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AccueilDroit européen32023D2388
Décision32023D2388

Décision (UE) 2023/2388

CELEX32023D2388
TypeDécision
Datemercredi 10 août 2022

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Séries L


2023/2388

10.10.2023

DÉCISION (UE) 2023/2388 DE LA COMMISSION

du 10 août 2022

relative à l’aide d’État SA.57991 — 2021/C (ex 2021/NN) mise à exécution par le Danemark à titre de compensation de l’obligation de service universel en faveur de Post Danmark A/S pour 2020

[notifiée sous le numéro C(2022) 5706]

(Le texte en langue anglaise est le seul faisant foi.)

(Texte présentant de l’intérêt pour l’EEE)

Table des matières

1.

Procédure 3

2.

Description de l’aide 4

2.1.

Bénéficiaire 4

2.2.

L’obligation de service universel 5

2.3.

Précédentes décisions de compensation de l’OSU adoptées en faveur de Post Danmark 6

2.4.

Budget 6

2.5.

Base juridique 6

2.6.

Durée 7

2.7.

Motifs justifiant l’ouverture de la procédure 7

3.

Observations des parties intéressées 7

3.1.

Respect de la directive 2006/111/CE 8

3.2.

Conformité avec la méthode du CNE 9

3.2.1.

Données d’entrée pour le calcul du CNE 9

3.2.2.

Accès à l’intégralité des données relatives au CNE 9

3.2.3.

Hypothèses émises dans le scénario contrefactuel de la méthode du CNE 9

3.2.4.

Incidence de la réduction de la taille de l’entreprise sur la part de marché 10

3.2.5.

Avantages immatériels 10

3.2.6.

L’OSU constitue un avantage 13

3.2.7.

Recettes tirées des timbres 13

3.2.8.

Double comptabilisation alléguée 14

3.2.9.

Analyse comparative 14

3.2.10.

Tri et distribution de magazines par courrier 15

3.3.

Respect de la directive 97/67/CE — Droits exclusifs 15

4.

Observations du Danemark sur la décision d’ouverture 15

4.1.

Légalité de l’aide 15

4.2.

Respect de la directive 2006/111/CE 16

4.2.1.

Description de la manière dont Post Danmark impute ses coûts 16

4.2.2.

Description de la manière dont Post Danmark impute ses recettes 21

4.2.3.

Description de la manière dont Post Danmark tient des comptes séparés 21

4.2.4.

Description des modalités de surveillance des pratiques comptables de Post Danmark 22

4.2.5.

Conclusion du Danemark sur la comptabilité analytique 24

4.3.

Conformité avec la méthode du CNE 25

4.3.1.

Données d’entrée pour le calcul du CNE 25

4.3.2.

Hypothèses émises dans le scénario contrefactuel de la méthode du CNE 25

4.3.3.

Conclusion du Danemark sur la méthode du CNE 29

5.

Réactions du Danemark concernant les observations formulées par les parties intéressées 29

5.1.

Respect de la directive 2006/111/CE 29

5.2.

Conformité avec la méthode du CNE 29

5.2.1.

Hypothèses émises dans le scénario contrefactuel 30

5.2.2.

Incidence de la réduction de la taille de l’entreprise sur la part de marché 30

5.2.3.

Avantages immatériels 31

5.2.4.

L’OSU constitue un avantage 35

5.2.5.

Recettes tirées des timbres 35

5.2.6.

Double comptabilisation alléguée 37

5.2.7.

Analyse comparative 37

5.2.8.

Tri et distribution de magazines par courrier 38

5.3.

Respect de la directive 97/67/CE — Droits exclusifs 38

6.

Appréciation de l’aide 38

6.1.

Légalité 38

6.2.

Existence d’une aide 39

6.2.1.

Mesure imputable à l’État et accordée au moyen de ressources d’État 40

6.2.2.

Mesure accordée à une entreprise 40

6.2.3.

Avantage 40

6.2.4.

Sélectivité 41

6.2.5.

Effet sur les échanges et distorsion de concurrence 41

6.2.6.

Conclusion sur l’existence d’une aide 42

6.3.

Compatibilité 42

6.3.1.

Appréciation de la compatibilité au regard de l’encadrement SIEG de 2012 42

6.3.2.

Conclusion sur la compatibilité avec le marché intérieur 67

6.4.

Conclusion 67

LA COMMISSION EUROPÉENNE,

vu le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, et notamment son article 108, paragraphe 2, premier alinéa,

vu l’accord sur l’Espace économique européen, et notamment son article 62, paragraphe 1, point a),

vu la communication de la Commission intitulée «Encadrement de l’Union européenne applicable aux aides d’État sous forme de compensations de service public» (1),

vu la directive 97/67/CE du Parlement européen et du Conseil du 15 décembre 1997 concernant des règles communes pour le développement du marché intérieur des services postaux de la Communauté et l’amélioration de la qualité du service (2),

après avoir invité les parties intéressées à présenter leurs observations conformément aux dispositions précitées (3), et vu ces observations,

considérant ce qui suit:

1. PROCÉDURE

(1)

Par lettre du 23 juillet 2021, la Commission a informé le Danemark de sa décision d’ouvrir la procédure prévue à l’article 108, paragraphe 2, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (ci-après le «TFUE» à l’égard de la compensation accordée à Post Danmark pour la prestation du service postal universel en 2020.

(2)

La décision de la Commission d’ouvrir la procédure (ci-après la «décision d’ouverture») a été publiée au Journal officiel de l’Union européenne (4). La Commission a invité les parties intéressées à présenter leurs observations.

(3)

Le Danemark a présenté des observations préliminaires le 3 août 2021, ainsi qu’une demande de prorogation du délai imparti pour la présentation d’observations. Le 1er octobre 2021, les observations finales du Danemark ont été reçues. Le 25 octobre 2021, le Danemark a complété ses observations finales par des observations supplémentaires.

(4)

Le 15 octobre 2021, la Commission a informé le plaignant par lettre du fait que sa plainte enregistrée sous le numéro SA.55918 (2020/FC) allait être close et que l’enquête se poursuivrait sous un seul numéro d’affaire, à savoir SA.57991 (2021/C). Dans la même lettre, la Commission a partagé avec le plaignant la version non confidentielle de la lettre datée du 23 juillet 2021.

(5)

À la suite d’une demande de prorogation du délai imparti pour présenter des observations, les 15 et 17 décembre 2021, la Commission a reçu des observations de cinq parties intéressées au total (voir le considérant 26). La Commission a transmis les observations des tiers au Danemark le 22 décembre 2021 et le 3 janvier 2022, après avoir supprimé les informations confidentielles à la demande de ceux-ci. Le Danemark s’est vu donner la possibilité d’y répondre. À la suite d’une demande de prorogation du délai, les commentaires du Danemark sur les observations des parties intéressées ont été reçus par lettre datée du 1er février 2022.

(6)

Le Danemark accepte, à titre exceptionnel, de renoncer à ses droits découlant de l’article 342 du TFUE, en liaison avec l’article 3 du règlement no 1/1958 (5), et de voir la présente décision adoptée et notifiée en anglais.

2. DESCRIPTION DE L’AIDE

2.1. Bénéficiaire

(7)

La fourniture de services postaux fait partie intégrante des prestations de l’État danois depuis 1711. La distribution postale à l’échelle nationale a été introduite en 1865. Jusqu’en 1995, les services postaux au Danemark étaient fournis sous la responsabilité du ministère des travaux publics.

(8)

Par la loi no 88 du 8 février 1995 (6), le Danemark a transféré toutes les activités postales à Post Danmark, qui a été créée en tant qu’entreprise publique autonome. En vertu de la loi danoise sur les services postaux (7), Post Danmark jouissait d’un monopole légal sur le courrier national et international.

(9)

Le ministère danois des transports a créé Post Danmark A/S en tant que société anonyme détenue par l’État, par la loi no 409 du 6 juin 2002 (8). En vertu de la section 4 de cette loi, l’État peut vendre jusqu’à 25 % des actions de Post Danmark. En 2005, Post Invest S.A. (gérée par CVC Capital Partners) a acquis 22 % des actions de Post Danmark, et 3 % des actions ont été proposées aux salariés. Post Invest S.A. a revendu ses parts dans la société (9) à l’État danois, juste avant que celle-ci ne fusionne (10) avec l’opérateur postal suédois Posten AB en 2009 (11). La société PostNord AB a été créée à la suite de cette fusion.

(10)

La fusion avait pour but de créer une entreprise plus stable et de faire face à la pression accrue pesant sur l’une des activités principales de l’entreprise, à savoir la distribution de courrier. PostNord AB est détenue conjointement par le Danemark (40 %) et la Suède (60 %), tandis que les droits de vote sont répartis à égalité, et la société détient à 100 % PostNord Group AB (ci-après «PostNord Group»). La structure de la société est présentée dans le schéma 1.

(11)

PostNord Group opère principalement sur les marchés des services postaux suédois, danois, norvégien et finlandais et fournit des solutions de courrier, de fret et de logistique dans les pays nordiques et en Europe.

(12)

Post Danmark est une filiale à 100 % de PostNord Group; elle opère sur le marché postal danois où elle offre une gamme de services postaux, tels que la distribution de courrier et de colis, et exploite un réseau national de bureaux de poste.

(13)

Post Danmark exerce ses activités en pleine concurrence avec d’autres opérateurs postaux depuis la libéralisation du marché postal danois en 2011, conformément à la directive 97/67/CE. Le Danemark a confié à Post Danmark l’obligation de service universel (ci-après l’«OSU») dans le cadre de la loi postale danoise (13). Post Danmark est exposée à la concurrence dans tous les secteurs d’activité, y compris sur le marché des colis ainsi que sur celui de la distribution de journaux et de magazines.

2.2. L’obligation de service universel

(14)

Post Danmark a été désignée comme prestataire de l’obligation de service universel pour 2020 au moyen de deux licences individuelles. La première licence couvre la période du 1er janvier au 30 juin 2020 et a été délivrée le 20 décembre 2019. La deuxième licence, délivrée le 25 juin 2020, couvre la période du 1er juillet au 31 décembre 2020 (14).

(15)

Les conditions de l’OSU sont établies dans la licence individuelle délivrée à la société le 30 mai 2016 (15), qui devait expirer le 31 décembre 2019 et qui a été prorogée par les deux licences.

(16)

La licence individuelle de 2016 comporte des dispositions relatives au niveau, à la qualité et aux prix du service et précise, par exemple, que Post Danmark a l’obligation de distribuer les produits couverts par l’OSU au moins cinq jours ouvrables par semaine:

1)

les produits couverts par cette obligation de distribution sont le courrier adressé; les périodiques (quotidiens, hebdomadaires et mensuels) adressés et autres envois adressés au contenu imprimé standardisé (par exemple, les catalogues) pesant jusqu’à 2 kilos; les colis adressés pesant jusqu’à 20 kilos (à l’exception des envois de colis d’entreprise à entreprise, ou B2B (16), qui sont régis par des clauses contractuelles); et les envois pour les personnes aveugles jusqu’à 7 kilos (livrés sans frais postaux);

2)

les prix des services fournis dans le cadre de l’obligation de livraison doivent être fondés sur les coûts, transparents et non discriminatoires. Seuls les envois à l’unité doivent être proposés à des prix uniformes dans tout le pays. Ces envois incluent les courriers et colis affranchis non couverts par un contrat avec Post Danmark. L’autorité danoise de l’aviation civile et des chemins de fer approuve le prix des courriers ordinaires intérieurs pesant jusqu’à 50 grammes qui font l’objet d’un envoi à l’unité. Post Danmark fixe le prix des autres envois;

3)

le Danemark a en outre choisi d’imposer des tarifs uniformes pour les envois à l’unité conformément à l’article 12 de la directive 97/67/CE;

4)

la prestation de services dans le cadre de l’OSU est soumise aux normes de qualité fixées dans la licence individuelle de Post Danmark conformément à l’article 17 de la directive 97/67/CE. Ces normes de qualité exigent que 93 % de l’ensemble des courriers ordinaires intranationaux soient livrés dans les cinq jours ouvrables et les colis en un jour ouvrable. La norme de qualité fixée pour le courrier express transfrontière intracommunautaire veut que 85 % de ces envois postaux soient livrés dans les trois jours ouvrables suivant leur dépôt et que 97 % soient livrés dans les cinq jours ouvrables suivant leur dépôt. La norme de qualité pour les envois de périodiques, magazines, revues, catalogues, etc. adressés est fixée par Post Danmark elle-même;

5)

afin de satisfaire à ses obligations au titre de l’OSU, Post Danmark doit maintenir un réseau national de points poste.

(17)

La prestation de l’OSU pour l’année 2020 est soumise aux mêmes exigences que celles indiquées au considérant 16.

2.3. Précédentes décisions de compensation de l’OSU adoptées en faveur de Post Danmark

(18)

Le Danemark a accordé une compensation à Post Danmark pour la prestation de l’OSU au cours de la période 2017-2019.

(19)

Cette compensation de l’OSU a été approuvée par la décision SA.47707 de la Commission du 28 mai 2018 (ci-après la «décision de 2018») (17).

(20)

La décision de 2018 a fait l’objet d’un recours formé par ITD, une association professionnelle privée danoise rassemblant des sociétés de transport et de logistique, et, le 5 mai 2021, le Tribunal a confirmé la décision de la Commission concernant la compensation de l’OSU (18).

2.4. Budget

(21)

Le budget de la mesure d’aide s’élève à maximum 225 millions de DKK [environ 30 millions d’EUR (19)]. En janvier 2020, sur ce budget, le Danemark avait déjà déboursé environ 112 millions de DKK, soit exactement 15 millions d’EUR, pour le premier semestre 2020 (20), une somme financée par le budget de l’État danois.

2.5. Base juridique

(22)

La base juridique de la mesure est constituée des actes juridiques suivants:

1)

les deux licences individuelles délivrées à Post Danmark (considérant 14), qui, ensemble, confiaient la prestation de l’OSU à Post Danmark pour l’intégralité de l’année 2020, conformément à la loi postale danoise (ci-après la «loi postale») et sous réserve des conditions énoncées dans la licence individuelle du 30 mai 2016, qui arrivait à expiration le 31 décembre 2019 mais qui a été prorogée;

2)

un décret («akstykke») par lequel le ministre des transports demandait à la commission des finances du Parlement danois de consentir au paiement du montant notifié à titre de compensation à Post Danmark pour l’obligation de service postal universel qui lui a été imposée pour la période du 1er janvier au 30 juin 2020 (21);

3)

un akstykke par lequel le ministre des transports demande à la commission des finances du Parlement danois de consentir au paiement du montant notifié à titre de compensation à Post Danmark pour l’obligation de service postal universel qui lui a été imposée pour la période du 1er juillet au 31 décembre 2020 (22);

4)

un premier accord entre le Danemark et Post Danmark (23) signé le 20 décembre 2019. Cet accord établit les principes détaillés de surveillance, de calcul et de déclaration, y compris un mécanisme de contrôle ex post visant à vérifier que Post Danmark n’a pas reçu de surcompensation. L’accord précise que la compensation de l’OSU pour la période du 1er janvier au 30 juin 2020 sera accordée conformément à la décision SIEG, s’élève à 15 millions d’EUR et sera versée au plus tard le 9 janvier 2020 sur la base du taux de change applicable à cette date;

5)

un deuxième accord entre le Danemark et Post Danmark signé le 25 juin 2020 (24). Cet accord établit les principes détaillés de surveillance, de calcul et de déclaration, y compris un mécanisme de contrôle ex post visant à vérifier que Post Danmark n’a pas reçu de surcompensation. Il précise que la compensation de l’OSU pour la période du 1er juillet au 31 décembre 2020 s’élève à 112 millions de DKK et comporte une disposition selon laquelle la compensation de l’OSU pour le second semestre 2020 est accordée sous réserve de l’autorisation de la Commission.

2.6. Durée

(23)

La mesure d’aide couvre l’année 2020.

2.7. Motifs justifiant l’ouverture de la procédure

(24)

La Commission a décidé d’ouvrir la procédure formelle d’examen car elle doutait de la compatibilité avec le marché intérieur de la compensation de l’OSU accordée à Post Danmark pour l’année 2020. La décision actuelle se borne à apprécier la compensation de l’OSU pour 2020 et ne couvre pas d’autres mesures distinctes (25) mentionnées par les parties intéressées dans leurs observations sur la décision d’ouverture. Certaines observations formulées par les parties intéressées au sujet de ces mesures sont néanmoins traitées dans la présente décision dans la mesure où elles sont également pertinentes pour l’appréciation de la compensation de l’OSU pour 2020.

(25)

La Commission a exprimé des doutes en ce qui concerne:

1)

la méthode de répartition des coûts, notamment la séparation des comptes, à la suite du rapport de la Cour des comptes danoise du 15 janvier 2021 (considérants 101 à 105 de la décision d’ouverture);

2)

les données d’entrée de la méthode du coût net évité (CNE), étant donné qu’elles sont liées à la méthode de répartition des coûts au sujet de laquelle la Commission a également exprimé des doutes (voir les considérants 146 et 147 de la décision d’ouverture); et

3)

les effets de certaines hypothèses émises au sujet des coûts et des recettes de Post Danmark dans le scénario contrefactuel, à savoir l’absence d’incidence de la réduction de la taille de la société (volumes plus faibles liés à l’arrêt de certains services dans le scénario contrefactuel) et de la fermeture d’un centre de tri et de [5-10] plateformes de distribution sur les coûts unitaires des envois postaux (considérants 148 à 151 de la décision d’ouverture).

3. OBSERVATIONS DES PARTIES INTÉRESSÉES

(26)

La Commission a reçu des observations de la part de cinq parties intéressées, à savoir:

1)

Brancheorganisationen for den danske vejgodstransport (ci-après «ITD»), une association professionnelle privée danoise rassemblant des entreprises de transport et de logistique (26);

2)

Jørgen Jensen Distribution A/S (ci-après «JJD»), une entreprise danoise fournissant des services de transport de fret au moyen de camions et remorques, y compris des services de transport de colis. Elle fournit également des services de transport de marchandises avec enlèvement et livraison;

3)

Specialforeningen for Logistik og Distribution (ci-après «SLD»), une association professionnelle danoise dont tous les membres fournissent des services de transport de fret et de transport par palettes. Deux de ses membres sont spécifiquement actifs dans le transport de colis. La moitié de ses membres fournissent des services de transport de marchandises et de logistique internationaux;

4)

Danske Medier, une entité représentant environ 300 sociétés de médias privées au Danemark. Les membres de Danske Medier sont des distributeurs de courrier/colis dont certains font appel à Post Danmark pour certains services de distribution;

5)

une partie anonyme appelée l’«entreprise 1».

3.1. Respect de la directive 2006/111/CE

(27)

En ce qui concerne les doutes exprimés par la Commission dans la décision d’ouverture, concernant le respect de la directive 2006/111/CE de la Commission (27) exigé par l’encadrement SIEG, les parties intéressées ont formulé plusieurs observations.

(28)

ITD, l’entreprise 1, JJD et SLD considèrent que la surveillance de Post Danmark exercée par le ministère des transports a été inadéquate, ce qui suscite des interrogations quant à la fiabilité des pratiques comptables de Post Danmark.

(29)

Les mêmes parties intéressées estiment que les audits annuels de la comptabilité de Post Danmark réalisés par des auditeurs externes ne sont pas fiables, notamment car «l’autorité des transports n’a pas veillé à ce que l’auditeur vérifie que Post Danmark avait enregistré les données à un niveau de détail suffisant, alors qu’elle est tenue de le faire au titre de la réglementation comptable [ (28)]» (caractères gras ajoutés par les parties intéressées) (29).

(30)

ITD, l’entreprise 1 et SLD affirment que la comptabilité analytique de Post Danmark entraîne une surcompensation, étant donné que la pratique comptable propre à Post Danmark requiert que celle-ci impute la quasi-totalité de ses coûts communs au compte OSU au lieu de les répartir de manière adéquate entre les comptes OSU et non OSU.

(31)

ITD, l’entreprise 1, SLD et JJD considèrent que, vu le manque de fiabilité de la comptabilité analytique de Post Danmark, il existe un risque que celle-ci reçoive une surcompensation.

(32)

ITD et l’entreprise 1 estiment qu’il ne suffit pas que le Danemark présente de nouvelles informations pour dissiper les doutes de la Commission et que ce dernier doit garantir que Post Danmark supprime la «règle de nécessité» (30) de ses «Principes et méthodes» (c’est-à-dire ses règles comptables internes) ou la remplace par une règle d’imputation des coûts fondée sur une répartition adéquate des coûts entre les comptes OSU et non OSU.

(33)

En outre, ITD et l’entreprise 1 font référence à la page 22 du rapport de la Cour des comptes danoise, où cette dernière conclut que, selon elle, les clés de répartition des coûts de Post Danmark ne sont pas fondées: «[l]’examen réalisé par PwC [en 2014 (31)] a montré que l’application de la réglementation comptable par Post Danmark sur la base du principe du coût incrémental entraînait l’imputation de la majorité des coûts à tous niveaux (ventes, tri, transport et distribution) aux comptes OSU, alors que les produits relevant de cette obligation représentaient moins de la moitié de l’ensemble des produits» (caractères gras ajoutés par ITD et l’entreprise 1). Selon ITD et l’entreprise 1, cela signifie que les réglementations comptables (de 2006 et 2011; voir aussi le considérant 46 de la décision d’ouverture) imposaient à Post Danmark d’imputer tous les coûts communs au compte OSU.

(34)

Danske Medier considère que le montant de la compensation de l’OSU calculé selon la méthode du CNE pour 2020 est trop élevé étant donné qu’il est fondé sur la méthode du coût incrémental, qui impute tous les coûts nécessaires à l’exécution de l’OSU, dans leur intégralité, au compte OSU. Elle fait remarquer que cette méthode augmente artificiellement les coûts de l’OSU et qu’elle devrait être modifiée de sorte que les coûts communs soient répartis de manière adéquate entre les comptes OSU et non OSU.

(35)

Danske Medier pense en outre que Post Danmark utilise la compensation de l’OSU pour couvrir les pertes importantes enregistrées dans le cadre de ses activités non liées à l’OSU.

(36)

Enfin, Danske Medier observe également que la surveillance de PostNord Group est déficiente en raison de sa structure d’entreprise, qui, selon elle, n’est pas transparente.

3.2. Conformité avec la méthode du CNE

(37)

De manière générale, l’ensemble des parties intéressées jugent trop élevé le CNE de 394 millions de DKK, tel que présenté dans la décision d’ouverture, et n’excluent donc pas la possibilité que la compensation de 225 millions de DKK soit également trop élevée.

3.2.1. Données d’entrée pour le calcul du CNE

(38)

ITD, l’entreprise 1, JJD et SLD observent que, selon eux, la surveillance imparfaite de Post Danmark par le ministère des transports permet également de douter du fait que Post Danmark a enregistré toutes les données aux fins de l’élaboration de ses comptes, ce qui invalide tous les audits précédents de Post Danmark et prive de fiabilité tout contrôle externe supplémentaire effectué par des auditeurs indépendants sur la base des audits annuels de Post Danmark.

3.2.2. Accès à l’intégralité des données relatives au CNE

(39)

ITD, l’entreprise 1, SLD, JJD et Danske Medier affirment que l’expurgation, dans la décision d’ouverture, de tous les montants utilisés pour le calcul du CNE empêche les plaignants d’évaluer les éventuelles erreurs de calcul que pourraient avoir commises les autorités danoises ainsi que de comparer les scénarios factuel et contrefactuel.

3.2.3. Hypothèses émises dans le scénario contrefactuel de la méthode du CNE

(40)

En ce qui concerne les doutes de la Commission quant au fait que les hypothèses liées à la réduction de la taille de Post Danmark et à la fermeture d’un centre de tri et de plateformes de distribution aient été dûment prises en considération dans le scénario contrefactuel (considérants 149 et 150 de la décision d’ouverture), ITD, l’entreprise 1, JJD et SLD considèrent qu’il n’est pas plausible de supposer que la réduction du volume des activités relatives au courrier dans le scénario contrefactuel n’entraînerait pas d’augmentation des coûts unitaires de Post Danmark. En outre, ITD, l’entreprise 1 et SLD estiment que la fermeture d’un centre de tri et de plusieurs plateformes de distribution dans le scénario contrefactuel entraînerait nécessairement une augmentation des coûts unitaires dans ledit scénario contrefactuel.

(41)

ITD et l’entreprise 1 estiment que l’incidence de l’arrêt de certains services sur les coûts dans le scénario contrefactuel est sous-estimée et que l’incidence d’un tel arrêt sur les recettes est surestimée. Elles mentionnent, à cet égard, la distribution internationale de courrier et de colis, le service de distribution gratuite pour les personnes aveugles, la distribution nationale de courrier commercial et le service complet de distribution relevant de l’OSU par l’intermédiaire des bureaux de poste. Ces quatre éléments sont tous abordés aux considérants 42 à 45.

3.2.3.1. Distribution internationale de courrier et de colis

(42)

ITD, l’entreprise 1, SLD et JJD observent que le Danemark et Post Danmark sont partis du principe que la distribution d’envois postaux dans le scénario contrefactuel reposerait en partie sur l’accès au «réseau DPD» détenu par La Poste (la société postale nationale française), en vertu d’un accord de coopération existant entre DPD et PostNord AB. Elles font remarquer qu’on ne saurait supposer que les coûts de la coopération entre Post Danmark et DPD seraient les mêmes dans le scénario contrefactuel que dans le scénario factuel, étant donné que, dans le scénario contrefactuel, Post Danmark aurait un pouvoir de négociation nettement moindre. Selon elles, les coûts afférents à l’accès au réseau DPD seraient donc plus élevés que ce qu’ont supposé le Danemark et Post Danmark dans leur calcul du CNE.

3.2.3.2. Service de distribution gratuite pour les personnes aveugles

(43)

ITD et l’entreprise 1 observent que, dans la décision de la Commission de 2018 (32), il avait été supposé, dans le scénario contrefactuel, que Post Danmark poursuivrait le service de distribution gratuite pour les personnes aveugles. Elles affirment que ce service gratuit devrait donc être réputé maintenu dans le scénario contrefactuel pour le calcul de la compensation de l’OSU pour 2020, et qu’il devrait être considéré comme générant des coûts plus élevés que ce qu’ont supposé le Danemark et Post Danmark dans leur calcul du CNE.

3.2.3.3. Distribution nationale de courrier commercial

(44)

ITD, l’entreprise 1, SLD et JJD observent que la distribution nationale de courrier commercial est supposée être remplacée par une distribution hebdomadaire de courrier commercial dans les grandes villes. Selon elles, puisqu’il est prouvé que (de nombreux) consommateurs utilisent uniquement les services d’opérateurs postaux en mesure de distribuer le courrier dans le pays tout entier, si Post Danmark devait arrêter la distribution de courrier commercial dans les zones rurales et les petites villes, elle perdrait de nombreux clients et percevrait donc moins de recettes dans le scénario contrefactuel que ce qui a été supposé par le Danemark et Post Danmark dans leur calcul du CNE.

3.2.3.4. Service de distribution relevant de l’OSU par l’intermédiaire des bureaux de poste

(45)

ITD et l’entreprise 1 observent que, dans le scénario contrefactuel, le service de distribution relevant de l’OSU par l’intermédiaire des bureaux de poste situés sur les petites îles est censé être remplacé par une gamme limitée de services de distribution proposés par des «points de services», alors que, dans la décision de la Commission de 2018, il avait été supposé que les bureaux de poste situés sur les petites îles seraient fermés sans être remplacés (33). Étant donné qu’aucune raison justifiant que tel ne soit plus le cas n’a été avancée, elles considèrent que les bureaux de poste devraient également être fermés, sans être remplacés, dans le scénario contrefactuel pour 2020.

3.2.4. Incidence de la réduction de la taille de l’entreprise sur la part de marché

(46)

ITD, l’entreprise 1 et JJD considèrent qu’il y a lieu de tenir compte du fait que la réduction de la taille de Post Danmark dans le scénario contrefactuel entraînerait également une perte de part de marché pour l’entreprise, et que la baisse des recettes dans le scénario contrefactuel serait donc plus importante que ne l’ont supposé le Danemark et Post Danmark dans leur calcul du CNE. Les trois parties intéressées renvoient toutes, à cet égard, à une décision de la Commission du 19 février 2018 relative à Česká pošta (la poste tchèque), dans laquelle, selon elles, la Commission a déclaré que la réduction de la taille de l’entreprise entraînait une perte de clientèle et une baisse des recettes (34).

3.2.5. Avantages immatériels

(47)

Toutes les parties intéressées estiment que la Commission aurait dû tenir compte, dans la méthode du CNE, de plusieurs autres catégories d’avantages immatériels, qui, selon elles, n’ont pas été prises en considération par le Danemark et Post Danmark dans leur calcul du CNE. Les avantages immatériels en question sont décrits aux considérants 48 à 66.

3.2.5.1. Ubiquité

(48)

ITD, l’entreprise 1, SLD et JJD observent que la Commission a considéré, aux considérants 164 et 165 de la décision d’ouverture, qu’il n’était pas nécessaire d’inclure l’ubiquité parmi les avantages immatériels dans le scénario factuel aux fins du calcul du CNE. À titre d’illustration, elles font référence à l’arrêt dans l’affaire T-561/18 (35), dans lequel le Tribunal a déclaré que les distributeurs de catalogues, de magazines et de revues auraient également recours à des distributeurs non soumis à l’OSU.

