Avis institutionnel52013AR0272

Avis du Comité des régions sur les «Synergies entre l'investissement privé et le financement public aux niveaux local et régional»

CELEX52013AR0272
TypeAvis institutionnel
Datejeudi 11 avril 2013

Résumé IA

Le Comité des régions souligne l'importance de combiner les fonds publics locaux et régionaux avec des capitaux privés pour financer des projets d'investissement, notamment dans le cadre de la politique de cohésion de l'UE. Il préconise de simplifier les règles applicables aux instruments financiers et de renforcer l'assistance technique pour les collectivités territoriales. L'avis insiste sur la nécessité de créer un cadre juridique stable et prévisible pour attirer les investisseurs privés tout en respectant les règles des aides d'État.

Texte intégral

17.5.2013

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 139/4


Avis du Comité des régions sur les «Synergies entre l'investissement privé et le financement public aux niveaux local et régional»

2013/C 139/02

LE COMITÉ DES RÉGIONS

convient que la combinaison de subventions et d'instruments financiers innovants (InFI) pourrait représenter une approche novatrice permettant de réduire globalement les coûts et les risques liés aux projets/investissements, et invite les collectivités territoriales à faire preuve d'imagination quant à la manière d'utiliser ces «outils» différents pour optimiser le soutien aux investissements essentiels sur le terrain;

souligne que la BEI, en tant qu'institution de financement à long terme de l'UE, joue un rôle clé s'agissant de soutenir les PPP dans l'UE et de fournir une expertise et des connaissances utiles à la mise au point et au déploiement de toute une gamme d'InFI au niveau de l'UE, en coopération avec la Commission européenne;

se félicite de la décision prise en 2012 d'augmenter le capital de la BEI de 10 milliards d'euros pour lui permettre de mobiliser jusqu'à 60 milliards d'euros de prêts supplémentaires;

se félicite de l'introduction par la BEI des nouveaux instruments que sont les «prêts cadres» et les «prêts-programmes structurels». Ces instruments pourraient être primordiaux pour le financement des collectivités locales et régionales en permettant de financer un portefeuille d'investissements et de surmonter ainsi la barrière que constitue la taille des projets;

reconnaît que des problèmes de mise en route ont accompagné l'inclusion des InFI dans les programmes des Fonds structurels et relève plusieurs facteurs qui expliquent ces faibles performances, notamment une méconnaissance et une mécompréhension des possibilités offertes par ces instruments, la nécessité d'une évolution des mentalités au niveau des autorités de gestion, pour favoriser les instruments financiers et délaisser les subventions, et les préoccupations suscitées par la complexité du cadre réglementaire, notamment de la législation en matière d'aides d'État;

accueille favorablement l'extension du champ d'application des InFI pour 2014-2020 à tous les types de projets, à tous les objectifs thématiques et priorités d'investissement couverts par des accords de partenariat et des programmes opérationnels, et à tous les Fonds relevant du CSC;

souligne l'intérêt accru que les collectivités locales et régionales portent au développement de fonds multirégionaux dans le contexte de stratégies macrorégionales avec la BEI;

demande que l'initiative relative aux emprunts obligataires pour le financement de projets soit prolongée jusqu'en 2020 et que son champ d'action soit étendu à des secteurs autres que celui des réseaux transeuropéens, une fois qu'une évaluation de la phase pilote aura été entreprise;

recommande à la Commission européenne de clarifier l'applicabilité aux InFI des règles en matière d'aides d'État.

Rapporteur

Rhodri Glyn THOMAS (UK/AE), membre de l'Assemblée du Pays de Galles

Texte de référence

I. RECOMMANDATIONS POLITIQUES

LE COMITÉ DES RÉGIONS,

Introduction

1.

soutient, en dépit de l'optimisme croissant selon lequel le pire de la crise de la zone euro serait derrière nous, qu'il subsiste dans toute l'UE des défis et des obstacles majeurs à la stimulation de la relance économique, en particulier en ce qui concerne la disponibilité de financements publics et privés pour soutenir les investissements essentiels;

2.

avance que l'UE a un rôle-clé à jouer dans la mesure où elle peut contribuer à rétablir la confiance dans l'économie, créer les conditions générales nécessaires à la mobilisation des ressources publiques et privées limitées pour stimuler les investissements essentiels au niveau local et régional, et s'attaquer au manque actuel de financements et de crédits disponibles pour les PME, sans lesquelles les espoirs de réalisation de la stratégie Europe 2020 et du Pacte pour la croissance et l'emploi seront déçus;

