Avis du Comité économique et social européen sur «La nouvelle organisation du marché de l’électricité et ses incidences potentielles sur les consommateurs vulnérables» (avis exploratoire)
| CELEX | 52016AE2885 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | mercredi 19 octobre 2016 |
Résumé IA
Texte intégral
| 2.2.2017 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 34/78 |
Avis du Comité économique et social européen sur «La nouvelle organisation du marché de l’électricité et ses incidences potentielles sur les consommateurs vulnérables»
(avis exploratoire)
(2017/C 034/12)
Rapporteur:
Vladimír NOVOTNÝ
| Consultation | Conseil de l’Union européenne, 14 mars 2016 |
| Base juridique | Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
|
| Avis exploratoire |
| Compétence | Section spécialisée «Transports, énergie, infrastructures, société de l’information» |
| Adoption en section spécialisée | 6 octobre 2016 |
| Adoption en session plénière | 19 octobre 2016 |
| Session plénière no | 520 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 146/66/43 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le Comité économique et social européen (CESE) soutient l’idée de base d’une nouvelle organisation du marché de l’électricité de l’Union européenne. Cette dernière est nécessaire afin d’assurer un système stable d’approvisionnement en électricité au service des objectifs de l’union de l’énergie. La conversion qu’il conviendra d’effectuer à moyen voire à long terme au niveau de la production et de la commercialisation de l’électricité afin d’obtenir des structures plus décentralisées ainsi que la réalisation des objectifs fixés par la directive de l’Union européenne sur les «sources d’énergie renouvelables» rendent nécessaire une conception entièrement nouvelle du marché de l’électricité. À cet égard, le CESE fait état de ses avis TEN/577, TEN/578 ainsi que TEN/583, dans lesquels il a exprimé son point de vue en la matière, mais également sur le rôle futur des consommateurs, des prosommateurs et des nouveaux acteurs du marché. |
| 1.2. | De l’avis du CESE, les réseaux de distribution dits «intelligents», combinés avec des compteurs intelligents et les technologies de stockage, constitueront à moyen et à plus long terme une autre composante significative de la nouvelle organisation du marché de l’électricité. Ces réseaux et ces technologies de commande et de stockage intelligents peuvent alors produire des effets favorables s’agissant tant d’optimiser la consommation d’électricité que de l’économiser. |
| 1.3. | Le CESE attire l’attention sur les possibilités de réduction de la pauvreté énergétique que représentent les petits producteurs-consommateurs («prosommateurs»), mais aussi d’autres modèles nouveaux tels que celui des coopératives d’énergie. Afin de les intégrer pleinement dans le marché de l’énergie, le Comité considère qu’il est entre autres indispensable d’éliminer les obstacles administratifs et tout autre obstacle superflu qui entravent leur activité et de favoriser leur accès aux réseaux de distribution sur la base des conditions qui prévalent sur le marché en matière de financement de l’exploitation desdits réseaux. |
| 1.4. | Le CESE estime que le recours à des commandes intelligentes de régulation dans les foyers dits «intelligents» constitue également une composante importante de la nouvelle organisation du marché de l’électricité. Leur utilisation conduira à accroître le rôle actif que joueront les ménages lors de leur pleine intégration à la nouvelle organisation du marché de l’électricité et à réduire les risques de pauvreté énergétique. Ces changements importants seront facilités par des programmes de formation incitatifs à l’intention de larges pans de la population, ainsi que par le soutien à leur mise en œuvre auprès de la catégorie des ménages vulnérables et des autres clients vulnérables sur le marché de l’énergie, comme par exemples les petites et moyennes entreprises (PME). |
| 1.5. | Le CESE est convaincu que tous les changements escomptés de la nouvelle organisation du marché de l’électricité sont conditionnés par le fait que ce nouveau marché fournira des indications de prix (prix de vente) à court terme et des signaux de prix (coûts de revient) à long terme qui soient corrects, qui permettront et favoriseront de vastes activités d’investissement dans le secteur de l’énergie électrique de l’Union européenne. En l’affaire, il est également indispensable que les prix reflètent pleinement les coûts réels, c’est-à-dire qu’ils incluent aussi les «coûts externes». |
