Initiative législative52015IE2407

Avis du Comité économique et social européen sur «L’énergie, facteur de développement et d’approfondissement de l’adhésion des Balkans occidentaux» (avis d’initiative)

CELEX52015IE2407
TypeInitiative législative
Datejeudi 8 octobre 2015

Résumé IA

Cet avis d'initiative du CESE examine le rôle central de l'énergie dans le processus d'intégration des Balkans occidentaux à l'UE. Il souligne que la coopération énergétique et la mise en œuvre des réformes du secteur sont des leviers essentiels pour le développement économique et le renforcement de la crédibilité du processus d'adhésion. Le document préconise une approche régionale coordonnée pour la sécurité d'approvisionnement, l'efficacité énergétique et la transition vers des sources renouvelables, alignée sur les objectifs de l'Union de l'énergie.

Texte intégral

28.1.2016

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 32/8


Avis du Comité économique et social européen sur «L’énergie, facteur de développement et d’approfondissement de l’adhésion des Balkans occidentaux»

(avis d’initiative)

(2016/C 032/02)

Rapporteur:

M. Pierre-Jean COULON

Le 19 février 2015, le Comité économique et social européen (CESE) a décidé, conformément à l’article 29, paragraphe 2, de son règlement intérieur, d’élaborer un avis d’initiative sur

L’énergie, facteur de développement et d’approfondissement de l’adhésion des Balkans occidentaux

(avis d’initiative).

La section spécialisée «Relations extérieures», chargée de préparer les travaux du Comité en la matière, a adopté son avis le 10 septembre 2015.

Lors de sa 511e session plénière des 6, 7 et 8 octobre 2015 (séance du 8 octobre 2015), le CESE a adopté le présent avis par 145 voix pour, 2 voix contre et 1 abstention.

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le CESE, à la suite du forum de la société civile des Balkans occidentaux qui s’est tenu à Belgrade les 2 et 3 juin 2015, «demande que la communauté de l’énergie, qui a pour but d’étendre l’acquis énergétique de l’Union européenne aux pays concernés par l’élargissement et la politique de voisinage, soit encore renforcée et intégrée plus étroitement au projet d’union de l’énergie; l’énergie doit être un facteur de développement et d’interconnectivité de la région, et les citoyens des Balkans occidentaux doivent avoir une idée claire des avantages économiques et environnementaux qu’apporte l’adhésion à l’Union européenne».

1.2.

Le projet d’union de l’énergie en matière d’interconnexions énergétiques doit inclure les Balkans occidentaux.

1.3.

Les infrastructures de transport et de distribution de gaz existantes doivent être utilisées de façon optimisée; la technique des «flux inversés» doit être mise en œuvre. Concernant les nouvelles structures potentielles, aucune étude ne doit être écartée:

le gazoduc Turkish Stream,

TAP (Trans Adriatic Pipeline): liaison Azerbaïdjan — Italie,

IAP (Ionian Adriatic gaz Pipeline) permettant la liaison Albanie — Monténégro — côte adriatique croate — Bosnie-Herzégovine et la liaison avec le pipeline croate existant à Dugopolje.

Les choix doivent être effectués de manière concertée.

1.4.

Une réserve solidaire de stockage de gaz doit être étudiée pour la région, indépendamment du renforcement des possibilités nationales.

1.5.

Le CESE se félicite de la relance des études relatives à l’installation d’un terminal gazier méthanier (gaz naturel liquéfié — GNL) en Adriatique, et milite pour sa réalisation.

1.6.

Des investissements en matière d’énergies renouvelables sont nécessaires. Ils doivent s’appuyer sur des réseaux et des interconnexions renforcés et sur un cadre législatif clair et stable.

1.7.

La société civile des Balkans doit être systématiquement associée et intégrée aux rencontres de la communauté de l’énergie; le CESE et ses relais dans les pays doivent en être la base.

1.8.

Le CESE en appelle à une meilleure coopération interrégionale et au développement de projets en matière énergétique, facteurs d’une stabilité régionale renforcée et de création d’emplois.

1.9.

Parmi les éléments de l’acquis de l’Union, la directive sur l’efficacité énergétique revêt une importance particulière et doit faire l’objet de programmes précis dans les pays concernés. Les coopérations entre les différentes parties prenantes en matière de compteurs intelligents et de solutions globales doivent être recherchées. L’efficacité énergétique ainsi que les économies d’énergie sont des facteurs générateurs d’activités pour les entreprises et des facteurs de création d’emplois verts, mais aussi traditionnels.

2. Pour un renforcement du processus d’adhésion par l’intermédiaire de l’énergie

2.1.

Parmi les 35 chapitres de l’acquis de l’Union européenne nécessaires pour l’adhésion d’un nouvel État à l’Union figure le chapitre 15, «Énergie», qui témoigne de l’importance de cette question. Celle-ci a déjà été abordée dans le cadre du processus d’adhésion avec le Monténégro et le sera prochainement pour ce qui est de la Serbie. Il convient cependant d’indiquer que, dans bien d’autres chapitres, les questions énergétiques sont soit nécessaires, soit très utiles: que ce soit en matière d’agriculture, de transport, d’entreprise, de questions sociales, d’environnement, etc., l’énergie doit être prise en compte.