(49)

ITD et l’entreprise 1 considèrent que l’argument du Tribunal sur lequel la Commission s’est fondée est erroné, puisque tous les clients de Post Danmark ne seraient pas nécessairement disposés à recourir aux services d’entreprises non soumises à l’OSU et que de nombreuses autorités de régulation ont reconnu que l’ubiquité constitue habituellement un avantage pour le prestataire de l’OSU, ce qui se vérifie toujours malgré la récente évolution des habitudes de communication due au développement technologique. À l’appui de leurs déclarations, les parties intéressées se réfèrent à des rapports publiés par les autorités de régulation belges (IBPT) en 2014 (36) et françaises (ARCEP) en 2010 (37), à un rapport de Frontier Economics élaboré pour la Commission en 2013 (38), à un rapport du groupe des régulateurs européens des services postaux (ERGP) de 2014 (39) ainsi qu’à une étude réalisée par WIK Consult pour la DG GROW (40).

(50)

En outre, SLD considère que l’ubiquité représente un énorme avantage pour Post Danmark. Selon elle, de nombreux clients veulent absolument recourir aux services de prestataires qui opèrent dans tout le pays, et les clients sont conscients du fait que le prestataire de l’OSU est le seul qui soit capable de livrer sur l’ensemble du territoire, ce qui est particulièrement important en cas de déménagement dans une nouvelle région. SLD renvoie également, à cet égard, aux rapports de l’ARCEP et de Frontier Economics déjà mentionnés au considérant 49, ainsi qu’à un rapport de l’ERGP de 2011 (41).

(51)

JJD a formulé des observations similaires, en affirmant de surcroît qu’une couverture nationale était essentielle pour les clients du commerce électronique [cette couverture a généré près de 70 % des ventes nettes de Post Danmark en 2020 (42)] et que Post Danmark comptait de nombreux clients en milieu rural.

3.2.5.2. Réputation de l’entreprise et valeur de la marque

(52)

ITD, l’entreprise 1, SLD et JJD allèguent que le fait d’être chargée de l’OSU permet à Post Danmark d’imprimer des timbres sur lesquels figure le mot «Danmark» et d’utiliser le symbole du cor postal surmonté d’une couronne dorée dans les bureaux de poste publics, ce qui donne confiance aux clients dans les services fournis.

(53)

ITD et l’entreprise 1 considèrent que, si la Commission fait valoir que la réputation de l’entreprise est uniquement liée à la distribution de courrier (43), la plupart des autorités nationales reconnaissent qu’elle est liée au fait même d’être un prestataire de l’OSU. SLD affirme également que la valeur bénéfique de l’OSU pour l’image de marque de l’entreprise n’est pas seulement associée à la distribution de courrier.

(54)

ITD, l’entreprise 1, SLD et JJD soutiennent que la possibilité de pratiquer des prix plus élevés pour les services postaux grâce à la valeur de la marque devrait être prise en considération, mais qu’elle a été ignorée par le Danemark et Post Danmark dans le calcul du CNE.

3.2.5.3. Boîtes aux lettres

(55)

ITD, l’entreprise 1, SLD et JJD affirment que le droit d’installer gratuitement des boîtes aux lettres (rouges) dans les locaux du secteur public et la valeur de la propriété de l’ensemble des boîtes aux lettres devraient être pris en considération, ce que n’ont pas fait le Danemark et Post Danmark dans le calcul du CNE.

3.2.5.4. Timbres

(56)

ITD, l’entreprise 1 et SLD considèrent que l’émission de timbres présente une valeur ajoutée, car elle constitue un symbole de confiance, d’ubiquité et de réputation, en plus d’être associée à l’accès à un réseau international de fournisseurs de services de transport dans le monde entier, et que cette valeur devrait être prise en considération.

(57)

Pour étayer leur point de vue, elles se réfèrent, en particulier, à la décision de la Commission concernant Česká pošta, confirmée par le Tribunal dans l’affaire T-316/18: «[l]’avantage découlant du droit exclusif du prestataire de l’OSU de vendre des timbres-poste et d’autres jetons de valeur est dû au fait que certains timbres et jetons vendus ne sont jamais utilisés (notamment parce qu’ils sont conservés dans un but philatélique). La valeur de cet avantage est exprimée financièrement comme étant la somme: i) de l’estimation de la valeur des timbres-poste et des jetons de valeur vendus et non utilisés; et ii) d’une estimation des recettes tirées de la vente de timbres-poste, de jetons de valeur et d’autres produits similaires dans un but philatélique» (44) (caractères gras ajoutés par les parties intéressées).

3.2.5.5. Économies d’échelle

(58)

ITD, l’entreprise 1 et JJD observent que, ainsi qu’il ressort de nombreux communiqués de presse (45), Post Danmark réalise bel et bien des économies d’échelle. En outre, selon ces parties, plusieurs études (46) démontrent que le prestataire de l’OSU utilise son réseau OSU pour distribuer des produits ne relevant pas de l’OSU, ce qui constitue donc indiscutablement un avantage tiré d’économies d’échelle dont il y a lieu de tenir compte dans le calcul du CNE.

(59)

SLD affirme que Post Danmark, en tant que prestataire de l’OSU, réalise des économies d’échelle non seulement du fait de la possibilité d’utiliser son réseau OSU pour des activités ne relevant pas de l’OSU, mais aussi du fait de son volume considérable de colis.

(60)

Danske Medier considère qu’il est erroné de ne pas avoir tenu compte des économies d’échelle résultant de l’OSU en tant qu’avantage immatériel. Selon elle, Post Danmark réalise des économies d’échelle au niveau de son réseau de tri et de distribution, ainsi qu’au niveau de l’utilisation de vastes centres de tri et des véhicules spécifiques destinés à des types de distribution particuliers.

3.2.5.6. Pouvoir de négociation

(61)

SLD soutient que la part de marché détenue par Post Danmark, du fait qu’elle est le seul prestataire de l’OSU, lui confère un pouvoir de négociation.

(62)

Selon ITD, l’entreprise 1, JJD et SLD, des rapports (47) démontrent que le gouvernement accorde plus de poids aux avis du prestataire de l’OSU au moment d’élaborer ses politiques.

3.2.5.7. Effets publicitaires

(63)

JJD et SLD affirment que Post Danmark bénéficie du fait de pouvoir utiliser des bâtiments, des véhicules et des uniformes arborant son logo à des fins publicitaires, alors que ses concurrents doivent payer pour une telle publicité.

3.2.5.8. Complémentarités de la demande

(64)

JJD soutient, en se référant au rapport de l’ERGP (48), que les prestataires de l’OSU utilisent leur réseau OSU pour fournir des services ne relevant pas de l’OSU, ce qui constitue un avantage considérable.

3.2.5.9. Exemptions aux règles de stationnement/d’arrêt

(65)

ITD, l’entreprise 1, SLD et JJD affirment que Post Danmark, en tant que prestataire de l’OSU, est autorisée à stationner et à effectuer des arrêts sans payer d’amendes ou de redevance, ce qui constitue un atout considérable dans les grandes villes où ses concurrents doivent payer le stationnement.

3.2.5.10. Accès aux registres publics et aux tendances des clients/de la demande

(66)

ITD, l’entreprise 1, JJD et SLD considèrent que le prestataire de l’OSU dispose d’un accès aux informations relatives aux clients et à la demande figurant dans les registres publics, qu’il peut utiliser pour mieux commercialiser ses produits postaux et ainsi obtenir et conserver des clients (49).

3.2.6. L’OSU constitue un avantage

(67)

Danske Medier affirme que Post Danmark tire un revenu net de l’OSU et ne devrait donc pas recevoir de subvention.

(68)

Dans le même ordre d’idées, ITD, l’entreprise 1 et SLD considèrent que le fait de se voir confier l’OSU constitue un avantage et non un inconvénient. SLD observe également que la plupart des prestataires de l’OSU ne pourraient pas survivre sans celle-ci. Selon elle, l’OSU génère d’énormes bénéfices pour l’opérateur, et les activités de Post Danmark seraient encore plus déficitaires si la société perdait l’OSU. JJD estime en outre que l’idée selon laquelle l’OSU représenterait un handicap pour Post Danmark est erronée, et qu’il s’agit en réalité d’un avantage net, puisque de nombreux bénéfices lui sont associés.

3.2.7. Recettes tirées des timbres

(69)

ITD, l’entreprise 1, JJD et SLD affirment que, dans le scénario contrefactuel, Post Danmark ne serait pas en mesure d’émettre des timbres. Elles considèrent par conséquent que ses services seraient meilleur marché dans le scénario contrefactuel que lorsqu’ils sont payés par la vente de timbres dans le scénario factuel, et que les recettes utilisées pour le calcul du CNE pour 2020 dans le scénario contrefactuel sont trop élevées. Selon les parties intéressées, cela est également confirmé dans le rapport de la Cour des comptes danoise, lequel constate, d’après elles, que Post Danmark applique une marge bénéficiaire excessive pour les courriers de 50 grammes: «[l]’enquête a conclu que la marge bénéficiaire sur les courriers pesant jusqu’à 50 grammes a considérablement augmenté entre 2011 et 2019» et, «[s]elon la Cour des comptes danoise, cela signifie que l’autorité des transports ne disposait pas d’une base suffisante pour déterminer si les bénéfices tirés par Post Danmark des timbres pour courrier étaient raisonnables». Le schéma 2 a été fourni par les parties intéressées à l’appui de cet argument.

3.2.8. Double comptabilisation alléguée

(70)

ITD et l’entreprise 1 observent qu’étant donné que les recettes générées par les colis ne sont pas fondées sur celles tirées de la vente de timbres, la Commission doit vérifier avec soin qu’il n’y ait aucune double comptabilisation, car d’autres éléments du calcul du CNE pourraient couvrir le même service que celui désigné par «affranchissement».

3.2.9. Analyse comparative

(71)

ITD, l’entreprise 1 et SLD affirment que les sociétés utilisées par les autorités danoises aux fins de l’analyse comparative, à savoir Danske Fragtmænd, Posten Norge et Deutsche Post, ne sont pas comparables à Post Danmark et que, dès lors, l’analyse comparative ne justifie pas les recettes de Post Danmark dans le scénario contrefactuel.

(72)

ITD, l’entreprise 1 et SLD observent que les trois entreprises sont toutes des sociétés rentables dont l’EBIT (résultat d’exploitation avant intérêts et impôts) a constamment été positif entre 2017 et 2019, tandis que Post Danmark a enregistré un EBIT négatif sur cette période, tant pour ses activités relevant de l’OSU que pour celles n’en relevant pas.

(73)

Les parties intéressées expliquent que, pour 2019, la marge EBIT de Post Danmark était de – 4,4 % pour les activités relevant de l’OSU et de – 6,9 % pour les activités n’en relevant pas (– 11,3 % au total). Elles indiquent ensuite qu’il semble peu probable que la réduction de la taille de Post Danmark dans le scénario contrefactuel pour 2020 permette de remédier à une marge EBIT totale négative de – 11,3 % et même d’assurer un bénéfice de 3,8 % (51). Selon elles, cela n’est pas plausible pour une société aussi constamment déficitaire.

(74)

ITD et l’entreprise 1 font en outre remarquer les deux différences suivantes entre Post Danmark et les entreprises retenues, qui font de ces dernières des points de comparaison inappropriés aux fins de l’analyse comparative:

(75)

Deutsche Post n’est pas comparable à Post Danmark étant donné qu’en 2019, ses services nationaux de courrier et de colis ne représentaient que 24 % de ses recettes, tandis que 70 % de celles-ci provenaient d’activités exercées en dehors de l’Allemagne. Dès lors, la principale activité de Deutsche Post n’est pas la distribution de courrier et de colis, mais les services de fret et de logistique. En outre, le segment express ne relevant pas de l’OSU de Deutsche Post est rentable, alors que les activités de Post Danmark ne relevant pas de l’OSU ne le sont pas.

(76)

Posten Norge n’est pas comparable à Post Danmark étant donné qu’elle est, elle aussi, essentiellement une entreprise de logistique: en effet, son segment relatif à la distribution de courrier et de colis ne représente que 31 % de ses recettes, lesquelles proviennent principalement de son segment logistique.

3.2.10. Tri et distribution de magazines par courrier

(77)

Danske Medier soutient que le tri et la distribution de magazines par courrier («Sorteret Magasinpost») sont offerts à des prix aussi bas que 3,50 DKK (0,45 EUR), selon la liste de prix officielle. Selon elle, des prix aussi bas sont déficitaires et une remise aussi élevée devrait être incompatible avec les dispositions relatives à l’OSU, car Post Danmark devrait relever ses prix à un niveau lui permettant d’éviter les pertes.

3.3. Respect de la directive 97/67/CE — Droits exclusifs

(78)

Selon ITD, l’entreprise 1 et SLD, Post Danmark détient le droit exclusif d’émettre des timbres et de conserver les recettes tirées de leur vente. Ce droit exclusif découle, selon elles, de la convention de l’Union postale universelle (UPU) (52), dont l’article 6.2.1 dispose ce qui suit: «[l]e timbre-poste: est émis et mis en circulation exclusivement sous l’autorité du Pays membre ou du territoire, conformément aux Actes de l’Union». Selon les parties, ce droit exclusif comporte l’octroi, à Post Danmark, d’une aide d’État illégale et incompatible avec le marché intérieur.

4. OBSERVATIONS DU DANEMARK SUR LA DÉCISION D’OUVERTURE

4.1. Légalité de l’aide

(79)

Les autorités danoises maintiennent leur position selon laquelle la compensation de l’OSU pour le premier semestre 2020 était compatible avec le marché intérieur au titre de la décision SIEG lorsqu’elle a été accordée le 20 décembre 2019. Elles expliquent qu’au moment où elles ont accordé l’aide, il n’existait aucune volonté politique de financer l’OSU sur le budget de l’État après le 30 juin 2020. Différentes solutions étaient envisagées pour l’avenir de l’OSU au Danemark, dont des modèles dans lesquels l’OSU serait considérablement modifiée (afin d’inclure moins de services). En raison de l’absence de consensus politique, Post Danmark s’est vu accorder une compensation de l’OSU d’un montant de 15 millions d’EUR (environ 112 millions de DKK) pour le premier semestre 2020 uniquement. La compensation de l’OSU a été versée à Post Danmark le 6 janvier 2020.

(80)

Selon les autorités danoises, il ressort de ce qui précède que, le 20 décembre 2019, rien ne leur permettait de penser qu’une compensation supplémentaire de l’OSU serait nécessaire pour le second semestre 2020. Lorsqu’elles se sont rendu compte qu’une compensation supplémentaire était nécessaire pour 2020, les autorités danoises ont constaté que le plafond de 15 millions d’EUR prévu dans la décision SIEG serait dépassé, et elles ont donc décidé de notifier la compensation de l’OSU pour 2020 au titre de l’encadrement SIEG.

(81)

Les autorités danoises expliquent par ailleurs que l’article 2, paragraphe 1, point a), de la décision SIEG fait référence aux compensations déjà accordées:

«[l]a présente décision s’applique aux aides d’État sous forme de compensations de service public accordées à des entreprises chargées de la gestion de services d’intérêt économique général au sens de l’article 106, paragraphe 2, du traité, et qui relèvent d’une des catégories suivantes:

a)

compensations ne dépassant pas un montant annuel de 15 millions d’EUR pour la prestation de services d’intérêt économique général dans des domaines autres que le transport et les infrastructures de transport;

[…]» (soulignement ajouté par le Danemark).

(82)

Le Danemark fait remarquer qu’au moment de la notification et jusqu’à ce que la Commission autorise la compensation supplémentaire pour 2020, seuls 15 millions d’EUR avaient été accordés (le 20 décembre 2019) et que ce montant ne dépassait pas le plafond de 15 millions d’EUR fixé à l’article 2, paragraphe 1, point a), de la décision SIEG. Il observe en outre que l’autorisation de la Commission qui couvre également le second semestre 2020 ne serait pas suffisante pour que la compensation soit réputée accordée, puisqu’il devrait encore mettre cette compensation à exécution. Dès lors, tant que les autorités danoises n’ont pas mis à exécution une compensation supplémentaire pour 2020 (et dépassé ainsi les 15 millions d’EUR), la compensation accordée pour le premier semestre 2020 devrait être considérée comme étant légale.

(83)

À cet égard, les autorités danoises soulignent qu’il existerait un paradoxe dans la décision d’ouverture. Le Danemark explique que, si la Commission autorise la compensation de l’OSU pour 2020, la compensation de l’OSU pour le premier semestre 2020 serait illégale, mais compatible avec le marché intérieur; en revanche, si elle concluait que la compensation de l’OSU pour 2020 dans son intégralité était incompatible avec le marché intérieur, la compensation de l’OSU pour le premier semestre 2020 serait légale, car, dans ce scénario, le seuil fixé dans la décision SIEG ne serait pas dépassé.

(84)

Le Danemark considère qu’à partir du moment où la période du 1er janvier au 30 juin 2020 sera également appréciée au titre de l’encadrement SIEG, il n’y a aucun risque que les exigences relatives aux deux périodes soient différentes (note de bas de page 35 de la décision d’ouverture). Il observe en outre que la base juridique et les dispositions régissant la compensation octroyée à Post Danmark pour l’OSU sont identiques pour les deux périodes.

(85)

Il s’ensuit, selon les autorités danoises, que, même si la Commission considère que l’octroi d’une compensation à Post Danmark pour le premier semestre 2020 sera réputé illégal une fois la compensation pour le second semestre 2020 accordée, cela ne signifie pas qu’au moment de la publication de la décision d’ouverture, la compensation de l’OSU accordée à Post Danmark pour le premier semestre 2020 était illégale. La compensation de l’OSU pour le second semestre 2020 sera accordée lorsque la décision finale de la Commission aura été adoptée, puisque l’accord conclu entre le Danemark et Post Danmark prévoit une compensation subordonnée à l’autorisation de la Commission. Les autorités danoises considèrent par conséquent que la compensation de l’OSU notifiée pour le premier et le deuxième semestre 2020 peut être déclarée compatible au titre de l’article 106, paragraphe 2, du TFUE et de l’encadrement SIEG, et qu’étant donné que la compensation pour le second semestre 2020 ne sera accordée qu’à ce moment-là, la question de l’illégalité de la compensation déjà accordée pour le premier semestre 2020 ne se posera pas.

4.2. Respect de la directive 2006/111/CE

(86)

Afin de lever les doutes de la Commission quant au respect de la directive 2006/111/CE, tels qu’exprimés aux considérants 101 à 104 de la décision d’ouverture, le Danemark a expliqué comment Post Danmark impute ses coûts et ses recettes, comment elle tient des comptes séparés et comment tout cela est surveillé.

4.2.1. Description de la manière dont Post Danmark impute ses coûts

(87)

Le Danemark explique que le premier objectif de la comptabilité analytique de Post Danmark consiste à garantir la conformité avec la réglementation comptable (53), qui transpose l’article 14 de la directive 97/67/CE. Conformément à la section 5, paragraphe 1, de la réglementation comptable, Post Danmark a élaboré, en 2015, une «description des méthodes et principes applicables à l’imputation des coûts et à l’établissement des comptes réglementaires séparés» (ci-après la «description de 2015»), qui a été approuvée par l’autorité de l’aviation civile et des chemins de fer conformément à la section 6, paragraphe 2, de la réglementation comptable (54).

(88)

Sur la base de la description de 2015, Post Danmark a procédé à la fois à une imputation des coûts et à une catégorisation de ces coûts, expliquée ci-dessous. Post Danmark impute et catégorise les coûts en même temps, selon des processus parallèles.

(89)

Post Danmark impute l’ensemble des coûts et des recettes, jusqu’au niveau de l’EBIT, aux différents produits (c’est-à-dire les produits et services qu’elle propose, tels que les colis ou le courrier; voir également l’exemple fourni au considérant 92). Les coûts et les recettes sont extraits du compte de résultat figurant dans le système informatique de Post Danmark, SAP (55). Le système de comptabilité analytique inclut l’ensemble des unités organisationnelles de Post Danmark, y compris toutes les filiales de Post Danmark A/S.

(90)

Ainsi qu’il ressort du schéma 3, la méthode de la comptabilité par activité (ci-après la «méthode CPA») est utilisée pour imputer les coûts d’exploitation essentiels aux différents produits ou services dans les comptes réglementaires (c’est-à-dire les comptes de Post Danmark établis à des fins réglementaires) sur la base d’une analyse de l’origine des coûts.

(91)

Le Danemark explique que tant les coûts relevant de l’OSU que ceux n’en relevant pas sont imputés sur la base de la méthode CPA. À titre d’exemple, les coûts d’infrastructure sont aussi imputés aux produits ne relevant pas de l’OSU si les produits qui en relèvent et ceux qui n’en relèvent pas partagent la même infrastructure.

(92)

La manière dont les coûts sont imputés aux produits ou services peut être illustrée par le processus de tri des colis, qui comporte six activités (collecte automatique des colis en production, dispersion automatique des colis en production, exportation des colis, importation des colis, arrivée et départ des colis en production et production, encodage vidéo. Ces six activités entraînent des coûts de personnel (groupe de coûts). Il existe [90-100] codes d’enregistrement du temps pour imputer les coûts de personnel aux activités (inducteurs de ressources). Un exemple d’inducteur de ressources est le code d’enregistrement du temps «78720 Produktion MS pakker», qui impute les coûts de personnel aux activités «collecte automatique des colis en production» et «dispersion automatique des colis en production». En plus du personnel, ces activités peuvent également utiliser des ressources d’autres groupes de coûts, par exemple les installations, équipements et bâtiments. La dernière étape du processus est l’imputation du coût d’une activité à l’objet de coûts (à savoir le produit, qui peut être un colis, du courrier, etc.) Pour ce faire, des inducteurs de coût sont utilisés. Les inducteurs de coût peuvent être, par exemple, les volumes ou le nombre de visites.

(93)

Les coûts qui ne sont pas imputés selon la méthode CPA (c’est-à-dire les coûts qui ne sont pas exposés dans le cadre de processus essentiels et qui ont été appelés «autres coûts d’exploitation» et «autres coûts») sont imputés respectivement au moyen d’une analyse directe et sur la base du résultat de la méthode CPA (voir le schéma 4). Les coûts d’exploitation auxiliaires sont, par exemple, les coûts informatiques et ceux afférents au service clientèle. L’analyse directe est comparable à la méthode CPA et consiste à imputer les coûts communs aux produits sur la base, par exemple, du temps pris par le personnel du service clientèle pour répondre à une question sur un produit spécifique.

(94)

Outre les mécanismes d’imputation des coûts, les coûts sont également catégorisés en tant que coûts incrémentaux (57) ou en tant que coûts communs imputables ou non imputables dans les comptes réglementaires.

(95)

Les trois catégories de coûts susmentionnées sont définies comme suit:

1)

si le coût ne concerne qu’un seul produit, il entre dans la catégorie des coûts incrémentaux. Par exemple, le coût des factures relatives aux frais terminaux pour le courrier international sortant est imputé directement et entièrement au courrier international sortant. Les coûts imputés de cette manière aux produits relevant de l’OSU et à ceux n’en relevant pas peuvent être classés dans la catégorie des coûts incrémentaux;

2)

les coûts qui ne cessent pas d’exister lors de l’annulation d’un service donné, mais qui sont imputables à un groupe d’au moins deux services et sont répartis entre ces services sur la base d’une analyse directe sont classés dans la catégorie des coûts communs imputables. Par exemple, les coûts informatiques et les coûts afférents au service clientèle de Post Danmark sont imputés aux différents produits en tant que coûts communs imputables sur la base d’une analyse directe, par exemple, du temps consacré par le personnel à chaque produit. Les coûts imputés de cette manière aux produits relevant de l’OSU et à ceux n’en relevant pas peuvent être classés dans la catégorie des coûts communs imputables;

3)

les autres coûts administratifs liés aux fonctions de soutien, par exemple aux départements des ressources humaines et aux départements financier et juridique, qu’il est impossible d’imputer sur la base d’une analyse directe (que ce soit au moyen de la méthode CPA ou d’une analyse directe) à un service ou à un groupe de services, sont affectés aux différents produits en tant que coûts communs non imputables en utilisant le ratio obtenu au moyen de l’analyse CPA (voir les encadrés orange du schéma 4). Les coûts imputés de cette manière aux produits relevant de l’OSU et à ceux n’en relevant pas peuvent être classés dans la catégorie des coûts communs non imputables.

(96)

Le Danemark explique que le schéma 4 devrait être lu comme suit: en utilisant la méthode CPA, Post Danmark détermine la répartition des ressources pour un ou plusieurs produits grâce à une analyse directe. Si les coûts en question sont imputés à un seul produit sur la base de l’inducteur de coût (considérant 92), les coûts sont classés dans la catégorie des coûts incrémentaux (flèche bleue du haut). S’ils sont imputés à plusieurs produits, les coûts sont classés parmi les coûts communs imputables (flèche bleue du bas).

(97)

Dans le schéma 5, le Danemark fournit un exemple (58) afin d’illustrer la manière dont Post Danmark catégorise les coûts de transport des colis adressés envoyés de particulier à particulier (C2C) et les colis adressés envoyés d’entreprise à entreprise (B2B). Les envois C2C sont couverts par l’OSU, tandis que les envois B2B ne le sont pas. Les coûts pris en considération sont les coûts de transport, y compris la rémunération du chauffeur, l’amortissement du véhicule et la consommation de carburant. Pour chaque étape du processus, les coûts sont catégorisés d’une manière similaire. Voir un autre exemple au considérant 98. Pour les deux exemples, les chiffres sont présentés à titre illustratif.

(98)

L’exemple présenté dans le schéma 6 concerne la distribution à la fois du courrier adressé pesant jusqu’à 2 kg et des colis adressés envoyés d’entreprise à entreprise (B2B). Le courrier adressé relève de l’OSU, mais pas les colis B2B.

(99)

Il ressort des deux exemples qui précèdent que tous les produits soumis à un traitement spécifique ont des coûts qui leur sont imputés proportionnellement aux ressources qu’ils utilisent (61).

Contrôle de la méthode de comptabilité analytique de Post Danmark

(100)

Le Danemark affirme en outre qu’en mai 2021, le ministère danois des transports a chargé le cabinet comptable Deloitte de contrôler la méthode de comptabilité analytique de Post Danmark. Ce contrôle visait principalement Post Danmark. Deloitte a aussi examiné la facturation entre Post Danmark et PostNord Logistics (62). Pour ce contrôle, Deloitte a eu accès aux comptes réglementaires et aux documents sous-jacents de Post Danmark et de PostNord Logistics. Deloitte a également interrogé les deux sociétés.

(101)

Deloitte a présenté ses conclusions le 30 août 2021 (63):

1)

Post Danmark dispose de descriptions complètes de ses principes et méthodes, ainsi que de systèmes d’enregistrement, qui servent de base au calcul des coûts et à leur répartition entre les services universels et non universels;

2)

Post Danmark impute directement les coûts aux différentes activités, en utilisant par exemple le temps enregistré. Les coûts communs sont imputés au moyen de clés de répartition;

3)

les transactions commerciales entre les filiales de PostNord Group, telles que Post Danmark et PostNord Logistics, reposent sur les mêmes principes que ceux utilisés par Post Danmark, à savoir l’enregistrement du temps, des taux horaires et des clés de répartition.

(102)

Pendant son contrôle, Deloitte n’a rien constaté qui lui laisserait à penser que les politiques comptables de Post Danmark ne sont pas conformes à la réglementation comptable applicable et aux principes comptables généralement acceptés.

4.2.2. Description de la manière dont Post Danmark impute ses recettes

(103)

Le montant des recettes à imputer est déterminé sur la base du compte de résultat figurant dans SAP. La plupart des recettes correspondent aux ventes directes enregistrées dans le système de facturation de Post Danmark et peuvent donc être directement imputées aux produits et services finaux. Les recettes qui ne correspondent pas aux ventes directes, et qui ne figurent donc pas dans le système de facturation de Post Danmark, sont imputées sur la base d’études (64). Ces études permettent de garantir l’existence d’une relation de causalité entre les recettes enregistrées et les produits et services qui ont généré ces recettes.

4.2.3. Description de la manière dont Post Danmark tient des comptes séparés

(104)

Le Danemark a expliqué que les comptes réglementaires séparés étaient établis par Post Danmark conformément à la réglementation comptable applicable, qui lui impose de séparer ses comptes comme exigé par la directive 2006/111/CE. Il soutient également que la réglementation comptable est conforme à l’article 14, paragraphe 3, de la directive 97/67/CE et que les comptes de Post Danmark reposent fondamentalement sur les principes de causalité, d’objectivité, de transparence et de cohérence.

(105)

Les comptes réglementaires présentent des comptes pour chaque service relevant de l’OSU, ainsi que pour chaque service qui n’en relève pas, conformément à la section 5, paragraphe 6, de la réglementation comptable. Les comptes réglementaires séparés se composent du chiffre d’affaires net, des coûts incrémentaux, du résultat après coûts incrémentaux, des coûts communs imputables, du résultat après coûts communs imputables, des coûts communs non imputables et du résultat EBIT.

(106)

Selon le Danemark, une proportion appropriée des coûts incrémentaux, des coûts communs imputables et des coûts communs non imputables a été imputée aux services ne relevant pas de l’OSU. La proportion de coûts imputés aux services relevant de l’OSU et à ceux n’en relevant pas est notamment conforme au chiffre d’affaires généré par ces catégories de services respectives. Le tableau 1 présente les chiffres totaux inscrits dans les comptes réglementaires 2020 pour les services relevant de l’OSU et ceux qui n’en relèvent pas.

Tableau 1

Chiffres totaux inscrits dans les comptes réglementaires 2020

En millions de DKK

Services OSU

Services non OSU

Chiffre d’affaires total

3 774 (*1)

1 610

Coûts incrémentaux

[…]

[…]

Coûts communs imputables

[…]

[…]

Coûts communs non imputables

[…]

[…]

Résultat (EBIT)

–10

–16

4.2.4. Description des modalités de surveillance des pratiques comptables de Post Danmark

4.2.4.1. Surveillance

(107)

Les méthodes et principes de comptabilité analytique appliqués par Post Danmark pour l’imputation des coûts et l’établissement des comptes réglementaires séparés ont été approuvés par l’autorité danoise de l’aviation civile et des chemins de fer (voir le considérant 87), qui est l’autorité également chargée de vérifier si Post Danmark respecte la réglementation comptable (actuellement celle de 2014). En outre, un comptable agréé par l’État vérifie chaque année si les comptes réglementaires séparés sont établis conformément à cette même réglementation comptable (65).