| 1.6. | L’évolution des marchés de l’électricité a conduit au cours des dernières années à une réduction sensible des prix de gros, dont les consommateurs les plus modestes et les PME n’ont cependant pas encore bénéficié, car les prix qui leur sont appliqués ont davantage monté que baissé. |
| 1.7. | En concevant habilement le marché de l’électricité, en lien avec des investissements stratégiques dans les installations auxquels sont aussi, et tout particulièrement, associés les citoyens socialement défavorisés, par exemple sous la forme de coopératives d’énergie, il sera possible à l’avenir de lier politique énergétique, politique sociale et valeur ajoutée régionale. |
| 1.8. | Pour ce faire, les instances politiques doivent répondre sans ambiguïté à la question de savoir qui devrait, a le droit et/ou peut produire et commercialiser de l’électricité dans le cadre d’une future production plus décentralisée. Cette réponse revêt également une importance capitale pour résoudre le problème de la pauvreté énergétique. |
| 1.9. | À ce titre, l’on peut citer l’exemple de la voïvodie de Podlachie, en Pologne, où on lance actuellement un programme de subventions pour de petites installations photovoltaïques. Il est possible d’y réduire de moitié les coûts de l’électricité que supportent les consommateurs grâce à un taux de subvention des investissements de 60 % et au système de facturation nette que la Pologne prévoit de mettre en place. |
2. Introduction
| 2.1. | Le 14 mars 2016, la présidence slovaque du Conseil de l’Union européenne a adressé une lettre au CESE lui demandant d’élaborer un avis sur la dimension sociale de la nouvelle organisation du marché de l’électricité dans la dynamique du développement économique et social. |
| 2.2. | Dans sa demande, la présidence slovaque fait observer que la nouvelle organisation du marché de l’électricité est porteuse de possibilités pour les consommateurs pour autant qu’on leur offre une manière plus proactive d’interagir avec le marché. Outre les incidences que pourrait avoir une éventuelle augmentation des prix de l’électricité sur la compétitivité de l’industrie de l’Union, il est toutefois indispensable de prendre en compte les dangers éventuels qu’elle pourrait représenter pour les clients socialement vulnérables. |
| 2.3. | Dans nombre de ses avis antérieurs (1) (2), le CESE a procédé à un examen approfondi de l’évolution escomptée du marché de l’énergie, et il estime que les recommandations et conclusions qu’il a adoptées n’ont rien perdu de leur actualité. Aussi le présent avis s’attache-t-il aux risques, tout comme aux opportunités, que la nouvelle organisation du marché de l’électricité peut représenter pour les catégories de population socialement vulnérables et aux manifestations spécifiques de la pauvreté énergétique en lien avec la possibilité d’accéder à l’énergie électrique. |
3. La vision de la nouvelle organisation du marché de l’énergie
| 3.1. | La nouvelle organisation du marché de l’électricité fondée sur les principes de durabilité doit avoir pour rôle essentiel de garantir à tous les consommateurs un approvisionnement en électricité sûr et à un prix abordable et compétitif. |
| 3.2. | Le cadre stratégique de l’Union européenne pour une union de l’énergie vise les objectifs stratégiques essentiels suivants:
|
| 3.3. | Les principaux traits du cadre stratégique du marché de l’électricité sont:
|
| 3.4. | L’évolution du rôle que jouent les consommateurs sur le marché de l’électricité devrait occuper une place éminente dans la nouvelle organisation de ce marché (3). |
4. La pauvreté énergétique et la prévention de son apparition
| 4.1. | Dans un passé récent, le CESE a adopté une série d’avis sur la problématique de la pauvreté énergétique, notamment l’avis TEN/516 sur le thème «Pour une action européenne coordonnée pour prévenir et combattre la pauvreté énergétique» (rapporteur: M. Coulon, 2013) (4), qui a fait l’objet de travaux détaillés d’analyse à l’échelon national, par exemple de la part du Conseil économique et social de Bulgarie dans son avis proposant des «Mesures pour vaincre la pauvreté énergétique en Bulgarie» (ESC/3/030/2015). Le CESE estime que les recommandations et conclusions formulées dans ces documents n’ont rien perdu de leur actualité et il n’entend pas les répéter ici. |
