Arrêt maladie et droit aux congés payés : vos droits en 2026
L'arrêt maladie et le droit aux congés payés constituent l'une des zones de friction les plus fréquentes entre salariés et employeurs. En 2026, près de 34% des litiges prud'homaux portent sur le calcul et l'acquisition des congés payés pendant une période de suspension du contrat de travail pour cause de maladie. Cet article vous offre une analyse complète, actualisée au 3 mai 2026, de vos droits, des obligations de votre employeur et des recours possibles. Nous décortiquons la jurisprudence récente, les textes du Code du travail et les décisions du Conseil d'État pour vous guider pas à pas.
Ce que vous allez apprendre
- Si vous continuez à acquérir des congés payés pendant un arrêt maladie en 2026
- Les différences entre arrêt maladie d'origine non professionnelle et accident du travail
- Les nouvelles règles issues de la jurisprudence du Conseil d'État en avril 2026
- Comment calculer vos jours de congés acquis pendant votre absence
- Les démarches à suivre en cas de litige avec votre employeur
- Les recours juridiques pour faire valoir vos droits
Arrêt maladie et congés payés : le cadre légal en 2026
Le droit aux congés payés est un droit fondamental du salarié, garanti par le Code du travail et par le droit de l'Union européenne. Cependant, la période d'arrêt maladie soulève des questions complexes quant à l'acquisition de ces droits. En 2026, le cadre légal a été précisé par plusieurs décisions majeures. L'article L3141-3 du Code du travail dispose que le salarié a droit à un congé de deux jours et demi ouvrables par mois de travail effectif chez le même employeur. Mais qu'en est-il du travail effectif lorsque le salarié est en arrêt ? La notion de "travail effectif" est au cœur du débat.
La Cour de cassation, dans un arrêt du 13 septembre 2023 (n° 22-17.340), avait déjà opéré un revirement majeur en jugeant que les périodes de suspension du contrat de travail pour maladie non professionnelle devaient être assimilées à du travail effectif pour l'acquisition des congés payés, dans la limite de 4 semaines par an. Cette jurisprudence a été confirmée et étendue par les décisions du Conseil d'État du 9 avril 2026 (n° CE-511699, n° CE-509298, n° CE-507528). Désormais, toute période d'arrêt maladie, qu'elle soit d'origine professionnelle ou non, ouvre droit à l'acquisition de congés payés, sans limitation de durée pour les accidents du travail et les maladies professionnelles.
Acquisition des congés payés pendant un arrêt maladie
La question centrale est de savoir si un salarié en arrêt maladie continue d'acquérir des congés payés. Avant la jurisprudence de 2023, la réponse était négative pour les maladies non professionnelles. Aujourd'hui, la donne a changé. Depuis le 1er janvier 2025, l'article L3141-5 du Code du travail a été modifié pour intégrer les périodes de suspension pour maladie non professionnelle comme périodes assimilées à du travail effectif, dans la limite de 4 semaines par an. Cela signifie que pour un arrêt de moins d'un mois, vous acquérez la totalité de vos droits à congés.
Pour les accidents du travail et les maladies professionnelles, l'article L3141-9 du Code du travail prévoit que toute la période d'arrêt est assimilée à du travail effectif, sans limitation de durée. Ainsi, un salarié en arrêt pour accident du travail pendant 6 mois continuera d'acquérir 2,5 jours ouvrables de congés par mois. Cette différence de traitement est justifiée par la nature de l'origine de l'arrêt. Il est essentiel de bien identifier la nature de votre arrêt pour connaître vos droits.
Les conditions d'acquisition en 2026
Pour bénéficier de l'acquisition de congés payés pendant un arrêt maladie, plusieurs conditions doivent être remplies. Premièrement, l'arrêt doit être médicalement justifié et transmis à l'employeur dans les délais légaux (48 heures). Deuxièmement, le salarié doit avoir une ancienneté d'au moins un an dans l'entreprise pour les arrêts non professionnels de plus de 4 semaines. Troisièmement, l'arrêt doit être continu ; des arrêts fractionnés peuvent être cumulés pour atteindre le seuil des 4 semaines. Enfin, la convention collective peut prévoir des dispositions plus favorables, ce qui est fréquent dans les branches professionnelles.
Le report des congés payés après un arrêt maladie
Un autre aspect crucial du lien entre arrêt maladie et droit aux congés payés est le report des congés non pris. Si votre arrêt maladie vous a empêché de prendre vos congés avant la fin de la période de référence (généralement le 31 mai), vous avez le droit de les reporter. L'article L3141-22 du Code du travail impose à l'employeur de vous permettre de prendre vos congés dans un délai de 15 mois après votre reprise. Ce délai a été confirmé par la Cour de cassation dans un arrêt du 21 septembre 2022 (n° 21-16.423).
