Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Construire une coalition entre la société civile et les collectivités infranationales pour concrétiser les engagements de l’accord de Paris» (avis d’initiative)
| CELEX | 52016IE0713 |
| Type | Initiative législative |
| Date | jeudi 14 juillet 2016 |
Résumé IA
Texte intégral
| 21.10.2016 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 389/20 |
Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Construire une coalition entre la société civile et les collectivités infranationales pour concrétiser les engagements de l’accord de Paris»
(avis d’initiative)
(2016/C 389/03)
| Rapporteur: | M. Lutz RIBBE |
| Corapporteure: | Mme Isabel CAÑO AGUILAR |
Le 21 janvier 2016, le Comité économique et social européen a décidé, conformément à l’article 29, paragraphe 2, de son règlement intérieur, d’élaborer un avis d’initiative sur le thème:
«Construire une coalition entre la société civile et les collectivités infranationales pour concrétiser les engagements de l’accord de Paris»
(avis d’initiative).
La section spécialisée «Agriculture, développement rural, environnement», chargée de préparer les travaux du Comité en la matière, a adopté son avis le 30 juin 2016.
Lors de sa 518e session plénière des 13 et 14 juillet 2016 (séance du 14 juillet 2016), le Comité économique et social européen a adopté le présent avis par 183 voix pour et 1 abstention.
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le CESE se félicite des décisions prises à Paris dans le cadre de la COP 21 et considère qu’elles marquent un tournant important en direction d’une lutte efficace contre le changement climatique. |
| 1.2. | Deux problèmes majeurs sont toutefois à déplorer: d’une part, les objectifs de réduction des émissions arrêtés par les différents États membres (contributions prévues déterminées au niveau national ou CPDN) ne concordent pas avec les résultats obtenus à Paris et, d’autre part, malgré quelques légères avancées, l’importance de la société civile n’est pas suffisamment reconnue. |
| 1.3. | Les acteurs de la société civile sont aujourd’hui confrontés à de sérieux obstacles lorsqu’ils souhaitent engager et mettre en œuvre des mesures de lutte contre le changement climatique. Ces problèmes s’expliquent essentiellement par le fait que le monde politique ne reconnaît pas le potentiel considérable des initiatives de la société civile en matière de préservation du climat. Pour l’heure, il ne s’intéresse pas suffisamment aux stratégies élaborées en la matière par les acteurs de la société civile, à leurs besoins et à l’aide qui leur est nécessaire. Certaines dispositions réglementaires empêchent même, de façon systématique, toute initiative de la société civile à cet égard. |
| 1.4. | Il en résulte que les acteurs de la société civile, trop souvent, ne disposent d’aucune marge de manœuvre pour pouvoir mener à bien leurs projets de «protection du climat depuis le terrain». Cela s’explique également par le fait qu’ils ne parviennent pas à financer leurs projets, alors qu’ils devraient avoir à leur disposition suffisamment d’outils de financement. |
| 1.5. | Le CESE propose dès lors, à titre de réponse immédiate aux décisions arrêtées à Paris, de nouer une alliance entre le monde politique, les autorités administratives et la société civile. Cette alliance aurait pour mission de limiter au maximum les obstacles empêchant la société civile de prendre part à la lutte contre le changement climatique en:
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| 1.6. | Les actions de l’alliance doivent être menées à différents niveaux politiques. Il s’agit fondamentalement de mener à bien les cinq tâches suivantes:
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| 1.7. | La mise en œuvre de ces cinq objectifs nécessite un dialogue structuré mais ouvert au sein de l’alliance qui, à cet égard, doit pouvoir faire office de forum de discussion. Il importe dès lors que les participants reflètent l’hétérogénéité de la société civile et qu’ils développent une culture axée sur l’ouverture, la créativité et la coopération. Le forum de discussion devrait garantir que le cadre politique qui reste à définir soutienne effectivement les actions de la société civile en faveur du climat. |