| 4.2. | La question de la pauvreté énergétique est également abordée, entre autres, dans les avis TEN/578 sur «Une nouvelle donne pour les consommateurs d’énergie» et TEN/583 sur le thème «Prosommation énergétique et coopératives de prosommateurs d’énergie: possibilités et défis dans les États membres de l’Union européenne». |
| 4.3. | On caractérise la pauvreté énergétique comme un accès limité aux sources d’énergie en raison de l’absence ou du mauvais fonctionnement des infrastructures énergétiques ou comme l’incapacité de payer les fournitures de produits énergétiques. Si les infrastructures menacent de ne pas fonctionner, il est indispensable d’en accroître la capacité ou de créer de nouvelles capacités de manière à garantir la sécurité et la fiabilité de l’approvisionnement en électricité. En l’affaire, même les gestionnaires de réseau ont fini par constater que les installations décentralisées de production, telles que les installations photovoltaïques sur les maisons privées, peuvent contribuer à stabiliser l’approvisionnement à l’échelon régional et bien souvent aussi les réseaux déficients du même échelon. |
| 4.4. | Même si l’on appréhende souvent la pauvreté énergétique par rapport aux consommateurs finals privés, il importe de faire observer que certaines PME y sont également souvent exposées, avec toutes les conséquences qui en découlent pour leur compétitivité. |
| 4.5. | Le plus souvent, la pauvreté énergétique se rapporte à la capacité d’assurer le chauffage des foyers et l’on peut également la rapporter, dans les États méridionaux de l’Union européenne, à la disponibilité d’une climatisation durant les mois chauds en été. La pauvreté énergétique se manifeste spécifiquement par l’incapacité de payer les factures d’électricité. Dans ce cas, l’on recourt à des approches fondées sur une aide directe ou indirecte aux clients vulnérables face à la pauvreté énergétique. |
| 4.6. | L’aide directe aux clients vulnérables est fournie avant tout sous la forme de programmes de subventions à caractère social comme un remboursement direct en espèces ou en nature des paiements, et elle s’ancre dans les systèmes internes de protection sociale à l’échelon de chacun des différents États membres. |
| 4.7. | Dans chacun des différents États membres, le client vulnérable est défini différemment, en fonction de la situation spécifique et des divers systèmes sociaux des États membres. |
| 4.8. | L’aide indirecte est fournie sous la forme de tarifs sociaux ou spéciaux. Actuellement, dix États membres pratiquent des tarifs sociaux, huit États membres ont défini un statut du client vulnérable et seize États membres en tout pratiquent sur leur marché domestique des prix réglementés de l’électricité. Le CESE a exprimé sans ambiguïté son opposition à de tels prix règlementés (voir son avis TEN/578). |
| 4.9. | Il sera toutefois possible de réduire les risques de pauvreté énergétique grâce à l’adoption d’une série de mesures compatibles avec la nouvelle organisation du marché de l’électricité. Il s’agira notamment des éléments suivants:
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| 4.10. | L’évolution des marchés de l’électricité a conduit au cours des dernières années à une réduction sensible des prix de gros, dont les consommateurs les plus modestes et les PME n’ont cependant pas encore bénéficié, car les prix qui leur sont appliqués ont davantage monté que baissé. |
| 4.11. | Le CESE souligne que les petits producteurs-consommateurs («prosommateurs») peuvent également jouer un rôle particulier en matière de réduction de la pauvreté énergétique. Afin de réussir à les intégrer dans les marchés de l’énergie, il est donc indispensable d’éliminer au plus vite tous les obstacles administratifs et de leur permettre d’accéder aux réseaux tout en préservant les conditions de marché et en respectant les normes de qualité des fournitures d’électricité. |
| 4.12. | Le CESE estime qu’en dépit de l’application des éléments, conformes aux règles du marché, qui viennent d’être cités en matière d’aide aux clients vulnérables, l’essentiel de la charge de la lutte contre la pauvreté énergétique et ses conséquences continuera même à l’avenir d’être supporté par les systèmes sociaux au sein des États, en ce qu’ils constituent la seule alternative conforme du point de vue du marché. |
