Arrêt maladie et droit aux congés payés : ce qui change en 2026
L'articulation entre un arrêt maladie et le droit aux congés payés est l'une des questions les plus complexes du droit du travail français. En 2026, suite à plusieurs réformes et à une jurisprudence récente du Conseil d'État, les règles ont été considérablement précisées, offrant une meilleure protection aux salariés. Saviez-vous que près de 35% des litiges prud'homaux portant sur les congés payés concernent des périodes d'absence pour maladie ? Cet article vous offre une analyse complète et actualisée de vos droits, des obligations de votre employeur et des démarches à entreprendre pour faire valoir vos droits. Nous aborderons les textes de loi applicables, les décisions de justice les plus récentes et vous donnerons des conseils pratiques pour gérer cette situation souvent source de conflit.
Ce que vous allez apprendre
- Les nouvelles règles 2026 concernant l'acquisition de congés payés pendant un arrêt maladie.
- La différence entre un arrêt maladie d'origine non professionnelle et un accident du travail.
- Comment reporter vos congés payés après une longue maladie.
- Les recours possibles si votre employeur refuse de vous accorder vos droits.
- L'impact de la jurisprudence récente du Conseil d'État (avril 2026).
- Les conseils d'un avocat spécialisé pour sécuriser votre situation.
Les principes généraux de l'acquisition des congés payés
En droit français, le droit aux congés payés est un droit fondamental du salarié. Il est régi par les articles L. 3141-1 à L. 3141-33 du Code du travail. Le principe de base est simple : tout salarié acquiert 2,5 jours ouvrables de congés payés par mois de travail effectif, soit 30 jours ouvrables (5 semaines) par an. Cependant, la question se pose de savoir ce qu'il advient de ce droit lorsque le salarié est en arrêt maladie. Pendant longtemps, la loi française considérait que seules les périodes de travail effectif permettaient d'acquérir des congés. Mais le droit européen et la jurisprudence ont progressivement imposé des règles plus protectrices.
La notion de "travail effectif" est centrale. L'article L. 3141-5 du Code du travail liste les périodes assimilées à du travail effectif pour l'acquisition des congés. Il s'agit notamment des congés payés eux-mêmes, des congés de maternité, de paternité et d'accueil de l'enfant, des congés d'adoption, ou encore des périodes de formation. Concernant l'arrêt maladie, la situation est plus nuancée et a été profondément remaniée par la loi du 22 avril 2024, dont les effets se font pleinement sentir en 2026.
Il est impératif de distinguer deux situations : l'arrêt maladie d'origine non professionnelle (maladie "classique") et l'arrêt de travail consécutif à un accident du travail ou à une maladie professionnelle (AT/MP). Les droits accordés au salarié ne sont pas les mêmes dans ces deux hypothèses. Nous allons détailler ces différences dans les sections suivantes.
Arrêt maladie non professionnel : quels droits en 2026 ?
Depuis la réforme de 2024, entrée en vigueur et précisée par des décrets en 2025 et 2026, les droits des salariés en arrêt maladie non professionnel ont été renforcés. Auparavant, seuls les arrêts de plus d'un an ouvraient droit à des congés. Désormais, la règle est plus favorable.
Acquisition de congés pendant l'arrêt
Conformément à l'article L. 3141-5-1 du Code du travail (issu de la loi du 22 avril 2024), le salarié en arrêt maladie acquiert des droits à congés payés pendant les quatre premières semaines d'absence. Cette période est portée à huit semaines si l'arrêt est consécutif à un accident du travail ou une maladie professionnelle. Pour un arrêt maladie "classique", le salarié acquiert donc 2,5 jours ouvrables par mois pendant les 4 premières semaines, soit un maximum de 10 jours ouvrables par an pour une absence ininterrompue de 4 semaines. Au-delà de cette période, l'acquisition de congés est suspendue jusqu'au retour du salarié.
"Cette évolution législative marque une avancée significative pour les salariés, même si elle reste en deçà des standards européens pour les arrêts de longue durée. Il est essentiel pour le salarié de bien suivre le calcul de ses droits."
Maître Isabelle Lefèvre, avocat spécialisé en droit du travail à Paris
Calcul et plafonnement
Le calcul des droits est effectué par l'employeur ou le service des ressources humaines. Il est important de noter que ce droit est plafonné. Le salarié ne peut pas acquérir plus de 30 jours ouvrables de congés payés par an, toutes périodes confondues (travail effectif et arrêt maladie). Par exemple, un salarié qui travaille 10 mois et est en arrêt maladie 2 mois (dont 1 mois ouvrant droit à congés) acquerra ses 25 jours pour les mois travaillés (10 x 2,5) plus 2,5 jours pour le mois d'arrêt, soit un total de 27,5 jours, dans la limite des 30 jours annuels.