2.2.

La région du Sud-Est de l’Europe regroupe des États déjà membres de l’Union européenne, des États formellement candidats qui en sont à divers stades du processus de préadhésion ainsi que des États candidats potentiels.

2.3.

Dans le cadre des négociations d’adhésion, les pays candidats doivent être encouragés à mettre en œuvre le plus rapidement possible l’acquis de l’Union européenne, afin de favoriser leur intégration au marché intérieur de l’énergie de l’Union européenne au bénéfice du bien-être des citoyens.

2.4.

La nouvelle Commission européenne a défini comme l’une de ses toutes premières priorités la construction d’une union de l’énergie: un de ses vice-présidents a pour seul portefeuille cette question, et pas moins d’une douzaine d’autres commissaires sont concernés. Cette union de l’énergie que le CESE appelait de ses vœux depuis plusieurs années (voir notamment TEN/493) est enfin à l’ordre du jour, et celle-ci ne peut pas exclure dès le début de ses réflexions des pays qui ont vocation à intégrer l’Union à court ou à moyen terme; l’avis susmentionné faisait d’ailleurs explicitement référence à la prise en compte de ces pays.

2.5.

Le «cadre stratégique pour une union de l’énergie», publié par la Commission européenne le 25 février 2015 et faisant l’objet de l’avis TEN/570, propose de renforcer la communauté de l’énergie. Il souligne la nécessité d’une intégration plus étroite des marchés de l’énergie de l’Union européenne et des pays de la communauté de l’énergie. Il mentionne aussi explicitement les signataires de cette communauté dans le cadre de la gestion des crises d’approvisionnement. Il annonce enfin la mise à jour régulière des projets d’infrastructure énergétique d’intérêt commun (PIC), qui pourra s’étendre désormais aux projets d’intérêt communautaire dans le domaine de l’énergie (PECI).

2.6.

Un équilibre doit être trouvé entre les énergies traditionnelles et les énergies renouvelables: pour cela, les réseaux électriques doivent voir la création d’interconnections ou le renforcement des interconnexions existantes avec les réseaux de l’Union. Concernant le gaz, question importante, les approvisionnements doivent être sécurisés par des interconnexions solidaires avec l’Union, mais aussi par la création d’un terminal méthanier. Enfin, le projet de gazoduc Turkish Stream, en remplacement du projet avorté South Stream, est une opportunité, comme le sont les projets Trans Adriatic Pipeline (TAP) ou Ionian Adriatic gas Pipeline (IAP). Rappelons que cette région est quasiment un passage obligé entre les régions de production (pétrole, gaz) et les régions de grosse consommation au sein de l’Union. Mais la priorité doit être l’utilisation des infrastructures existantes, souvent sous-utilisées; la mise en œuvre des «flux inversés» doit être favorisée: dans le cadre d’une approche énergétique de sécurité d’approvisionnement, ce ne sont pas les grands gazoducs vulnérables qui doivent être priorisés.

3. Un potentiel de gouvernance existant à améliorer grâce à la société civile

3.1.

Dans le domaine énergétique, comme on l’a vu récemment au sein du Comité économique et social européen (TEN/562, TEN/570, etc.), la gouvernance est primordiale afin de permettre les choix énergétiques, la coordination des investissements, notamment en matière d’infrastructures, la mise en œuvre des solidarités entre les États ou la définition du rôle et la participation des différentes parties prenantes, et notamment de la société civile (partenaires sociaux, consommateurs, organisations environnementales, etc.).

3.2.

À bien des égards, les fondements de cette gouvernance existent depuis la création en juillet 2006 de la communauté de l’énergie, comprenant l’ensemble des pays des Balkans occidentaux (Albanie, Bosnie-Herzégovine, Croatie, Kosovo, ancienne République yougoslave de Macédoine, Monténégro et Serbie). En 2010, la Moldavie a rejoint la communauté de l’énergie, suivie par l’Ukraine en 2011. La Géorgie est candidate à l’adhésion. Notons enfin la qualité d’observateur de la Norvège et de l’Arménie, mais aussi et surtout de la Turquie.

3.3.

Le traité a pour but d’étendre le marché intérieur de l’Union européenne à l’Europe du Sud-Est et au-delà. Il vise à:

créer un cadre commercial et réglementaire stable favorisant les investissements permettant une sécurité des approvisionnements et une maîtrise des prix,

créer une zone de régulation pour les échanges d’énergie en réseau,

renforcer des relations solidaires afin de sécuriser les approvisionnements,

prendre en compte les questions environnementales par l’amélioration de l’efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables.

3.4.

Notons que, si les intentions sont louables, les avancées au cours de ces dernières années sont plutôt limitées.

De plus, la prise en compte des aspects sociaux de l’acquis en matière d’énergie, qui figurent dans le traité, est vraiment très réduite. Une dimension sociale (ou sociétale) plus large n’est pas abordée, ne permettant pas l’adhésion de la société civile aux réflexions et aux actions de la communauté de l’énergie. Le manque de réseaux d’organisations structurées dans ce domaine appauvrit le dialogue et le débat.