4.2.4.2. Évaluation par la Cour des comptes danoise de l’adéquation de la surveillance

(108)

À la demande de la Commission des comptes publics danoise («Statsrevisorerne») (66), la Cour des comptes danoise a mené une enquête sur la surveillance des pratiques comptables de Post Danmark. Le 15 janvier 2021, la Cour des comptes danoise a publié ses conclusions dans un rapport mis à disposition sur son site web.

(109)

Le jour même de la publication du rapport de la Cour des comptes danoise, la Commission des comptes publics a publié son évaluation dudit rapport (67).

(110)

La Commission des comptes publics a pris note des principaux points soulevés dans le rapport:

1)

l’autorité danoise de l’aviation civile et des chemins de fer fonde une partie de sa surveillance des pratiques comptables de Post Danmark sur les opinions de l’auditeur externe de Post Danmark, mais elle n’a pas exigé un certain degré d’assurance dans ces opinions (68);

2)

contrairement aux exigences de la réglementation comptable, l’autorité danoise de l’aviation civile et des chemins de fer n’a pas veillé à ce que l’auditeur externe vérifie que les données enregistrées par Post Danmark étaient suffisamment détaillées;

3)

l’autorité danoise de l’aviation civile et des chemins de fer ne disposait pas d’une base suffisante pour déterminer si le niveau des marges perçues par Post Danmark sur les courriers à l’unité était raisonnable. Elle ne dispose pas de procédure écrite pour approuver le prix pratiqué par Post Danmark pour les courriers à l’unité, et n’a pas défini de critères objectifs pour déterminer ce qui constitue selon elle un bénéfice raisonnable;

4)

un rapport publié par PwC en 2014 (69) a montré que, pour 2013, la majorité des coûts de Post Danmark avaient été imputés aux produits relevant de l’OSU alors que ceux-ci représentaient moins de la moitié des produits au total.

(111)

La Commission des comptes publics a formulé les observations suivantes:

1)

la surveillance des pratiques comptables de Post Danmark effectuée par le ministère des transports entre 2011 et 2019 n’a pas été tout à fait adéquate;

2)

le ministère des transports n’a pas demandé suffisamment d’informations sur la question de savoir si l’imputation des coûts communs réalisée par Post Danmark et les prix pratiqués par celle-ci étaient conformes à la législation, ou sur les motifs du rejet des allégations de subventions croisées;

3)

l’une des conséquences de cette situation est que l’on peut douter du fait que les pratiques comptables de Post Danmark soient correctes. La Commission des comptes publics encourage dès lors le ministère des transports à renforcer la surveillance de Post Danmark.

4.2.4.3. Suivi donné par le ministre des transports aux conclusions de la Commission des comptes publics et de la Cour des comptes danoise

(112)

Le Danemark explique que, le 11 février 2021, le ministre des transports a répondu à la Commission des comptes publics sur la base des contributions de Post Danmark et de KPMG (le comptable de Post Danmark depuis 2013), ainsi que de PwC. Dans cette réponse, le ministre observe que, dans son rapport, la Cour des comptes danoise conclut avant toute chose que le ministère des transports a surveillé les domaines que la loi lui impose de surveiller.

(113)

Le ministre corrige également la conclusion, erronée d’après le Danemark, selon laquelle le rapport de 2014 de PwC montrait que la majorité des coûts avaient été imputés aux produits relevant de l’OSU alors que ceux-ci représentaient moins de la moitié des produits au total:

1)

selon le Danemark, le rapport de PwC ne contenait pas d’informations sur le nombre total d’envois relevant de l’OSU et de ceux n’en relevant pas, respectivement. Pour cette seule raison, la déclaration figurant dans le rapport de la Cour des comptes danoise (considérant 33) est factuellement erronée;

2)

en outre, étant donné que les produits sont différents sur le plan de leurs caractéristiques, de leurs exigences de service et de leurs propriétés physiques, et qu’ils peuvent faire l’objet de différents traitements opérationnels, le nombre d’envois relevant de l’OSU et de ceux n’en relevant pas ne constituerait de toute façon pas, selon le Danemark, un paramètre adéquat pour déterminer si l’imputation des coûts est appropriée. Les différents types d’envois ne génèrent pas les mêmes coûts dans la chaîne de production (70);

3)

enfin, les comptes réglementaires de Post Danmark (71) montrent, par exemple, pour 2020, que les activités relevant de l’OSU représentaient 70 % des activités, sur la base du chiffre d’affaires. Dans le même ordre d’idées, les activités relevant de l’OSU représentaient 70 % des coûts.

(114)

Le ministre explique que, lors de son contrôle, PwC a conclu que la répartition des coûts par Post Danmark était raisonnable, saine et conforme aux exigences réglementaires.

(115)

Le ministre prend néanmoins note de la surveillance insuffisante, à certains égards, des pratiques comptables de Post Danmark et exige ce qui suit à partir de l’exercice comptable 2020:

1)

convenir formellement avec l’auditeur externe, KPMG, que les rapports d’audit portant sur les comptes annuels seront publiés avec un degré élevé d’assurance, comme cela a été le cas pour les rapports relatifs aux exercices financiers 2014 à 2019;

2)

imposer au comptable externe de Post Danmark de déclarer de manière non équivoque dans ses conclusions que l’auditeur a vérifié que les données enregistrées par Post Danmark étaient suffisamment détaillées. Le ministre observe que cet examen de l’enregistrement des données doit être effectué pour pouvoir rendre une opinion assortie d’un degré élevé d’assurance, ce qui a d’ailleurs été le cas pour la période 2014-2019, durant laquelle des opinions affichant ce degré d’assurance ont été rendues (72), quand bien même l’autorité danoise de l’aviation civile et des chemins de fer ne l’exigeait pas formellement (73). Le fait que le comptable externe de Post Danmark a déjà dû se prononcer sur l’exhaustivité et l’exactitude des données utilisées pour les comptes réglementaires ressort de la section de la réglementation comptable, qui dispose ce qui suit: «Post Danmark veille à enregistrer des données suffisamment détaillées, de sorte que ses systèmes comptables et statistiques puissent, à tout moment, être utilisés pour la tenue des comptes financiers sur les produits mentionnés à la section 4.». Le respect de la section 3 constitue une condition préalable essentielle à l’établissement des comptes réglementaires séparés visés à la section 4 de la réglementation comptable, qui doivent eux-mêmes être conformes aux politiques et méthodes énoncées à la section 5 de la réglementation comptable. La publication d’un rapport d’audit sur le respect, par Post Danmark, de la section 5, paragraphes 1 à 3, de la réglementation comptable suppose aussi indirectement de vérifier les enregistrements de données utilisés pour établir les comptes réglementaires;

3)

imposer à l’autorité danoise de l’aviation civile et des chemins de fer d’élaborer des procédures et des lignes directrices afin de disposer d’une meilleure base pour déterminer si les bénéfices perçus par Post Danmark sur l’affranchissement du courrier jusqu’à 50 grammes sont équitables. En mai 2021, l’autorité danoise de l’aviation civile et des chemins de fer a effectivement mis en place une procédure interne écrite qui approuve le prix du courrier national économique affranchi, envoyé individuellement et pesant jusqu’à 50 grammes. Ce produit est le seul à être soumis à une réglementation des prix.

4.2.4.4. Conclusions de la Cour des comptes danoise à la suite de la réaction du ministre des transports

(116)

Le 5 mars 2021, la Cour des comptes danoise a publié une note dans laquelle elle évaluait la réponse donnée par le ministre des transports le 11 février 2021 (74). Dans cette note, elle concluait ce qui suit:

1)

les mesures prises par le ministre des transports en ce qui concerne le degré d’assurance de l’opinion de l’auditeur externe et l’obligation pour l’auditeur de se prononcer expressément sur l’enregistrement des données sont appropriées et peuvent renforcer la surveillance des pratiques comptables de Post Danmark. La Cour des comptes danoise a donc conclu que cette partie de l’enquête était close;

2)

la Cour des comptes danoise continuera de formuler des observations et de présenter des rapports à la Commission des comptes publics au sujet des procédures d’approbation des prix pratiqués par Post Danmark ainsi qu’au sujet des initiatives prises par le ministre des transports afin qu’à l’avenir, en cas de doute, la surveillance garantisse que Post Danmark respecte la législation applicable.

4.2.5. Conclusion du Danemark sur la comptabilité analytique

(117)

Cela étant, compte tenu des modifications apportées en matière de surveillance, qui entreront en vigueur à partir de 2020, et des méthodes de répartition des coûts effectivement appliquées par Post Danmark, le Danemark affirme que la Commission peut fonder son évaluation de la conformité des pratiques comptables de Post Danmark avec la directive 97/67/CE, la directive 2006/111/CE et l’encadrement SIEG sur la surveillance réglementaire et sur l’examen annuel effectués par les auditeurs indépendants.

4.3. Conformité avec la méthode du CNE

4.3.1. Données d’entrée pour le calcul du CNE

(118)

Selon le Danemark, la Cour des comptes danoise fait remarquer qu’il n’a pas été expressément demandé à l’auditeur externe de vérifier l’enregistrement des données d’entrée. Toutefois, comme expliqué au considérant 115, point 2), l’auditeur externe de Post Danmark (KPMG) a vérifié l’enregistrement effectif des données lorsqu’il a contrôlé les comptes de Post Danmark, cette vérification étant nécessaire pour fournir une déclaration avec un degré élevé d’assurance. La même vérification a été effectuée pour 2020, comme expressément indiqué dans la déclaration de l’auditeur (75).

(119)

Le Danemark affirme par conséquent qu’il ne devrait faire aucun doute que le calcul du CNE pour 2020 satisfait aux prescriptions de la directive 2006/111/CE, ainsi que l’exige le point 18 de l’encadrement SIEG.

4.3.2. Hypothèses émises dans le scénario contrefactuel de la méthode du CNE

(120)

Aux considérants 148 à 151 de la décision d’ouverture, la Commission exprime des doutes quant à l’incidence, sur les coûts unitaires de Post Danmark, des modifications suggérées dans le scénario contrefactuel en ce qui concerne les éléments suivants:

4.3.2.1. Réduction de la taille de l’entreprise (diminution des volumes)

(121)

Le Danemark est d’accord sur le fait qu’en règle générale, une diminution des volumes tend à entraîner une augmentation des coûts unitaires, et inversement [considérant 149, point a), de la décision d’ouverture]. En raison de la baisse des volumes de courrier commercial, Post Danmark enregistre depuis plusieurs années une augmentation des coûts totaux moyens pour les produits de courrier relevant de l’OSU dans ses comptes réglementaires. Toutefois, le scénario contrefactuel reflète une situation dans laquelle Post Danmark a optimisé son service de courrier. Les principaux ajustements effectués dans le scénario contrefactuel sont la fermeture d’un centre de tri du courrier et de [5-10] plateformes de distribution, ainsi qu’une réduction du service dans les zones rurales et les petites villes.

(122)

i) Un niveau réduit de service dans les zones rurales et ii) une infrastructure moins étendue dans le scénario contrefactuel entraînent une diminution du niveau de prix global dans la chaîne de valeur dans les zones rurales. Cela signifie que, dans le scénario contrefactuel, Post Danmark est parvenue à éliminer des coûts (comparer les tableaux 4 et 6 à la section 6.3.1.7.1), de sorte que les coûts unitaires mesurés en tant que coûts totaux moyens dans les zones rurales sont plus faibles dans le scénario contrefactuel que dans le scénario factuel.

(123)

Les zones urbaines (par opposition aux zones rurales) ne sont concernées, dans le scénario contrefactuel, que par la réduction de l’infrastructure. Dans ces zones, compte tenu de tous les facteurs, les coûts unitaires resteraient au même niveau dans le scénario contrefactuel que dans le scénario factuel.

(124)

Le Danemark considère dès lors que les effets combinés de la baisse des volumes et de la réduction de l’infrastructure sont tels que les coûts unitaires globaux n’augmentent pas.

4.3.2.2. Fermeture d’un centre de tri et de plateformes de distribution et incidence sur les coûts de transport

(125)

On s’attendrait, de manière générale, à ce que la fermeture d’une partie de l’infrastructure nécessaire à la fourniture d’un service de livraison entraîne une augmentation des distances de transport entre les parties restantes de l’infrastructure. L’allongement des distances à parcourir devrait entraîner une augmentation des coûts de transport, alors que le Danemark a considéré que les coûts de transport n’augmenteraient pas dans le scénario contrefactuel, ce qui a conduit la Commission à exprimer des doutes sur ce point.

(126)

Le Danemark a expliqué qu’en 2020, Post Danmark exploitait deux centres de tri. La décision quant au nombre de centres de tri et/ou de plateformes de distribution a été prise sur la base de ce qui est considéré comme la solution optimale et la plus rentable. Compte tenu du nombre d’envois à trier, pour les opérations réalisées en 2020, il a été considéré qu’une structure composée de deux centres de tri constituait la solution optimale et la plus rentable, étant donné que le coût unitaire serait plus élevé avec un seul centre de tri plus vaste. Le passage de deux à un seul centre aura lieu lorsque le volume à trier descendra en dessous d’un niveau donné. Dans le scénario contrefactuel, le nombre d’envois baissera effectivement sous le niveau fixé pour le maintien de deux centres de tri. Le Danemark souligne également qu’en tant que prestataire de l’OSU, Post Danmark n’est pas toujours en mesure de réduire sa capacité en fonction de l’évolution du marché postal s’il y a un risque qu’une telle réduction l’empêche, à l’avenir, d’assurer l’OSU, qui suppose le respect de certaines exigences de niveau de service.

(127)

Dans une structure à deux centres (scénario factuel), chaque centre couvre une zone géographique donnée et le tri se fait en deux étapes. Les envois postaux collectés dans la zone géographique couverte par l’un des centres font l’objet d’un «tri à la collecte» à leur arrivée au centre. Les envois qui doivent être distribués dans la zone géographique couverte par l’autre centre de tri sont ensuite transportés vers celui-ci. Avant la distribution, tous les envois postaux qui se trouvent au centre de tri (y compris ceux provenant de l’autre centre) font l’objet d’un «tri pour dispersion», au cours duquel ils sont triés en vue de leur envoi vers les plateformes de distribution. [70-80] % du courrier postal provient de l’est du Danemark et c’est donc le centre de tri de Taastrup (dans l’est du pays) qui traite le plus d’envois.

(128)

Dans le scénario contrefactuel, il n’y aurait qu’un seul centre de tri, qui serait suffisant pour traiter le volume réduit d’envois postaux à distribuer. Avec un seul centre de tri, les distances de transport du lieu de collecte vers le centre de tri et du centre de tri vers les plateformes de distribution augmenteront. Toutefois, dans le même temps, les transports entre les deux centres seront évités.

(129)

Dans une structure à un seul centre (scénario contrefactuel), le tri est effectué en une seule étape, les envois postaux étant simultanément triés à la collecte et triés pour dispersion en fonction de la zone géographique et des tournées. Ainsi, les colis ne sont pas transportés vers un autre centre pour y être soumis au «tri pour dispersion». Par conséquent, dans cette configuration à un seul centre, tout le courrier transite par le même centre de tri dans l’est du Danemark, alors que dans le scénario factuel, certains envois font l’objet de deux processus de tri.

(130)

Le Danemark observe que, compte tenu de ce qui précède (c’est-à-dire le fait que le transport entre les deux centres de tri représente une plus longue distance que le transport entre le centre de tri restant et les plateformes et les tournées), dans le calcul du CNE, les coûts de transport totaux dans la configuration à un seul centre (scénario contrefactuel) resteront au même niveau et ne changeront pas de manière significative par rapport à la configuration à deux centres de tri (scénario factuel).

(131)

Ce constat est également illustré par ce qui suit: dans le scénario factuel, il y a [5-10] trajets quotidiens du centre de tri de l’est du pays vers celui de l’ouest, et [5-10] trajets quotidiens de l’ouest vers l’est. Un trajet fait approximativement [200-300] km, soit une distance totale journalière d’environ […] × […] km = […] km (voir le schéma 7).

(132)

Le schéma 7 présente deux cartes du Danemark. Les cercles rouges indiquent la localisation indicative des centres de tri au Danemark. La carte de gauche montre la structure à deux centres du scénario factuel, tandis que celle de droite présente la structure à un seul centre du scénario contrefactuel.

(133)

Dans le scénario contrefactuel, les distances de transport du lieu de collecte vers l’unique centre de tri et de celui-ci vers les plateformes de distribution augmenteront. Toutefois, dans le même temps, les transports entre les deux centres seront évités. Compte tenu du fait que la plupart des envois postaux proviennent de l’est du Danemark (considérant 127), le centre de tri de l’est du pays est maintenu dans le scénario contrefactuel, tandis que celui situé dans l’ouest du pays est fermé (76). Ainsi, les distances de transport du centre de tri vers les plateformes et inversement dans l’est du Danemark ne sont pas modifiées par une structure à un seul centre.

(134)

En outre, les distances de transport pour les envois postaux de l’est vers l’ouest du Danemark seront identiques, la seule différence étant que les distances seront parcourues après le tri pour dispersion des envois dans une structure à un seul centre, tandis que, dans la structure à deux centres, les envois ne sont géographiquement triés qu’avant leur départ pour l’ouest du pays (les [5-10] trajets de l’est vers l’ouest représentent environ […] × […] km = […] km; voir le considérant 131 et le trajet «1A» sur la carte de droite dans le schéma 6).

(135)

Les distances de transport d’un seul centre de tri situé dans l’est du Danemark vers les plateformes de l’ouest du pays, et inversement, augmenteront. Toutefois, ces distances plus longues correspondent aux trajets effectués entre le centre de tri de l’ouest et celui de l’est du pays dans le scénario factuel (environ […] × […] km = […] km; voir le considérant 131 et le trajet «1A» de la carte de droite dans le schéma 7).

(136)

Les distances de transport n’augmenteront que pour les envois expédiés et reçus dans l’ouest du Danemark. Toutefois, selon les autorités danoises, cela ne signifie pas que les coûts augmenteront eux aussi. Le volume prévu dans le scénario contrefactuel étant inférieur à celui du scénario factuel, les envois expédiés et reçus dans l’ouest du Danemark peuvent être inclus dans les [10-20] trajets quotidiens déjà effectués de l’est vers l’ouest et inversement. Comme expliqué aux considérants 134 et 135, le scénario contrefactuel maintient l’essentiel de ces [10-20] trajets quotidiens.

(137)

En conclusion, une distance de transport totale d’environ […] km ([…] + […]) est couverte dans une structure à un seul centre de tri sur le trajet «1A». Il s’agit de la même distance totale que dans le scénario factuel.

(138)

En ce qui concerne les plateformes de distribution, Post Danmark en exploitait [10-20] en 2020 (comme dans le scénario factuel). Ces [10-20] plateformes étaient jugées nécessaires à l’exécution de l’OSU en 2020. Post Danmark ajuste en permanence son infrastructure afin de la rendre plus rentable. Par exemple, en 2018, elle exploitait encore [20-30] plateformes. Les [10-20] plateformes exploitées en 2020 reflètent donc un ajustement à la baisse significatif. Ce changement n’est guère surprenant: les marchés sur lesquels Post Danmark opère ne sont pas statiques, mais volatiles et dynamiques. Les volumes peuvent changer de manière significative d’une année à l’autre et, dès lors, l’infrastructure a été adaptée, au fil des ans, en raison des variations des volumes.

(139)

La diminution du nombre de plateformes de distribution de [10-20] à [10-20] dans le scénario contrefactuel entraînerait également, comme pour les centres, un allongement des distances, mais cette fois entre les plateformes de distribution et les points de services. Toutefois, dans le même temps, la réduction du nombre de plateformes de distribution due à la baisse des volumes signifie également qu’un certain nombre de trajets entre les centres de tri et les plateformes de distribution sont évités par rapport au scénario factuel.

(140)

Le schéma 8 montre que toutes les régions du pays ne sont pas touchées par la fermeture de [5-10] plateformes dans le scénario contrefactuel. Les régions touchées sont la Fionie, qui fait partie du Jutland du Sud (ouest du Danemark), ainsi que les régions centrale, méridionale et occidentale de l’île de Seeland (est du Danemark). Dans les zones touchées, les distances de transport des centres de tri vers les plateformes de distribution seront raccourcies, étant donné que les envois sortant des centres de tri seront expédiés dans moins de directions, mais il faudra toujours assurer le transport vers les plus petits dépôts/points de services: dès lors, malgré, le nombre réduit de directions, les distances de transport resteront similaires à celles du scénario factuel. En effet, il reste nécessaire de transporter les envois jusqu’aux plus petits dépôts/points de services, et les trajets, moins nombreux, s’en trouvent ainsi allongés.

(141)

Si l’on prend l’une des zones touchées, par exemple la région centrale et occidentale de l’île de Seeland, dans la structure à [10-20] plateformes du scénario factuel, il y a des trajets quotidiens vers […], […] et […], ce qui représente des distances de transport de [300-400] km depuis et vers le centre de tri de Taastrup (le centre de tri de l’est du Danemark) (77).

(142)

Dans la structure à [10-20] plateformes du scénario contrefactuel, la plateforme de […] couvre les zones de […] et […]. Le trajet de Taastrup à […] est maintenu et fait à peu près […] km aller-retour. La plateforme […] devra préparer les produits de courrier pour l’ensemble de la zone (c’est-à-dire sa propre zone et celles des plateformes de […] et de […] dans le scénario factuel) avant que les envois postaux soient prêts à être distribués. Ensuite, les envois postaux préparés seront conduits de […] à […] et de […] à […], où se trouvent de plus petits dépôts/points de services et d’où débute la distribution aux foyers. Les trajets quotidiens de […] vers […] et inversement et de […] vers […] et inversement font environ […] km.

(143)

Autrement dit, une distance de transport totale de [200-300] km ([…] km + […] km) est couverte dans le scénario contrefactuel, contre [300-400] km dans une structure à [10-20] plateformes; voir le considérant 141.

(144)

Sur cette base, le Danemark et Post Danmark estiment donc que les coûts de transport totaux pour les [10-20] plateformes du scénario contrefactuel resteraient plus ou moins au même niveau que les coûts de transport du scénario factuel avec [10-20] plateformes, et les coûts de transport ne changeront donc pas de manière significative.

(145)

Enfin, les envois sont déjà transportés vers les points de services. Même si les volumes livrés aux points de services des zones rurales seront plus importants dans le scénario contrefactuel, cela n’entraînera pas d’augmentation des coûts puisque ces volumes peuvent être traités avec la capacité actuelle des véhicules. L’arrêt de la distribution aux foyers des zones rurales et des petites villes n’entraîne donc pas d’augmentation des coûts de transport.

(146)

Compte tenu des explications fournies aux considérants 126 à 145, le Danemark considère que, si, dans certains cas limités, il peut s’avérer nécessaire de parcourir des distances plus longues pour livrer un courrier ou un colis, les coûts de transport n’augmenteront pas.

4.3.2.3. Conclusion

(147)

À la suite des explications données aux sections 4.3.2.1 et 4.3.2.2, le Danemark estime avoir pleinement répondu aux doutes exprimés par la Commission quant à l’incidence des hypothèses émises dans le scénario contrefactuel sur les coûts unitaires de Post Danmark.

4.3.3. Conclusion du Danemark sur la méthode du CNE

(148)

Eu égard à ce qui précède, le Danemark conclut que sa méthode du CNE est conforme aux exigences énoncées dans l’encadrement SIEG et la directive 97/67/CE.

5. RÉACTIONS DU DANEMARK CONCERNANT LES OBSERVATIONS FORMULÉES PAR LES PARTIES INTÉRESSÉES

5.1. Respect de la directive 2006/111/CE

(149)

Le Danemark renvoie, de manière générale, aux observations déjà formulées au sujet du rapport de la Cour des comptes danoise, mais réagit également plus en détail à certaines déclarations des parties intéressées.

(150)

Les parties intéressées affirment que la Cour des comptes danoise a qualifié d’inadéquate la surveillance des pratiques comptables de Post Danmark (considérant 28). Le Danemark explique que cette affirmation n’est pas exacte. En réalité, la Cour des comptes danoise utilise l’expression «n’a pas été tout à fait adéquate» (78), ce qui, selon le Danemark, n’est pas du tout la même chose que qualifier la surveillance d’«inadéquate». Cela ressort également de l’échelle de notation utilisée par la Cour des comptes danoise. Celle-ci a qualifié son rapport de «critique modérée», ce qui est le deuxième meilleur niveau de son échelle de notation (79).

(151)

Les parties intéressées affirment également que les audits annuels des comptes de Post Danmark réalisés par des auditeurs externes ne sont pas fiables (considérant 29) compte tenu: i) de l’absence de critères permettant de déterminer si l’audit était satisfaisant et ii) du fait que l’autorité danoise de l’aviation civile et des chemins de fer n’a pas veillé à ce que l’auditeur vérifie si Post Danmark avait enregistré des données suffisamment détaillées. Le Danemark attire l’attention sur le fait que les rapports de l’auditeur fournissaient un degré élevé d’assurance pour les exercices financiers 2014 à 2019. En outre, compte tenu du rapport de la Cour des comptes danoise, le ministère des transports a expressément exigé que l’auditeur externe continue d’effectuer des audits avec un degré élevé d’assurance à partir de l’exercice comptable 2020. Un degré élevé d’assurance suppose également que l’auditeur vérifie l’enregistrement effectif des données (considérant 115). Le Danemark explique qu’il a soumis le rapport de l’auditeur pour 2020 à la Commission et que celle-ci y constatera qu’un degré élevé d’assurance a été donné.

(152)

Le Danemark répète que les parties intéressées se trompent lorsqu’elles soutiennent (considérants 33 et 34) que tous les coûts communs sont imputés à l’OSU. En réalité, Post Danmark impute les coûts (OSU et non OSU) sur la base des ressources utilisées telles qu’elles résultent de l’analyse CPA ou d’une autre analyse directe de l’origine des coûts. Le Danemark observe en outre que les allégations d’ITD ne sont pas étayées et sont identiques à celles présentées dans l’affaire T-561/18, que le Tribunal a rejetées dans son arrêt du 5 mai 2021 (80).

5.2. Conformité avec la méthode du CNE

(153)

En ce qui concerne la méthode du CNE, le Danemark souligne que, même si le CNE devait s’avérer trop élevé, cela ne signifierait pas que la compensation le serait également, puisque la compensation effective ne représente que 58 % du CNE (81).

(154)

Afin de garantir l’absence de toute surcompensation, et conformément à leur procédure standard, les autorités danoises procéderont, avec l’aide d’un auditeur agréé par l’État, à un contrôle ex post du CNE réel pour 2020, sur la base des chiffres réels pour cet exercice.

5.2.1. Hypothèses émises dans le scénario contrefactuel

(155)

Outre les points sur lesquels la Commission a expressément exprimé des doutes (à savoir la réduction de la taille de l’entreprise et la réduction du nombre de centres de tri et de plateformes), le Danemark formule également les remarques suivantes en ce qui concerne les critiques émises par les parties intéressées au sujet du scénario contrefactuel (considérants 40 à 45). Un scénario contrefactuel correct n’est pas un scénario dans lequel Post Danmark cesserait complètement de fournir des services de distribution de courrier dans les zones rurales (et renoncerait ainsi à toutes les recettes générées dans ces zones dans le scénario factuel). Ce qui est véritablement réaliste, c’est d’optimiser les services dans les zones rurales. Cette solution suppose de réduire le niveau de service (par exemple, ne plus proposer la livraison à domicile, mais le retrait du courrier et des colis) tout en maintenant la distribution. Cela permet de réduire les coûts et suppose de renoncer à certaines recettes (mais pas à toutes).

(156)

Les parties intéressées considèrent qu’il ne serait pas mis fin à la distribution gratuite pour les personnes aveugles. Le Danemark confirme qu’il serait bien mis fin au service de distribution gratuite pour les personnes aveugles (82), comme cela était déjà le cas dans la décision de 2018 (considérant 160, tableau 2 de ladite décision).

(157)

Plus particulièrement, en ce qui concerne le réseau DPD (considérant 42), le Danemark observe qu’il s’agit d’un service commercialisé sous la marque DPD, qu’il existe déjà dans le scénario factuel et qu’il dispose de son propre réseau (83), qui est complètement séparé et distinct du service international de distribution de courrier et de colis actuellement fourni par Post Danmark conformément à la convention de l’UPU. L’accord avec DPD a été conclu par PostNord Group et couvre donc les pays nordiques. Cet accord restera en vigueur au moins pour les prochaines années, étant donné que sa date d’expiration initiale est le […]. L’arrêt du service postal transfrontière fourni par Post Danmark elle-même au titre de la convention de l’UPU n’a aucune incidence sur les coûts liés aux colis DPD.

(158)

En ce qui concerne le prétendu remplacement de la distribution du courrier commercial à l’échelle nationale par une livraison hebdomadaire dans les zones urbaines (considérant 44), le Danemark fait remarquer que cette allégation est erronée et que Post Danmark continuerait de proposer la distribution du courrier commercial dans le scénario contrefactuel, mais avec un niveau de service réduit (voir le considérant 155).