3.

souligne, comme il l'avait déjà fait dans son avis «Accroître les synergies entre les budgets de l'UE, des États et des collectivités territoriales», adopté le 31 janvier 2013 (1), le rôle central et les responsabilités des collectivités locales et régionales dans l'effort pour la relance en Europe, dans la mesure où celles-ci sont responsables d'une part substantielle de la dépense publique en Europe (16,7 % du PIB et 34 % de l'ensemble des dépenses publiques en Europe en 2011, et deux tiers des investissements directs réalisés en Europe au cours de 2011 (2)), dont une bonne partie se concentre sur un certain nombre de secteurs prioritaires essentiels qui sont au cœur de la stratégie Europe 2020 (tels que les affaires économiques, l'éducation, l'environnement, le logement et les équipements collectifs);

4.

relève l'importance et l'intérêt croissants que revêtent les partenariats public-privé pour le financement de projets (PPP) (3) et les instruments financiers innovants (InFI) (4) en tant que mécanismes potentiels pouvant contribuer au déblocage d'investissements majeurs;

5.

salue dès lors le rôle que joue la Commission européenne pour stimuler l'utilisation des PPP et des InFI, en prévoyant un cadre politique qui soutient et encourage le recours à de tels instruments et en mobilisant le budget de l'UE afin d'augmenter les financements «publics» disponibles au niveau des collectivités territoriales;

6.

souligne le rôle central de la Banque européenne d'investissement (BEI) et du secteur bancaire public en expansion dans l'UE, s'agissant de soutenir un environnement pour les investissements qui soit cohérent, global et déterminé par les politiques;

7.

constate qu'en dépit de sa taille relativement faible, le budget de l'UE, avec la Banque européenne d'investissement (BEI), joue un rôle essentiel de levier pour stimuler les investissements sur l'ensemble du territoire de l'UE, notamment (mais pas seulement) grâce aux fonds relevant du «cadre stratégique commun» (CSC) qui sont réalisés et mis en œuvre à l'échelon des territoires (dans de nombreux cas par les collectivités territoriales) et qui suscitent un effet «multiplicateur» important sur l'économie;

8.

prend acte de l'ambition de la Commission européenne de doubler potentiellement l'effet de levier des investissements des Fonds structurels entre 2014 et 2020 pour arriver à 4,2 euros pour 1 euro investi par l'UE, la part du FEDER consacrée aux InFI pouvant passer, selon les premières indications, de 5 à 15 %;

9.

approuve que l'approche du fonds «renouvelable» soit poursuivie pour les fonds du CSC, ce qui permettrait de créer un «fonds de legs» au niveau territorial; demande que l'on examine comment développer efficacement un fonds «renouvelable» pour que les InFI puissent fonctionner dans le cadre de programmes gérés de manière centrale et soutenus par le budget de l'UE (par exemple dans les programmes COSME et Horizon 2020);

10.

accueille favorablement la priorité politique accrue dont bénéficient les InFI dans le cadre financier pluriannuel 2014-2020 et les propositions qui l'accompagnent; encourage les collectivités territoriales (et les États membres) à optimiser ce cadre réglementaire de soutien – en particulier grâce aux règles renforcées et plus claires pour les fonds relevant du CSC, découlant de la gestion partagée au niveau territorial;

11.

approuve le contenu du rapport spécial préparé par le CEPS à la demande du Parlement européen (5), selon lequel les InFI ne doivent pas être considérés comme la panacée pour tous les types d'intervention au niveau local et régional; le rapport souligne que ces instruments ne conviennent qu'à des projets susceptibles de générer des revenus financiers et ne devraient pas être utilisés en remplacement des subventions mais plutôt comme un moyen d'améliorer la portée du budget de l'UE;

12.

convient en outre que la combinaison (ou le «panachage») de subventions et d'InFI pourrait représenter une approche novatrice permettant de réduire globalement les coûts et les risques liés aux projets/investissements, et invite les collectivités territoriales à faire preuve d'imagination quant à la manière d'utiliser ces «outils» différents pour optimiser le soutien aux investissements essentiels sur le terrain;