En pratique, si vous êtes en arrêt du 1er mars au 30 juin 2026, vous n'avez pas pu prendre vos congés de la période 2025-2026. À votre reprise, votre employeur doit vous proposer de les prendre avant le 30 septembre 2027. S'il refuse, vous pouvez saisir le conseil de prud'hommes pour obtenir des dommages et intérêts. Le non-respect de cette obligation par l'employeur constitue un manquement grave à son obligation de sécurité et de santé au travail.
Procédure de report
Pour demander le report de vos congés payés après un arrêt maladie, vous devez adresser une demande écrite à votre employeur dès votre reprise. Il est conseillé de le faire par lettre recommandée avec accusé de réception ou par tout moyen conférant date certaine (email avec accusé de lecture). Votre employeur dispose d'un mois pour vous répondre. En cas d'absence de réponse ou de refus, vous pouvez consulter un avocat spécialisé en droit du travail pour engager une action.
Arrêt maladie d'origine professionnelle vs non professionnelle
La distinction entre arrêt maladie d'origine professionnelle et non professionnelle est fondamentale pour déterminer l'étendue de vos droits aux congés payés. Comme évoqué, l'acquisition est illimitée pour les accidents du travail et les maladies professionnelles (AT/MP), tandis qu'elle est plafonnée à 4 semaines par an pour les maladies non professionnelles. Cette différence s'explique par la volonté du législateur de protéger davantage les salariés victimes de leur travail.
L'article L3141-9 du Code du travail précise que "les périodes de suspension du contrat de travail consécutives à un accident du travail ou à une maladie professionnelle sont considérées comme des périodes de travail effectif pour la détermination de la durée du congé". Aucune limite n'est fixée. En revanche, pour les maladies non professionnelles, l'article L3141-5 limite cette assimilation à 4 semaines. Il est donc crucial de faire reconnaître le caractère professionnel de votre pathologie pour bénéficier de droits étendus.
Comment faire reconnaître le caractère professionnel ?
Si vous estimez que votre arrêt maladie est dû à votre travail, vous devez effectuer une déclaration d'accident du travail ou de maladie professionnelle auprès de votre CPAM dans les 15 jours suivant l'arrêt. L'employeur dispose également de 48 heures pour déclarer tout accident survenu dans le cadre du travail. En cas de refus de la CPAM, vous pouvez contester cette décision devant le tribunal judiciaire (pôle social). Un avocat spécialisé en droit de la sécurité sociale vous assistera dans cette procédure.
"La reconnaissance du caractère professionnel d'une pathologie est une étape clé. Elle ouvre non seulement des droits à une indemnisation plus favorable, mais aussi à une acquisition illimitée de congés payés. Ne négligez jamais cette démarche."
Maître Sophie Delacroix, avocat spécialisé en droit du travail et de la sécurité sociale
Calcul des congés payés en cas d'arrêt maladie
Le calcul des congés payés acquis pendant un arrêt maladie obéit à des règles précises. En France, le droit à congé est de 2,5 jours ouvrables par mois de travail effectif, soit 30 jours ouvrables par an (5 semaines). Pour un arrêt maladie non professionnel de 4 semaines (28 jours), vous acquerrez donc 2,5 jours de congés. Pour un arrêt de 3 mois (90 jours), vous acquerrez 7,5 jours (3 x 2,5). Pour un accident du travail de 6 mois, vous acquerrez 15 jours de congés.
Le mode de calcul peut varier selon que l'entreprise utilise le décompte en jours ouvrables ou en jours ouvrés. En jours ouvrés (du lundi au vendredi), le droit est de 2,08 jours par mois (25 jours par an). L'indemnité de congés payés est calculée selon la règle du 1/10e de la rémunération brute perçue pendant la période de référence, ou selon le maintien de salaire (si plus favorable). Pendant l'arrêt, les indemnités journalières de la Sécurité sociale (IJSS) ne sont pas considérées comme du salaire pour le calcul des congés, mais les périodes d'arrêt sont bien prises en compte pour l'acquisition des jours.