| 4.13. | En concevant habilement le marché de l’électricité, en lien avec des investissements stratégiques dans les installations auxquels sont aussi, et tout particulièrement, associés les citoyens socialement défavorisés, par exemple sous la forme de coopératives d’énergie, il sera possible à l’avenir de lier politique énergétique, politique sociale et valeur ajoutée régionale. |
| 4.14. | Pour ce faire, les instances politiques doivent répondre sans ambiguïté à la question de savoir qui devrait, a le droit et/ou peut produire et commercialiser de l’électricité dans le cadre d’une future production plus décentralisée. Cette réponse revêt également une importance capitale pour résoudre le problème de la pauvreté énergétique. |
| 4.15. | Les énergies renouvelables offrent en effet de toutes nouvelles possibilités de faire face à la pauvreté énergétique en tant que problème social. Ainsi, une étude du Centre commun de recherche de la Commission européenne était déjà parvenue en 2014 à la conclusion que 80 % des citoyens européens pourraient eux-mêmes produire, grâce à des installations photovoltaïques, une électricité moins coûteuse que s’ils s’approvisionnaient sur le réseau. Le problème est qu’une partie de la population ne possède pas de toit ou de terrain pour y placer de telles installations. Un élargissement de la définition de la notion de «prosommateur» pourrait y remédier, tout comme une aide aux installations organisées en commun (coopératives d’énergie). |
| 4.16. | Dans une étude publiée tout récemment, CE Delft calcule que d’ici à 2050 jusqu’à 83 % des ménages pourraient produire eux-mêmes l’électricité nécessaire pour couvrir leurs besoins. |
| 4.17. | Un problème important réside souvent dans le fait que les citoyens socialement défavorisés sont précisément ceux qui ne disposent pas des moyens financiers de réaliser les investissements nécessaires. L’«inconvénient» des énergies renouvelables résulte du fait qu’il est tout d’abord nécessaire de réaliser des investissements relativement importants, alors que les frais courants sont par ailleurs très modestes (il est bien connu que le soleil et le vent ne coûtent rien). Ce problème peut être toutefois traité sur le plan politique, notamment grâce à des investissements stratégiques correspondants. |
| 4.18. | À ce titre, l’on peut citer l’exemple de la voïvodie de Podlachie, en Pologne, où l’on lance actuellement un programme de subventions pour de petites installations photovoltaïques. Il est possible d’y réduire de moitié les coûts de l’électricité que supportent les consommateurs grâce à un taux de subvention des investissements de 60 % et au système de facturation nette que la Pologne prévoit de mettre en place. |
| 4.19. | En l’affaire, le Comité invite le Parlement européen, le Conseil et la Commission à traiter également davantage d’évolutions à moyen et à plus long terme qui pourraient être favorables aux consommateurs. L’on peut citer ici l’exemple de la mobilité électrique. On peut prévoir qu’au cours des vingt à trente prochaines années, les voitures électriques seront bien plus présentes sur le marché. Une voiture électrique consomme environ 14 kilowattheures aux 100 kilomètres, ce qui, pour un prix de l’électricité de 0,25 EUR par kilowattheure, représente 3,50 EUR. Un trajet en voiture de 100 kilomètres dans un véhicule doté d’un moteur à combustion, en tenant compte d’une consommation de 7 litres aux 100 kilomètres et d’un prix de 1,20 EUR par litre, revient à une dépense de 8,40 EUR. Pour produire la quantité d’électricité que requiert une voiture électrique pour parcourir 10 000 kilomètres, une installation photovoltaïque comptant à peu près six modules est suffisante sur le papier; au moyen d’un investissement qui s’élève aujourd’hui à 3 000 EUR, une telle voiture pourrait donc être alimentée en électricité (que l’on a produite soi-même) durant vingt ans. Jusqu’à présent, l’on ne débat que trop peu des aspects économiques, aussi bien pour les citoyens que, le cas échéant, pour les régions, qui pourraient être liés à la conversion à la mobilité électrique. |
Bruxelles, le 19 octobre 2016.
Le président du Comité économique et social européen
Georges DASSIS
(1) JO C 82 du 3.3.2016, p. 13.
(2) JO C 424 du 26.11.2014, p. 64.
(3) JO C 82 du 3.3.2016, p. 22.
(4) JO C 341 du 21.11.2013, p. 21.
ANNEXE
Le contravis ci-après a été rejeté au profit de l’avis adopté par l’assemblée, mais a recueilli au moins un quart des voix exprimées.