Raison d'être, justification et avantages des PPP et des InFI

13.

affirme que plusieurs facteurs justifient le recours aux PPP et InFI, au-delà du rôle majeur que peuvent jouer de telles approches dans le soutien de la relance économique dans l'UE. La logique fondamentale qui sous-tend les PPP est la possibilité de réaliser des bénéfices, des buts et des objectifs partagés, d'une manière qui ne serait pas envisageable ni souhaitable sans la mise en commun des intérêts publics et privés. La logique qui sous-tend les InFI est la possibilité d'apporter un soutien plus structuré, en établissant des mécanismes avec des règles et des objectifs bien définis, pouvant être utilisés pour cibler des bénéficiaires ou groupes particuliers (par exemple, les PME au moyen de la microfinance; des projets de R&D; des projets de développement urbain);

14.

affirme que la défaillance du marché justifie amplement la logique d'intervention des pouvoirs publics, comme un moyen d'alléger les risques, d'inciter le secteur privé à s'engager et de permettre des investissements qui autrement ne pourraient avoir lieu. Cette justification est évidente pour les InFI visant à permettre l'accès des PME à la microfinance, par exemple;

15.

soutient toutefois avec force que la défaillance du marché n'est pas le seul ni l'indispensable élément moteur sous-jacent à telles mesures, mais que les interventions peuvent également être motivées principalement par un objectif de politique publique plus vaste, notamment la réalisation d'objectifs à long terme plutôt que d'un bénéfice à court terme, la réalisation d'objectifs environnementaux (par exemple, de l'énergie propre) ou sociaux (réduction de la pauvreté, lutte contre l'exclusion sociale), même si de tels investissements peuvent à leur tour créer de nouveaux marchés et une activité économique (comme le développement du secteur des énergies renouvelables, la régénération urbaine, etc.);

16.

invite la Commission à clarifier le cadre législatif et réglementaire des PPP et InFI en fonction de cette logique de politique publique et à fournir des informations plus précises quant à l'application des règles relatives aux aides d'État et de la législation en matière de marchés publics, qui peut faire obstacle à la participation des collectivités territoriales à de telles initiatives. Lorsque la logique de politique publique est clairement présente, les règles de l'UE en matière de concurrence ne devraient pas empêcher ni décourager de telles interventions;

17.

souligne que le secteur public a une responsabilité démocratique: il a en principe une vision à long terme de la viabilité des investissements, veille surtout à ce que les principaux objectifs et valeurs publics soient respectés et réduit les risques en assurant un environnement relativement sûr pour les investissements du secteur privé; les partenaires du secteur privé, quant à eux, apportent de l'argent frais, le sens et l'expertise commerciaux, ainsi que des compétences innovantes et entrepreneuriales;

18.

constate que pour les investisseurs privés, y compris les fonds de retraite, l'un des principaux attraits de l'investissement dans des PPP ou des InFI, en particulier dans le climat économique actuel, eu égard à la grande incertitude des marchés financiers, est que l'engagement du secteur public peut réduire le risque perçu lié à l'investissement. En outre, la participation des fonds de la BEI et de l'UE peut réduire encore le risque perçu, grâce à la vérification «externe» de la qualité des investissements prévus;

19.

invite la Commission européenne à explorer davantage le potentiel de mesures prises au niveau de l'UE pour mobiliser les investissements dans les fonds de retraite au profit du plan de relance de l'UE;

20.

affirme qu'en conséquence des investissements financiers irresponsables ayant provoqué la crise financière de 2008 et de la volonté affirmée en Europe, depuis 3 ou 4 ans, de réformer le secteur des services financiers, la nécessité de se concentrer sur des investissements à long terme et durables et d'éviter les abus et les excès du passé est aujourd'hui clairement reconnue;

21.

insiste dès lors sur la nécessité absolue de défendre et de respecter les objectifs et intérêts publics dans les partenariats public-privé; constate toutefois que le partenariat public-privé ne saurait exister sans investisseurs privés et que les règles régissant les PPP et les InFI doivent être définies de manière à encourager la participation de partenaires privés;

22.