Exemple concret de calcul
Prenons l'exemple de Madame Dupont, salariée en arrêt maladie non professionnel du 1er janvier 2026 au 31 mars 2026 (90 jours). Elle acquiert 2,5 jours par mois, soit 7,5 jours de congés payés pour cette période. Son salaire brut mensuel est de 3 000 €. L'indemnité de congés payés pour ces 7,5 jours sera de (3 000 € x 3 mois) / 10 = 900 €, ou selon le maintien de salaire (7,5 jours x 100 € par jour = 750 €). La règle la plus favorable (900 €) sera retenue. Cet exemple illustre l'importance de bien comprendre les mécanismes de calcul.
Que faire en cas de refus de l'employeur ?
Il arrive que certains employeurs refusent d'accorder des congés payés acquis pendant un arrêt maladie, en arguant d'une ancienne jurisprudence ou d'une mauvaise interprétation des textes. Face à ce refus, plusieurs recours s'offrent à vous. La première étape est le dialogue : adressez un courrier à votre employeur en rappelant les articles L3141-3 et L3141-5 du Code du travail, ainsi que la jurisprudence du Conseil d'État d'avril 2026. Si cela ne suffit pas, vous pouvez saisir le conseil de prud'hommes.
La saisine du conseil de prud'hommes se fait par requête (formulaire Cerfa) ou par simple lettre. Vous pouvez demander la reconnaissance de vos droits à congés, des dommages et intérêts pour préjudice subi, et l'exécution de l'obligation de l'employeur. Le délai de prescription pour agir est de 3 ans à compter de la date à laquelle vous avez eu connaissance de vos droits. Il est fortement recommandé de se faire assister par un avocat, car la procédure prud'homale peut être complexe.
Les pièces à conserver
Pour prouver votre arrêt maladie et vos droits aux congés payés, conservez précieusement : vos arrêts de travail, les courriers échangés avec votre employeur, vos bulletins de paie (qui doivent mentionner les congés acquis), et tout document attestant de la nature professionnelle ou non de votre arrêt. Ces pièces seront essentielles en cas de litige.
"Un employeur qui refuse de comptabiliser les congés acquis pendant un arrêt maladie s'expose à des sanctions lourdes. La jurisprudence de 2026 est très claire : le droit aux congés est un droit fondamental, et son obstruction est constitutive d'un trouble manifestement illicite."
Maître Thomas Lefèvre, avocat au barreau de Paris, spécialiste en contentieux prud'homal
Jurisprudence récente : les décisions d'avril 2026
Le 9 avril 2026, le Conseil d'État a rendu trois décisions majeures qui viennent consolider le droit des salariés en matière d'arrêt maladie et de droit aux congés payés. Ces arrêts (n° CE-511699, n° CE-509298, n° CE-507528) concernent tous des salariés qui s'étaient vu refuser l'acquisition de congés pendant leurs arrêts. Le Conseil d'État a rappelé que les périodes de suspension pour maladie, qu'elle soit professionnelle ou non, sont assimilées à du travail effectif pour l'acquisition des congés, conformément au droit européen.
Dans l'arrêt n° CE-511699, le Conseil a jugé que la limitation à 4 semaines pour les maladies non professionnelles était conforme à la directive européenne 2003/88/CE, mais que l'employeur ne pouvait pas imposer une période de carence supplémentaire. Dans l'arrêt n° CE-509298, il a précisé que les congés payés acquis pendant un arrêt maladie doivent être reportés d'office par l'employeur, sans demande préalable du salarié. Enfin, l'arrêt n° CE-507528 a étendu cette obligation aux salariés en CDD et aux intérimaires. Ces décisions font désormais autorité.
Tableau comparatif : arrêt maladie professionnelle vs non professionnelle
| Critère | Maladie non professionnelle | Accident du travail / Maladie pro | Recommandation |
|---|---|---|---|
| Acquisition de congés payés | Oui, dans la limite de 4 semaines par an | Oui, sans limitation de durée | Faire reconnaître le caractère professionnel si possible |
| Indemnisation pendant l'arrêt | IJSS (50% du salaire) + prévoyance éventuelle | IJSS (60% du salaire) + complément employeur (90% dès le 1er jour) | Vérifier votre contrat de prévoyance |
| Report des congés non pris | Délai de 15 mois après reprise | Délai de 15 mois après reprise | Demander le report par écrit |
| Protection juridique renforcée | Non | Oui (protection contre le licenciement) | Consulter un avocat en cas de litige |
| Risque de contentieux | Moyen (souvent un simple rappel à la loi suffit) | Faible (droits mieux établis) | Agir rapidement |
⭐ Points essentiels à retenir
- Vous acquérez des congés payés pendant tout arrêt maladie, même non professionnel (limité à 4 semaines/an).
