Initiative législative52014IR3235

Avis du Comité des régions — Le financement à long terme de l'économie européenne

CELEX52014IR3235
TypeInitiative législative
Datemardi 7 octobre 2014

Résumé IA

Le Comité des régions émet un avis sur le financement à long terme de l'économie européenne, soulignant le rôle crucial des collectivités locales et régionales dans l'accès aux financements pour les PME et les projets d'infrastructure. Il préconise une diversification des sources de financement, une meilleure régulation bancaire et un soutien accru aux investissements durables. Cet avis invite les institutions européennes à adapter les règles prudentielles et à renforcer l'Union des marchés de capitaux pour favoriser une croissance économique stable et inclusive.

Texte intégral

20.11.2014

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 415/1


Avis du Comité des régions — Le financement à long terme de l'économie européenne

2014/C 415/01

Rapporteur

M. Witold KROCHMAL (Pologne, AE), membre du conseil de la ville et commune de Wołów

Texte de référence

Communication sur le financement à long terme de l'économie européenne

COM(2014) 168 final

I. RECOMMANDATIONS POLITIQUES

LE COMITÉ DES RÉGIONS

1.

accueille avec satisfaction la communication de la Commission européenne (CE) au Conseil et au Parlement européen sur le financement à long terme de l'économie européenne, en tant qu'elle témoigne de la reconnaissance de ce que financer ladite économie à longue échéance constitue un élément indispensable pour surmonter la crise économique et ramener les entreprises d'Europe sur une trajectoire de croissance solide et compétitive;

2.

estime que les mesures proposées dans la communication contribueront à l'établissement de principes de base pour le financement de l'économie européenne, qui permettront de stimuler la création d'emplois;

3.

est d'avis que le financement à long terme de l'économie européenne contribuera à améliorer les possibilités de financer de grands investissements d'infrastructures, facilitant ainsi la mise en œuvre de ces projets par les pouvoirs locaux et régionaux;

4.

à cette fin, juge nécessaire que les flux de financement de long terme ciblent des initiatives économiques qui soient conformes aux objectifs de la stratégie Europe 2020 et prennent également en considération le train de mesures climatiques et énergétiques pour l'après 2030;

5.

est convaincu qu'un cadre juridique approprié pour le financement à long terme de l'économie européenne aura raison des réticences des investisseurs potentiels à prendre des risques;

6.

plaide dès lors en faveur d'un cadre politique de l'UE qui promeut la qualité des investissements publics dans les domaines relevant de l'action de l'UE, tel qu'énoncé dans les conclusions du Conseil européen de décembre 2012, qui invitaient les États membres et les institutions européennes à «exploiter les possibilités offertes par le cadre budgétaire existant de l'UE pour trouver un équilibre entre les besoins en matière d'investissements publics productifs et les objectifs de la discipline budgétaire (...) dans le cadre du volet préventif du PSC (1)»;

7.

souligne que les conditions pour financer l'économie réelle ont été fondamentalement modifiées en raison de la crise financière, économique et sociale en cours. Dans ce contexte, les investissements privés et publics à long terme deviennent de plus en plus complémentaires. En effet, ces investissements publics ne constituent pas uniquement une incitation pour les investissements privés mais ils sont également, le plus souvent, une condition préalable essentielle à la mise en place des conditions structurelles propices à une économie régionale. Ils jouent par ailleurs un rôle de stabilisateur automatique, c'est-à-dire de réserve contracyclique dans un contexte de conditions économiques néfastes. Ils visent également la mise en œuvre d'objectifs d'intérêt général dans des domaines, tels que l'éducation, la formation, la recherche, les infrastructures, la santé, l'environnement, etc., où l'intervention publique est nécessaire car les avantages plus larges pour la société ne correspondent pas aux modes d'investissement privé et les défaillances du marché sont de ce fait susceptibles de conduire à une sous-consommation;

8.

affirme que des mécanismes de financement devraient être évalués dans le cadre d'une réforme radicale de la vie professionnelle. La mise en place de règles structurées de manière adéquate permettrait de réunir les conditions pour une transformation majeure de la vie professionnelle et la création d'emplois grâce à l'économie numérique. Cette démarche est en outre susceptible d'accroître la capacité d'un secteur financier ouvert, sûr et compétitif à bien canaliser l'épargne. La combinaison de ces éléments aurait pour effet d'augmenter la compétitivité économique et industrielle de l'Europe;