3.4.1.

Les relations interinstitutionnelles entre l’Union européenne et les États membres de la communauté de l’énergie doivent être dépassées, comme le prévoit le processus d’union de l’énergie proposé par la Commission européenne. À cet effet, le CESE doit être un élément constitutif de cet élargissement des procédures, à travers l’intégration, dans le dialogue européen sur l’énergie, de la situation énergétique au sens large de cette région.

3.4.2.

L’adoption de l’acquis de l’Union en matière d’énergie et l’intégration dans le marché intérieur impliquent une évolution sensible des pratiques de la région en matière de prix de l’énergie, lesquelles doivent tenir compte des coûts réels et non pas reposer sur une politique «subventionnée» des prix.

3.4.3.

Les structures mises en place pour la société civile dans le processus d’élargissement, telles que les comités consultatifs mixtes (ancienne République yougoslave de Macédoine — pour le moment non opérationnel — Monténégro et Serbie — candidats ayant débuté les négociations et dont les comités sont actifs) et le comité de suivi «Balkans occidentaux», doivent être utilisées à cette fin.

4. Un potentiel physique pour un nouveau bouquet énergétique

4.1.

Nous avons vu la nécessité de renforcer les interconnexions électriques à l’intérieur de la région, mais aussi de et vers l’extérieur, ainsi que les routes d’acheminement, particulièrement en gaz naturel, et, peut-être, de créer un terminal méthanier. Celui-ci, qui serait évidemment placé sur la partie adriatique de la région, serait commun aux États de la région, ou au moins à la plupart d’entre eux, et permettrait l’acheminement du GNL en provenance de fournisseurs plus éloignés et, ultérieurement, des productions de la Méditerranée orientale (plaque chypriote).

4.1.1.

La signature récente (10 juillet 2015), dans le cadre de la connexion gazière pour l’Europe centrale et du Sud-Est (CESEC), d’un protocole d’accord entre la Commission européenne et la Bulgarie, la Grèce, la Croatie, l’Italie, la Hongrie, l’Autriche, la Roumanie, la Slovénie, la Slovaquie, l’Albanie, l’ancienne République yougoslave de Macédoine, la Serbie et l’Ukraine devrait permettre de stimuler la diversification de l’approvisionnement en gaz naturel ainsi que l’intégration des marchés dans la région. Le CESE appelle de ses vœux la participation du Monténégro à cet accord.

4.2.

Le bouquet énergétique régional est en effet déséquilibré; il n’y a pas de véritable marché, la structure du bouquet variant d’un pays à l’autre et les prix étant presque toujours réglementés et souvent maintenus à un niveau artificiellement bas, qui n’incite ni à l’efficacité énergétique ni à l’investissement dans des sources diversifiées.

4.3.

De fait, le charbon représente globalement près de 50 % de l’énergie consommée, le pétrole et les produits pétroliers plus de 30 %, alors que le gaz ne représente «que» 10 % environ. La production à partir de déchets et de biocarburants gagne du terrain, mais sans plan véritablement concerté.

4.4.

Selon de nombreuses sources (AIE, REN) et des études d’évaluation, les pays des Balkans occidentaux disposent d’un important potentiel d’énergies renouvelables, qui doit être mobilisé et bénéficier d’investissements de façon à permettre aux pays de participer au «cadre d’action de l’Union européenne en matière de climat et d’énergie à l’horizon 2030»:

l’ensoleillement y est important et réparti sur une bonne partie de l’année. Le potentiel photovoltaïque, en cours d’évaluation, devra être exploité au moyen de partenariats divers, y compris des coopératives et des communautés, et être soutenu par un cadre législatif stable,

l’énergie hydraulique (retenues ou au fil de l’eau) est largement sous-exploitée, à l’exception de projets importants en Albanie et de moindre importance en Serbie et au Monténégro; le stockage par pompage (STEP) doit être favorisé,

il en est de même pour la bioénergie et l’énergie éolienne, encore balbutiantes mais aux perspectives encourageantes, la disponibilité des sols permettant leur exploitation,

le rôle des coopératives et des producteurs-consommateurs, dans le jargon les «prosommateurs», doit faire partie du nouveau paysage énergétique.

Nous nous référons notamment à l’excellente étude du Seenet (South East Europe network on natural resources, energy and transport).

4.4.1.

Ces perspectives doivent être évaluées en termes d’investissements coordonnés, mais surtout de possibilités de développer des activités et de créer des emplois, particulièrement dans les nouvelles technologies énergétiques («green jobs»), et de résoudre la pauvreté énergétique. La communauté de l’énergie doit servir au développement de ces activités en faisant notamment appel à la Banque européenne d’investissement.

4.4.2.

Les «facilités société civile» prévues dans les processus d’adhésion doivent servir les projets proposés en matière d’énergie citoyenne (projets associatifs, de coopératives, d’organisations non gouvernementales, etc.).

Bruxelles, le 8 octobre 2015.

Le Président du Comité économique et social européen

Georges DASSIS