| 1.8. | Pour que l’alliance puisse remplir ses missions, elle doit pouvoir compter sur une aide administrative qui lui permette:
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| 1.9. | Cette alliance de la politique et de la société civile devrait remplir un autre objectif soutenu par le CESE: la nécessité de faire évoluer le monde du travail dans un sens plus juste en direction du développement durable, en associant de manière structurelle à ce processus les organisations patronales et syndicales. |
2. Contexte de l’avis
| 2.1. | Les résultats de la COP 21 à Paris marquent un tournant important dans les négociations sur la protection du climat, car ils représentent le premier accord contraignant du point de vue du droit international par lequel les États signataires s’engagent tous, sans exception, à contrer activement des changements climatiques dont le caractère menaçant est désormais reconnu. |
| 2.2. | La communauté mondiale a pris l’engagement collectif de maintenir le réchauffement planétaire sous la barre des 2 oC et même, si possible, en deçà d’1,5 oC. |
| 2.3. | Le compromis ainsi conclu contient une autre injonction concrète à agir, tout aussi importante, à savoir parvenir, dans la seconde moitié du siècle, à un bilan neutre au niveau mondial en matière d’émissions de gaz à effet de serre. |
| 2.4. | Le CESE a salué ces avancées (1) mais n’en a pas moins relevé deux grands problèmes: |
| 2.4.1. | En premier lieu, les objectifs nationaux de réduction qui ont été déposés par les États membres (les «contributions prévues déterminées au niveau national» ou CPDN) ne concordent pas avec la conclusion de la Conférence des parties (la COP): leur mise en œuvre ne limiterait pas le réchauffement planétaire à 2 oC mais à 2,5 oC, voire à plus de 3 oC. |
| 2.4.2. | Par ailleurs, l’accord de Paris ne voit pas suffisamment toute l’importance que revêt la société civile. Des progrès ont certes été réalisés par le passé en matière de transparence et de collaboration, mais le rôle effectif de la société civile dans la politique climatique n’est toujours pas suffisamment reconnu: ce n’est pas aux négociateurs de la COP, mais à la société civile qu’il revient de mettre en œuvre et de concrétiser les engagements contractés à Paris. |
| 2.5. | Il n’existe pour l’heure aucune stratégie consistant à tirer parti du rôle de partenaire stratégique que pourrait jouer la société civile dans la mise en œuvre des résolutions de la COP, et rien ne laisse à penser que cette situation soit sur le point de changer. C’est également vrai au niveau de l’Union européenne, qui doit donc doter sa politique de lutte contre le changement climatique d’un deuxième pilier, en complément de sa «diplomatie climatique». Ce pilier devra être axé sur la compréhension et le renforcement de l’importance et du rôle de la société civile, ainsi que sur des mesures qui permettront à la grande diversité d’acteurs de la société civile d’élaborer et de mettre en œuvre plus facilement des stratégies en faveur de la préservation du climat dans leur domaine de compétence. |
Des initiatives des acteurs de terrain pour préserver efficacement le climat
| 2.6. | Il n’est ni possible, ni souhaitable que la politique climatique soit décrétée exclusivement «d’en haut»: elle ne pourra réussir qu’à la condition de pouvoir s’appuyer sur un large assentiment de la part d’une majorité d’entreprises, de collectivités territoriales et de citoyens et sur leur concours actif. C’est donc essentiellement «du terrain» que doit venir sa mise en œuvre, sans quoi elle est vouée à l’échec. |
| 2.7. | En réalité, s’il a été possible, par le passé, d’engranger des succès appréciables dans l’action en faveur du développement durable et du climat, c’est parce que des intervenants de la société civile — parmi lesquels il convient aussi de ranger explicitement de «simples» habitants assumant leur rôle de citoyens — ne se sont pas contentés de réagir aux prescriptions politiques mais ont compris qu’ils avaient vocation à être un «instrument de réalisation» de ces politiques. Ils ont plutôt choisi de se comporter activement en pionniers du changement et ont ainsi récolté des succès de taille et exercé une pression sur les responsables politiques, dans les limites des possibilités qui leur étaient imparties. Cette observation se vérifie tant du point de vue de la technologie que sur le plan économique, mais aussi et surtout dans le domaine sociétal, quand il s’est agi de gagner l’adhésion de la collectivité pour ces techniques, et notamment de faire entrer cette mutation dans les esprits, et donc de réaliser un apprentissage social ainsi que d’«apprendre de la communauté». |