(159)

En ce qui concerne le remplacement des bureaux de poste par des points de services sur les petites îles (considérant 45), le Danemark observe que, contrairement au scénario contrefactuel présenté dans la décision de 2018, Post Danmark continuera de proposer des envois à l’unité (courrier et colis) dans le scénario contrefactuel pour 2020, étant donné que, contrairement à la situation qui prévalait lorsque la compensation de l’OSU pour la période 2017-2019 a été notifiée à la Commission, la distribution d’envois à l’unité est rentable dans le scénario factuel pour 2020. La rentabilité actuelle des envois à l’unité est le résultat de la combinaison de la baisse des volumes et de l’augmentation des prix ainsi que de la mise en œuvre d’un nouveau modèle de production. Pour cette raison, les bureaux de poste sont conservés; toutefois, sur les petites îles sans liaison fixe, l’offre de produits proposée dans les bureaux de poste sera limitée par rapport au scénario factuel. Le courrier et les colis pourront toujours être retirés dans un bureau de poste et/ou y être expédiés; toutefois, par exemple, les étiquettes pour colis devront être achetées en ligne, au moyen d’une application, ou dans un bureau de poste sur le continent. Il ne sera plus possible d’acheter ces étiquettes sur une petite île sans liaison fixe.

5.2.2. Incidence de la réduction de la taille de l’entreprise sur la part de marché

(160)

Le Danemark explique que l’affaire Česká pošta à laquelle font référence les parties intéressées (considérant 46) montre que la fermeture de certains bureaux de poste dans le scénario contrefactuel peut entraîner une réduction des volumes, puisque certains clients passeraient à la concurrence tandis que d’autres choisiraient de réduire leur demande. Toutefois, Post Danmark ne ferme aucun bureau de poste dans le scénario contrefactuel (considérant 159) et, partant, le Danemark considère que l’affaire Česká pošta n’est pas pertinente pour le calcul du CNE de l’OSU de Post Danmark pour 2020.

(161)

Le Danemark est d’accord avec le fait que la réduction du niveau de service dans le scénario contrefactuel, découlant de l’optimisation du service de courrier commercial, entraînerait une diminution des volumes, ce qui donnerait lieu à une perte de recettes tant pour les produits relevant de l’OSU que pour ceux n’en relevant pas. Le Danemark indique avoir tenu compte, dans le CNE, des pertes de recettes liées aux courriers commerciaux prioritaires et aux courriers commerciaux économiques.

5.2.3. Avantages immatériels

5.2.3.1. Ubiquité

(162)

En ce qui concerne l’ubiquité (section 3.2.5.1), le Danemark renvoie aux conclusions du Tribunal dans l’affaire T-561/18. Dans cette affaire, le Tribunal a considéré que les éléments de preuve présentés par les requérantes n’avaient pas démontré qu’un avantage immatériel lié à l’ubiquité devait être inclus dans le calcul du CNE pour la période 2017-2019 (84). Étant donné que les parties intéressées se fondent sur les mêmes éléments de preuve, le Danemark considère que la même conclusion devrait être tirée en l’espèce.

(163)

En outre, et cela vaut pour tous les avantages immatériels potentiels, l’ubiquité ne devrait être incluse dans le calcul du CNE en tant qu’avantage immatériel que dans la mesure où Post Danmark ne la maintiendrait pas en l’absence d’OSU, et pour autant que Post Danmark tire un avantage de cette ubiquité. Étant donné que Post Danmark maintient l’ubiquité dans le scénario contrefactuel (la couverture géographique étant la même), essentiellement grâce à ses activités de distribution de colis, cette ubiquité ne découle pas à proprement parler de l’OSU, mais d’autres activités qui seront maintenues dans le scénario contrefactuel. Le Danemark souligne à cet égard que la plupart des éléments de preuve (85) avancés par les parties intéressées pour démontrer que Post Danmark aurait dû inclure l’ubiquité en tant qu’avantage immatériel dans le scénario contrefactuel concernent les colis, ce qui ne fait qu’appuyer son argument. Un autre élément de preuve (86) est obsolète et ne tient pas compte de la numérisation opérée depuis 2000.

(164)

En ce qui concerne une autre étude de l’ARCEP (87) à laquelle les parties intéressées font référence, le Danemark explique que cette étude appuie, en réalité, l’hypothèse selon laquelle il ne faut donner aucune valeur à l’ubiquité dans le scénario contrefactuel. En effet, ce rapport indique que, dans un scénario contrefactuel, l’ubiquité de La Poste (la société postale française) ne serait pas fondamentalement modifiée, et que, dès lors, toute ubiquité résultant de l’OSU ne constitue pas un avantage immatériel aux fins du calcul du CNE (88). Le rapport de l’ARCEP ne fait donc qu’étayer les conclusions formulées par le Tribunal au point 154 de l’arrêt rendu dans l’affaire T-561/18, à savoir qu’il y a lieu d’examiner si l’ubiquité constitue un avantage immatériel, et que cette ubiquité ne doit pas être systématiquement considérée comme un avantage à déduire du CNE.

(165)

Le rapport de l’IBPT (89) présenté par ITD appuie également cette conclusion, étant donné qu’à la suite d’une évaluation spécifique de la situation de Bpost, il a été constaté que l’ubiquité ne procurait pas d’avantage immatériel à cette dernière, étant donné que le seul avantage tiré par Bpost de son obligation de fournir ses services sur la totalité du territoire belge réside dans l’augmentation de ses volumes, avantage pris en considération dans le scénario contrefactuel (90).

5.2.3.2. Réputation de l’entreprise et valeur de la marque

(166)

En ce qui concerne la question de savoir si la réputation de l’entreprise constitue un avantage immatériel aux fins du CNE (section 3.2.5.2), le Danemark observe que le fait d’être le prestataire du service universel au Danemark ne présente aucune valeur positive. Il reconnaît que cela peut toutefois être différent dans d’autres pays. Au Danemark, les niveaux de service ont été revus à la baisse (distribution en cinq jours au lieu d’une distribution en un jour) et les prix ont augmenté. Le grand public en est ainsi venu à associer Post Danmark à un service cher et lent. Cela a également eu une incidence sur les colis, pour lesquels il existe un service de livraison en un jour, excepté pour les «maxi-courriers», qui relèvent de la distribution en cinq jours.

(167)

Le Danemark considère que différentes analyses viennent appuyer l’idée selon laquelle la réputation de Post Danmark est mauvaise:

1)

une analyse de l’image de l’entreprise réalisée par le Reputation Institute en 2019 (91) montre que l’image de la marque commerciale PostNord (Post Danmark opère sous le nom de «PostNord» au Danemark) est faible et que la valeur de la marque s’est érodée au fil des ans. Le Reputation Institute conclut que la marque PostNord est beaucoup moins forte que les marques concurrentes, et que même les marques récemment établies dans le secteur sont davantage appréciées. Reputation Institute recommande en outre d’augmenter significativement […] à l’avenir, étant donné que la force actuelle de la marque constitue un obstacle à […] voire à […];

2)

un classement établi dans le cadre d’une analyse de l’image des entreprises au Danemark (Danish IFO Image Analysis) montre que PostNord obtient un score relativement bas pour ce qui est de son image globale depuis 2009 et que, depuis 2017, elle a plongé tout en bas du classement et est, parmi toutes les entreprises incluses dans l’analyse, celle qui a la plus mauvaise image.

(168)

Le Danemark observe en outre qu’il est faux d’affirmer que Post Danmark possède le droit exclusif d’utiliser le terme «Danmark». Conformément aux règles de l’UPU et à la loi postale, les timbres émis par Post Danmark doivent afficher le terme «Danmark»; toutefois, il ne s’agit pas d’un droit exclusif au sens plus général.

5.2.3.3. Boîtes aux lettres

(169)

En ce qui concerne l’allégation selon laquelle Post Danmark a le droit d’installer des boîtes aux lettres dans les locaux publics (section 3.2.5.3), le Danemark indique que, lorsqu’elle souhaite installer des boîtes aux lettres dans un bâtiment, Post Danmark doit introduire une demande auprès des autorités ou sociétés propriétaires dudit bâtiment (92). L’installation de boîtes aux lettres au bord d’une route doit faire l’objet d’une autorisation des autorités locales. De manière générale, toutes les sociétés postales ont le droit d’installer des boîtes aux lettres, sous certaines conditions (93).

5.2.3.4. Timbres

(170)

Les parties intéressées affirment que les timbres inutilisés et les timbres conservés à des fins philatéliques devraient être inclus en tant qu’avantage immatériel dans le calcul du CNE et se réfèrent à ce propos à la décision de la Commission de 2018 relative à Česká pošta (section 3.2.5.4).

(171)

Dans le scénario contrefactuel, soit Post Danmark continuerait d’émettre des timbres (avec, par exemple, l’inscription «PostNord» au lieu de «Danmark») et maintiendrait ses produits de philatélie, soit elle abandonnerait les timbres au profit d’étiquettes. Toutefois, par souci de prudence, Post Danmark accepte de déduire un avantage sous la forme de timbres inutilisés et conservés à des fins philatéliques.

(172)

En ce qui concerne les comptes annuels de Post Danmark, la dette de l’entreprise est exprimée en timbres non utilisés par les clients. Pour 2020, leur montant a été fixé à 30 millions de DKK. Le Danemark reconnaît que le prêt sans intérêts que Post Danmark obtient de cette manière (sous la forme de timbres inutilisés) constitue un avantage pour elle. Cet avantage est calculé comme étant le coût des intérêts d’un prêt portant intérêts de la même valeur que la dette de Post Danmark exprimée en timbres inutilisés. Le taux d’intérêt est fixé, de façon prudente, à [0-5] %, et son montant est donc d’environ […] DKK en 2020.

(173)

Post Danmark considère que le taux d’intérêt de [0-5] % est prudent étant donné qu’il est fondé sur une analyse du prix de transfert d’un prêt intergroupe d’un montant considérablement supérieur aux 30 millions de DKK correspondant aux timbres inutilisés. Post Danmark a obtenu des informations spécifiques auprès de PostNord Group concernant un prêt fondé sur les hypothèses suivantes:

1)

date de début: 1er janvier 2020;

2)

durée de deux ans;

3)

montant principal de 30 millions de DKK.

(174)

Sur cette base, Post Danmark a reçu des informations sur un prêt aux conditions suivantes:

1)

facilité de crédit d’exploitation Cibor (94): […]W (95) + [0-5] %;

2)

un taux d’intérêt annuel fixe de [0-5] %.

(175)

Il s’ensuit qu’un prêt de 30 millions de DKK aurait un taux d’intérêt annuel fixe de [0-5] %, ce qui est nettement inférieur au taux d’intérêt annuel appliqué de [0-5] %. L’avantage qui en résulte s’élève à […] DKK.

(176)

Si Post Danmark passait aux étiquettes, force est de supposer qu’un certain nombre d’entre elles ne seraient pas utilisées. Dès lors, inclure l’avantage total de […] DKK constitue, selon le Danemark, une approche très prudente.

(177)

En outre, le Danemark a calculé que le bénéfice lié à la philatélie s’élevait à […] millions de DKK par an. Le chiffre d’affaires relatif aux timbres, annuaires, prospectus annuels, etc., qui ne sont pas utilisés pour l’affranchissement, est de l’ordre de […] millions de DKK par an. Ce chiffre d’affaires se compose de […] millions de DKK pour les produits de philatélie à proprement parler et de […] millions de DKK pour les timbres qui ne sont pas utilisés, en raison de leur valeur philatélique apparente (96), soit parce qu’ils sont collectionnés, soit parce qu’ils sont perdus sans avoir été utilisés. Les coûts pertinents à inclure pour calculer le bénéfice ou la perte sont présentés dans le tableau 2.

Tableau 2

Coûts pertinents pour le calcul de l’avantage résultant de la philatélie

Bénéfice/perte lié(e) la philatélie

En millions de DKK

Chiffre d’affaires

[…]

Production de produits de philatélie

[…]

Conception de timbres

[…]

Expédition

[…]

Ligne clients

[…]

Frais généraux

[…]

Bénéfice/perte

[…]

5.2.3.5. Économies d’échelle

(178)

En ce qui concerne les observations formulées par les parties intéressées au sujet des économies d’échelle dont Post Danmark bénéficierait en utilisant son réseau OSU pour distribuer des produits ne relevant pas de l’OSU (section 3.2.5.5), le Danemark déclare que les économies d’échelle ne devraient être incluses en tant qu’avantage immatériel dans le calcul du CNE que si elles ne sont pas maintenues en l’absence d’OSU.

(179)

Dans le scénario contrefactuel, Post Danmark maintiendrait son réseau national de distribution de colis et bénéficierait donc des mêmes économies d’échelle que dans le scénario factuel.

(180)

En ce qui concerne le réseau DPD (97) (considérant 58), le Danemark observe que ces activités sont complètement distinctes des activités relevant de l’OSU de Post Danmark et relèvent d’un accord conclu avec PostNord Group. Le réseau DPD sera maintenu dans le scénario contrefactuel tel qu’il est actuellement exploité dans le scénario factuel.

(181)

En ce qui concerne l’article du 6 juin 2017 relatif à un nouveau centre de colis dans l’HI-Park d’Herning (considérant 58, note de bas de page 45), le Danemark explique que ce centre a été ouvert pour faire face à la forte croissance que connaît Post Danmark dans les domaines de la logistique, de la distribution de colis (provenant essentiellement du commerce électronique) et du fret. Cet article ne fait donc qu’appuyer la thèse selon laquelle Post Danmark maintiendrait ses économies d’échelle dans le scénario contrefactuel.

(182)

En ce qui concerne le courrier, la diminution radicale du volume de courrier observée ces dernières années constitue un défi majeur pour Post Danmark, dont les nombreux coûts fixes ne varient pas en fonction du nombre de courriers envoyés. Dès lors, les coûts par courrier distribué par Post Danmark ont fortement augmenté. La taille de Post Danmark a donc représenté un inconvénient substantiel, puisqu’elle n’a pas pu ajuster ses activités en fonction de l’évolution du marché. Dès lors, contrairement à ce que prétendent les parties intéressées, Post Danmark n’a pas bénéficié d’économies d’échelle en raison de l’OSU.

5.2.3.6. Pouvoir de négociation

(183)

Le Danemark affirme que le pouvoir de négociation (voir section 3.2.5.6) ne devrait être inclus dans le CNE que s’il devait se détériorer ou disparaître dans le scénario contrefactuel. Selon lui, tel n’est pas le cas et les parties intéressées n’ont fourni aucune preuve du contraire.

(184)

D’après le Danemark, le pouvoir de négociation de Post Danmark n’est pas lié à l’OSU, mais plutôt à la taille de l’entreprise et à celle de PostNord Group. Post Danmark aurait donc le même pouvoir de négociation dans le scénario contrefactuel.

(185)

En ce qui concerne l’argument tiré du rapport de l’ERGP de 2011 et du rapport de Frontier Economics de 2013, selon lequel, grâce à l’OSU, Post Danmark disposerait d’un accès plus aisé aux représentants politiques et d’une influence accrue sur le régime réglementaire par rapport à ses concurrents, le Danemark observe que ces rapports datent d’il y a 9 et 11 ans et qu’ils sont obsolètes, vu qu’ils ne tiennent pas compte de la transformation numérique majeure qu’a connu le marché postal danois. En outre, ces rapports indiquent simplement que le fait d’être le prestataire du service universel peut présenter des avantages en termes d’influence sur les autorités réglementaires et les représentants politiques. Ils précisent également qu’il y a «peu de preuves de ces avantages» et qu’il n’existe pas d’orientations quant aux types de méthodes d’évaluation recommandés, car des études plus approfondies sont nécessaires. Selon le Danemark, des déclarations aussi vagues et générales ne constituent pas des éléments de preuve.

(186)

En tout état de cause, le Danemark soutient qu’il garde sa participation dans Post Danmark et le régime de réglementation dans le secteur postal distincts sur le plan juridique et fonctionnel. Contrairement à ce qu’allèguent les parties intéressées, Post Danmark n’a aucun poids politique particulier dans le contexte politique actuel. En réalité, la diminution du volume de courrier et la nécessité d’une compensation pour l’exécution de l’OSU ont déclenché un débat politique sur l’avenir du service postal.

(187)

Post Danmark ne possède pas plus de pouvoir de négociation que les autres grandes entreprises. Au contraire, les négociations avec les syndicats sont influencées par le fait que l’on attend de Post Danmark qu’elle continue de respecter les normes les plus élevées en matière, par exemple, de salaires, ce qui affaiblit sa position de négociation. Il en va de même pour les fournisseurs: Post Danmark ne possède pas plus de pouvoir de négociation que les autres grandes entreprises. Au contraire, elle est soumise à la directive 2014/25/UE du Parlement européen et du Conseil (98) (la «directive relative aux secteurs spéciaux»), et tous ses contrats avec des fournisseurs font dont l’objet de procédures de passation de marchés publics.

5.2.3.7. Effets publicitaires

(188)

En ce qui concerne les effets publicitaires (section 3.2.5.7), le Danemark considère qu’il ressort clairement des considérants 134, 135 et 136 de la décision d’ouverture que les actifs de propriété intellectuelle liés à l’OSU résultant essentiellement des publicités placées sur des points de contact visibles (par exemple, les boîtes aux lettres, les points de retrait de colis en libre-service, les bureaux de poste et certains véhicules de Post Danmark) ont été dûment pris en considération dans le calcul du CNE. La valeur publicitaire des points de contact de Post Danmark liés à l’OSU a été calculée par la société de consultance externe Annalect A/S, spécialisée dans le marketing et le comportement des consommateurs. Annalect A/S a analysé de manière approfondie et objective la question de savoir quels points de contact devaient être inclus dans le calcul.

5.2.3.8. Complémentarités de la demande

(189)

Le Danemark considère que les complémentarités de la demande ne devraient être incluses dans le calcul du CNE en tant qu’avantage immatériel que dans l’hypothèse où elles cesseraient d’exister dans le scénario contrefactuel (section 3.2.5.8). Toutefois, les principaux produits de Post Danmark, à savoir le courrier et les colis, seraient maintenus dans le scénario contrefactuel, et toutes complémentarités éventuelles de la demande entre ces produits continueraient donc d’exister.

(190)

En ce qui concerne les autres produits, il pourrait théoriquement être possible d’établir l’existence d’un avantage immatériel sous la forme de complémentarités de la demande. Toutefois, rien ne prouve qu’il y a un quelconque avantage effectif. En effet, les complémentarités de la demande peuvent également représenter un inconvénient si les ventes de produits rentables entraînent une augmentation des ventes de produits non rentables. Les autorités danoises expliquent que Post Danmark n’a relevé aucun élément témoignant d’un niveau important et pertinent de ventes croisées entre les produits de Post Danmark lorsque des particuliers déposent du courrier dans un bureau de poste, ni d’une demande spontanée d’autres produits de Post Danmark de la part des particuliers dans une telle situation. Lorsque des particuliers déposent du courrier dans une boîte aux lettres, cela n’entraîne tout simplement pas la vente d’autres produits.

(191)

Avec les clients commerciaux, les processus de vente font intervenir des acheteurs professionnels ainsi que les décideurs au sein de l’entreprise du client. Toutefois, selon les autorités danoises, Post Danmark n’a relevé aucune preuve d’un lien de causalité entre l’activité de vente d’un produit et une demande spontanée d’autres produits de Post Danmark, d’autant que les décideurs au sein de l’entreprise du client ne sont pas forcément les mêmes pour les différents produits postaux.

5.2.3.9. Exemptions aux règles de stationnement et d’arrêt

(192)

Le Danemark précise que Post Danmark ne bénéficie d’aucune exemption aux interdictions de stationnement et d’arrêt des véhicules (section 3.2.5.9). Il n’existe aucune disposition, dans la loi postale ou la loi sur la circulation routière («Færdselsloven»), qui accorderait de telles exemptions à Post Danmark. Les parties intéressées fondent apparemment leur allégation sur les rapports publiés par l’ARCEP en 2010 et Frontier Economics en 2013, qui affirment que les prestataires du service universel peuvent bénéficier de tels avantages et que cela est effectivement le cas dans certains pays. Toutefois, ce n’est pas le cas pour Post Danmark au Danemark.

5.2.3.10. Accès aux registres publics et aux tendances des clients/de la demande

(193)

En ce qui concerne l’allégation selon laquelle Post Danmark possède un droit exclusif d’accès aux registres publics contenant des informations sur les clients et sur la demande qui peuvent être utilisées pour commercialiser plus efficacement les produits postaux (section 3.2.5.10), le Danemark fait remarquer que tous les prestataires de services postaux peuvent obtenir des informations sur les adresses auprès, par exemple, du registre central de la population (RCP) de l’État danois, moyennant le paiement d’un droit. Toutefois, seule Post Danmark, en tant que prestataire du service universel, peut obtenir auprès du RCP des adresses de personnes entrées sur le territoire danois et de nouveau-nés. Afin de garantir un accès égal aux informations sur les adresses, la loi postale dispose que le prestataire du service universel, Post Danmark, est tenu de fournir ces informations aux autres sociétés postales, à des conditions non discriminatoires et à prix coûtant uniquement. Post Danmark ne possède donc aucun droit ou avantage exclusif. Le Danemark ajoute par ailleurs que les informations sur les adresses ne peuvent pas être utilisées à des fins de marketing (99).

5.2.4. L’OSU constitue un avantage

(194)

En réponse aux allégations des parties intéressées mentionnées aux considérants 67 et 68, le Danemark a expliqué que Post Danmark ne tirait pas de revenu net de l’OSU. En 2020, les services relevant de l’OSU ont généré un déficit net de 10 millions de DKK (considérant 153, note de bas de page 81), même en tenant compte de la compensation de l’OSU. Sans la compensation de l’OSU pour 2020, ce déficit net se chiffrerait à 233 millions de DKK.

5.2.5. Recettes tirées des timbres

(195)

Le Danemark considère que les parties intéressées ont mal compris le rôle joué par les timbres dans les activités de Post Danmark (considérant 69). Les sources de revenus de Post Danmark ne dépendent de l’émission de timbres dans aucun scénario. Un timbre est un moyen de paiement anticipé pour la distribution d’un service, et il prouve, lorsqu’il est apposé, par exemple, sur (l’enveloppe d’)un courrier à l’unité, que le service a été payé par le client. Il existe également d’autres moyens de payer pour la distribution d’un courrier, par exemple des étiquettes ou des codes d’affranchissement. Il est aujourd’hui fréquent d’utiliser des codes d’affranchissement au lieu de timbres. Les timbres ne peuvent pas être utilisés pour les envois postaux en nombre.

(196)

Il s’ensuit que l’émission de timbres n’a pas non plus d’incidence sur le prix des services de courrier de Post Danmark. Dans le cas hypothétique où Post Danmark cesserait de vendre des timbres, cela n’aurait aucun effet sur le prix de l’envoi d’un courrier. Le prix des courriers nationaux à l’unité jusqu’à 50 grammes doit être approuvé par l’autorité danoise de l’aviation civile et des chemins de fer. Cette approbation obligatoire maintient les prix bas et empêche Post Danmark d’introduire, par exemple, des «prix de zone». Dans le scénario contrefactuel, le Danemark a opté pour une approche prudente en n’augmentant pas les prix des courriers à l’unité jusqu’à 50 grammes ni, par conséquent, ses recettes.

(197)

En réponse au graphique fourni par ITD (considérant 69), qui présente le prix nominal du courrier postal envoyé en Europe, le Danemark fait remarquer qu’ITD n’a fourni aucune source pour ce tableau. En outre, le Danemark observe que le tableau ne montre pas les prix des courriers nationaux à l’unité de 50 grammes et suppose plutôt que ce tableau illustre les prix soit du service de courrier de première classe («Envoi rapide»), qui ne relève pas de l’OSU, soit du courrier transfrontière (100). Les autorités danoises admettent que les prix du courrier OSU au Danemark sont généralement plus élevés que dans d’autres États membres de l’UE. Cela s’explique, selon elles, par la «numérisation d’un niveau inégalé par les autres États membres de l’UE» que le Danemark a connu «ces vingt dernières années». De fait, le Danemark occupe la première place du classement de l’indice relatif à l’économie et à la société numériques établi par la Commission; voir le schéma 9.

(198)

Le Danemark explique que, dans le même indice, il est indiqué que le pays compte le plus d’utilisateurs de l’administration en ligne dans l’UE (92 % des utilisateurs de l’internet ont recours à l’administration en ligne). Cela a entraîné une diminution significative du nombre de courriers envoyés, supérieure à celle observée dans les autres États membres, et Post Danmark a été contrainte d’augmenter ses prix dans une mesure plus importante que n’ont dû le faire ses homologues d’autres États membres, afin de pouvoir continuer de couvrir les coûts fixes liés à l’exécution de l’OSU.

(199)

En ce qui concerne la question de savoir si les prix des courriers nationaux de 50 grammes sont «excessivement élevés» ainsi que l’affirme ITD en se référant au rapport de la Cour des comptes danoise, le Danemark fait valoir que cette dernière n’a pas déclaré que les prix étaient «excessivement élevés». Il observe en outre que l’autorité danoise de l’aviation civile et des chemins de fer a utilisé une nouvelle procédure pour approuver une augmentation de prix de 11 à 12 DKK en 2022. Cette nouvelle procédure comporte un examen des bénéfices réalisés par les autres fournisseurs européens de services postaux sur les prix du courrier, et ces bénéfices se situaient dans une fourchette de 8,1 % à 26 %. Compte tenu de cette augmentation de prix de 11 à 12 DKK, le bénéfice attendu en 2022 est passé de [> 5] % à [< 15] %. Le prix en 2020 était de 10 DKK, avec un bénéfice estimé à [5-10] %. La nouvelle procédure utilisée pour approuver l’augmentation en 2022 montre donc que le prix de 2020 n’entraîne pas de bénéfices disproportionnés. Rien n’indique par conséquent que Post Danmark a pratiqué des prix excessivement élevés, ni que les prix du scénario factuel ne reflètent pas les prix du marché.

5.2.6. Double comptabilisation alléguée

(200)

Le Danemark partage l’avis d’ITD selon lequel le CNE ne devrait pas inclure de double comptabilisation. Pour cette raison, il a été soigneusement veillé à éviter toute double comptabilisation et à ne pas sous-estimer les pertes de recettes. ITD fait référence à la catégorie «affranchissement» du CNE en indiquant que celle-ci pourrait couvrir le même service que celui déjà couvert par le courrier exporté, le courrier importé, les autres courriers, les colis exportés et les colis importés.

(201)

En ce qui concerne l’affranchissement, le Danemark donne l’exemple de l’arrêt des services postaux internationaux au titre de la convention de l’UPU et des autres accords postaux internationaux. L’arrêt de ces services entraîne une perte de recettes estimée à […] millions de DKK, répartis entre le courrier exporté (diminution des recettes de […] millions de DKK à 0 DKK), le courrier importé (diminution des recettes de […] millions de DKK à 0 DKK), les colis exportés (diminution des recettes de […] millions de DKK à […] millions de DKK), les colis importés (diminution des recettes de […] millions de DKK à […] millions de DKK) et les autres affranchissements (diminution des recettes de […] millions de DKK à […] millions de DKK).

5.2.7. Analyse comparative

(202)

Pour ce qui est de la comparaison entre Post Danmark et d’autres opérateurs (considérants 142 à 145 de la décision d’ouverture), les autorités danoises expliquent que, contrairement à ce qu’ITD affirme, les entreprises avec lesquelles Post Danmark est comparée ne peuvent et ne doivent pas être similaires à Post Danmark en termes de structure commerciale et de rentabilité. Plus spécifiquement, en ce qui concerne la rentabilité, les autorités danoises expliquent que l’analyse comparative a précisément pour but de comparer la rentabilité réelle des autres opérateurs à celle de Post Danmark dans le scénario contrefactuel. Il n’est pas pertinent d’utiliser la rentabilité réelle de Post Danmark, étant donné que cette rentabilité est influencée par l’OSU, qui empêche l’optimisation des activités de Post Danmark.

(203)

Le Danemark explique que, si ITD (en utilisant, à tort, le scénario factuel) ajoute un EBIT de – 4,4 % pour les activités relevant de l’OSU à un EBIT de – 6,9 % pour les activités ne relevant pas de l’OSU (ce qui donne une marge EBIT de – 11,3 %), la bonne manière de calculer un EBIT global est de pondérer les différents chiffres, ce qui donnerait un EBIT total de – 5,2 % pour le scénario factuel.

(204)

En ce qui concerne les entreprises retenues aux fins de l’analyse comparative, le Danemark explique que Posten Norge, Deutsche Post DHL Group et Danske Fragtmænd ont une structure commerciale comparable et qu’elles opèrent toutes sur le marché postal. Posten Norge et Deutsche Post DHL Group continuent de distribuer un volume important de courrier, et elles se prêtent donc bien à une comparaison en ce qui concerne l’EBIT, la productivité de la main-d’œuvre et l’efficacité au regard des coûts. Dans le scénario contrefactuel, Post Danmark continuera de fournir des services de distribution de courrier. Danske Fragtmænd est un choix pertinent puisqu’il s’agit de l’un des plus grands acteurs du marché danois de la distribution de fret et de colis et que, dans le scénario contrefactuel de Post Danmark, les recettes tirées des activités de logistique et les bénéfices qui en découlent représentent une part plus importante des recettes que dans le scénario factuel. Dès lors, Post Danmark serait davantage comparable à Danske Fragtmænd.

(205)

L’analyse comparative est effectuée au niveau du groupe, étant donné que les entreprises sont sélectionnées sur la base de l’ensemble de leur portefeuille de produits concernant le courrier, les colis et la logistique. Une analyse comparative au niveau des segments n’est pas toujours possible, vu que les comptes établis pour chaque segment n’utilisent pas toujours une répartition complète des coûts. Cela n’aurait été possible que pour Deutsche Post DHL, en ce qui concerne les services de courrier et de colis, donnant lieu à un EBIT de 7,9 % pour 2019 pour le courrier et les colis, contre 6,5 % pour le groupe. Il s’ensuit que la marge EBIT pour les services de courrier et de colis est, en réalité, plus élevée que la marge EBIT au niveau du groupe.