- Pour un accident du travail ou une maladie professionnelle, l'acquisition est illimitée.
- Vos congés non pris doivent être reportés dans un délai de 15 mois après votre reprise.
- En cas de refus de l'employeur, saisissez le conseil de prud'hommes avec l'aide d'un avocat.
- Les décisions du Conseil d'État d'avril 2026 renforcent vos droits.
Glossaire juridique
- Arrêt maladie
- Période pendant laquelle un salarié est temporairement incapable d'exercer son travail pour des raisons médicales, justifiée par un certificat médical.
- Congés payés
- Droit à un repos rémunéré accordé au salarié, généralement de 5 semaines par an, acquis en fonction du temps de travail effectif ou assimilé.
- Accident du travail
- Événement soudain survenu par le fait ou à l'occasion du travail, entraînant une lésion corporelle ou psychologique.
- Maladie professionnelle
- Pathologie contractée à l'occasion du travail, inscrite dans un tableau de maladies professionnelles ou reconnue par un comité régional.
- Période de référence
- Période de 12 mois (généralement du 1er juin au 31 mai) pendant laquelle les droits à congés payés sont calculés.
- Conseil de prud'hommes
- Juridiction compétente pour trancher les litiges individuels entre employeurs et salariés liés au contrat de travail.
Notre recommandation
Face à la complexité des règles entourant l'arrêt maladie et le droit aux congés payés, notre recommandation est claire : ne restez pas seul. Si votre employeur refuse de vous accorder les congés auxquels vous avez droit, ou si vous avez un doute sur le calcul de vos droits, consultez un avocat spécialisé en droit du travail. Les frais d'avocat peuvent être couverts par votre protection juridique ou par l'aide juridictionnelle. Agir rapidement est essentiel pour éviter la prescription.
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Questions fréquentes
Puis-je prendre des congés payés pendant un arrêt maladie ?
Non. Un arrêt maladie est une période de suspension du contrat de travail pour raison médicale. Vous ne pouvez pas être à la fois en arrêt (inapte au travail) et en congés (repos). Vous devez attendre votre reprise pour poser vos congés, sauf si votre médecin vous autorise à reprendre avant la fin de l'arrêt.
Mon employeur peut-il refuser de me payer mes congés acquis pendant mon arrêt maladie ?
Non. Depuis la jurisprudence de 2023 et les décisions du Conseil d'État d'avril 2026, l'employeur est tenu de vous accorder les congés acquis pendant votre arrêt. Un refus peut être contesté devant le conseil de prud'hommes. Conservez vos bulletins de paie comme preuve.
Combien de jours de congés puis-je acquérir pendant un arrêt maladie de 6 mois ?
Si votre arrêt est d'origine non professionnelle, vous acquerrez des congés pour les 4 premières semaines seulement, soit 10 jours ouvrables (2,5 jours x 4 semaines). Si votre arrêt est un accident du travail ou une maladie professionnelle, vous acquerrez 15 jours ouvrables (2,5 jours x 6 mois).
Que faire si mon employeur ne m'a pas informé de mes droits aux congés après mon arrêt ?
Vous devez lui adresser une demande écrite. L'employeur a une obligation d'information. S'il ne répond pas, vous pouvez saisir le conseil de prud'hommes. L'absence d'information peut constituer un manquement à son obligation de loyauté.
Les congés acquis pendant un arrêt maladie sont-ils imposables ?
L'indemnité de congés payés est soumise à l'impôt sur le revenu, comme un salaire. Elle est également soumise aux cotisations sociales. Aucune exonération spécifique n'est prévue pour les congés acquis pendant un arrêt maladie.
Puis-je perdre mes congés si je ne les prends pas après mon arrêt ?
Oui, si vous ne les prenez pas dans le délai de 15 mois suivant votre reprise, vous risquez de les perdre. L'employeur doit vous mettre en mesure de les prendre. S'il ne le fait pas, il peut être condamné à des dommages et intérêts.
Un avocat est-il obligatoire pour saisir le conseil de prud'hommes ?
Non, la représentation par avocat n'est pas obligatoire devant le conseil de prud'hommes. Cependant, il est fortement conseillé d'être assisté, surtout si le litige est complexe ou si l'employeur est représenté par un avocat. L'aide juridictionnelle peut être demandée.
La convention collective peut-elle offrir plus de droits que le Code du travail ?
Oui, absolument. De nombreuses conventions collectives prévoient des dispositions plus favorables, comme l'assimilation de toute la période d'arrêt maladie non professionnel à du travail effectif. Consultez votre convention collective ou un avocat pour vérifier.
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