| 2.8. | Ainsi, alors que jusqu’ici, la production d’énergie qui est pour partie responsable du changement climatique et les politiques qui la gouvernent étaient orientées la plupart du temps sur les sources d’énergie non renouvelables et les grandes structures centralisées comptant un nombre limité d’acteurs, ne laissant généralement à la société civile qu’un rôle de consommateur, les actions respectueuses du climat seront menées à l’avenir de manière beaucoup plus décentralisée et supposeront l’engagement de tous. Il ne fait aucun doute que les bonnes volontés en la matière existent; il s’agit d’en tirer parti et de les encourager de façon cohérente. |
| 2.9. | Les initiatives de la société civile que l’on peut d’ores et déjà observer aujourd’hui recèlent un potentiel d’innovation considérable que sous-tendent la réflexion, l’influence et les actions des villes et des communes, des collectivités territoriales, des grandes entreprises et des organisations syndicales ainsi que des personnes privées (particuliers, agriculteurs, coopératives, PME, etc.). |
| 2.10. | Aujourd’hui, ces initiatives sont très souvent entreprises indépendamment de toute organisation et axées de manière extrêmement concrète sur des projets spécifiques. C’est précisément ce qui leur confère leur dynamique sociétale si particulière. L’un des corollaires d’une telle approche est cependant que tout échec est à la charge exclusive des acteurs de l’initiative. Les risques financiers ne sont pas les seuls visés. Outre l’argent, les actions de la société civile nécessitent en effet de la motivation, de l’engagement et du temps. Cet investissement doit donc en valoir la peine (pas uniquement d’un point de vue économique), et le risque d’échec doit pouvoir être mesuré. À cet égard, il revient à la politique européenne et nationale de créer un cadre aussi large et ouvert que possible pour les actions de la société civile. |
La volonté d’agir de la société civile se heurte à des obstacles qu’il convient de surmonter
| 2.11. | S’il existe déjà, au sein de l’Union européenne, de nombreux exemples de réussites démontrant toute l’importance et l’efficacité de l’engagement des acteurs de la société civile en faveur du climat, à aucun moment ces exemples ne sont recensés et exploités de manière systématique. Aucune réflexion n’est menée sur les enseignements politiques à tirer de ces nombreuses initiatives différentes, sur les obstacles à lever pour les rendre encore plus fructueuses et les reproduire ou sur les raisons pour lesquelles elles n’aboutissent pas. |
| 2.12. | Il n’existe en outre aucun régime d’incitation valable pour assurer le refinancement du capital investi, ni aucun mécanisme envoyant le signal souhaité aux acteurs non étatiques autres que les grandes entreprises industrielles. L’Europe connaît même plutôt aujourd’hui une tendance inverse: souvent, des prescriptions politiques inadaptées compliquent encore plus, voire empêchent, la réalisation d’initiatives en la matière. Dans de nombreux cas, les acteurs de la société civile ne disposent donc d’aucune (!) marge de manœuvre dans l’élaboration et, plus encore, dans la réalisation des projets de lutte contre le changement climatique; ils ne peuvent traduire leurs idées en actes concrets. Parfois, le cadre juridique et administratif n’est tout simplement pas adapté; parfois, ils ne trouvent tout simplement pas les fonds nécessaires pour mener à bien leur projet et parfois encore, le fait que les coûts externes des sources d’énergie fossiles ne sont toujours pas pleinement internalisés (2) et qu’en dépit des annonces contraires, le prix du carbone n’est dès lors pas fixé de manière adéquate, se révèle être un obstacle insurmontable. |