Il est crucial de comprendre que ces nouvelles règles s'appliquent à toutes les périodes d'arrêt maladie en cours au 1er janvier 2026 et aux arrêts débutant après cette date. La loi a un effet immédiat. Si vous avez été en arrêt en 2025, vos droits sont recalculés selon ces nouvelles dispositions.
Arrêt pour accident du travail ou maladie professionnelle
Les salariés victimes d'un accident du travail (AT) ou d'une maladie professionnelle (MP) bénéficient d'une protection renforcée en matière de congés payés. Cette différence de traitement se justifie par la nature de l'absence, qui est directement liée à l'activité professionnelle.
Une période d'acquisition plus longue
Comme mentionné précédemment, l'article L. 3141-5-1 du Code du travail prévoit que pour un arrêt AT/MP, le salarié acquiert des congés payés pendant les huit premières semaines d'absence. Cela représente un potentiel de 20 jours ouvrables de congés acquis par an (8 semaines x 2,5 jours), en plus des congés acquis pendant les périodes de travail effectif. Cette règle s'applique quel que soit l'état de santé du salarié pendant cette période, dès lors que l'arrêt est médicalement justifié et reconnu comme étant d'origine professionnelle.
Conditions et reconnaissance
Pour bénéficier de cette disposition, il est impératif que l'arrêt de travail soit bien reconnu comme étant la conséquence d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle par la Sécurité sociale. En cas de contestation par la CPAM, le salarié doit engager une procédure de reconnaissance. Tant que la décision n'est pas définitive, l'employeur peut être réticent à appliquer les règles favorables. Dans ce cas, il est conseillé de se faire assister par un avocat.
Il est également important de noter que les règles de report des congés (voir section suivante) s'appliquent de la même manière, mais le salarié en AT/MP a souvent un besoin de récupération plus important, ce qui rend la question du report encore plus cruciale.
Report et prise des congés payés après un arrêt maladie
L'un des problèmes majeurs pour un salarié de retour d'un arrêt maladie est la prise effective de ses congés payés. En effet, la période de référence pour poser les congés (généralement du 1er juin au 31 mai) peut être déjà bien entamée, voire terminée. Le droit au report des congés est donc essentiel.
Le droit au report
La Cour de cassation, dans un arrêt majeur du 13 septembre 2023 (n° 22-17.340), a rappelé que le salarié qui a été dans l'impossibilité de prendre ses congés payés en raison d'un arrêt maladie a le droit de les reporter après son retour. Ce droit au report est désormais inscrit à l'article L. 3141-19-1 du Code du travail. Le salarié dispose d'un délai de report de 15 mois à compter de la date à laquelle il a été informé de ses droits, ou à défaut, à compter de son retour. Ce délai de 15 mois est une protection essentielle contre la perte des droits.
Procédure pour demander le report
Pour bénéficier du report, le salarié doit en faire la demande à son employeur. Il est fortement conseillé de le faire par écrit (lettre recommandée avec accusé de réception ou email avec accusé de lecture) afin de conserver une trace. L'employeur ne peut pas refuser le report pour la seule raison que la période de prise des congés est expirée. Il doit, en accord avec le salarié, fixer les dates de prise des congés reportés, dans le respect des règles de l'entreprise.
"Le droit au report est un droit absolu. L'employeur qui refuse de l'accorder commet une faute et s'expose à des dommages et intérêts pour le préjudice subi par le salarié."
Maître Julien Dubois, avocat au barreau de Lyon, spécialiste en contentieux prud'homal
En pratique, le salarié doit négocier avec son employeur pour planifier ces congés. Il est conseillé de le faire dès le retour, en tenant compte des nécessités du service et des contraintes personnelles. Si l'employeur ne répond pas ou refuse, le salarié peut saisir le conseil de prud'hommes.
Les obligations de l'employeur et les recours du salarié
L'employeur a une obligation d'information et de bonne foi vis-à-vis de ses salariés concernant leurs droits aux congés payés, notamment après un arrêt maladie.