(206)

Afin de renforcer la solidité de l’analyse comparative, le Danemark a également examiné la marge EBIT de General Logistics Systems Denmark A/S (GLS), qui est le plus grand concurrent de Post Danmark sur le marché danois des colis et se prête donc également à une comparaison. L’EBIT de GLS pour 2020 est de 12,6 % (102).

5.2.8. Tri et distribution de magazines par courrier

(207)

En ce qui concerne la critique formulée par Danske Medier selon laquelle la compensation de l’OSU est trop élevée étant donné que Post Danmark est autorisée à pratiquer des prix OSU artificiellement bas pour le tri et la distribution de magazines par courrier, le Danemark explique que, contrairement à ce qu’affirme Danske Medier, le prix du tri et de la distribution de magazines par courrier en 2020 était de [5-10] DKK l’unité ([0,669-1,339] EUR) et non de 3,50 DKK (0,47 EUR). Le prix de 3,50 DKK ne s’applique qu’aux clients qui expédient plus de 100 000 envois pesant 0,06 kg ou moins. En outre, ce prix ne s’applique qu’à la part du lot dépassant les 100 000 envois, étant donné qu’un modèle progressif est utilisé. Par exemple, en 2020, un prix de 8,66 DKK (1,16 EUR) était appliqué aux 1 500 premiers envois (103). La fixation des prix étant différente de ce que prétend Danske Medier, le Danemark considère que la critique de cette dernière devrait être rejetée.

5.3. Respect de la directive 97/67/CE — Droits exclusifs

(208)

Le Danemark indique que Post Danmark ne détient pas le droit exclusif d’émettre et de vendre des timbres. Elle a plutôt l’obligation d’émettre et de vendre des timbres [article 20 de la loi postale (104)]. La directive 97/67/CE dispose, à l’article 8, que son article 7 (qui interdit d’utiliser des droits exclusifs et spéciaux pour financer l’OSU) n’empêche pas les États membres d’organiser l’émission des timbres conformément à leur législation nationale (105). Dès lors, même s’il existait un droit exclusif d’émettre des timbres (ce qui n’est pas le cas), ce droit serait conforme à la directive 97/67/CE.

6. APPRÉCIATION DE L’AIDE

6.1. Légalité

(209)

Dans sa décision d’ouverture, la Commission a considéré que le Danemark n’avait pas respecté l’obligation de notification en accordant une partie de la compensation de l’OSU pour 2020 notifiée au titre de l’encadrement SIEG avant d’avoir obtenu l’autorisation de la Commission (considérant 60 de la décision d’ouverture).

(210)

En effet, le Danemark a déjà octroyé et versé la moitié du montant notifié (15 millions d’EUR) à Post Danmark. Selon le Danemark, cette partie de la compensation a été initialement accordée au titre de la décision SIEG, qui permet d’octroyer une aide pour la prestation de SIEG sans la notifier à la Commission pour autant que cette aide ne dépasse pas un montant annuel de 15 millions d’EUR [article 2, paragraphe 1, point a), de la décision SIEG] [voir également l’accord couvrant le premier semestre 2020, mentionné au considérant 22, point 4)].

(211)

Le Danemark a expliqué qu’à l’époque, aucune décision n’avait été prise quant à l’octroi d’une compensation supplémentaire pour l’OSU à Post Danmark après juin 2020 qui dépasserait le montant de 15 millions d’EUR. Il a également indiqué qu’il n’y avait aucune volonté politique de financer l’OSU sur le budget de l’État au-delà du 30 juin 2020 et que d’autres solutions étaient envisagées (voir le considérant 79). Le Danemark a donc fait valoir que la compensation de l’OSU pour le premier semestre 2020 ne devait pas être considérée comme illégale. En ce qui concerne la compensation de l’OSU pour le second semestre 2020, le Danemark a expliqué que, dans la base juridique, l’octroi de la compensation était soumis à l’autorisation de la Commission [considérant 22, point 5)].

(212)

La Commission prend acte des explications du Danemark, mais renvoie à la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne, en vertu de laquelle les règlements et décisions d’exemption en matière d’aides d’État doivent être appliqués de manière restrictive (106). Dès lors, la décision SIEG ne peut être utilisée que dans la mesure où le bénéficiaire reçoit une aide maximale de 15 millions d’EUR par an. Il est de la responsabilité de l’État membre, au moment d’utiliser la décision SIEG, de veiller à ce que les conditions qui y sont énoncées soient respectées.

(213)

La Commission considère également que les compensations de l’OSU pour les premier et second semestres 2020 ne peuvent être appréciées séparément. En effet, malgré l’existence de deux licences différentes, Post Danmark s’est vu confier un seul et unique SIEG, compte tenu notamment du fait que le contenu de l’OSU est exactement le même pour les deux périodes successives (107).

(214)

Le Danemark a notifié la compensation pour ce seul SIEG en 2020 au titre de l’encadrement SIEG, mais a déjà octroyé et versé une partie du montant, ce qui a conduit la Commission à conclure que l’obligation de notification n’avait pas été respectée. Le Danemark a formulé un argument supplémentaire, à savoir que la décision SIEG s’applique aux aides déjà octroyées (considérant 81) et qu’au moment de l’adoption de la décision d’ouverture, la seule aide octroyée était le montant de 15 millions d’EUR pour le premier semestre 2020. Dès lors, selon le Danemark, il n’y a aucune aide illégale, à tout le moins jusqu’à ce qu’il mette à exécution l’aide supplémentaire octroyée pour la prestation de l’OSU par Post Danmark. Cette aide supplémentaire ne sera mise à exécution, selon le Danemark, que si elle est autorisée par la Commission La Commission n’est pas d’accord avec ce raisonnement. Premièrement, la vérification du respect des conditions de la décision SIEG doit nécessairement intervenir avant que les États membres ne décident de faire usage de l’exemption de notification autorisée par ladite décision. Cela ressort de l’article 3 de la décision SIEG, qui dispose qu’une compensation de service public qui remplit les conditions énoncées dans ladite décision est exemptée de l’obligation de notification préalable. Dès lors, l’appréciation de ces conditions doit intervenir au préalable afin de déterminer si une notification est nécessaire ou non. Les États membres doivent donc veiller à ce que le bénéficiaire ne reçoive pas plus de 15 millions d’EUR sur un an avant d’invoquer la décision SIEG. Le Danemark ayant notifié une compensation de l’OSU pour 2020 d’un montant supérieur à 15 millions d’EUR, la Commission doit, dans son appréciation, nécessairement partir du principe que cette compensation sera octroyée, et donc que Post Danmark recevra plus de 15 millions d’EUR sur un an. Il s’ensuit automatiquement que le Danemark n’a pas fait en sorte, au moment d’appliquer la décision SIEG, que les conditions qui y sont énoncées soient respectées.

(215)

La Commission maintient donc sa conclusion préliminaire selon laquelle l’obligation de notification n’a pas été respectée, malgré les explications supplémentaires fournies par le Danemark.

6.2. Existence d’une aide

(216)

Conformément à l’article 107, paragraphe 1, du TFUE, une mesure constitue une aide d’État si les conditions cumulatives suivantes sont remplies: i) elle doit être imputable à l’État membre et être accordée au moyen de ressources d’État; ii) elle doit conférer un avantage économique à une entreprise; iii) cet avantage doit être sélectif; et iv) la mesure doit fausser ou menacer de fausser la concurrence et affecter les échanges entre États membres.

6.2.1. Mesure imputable à l’État et accordée au moyen de ressources d’État

(217)

Pour pouvoir être qualifiée d’aide d’État, une mesure doit être imputable à l’État et être accordée directement ou indirectement au moyen de ressources d’État. Les ressources d’État comprennent toutes les ressources du secteur public (108), y compris les ressources des entités intra-étatiques (décentralisées, fédérées, régionales ou autres) (109).

(218)

La compensation pour la prestation de l’OSU a déjà été partiellement versée par le Danemark à partir du budget national (voir le considérant 209). Le solde sera également versé par le Danemark sur son budget, ainsi que le prévoient les différentes bases juridiques pertinentes (voir le considérant 22). En outre, la mesure est imputable à l’État étant donné qu’elle est accordée en vertu de la législation nationale (considérant 22).

(219)

La mesure notifiée est donc imputable à l’État et est financée au moyen de ressources d’État.

6.2.2. Mesure accordée à une entreprise

(220)

L’octroi de ressources d’État à une entité ne peut être qualifié d’aide d’État que si cette entité est une «entreprise» au sens de l’article 107, paragraphe 1, du traité. La Cour de justice de l’Union européenne a, de façon constante, défini les entreprises comme étant des entités exerçant une activité économique (110). La qualification d’une entité en tant qu’entreprise dépend donc de la nature de son activité, indépendamment du statut juridique de cette entité ou de son mode de financement (111). Une activité doit généralement être considérée comme ayant un caractère économique dès lors qu’elle consiste à offrir des biens et des services sur un marché (112).

(221)

En l’espèce, Post Danmark propose des services postaux en échange d’une rémunération sur le marché postal danois et est en concurrence avec d’autres prestataires. Pour cette raison, et en ce qui concerne les activités financées par la compensation de l’OSU, Post Danmark constitue une entreprise au sens de l’article 107, paragraphe 1, du TFUE.

6.2.3. Avantage

(222)

Au sens de l’article 107, paragraphe 1, du TFUE, un avantage est un avantage économique qu’une entreprise n’aurait pas obtenu dans des conditions normales de marché, c’est-à-dire en l’absence d’intervention de l’État (113). Un avantage existe dès lors que la situation financière d’une entreprise est améliorée du fait de l’intervention de l’État. Seul l’effet de la mesure sur l’entreprise est pertinent, et non la raison ni l’objectif de l’intervention de l’État.

(223)

Il ne fait aucun doute que la situation financière de Post Danmark s’est améliorée grâce à la compensation reçue pour la prestation de l’OSU en 2020. Pour cette raison, il existe, a priori, un avantage accordé à Post Danmark en raison de cette compensation.

(224)

Toutefois, conformément à l’arrêt de la Cour dans l’affaire Altmark (114), l’octroi d’un avantage économique peut être exclu pour la compensation des coûts exposés pour fournir un SIEG si les quatre conditions cumulatives suivantes sont remplies:

a)

l’entreprise bénéficiaire doit effectivement être chargée de l’exécution d’obligations de service public, et ces obligations doivent être clairement définies;

b)

les paramètres sur la base desquels est calculée la compensation doivent être préalablement établis de façon objective et transparente;

c)

la compensation ne saurait dépasser ce qui est nécessaire pour couvrir tout ou partie des coûts occasionnés par l’exécution des obligations de services publics, en tenant compte des recettes y relatives ainsi que d’un bénéfice raisonnable;

d)

lorsque le choix de l’entreprise à charger de l’exécution d’obligations de service public, dans un cas concret, n’est pas effectué dans le cadre d’une procédure de marché public permettant de sélectionner le candidat capable de fournir ces services au moindre coût pour la collectivité, le niveau de la compensation nécessaire doit être déterminé sur la base d’une analyse des coûts qu’une entreprise moyenne, bien gérée et adéquatement équipée en moyens de transport afin de pouvoir satisfaire aux exigences de service public requises, aurait encourus pour exécuter ces obligations, en tenant compte des recettes y relatives ainsi que d’un bénéfice raisonnable pour l’exécution de ces obligations.

(225)

En raison du caractère cumulatif des quatre critères Altmark, si l’un de ces critères n’est pas rempli, la compensation sera réputée constituer un avantage au sens de l’article 107, paragraphe 1, du TFUE. Les autorités danoises reconnaissent que le quatrième critère Altmark n’est pas rempli. La Commission considère également que le quatrième critère Altmark n’est pas rempli étant donné qu’en l’absence d’une procédure de marché public permettant de sélectionner le candidat capable de fournir le service au moindre coût pour la collectivité, les autorités danoises n’ont pas démontré que le niveau de la compensation avait été déterminé sur la base de l’analyse des coûts d’une entreprise bien gérée dans le même secteur, en tenant compte des recettes et d’un bénéfice raisonnable.

(226)

Étant donné qu’au moins un des quatre critères cumulatifs Altmark n’est pas rempli en l’espèce, la compensation octroyée pour la prestation de l’OSU confère un avantage à Post Danmark.

6.2.4. Sélectivité

(227)

L’article 107, paragraphe 1, du TFUE prévoit qu’une mesure doit favoriser «certaines entreprises ou certaines productions» pour pouvoir être qualifiée d’aide d’État. La Commission note que la compensation de l’OSU ne sera accordée qu’à Post Danmark. Étant donné que la présente affaire concerne une mesure d’aide individuelle, l’identification de l’avantage économique (voir les considérants 222 à 226) est suffisante pour étayer la présomption de sélectivité de la mesure (115). En tout état de cause, il n’apparaît pas que d’autres entreprises se trouvant dans la même situation de fait et de droit bénéficient du même avantage, ni que d’autres secteurs se trouvant dans une situation comparable bénéficient d’un tel avantage. Par conséquent, la mesure est sélective au sens de l’article 107, paragraphe 1, du TFUE.

6.2.5. Effet sur les échanges et distorsion de concurrence

(228)

Les aides publiques aux entreprises constituent des aides d’État au sens de l’article 107, paragraphe 1, du TFUE si elles «faussent ou menacent de fausser la concurrence» et dans la mesure où elles «affectent les échanges entre États membres».

(229)

Une mesure d’aide accordée par un État est considérée comme faussant ou menaçant de fausser la concurrence si elle est susceptible d’améliorer la position concurrentielle du bénéficiaire par rapport à celle de ses concurrents (116). Une distorsion de la concurrence est supposée exister dès lors que l’État octroie un avantage financier à une entreprise dans un secteur libéralisé où la concurrence existe ou pourrait exister.

(230)

En ce qui concerne les effets sur les échanges, la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne a établi que les aides en faveur d’entreprises opérant sur le marché intérieur sont de nature à affecter les échanges entre États membres (117). Il n’est pas nécessaire d’établir que l’aide a une incidence réelle sur les échanges entre États membres.

(231)

En l’espèce, la Commission relève que Post Danmark exerce son activité sur le marché postal danois. Ce marché est libéralisé depuis 2011 (voir le considérant 13) et Post Danmark exerce donc son activité en concurrence avec d’autres prestataires.

(232)

Certains concurrents de Post Danmark, en particulier les entreprises qui fournissent des services de livraison de colis, font partie de groupes internationaux qui exercent également des activités dans d’autres États membres (118). En outre, la société mère de Post Danmark (par l’intermédiaire de ses filiales) exerce des activités dans d’autres États membres (par exemple en Suède ou en Finlande).

(233)

Par conséquent, la compensation de service public accordée à Post Danmark renforce sa position vis-à-vis d’autres entreprises postales concurrentes qui opèrent sur le marché de l’Union.

(234)

La Commission conclut que la mesure notifiée est susceptible d’affecter les échanges et de fausser la concurrence.

6.2.6. Conclusion sur l’existence d’une aide

(235)

Sur la base de ce qui précède, la Commission conclut que la compensation accordée à Post Danmark pour la prestation du service postal universel en 2020 répond aux critères énoncés à l’article 107, paragraphe 1, du TFUE et que, par conséquent, la mesure constitue une aide d’État au sens de ladite disposition. Le Danemark ne conteste pas cette conclusion.

6.3. Compatibilité

6.3.1. Appréciation de la compatibilité au regard de l’encadrement SIEG de 2012

(236)

Étant donné que la compensation octroyée à Post Danmark pour la prestation de l’OSU constitue une aide d’État au sens de l’article 107, paragraphe 1, du TFUE, il convient d’examiner sa compatibilité avec le marché intérieur.

(237)

Les autorités danoises ont notifié la mesure en tant que compensation octroyée pour la fourniture d’un SIEG, à savoir l’OSU, au titre de l’encadrement SIEG, lui-même fondé sur l’article 106, paragraphe 2, du TFUE.

(238)

L’article 106, paragraphe 2, du TFUE dispose que «[l]es entreprises chargées de la gestion de services d’intérêt économique général ou présentant le caractère d’un monopole fiscal sont soumises aux règles des traités, notamment aux règles de concurrence, dans les limites où l’application de ces règles ne fait pas échec à l’accomplissement en droit ou en fait de la mission particulière qui leur a été impartie. Le développement des échanges ne doit pas être affecté dans une mesure contraire à l’intérêt de l’Union».

(239)

Conformément à cette disposition, la Commission peut déclarer la compensation pour les SIEG compatible avec le marché intérieur, pour autant que certaines conditions soient remplies. La Commission a défini les conditions sur la base desquelles elle applique l’article 106, paragraphe 2, du TFUE dans la décision SIEG de 2012 et dans l’encadrement SIEG de 2012.

(240)

Les autorités danoises ont notifié une compensation d’un montant de 225 millions de DKK (environ 30 millions d’EUR). Dans la mesure où la compensation qu’il est prévu d’accorder à Post Danmark est supérieure à 15 millions d’EUR par an, elle ne relève pas de la décision SIEG de 2012, ainsi que le prévoit l’article 2 de ladite décision.

(241)

Les aides d’État n’entrant pas dans le champ d’application de la décision SIEG de 2012 peuvent être déclarées compatibles avec l’article 106, paragraphe 2, du TFUE si elles sont nécessaires au fonctionnement du SIEG concerné et n’affectent pas le développement des échanges dans une mesure contraire à l’intérêt de l’Union. À cet égard, l’encadrement SIEG de 2012 définit les lignes directrices applicables à l’appréciation de la compatibilité des compensations octroyées pour les SIEG avec le marché intérieur. Le respect des conditions de compatibilité avec le marché intérieur énoncées dans l’encadrement SIEG sera vérifié dans le reste de la présente section.

6.3.1.1. Véritable service d’intérêt économique général au sens de l’article 106 du TFUE

(242)

Comme indiqué au considérant 46 de la communication SIEG de la Commission (119), les États membres disposent d’un large pouvoir d’appréciation en ce qui concerne la nature des services qui pourraient être qualifiés de services d’intérêt économique général. La compétence de la Commission se limite à vérifier que ce pouvoir d’appréciation est appliqué sans erreur manifeste quant à la définition du SIEG et à apprécier toute aide d’État relevant de la compensation. Le point 56 de l’encadrement SIEG de 2012 confirme le large pouvoir d’appréciation dont disposent les États membres pour définir les SIEG.

(243)

Le point 14 de l’encadrement SIEG de 2012 dispose ce qui suit: «les États membres doivent prouver qu’ils ont pris dûment en considération les besoins en matière de service public concernés, en effectuant une consultation publique ou par d’autres moyens appropriés permettant de tenir compte des intérêts des utilisateurs et des prestataires de services».

(244)

L’OSU telle que définie à l’article 3 de la directive 97/67/CE est reconnue comme un véritable SIEG (120). En conséquence, les États membres ne sont pas tenus de prouver, en effectuant une consultation publique ou par d’autres moyens appropriés, qu’ils ont pris en considération les besoins en matière de service public concernés lorsqu’ils confient à un opérateur l’OSU telle que définie à l’article 3 de cette directive.

(245)

Les autorités danoises ont démontré que l’OSU confiée à Post Danmark correspondait aux exigences minimales décrites à l’article 3 de la directive 97/67/CE (voir les considérants 28 et 29 de la décision d’ouverture). En outre, elles ont fait usage de la possibilité prévue à l’article 3, paragraphe 5, de ladite directive et relevé la limite de poids de la couverture du service universel pour les colis postaux jusqu’à un poids ne dépassant pas 20 kilogrammes ainsi que de la possibilité prévue à l’article 12 de la même directive d’imposer des tarifs uniformes pour les envois à l’unité (courrier et colis) ainsi que pour la distribution gratuite d’envois destinés aux personnes aveugles. La Commission considère que le Danemark n’est donc pas tenu de prouver, en effectuant une consultation publique ou par d’autres moyens appropriés, qu’il a pris en considération les besoins en matière de service public et conclut que la condition énoncée au point 14 de l’encadrement SIEG de 2012 ne s’applique pas en l’espèce.

6.3.1.2. Nécessité d’un mandat précisant les obligations de service public et les méthodes de calcul de la compensation

(246)

Comme indiqué au point 15 de l’encadrement SIEG de 2012, la notion de SIEG au sens de l’article 106 du TFUE exige que la responsabilité de la gestion du SIEG soit confiée à l’entreprise concernée au moyen d’un ou de plusieurs actes.

(247)

Conformément au point 16 de l’encadrement SIEG de 2012, le mandat doit préciser, en particulier:

1)

la nature précise et la durée des obligations de service public;

2)

l’entreprise et le territoire concerné;

3)

la nature des droits exclusifs octroyés à l’entreprise;

4)

la description du mécanisme de compensation et les paramètres de calcul, de contrôle et de révision de la compensation; et

5)

les modalités de récupération des éventuelles surcompensations et les moyens d’éviter ces dernières.

(248)

En l’espèce, les différents documents qui, ensemble, constituent le mandat de Post Danmark tel que décrit au considérant 22 précisent:

1)

que l’OSU est imposée à Post Danmark au moyen des licences individuelles qui lui ont été délivrées en décembre 2019 et en juin 2020 et couvre la période comprise entre le 1er janvier et le 31 décembre 2020 [considérant 14 et considérant 22, point 1)]. Ces licences prorogent celle qui avait été délivrée en mai 2016, qui arrivait à expiration le 31 décembre 2019 et établissait les conditions de la prestation de l’OSU;

2)

que le mécanisme de compensation est décrit dans deux décrets soumis par le ministère des transports, de la construction et du logement à la commission des finances du Parlement danois, qui couvrent l’année 2020 [considérant 22, points 2) et 3)]; et

3)

que les principes détaillés régissant la surveillance et la déclaration, qui comportent un mécanisme de contrôle ex post visant à vérifier que Post Danmark n’a pas reçu de surcompensation, sont décrits dans les accords visés au considérant 22, points 4) et 5).

(249)

Eu égard à ce qui précède, la Commission conclut que le mandat confié à Post Danmark pour 2020 est conforme aux exigences applicables de l’encadrement SIEG de 2012.

6.3.1.3. Durée du mandat

(250)

Comme l’indique le point 17 de l’encadrement SIEG de 2012, «la durée du mandat doit se justifier au regard de critères objectifs, tels que la nécessité d’amortir des immobilisations incessibles. En principe, la durée du mandat ne devrait pas excéder la période nécessaire à l’amortissement comptable des principaux actifs indispensables à la prestation du SIEG» (121).

(251)

Comme décrit au considérant 14, la licence OSU de Post Danmark est valable pour un an. Si les autorités danoises n’ont fourni aucune donnée spécifique concernant la durée d’amortissement des principaux actifs utilisés pour la prestation de l’OSU, la Commission considère, en se référant à la pratique d’autres États membres, qu’une durée de mandat d’un an seulement peut être acceptée (122). Par ailleurs, en ce qui concerne Post Danmark, la Commission avait précédemment accepté une durée plus longue de trois ans, de 2017 à 2019 (voir la décision de 2018). La décision de 2018 a été confirmée par le Tribunal dans l’affaire T-561/18.

6.3.1.4. Respect de la directive 2006/111/CE

(252)

Conformément au point 18 de l’encadrement SIEG de 2012, «[u]ne aide ne pourra être considérée comme compatible avec le marché intérieur sur la base de l’article 106, paragraphe 2, du traité que si l’autorité se conforme, le cas échéant, à la directive 2006/111/CE relative à la transparence des relations financières entre les États membres et les entreprises publiques ainsi qu’à la transparence financière dans certaines entreprises» (123).

(253)

Dans la décision d’ouverture, la Commission a exprimé des doutes au sujet de la méthode de répartition des coûts de Post Danmark, et donc de la séparation des comptes de l’entreprise (considérant 101 de la décision d’ouverture). Ces doutes se sont fait jour à la suite d’un rapport de la Cour des comptes danoise, qui a suscité des interrogations quant à la surveillance réglementaire des comptes de Post Danmark et à la validation des comptes par des auditeurs externes (considérant 104 de la décision d’ouverture).

(254)

La Commission a indiqué qu’elle ne pourra conclure au respect des exigences énoncées au point 18 de l’encadrement SIEG que si les autorités danoises fournissent les informations nécessaires pour dissiper les doutes suscités par les conclusions de la Cour des comptes danoise, et uniquement si la comptabilité analytique est fiable.

6.3.1.4.1. Appréciation du respect de la directive 2006/111/CE et doutes exprimés dans la décision d’ouverture

(255)

En réponse à la décision d’ouverture, le Danemark a expliqué de manière plus détaillée, la méthode de répartition des coûts utilisée par Post Danmark, y compris en fournissant des exemples (considérants 87 à 102), l’imputation des recettes (considérant 103), la séparation des comptes (considérants 104 à 106) ainsi que son interprétation du rapport de la Cour des comptes danoise et le suivi qui lui a été donné (considérants 107 à 116). Partant, la Commission considère qu’il a été répondu de manière satisfaisante à ses doutes.

(256)

En effet, premièrement, Post Danmark utilise des méthodes de répartition des coûts généralement acceptables, à savoir la méthode CPA pour les coûts d’exploitation essentiels, une analyse directe pour les autres coûts d’exploitation et le résultat de la méthode CPA pour les autres coûts (considérants 89 à 92). En utilisant cette méthode, Post Danmark impute proportionnellement les coûts communs aux services relevant de l’OSU et à ceux n’en relevant pas sur la base d’inducteurs appropriés. La méthode CPA est un système particulier de la méthode de répartition intégrale des coûts, qui est conforme aux dispositions applicables de l’encadrement SIEG de 2012, ainsi qu’aux exigences spécifiques du secteur en matière de séparation comptable établies à l’article 14 de la directive 97/67/CE. La Commission a reconnu le caractère approprié de la méthode CPA dans de précédentes décisions (124).

(257)

Deuxièmement, le contrôle effectué par Deloitte et présenté le 30 août 2021 (considérants 101 et 102) appuie également la conclusion selon laquelle la méthode de répartition des coûts et la séparation des comptes de Post Danmark sont correctes. Lors de cet examen, Deloitte a conclu que Post Danmark utilisait des principes, des méthodes et des systèmes d’enregistrement complets pour calculer et répartir ses coûts entre les services relevant de l’OSU et ceux n’en relevant pas.

(258)

Les conclusions de Deloitte sont également corroborées par l’auditeur de Post Danmark, KPMG, qui a confirmé, lors de son audit des comptes de 2020, que les données avaient été correctement enregistrées et a approuvé les comptes de 2020 (considérant 118).

(259)

Enfin, les coûts et recettes totaux imputés aux services relevant de l’OSU et à ceux n’en relevant pas et, dès lors, la séparation des comptes en 2020 présentée dans le tableau 3 (voir également le considérant 106) montrent que la répartition des coûts est globalement cohérente avec la part des recettes générée par les différentes activités, ce qui contredit manifestement l’allégation selon laquelle tous les coûts communs seraient imputés aux services relevant de l’OSU. Les ratios indiqués (environ 70 % pour les services relevant de l’OSU et 30 % pour ceux n’en relevant pas, tant pour les coûts que pour les recettes) sont similaires pour les autres années. Les données relatives à toutes les années depuis 2007 sont accessibles au public sur le site web de Post Danmark (125).

Tableau 3

Séparation des comptes de Post Danmark

Services OSU

Services non OSU

Total

Année

Recettes d’exploitation

Coûts d’exploitation

Recettes d’exploitation

Coûts d’exploitation

Recettes d’exploitation

Coûts d’exploitation

2020

(en millions de DKK)

3 774 (70,1 %)

3 784 (69,9 %)

1 610 (29,9 %)

1 626 (30,1 %)

5 384 (100 %)

5 410 (100 %)

(260)

La Commission observe également que la Cour des comptes danoise a confirmé, dans une déclaration officielle du 5 mars 2021 (voir le considérant 116), que ses doutes initiaux avaient été dissipés à la suite des mesures prises par le ministre des transports après la publication de son rapport. La Cour des comptes danoise s’est également engagée à continuer d’observer les pratiques tarifaires de Post Danmark et les mesures prévues par le ministre des transports pour renforcer la surveillance de Post Danmark, ainsi qu’à rendre compte de ses constatations à la Commission des comptes publics (considérant 116).

(261)

Les vérifications, par la Commission elle-même, de l’imputation des coûts de Post Danmark et la confirmation, par la Cour des comptes danoise, du caractère approprié des mesures prises par le ministre des transports ont dissipé les doutes de la Commission, exprimés dans la décision d’ouverture, concernant le respect du point 18 de l’encadrement SIEG.

6.3.1.4.2. Examen des observations spécifiques formulées par les parties intéressées sur le respect de la directive 2006/111/CE

(262)

En ce qui concerne l’observation formulée par les parties intéressées (considérant 29) selon laquelle les audits annuels des comptes de Post Danmark n’étaient pas fiables, la Commission a constaté, sur la base des rapports de Deloitte (considérant 257) et de KPMG (considérant 258), que les données avaient bien été enregistrées à un niveau de détail suffisant.