constate un grand enthousiasme pour de nouveaux modèles de propriété visant à permettre la réalisation d'investissements déterminés par la politique, à l'avantage des citoyens au niveau local et régional, tout en respectant la nécessité de garantir la rentabilité ainsi que la viabilité et la durabilité à long terme plutôt que le profit à court terme et à tout prix, en se fondant sur une solide tradition de banques publiques dans l'UE, qui représentent plus de 20 % du secteur bancaire de l'UE (par exemple, KFW et le réseau de banques régionales en Allemagne, la Caisse des dépôts en France et la Cassa Depositi e Prestiti en Italie) (6);

23.

note dans ce contexte un modèle émergent, le modèle scandinave d'agences de financement des collectivités territoriales: BNV (Pays-Bas), KommuneKredit (Danemark), Kommunalbank (Norvège), Kommuninvest (Suède), Municipality Finance (Finlande). Bien que le niveau de participation des gouvernements centraux respectifs et donc le niveau de contrôle exercé par ce gouvernement et le niveau de risque qu'il assume soient très différents (7), ce modèle offre un moyen novateur très intéressant pour le financement des investissements des collectivités territoriales, y compris en partenariat avec le secteur privé: ainsi, dans le cas de la Finlande, l'État détient 16 % de Municipality Finance, les fonds de retraite publics finlandais 31 % et les communes 52 %. Au Pays-de-Galles, la possibilité de créer une banque publique galloise d'investissement fait actuellement débat;

Le rôle de la Banque européenne d'investissement

24.

souligne que la BEI, en tant qu'institution de financement à long terme de l'UE (et le plus gros emprunteur et bailleur de fonds multilatéral du monde, travaillant avec plus de 150 États non-UE), joue un rôle clé s'agissant de soutenir les PPP dans l'UE et de fournir une expertise et des connaissances utiles à la mise au point et au déploiement de toute une gamme d'InFI au niveau de l'UE, en coopération avec la Commission européenne (notamment JEREMIE, JESSICA, ELENA et le MFPR, ainsi que des mécanismes d'assistance technique tels que JASPERS et JASMINE);

25.

souligne la valeur que la BEI apporte par son approche basée sur l'investissement, la souplesse dont elle fait preuve pour adapter son assistance et ses prêts dans le cadre de montages individuels, sa capacité à fournir des conseils et une expertise technique professionnels aux pouvoirs publics et à offrir de bonnes conditions à ses clients en raison de sa notation AAA sur les marchés financiers internationaux;

26.

attire l'attention, d'une part, sur la vaste gamme de soutiens et de types d'interventions disponibles auprès de la BEI, notamment sous la forme de prêts directs aux projets (d'une valeur supérieure à 25 millions d'euros), de prêts intermédiés par le truchement de banques locales, de capital-risque, de mécanismes de microfinance, etc., et d'autre part, sur son approche «politique» des investissements, qui intègre des priorités globales de l'UE telles que le développement des PME, la prise en compte des déséquilibres économiques/sociaux, l'investissement dans l'environnement naturel/urbain, l'économie de la connaissance, le soutien aux réseaux transeuropéens et l'approvisionnement durable de l'UE en énergie;

27.

fait observer que plus de 90 % de l'activité de la BEI est centrée sur l'Europe, mais qu'elle joue un rôle important dans la mise en œuvre des aspects financiers des politiques de l'UE en matière de relations extérieures et de développement, ce dont se félicite le Comité des régions;

28.

souligne l'importance croissante des financements de la BEI depuis la fin des années 1990, ce dont témoigne l'accroissement des activités de prêt au cours de la dernière décennie, et en particulier lors de la crise financière des quatre-cinq dernières années;

29.

note qu'alors qu'il s'élevait à 10 milliards d'ECU en 1998, le volume annuel de prêt de la BEI est passé à 45 milliards d'euros au milieu des années 2000-2010, pour encore augmenter ensuite jusqu'à 79 milliards d'euros en 2011 (année record), et ce afin de compenser la baisse des investissements privés pendant la crise. À la fin 2011, l'encours total des prêts avait augmenté de plus d'un tiers et s'élevait à 395 milliards d'euros; la BEI a joué un rôle charnière pour assurer la disponibilité de capitaux dans l'ensemble de l'UE et soutenir les investissements dans plusieurs pays en difficulté dans la zone euro, dont la Grèce, le Portugal et l'Espagne;

30.

se félicite dès lors de la décision prise en 2012 d'augmenter le capital de la BEI de 10 milliards d'euros pour lui permettre de mobiliser jusqu'à 60 milliards d'euros de prêts supplémentaires;