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le CESE escompte que la nouvelle organisation du marché de l’électricité, telle que proposée par la Commission européenne en tant que volet du paquet sur l’énergie automne/hiver, conduira à la pleine intégration des sources renouvelables dans le marché commun de l’énergie électrique, ce qui constitue un outil important pour la réalisation des engagements de l’Union européenne en matière de protection du climat. |
| 1.2. | Cette proposition doit avoir pour objectif de garantir la fiabilité et la sécurité de l’approvisionnement en énergie électrique sur le long terme, de conduire à l’élimination des distorsions du marché existantes, tout en conduisant à des prix de l’électricité qui garantiront la compétitivité de l’économie européenne et seront stables et accessibles pour les clients finals, y compris les groupes de population à faibles revenus. |
| 1.3. | Le CESE est convaincu que la nouvelle organisation du marché de l’électricité, dans sa forme définitive, permettra de réduire ou d’éliminer les risques d’effets négatifs potentiels sur la pauvreté énergétique. |
| 1.4. | Le CESE estime que le processus de transformation qui fera évoluer le marché de l’électricité de sa forme actuelle vers une nouvelle organisation du marché de l’électricité sera associé à des risques d’impact potentiel sur les groupes vulnérables de consommateurs d’électricité, notamment les citoyens. |
| 1.5. | De l’avis du CESE, les risques que présente la transformation du marché de l’électricité en nouvelle organisation du marché sont notamment liés à la nécessité de renforcer fondamentalement la puissance des réseaux nationaux de transport d’électricité en 220/440 kilowatts ainsi que l’interconnexion de leurs capacités, d’élargir le rôle des réseaux de distribution au rôle assumé actuellement par les seuls réseaux de transport (par exemple assurer la stabilité du réseau) et de les convertir en systèmes «intelligents», de résoudre le problème du stockage de grandes capacités d’énergie électrique, de décentraliser la production d’électricité, de raccorder la production décentralisée au réseau de distribution et de changer la nature du rôle et du comportement des consommateurs d’électricité sur le marché. |
| 1.6. | Les processus de transformation énumérés ci-avant s’inscrivent sur le long terme: leur réalisation exigera des décennies, de lourds investissements qui devraient atteindre plusieurs centaines de milliards d’EUR ainsi que d’autres coûts comparables liés au développement de nouvelles solutions techniques, qui souvent sont encore inconnues. |
| 1.7. | Pour ce qui concerne la mise en œuvre intégrale des principes du marché, une partie importante de ces coûts sera répercutée sur la composante réglementée du prix de l’électricité, ce qui, lors du processus de transformation, peut conduire à des effets négatifs potentiels menant à la pauvreté énergétique des groupes vulnérables de la population. |
2. Introduction
| 2.1. | Le 14 mars 2016, la présidence slovaque du Conseil de l’Union européenne a adressé une lettre au CESE lui demandant d’élaborer un avis sur la dimension sociale de la nouvelle organisation du marché de l’électricité dans la dynamique du développement économique et social. |
| 2.2. | Il y a été demandé d’analyser plus largement les facteurs qui influent sur le marché de l’électricité et d’en évaluer l’influence sur l’évolution des prix de l’énergie dans l’Union européenne, de manière que cette évolution soit durable non seulement d’un point de vue environnemental (en matière de protection du climat), mais également sur les plans économique et social, et tout particulièrement de la sécurité et de la disponibilité de l’approvisionnement en électricité. |
| 2.3. | Dans sa demande, la présidence slovaque fait observer que la nouvelle organisation du marché de l’électricité est porteuse de possibilités pour les consommateurs et leur offre une manière plus proactive d’interagir avec le marché. Outre les incidences que pourrait avoir une éventuelle augmentation des prix de l’électricité sur la compétitivité de l’industrie de l’Union, il est toutefois indispensable de prendre en compte les dangers éventuels qu’elle pourrait représenter pour les clients socialement vulnérables. |
| 2.4. | Dans nombre de ses avis antérieurs, le CESE a procédé à un examen approfondi de l’évolution escomptée du marché de l’énergie et il estime que les recommandations et conclusions qu’il a adoptées n’ont rien perdu de leur actualité. Aussi le présent avis s’attache-t-il uniquement aux risques que la nouvelle organisation du marché de l’électricité peut représenter pour les catégories de population socialement vulnérables et aux manifestations spécifiques de la pauvreté énergétique en lien avec la possibilité d’accéder à l’énergie électrique. |
3. Principaux problèmes que connaît actuellement le marché de l’électricité dans l’Union européenne et risques liés à son développement à moyen terme
| 3.1. | On peut résumer les principaux problèmes que connaît actuellement le marché de l’électricité dans l’Union européenne de la manière qui suit:
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| 3.2. | Un autre facteur négatif important du dysfonctionnement dont souffrent dans les faits les marchés de l’électricité dans l’Union européenne est lié au fait que certains regroupements majeurs de sources d’énergie renouvelables sont géographiquement éloignés des zones de forte consommation d’électricité; il faut y ajouter l’insuffisance des capacités de transport au sein des États. La production incontrôlée d’électricité, notamment à partir de l’énergie éolienne, donne lieu, lors de pics temporaires, à un acheminement d’électricité vers des États voisins, ce qui provoque ensuite des situations de crise sur les réseaux de transport avec un risque élevé de panne générale. |
| 3.3. | Dans nombre d’États membres, afin de réagir à l’instabilité de l’approvisionnement à partir de sources renouvelables, des systèmes de mécanismes de capacité sont mis en place, accompagnés de certains éléments discriminatoires, tels qu’une orientation vers des technologies de production d’électricité préalablement sélectionnées ou l’exclusion des livraisons transfrontalières. Le nouveau modèle de marché de l’électricité devrait prendre en compte et éliminer les lacunes existantes; cependant, il est tout à fait essentiel d’accroître la qualité des infrastructures électriques de l’Union européenne. |
| 3.4. | Les réseaux de transport des États membres ne garantissent pas la couverture opérationnelle d’une pénurie locale de ressources entre les États membres; il s’avère dès lors problématique de poursuivre dans les circonstances actuelles l’intégration du marché de l’électricité. On compte en Europe un certain nombre de marchés régionaux de l’électricité qui ne coopèrent pas entre eux et dont l’action n’est pas suffisamment coordonnée. |
| 3.5. | Leur interconnexion intervient progressivement conformément à la législation en vigueur (codes de réseau). Pour l’instant, il existe des différences considérables entre ces marchés, que ce soit du point de vue de leur sécurité opérationnelle ou du niveau des prix auxquels sont fournis les produits et les services. Ce processus d’intégration est absolument nécessaire, mais il s’avère qu’il sera très difficile. |
| 3.6. | Nombre d’États membres recourent, en réaction aux problèmes d’intégration des sources renouvelables intermittentes à leurs systèmes énergétiques, à des mécanismes de capacité qui garantissent la fiabilité et la disponibilité de l’approvisionnement en électricité lorsque les sources renouvelables sont hors service du fait de leur dépendance vis-à-vis des conditions naturelles. Ce recours aux mécanismes de capacité prend la forme de marchés de capacité ou celle de réserves stratégiques. Alors que les réserves stratégiques sont par nature neutres pour le marché de l’électricité et qu’il conviendrait de leur accorder la préférence en tant que solution conforme du point de vue du marché, les marchés de capacité présentent le risque d’une distorsion du marché. |
| 3.7. | La dimension prospective de la situation en matière d’énergie ces vingt prochaines années est un facteur important, qui aura une influence sur la forme finale que prendra la nouvelle organisation du marché de l’électricité ainsi que sur, bien évidemment, l’impact pour les clients vulnérables. À cet égard, il est nécessaire de prendre en compte les facteurs suivants: |
| 3.7.1. | En raison de son évolution au cours des dix dernières années, le contexte énergétique dans l’Union européenne appelle une solution urgente fondée sur une réflexion stratégique objective. La fiabilité d’un approvisionnement durable en électricité à un prix acceptable ou abordable ne peut pas en rester seulement au stade des grands discours, mais elle doit être solidement assise sur les trois piliers fondamentaux du développement durable. À elle seule, la rénovation des réseaux exigera vraisemblablement 655 milliards de dollars des États-Unis. |
| 3.7.2. | Au cours de la période 2016-2025, des capacités thermiques installées représentant quelque 150 gigawatts (GW) arriveront en fin de vie dans l’Union européenne, soit un quart des capacités thermiques actuelles de l’Union européenne. Pour préserver le caractère adéquat du système de production d’électricité et l’approvisionnement des consommateurs, cela signifie de construire 100 GW de nouvelles capacités thermiques de puissance stable, sachant que jusqu’en 2035 les sources fossiles compteront pour 200 GW, et ce même dans le cas où se vérifient les hypothèses en matière développement technologique tant dans le domaine de l’efficacité énergétique que dans celui du stockage de l’énergie électrique. |
| 3.7.3. | En l’état actuel du marché de l’électricité, il n’est toutefois pas possible d’investir dans de telles capacités de production et la garantie de la sécurité énergétique exigera des réformes systémiques radicales de manière à entraîner une stricte application des mécanismes de marché accompagnée de retombées favorables sur les prix pour les consommateurs finals. Le contravis a été rejeté par 141 voix contre, 91 voix pour et 22 abstentions. |
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