(263)

En ce qui concerne la suppression demandée de ladite «règle de nécessité» (considérant 33), la Commission observe que, pour 2020, la réglementation comptable applicable est celle de 2014 et que cette réglementation ne contient pas de «règle de nécessité». L’examen des principes et méthodes pour 2020 (126) ne révèle aucune obligation, pour Post Danmark, d’imputer l’ensemble des coûts communs nécessaires à la prestation de l’OSU au compte OSU. En réalité, les principes et méthodes disposent ce qui suit: «[l]es services non universels incluent par conséquent les coûts générés par la prestation de ces services: d’une part, l’ensemble des coûts incrémentaux, et, d’autre part, les coûts communs liés à l’exploitation et à l’extension du système de production et de gestion de base [c’est-à-dire les coûts communs imputables]. Y est ajoutée une part proportionnelle des coûts communs non imputables» (127) (caractères gras ajoutés par la Commission). Cela prouve que les coûts communs sont imputés à la fois aux services ne relevant pas de l’OSU et à ceux en relevant. Cela montre également, une fois de plus, que Post Danmark est tenue d’appliquer deux processus différents en parallèle: d’une part, l’imputation des coûts, et, d’autre part, la qualification ou catégorisation des types de coûts comme étant des coûts incrémentaux, des coûts communs imputables ou des coûts communs non imputables (considérant 94).

(264)

Sur la base de la description de la comptabilité analytique, il ne semble pas que, dans les faits, Post Danmark impute tous ses coûts communs au compte OSU: elle les divise plutôt de manière appropriée entre les comptes OSU et non OSU (en réponse à l’observation formulée au considérant 30).

(265)

En ce qui concerne le contrôle effectué par PwC en 2014 (considérant 33), et dans la mesure où celui-ci est pertinent pour la compensation de l’OSU pour 2020, la Commission parvient à la même conclusion que le Danemark (considérant 113), à savoir que la Cour des comptes danoise a mal interprété la déclaration de PwC. En particulier, le nombre d’envois n’est pas un paramètre approprié pour déterminer si la répartition des coûts est adéquate, étant donné que les différents envois ne génèrent pas tous les mêmes coûts dans la chaîne de production. En effet, pour certains produits, le coût de la «version OSU» d’un envoi postal (par exemple, la livraison à domicile de courriers OSU dans les cinq jours ouvrables) est inférieur à celui de la version non OSU (livraison à domicile d’un courrier non OSU en un jour), et pour d’autres produits, l’inverse est vrai [par exemple, pour les colis B2B (non OSU) et les colis B2C (128) (OSU)]. Cette appréciation est confirmée par la part du chiffre d’affaires imputable aux différentes activités: environ 70 % du chiffre d’affaires est imputable aux services relevant de l’OSU, et, de la même manière, 70 % des coûts sont imputables aux services relevant de l’OSU (considérant 259). Un ratio similaire s’applique pour 2013, qui est l’année couverte par le contrôle de PwC.

(266)

En outre, la Commission fait remarquer que, si l’on examine les termes exacts utilisés par PwC lors de son contrôle de 2014 (129), PwC indique qu’en ce qui concerne les coûts de distribution sur les tournées regroupant des envois OSU et non OSU, les produits OSU représentaient plus de la moitié des coûts, alors qu’ils constituaient moins de la moitié du nombre de livraisons (130) (et non du nombre d’envois). Selon PwC, cela s’explique par le fait qu’en cas de livraison conjointe d’un produit OSU et d’un produit non OSU, seul le temps de livraison supplémentaire nécessaire pour livrer également le produit non OSU dans la même boîte aux lettres que le produit OSU est imputé au produit non OSU. Sur la base de cette explication, PwC, en 2014, a conclu non seulement que les principes et méthodes appliqués pour la répartition des coûts étaient conformes aux exigences réglementaires, mais aussi qu’ils étaient raisonnables et réalistes. Plus tard, Deloitte parviendra à une conclusion similaire, lors de son contrôle de 2021 (voir le considérant 257).

(267)

En ce qui concerne les observations de Danske Medier (considérants 34 à 36), la Commission observe que la notion de «coûts incrémentaux», dont l’utilisation, selon Danske Medier, entraîne une compensation trop élevée de l’OSU, est utilisée pour catégoriser les coûts, ce qui est un processus distinct de l’imputation des coûts. Cela ne signifie pas que tous les coûts nécessaires à la prestation de l’OSU sont imputés à l’OSU lorsqu’ils sont également nécessaires aux services ne relevant pas de l’OSU (voir l’exemple donné au considérant 97). En ce qui concerne l’hypothèse de Danske Medier selon laquelle Post Danmark utilise la compensation de l’OSU pour couvrir les pertes importantes subies dans le cadre de ses activités non liées à l’OSU, la Commission souligne qu’elle n’a trouvé aucune preuve en ce sens et qu’en tout état de cause, l’OSU fondée sur une comptabilité analytique conforme aux règles applicables (encadrement SIEG, directive 97/67/CE et règles comptables nationales) engendre un déficit net, avec et sans la compensation de l’OSU pour 2020 (considérant 153, note de bas de page 81).

(268)

En ce qui concerne la structure prétendument complexe de PostNord Group et son effet sur la surveillance (considérant 36), la Commission observe que c’est à Post Danmark que l’OSU a été confiée, et non aux autres entités du groupe dont elle fait partie. La surveillance devrait donc être axée sur Post Danmark, ce qui est bien le cas. La structure d’entreprise de PostNord Group est dénuée de pertinence pour la surveillance de la comptabilité de Post Danmark aux fins de la compensation accordée à cette entité pour l’OSU.

6.3.1.5. Respect des règles de l’UE applicables aux marchés publics

(269)

En vertu du point 19 de l’encadrement SIEG de 2012, «[u]ne aide ne pourra être considérée comme compatible avec le marché intérieur sur la base de l’article 106, paragraphe 2, du traité que si l’autorité responsable, au moment de confier la prestation du service à l’entreprise concernée, s’est conformée ou s’engage à se conformer aux règles de l’Union applicables dans le domaine des marchés publics. Cela comprend toutes les exigences en matière de transparence, d’égalité de traitement et de non-discrimination découlant directement du traité et, s’il y a lieu, du droit dérivé de l’Union. Toute aide ne respectant pas ces règles et exigences est réputée affecter le développement des échanges dans une mesure contraire aux intérêts de l’Union, au sens de l’article 106, paragraphe 2, du traité».

(270)

Conformément à l’article 7, paragraphe 2, de la directive 97/67/CE, les États membres ne sont pas tenus d’organiser une procédure d’appel d’offres pour désigner le prestataire de l’OSU.

(271)

En l’espèce, les autorités danoises ont choisi de confier un mandat direct à Post Danmark, conformément à la directive 97/67/CE. Il s’ensuit que les règles en matière de marchés publics ne sont pas applicables et que le mandat direct confié à Post Danmark en tant que prestataire de l’OSU est conforme au point 19 de l’encadrement SIEG de 2012.

6.3.1.6. Absence de discrimination

(272)

Conformément au point 20 de l’encadrement SIEG de 2012, «[l]orsqu’une autorité confie la prestation d’un même SIEG à plusieurs entreprises, la compensation doit être calculée selon la même méthode pour chaque entreprise».

(273)

Conformément à l’article 14 de la loi postale, l’OSU n’est confiée qu’à Post Danmark. La Commission conclut par conséquent que l’exigence énoncée au point 20 de l’encadrement SIEG de 2012 n’est pas applicable.

6.3.1.7. Calcul du coût net du service postal universel pour 2020

(274)

À la suite de la décision d’ouverture, le Danemark a fourni des renseignements complémentaires afin d’étayer la solidité de son calcul des coûts nets selon la méthode du CNE. Compte tenu de certaines observations des parties intéressées, et afin d’améliorer le calcul du CNE, le Danemark a modifié certains paramètres du CNE.

6.3.1.7.1. Méthode du coût net évité

(275)

Conformément au point 21 de l’encadrement SIEG de 2012, «[l]e montant de la compensation ne doit pas dépasser ce qui est nécessaire pour couvrir le coût net de l’exécution des obligations de service public, compte tenu d’un bénéfice raisonnable». À cet égard, le point 24 de l’encadrement SIEG de 2012 dispose que «[l]e coût net nécessaire, effectif ou escompté, pour exécuter les obligations de service public doit être calculé en utilisant la méthode du coût net évité lorsque la législation nationale ou celle de l’Union l’exige et, dans d’autres cas, lorsque c’est possible».

(276)

Conformément au point 25 de l’encadrement SIEG de 2012, «[l]a méthode du coût net évité consiste à calculer le coût net nécessaire, effectif ou escompté, pour exécuter les obligations de service public comme la différence entre le coût net supporté par le prestataire lorsqu’il exécute ces obligations et le coût ou bénéfice net du même prestataire lorsqu’il ne les exécute pas».

(277)

Le CNE représente la différence de bénéfices de Post Danmark entre le scénario dit factuel (qui correspond à la situation réelle, dans laquelle Post Danmark exerce ses activités en exécutant l’OSU) et le scénario contrefactuel (qui correspond à une situation hypothétique dans laquelle l’OSU n’est pas confiée à Post Danmark).

(278)

Dans ses calculs initiaux, le Danemark avait estimé que le CNE pour 2020 s’élevait à 394 millions de DKK (environ 53 millions d’EUR). Ce chiffre a été ajusté à 385,625 millions de DKK à la suite des observations présentées par les parties intéressées (voir les considérants 172 à 177), soit un montant largement supérieur à la compensation notifiée de 225 millions de DKK (environ 30 millions d’EUR). Le calcul du CNE fourni par le Danemark est décrit plus en détail ci-après.

Description du scénario factuel

(279)

Le scénario factuel pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2020 tient compte des opérations ordinaires de Post Danmark et a été élaboré sur la base des comptes financiers de Post Danmark pour la période du 1er janvier au 31 octobre 2020 et des projections effectuées au moment de la notification (c’est-à-dire le 12 mars 2021; voir le considérant 16 de la décision d’ouverture) pour novembre et décembre 2020.

(280)

Les principales hypothèses de marché sous-tendant l’estimation de l’évolution des recettes sur la période considérée sont les suivantes:

1)

le marché des transactions B2C connaîtra une forte croissance en raison du développement du commerce électronique;

2)

la progression de la numérisation continuera d’affecter les volumes de courrier, étant donné que les expéditeurs du secteur financier, ainsi que les pouvoirs publics, sont toujours en phase de conversion de leur courrier au numérique;

3)

le marché de la distribution de journaux et de magazines évolue vers des modèles commerciaux omnicanaux axés à la fois sur les canaux numériques et la presse écrite, ce qui a pour effet de faire radicalement baisser les volumes sur ces marchés de services postaux.

(281)

Les recettes et coûts estimés de Post Danmark dans le scénario factuel correspondent aux chiffres présentés ci-dessous dans le tableau 4:

Tableau 4

Scénario factuel

Ventilation des recettes (en millions de DKK) du 1er janvier au 30 décembre 2020

Courrier économique

[…]

Courrier exporté

[…]

Courrier importé

[…]

Magazines/journaux

[…]

Autres affranchissements (y compris les timbres)

[…]

Autres types de courrier

[…]

Courrier prioritaire

[…]

Envois nationaux B2B

[…]

Retraits d’envois B2C

[…]

Livraison à domicile d’envois B2C

[…]

Envois C2X (131)

[…]

Colis exportés

[…]

Colis importés

[…]

Autres services logistiques

[…]

Autres colis

[…]

Autres recettes d’exploitation

[…]

Total des recettes

[4 500 -5 500 ]

Ventilation des coûts (en millions de DKK)

Dépenses de personnel

[…]

Autres coûts

[…]

Intérêts du capital

[…]

Amortissements

[…]

Coûts totaux

[–5 500 {-}-4 500 ]

Bénéfice (en millions de DKK)

[– 500 -0 ]

Description du scénario contrefactuel

(282)

Le Danemark a fourni un scénario contrefactuel incluant certaines modifications du réseau et du processus de distribution de Post Danmark par rapport au scénario factuel.

(283)

Dans ce scénario, il serait mis fin aux activités suivantes relevant de l’OSU, étant donné que le Danemark considère qu’elles ont une incidence négative globale sur les activités de Post Danmark en l’absence d’OSU:

1)

significations ou notifications par voie postale (132);

2)

journaux et magazines;

3)

courrier et colis postaux internationaux transportés au titre de la convention de l’UPU et d’autres accords postaux internationaux (qui étaient déficitaires en 2020, avec un EBIT négatif d’environ […] millions de DKK). L’arrêt du service de distribution de courrier et de colis postaux internationaux au titre de la convention de l’UPU suppose également la fermeture du centre d’envois internationaux de l’aéroport de Copenhague. Post Danmark continuerait uniquement de proposer la distribution de colis entrants et sortants dans le cadre de son accord de franchise avec DPD, en utilisant le réseau et les collaborateurs de DPD, ainsi que par l’intermédiaire du réseau intragroupe de PostNord Group; et

4)

prestation du service gratuit pour les personnes aveugles.

(284)

En plus de mettre fin à certains services, Post Danmark optimiserait ses services en procédant aux changements suivants:

1)

dans le scénario contrefactuel, le service de courrier commercial n’inclurait la livraison à domicile que dans les grandes villes, et ces courriers ne seraient plus livrés à domicile dans les zones rurales et les petites villes, dans lesquelles il y aurait par contre une possibilité de retrait. Cela signifie que, dans les grandes villes, Post Danmark passerait une fois par semaine dans chaque foyer où elle a une livraison à effectuer, ce qui lui permettrait de regrouper davantage d’envois, et qu’elle réduirait fortement le nombre de tournées dans les zones rurales et les petites villes;

2)

Post Danmark fermerait un centre de tri du courrier et réduirait le nombre de ses plateformes de distribution, qui passerait de [10-20] à [10-20];

3)

conformément à ses obligations au titre de l’OSU, Post Danmark est tenue de conserver des bureaux de poste proposant un service complet, c’est-à-dire tous les services couverts par l’OSU, sur un certain nombre de petites îles. Dans le scénario contrefactuel, Post Danmark ne proposerait aucun service complet sur les petites îles sans liaison fixe. En lieu et place, une gamme limitée de produits postaux serait disponible aux points de services qui se trouvent sur ces petites îles. Si les habitants des petites îles avaient besoin de services qui ne sont pas disponibles sur leur île, ils devraient alors les acheter en ligne ou se rendre dans un point de services sur le continent;

4)

Post Danmark réduirait le nombre de ses boîtes aux lettres de 4 800 à [4 000-4 800]. Un réseau de [4 000-4 800] boîtes aux lettres serait optimal d’un point de vue commercial dans un scénario où Post Danmark n’aurait aucune contrainte liée à l’OSU;

5)

Post Danmark réduirait son utilisation de mesures de la qualité. La licence individuelle accordée en 2016 (telle que prorogée pour 2020) lui impose de payer un institut de recherche indépendant pour qu’il effectue chaque mois des mesures représentatives de la qualité du courrier national relevant de l’OSU.

(285)

Le tableau 5 propose une ventilation des coûts évités et des pertes de recettes dans le scénario contrefactuel, pour chacun des points énumérés aux considérants 283 et 284. Les pertes de recettes et les coûts évités sont ventilés en fonction des différences entre le scénario factuel et le scénario contrefactuel.

Tableau 5

Coûts évités et pertes de recettes

Coûts évités (en millions de DKK) du 1er janvier au 31 décembre 2020

Optimisation du service de courrier commercial

[…]

Arrêt du service gratuit pour les personnes aveugles

[…]

Arrêt de la distribution de journaux et de magazines

[…]

Distribution de courrier et de colis postaux internationaux au titre de l’UPU

[…]

Optimisation du nombre de boîtes aux lettres

[…]

Optimisation de l’offre de produits sur les petites îles sans liaison fixe

[…]

Réduction de l’utilisation de mesures de la qualité

[…]

Arrêt du service de significations ou notifications par voie postale

[…]

Coûts totaux évités

[1 500 -2 500 ]

Pertes de recettes (en millions de DKK)

du 1er janvier au 31 décembre 2020

Optimisation du service de courrier commercial

[…]

Arrêt du service gratuit pour les personnes aveugles

[…]

Arrêt de la distribution de journaux et de magazines

[…]

Distribution de courrier et de colis postaux internationaux au titre de l’UPU

[…]

Optimisation du nombre de boîtes aux lettres

[…]

Optimisation de l’offre de produits sur les petites îles sans liaison fixe

[…]

Réduction de l’utilisation de mesures de la qualité

[…]

Arrêt du service de significations ou notifications par voie postale

[…]

Total des pertes de recettes

[1 500 -2 500 ]

Coûts évités bruts nets

[400 -900 ]

(286)

Les chiffres présentés dans le tableau 6 ci-après ont été obtenus en ajustant les coûts et recettes du scénario factuel (voir le tableau 4) sur la base de l’incidence des hypothèses du scénario contrefactuel (voir le tableau 5).

Tableau 6

Scénario contrefactuel

Ventilation des recettes (en millions de DKK) du 1er janvier au 30 décembre 2020

Courrier économique

[…]

Courrier exporté

[…]

Courrier importé

[…]

Magazines/journaux

[…]

Autres affranchissements (y compris les timbres)

[…]

Autres types de courrier

[…]

Courrier prioritaire

[…]

Envois nationaux B2B

[…]

Retraits d’envois d’entreprise à particulier

[…]

Livraison à domicile d’envois B2C

[…]

Envois C2X

[…]

Colis exportés

[…]

Colis importés

[…]

Autres services logistiques

[…]

Autres colis

[…]

Autres recettes d’exploitation

[…]

Total des recettes

[2 500 -3 500 ]

Ventilation des coûts (en millions de DKK)

Dépenses de personnel

[…]

Autres coûts

[…]

Intérêts du capital

[…]

Amortissements

[…]

Coûts totaux

[– 3 500 {-}-2 500 ]

Bénéfice (en millions de DKK)

[0 -500 ]

Description du processus de calcul du CNE

(287)

Le CNE correspond aux coûts évités après déduction des pertes de recettes du scénario contrefactuel et après correction pour tenir compte des avantages immatériels.

Coûts évités

(288)

Les coûts évités sont indiqués dans le tableau 5. Les économies de coûts proviendraient pour l’essentiel de la réduction des effectifs.

Pertes de recettes

(289)

Les pertes de recettes sont indiquées dans le tableau 5 et incluent, en particulier, les pertes d’activité faisant suite à l’arrêt de certains services.

(290)

Post Danmark a estimé les pertes de recettes résultant de l’optimisation des services commerciaux en utilisant l’expérience qu’elle a acquise lors de précédents changements au niveau de ses prix et de ses offres de produits. Post Danmark a surveillé en permanence le comportement des clients face aux modifications de prix, en particulier, et a prévu ce comportement en utilisant l’élasticité des prix et en menant des enquêtes auprès de ses clients.

Avantages immatériels

(291)

Les avantages immatériels pourraient contribuer à l’amélioration de la rentabilité dont jouit un fournisseur de services postaux grâce à son statut de prestataire de l’OSU. Souvent, il est impossible de les refléter dans les scénarios factuel et contrefactuel, mais ils doivent quand même être pris en considération dans le calcul du CNE, et sont donc généralement comptabilisés séparément.

(292)

Les avantages immatériels peuvent comprendre des économies d’échelle et d’envergure, des effets publicitaires liés à la propriété intellectuelle, des effets sur la demande dus à l’exonération de la TVA, des avantages liés à la couverture universelle, un pouvoir de négociation ainsi qu’une meilleure acquisition de clientèle.

(293)

Les avantages immatériels pris en considération par le Danemark aux fins du calcul du CNE sont: i) l’exonération de la TVA (A), ii) les actifs de propriété intellectuelle (B) et iii) les avantages tirés de la philatélie et des timbres inutilisés (C). Les avantages liés à l’exonération de la TVA et aux actifs de propriété intellectuelle représentent ensemble […] millions de DKK. L’avantage tiré de la philatélie et des timbres inutilisés s’élève à 10,375 millions de DKK. Le Danemark ne tient pas compte iv) des économies d’échelle (D), v) du pouvoir de négociation (E) et vi) de la couverture universelle (F), puisqu’il ne considère pas ces aspects comme des avantages immatériels. Les parties intéressées ont allégué que plusieurs autres avantages immatériels auraient également dû être pris en considération. Ceux-ci sont examinés à la section 6.3.1.7.3.1 ci-après.

A — Exonération de la TVA

(294)

Selon la directive TVA, mise en œuvre dans la loi danoise relative à la taxe sur la valeur ajoutée (133), les services postaux couverts par l’OSU sont exonérés de la TVA. L’exonération de la TVA ne s’applique pas à ces services lorsque des conditions individuelles ont été négociées. L’exonération a pour effet de procurer un avantage concurrentiel à Post Danmark pour ce qui est des clients qui ne peuvent déduire la TVA, c’est-à-dire les particuliers. L’exonération partielle de la TVA a comme inconvénient que Post Danmark ne peut pas déduire la TVA payée sur les achats liés à la fourniture de services exonérés de la TVA (OSU).

(295)

Le bénéfice est calculé sur la base d’un scénario contrefactuel dans lequel toutes les activités de Post Danmark sont soumises à la TVA. L’avantage tiré de l’exonération de la TVA provient d’une hausse de la demande des produits de Post Danmark. En l’absence d’exonération de la TVA, certains prix seraient plus élevés pour certains clients (ceux qui ne peuvent pas déduire la TVA). Cela entraînerait une modification du comportement des consommateurs et donc une perte de recettes due à la baisse des volumes. Le comportement des consommateurs et la perte de recettes sont calculés sur la base de l’élasticité des prix. Les calculs tiennent compte du fait que l’exonération de la TVA réduit par ailleurs la possibilité, pour Post Danmark, de récupérer la TVA incluse dans ses achats d’intrants.

(296)

Les calculs de l’incidence de l’assujettissement à la TVA reposent sur l’hypothèse selon laquelle la TVA sera perçue en plus des prix actuels. Dès lors, l’assujettissement à la TVA entraîne une augmentation des prix de 25 % (soit le taux de la TVA au Danemark), mais uniquement pour les clients qui ne peuvent pas la déduire. Pour ces clients, il y a aura une modification du comportement. Les pertes de recettes découlant de la modification du comportement de ces clients ont été chiffrées à […] millions de DKK (soit […] millions d’envois) et comprennent:

1)

une diminution du volume de courrier national ([…] millions de DKK, soit […] millions d’envois);

2)

une diminution du volume de courrier exporté ([…] millions de DKK, soit […] millions d’envois);

3)

une diminution de la distribution de magazines ([…] millions de DKK, soit […] millions d’envois).

(297)

La réduction des coûts exposés du fait de ne plus pouvoir faire usage de l’exonération de la TVA représente […] millions de DKK. Ce montant tient compte de l’augmentation des possibilités de déduction de la TVA ([…] millions de DKK, sur la base des données de 2019) et […] millions de DKK d’économies de coûts dues à la diminution des expéditions (c’est-à-dire des envois à l’unité, des autres courriers et des magazines pris dans leur ensemble).

(298)

L’avantage tiré de l’exonération de la TVA sur les services relevant de l’OSU en l’absence de conditions négociées individuellement est donc estimé à […] millions de DKK pour 2020. Le tableau 7 présente les avantages tirés par Post Danmark de l’exonération de la TVA sur les services relevant de l’OSU au cours de l’année 2020.

Tableau 7

Évaluation de l’exonération de la TVA (en millions de DKK) en 2020

Baisse des coûts

[…]

Perte de recettes

[…]

Valeur de l’exonération de la TVA

[…]

B — Actifs de propriété intellectuelle

(299)

Les actifs de propriété intellectuelle liés à l’OSU découlent, en particulier, des publicités placées sur des points de contact visibles, tels que les boîtes aux lettres, les points de retrait de colis en libre-service et certains véhicules de Post Danmark.

(300)

Post Danmark a estimé les avantages tirés des actifs de propriété intellectuelle liés à l’OSU sur la base d’une évaluation de la valeur de la marque Post Danmark (pour l’ensemble de ses services, OSU et non OSU) réalisée par un analyste externe spécialisé en études de marché pour l’année 2020 (134). La valeur de la marque a été estimée par rapport au nombre de points de contact visibles établis par Post Danmark, sur la base du prix de l’exposition d’une publicité en extérieur au mètre carré.

(301)

Plus précisément, l’analyste a calculé l’exposition de Post Danmark en examinant le trafic (c’est-à-dire le nombre de personnes qui passent devant ou sont en contact avec un point de contact visible). Ce trafic est lui-même estimé sur la base de la taille de la population d’une municipalité/un code postal.

(302)

L’analyste a ensuite examiné la taille des points de contact et leur a appliqué un prix au mètre carré, sur la base du prix d’une publicité sur un abribus, après avoir procédé à des ajustements pour tenir compte de la qualité de l’emplacement du point de contact et de la fréquence à laquelle des personnes sont en contact avec celui-ci. Pour ce qui est des véhicules, ceux-ci sont tous affectés à une zone de distribution et donc à une zone géographique spécifique. Le nombre de véhicules dans une zone donnée est réparti sur cette zone en fonction de la taille de la population. Les véhicules tels que les remorques et les élévateurs ne sont pas inclus, car la marque Post Danmark n’y est pas apposée.

(303)

Dans l’ensemble, la valeur de la marque Post Danmark a diminué ces dernières années, essentiellement en raison d’une réduction de son activité de distribution de courrier, qui a entraîné une diminution du nombre de véhicules actuellement utilisés, par exemple, et une optimisation constante du nombre de boîtes aux lettres.

(304)

Compte tenu de ce qui précède, pour 2020, les avantages tirés des actifs de propriété intellectuelle liés aux activités de Post Danmark relevant de l’OSU sont estimés à […] millions de DKK.

C — Philatélie et timbres inutilisés

(305)

Le calcul des avantages immatériels résultant de la philatélie et des timbres inutilisés est présenté par le Danemark aux considérants 170 à 177 et représente […] millions de DKK.

D — Économies d’échelle

(306)

Les autorités danoises considèrent que Post Danmark ne bénéficie pas d’économies d’échelle dans le scénario factuel étant donné que, dans le contexte de la diminution rapide du volume de courrier, la taille de l’entreprise a plutôt constitué un problème considérable, vu qu’elle n’a pas permis d’adapter les activités à l’évolution du marché.

E — Pouvoir de négociation

(307)

Les autorités danoises observent qu’en ce qui concerne les fournisseurs, Post Danmark est soumise à la directive 2014/25/UE, et que tous les contrats conclus avec les fournisseurs sont donc soumis à la concurrence et aux principes d’égalité de traitement et de transparence. Dans l’ensemble, les autorités danoises considèrent que Post Danmark ne jouit pas d’un pouvoir de négociation supérieur à celui d’autres grandes entreprises.

F — Couverture universelle

(308)

Le Danemark observe que, si la couverture universelle du prestataire de l’OSU peut offrir un avantage (tant les clients commerciaux que les particuliers peuvent trouver la couverture nationale pratique et être obligés d’utiliser les services du prestataire de l’OSU), elle est considérée comme un atout sur le marché du commerce électronique et sera donc maintenue dans le scénario contrefactuel.

(309)

Par conséquent, le fait que Post Danmark soit le prestataire du service universel au Danemark et soit tenue, de ce fait, de maintenir une couverture territoriale ne constitue pas en soi un avantage immatériel ou un atout dont il faudrait tenir compte dans le calcul du CNE.

6.3.1.7.2. Résultats du calcul du CNE

(310)

Compte tenu du tableau 5 et de la valeur des avantages immatériels, le CNE se chiffre à 385,625 millions de DKK (tableau 8).

Tableau 8

Calcul du CNE (en millions de DKK) du 1er janvier au 31 décembre 2020

Total des coûts évités

[1 500 -2 500 ]

Total des pertes de recettes

[1 500 -2 500 ]

Coûts bruts évités

[400 -900 ]

Avantages immatériels

[…]

Coûts nets évités

385,625

6.3.1.7.3. Vérification, par le Danemark, de la fiabilité du calcul du coût net évité

(311)

Selon les calculs du Danemark, Post Danmark atteindrait une marge EBIT de 3,8 % en 2020 et une productivité moyenne de la main-d’œuvre de 0,997 million de DKK dans le scénario contrefactuel.

(312)

Afin de déterminer si les indicateurs calculés sont réalistes, le Danemark a comparé les indicateurs clés du scénario contrefactuel avec les indicateurs clés correspondants de trois autres entreprises du secteur postal et du transport, au niveau du groupe: Danske Fragtmænd A/S, Posten Norge AS et Deutsche Post DHL Group. Les deux dernières ont été retenues car elles distribuent toujours un volume considérable de courrier, et la première a été choisie car il s’agit de l’un des principaux acteurs du marché danois de la distribution de fret et de colis, ce qui est important puisque, dans le scénario contrefactuel, les recettes tirées des activités de logistique et les bénéfices qui en découlent représentent une part plus importante des recettes de Post Danmark.

(313)

La comparaison est effectuée au niveau du groupe car cela permettait de choisir les entreprises sur la base de leur portefeuille total de produits. Il n’était pas possible d’effectuer la comparaison au niveau des segments (courrier, colis et logistique), à tout le moins pour Danske Fragtmænd et Posten Norge. Pour Danske Fragtmænd, le chiffre d’affaires du fret inclut les colis, et il était impossible de connaître le chiffre d’affaires relatif à ces seuls colis. Pour Posten Norge, le chiffre d’affaires du «courrier» comprend à la fois le courrier postal et les services bancaires, et celui de la «logistique» inclut également les colis.

(314)

Le Danemark a calculé les marges EBIT et la productivité de la main-d’œuvre pour les trois opérateurs de référence sur la période de 2017 à 2020 (135). En outre, afin d’améliorer encore la fiabilité de l’analyse comparative, le Danemark a également fourni l’EBIT de General Logistics Systems Denmark A/S, le principal concurrent de Post Danmark sur le marché danois des colis, pour l’exercice 2020. Une comparaison des résultats avec ceux calculés dans le scénario contrefactuel de Post Danmark (pour 2020) est présentée dans les tableaux 9 et 10 ci-après.

