Décision32017D0976

Décision d'exécution (UE) 2017/976 de la Commission du 7 juin 2017 relative à l'approbation de la décision de dérogation prise en vertu de l'article 9 de la directive 96/67/CE du Conseil relative à la fourniture de certains services d'assistance en escale à l'aéroport de Tallinn (AS Tallinna Lennujaam) [notifiée sous le numéro C(2017) 3798]

CELEX32017D0976
TypeDécision
Datemercredi 7 juin 2017

Résumé IA

Cette décision d'exécution de la Commission européenne approuve une dérogation accordée par l'Estonie à l'aéroport de Tallinn, l'autorisant à limiter le nombre de prestataires de services d'assistance en escale pour certaines catégories de services. Cette mesure, prise sur le fondement de l'article 9 de la directive 96/67/CE, est justifiée par des contraintes spécifiques liées à la disponibilité des espaces ou des infrastructures aéroportuaires. Pour un professionnel du droit français, cette décision illustre l'application des exceptions prévues par le droit européen en matière de libéralisation des services d'assistance en escale, permettant aux États membres de restreindre l'accès au marché sous conditions strictes.

Texte intégral

9.6.2017

FR

Journal officiel de l'Union européenne

L 146/150


DÉCISION D'EXÉCUTION (UE) 2017/976 DE LA COMMISSION

du 7 juin 2017

relative à l'approbation de la décision de dérogation prise en vertu de l'article 9 de la directive 96/67/CE du Conseil relative à la fourniture de certains services d'assistance en escale à l'aéroport de Tallinn (AS Tallinna Lennujaam)

[notifiée sous le numéro C(2017) 3798]

(Le texte en langue estonienne est le seul faisant foi.)

LA COMMISSION EUROPÉENNE,

vu le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne,

vu la directive 96/67/CE du Conseil du 15 octobre 1996 relative à l'accès au marché de l'assistance en escale dans les aéroports de la Communauté (1), et notamment son article 9, paragraphe 5,

considérant ce qui suit:

1. LA DÉCISION DE DÉROGATION NOTIFIÉE PAR LE GOUVERNEMENT DE LA RÉPUBLIQUE D'ESTONIE

(1)

Par message électronique du 14 février 2017 et par lettre reçue par la Commission le 7 mars 2017, les autorités estoniennes ont notifié, conformément à l'article 9, paragraphe 3, de la directive 96/67/CE (ci-après la «directive»), la décision de dérogation prise par le gouvernement de la République d'Estonie, en application de l'article 9, paragraphe 1, point b), de cette même directive, en ce qui concerne l'aéroport de Tallinn.

(2)

La dérogation consiste à réserver à l'entité gestionnaire de l'aéroport (Tallinn Airport Ltd), par l'intermédiaire de sa filiale à 100 %, Tallinn Airport GH Ltd, en tant qu'entité unique, le droit de fournir à des tiers, à l'aéroport de Tallinn, les services suivants visés aux points 3 et 5 de l'annexe à la directive 96/67/CE: assistance «bagages» et assistance «opérations en piste». La dérogation est accordée, en application de l'article 9, paragraphe 1, point b), de la directive, pour une période initiale de deux ans commençant le 15 mai 2017 et se terminant le 14 mai 2019. De plus, vu le délai prévu pour remédier aux contraintes d'espace afin de permettre l'ouverture du marché, les autorités estoniennes ont décidé, en application de l'article 9, paragraphe 6, de la directive, de prolonger de deux ans cette période, soit du 15 mai 2019 au 14 mai 2021.

(3)

Conformément à l'article 9, paragraphe 5, de la directive, la Commission a consulté le gouvernement estonien sur son projet d'évaluation.

2. LA SITUATION ACTUELLE À L'AÉROPORT DE TALLINN

(4)

Comme son trafic annuel a récemment franchi le seuil des 2 millions de mouvements de passagers fixé à l'article 1er, paragraphe 2, de la directive, l'aéroport de Tallinn entre dans le champ d'application de cette dernière et est soumis aux obligations qu'elle contient concernant l'ouverture du marché de l'assistance en escale.

(5)

En ce qui concerne l'assistance «bagages», l'aéroport de Tallinn dispose actuellement d'un terminal passagers et d'une installation de tri, pour les bagages enregistrés localement et les bagages en correspondance, située au sous-sol de la partie centrale de l'aérogare.

(6)

Aujourd'hui, bien que l'accès global au marché de l'assistance en escale soit totalement libéralisé, l'aéroport est le seul prestataire de services d'assistance «bagages» et «opérations en piste», par l'intermédiaire de sa filiale, en raison de contraintes d'espace.