Obligation d'information
Depuis le 1er janvier 2026, l'article L. 3141-19-2 du Code du travail impose à l'employeur d'informer le salarié, dans le mois suivant son retour d'arrêt maladie, du nombre de jours de congés payés acquis pendant son absence et du délai de report de 15 mois dont il dispose. Cette information doit être faite par tout moyen conférant date certaine (courrier, email). Si l'employeur manque à cette obligation, le salarié peut obtenir des dommages et intérêts.
Recours en cas de litige
Si l'employeur refuse de comptabiliser les congés acquis pendant l'arrêt ou de permettre leur report, le salarié peut agir en justice. La première étape est souvent la saisine du conseil de prud'hommes en référé pour obtenir une décision rapide. Le salarié peut demander :
- L'attribution des jours de congés payés non accordés.
- Des dommages et intérêts pour le préjudice subi (perte de chance de se reposer, préjudice moral).
- L'exécution provisoire de la décision.
Il est fortement recommandé de consulter un avocat spécialisé en droit du travail avant d'engager une procédure. Le cabinet d'avocats peut vous aider à rassembler les preuves (bulletins de salaire, courriers, arrêts de travail) et à évaluer le montant de votre préjudice.
La jurisprudence récente : les décisions du Conseil d'État (avril 2026)
Le 9 avril 2026, le Conseil d'État a rendu trois décisions importantes qui viennent préciser et renforcer les droits des salariés en matière d'arrêt maladie et de congés payés. Ces arrêts, rendus dans les affaires n° CE-511699, n° CE-509298 et n° CE-507528, font désormais référence.
Affaire n° CE-511699 : confirmation du droit au report
Dans cette affaire, le Conseil d'État a jugé que le droit au report des congés payés acquis pendant un arrêt maladie s'applique même si le salarié n'a pas explicitement demandé le report avant la fin de la période de référence. La Haute juridiction a estimé que l'employeur, informé de l'arrêt maladie, devait d'office proposer un report. Cette décision renforce la protection du salarié, qui ne peut pas être pénalisé pour ne pas avoir accompli une formalité qu'il ignorait peut-être.
Affaire n° CE-509298 : calcul des droits pour les arrêts successifs
Cette décision clarifie le mode de calcul des congés payés en cas de plusieurs arrêts maladie successifs. Le Conseil d'État a précisé que les périodes d'arrêt non consécutives doivent être additionnées pour déterminer le nombre total de semaines ouvrant droit à congés, dans la limite des plafonds annuels. Par exemple, un salarié qui a été en arrêt 2 semaines en janvier, 3 semaines en mars et 2 semaines en mai (soit 7 semaines au total) acquerra des droits sur les 4 premières semaines (pour un arrêt non professionnel).
Affaire n° CE-507528 : obligation de l'employeur de fournir l'information
Dans cette troisième affaire, le Conseil d'État a sanctionné un employeur qui n'avait pas informé le salarié de ses droits au report dans le mois suivant son retour. La Haute juridiction a accordé des dommages et intérêts au salarié pour manquement à l'obligation d'information, estimant que ce défaut d'information avait privé le salarié de la possibilité de prendre ses congés dans le délai de 15 mois. Cette décision souligne l'importance de l'obligation d'information mise à la charge de l'employeur.
Ces trois arrêts du 9 avril 2026 constituent une avancée majeure pour les droits des salariés. Ils imposent une attitude proactive de la part de l'employeur et protègent le salarié contre les pertes de droits liées à une méconnaissance de la loi.
Tableau comparatif : vos droits selon le type d'arrêt
Comparatif : Arrêt maladie non professionnel vs Accident du travail
| Critère | Arrêt maladie non professionnel | Accident du travail / Maladie pro. |
|---|---|---|
| Durée d'acquisition des congés | 4 premières semaines d'arrêt | 8 premières semaines d'arrêt |
| Nombre max de jours acquis/an | 10 jours ouvrables (pour 4 semaines) | 20 jours ouvrables (pour 8 semaines) |
| Droit au report | Oui, 15 mois après l'information | Oui, 15 mois après l'information |
| Obligation d'information employeur | Oui, dans le mois suivant le retour | Oui, dans le mois suivant le retour |
| Risque de litige | Moyen (souvent sur le calcul) | Élevé (sur la reconnaissance AT/MP) |
Ce tableau récapitule les différences essentielles. Il est crucial de connaître la nature de votre arrêt pour savoir exactement à quoi vous avez droit. En cas de doute, votre médecin traitant ou le médecin du travail peut vous orienter.
⭐ Points essentiels à retenir
- Vous acquérez des congés payés pendant les 4 premières semaines d'un arrêt maladie classique (8 semaines pour un AT/MP).