Tableau 9

Analyse comparative de l’EBIT de Post Danmark

(en %)

Année

2017

2018

2019

2020

Moyenne

Danske Fragtmænd A/S

0,8

2,7

1,9

1,3

1,675

Posten Norge AS

2,8

2,2

3,3

5,9

3,55

Deutsche Post DHL Group

6,2

5,1

6,5

7,3

6,275

General Logistics Systems Denmark A/S

12,6 (136)

Année

2020

Post Danmark A/S (scénario contrefactuel)

3,8

Tableau 10

Analyse comparative de la productivité de la main-d’œuvre de Post Danmark

(en millions de DKK/ETP)

Année

2017

2018

2019

Moyenne

Danske Fragtmænd A/S

2,853

3,094

3,043

2,997

Posten Norge AS

1,061

1,157

1,211

1,143

Deutsche Post DHL Group

0,873

0,843

0,869

0,862

Année

2020

Post Danmark A/S (scénario contrefactuel)

0,997

(315)

Sur la base des données ci-dessus, le Danemark considère que les estimations de Post Danmark pour l’EBIT et la productivité de la main-d’œuvre sont relativement prudentes et se situent tout à fait dans la moyenne observée dans le secteur. Selon le Danemark, ces chiffres confirmeraient la fiabilité des hypothèses incluses dans le scénario contrefactuel (137).

6.3.1.7.3.1. Appréciation, par la Commission, du CNE au regard des doutes exprimés dans la décision d’ouverture

Données d’entrée

(316)

Étant donné qu’une réponse suffisante a été apportée aux doutes qu’elle avait exprimés quant à la fiabilité des comptes et de la méthode de répartition des coûts de Post Danmark (section 6.3.1.4), la Commission n’a plus de doutes quant aux données d’entrée pour le calcul du CNE (considérants 146 et 147 de la décision d’ouverture).

Mesure des incidences de certaines hypothèses

Incidence de la réduction des volumes sur le coût unitaire du traitement des envois postaux

(317)

L’optimisation, par Post Danmark, des services qu’elle fournirait dans le scénario contrefactuel suppose une réduction du volume de ses activités [considérant 284, points 1) et 3)]. Une baisse de volume devrait, en principe, entraîner une hausse des coûts unitaires, ainsi que l’ont également reconnu les autorités danoises (considérant 121). Toutefois, dans le scénario contrefactuel notifié à la Commission, il est supposé que les coûts unitaires n’augmenteront pas [considérant 149, point a), de la décision d’ouverture]. Cette hypothèse a priori incohérente est la raison pour laquelle la Commission a exprimé des doutes à ce sujet dans sa décision d’ouverture.

(318)

Sur la base des observations reçues du Danemark (considérants 122 à 124), la Commission comprend que l’augmentation normalement attendue des coûts unitaires à la suite de la réduction du volume des activités est compensée, dans le scénario contrefactuel, par la réduction de l’infrastructure (fermeture d’un centre de tri du courrier et de [5-10] plateformes de distribution), qui génère des économies de coûts (tant dans les zones urbaines que dans les zones rurales), ainsi que par la réduction du niveau de service dans les zones rurales par rapport au scénario factuel.

(319)

La Commission est, en principe, d’accord avec le fait qu’une réduction de la taille de l’infrastructure ainsi que de la qualité du service, ce qui suppose également une réduction des coûts de personnel, devrait effectivement faire baisser les coûts unitaires du traitement des envois postaux.

(320)

La Commission observe en outre que la réduction globale du volume des envois (courrier et colis) ([(– 40)-(– 50)] %, voir le tableau 11) est comparable à la réduction de la taille/des coûts de l’infrastructure (– 50 % pour les centres de tri et [– (30)-(– 40)] % pour les plateformes) ou à la réduction des coûts de personnel ([(– 50)-(– 60)] % ; comparer les tableaux 4 et 6). Cela corroborerait l’idée selon laquelle l’optimisation des activités de Post Danmark et la réduction de ses coûts seraient plus importantes que la diminution du volume des envois postaux, ce qui lui permettrait de conserver des coûts unitaires stables. La Commission estime également que la réduction des coûts de personnel est crédible, sur la base de l’analyse comparative de la productivité de la main-d’œuvre à laquelle le Danemark a procédé (voir le tableau 10).

(321)

La Commission observe également que, dans le scénario contrefactuel, Post Danmark réduit considérablement ses coûts (qui passent de [4 500-5 500] millions de DKK à [2 500-3 500] millions de DKK). Ce résultat n’aurait pas pu être obtenu aussi rapidement de la même manière dans le scénario factuel, malgré la baisse des volumes : en effet, les prestataires du service universel ne peuvent s’adapter facilement à l’évolution du marché postal, s’il y a un risque que ces adaptations les empêchent, à l’avenir, d’assurer l’OSU (voir le considérant 126).

Tableau 11

Envois (en millions)

Scénario factuel

Scénario contrefactuel

Variation en %

Produits

Nombre d’envois (en zone urbaine)

Nombre d’envois (en zone rurale)

Nombre d’envois (en zone urbaine)

Nombre d’envois (en zone rurale)

Zone urbaine

Zone rurale

Courrier économique

[…]

[…]

[…]

[…]

[…]

[…]

Courrier exporté

[…]

[…]

[…]

Courrier importé

[…]

[…]

[…]

[…]

[…]

[…]

Magazines/journaux

[…]

[…]

[…]

[…]

[…]

[…]

Autres affranchissements

[…]

[…]

[…]

[…]

[…]

[…]

Courrier prioritaire

[…]

[…]

[…]

[…]

[…]

[…]

Envois nationaux B2B

[…]

[…]

[…]

Retraits d’envois B2C

[…]

[…]

[…]

Livraison à domicile d’envois B2C

[…]

[…]

[…]

Envois C2X

[…]

[…]

[…]

Colis exportés

[…]

[…]

[…]

Colis importés

[…]

[…]

[…]

Total

[…]

[…]

[(–40 )-(–50 )]

(322)

Enfin, la Commission a soumis le CNE à une analyse de sensibilité et constaté que, même en augmentant les coûts unitaires de 5 % (ce qui serait considérable), Post Danmark continuerait de recevoir une compensation insuffisante (une telle augmentation donnerait lieu à un CNE de [225-325] millions de DKK, alors que la compensation n’est que de 225 millions de DKK; voir le tableau 12).

Tableau 12

CNE avec analyse de sensibilité

Calcul du CNE (en millions de DKK) du 1er janvier au 31 décembre 2020

Total des coûts évités

[…]

Total des pertes de recettes

[…]

Coûts bruts évités

[…]

Avantages immatériels

[…]

Coûts nets évités

[225 -325 ]

Incidence de la fermeture d’un centre de tri et de [5-10] plateformes de distribution sur le coût du transport des envois postaux

(323)

Une autre hypothèse du scénario contrefactuel au sujet de laquelle la Commission avait exprimé des doutes était la réduction du nombre de centres de tri et de plateformes de distribution. Selon le Danemark, cette réduction n’entraîne pas d’augmentation des coûts de transport liés à la distribution du courrier et des colis. La Commission a exprimé des doutes à ce sujet, en raison des distances plus longues qui devraient être parcourues dans le scénario contrefactuel pour livrer un courrier ou un colis, ce qui devrait plutôt pousser les coûts de transport à la hausse [considérant 149, point b), de la décision d’ouverture].

(324)

Le Danemark a démontré que la distance de transport totale dans la configuration à un seul centre (scénario contrefactuel) restera du même ordre et ne changera pas de manière significative par rapport à la configuration à deux centres de tri (scénario factuel) (considérant 130). Les exemples fournis aux considérants 131 à 137 et 141 à 143 illustrent le bien-fondé des explications du Danemark.

(325)

En effet, les envois expédiés de l’est vers l’ouest du Danemark seront triés dans l’unique centre de tri restant (situé dans l’est du pays). Le Danemark part de l’hypothèse raisonnable que, compte tenu de la baisse des volumes, le centre de tri situé dans l’ouest du Danemark serait fermé. En effet, la plupart des envois postaux proviennent de l’est du Danemark, ce qui s’explique en grande partie par le fait que la capitale, Copenhague, se trouve dans la partie orientale du pays. Les envois expédiés de l’est vers l’ouest du Danemark seront transportés vers la partie occidentale du pays, où ils seront distribués aux foyers après avoir transité par une plateforme. Dans ce cas de figure, les distances parcourues seront les mêmes, à la seule différence que les envois ne transiteront pas par un deuxième centre de tri. Il convient de noter, à cet égard, qu’en raison de la géographie du Danemark, les envois expédiés de l’est vers l’ouest du pays dans le scénario contrefactuel ne pourraient pas emprunter un chemin plus court et être directement envoyés vers une plateforme en suivant un trajet plus direct. Tant dans le scénario factuel que dans le scénario contrefactuel, tous les envois expédiés de l’est vers l’ouest du pays doivent traverser le Snævringen, une masse d’eau séparant l’île de Fionie de la partie continentale du Danemark. Le centre de tri de l’ouest du Danemark se trouve très près de ce point de traversée (à Fredericia).

(326)

Il en va de même pour les envois expédiés de l’ouest vers l’est du Danemark: dans le scénario contrefactuel, ils ne devront plus transiter par le centre de tri situé dans l’ouest du pays, mais les distances de transport resteront les mêmes.

(327)

En outre, rien ne change pour les envois expédiés et reçus dans la partie orientale du Danemark dans le scénario contrefactuel. Le centre de tri est maintenu dans ce scénario, de sorte que les distances de et vers ce centre ne changeront pas.

(328)

Pour les envois expédiés et reçus dans la partie occidentale du Danemark, les distances de transport seront plus longues, puisque les envois devront d’abord être transportés vers l’est du pays afin d’y être triés, puis ramenés dans l’ouest pour y être livrés, après avoir transité par une plateforme. Toutefois, compte tenu de la diminution des volumes, les envois entre deux adresses situées dans la partie occidentale du Danemark pourront être transportés dans le cadre de trajets déjà effectués entre l’ouest et l’est du pays (considérant 136), ce qui signifie que le coût de leur transport n’augmentera pas.

(329)

Des considérations similaires s’appliquent pour la réduction du nombre de plateformes; dans l’exemple fourni, les distances de transport (et donc les coûts qui y sont associés) diminuent même.

Conclusion relative au CNE et au risque de surcompensation de Post Danmark

(330)

La Commission considère que le CNE proposé par le Danemark (voir les considérants 279 à 315) satisfait, dans l’ensemble, aux exigences de l’encadrement SIEG de 2012 et est tout à fait conforme à sa pratique décisionnelle.

(331)

Plus précisément, les hypothèses formulées dans le scénario contrefactuel sont raisonnables, y compris celle selon laquelle Post Danmark deviendrait rentable dans ce scénario contrefactuel [il est à noter que même les activités ne relevant pas de l’OSU bénéficieraient de l’optimisation de l’infrastructure et pourraient donc gagner en rentabilité (138)].

(332)

Les avantages immatériels sont eux aussi correctement quantifiés, sur la base d’une analyse et d’une méthode adéquates (en particulier l’exonération de la TVA et les actifs de propriété intellectuelle). En outre, la Commission considère que le fait de tenir compte de la philatélie et des timbres inutilisés rend le CNE obtenu d’autant plus fiable. Les avantages immatériels potentiels qui n’ont pas été pris en considération (économies d’échelle, pouvoir de négociation et couverture universelle) sont également correctement expliqués par le Danemark (considérants 306 à 309).

(333)

En outre, les doutes que la Commission nourrissait initialement au sujet de l’incidence de certaines des hypothèses formulées sur le CNE (voir les considérants 317 à 329) ont été dissipés.

(334)

Premièrement, l’hypothèse d’une relative stabilité du coût unitaire du traitement des envois postaux semble raisonnable eu égard à l’optimisation très importante des activités de Post Danmark.

(335)

Deuxièmement, la stabilité des coûts de transport est cohérente avec une réduction globale des distances de transport dans le scénario contrefactuel.

(336)

Troisièmement, la vérification du CNE au moyen d’une comparaison avec d’autres entreprises vient confirmer la fiabilité générale des hypothèses intégrées dans le scénario contrefactuel. À cet égard, les parties intéressées ont fait valoir que Deutsche Post DHL Group et Posten Norge ne se prêtaient pas à une comparaison avec Post Danmark, vu qu’elles ne tiraient qu’une faible partie de leurs recettes du courrier et des colis. Toutefois, la Commission partage l’avis du Danemark selon lequel la comparaison devrait être effectuée aux fins du scénario contrefactuel, étant donné que le CNE renseigne sur les coûts évités dans ce scénario, et, dès lors, les entreprises utilisées pour l’analyse comparative se prêtent à une comparaison dans le scénario contrefactuel et ne doivent pas nécessairement être comparables dans le scénario factuel. De ce point de vue, il est logique d’utiliser Posten Norge et Deutsche Post DHL Group, étant donné que, dans le scénario contrefactuel, Post Danmark ne sera plus chargée de l’OSU et ses activités reposeront donc principalement sur les colis et la logistique, même si elle continue à fournir des services de distribution de courrier, mais dans une moindre mesure, à l’instar de Posten Norge et Deutsche Post DHL Group.

(337)

Enfin, la Commission a procédé à une analyse de sensibilité et observe que, même en supposant une forte augmentation du coût unitaire (par exemple, de 5 %), le montant de la compensation qui lui est accordée est tel que Post Danmark continuerait de recevoir une compensation insuffisante. La Commission ne craint donc plus que la compensation accordée à Post Danmark pour l’OSU puisse être disproportionnée.

6.3.1.7.4. Appréciation, par la Commission, des allégations des parties intéressées relatives à la méthode du coût net évité

(338)

Plusieurs parties intéressées (considérant 39) considèrent qu’elles devraient avoir accès aux données sur la base desquelles le CNE est calculé (c’est-à-dire les tableaux 1 à 5 de la décision d’ouverture). Conformément aux procédures et aux principes établis dans sa communication sur le secret professionnel dans les décisions en matière d’aides d’État (139), la Commission, comme elle l’avait fait dans la décision de 2018 (considérant 160 de ladite décision), a expurgé ces chiffres, étant donné qu’ils concernent des secrets d’affaires possédant une valeur économique réelle ou potentielle et dont l’utilisation pourrait présenter une valeur économique pour d’autres entreprises (140). Les critères dont la Commission a tenu compte et qui sont pertinents en l’espèce sont notamment la mesure dans laquelle les informations sont connues en dehors de l’entreprise et la valeur des informations pour l’entreprise et ses concurrents (141). L’expurgation des données relatives au CNE est également conforme à la pratique décisionnelle de la Commission dans le secteur postal (142).

(339)

En ce qui concerne les observations des parties intéressées relatives à l’effet de la réduction de la taille de l’entreprise et de la fermeture des centres de tri et des plateformes sur les coûts unitaires, la Commission renvoie aux considérants 317 à 329.

(340)

En ce qui concerne l’incidence alléguée du scénario contrefactuel sur les coûts de la livraison de colis internationaux par le réseau DPD (considérant 42), la Commission considère que ce réseau est un réseau séparé, distinct du réseau de livraison de colis internationaux de Post Danmark au titre de la convention de l’UPU dans le scénario factuel. Le réseau DPD est réglementé par un accord avec PostNord Group (et non PostNord AB) dont la date initiale d’expiration est le […]. Dès lors, l’arrêt, par Post Danmark, de son service de livraison de colis internationaux dans le scénario contrefactuel ne devrait pas avoir d’incidence sur les coûts du réseau DPD.

(341)

En ce qui concerne l’allégation formulée par ITD et l’entreprise 1 selon laquelle il ne devrait pas être mis fin à la distribution gratuite pour les personnes aveugles, comme dans la décision de 2018 (considérant 43), la Commission observe que cette affirmation est inexacte. Dans le scénario contrefactuel, l’arrêt de ce service est prévu pour 2020 et il était également prévu dans le scénario contrefactuel présenté dans la décision de 2018 (considérant 160, tableau 2, de la décision de 2018). Il est tenu compte de cet arrêt dans le CNE (voir le tableau 5 de la présente décision, ligne «Arrêt du service gratuit pour les personnes aveugles»).

(342)

Les parties intéressées considèrent que, dans le scénario contrefactuel, la distribution de courrier commercial à l’échelle nationale va être remplacée par une distribution hebdomadaire de ce type de courrier dans les grandes villes (considérant 44), et que, dès lors, les recettes prévues dans le scénario contrefactuel sont trop élevées. Ainsi qu’il ressort du scénario contrefactuel notifié, cette considération est erronée. Dans le scénario contrefactuel, Post Danmark propose toujours la distribution de courrier commercial dans l’ensemble du pays. Le scénario contrefactuel prévoit la livraison à domicile dans les grandes villes une fois par semaine et une option de retrait dans les zones rurales et les petites villes. Post Danmark sera donc en mesure de réduire le nombre de tournées, notamment dans les zones rurales et les petites villes. Les pertes de recettes dues à l’arrêt de la livraison à domicile dans les zones rurales (et à l’optimisation plus générale du service de courrier commercial) ont été prises en considération dans le CNE [voir le considérant 284, point 1), et le tableau 5].

(343)

En ce qui concerne l’allégation des parties intéressées concernant les bureaux de poste sur les petites îles (voir le considérant 45), il convient de noter que, dans le scénario contrefactuel établi pour l’OSU en 2020, Post Danmark continuera de proposer des envois à l’unité, puisqu’il s’agit actuellement d’un segment rentable de son activité (grâce aux prix plus élevés et aux économies de coûts découlant de la mise en œuvre complète du nouveau modèle de production (143); voir le considérant 159). Pour cette raison, les bureaux de poste sur les petites îles sans liaison fixe sont conservés, notamment afin de gérer les volumes croissants liés au commerce électronique. Toutefois, ces bureaux de poste verront leur offre de produits modifiée. Dans le scénario contrefactuel, ils ne fonctionneraient plus en tant que bureaux de poste offrant un service complet, comme c’est le cas dans le scénario factuel. Le CNE tient compte de ce changement (voir le considérant 344).

(344)

Les parties intéressées considèrent, au considérant 46, que la fermeture de bureaux de poste devrait être prise en considération dans le scénario contrefactuel, comme cela a également été fait pour Česká pošta. Ainsi qu’il ressort du scénario contrefactuel présenté par le Danemark, aucun bureau de poste ne sera fermé dans ce scénario [considérant 284, paragraphe 3)]. Toutefois, sur les petites îles sans liaison fixe, le niveau de service sera réduit. La réduction du niveau de service et son effet sur le nombre de courriers commerciaux prioritaires et économiques sont pris en considération dans le scénario contrefactuel (tableau 5: voir «Optimisation du service de courrier commercial» et «Optimisation de l’offre de produits sur les petites îles sans liaison fixe»).

(345)

Dans les observations sur la décision d’ouverture, les différentes parties intéressées ont également fait référence à d’autres catégories d’avantages immatériels qui devraient également être prises en considération dans le CNE. Ces autres avantages immatériels allégués concernent l’ubiquité, la réputation de l’entreprise, les économies d’échelle, le pouvoir de négociation, les effets publicitaires, les complémentarités de la demande, les exemptions aux règles de stationnement/d’arrêt ainsi que l’accès aux registres publics et aux tendances de la demande.

(346)

En ce qui concerne les avantages immatériels autres que ceux déjà pris en considération dans le calcul du CNE, la Commission conclut ce qui suit:

1)

ubiquité: le Tribunal a conclu dans l’arrêt qu’il a rendu dans l’affaire T-561/18 que les requérantes (parmi lesquelles figure une des parties intéressées en l’espèce) n’avaient pas démontré que l’ubiquité constituait un avantage immatériel tiré de l’OSU par Post Danmark au cours de la période 2017-2019 [voir également le considérant 164, point a), de la décision d’ouverture]. Il a également expliqué que l’ubiquité liée à l’OSU ne conférait pas systématiquement un avantage. En l’espèce, les parties intéressées se fondent sur les mêmes éléments de preuve et, partant, la Commission ne voit aucune raison de s’écarter de la conclusion formulée par le Tribunal aux points 150 à 159 de l’arrêt rendu dans l’affaire T-561/18. En outre, l’ubiquité ne devrait être prise en considération dans le CNE (c’est-à-dire en être déduite) que dans l’hypothèse où elle ne serait pas maintenue dans le scénario contrefactuel, ce qui signifierait alors qu’elle constitue un avantage résultant de l’OSU. Or, en l’espèce, la présence du réseau sera maintenue, puisque la couverture géographique de Post Danmark reste, pour l’essentiel, la même que dans le scénario factuel, en raison des activités de logistique et de distribution de colis (144). Le fait que Post Danmark ne tire pas profit de son ubiquité ressort également de son expérience sur le marché des magazines, sur lequel certains lui préfèrent d’autres distributeurs, bien qu’ils ne soient pas présents partout. Cela a également été confirmé par le Tribunal dans l’affaire T-561/18 (145). Une étude réalisée par l’ERGP en 2014, mentionnée par les parties intéressées, ne peut être utilisée pour étayer l’allégation des requérantes: en effet, outre le fait que l’étude remonte à six ans (par rapport à 2020, qui est l’année de la compensation de l’OSU faisant l’objet de la présente décision), elle repose sur un rapport encore plus ancien, élaboré par Copenhagen Economics en 2008;

2)

réputation de l’entreprise/valeur de la marque: Post Danmark ne tire aucun avantage de sa réputation et/ou de la valeur de sa marque résultant du monopole qu’elle détenait autrefois et de son statut actuel de prestataire de l’OSU. En effet, l’image de Post Danmark au Danemark est globalement mauvaise et associée à des services lents et onéreux. Si cette lenteur et ces prix onéreux peuvent s’expliquer par de bonnes raisons, à savoir la baisse des volumes de courrier, cela ne change rien au fait que Post Danmark ne tire aucun avantage de sa réputation ou de la valeur de sa marque. Cette réputation a également des retombées sur le marché des colis, sur lequel la même marque est utilisée. Ce constat est confirmé par trois études: i) le Reputation Institute, dans une étude datant de 2019, a classé Post Danmark à la 49e place dans sa liste des 50 plus grandes marques au Danemark, en la qualifiant de «mauvaise». Il a même déclaré qu’il pourrait s’agir d’un obstacle à […] voire à […]; ii) d’après une mise à jour effectuée en 2020, la réputation de Post Danmark reste mauvaise, tandis que les marques commerciales de concurrents sont qualifiées de «bonnes»; et iii) selon le Danemark, l’outil d’analyse comparative de l’image le plus complet au Danemark, à savoir celui de l’IFO (Danish IFO Image Analyis), établit un classement de la réputation des 140 plus grandes et plus importantes entreprises au Danemark (la liste a été ramenée à 100 depuis 2019). Post Danmark se classe systématiquement parmi les 13 dernières entreprises du classement (elle a obtenu son meilleur classement en 2009, à la 127e position), comme l’illustre le schéma 10;

Schéma 10 (146)

Image de Post Danmark [active sous le nom «PostNord» (147) ] au Danemark. Jusqu’en 2019, le classement comptait 140 entreprises; depuis 2019, il en contient 100

Image 1

3)

boîtes aux lettres: en ce qui concerne le droit d’installer des boîtes aux lettres dans les locaux du secteur public, la valeur de la propriété des boîtes aux lettres et l’allégation selon laquelle la marque Post Danmark permet à cette dernière de pratiquer des prix plus élevés, la Commission conclut ce qui suit: premièrement, le Danemark a confirmé que Post Danmark ne détenait pas le droit exclusif d’installer des boîtes aux lettres dans les locaux du secteur public (considérant 168). Les propriétaires de ces locaux doivent donner leur autorisation. Il en va de même pour les autres sociétés (postales) qui souhaitent installer certains objets dans les locaux du secteur public. La Commission n’a trouvé aucun élément de preuve témoignant du contraire. Deuxièmement, l’OSU n’améliore pas la réputation et la valeur de la marque Post Danmark [considérant 346, point 2)], ce qui est également l’une des raisons pour lesquelles Post Danmark ne peut pas pratiquer des «prix plus élevés»;

4)

timbres: en ce qui concerne les avantages immatériels découlant de la philatélie et des timbres inutilisés, le CNE a été ajusté en fonction des calculs fournis par le Danemark (considérant 305), que la Commission juge raisonnables et réalistes;

5)

économies d’échelle: la Commission considère que les économies d’échelle ne devraient être retenues en tant qu’avantage immatériel que dans l’hypothèse où elles ne sont pas maintenues dans le scénario contrefactuel, afin d’éviter de comptabiliser deux fois le même avantage sous la forme de recettes du scénario contrefactuel et d’avantages immatériels. Étant donné que, dans le scénario contrefactuel, Post Danmark conserverait un réseau national et continuerait de distribuer un volume élevé de colis (les activités de distribution de colis nationaux, en particulier, resteront au même niveau; voir le tableau 11), les économies d’échelle seront elles aussi maintenues dans ce scénario. La référence faite par les parties intéressées à la «fusion» entre DPD et Post Danmark est dénuée de pertinence, puisque les services concernés sont complètement indépendants des services relevant de l’OSU et qu’ils font l’objet d’un accord conclu entre PostNord Group et DPD. En outre, dans le scénario contrefactuel, PostNord Group maintiendra les opérations de DPD telles qu’elles se déroulent dans le scénario factuel. Étant donné que toutes les entités concernées (DPD, PostNord Group et Post Danmark) maintiendront leur profil nordique, il n’y aura aucun changement au niveau du pouvoir de négociation de PostNord Group/Post Danmark vis-à-vis de DPD. En ce qui concerne le centre de colis de Herning (article du 6 juin 2017), la Commission fait remarquer que ce centre ne fait qu’étayer l’affirmation selon laquelle les économies d’échelle subsisteront dans le scénario contrefactuel. De fait, son but est de faire face à la forte croissance enregistrée dans le secteur des colis et de la logistique;

6)

pouvoir de négociation: la Commission considère que le pouvoir de négociation ne devrait être pris en considération en tant qu’avantage immatériel que s’il diminuait ou disparaissait dans le scénario contrefactuel. Or, ce n’est pas le cas en ce qui concerne Post Danmark, et les parties intéressées n’ont fourni aucun élément de preuve attestant le contraire. Le pouvoir de négociation dont dispose Post Danmark n’est pas dû à l’OSU, mais à sa taille et à celle du groupe dont elle fait partie. Les parties intéressées font référence à deux rapports qui étayeraient, selon elles, l’idée selon laquelle le pouvoir de négociation (vis-à-vis des représentants politiques et des autorités réglementaires) constitue un avantage immatériel (un rapport de l’ERGP de 2011 et un rapport de Frontier Economics de 2013). Ces rapports, en plus de dater d’il y a 9 et 11 ans, n’étayent pas les allégations des parties intéressées. Premièrement, les rapports indiquent qu’il «peut» (ERGP) ou «pourrait» (Frontier Economics) exister des avantages associés au fait d’être le prestataire du service universel. Le rapport de l’ERGP indique également que les avantages liés au fait de détenir un pouvoir de négociation vis-à-vis des représentants politiques et des autorités réglementaires sont peu documentés. Selon Frontier Economics, des études plus approfondies sont nécessaires à ce sujet. De manière plus générale, certains éléments indiquent même que l’éventuel pouvoir de négociation dont disposerait Post Danmark représente plutôt un inconvénient immatériel: en effet, les syndicats et les salariés s’attendent à ce que Post Danmark, du fait de son statut d’entreprise publique, respecte les normes les plus élevées en matière de salaires et de conditions de travail. Ce qui précède ne remet donc pas en cause la conclusion de la Commission selon laquelle le pouvoir de négociation ne doit pas nécessairement être considéré comme un avantage immatériel dont il faut tenir compte dans le calcul du CNE;

7)

effets publicitaires: la Commission observe que les actifs de propriété intellectuelle liés à l’OSU et résultant des publicités placées sur des points de contact visibles ont été pris en considération (considérants 299 à 304);

8)

complémentarités de la demande: selon les parties intéressées, il existe des complémentarités de la demande, étant donné que Post Danmark, lorsqu’elle vend des produits déficitaires relevant de l’OSU, bénéficie d’une augmentation de ses ventes de produits rentables OSU et non OSU (148). Comme d’autres avantages immatériels, les complémentarités de la demande ne devraient être prises en considération que si elles cessaient d’exister dans le scénario contrefactuel. Le courrier et les colis seront conservés dans le scénario contrefactuel et les éventuelles complémentarités de la demande entre ces deux produits continueront donc d’exister. Pour ce qui est des autres produits, rien ne permet de penser qu’il existe des complémentarités de la demande pour ces produits également. Post Danmark n’exploite plus de bureaux de poste dans lesquels les clients pourraient, lorsqu’ils achètent un service relevant de l’OSU, avoir potentiellement l’envie d’acheter également des produits tels que des enveloppes ou des articles de papeterie. De tels produits pourraient être vendus dans les points de services, mais ceux-ci sont externalisés à des tiers tels que des stations-service et des supermarchés, et ce sont ces tiers qui pourraient potentiellement en profiter, et non Post Danmark;

9)

exemptions aux règles de stationnement/d’arrêt: le Danemark a expliqué de manière crédible que de telles exemptions n’existaient pas au Danemark. Le rapport de l’ARCEP de 2010 auquel les parties intéressées font référence mentionne «certains pays» et donne l’exemple du Royaume-Uni (149). Aucune référence n’est faite au Danemark, et la raison en est, comme déjà expliqué, que le pays n’applique pas de telles exemptions. La Commission conclut par conséquent qu’il était correct de ne pas tenir compte des exemptions aux règles de stationnement/d’arrêt dans le CNE;

10)

accès aux registres publics: le Danemark a expliqué que toutes les sociétés postales pouvaient elles-mêmes créer et utiliser une base de données des destinataires. Pour créer et actualiser une telle base de données, toutes les sociétés postales peuvent obtenir des données, moyennant paiement, auprès du registre central de la population (Det Centrale Personregister ou «RCP») (150). Post Danmark est néanmoins la seule à avoir le droit d’obtenir des informations auprès du RCP au sujet des nouveau-nés et des personnes qui sont entrées sur le territoire danois et possèdent une adresse au Danemark (151). Comme le prévoit sa licence [considérant 22, point 1)], Post Danmark doit fournir un accès à sa propre base de données de manière transparente et non discriminatoire et à prix coûtant, y compris aux informations sur les nouveau-nés et les personnes entrées sur le territoire danois. L’article 13, paragraphe 3, de la loi postale interdit à Post Danmark et aux autres sociétés postales d’utiliser les informations de la base de données et du registre public à des fins de marketing ou de publicité. Étant donné que Post Danmark ne peut pas utiliser les informations provenant des registres publics à son propre avantage, il ne s’agit pas d’un avantage immatériel devant être pris en considération dans le calcul du CNE.