(7)

L'entité Tallinn Airport a engagé un processus de développement de l'aéroport. Ce processus a été planifié en 2010 et n'était pas initialement prévu pour l'ouverture du marché de l'assistance en escale. Toutefois, le seuil des 2 millions de mouvements de passagers ayant été franchi par l'aéroport, la directive lui est désormais applicable et les projets de construction ont été révisés en conséquence de façon à réserver des investissements spécifiques à l'ouverture du marché de l'assistance en escale. L'aéroport a établi des plans d'investissement pour les projets de construction initiaux, dont la réalisation se poursuivra comme prévu, et ceux conçus spécifiquement pour l'ouverture du marché de l'assistance en escale dans les années à venir, et s'emploie à réduire autant que possible les désagréments pour les passagers pendant les travaux de construction en garantissant la continuité des opérations, condition nécessaire vu l'augmentation prévue du volume du trafic passagers, notamment lors de la prochaine présidence estonienne de l'Union européenne du 1er juillet au 31 décembre 2017.

(8)

Sont en cours ou seront lancés à l'aéroport de Tallinn les grands projets d'investissement dans les infrastructures ci-dessous:

projet de développement de la zone côté piste en 2016-2020;

extension de la jetée sud du terminal passagers en 2016-2019;

construction du parc de stationnement (partie du projet de terminal passagers) en 2017;

investissements pour l'ouverture du marché de l'assistance en escale en 2019-2021.

3. CONSULTATION DES PARTIES INTÉRESSÉES

(9)

Conformément à l'article 9, paragraphe 3, de la directive, la Commission a publié au Journal officiel de l'Union européenne du 29 mars 2017 (2) un résumé de la décision de dérogation notifiée par les autorités estoniennes et a invité les parties intéressées à formuler leurs observations.

(10)

La Commission a reçu des observations d'une association de compagnies aériennes qui avance — à l'encontre des arguments du gouvernement estonien — qu'il n'y a pas, dans l'infrastructure actuelle, de contrainte d'espace qui empêcherait Tallinn Airport Ltd de trouver une solution pour accueillir au moins un prestataire de services supplémentaire. L'association de compagnies aériennes prétend qu'il est arrivé, dans le passé, que plusieurs sociétés fournissent des services d'assistance en escale à l'aéroport de Tallinn pendant une longue période de temps.

4. ÉVALUATION DE LA DÉROGATION EN FONCTION DES DISPOSITIONS DE LA DIRECTIVE

(11)

Les autorités estoniennes ont fondé leur décision de dérogation sur l'article 9, paragraphe 1, point b), de la directive, qui permet expressément aux États membres, en cas de contraintes spécifiques d'espace ou de capacité disponibles, de réserver à un seul prestataire une ou plusieurs des catégories de services d'assistance en escale visées à l'article 6, paragraphe 2 (3). Dans le cas présent, conformément à l'article 9, paragraphe 2, les autorités estoniennes ont précisé les catégories concernées par la décision de dérogation. Ces catégories sont l'assistance «bagages» et l'assistance «opérations en piste» visées aux points 3 et 5 de l'annexe à la directive, tandis que l'accès au marché de toutes les autres catégories de services d'assistance en escale à l'aéroport de Tallinn n'est pas limité.

(12)

La dérogation est accordée par la République d'Estonie principalement pour la raison suivante: les contraintes actuelles concernant l'espace et la capacité disponibles à l'aéroport de Tallinn empêchent d'introduire un prestataire supplémentaire de services des catégories susmentionnées (à l'exception du transport, du chargement à bord et du déchargement de l'avion de la nourriture et des boissons) pendant les activités de construction devant réellement permettre d'ouvrir le marché de l'assistance «bagages» et «opérations en piste». En particulier:

l'emplacement et la taille de l'installation actuelle de tri des bagages ne permettent pas d'attribuer un espace à d'autres prestataires d'assistance «bagages». L'espace réservé aux opérations, en particulier, est limité et étroit et le prestataire de services actuel rencontre des difficultés dans la manœuvre des chariots à bagages, notamment en période de charge de pointe. Les installations actuelles ne pouvant pas être étendues aux zones avoisinantes, l'ouverture du marché à une deuxième société de manutention des bagages nécessite d'importants travaux de construction de nouvelles installations dans une zone extérieure.