Le secteur bancaire

9.

souligne que dans toutes les réglementations relatives aux exigences de fonds propres en matière de gestion de la liquidité, il y a lieu de tenir compte de l'incidence qu'elles peuvent avoir sur la capacité des établissements bancaires à consentir des prêts à des échéances de temps longues;

10.

estime qu'en matière de financement à long terme, un rôle spécial pourrait être imparti, dans certains États membres, aux établissements bancaires des collectivités locales et régionales, lesquels possèdent la connaissance la plus fine de l'économie de leur région et sont souvent capables de mener une action pragmatique et efficace, financièrement parlant, pour irriguer à long terme l'économie régionale en ressources;

11.

considère de même que le dispositif d'information financière, en particulier dans le cas des PME, doit présenter la transparence et la fiabilité voulues pour que les banques soient en mesure de prendre les décisions adéquates de soutien financier même lorsqu'elles ont leur siège en dehors de la région où l'entreprise concernée exerce son activité;

12.

réitère son soutien (2) à la proposition qui a été élaborée en matière de réforme structurelle du secteur bancaire européen (3), sur la base d'une séparation entre l'activité financière relative à l'octroi de crédits à l'économie, d'une part, et celle qui est de nature spéculative, d'autre part. Pareilles réglementations devraient aboutir à ce que les actions de spéculation soient financées dans une moindre mesure par les dépôts et que les ressources soient redirigées vers des initiatives ressortissant à l'économie réelle;

Le secteur de l'assurance

13.

recommande de créer les conditions voulues pour que les compagnies d'assurances financent l'économie à long terme, en prenant en considération des investissements dans les infrastructures, les PME et les entreprises sociales;

14.

juge que les fonds de pension comptent parmi les acteurs les plus disposés à investir des ressources à longue échéance, étant donné qu'ils sont tenus par des obligations qui s'étendent également sur le long terme, et préconise dès lors que les institutions de l'UE, des États membres et des régions établissent des systèmes de garantie qui, en réduisant les risques, incitent les investisseurs à engager dans le financement à long terme les ressources des fonds de pension et d'assurances;

15.

eu égard au faible rendement annuel des fonds de pension et des régimes d'assurance de longue durée, dû notamment à une fragmentation nationale des marchés, demande à la Commission d'examiner la création d'un nouveau produit d'épargne européen portable certifié par un passeport européen pour les produits d'épargne-retraite sur le modèle de celui existant pour les sicav. Un tel système devrait offrir aux produits de retraite individuelle la garantie de pouvoir financer des investissements de long terme d'une manière sûre et efficace;

16.

considère que les financements publics ne sont encore exploités que dans une trop faible mesure, comme en témoignent le taux de rentabilité des investissements publics, excessivement bas, ainsi que la modestie de leur effet de levier pour l'investissement privé, de sorte que leur contribution à la croissance économique s'en trouve diminuée;

Les marchés de capitaux

17.

estime que dans le contexte de la diversification des sources de financement de l'économie européenne, il convient de créer les conditions les plus favorables possibles pour que les marchés européens de capitaux se développent avec des instruments financiers d'une structure qui permette d'investir dans des PME cotées;

18.

juge qu'il est indispensable d'élargir, tant chez les chefs d'entreprise que chez les investisseurs, les connaissances concernant le fonctionnement des marchés de capitaux. À cet égard, il s'impose que les institutions et agences de l'UE et les instances nationales et régionales coopèrent pour ce qui concerne les initiatives actuelles visant à étendre les possibilités de soutien de l'économie en capital, y compris au profit des PME;

19.

attire l'attention sur le développement des marchés privés des capitaux privés dans certains États membres de l'UE, ainsi que sur l'augmentation du nombre d'émetteurs européens sur le marché privé des capitaux, et invite les institutions européennes à arrêter des dispositions qui lèvent les obstacles entravant l'essor de tels marchés, en particulier pour ce qui est des informations relatives aux émetteurs;

20.

engage la Commission à accélérer ses travaux sur l'établissement, pour la partie concernant l'UE, de principes pour la notation des crédits et l'examen de la faisabilité d'une action visant à harmoniser les données sur les PME dans l'ensemble de l'Union ou à les rendre plus comparables;

Le financement des infrastructures

21.