31.

soulignant l'utilité pour l'UE de disposer d'un tel atout, capable de répondre avec souplesse et rapidité à l'évolution des circonstances, de s'adapter et de mettre au point de nouveaux programmes de soutien en conséquence; affirme à nouveau l'importance dans le climat économique actuel qu'une institution de l'UE procède à des investissements basés sur les politiques afin d'atteindre les objectifs fondamentaux de l'UE sur la base d'une approche visant l'équilibre financier plutôt que la maximisation des profits;

32.

félicite la Commission européenne et la BEI d'avoir développé toute une gamme d'InFI entre 2007 et 2013, concrétisant ainsi le principe que les financements de l'UE ont un rôle clair à jouer et une valeur ajoutée apportée grâce à ces InFI, qui complètent et vont au-delà des instruments traditionnels basés sur des subventions; note qu'à la fin 2011, ce sont au total 592 InFI qui ont été mis sur pied dans tous les États membres, à l'exception de l'Irlande et du Luxembourg;

33.

se félicite de l'introduction par la BEI des nouveaux instruments que sont les «prêts cadres» et les «prêts-programmes structurels». Ces instruments pourraient être primordiaux pour le financement des collectivités locales et régionales en permettant de financer un portefeuille d'investissements et de surmonter ainsi la barrière que constitue la taille des projets (normalement, le montant minimal de prêt s'élève à 25 millions d'euros);

34.

appelle la Commission européenne à étudier l'extension de cette approche au budget de l'UE à l'aide d'instruments financiers permettant de «titriser» un ensemble de petits projets (entre autres choses émettre des obligations destinées à financer des projets, que le Conseil européen a approuvées dans ses conclusions en juin 2012, prévoyant une phase pilote pour le cadre financier actuel et incluant une référence au «mécanisme pour l'interconnexion en Europe» à titre d'exemple de champ d'application éventuel durant la période 2014-2020);

35.

se félicite des mesures prises actuellement pour garantir une relation forte et étroite entre la BEI et le Comité des régions, compte tenu du rôle de plus en plus important joué par la BEI dans le soutien aux investissements économiques à l'échelon des collectivités locales et régionales;

Obstacles à l'utilisation des partenariats public-privé et des instruments financiers innovants

36.

reconnaît que des problèmes de mise en route ont accompagné l'inclusion des InFI dans les programmes des Fonds structurels au cours de la période 2007-2013, comme en témoigne le rapport d'évaluation externe réalisé pour la Commission européenne sur les progrès accomplis en matière de financement et de mise en œuvre des instruments d'ingénierie financière cofinancés par les Fonds structurels;

37.

relève plusieurs facteurs qui expliquent ces faibles performances, notamment une méconnaissance et une mécompréhension des possibilités offertes par ces instruments, la nécessité d'une évolution des mentalités au niveau des autorités de gestion, pour favoriser les instruments financiers et délaisser les subventions, notamment en ce qui concerne l'attitude face aux risques, l'impression de complexité donnée par les instruments et les méthodes de participation, et les préoccupations suscitées par la complexité du cadre réglementaire, notamment de la législation en matière d'aides d'État;

38.

prend acte des préoccupations spécifiques des villes et communautés urbaines s'agissant du développement des instruments JESSICA au cours de la période de programmation 2007-2013, suscitées pour l'essentiel par des tensions entre les autorités de gestion des programmes et les pouvoirs municipaux; se félicite dès lors de la plus grande clarté et du champ d'action étendu du projet de réglementation 2014-2020 pour la programmation infrarégionale et les «investissements territoriaux intégrés», ce qui devrait déboucher à l'avenir sur une capacité accrue des villes et zones urbaines à mettre sur pied des mécanismes JESSICA;

39.

prend acte de certains points de vue exprimés lors de la période de collecte de l'information, selon lesquels la BEI devrait soutenir plus vigoureusement des projets/initiatives plus risqués dans son portefeuille d'investissements;

40.

souligne l'importance d'appuyer et les technologies nouvelles et émergentes, notamment au titre de priorités politiques telles que le développement de technologies génériques essentielles dans l'UE (la photonique par exemple); plaide auprès de la Commission européenne et de la BEI pour qu'elles garantissent que les PPP et les InFI accordent une priorité suffisante en 2014-2020 aux technologies nouvelles et émergentes, dans le cadre d'une perspective d'investissement à plus long terme pour l'Europe;