Le manque d'espace disponible à proximité du poste de stationnement des avions rend impossible le stationnement de matériel supplémentaire par une deuxième société de manutention au sol. Les postes de stationnement actuels, destinés aux engins et chariots à bagages nécessaires à l'assistance en escale sur l'aire de trafic et sous le terminal passagers, sont déjà utilisés à pleine capacité. La gestion des contraintes liées à l'espace actuellement disponible est problématique pour le prestataire de services actuel, notamment pendant la saison d'hiver, lorsque les véhicules de déneigement stationnent eux aussi dans cet espace restreint. En outre, il n'existe aucun hangar ni garage spécifique pour le stationnement de ce matériel. Comme aucun espace physique n'est disponible pour augmenter la capacité de stationnement à proximité du terminal passagers, l'accueil d'un deuxième opérateur n'est pas envisageable à l'heure actuelle, car il nécessite d'importants travaux de construction de nouvelles installations.

(13)

Premièrement, la Commission estime que la zone «bagages» est limitée, car elle mesure 72 mètres de long, 13 mètres de large et 1,9 mètre de haut, ce qui est insuffisant pour accueillir un deuxième prestataire d'assistance «bagages». Deuxièmement, vu le premier paragraphe de l'article 9 de la directive qui évoque les contraintes d'espace ou de capacité résultant notamment de l'encombrement et du taux d'utilisation, la Commission relève que ces aspects se traduisent, à l'aéroport de Tallinn, par trois périodes de pointe, de courte durée, au cours desquelles de nombreuses unités de matériel doivent entrer en fonction en un temps limité et avec les contraintes d'espace actuelles. Troisièmement, il est impossible de remédier rapidement et aisément aux contraintes d'espace en agrandissant la zone de l'installation actuelle du fait de l'indisponibilité des terrains avoisinants, qui sont construits. Enfin, il n'y a actuellement pas assez d'espace disponible pour entreposer le matériel ou accueillir le personnel d'un prestataire supplémentaire d'assistance «bagages».

(14)

En ce qui concerne l'assistance «opérations en piste», la Commission relève aussi que, premièrement, il n'y a pas d'espace disponible à proximité du poste de stationnement des avions, ce qui rend impossible le stationnement de matériel supplémentaire par une deuxième société de manutention au sol. Deuxièmement, les postes de stationnement actuels, destinés aux engins et chariots à bagages nécessaires à l'assistance en escale sur l'aire de trafic et sous le terminal passagers, sont déjà utilisés à pleine capacité. Troisièmement, la gestion des contraintes liées à l'espace actuellement disponible est problématique pour le prestataire de services actuel, notamment pendant la saison d'hiver, lorsque les véhicules de déneigement stationnent eux aussi dans cet espace restreint. Quatrièmement, il n'existe aucun hangar ni garage spécifique pour le stationnement de ce matériel. Enfin, comme aucun espace physique n'est disponible pour augmenter la capacité de stationnement à proximité du terminal passagers, l'accueil d'un deuxième opérateur n'est pas envisageable à l'heure actuelle car il nécessite d'importants travaux de construction de nouvelles installations.

(15)

En ce qui concerne les arguments avancés par l'association de compagnies aériennes, à savoir que plusieurs sociétés ont fourni des services d'assistance en escale à l'aéroport de Tallinn dans le passé, la Commission fait remarquer que, d'après les informations fournies par les autorités estoniennes depuis 1998, le nombre d'opérations aériennes à l'aéroport de Tallinn a augmenté de plus de 50 %, et le nombre de passagers de plus de 300 %, alors que la taille de la zone d'assistance «bagages» et «opérations en piste» est restée la même. Cette augmentation du trafic a donc influé sur la disponibilité de l'espace. L'association de compagnies aériennes ne précise pas comment l'assistance «bagages» et l'assistance «opérations en piste» pourraient être assurées par une deuxième société de manutention au sol dans les circonstances actuelles.

(16)

Afin de s'affranchir des contraintes d'espace susmentionnées, les autorités estoniennes ont présenté un plan détaillé pour agrandir l'infrastructure de façon à permettre l'entrée d'un deuxième prestataire d'assistance «bagages» et d'assistance «opérations en piste» et à se conformer au degré d'ouverture du marché exigé par la directive. L'expiration de la dérogation en 2021 coïnciderait avec la date prévue d'achèvement des travaux de construction qui rendront possible l'ouverture du marché.

(17)

À cet égard, la Commission relève que les trois projets devant être réalisés à l'aéroport de Tallinn contribueraient à l'ouverture du marché de l'assistance en escale comme suit:

le projet de développement de la zone côté piste (2016-2020): Tallinn Airport construira une zone de dégivrage supplémentaire à l'est de la piste et agrandirait l'aire de trafic A vers le nord. À terme, cela permettrait à une deuxième société de manutention au sol d'entrer sur le marché de l'assistance en escale et d'effectuer le dégivrage et les opérations en piste,

l'extension de la jetée sud du terminal passagers (2016-2019): la capacité des appareils à rayons X pour les bagages au départ sera augmentée et des vestiaires supplémentaires seront construits pour le personnel d'assistance en escale, ce qui permettrait aussi à une deuxième société de manutention au sol d'entrer sur le marché,

la construction du parc de stationnement (2017-2018): la zone de stationnement destinée aux employés d'une deuxième société de manutention au sol serait agrandie.