(347)

En ce qui concerne les allégations selon lesquelles Post Danmark tire un revenu net de l’OSU et selon lesquelles le fait d’être chargée de l’OSU constitue un avantage et non un inconvénient (considérants 67 et 68), si bien qu’elle ne devrait pas recevoir de subvention, la Commission observe que cela n’est pas exact, étant donné que l’OSU a généré une perte nette en 2020 (considérant 194).

(348)

En ce qui concerne l’allégation des parties intéressées selon laquelle, étant donné que Post Danmark ne serait pas en mesure d’émettre des timbres dans le scénario contrefactuel et devrait donc appliquer les prix du marché, qui seraient prétendument plus bas dans le scénario contrefactuel, si bien que ses services seraient meilleur marché, la Commission partage l’avis du Danemark selon lequel aucune modification du CNE n’est nécessaire [en dehors du fait de considérer les timbres comme un avantage immatériel; voir le considérant 346, point 3)].

(349)

Les timbres constituent une manière, parmi d’autres, de payer (à l’avance) pour la distribution d’un service. Ce paiement peut également se faire au moyen d’étiquettes et de codes. Le prix des timbres n’a, en outre, aucun lien avec le prix de la distribution de courriers à l’unité. Seuls les prix des courriers économiques nationaux à l’unité de 50 grammes nécessitent l’approbation de l’autorité danoise de l’aviation civile et des chemins de fer. La raison d’être de ce processus d’approbation est la volonté de maintenir les prix à un niveau raisonnable et d’éviter que le prestataire de l’OSU ne fixe ses propres prix, ce qui pourrait donner lieu à un zonage (c’est-à-dire le fait d’appliquer des prix différents aux clients situés dans différentes parties du pays, selon qu’ils vivent en zone urbaine ou en zone rurale). Dans le scénario contrefactuel, une approche prudente a été retenue, étant donné que le prix des courriers économiques nationaux à l’unité de 50 grammes reste au même niveau (celui de 2020).

(350)

La part des courriers économiques de 50 grammes dans le nombre total d’envois traités par Post Danmark est peu importante. En 2020, ce produit représentait un volume de […] millions de courriers. Le nombre total de courriers nationaux transportés par Post Danmark était d’environ […] millions, ce qui signifie que le courrier économique de 50 grammes au prix réglementé ne représente qu’une petite partie du volume de courrier national.

(351)

Le fait que les prix des services de distribution du courrier au Danemark (y compris les prix réglementés des courriers économiques nationaux à l’unité de 50 grammes) sont généralement plus élevés s’explique par le fait que le Danemark a connu une numérisation très rapide de ses services de courrier, qui vaut aujourd’hui au pays la première place de l’indice relatif à l’économie et à la société numériques (considérant 197).

(352)

Quant à la question de savoir si le prix des courriers économiques nationaux à l’unité suggère un bénéfice trop élevé pour Post Danmark, la Commission conclut, tout d’abord, que la citation fournie par les parties intéressées (considérant 69) ne prouve pas que le bénéfice tiré par Post Danmark des timbres au Danemark soit excessivement élevé. L’autorité danoise de l’aviation civile et des chemins de fer a établi une procédure afin que les bénéfices générés par les timbres ne soient pas trop élevés et doivent être comparés à ceux des autres fournisseurs européens de services postaux. Dans une étude réalisée par McKinsey en 2019, les bénéfices des fournisseurs européens de services postaux dans le segment du courrier (c’est-à-dire des lettres) sont compris entre 8,1 % et 26 %.

(353)

En 2020, le prix était de 10 DKK, soit environ 1,34 EUR, sur la base du taux de change au 1er janvier 2020 (152) (l’augmentation de 9 à 10 DKK ayant eu lieu le 1er janvier 2019), et le bénéfice attendu était alors de [5-10] %, soit un niveau compris dans l’intervalle de valeurs considéré comme étant raisonnable en 2021 selon la nouvelle procédure mentionnée au considérant 200. Dès lors, en supposant que la même procédure ait été appliquée en 2020, elle aurait permis de conclure que le prix de 10 DKK n’entraînait pas de bénéfice disproportionné.

(354)

Le graphique fourni par les parties intéressées présente les niveaux de prix d’un courrier envoyé en Europe et n’est donc pas pertinent pour le prix réglementé des courriers économiques nationaux à l’unité de 50 grammes.

(355)

La Commission n’a pas établi l’existence de la moindre double comptabilisation dans le CNE de Post Danmark (considérant 70). En ce qui concerne l’affranchissement, la Commission conclut que la catégorie «autres affranchissements» des tableaux 4 et 6 ne couvre pas seulement les timbres, mais aussi les autres moyens de payer pour la distribution d’un envoi [machines à affranchir, affranchissement du courrier en ligne, réponses non affranchies (port payé par le destinataire) et cartes postales]. La différence entre le scénario factuel et le scénario contrefactuel est d’environ [10-20] % (soit la différence entre les tableaux 4 et 6).

(356)

La comparaison entre cette différence relativement faible de [10-20] % et les effets de l’arrêt d’autres services sur certaines catégories de produits montre qu’il n’y a aucune double comptabilisation. Ce constat est mis en évidence par l’exemple de l’arrêt des services postaux internationaux fournis au titre de la convention de l’UPU et d’autres accords postaux internationaux dont les effets sont répartis sur les différents types de services. L’arrêt des services postaux internationaux fournis au titre de la convention de l’UPU et d’autres accords postaux internationaux suppose des pertes de recettes estimées à […] millions de DKK, réparties entre le courrier exporté (diminution des recettes de 100 %), le courrier importé (diminution de 100 %), les colis exportés (diminution de […] %), les colis importés (diminution de […] %) et les autres affranchissements mentionnés au considérant 355.

(357)

ITD, l’entreprise 1 et SLD affirment que l’analyse comparative est erronée (considérants 311 et 315) étant donné que, selon elles, Post Danmark ne serait pas comparable à Posten Norge, Deutsche Post DHL Group et Danske Fragtmænd. La Commission considère qu’à partir du moment où ces trois autres entreprises ont été choisies sur la base de leur portefeuille complet de produits (et donc au niveau du groupe), elles sont suffisamment similaires à Post Danmark et constituent donc des points de comparaison utiles. En outre, la conclusion des parties intéressées repose également sur une comparaison entre le scénario factuel de Post Danmark et celui de ces entreprises. Toutefois, pour une comparaison correcte, il y a lieu de choisir des entreprises qui sont comparables avec le scénario contrefactuel de Post Danmark, ce que le Danemark a fait en sélectionnant Deutsche Post, Posten Norge et Danske Fragtmænd. Avec l’ajout de GLS aux entreprises utilisées aux fins de la comparaison, la Commission considère que l’analyse comparative, qui était déjà fiable, l’est encore davantage.

(358)

La Commission estime que l’allégation de Danske Medier concernant les prix prétendument trop bas n’est pas démontrée dans les faits. Les prix du tri et de la distribution de magazines par courrier sont plus élevés que ce que prétend Danske Medier et sont, a priori, conformes à la norme du marché. En outre, le faible prix mentionné par Danske Medier (3,50 DKK) n’était appliqué à la distribution de magazines, en 2020, qu’au-dessus de 100 000 envois et aux envois d’un poids égal ou inférieur à 0,06 kg (le poids moyen d’un périodique est d’environ […]-[…] grammes).

6.3.1.8. Incitations à l’efficience

(359)

Le point 39 de l’encadrement SIEG de 2012 dispose ce qui suit: «Lorsqu’ils mettent au point la méthode de compensation, les États membres doivent introduire des mesures incitatives pour favoriser la prestation efficiente de SIEG de qualité élevée, excepté lorsqu’ils sont en mesure de justifier dûment qu’il est impossible ou qu’il n’est pas judicieux de le faire.».

(360)

La prestation de services dans le cadre de l’OSU est soumise aux normes de qualité fixées dans la licence individuelle de Post Danmark conformément à l’article 17 de la directive 97/67/CE (voir le considérant 16).

(361)

Post Danmark est tenue de désigner un analyste externe des marchés indépendant afin de surveiller le respect des normes de qualité fixées pour le courrier national et de communiquer chaque mois les résultats à l’autorité de l’aviation civile et des chemins de fer. Si Post Danmark ne satisfait pas aux normes de qualité, une sanction lui est infligée (153).

(362)

En outre, le Danemark prévoit de verser à Post Danmark une compensation fixe pour l’OSU d’un montant maximal de 225 millions de DKK pour 2020. Le coût net de l’exécution des obligations de service public a été chiffré à 385,625 millions de DKK (voir le tableau 8). La compensation maximale qu’il est prévu de verser à Post Danmark ne représente que 58 % du CNE de l’OSU. Aussi longtemps que cela n’entraîne pas de surcompensation, Post Danmark est autorisée à absorber tous les gains d’efficience réalisés, ce qui l’encourage fortement à améliorer son efficience. La Commission observe également que, grâce aux normes de qualité et au système de sanctions, ces gains d’efficience ne devraient pas compromettre la qualité du service fourni.

(363)

Eu égard à ce qui précède, la Commission considère que le Danemark a introduit des mesures incitatives suffisantes pour favoriser la prestation efficiente de l’OSU.

(364)

S’agissant de l’allégation formulée par ITD dans la plainte selon laquelle le calcul du CNE violerait les points 39 à 43 de l’encadrement SIEG étant donné que Post Danmark ne pouvait obtenir aucune incitation à l’efficience, la Commission fait remarquer que l’encadrement SIEG impose l’introduction de mesures incitatives pour favoriser la prestation efficiente du SIEG concerné. Cela n’a toutefois rien à voir avec le niveau d’efficience du prestataire du SIEG, auquel ITD fait référence en ce qui concerne Post Danmark [considérant 41, point c), de la décision d’ouverture].

(365)

S’il était démontré qu’un prestataire de SIEG donné serait d’emblée un prestataire efficient, ou si le coût de l’OSU était calculé en tenant compte d’un prestataire efficient, le quatrième critère Altmark serait de fait rempli et il n’y aurait aucun avantage pour le prestataire de l’OSU en question, de sorte qu’une telle compensation ne constituerait pas une aide d’État.

(366)

En l’espèce, la Commission a conclu que le quatrième critère Altmark n’était pas rempli (154), et que la compensation accordée à Post Danmark constituait donc une aide d’État vu que la compensation accordée à Post Danmark pour l’OSU n’est pas fondée sur le coût net d’un prestataire efficient.

(367)

Il convient également de noter que l’argument d’ITD selon lequel les normes d’efficience applicables à Post Danmark seront toujours insuffisantes, quelles qu’elles soient, doit être rejeté. Les critères de qualité décrits au considérant 16 sont — ainsi qu’il ressort également de ce considérant — des critères de qualité fixés dans la licence individuelle de Post Danmark et cette dernière serait, conformément au droit danois, tenue de les respecter qu’elle ait reçu ou non une compensation pour l’OSU. Ces critères de qualité sont les mêmes que pour la période couverte par la décision de 2018 (155). Il convient d’observer à cet égard que l’encadrement SIEG tient manifestement compte du fait que les incitations à l’efficience peuvent être conçues de différentes manières, et que l’une de ces manières pourrait être que les États membres définissent d’emblée une compensation fixe anticipant et intégrant les gains d’efficience que l’entreprise devrait, selon toute vraisemblance, réaliser sur la durée du mandat (156), comme cela a été fait en l’espèce (considérant 362).

(368)

En outre, en ce qui concerne la compensation de l’OSU appréciée dans la décision de 2018, le Tribunal a conclu ce qui suit (en suivant le même raisonnement que celui exposé par la Commission aux considérants 362 à 367):

« C’est à tort que les requérantes font valoir que la compensation en cause ne comportait pas d’incitation à l’efficience au motif que son bénéficiaire, Post Danmark, était au bord de la faillite et, partant, ne pouvait être considéré comme étant un prestataire efficient. En effet, un tel argument procède d’une confusion entre, d’une part, les incitations à l’efficience telles que requises aux paragraphes 39 à 43 de l’encadrement SIEG, qui visent à ce que la fourniture d’un SIEG procure des gains d’efficience tout en assurant un service de qualité, et, d’autre part, l’idée que le calcul du CNE soit effectué sur la base d’un prestataire efficient.

À cet égard, la question de savoir si le niveau de la compensation nécessaire doit être déterminé sur la base d’une analyse des coûts qu’un prestataire efficient aurait exposés pour exécuter l’OSU n’est pas pertinente lors de l’appréciation de la compatibilité de l’aide dans le cadre de l’application de l’article 106, paragraphe 2, TFUE. En effet, la prise en compte de l’efficacité économique du prestataire du service universel reviendrait à exiger qu’un tel service soit toujours fourni dans des conditions normales de marché, ce qui risquerait de faire échec à l’accomplissement en droit ou en fait de la mission particulière impartie aux entreprises chargées de la gestion d’un SIEG. Or, une telle situation serait précisément celle que vise à prévenir l’article 106, paragraphe 2, TFUE» (157) (soulignement ajouté).

(369)

Eu égard à ce qui précède, la Commission ne partage pas les doutes soulevés par ITD dans la plainte et conclut qu’il existe des mesures incitatives pour favoriser la prestation efficiente du SIEG.

6.3.1.9. Transparence

(370)

Le point 60 de l’encadrement SIEG de 2012 dispose ce qui suit: «[p]our chaque compensation de SIEG relevant du champ d’application de la présente communication, l’État membre concerné doit publier les informations suivantes sur l’internet ou par un autre moyen approprié:

a)

les résultats de la consultation publique ou d’autres moyens appropriés visés au point 14;

b)

la nature et la durée des obligations de service public;

c)

l’entreprise et, s’il y a lieu, le territoire concerné;

d)

les montants annuels correspondant à l’aide octroyée à l’entreprise».

(371)

Le point 60 a) n’est pas applicable, étant donné qu’aucune consultation publique n’a été réalisée (voir le considérant 245). Les autorités danoises ont déjà rendu publics la nature et la durée des obligations de service public, ainsi que l’identité de l’entreprise sur l’internet (158). Elles se sont engagées à rendre également public sur l’internet le montant de l’aide octroyée à Post Danmark.

6.3.1.10. Exigences supplémentaires pouvant se révéler nécessaires pour garantir que le développement des échanges n’est pas affecté dans une mesure contraire à l’intérêt de l’Union

(372)

Le point 52 de l’encadrement SIEG dispose que, même lorsque les exigences de l’encadrement sont remplies, «dans certaines circonstances exceptionnelles, de graves distorsions de la concurrence sur le marché intérieur [pourraient] rest[er] sans réponse et […] l’aide [pourrait] affecte[r] les échanges dans une mesure contraire à l’intérêt de l’Union».

(373)

Dans de telles circonstances exceptionnelles, la Commission peut imposer des conditions supplémentaires aux États membres ou exiger d’autres engagements de leur part afin de limiter de graves distorsions de la concurrence, comme indiqué au point 53 de l’encadrement SIEG.

(374)

Le point 54 de l’encadrement SIEG dispose également qu’«[i]l ne devrait se produire de graves distorsions de la concurrence de nature à être contraires aux intérêts de l’Union qu’en des circonstances exceptionnelles uniquement. L’attention de la Commission portera uniquement sur les distorsions provoquées par des aides ayant des effets négatifs significatifs sur d’autres États membres et sur le fonctionnement du marché intérieur, parce qu’elles empêchent, par exemple, des entreprises de secteurs importants de l’économie de développer leurs activités de manière à pouvoir fonctionner efficacement».

(375)

La Commission rappelle que des exigences supplémentaires ne sont jugées nécessaires que dans le cas exceptionnel de graves distorsions de la concurrence que les autres exigences de l’encadrement SIEG de 2012 laissent sans réponse. Plus précisément, l’attention de la Commission porte uniquement sur les distorsions provoquées par des aides ayant des effets négatifs significatifs sur d’autres États membres et sur le fonctionnement du marché intérieur.

(376)

La Commission n’a pas constaté qu’il était nécessaire d’imposer des conditions ou des engagements supplémentaires au-delà du respect des conditions prévues de l’encadrement SIEG, ce qui était déjà le cas dans la décision de 2018.

(377)

La Commission observe également qu’ITD juge problématique le fait que la compensation de l’OSU puisse être utilisée pour des activités autres que celles relevant de l’OSU.

(378)

Premièrement, à cet égard, ainsi que l’a confirmé le Tribunal, l’examen de la compatibilité avec le marché intérieur d’une compensation de service public par la Commission consiste à vérifier, indépendamment de l’affectation effective du montant lui correspondant, si un tel service public existe et s’il fait supporter un coût net à l’entreprise chargée de l’assurer. Il en va d’autant plus ainsi en matière postale, les dispositions de l’annexe I, partie C, premier alinéa, de la directive 97/67/CE prévoient que «[l]es coûts nets imputables aux obligations de service universel peuvent être couverts ou financés en accordant aux prestataires du service universel désignés une indemnisation en échange des services fournis à des conditions non commerciales». Le Tribunal a déclaré dans l’affaire T-561/18 que l’expression «couverts ou financés» employée dans cette disposition exclut toute exigence d’affectation effective du transfert de fonds correspondant à une compensation pour le service universel à l’exécution d’un tel service (159).

(379)

Deuxièmement, l’article 1er, point g), du règlement (UE) 2015/1589 du Conseil (160) dispose qu’une aide appliquée de façon abusive est une aide utilisée par le bénéficiaire en violation d’une décision de la Commission. Le Tribunal a déclaré dans l’affaire T-561/18 que ce n’est que s’il était établi que Post Danmark ne s’était pas acquittée de ses obligations au titre de l’OSU qu’une application abusive de la compensation en cause pourrait être constatée (161).

(380)

Ainsi qu’il ressort des considérants 378 et 379, en l’espèce, la compensation de l’OSU pourrait être utilisée pour des activités autres que celles relevant de l’OSU, et cela n’est pas interdit par la directive 97/67/CE. En outre, rien n’indique que Post Danmark ne s’est pas acquittée de ses obligations au titre de l’OSU, si bien qu’aucune application abusive de l’aide ne peut être établie.

(381)

Eu égard à ce qui précède, la Commission conclut qu’en l’espèce, il n’y a aucune raison d’imposer des conditions à l’État membre ou d’exiger des engagements de sa part.

6.3.2. Conclusion sur la compatibilité avec le marché intérieur

(382)

La Commission décide par conséquent de considérer la compensation de l’OSU notifiée pour 2020 comme étant compatible avec le marché intérieur étant donné qu’elle remplit toutes les conditions de l’encadrement SIEG.

6.4. Conclusion

(383)

La Commission conclut que le Danemark aurait dû lui notifier une aide d’État d’un montant de 15 millions d’EUR (environ 112 millions de DKK, voir le considérant 21), correspondant à la compensation pour la prestation du service postal universel accordée à Post Danmark pour le premier semestre 2020. En ne notifiant pas cette aide, le Danemark a agi en violation de l’article 108, paragraphe 3, du TFUE. La Commission conclut toutefois que la mesure d’aide dans son ensemble est compatible avec le marché intérieur au sens de l’article 106, paragraphe 2, du TFUE, tel qu’interprété par l’encadrement SIEG,

A ADOPTÉ LA PRÉSENTE DÉCISION:

Article premier

L’aide d’État que le Danemark a partiellement mise à exécution en faveur de Post Danmark A/S, d’un montant de 225 millions de DKK, est compatible avec le marché intérieur au sens de l’article 106, paragraphe 2, du TFUE.

Article 2

Le Royaume de Danemark est destinataire de la présente décision.

Fait à Bruxelles, le 10 août 2022.

Par la Commission

Margrethe VESTAGER

Membre de la Commission


(1) Communication de la Commission — Encadrement de l’Union européenne applicable aux aides d’État sous forme de compensations de service public (2011) (JO C 8 du 11.1.2012, p. 15).

(2) JO L 15 du 21.1.1998, p. 14.

(3) Aide d’État — Danemark — Aide d’État SA.57991 (2021/C) (ex 2021/NN) — Danemark — Compensation accordée à Post Danmark pour son obligation de service universel en 2020 — Aide d’État SA.55918 (2020/FC) — Danemark — Aide d’État présumée en faveur de Post Danmark pour son obligation de service universel en 2020 — Invitation à présenter des observations en application de l’article 108, paragraphe 2, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, C/2021/5366 (JO C 469 du 19.11.2021, p. 8).

(4) Voir la note de bas de page 3.

(5) Règlement no 1 portant fixation du régime linguistique de la Communauté économique européenne (JO 17 du 6.10.1958, p. 385/58).

(6) Loi no 88 du 8 février 1995 relative à Post Danmark, https://www.retsinformation.dk/eli/lta/1995/88

(7) Loi no 89 du 8 février 1995 sur les services postaux, https://www.retsinformation.dk/eli/lta/1995/89

(8) Loi no 409 du 6 juin 2002 relative à Post Danmark A/S, https://www.retsinformation.dk/eli/lta/2002/409

(9) Voir: https://www.cvc.com/media/press-releases/2009/02-02-2009-123603833

(10) La base juridique danoise de la fusion était la loi no 542 du 17 juin 2008 portant modification de la loi relative à Post Danmark A/S, disponible à l’adresse suivante: https://www.retsinformation.dk/Forms/R0710.aspx?id=120348

(11) Décision de la Commission du 21 avril 2009, affaire COMP/M.5152 — Posten AB/Post Danmark A/S. Notification du 26 février 2009 en application de l’article 4 du règlement (CE) no 139/2004 du Conseil, disponible à l’adresse suivante: https://ec.europa.eu/competition/elojade/isef/case_details.cfm?proc_code=2_M_5152

(12) La structure a subi de légères modifications depuis la décision d’ouvrir la procédure formelle d’examen: Post Danmark détient désormais 100 % de Nordic Infrastructure A/S et e-Boks A/S a changé son nom en e-Boks Group A/S.

(13) Voir la loi no 1536 du 21 décembre 2010 relative à la poste (Postloven), disponible à l’adresse suivante: https://www.retsinformation.dk/Forms/R0710.aspx?id=135208. Cette loi a été modifiée à plusieurs reprises.

(14) Les deux licences sont intitulées «Midlertidig tilladelse til Post Danmark A/S».

(15) Autorité danoise de l’aviation civile et des chemins de fer, Ny individuel tilladelse til Post Danmark A/S, 2 juin 2016, disponible à l’adresse suivante: https://www.trafikstyrelsen.dk/da/Post/Lister/Publikationsliste

(16) Business to Business.

(17) Décision SA. 47707(2018/N) de la Commission du 28 mai 2018 — Compensation de l’État en faveur de PostNord pour la prestation du service postal universel — Danemark, disponible à l’adresse suivante: https://ec.europa.eu/competition/elojade/isef/case_details.cfm?proc_code=3_SA_47707

(18) Arrêt du 5 mai 2021, ITD, Brancheorganisation for den danske vejgodstransport A/S et Danske Fragtmænd A/S/Commission, T-561/18, ECLI:EU:T:2021:240. ITD et Danske Fragtmænd ont formé un pourvoi contre cet arrêt devant la Cour de justice (enregistré sous le numéro C-442/21 P) en ce qui concerne la compensation de l’OSU pour la période 2017-2019.

(19) Taux de change en vigueur en juillet 2022 (1 DKK = 0,13 EUR, voir: https://commission.europa.eu/funding-tenders/procedures-guidelines-tenders/information-contractors-and-beneficiaries/exchange-rate-inforeuro_fr).

(20) Sur la base du taux de change applicable en janvier 2020 (1 EUR = 7,47 DKK), étant donné que la compensation devait être payée pour le 9 janvier 2020 au plus tard; voir le considérant 22, point 4).

(21) Ce décret est daté du 27 novembre 2019 (no 2019-7298) et a été approuvé par la commission des finances le 19 décembre 2019.

(22) Ce décret est daté du 19 août 2020 (no 2020-6466) et a été approuvé par la commission des finances le 27 août 2020.

(23) Kontrakt vedrørende midlertidig kompensation til Post Danmark A/S for befordringspligten i Danmark, daté du 20 décembre 2019.

(24) Kontrakt vedrørende midlertidig kompensation til Post Danmark A/S for befordringspligten i Danmark, daté du 25 juin 2020.

(25) En particulier, des allégations d’aides d’État ont été formulées concernant une compensation potentielle de l’OSU pour 2021, un fonds de compensation qui aurait été en place entre 2014 et 2016 ainsi que les recettes tirées des timbres.

(26) Par courrier électronique du 21 décembre 2021, le conseil juridique d’ITD a fait savoir à la Commission que les observations d’ITD étaient également présentées au nom de Danske Fragtmænd A/S, une société danoise de transport et de logistique.

(27) Directive 2006/111/CE de la Commission du 16 novembre 2006 relative à la transparence des relations financières entre les États membres et les entreprises publiques ainsi qu’à la transparence financière dans certaines entreprises (JO L 318 du 17.11.2006, p. 17).

(28) En danois: regnskabsreglementet. Remarque de la Commission: la réglementation comptable applicable a changé au fil des ans. La réglementation comptable actuellement en vigueur est celle adoptée en 2014: Regnskabsreglement for Post Danmark A/S, 26 juin 2014, disponible à l’adresse suivante: https://www.postnord.dk/siteassets/pdf/finansiell-information/regulatoriske-regnskaber/regnskabsreglement.pdf. Les parties intéressées font également référence aux réglementations comptables de 2006 et de 2011 (voir, par exemple, le considérant 33).

(29) La citation est tirée de la page 3 du rapport de la Cour des comptes danoise du 15 janvier 2020.

(30) L’article 4, paragraphe 4, point c), de la réglementation comptable de 2006 et l’article 4, paragraphe 3, point c), de celle de 2011 disposent que «les coûts [communs] nécessaires à la prestation de l’obligation de service universel doivent être imputés à chacun des services couverts par l’obligation de service universel ou à un groupe de services couverts par cette obligation de service universel». Les parties intéressées soutiennent que, même si ces deux réglementations comptables ne sont plus en vigueur, Post Danmark applique toujours la «règle de nécessité» puisqu’elle figure dans ses «Principes et méthodes».

(31) Ajout par la Commission.

(32) ITD fait référence au considérant 11 de la décision de 2018. Toutefois, ce considérant ne fait pas référence au service de distribution pour les personnes aveugles, mais mentionne uniquement le bénéficiaire de la compensation de l’OSU pour la période 2017-2019 (c’est-à-dire Post Danmark).

(33) ITD fait référence au considérant 153 de la décision de 2018.

(34) Décision de la Commission concernant les aides d’État SA.45281 (2017/N) et SA.44859 (2016/FC) — République tchèque — Compensations accordées par l’État à Česká pošta pour la prestation du service postal universel au cours de la période 2013-2017, considérant 116, disponible à l’adresse suivante: https://ec.europa.eu/competition/elojade/isef/case_details.cfm?proc_code=3_SA_45281. Le considérant 116 dispose ce qui suit: «[…] on ne saurait s’attendre à ce que toutes les économies de coûts estimées résultant de la fermeture proposée de certains bureaux de poste dans le scénario contrefactuel puissent être entièrement réalisées. Si un bureau de poste est fermé, la demande concernant les services fournis par ce bureau ne disparaît pas entièrement. Cette évolution de la demande touche à la fois les coûts et les recettes et doit donc être prise en compte lors de la quantification de l’incidence du scénario contrefactuel. Pour modéliser la manière dont la demande modifierait le marché, les autorités tchèques ont expliqué qu’elles avaient utilisé des études de marché. Selon les enquêtes menées, certains clients choisiraient de rester chez Česká pošta après la fermeture de leur bureau de poste et se tourneraient vers un autre bureau de poste pour satisfaire leur demande de services. Néanmoins, une certaine demande serait inévitablement perdue, étant donné que certains clients se tourneraient vers d’autres concurrents ou choisiraient de réduire leur demande. En conséquence, Česká pošta perdrait des recettes provenant aussi bien de services postaux que de services non postaux […].».

(35) Arrêt du 5 mai 2021, ITD, Brancheorganisation for den danske vejgodstransport A/S et Danske Fragtmænd A/S/Commission, T-561/18, ECLI:EU:T:2021:240, point 155.

(36) Institut belge des services postaux et des télécommunications, Communication du conseil de l’IBPT du 21 mai 2014 concernant la vérification du calcul du coût net du service universel postal en Belgique. Le rapport suivant est joint à cette communication: Tera Consultants, Vérification du calcul du coût net du service universel postal en Belgique — Rapport général de l’étude, version en ligne avec le 4e contrat de gestion, mai 2014.

(37) Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP), Définition, typologie et méthodologie d’évaluation des avantages immatériels dans le cadre du service universel postal — Étude réalisée par le cabinet Wik Consult pour le compte de l’ARCEP, mai 2010.

(38) Frontier Economics, Study on the principles used to calculate the net costs of the postal USO — A Report prepated for the European Commission, Janvier 2013.

(39) Groupe des régulateurs européens des services postaux (ERGP), Exploration of challenges to overcome when implementing a net cost calculation methodology based on a reference scenario — Benchmark of experiences, 13 m

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