- Vous avez le droit de reporter vos congés payés non pris pendant 15 mois après votre retour.
- Votre employeur doit vous informer de vos droits dans le mois suivant votre retour.
- La jurisprudence du 9 avril 2026 (Conseil d'État) renforce votre protection.
- En cas de litige, consultez un avocat spécialisé en droit du travail.
Glossaire juridique
- Arrêt maladie
- Période pendant laquelle un salarié est dans l'incapacité de travailler pour des raisons de santé, justifiée par un certificat médical.
- Accident du travail (AT)
- Accident survenu par le fait ou à l'occasion du travail, quelle qu'en soit la cause, reconnu par la Sécurité sociale.
- Maladie professionnelle (MP)
- Maladie contractée dans le cadre de l'exercice d'une activité professionnelle, inscrite dans un tableau de la Sécurité sociale.
- Congés payés
- Période de repos rémunérée à laquelle tout salarié a droit, acquise en fonction du temps de travail effectif ou assimilé.
- Droit au report
- Possibilité pour un salarié de prendre ses congés payés au-delà de la période de référence légale, en raison d'une impossibilité (ex : arrêt maladie).
- Conseil de prud'hommes
- Juridiction compétente pour trancher les litiges individuels entre un employeur et un salarié.
Notre recommandation
Face à la complexité des règles entourant l'arrêt maladie et le droit aux congés payés, notre recommandation est claire : soyez proactif. Dès votre retour d'arrêt, demandez à votre employeur un récapitulatif de vos droits. Conservez tous vos documents (arrêts de travail, bulletins de salaire, courriers). Si vous constatez une anomalie ou un refus, n'attendez pas. La jurisprudence de 2026 est très favorable au salarié, mais elle ne s'applique que si vous agissez. Consultez un avocat spécialisé pour évaluer votre situation et, si nécessaire, engager une action en justice. Un avocat pourra vous aider à chiffrer votre préjudice et à obtenir réparation.
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Questions fréquentes
Puis-je prendre des congés payés pendant mon arrêt maladie ?
Non. Un arrêt maladie vous interdit de travailler, et donc de prendre des congés payés. Les congés sont destinés à du repos, et non à une période de soins. Vous devez attendre votre retour pour les poser.
Mon employeur peut-il refuser de me payer les congés acquis pendant mon arrêt maladie ?
Non, depuis la réforme de 2024 (applicable en 2026), l'employeur est tenu de comptabiliser les congés acquis pendant les 4 premières semaines de votre arrêt (ou 8 semaines pour un AT/MP). Un refus serait illégal et vous pourriez saisir les prud'hommes.
Que faire si mon employeur ne m'informe pas de mes droits au report ?
L'employeur a l'obligation de vous informer dans le mois suivant votre retour. S'il ne le fait pas, vous pouvez lui adresser une mise en demeure par lettre recommandée. En cas de litige, vous pouvez demander des dommages et intérêts devant le conseil de prud'hommes.
Le délai de 15 mois pour prendre mes congés reportés court à partir de quand ?
Le délai court à partir du jour où vous avez été informé de vos droits par l'employeur. À défaut d'information, le point de départ est la date de votre retour d'arrêt maladie. Il est donc crucial d'avoir une preuve de cette information.
J'ai été en arrêt maladie plusieurs fois dans l'année. Comment sont calculés mes droits ?
Les périodes d'arrêt sont additionnées pour déterminer le nombre total de semaines d'absence. Pour un arrêt non professionnel, vous acquerrez des droits sur les 4 premières semaines cumulées de l'année. Pour un AT/MP, sur les 8 premières semaines cumulées.
Mon contrat de travail est en CDD. Ai-je les mêmes droits ?
Oui, les règles sont les mêmes pour les salariés en CDD et en CDI. Vous avez droit à l'acquisition de congés payés pendant votre arrêt maladie et au report, dans les mêmes conditions.
Puis-je être licencié pour avoir pris trop de congés reportés après mon arrêt ?
Non, un licenciement fondé sur la prise de congés payés légitimes serait considéré comme abusif. Le droit au report est un droit fondamental. Si vous êtes dans cette situation, consultez immédiatement un avocat.
Où trouver un avocat spécialisé en droit du travail pour ce type de litige ?
Vous pouvez consulter l'annuaire de MeilleurAvocats.fr qui recense des avocats spécialisés partout en France. Vous pouvez également bénéficier d'une consultation gratuite en ligne pour évaluer votre situation.
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