(18)

Eu égard à ce qui précède et compte tenu des informations à sa disposition, la Commission estime que les autorités estoniennes ont démontré que, tant que les projets de construction décrits ci-dessus ne sont pas achevés, il est impossible d'accueillir un second prestataire d'assistance «bagages» à des tiers en plus de la filiale d'assistance en escale de l'aéroport.

(19)

Il a également été tenu compte du fait que, à l'aéroport de Tallinn, le marché est ouvert pour toutes les catégories de services en escale autres que l'assistance «bagages» et l'assistance «opérations en piste», que les limitations prévues par les dérogations s'appliquent de manière non discriminatoire à tous les prestataires (potentiels) de services d'assistance en escale, à l'exception de la filiale de l'aéroport, et que, jusqu'à présent, aucun prestataire de services d'assistance en escale ou usager d'aéroport n'a demandé l'autorisation d'exercer des activités d'assistance «bagages» ou d'assistance «opérations en piste» à l'aéroport de Tallinn.

(20)

La dérogation prévue par l'article 9, paragraphe 1, point b), consistant à réserver des services à un seul prestataire, ne peut dépasser deux ans et peut être prolongée une seule fois de deux ans au maximum. Tel est le cadre dans lequel cette dérogation a été accordée par les autorités estoniennes. Sa prorogation a été notifiée en même temps que la décision de dérogation et a été analysée par la Commission dans le cadre de la procédure actuelle et de la présente décision.

(21)

Enfin, en raison notamment de la situation actuelle à l'aéroport de Tallinn, des limitations des dérogations en ce qui concerne leur champ d'application matériel et temporel, et des mesures prises pour s'affranchir des contraintes existantes, la Commission considère que les dérogations ne compromettent pas indûment les objectifs de la directive, ne donnent pas lieu à des distorsions de concurrence entre prestataires de services d'assistance en escale et/ou usagers pratiquant l'auto-assistance, et ne sont pas plus étendues que nécessaire, conformément à l'article 9, paragraphe 2, deuxième alinéa, de la directive.

(22)

La présente décision est sans préjudice de l'article 102 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, aux termes duquel est incompatible avec le marché intérieur et interdit, dans la mesure où le commerce entre États membres est susceptible d'en être affecté, le fait pour une ou plusieurs entreprises d'exploiter de façon abusive une position dominante sur le marché intérieur ou dans une partie substantielle de celui-ci.

5. CONCLUSION

(23)

Compte tenu des résultats de l'examen réalisé par la Commission, et après consultation de la République d'Estonie, il convient donc d'approuver la décision de dérogation prise par cette dernière, conformément à l'article 9, paragraphe 1, point b), de la directive, en ce qui concerne l'aéroport de Tallinn, et notifiée à la Commission par message électronique le 14 février 2017 et par lettre reçue le 7 mars 2017.

(24)

Les mesures prévues par la présente décision sont conformes à l'avis du comité consultatif visé à l'article 10 de la directive,

A ADOPTÉ LA PRÉSENTE DÉCISION:

Article premier

La décision de dérogation prise par la République d'Estonie conformément à l'article 9, paragraphe 1, point b), de la directive 96/67/CE, en ce qui concerne l'aéroport de Tallinn, notifiée à la Commission par message électronique le 14 février 2017 et par lettre reçue le 7 mars 2017, est approuvée.

Article 2

La République d'Estonie est destinataire de la présente décision.

Fait à Bruxelles, le 7 juin 2017.

Par la Commission

Violeta BULC

Membre de la Commission


(1) JO L 272 du 25.10.1996, p. 36.

(2) JO C 98 du 29.3.2017, p. 3.

(3) L'article 6, paragraphe 2, de la directive est rédigé comme suit: «Les États membres peuvent limiter le nombre de prestataires autorisés à fournir les catégories de services d'assistance en escale suivantes:

assistance «bagages»,

assistance «opérations en piste»,

assistance «carburant et huile»,

assistance «fret et poste» en ce qui concerne, tant à l'arrivée qu'au départ ou en transit, le traitement physique du fret et du courrier entre l'aérogare et l'avion.

Ils ne peuvent toutefois limiter ce nombre à moins de deux, pour chaque catégorie de service.»