Simplifier, rationaliser et renforcer les instruments au niveau de l'UE (y compris les Fonds relevant du CSC)

41.

note que dans le contexte de la période 2007-2013, une vaste gamme d'instruments thématiques différents ont vu le jour, dans la confusion et au coup par coup, différentes directions générales s'employant à introduire de nouvelles méthodes de financement;

42.

se félicite des efforts de la Commission européenne visant à rationaliser et simplifier la gamme des InFI disponibles pour la période 2014-2020;

43.

accueille favorablement l'extension (8) du champ d'application des InFI pour 2014-2020 (comme exposé aux articles 32-40 du projet de règlement portant dispositions communes) à tous les types de projets, à tous les objectifs thématiques et priorités d'investissement couverts par des accords de partenariat et des programmes opérationnels, et à tous les Fonds relevant du CSC; se réjouit de voir ces possibilités exploitées de manière étendue et résolue, notamment dans les programmes relatifs au développement rural et au milieu maritime;

44.

se félicite en particulier qu'ait été levée l'interdiction de financer un projet à partir de plus d'une source et de la possibilité de combiner plusieurs instruments financiers, ce qui devrait contribuer à faciliter le financement de projets locaux et régionaux;

45.

accueille favorablement la proposition de fusionner les aides aux PME innovantes relevant de COSME (9) et le programme MFPR pour les PME au sein du programme Horizon 2020, qui offre un levier potentiel pour les investissements en R&D estimé à plus de 100 milliards d'euros pour la période 2014-2020, ce qui représente à peu près 10 % de l'effort restant à déployer pour parvenir à l'objectif de 3 % du PIB établi par la stratégie Europe 2020;

46.

estime qu'une sensibilisation accrue est nécessaire au niveau local et régional quant au potentiel de soutien offert par la BEI, et appelle les collectivités locales et régionales (en ce y inclus les autorités de gestion pour les programmes relevant du CSC) à solliciter de manière plus active la BEI, tout en appelant la Commission européenne et la BEI à mener de nouvelles activités de sensibilisation visant à promouvoir les possibilités existantes et en devenir;

47.

suggère l'organisation avec le Comité des régions d'une série de conférences conjointes en 2013 et 2014, éventuellement dans le contexte des OPEN DAYS - Semaine des régions; rappelle l'importance d'associer à des manifestations de ce genre des organismes tels que l'Association européenne des banques publiques, la KFW, les banques commerciales ainsi que les organisations de réseautage entre entreprises;

48.

notes que pour tous les bénéficiaires, en particulier les PME et de façon plus spécifique encore les micro-entreprises, la difficulté de trouver son chemin dans cette gamme complexe d'instruments de soutien aux investissements suscite la même préoccupation;

49.

relève que pour la plupart des PME, leur banque locale est la référence en matière de conseils et de financement, ce qui veut dire que les instruments de financement sous forme de prêts, y compris ceux que soutiennent la BEI et le budget de l'UE, doivent trouver facilement une porte d'accès aux entreprises; plaide pour que le principe «Penser d'abord aux petits» soit appliqué plus rigoureusement dans le développement des InFI;

50.

observe que dans les pays (par exemple l'Allemagne) dotés d'une forte infrastructure de banques publiques, et d'une philosophie d'investissement axée sur les politiques, les liens entre l'évolution des politiques de l'UE, les nouveaux instruments et leur intégration au portefeuille existant de services fournis aux PME au niveau des collectivités locales et régionales sont plus saillants;

51.

appelle donc les États membres et les collectivités locales et régionales, en particulier dans le contexte des réformes actuelles des structures de gouvernance économique de l'UE, à entreprendre un examen plus systématique des modalités qui permettront aux structures financières/bancaires européennes, nationales et infranationales de travailler ensemble de manière plus efficace en vue de mettre l'accent sur le soutien aux PME et aux acteurs dont le caractère créatif et novateur apporte une valeur ajoutée à l'économie de l'UE;

52.

souligne l'intérêt accru que les collectivités locales et régionales portent au développement de fonds multirégionaux dans le contexte de stratégies macrorégionales avec la BEI (par exemple dans les pays nordiques). Une telle mise en commun de fonds, en comparaison avec des fonds régionaux isolés, pourrait améliorer la répartition des risques et accroître l'effet de levier et l'effet multiplicateur des fonds concernés;

