restituer son passeport algérien, dans le délai de trois jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard.
Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ». Aux termes de l’article L. 522-3 du même code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d’urgence ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu’il y ait lieu d’appliquer les deux premiers alinéas de l’article L. 522-1 ».
A la différence d’une demande de suspension présentée sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, à laquelle il peut être satisfait s’il est justifié d’une situation d’urgence et de l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, une demande présentée au titre de la procédure particulière de l’article L. 521-2 du même code implique, pour qu’il y soit fait droit, qu’il soit justifié d’une situation d’urgence particulière rendant nécessaire l’intervention d’une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures.
Si, eu égard à son objet et à ses effets, la décision prononçant l'expulsion d'un étranger du territoire français porte par elle-même, en principe, atteinte de manière grave et immédiate à la situation de l'intéressé et est ainsi constitutive d'une urgence pouvant justifier la suspension de l'exécution de cette décision, tel n’est pas le cas de la décision portant assignation à résidence, même lorsqu’elle est fondée sur une décision portant expulsion du territoire français. Dès lors, l’urgence de la situation de Mme B... n’est pas présumée. Pour justifier de l’extrême urgence à suspendre la décision contestée, Mme B... fait valoir que cette décision l’empêche de se rendre à son travail, d’organiser des activités avec ses enfants après 21 heures et de se rendre au cabinet de son avocat. Néanmoins, Mme B... n’établit nullement l’absolue nécessité pour elle de se rendre à son travail dans les prochains jours, ni qu’elle encourrait, à défaut, un risque de licenciement imminent, alors qu’elle n’établit en tout état de cause pas que la boutique dans laquelle elle exerce ses fonctions serait située en dehors du territoire de la commune de Chatenay-Malabry dans laquelle elle est assignée à résidence. Mme B... n’établit pas davantage l’absolue nécessité pour elle d’organiser, dans les prochains jours, des activités avec ses enfants mineurs, âgés de 14 à 16 ans, entre 21 heures et 7 heures, plage horaire pendant laquelle elle est astreinte à demeurer à son domicile. Enfin, elle n’établit pas que cette situation lui empêcherait d’entrer en relation avec son avocat, alors au demeurant qu’elle a été en mesure d’introduire la présente requête avec son assistance. Ainsi, les circonstances invoquées par Mme B... ne sont pas, à elles seules, de nature à justifier de l’existence d’une situation d’extrême urgence impliquant qu’une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans un délai de quarante-huit heures. Par suite, en l’absence d’urgence, sans qu’il y ait lieu d’examiner la condition d’atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, la requête de Mme B... doit être rejetée en application des dispositions précitées de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.
ORDONNE :
La requête de Mme B... est rejetée.
La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B....
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Fait à Cergy, le 7 avril 2026.
La juge des référés,
signé
Mme X
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.