estime que vu l'épuisement des ressources classiques pour les investissements d'infrastructure, il est nécessaire d'adopter, pour les financer, un nouvelle approche, qui fasse entrer en jeu l'ensemble des politiques qu'exécute actuellement l'UE. Cette approche devrait considérer les différentes sources de financement, y compris d'origine privée, et tenir compte de l'état de développement des infrastructures dans chacun des États membres de l'UE;

22.

regrette le faible niveau d'ambition de la Commission européenne à propos de l'introduction d'un compte épargne européen puisqu'elle se contente d'annoncer que «les services de la Commission entreprendront, d'ici la fin 2014, une étude des éventuelles défaillances du marché et autres insuffisances concernant les flux d'épargne transfrontières, comprenant un panorama des modèles nationaux de comptes d’épargne et une évaluation de l'opportunité d'introduire un compte d’épargne européen» (4);

23.

recommande aux collectivités régionales et locales de réaliser des investissements structurels dégageant un taux de rentabilité suffisamment important pour inciter les fonds d'investissements dans les infrastructures à collaborer à la réalisation de chantiers dans ce domaine;

24.

est d'avis qu'il est indispensable de diffuser, tant dans le cas des institutions publiques que parmi les investisseurs potentiels, des exemples probants d'investissement de capitaux privés dans les infrastructures, qui peuvent jouer un rôle utile pour élaborer des modus operandi facilitant le processus de financement desdites infrastructures;

25.

considère qu'il y a lieu de soutenir toute initiative locale et régionale d'investissement qui a pour objectif le financement d'une infrastructure par les capitaux privés, en fonction de son domaine de fonctionnement, cette démarche ayant une incidence importante pour que tant les investisseurs que la population s'approprient les projets et s'en sentent responsables;

26.

adhère totalement à l'affirmation que la capacité à attirer les capitaux afin de financer l'économie européenne sur le long terme dépend pour une bonne part de l'environnement réglementaire et entrepreneurial dans lequel évoluent ladite économie de l'Europe et celle de chacun de ses États pris isolément;

Observations finales

27.

attache une très haute importance aux actions des institutions de l'UE qui sont décrites dans la communication, concernant:

la gouvernance d'entreprise, fondée sur la participation financière des salariés, qui peut avoir une influence pour accroître le rendement et la qualité du travail et, partant, garantir une orientation de long terme, constituant un puissant argument pour convaincre des investisseurs potentiels. Une telle approche de la gouvernance d'entreprise débouche sur des emplois d'une plus grande stabilité, qui représentent un paramètre important pour les collectivités locales et régionales;

la clarté et l'exhaustivité de l'exposé des données dans le domaine de la gouvernance d'entreprise, ainsi que la fiabilité des canaux d'information, donnant aux investisseurs la possibilité d'arrêter les décisions appropriées, y compris en ce qui concerne les PME, qui éprouvent davantage de difficultés à décider d'investir, car elles n'ont qu'un accès limité à des conseillers;

l'élaboration de normes comptables qui soient favorables aux investissements de long terme et aux possibilités d'utiliser, pour les PME cotées, des principes de comptabilité en version simplifiée, tout en préservant un niveau adéquat de confiance de la part des investisseurs;

la création d'un cadre comptable autonome pour les PME non cotées, qui est susceptible de stimuler les groupes transfrontières, dont l'émergence est entravée par l'assujettissement de ces entreprises aux règles de comptabilité nationales;

l'intention d'en finir avec la préférence qui est donnée au financement des entreprises par l'endettement plutôt que par les capitaux propres, en donnant la faculté de déduire la charge des intérêts dans le cas des coûts d'émission de fonds propres ou en supprimant la déductibilité des charges d'intérêts;

l'élimination des disparités juridiques entre États membres qui compliquent les investissements de long terme à l'échelle transfrontière, limitant ainsi la capacité des entreprises à étendre leurs positions et à se développer, notamment en ce qui concerne les PME et, en particulier, celles qui ne sont pas dans une situation financière florissante.

Bruxelles, le 7 octobre 2014.

Le Président du Comité des régions

Michel LEBRUN


(1) Conclusions du Conseil européen du 14 décembre 2012, paragraphe 2, relatif à l'achèvement de l'UEM.

(2) Voir l'avis du CdR ECOS-V-055, du 26 juin 2014.

(3) COM(2014) 043.

(4) Communication de la Commission, p. 8.