L'initiative «Emprunts obligataires pour le financement de projets»

53.

accueille favorablement la participation de la BEI à l'initiative d'emprunts obligataires visant à aider les promoteurs de projets privés à émettre des titres servant au financement de projets d'infrastructure et à attirer des financements du marché des capitaux en provenance des investisseurs institutionnels, dont les fonds de pension;

54.

demande que cette initiative soit prolongée jusqu'en 2020 et que son champ d'action soit étendu à des secteurs autres que celui des réseaux transeuropéens, une fois qu'une évaluation de la phase pilote aura été entreprise (comme demandé par le Parlement européen);

55.

plaide pour un partage des bonnes pratiques au niveau de l'UE afin de mettre en lumière la possibilité qu'ont les collectivités locales et régionales de se soumettre à des évaluations de la part des agences de notation en vue de réduire leur niveau de risque lorsqu'elles cherchent à attirer des capitaux privés;

56.

réitère la demande adressée à la Commission européenne dans de précédents avis du Comité des régions visant à ce qu'elle étudie la possibilité de favoriser le développement d'«emprunts obligataires citoyens» et d'«obligations à effet social» (déjà utilisés au Royaume-Uni et aux États-Unis), qui sont d'autres instruments financiers novateurs susceptibles d'étayer les objectifs de l'UE;

57.

accueille favorablement la rationalisation des évaluations ex ante visant à justifier la logique d'une intervention publique pour les projets ayant recours à de tels instruments financiers;

58.

recommande à la Commission européenne de clarifier l'applicabilité aux InFI des règles en matière d'aides d'État, par exemple en concevant des modèles normalisés clés en main en la matière, la Commission européenne et la BEI pouvant par ailleurs renforcer leur assistance technique aux collectivités locales et régionales sur ces questions;

Subsidiarité et proportionnalité

59.

note que des considérations de subsidiarité et de proportionnalité n'entrent pas tellement en ligne de compte pour le présent avis, dès lors qu'il ne s'agit pas d'une réponse à une proposition législative ou politique de la Commission européenne;

60.

souligne toutefois l'importance de garantir que les interventions déployées au niveau de l'UE le soient sur la base de principes d'additionnalité/de valeur ajoutée, et se félicite que ce principe soit inscrit dans le nouveau règlement financier de l'UE s'agissant des règles applicables aux instruments financiers.

Bruxelles, le 11 avril 2013.

Le président du Comité des régions

Ramón Luis VALCÁRCEL SISO


(1) CdR 1778/2012 fin.

(2) Voir: Dexia Crédit local et CCRE (2012): Finances publiques territoriales dans l'Union européenne, juillet 2012.

(3) Le terme PPP est utilisé dans le présent avis pour désigner des projets d'investissement conjoints associant des partenaires et financements publics et privés, dans le contexte d'une approche basée sur un «projet», d'investissements uniques réalisés par un consortium public-privé.

(4) Le terme InFI est utilisé dans le présent avis pour désigner des programmes ou des instruments destinés à soutenir une série de projets/actions individuels par l'intermédiaire d'un «fonds à participation» plutôt qu'un projet unique, par exemple JEREMIE ou JESSICA. Le terme InFI est préféré à l'expression «Instruments d'ingénierie financière», qui est aussi largement utilisée dans l'UE et la littérature universitaire relative à ce domaine.

(5) Rapport spécial no 68 du CEPS (en anglais), octobre 2012, p. 1.

(6) Public Financial Institutions in Europe, mars 2011, Association européenne des banques publiques (EAPB).

(7) En Norvège, le gouvernement central supervise totalement la Kommunalbank et la possède à 100 %. Aux Pays-Bas, l'État et les pouvoirs territoriaux détiennent chacun 50 % de la banque BNV.

(8) Voir les articles 32 à 40 de la proposition de règlement portant dispositions communes (RPDC) pour les cinq Fonds relevant du cadre stratégique commun, à savoir le FEDER, le FSE, le FC, le Feader et le FEAMP.

(9) Elles dépendaient auparavant du programme pour la compétitivité et l'innovation (PIC) au titre de deux InFI: le mécanisme en faveur des PME innovantes et à forte croissance (MIC) et le mécanisme de garantie PME (GPME).