| 2.13. | Il est bien trop souvent question des «perdants» d’une politique climatique ambitieuse et, tout aussi souvent, l’impression que l’on donne est que la protection du climat est avant tout synonyme de renoncement. Les problèmes induits par le passage à une économie qui ne génère quasiment plus d’émissions de carbone doivent bien sûr être dûment traités et pris en considération, mais il convient de mettre au moins autant l’accent sur les éléments positifs de cette transition, de manière à insuffler un esprit de renouveau au sein de la société. Les progrès technologiques et économiques des dernières années, par exemple concernant la production d’énergie à partir de sources renouvelables ou le stockage de l’énergie, mais aussi et surtout les applications numériques qui permettent des progrès substantiels en matière d’utilisation efficace et intelligente des ressources, justifient un tel optimisme. |
| 2.14. | La structure technique et économique actuelle de l’Europe est telle que tout le monde peut tirer parti de la préservation du climat et du développement durable. C’est précisément dans cette ligne que s’inscrit l’Union européenne de l’énergie. Pour la concrétiser, il est indispensable que la politique soutienne les initiatives en la matière ou, à tout le moins, qu’elle les autorise, et qu’elle ne s’efforce pas de les entraver au motif, par exemple, qu’elles remettent en question les structures existantes. Sans cela, le potentiel d’évolution et de progrès en matière de lutte contre le changement climatique, qui devrait en principe pouvoir être facilement libéré, resterait largement inexploité. |
3. Nécessité de nouer rapidement une alliance entre le monde politique, les autorités administratives et la société civile
| 3.1. | Nous devons développer une nouvelle approche de la gouvernance à plusieurs niveaux. Le CESE propose de constituer une alliance ambitieuse entre les acteurs de la société civile, les collectivités locales et régionales et les structures politiques et administratives compétentes au niveau national et européen. |
| 3.2. | Cette alliance:
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| 3.3. | L’alliance pourrait ainsi, en tant qu’expression de la gouvernance à plusieurs niveaux, contribuer à une gestion fructueuse de la mission collective que constitue la lutte contre le changement climatique. |
Le changement climatique et ses répercussions sur le quotidien des citoyens
| 3.4. | Les objectifs de la COP ont été clairement énoncés, et le Conseil européen a défini des objectifs ambitieux pour une Europe qui soit sobre en carbone et gère efficacement ses ressources. En 2050, l’Union européenne devrait ainsi avoir réduit ses émissions de gaz à effet de serre de 80 à 95 % par rapport aux niveaux actuels. Cet objectif devrait avoir d’énormes répercussions sur le quotidien de chacun des citoyens européens, de chacune des entreprises et de chacun de ses employés. |
| 3.5. | Le CESE a déjà expliqué, dans son avis exploratoire sur le développement durable (3), à quel point il importe que soient prises au sérieux ces questions relatives aux conséquences qu’auront sur le quotidien les modifications fondamentales des politiques qui sont envisagées. |
| 3.6. | Le risque que le développement durable soit considéré comme une menace et non comme une chance pour l’avenir peut être contré par un message simple: la préservation du climat implique effectivement des changements, mais chaque membre de la société a la possibilité, seul ou en association avec d’autres, de façonner activement ces évolutions, et ce de telle manière que non seulement son action profite au climat mais que les conditions de vie sur place s’en trouvent également améliorées. |
| 3.7. | Ce message doit aussi bien s’adresser à ceux qui ressentiront directement les mutations «négatives» prévisibles et irréversibles, par exemple le secteur des énergies fossiles dans son ensemble, que toucher et activer le potentiel positif des membres de la société qui sont prêts à agir et qui peuvent servir de modèle aux autres. |
Reconnaître, accepter et mettre à profit la grande diversité des acteurs
| 3.8. | La société civile est extrêmement hétérogène. Cette hétérogénéité se reflète également dans la lutte contre le changement climatique: l’action qu’un intervenant peut réaliser facilement pourra n’être menée à bien qu’avec difficulté par un autre. Il convient d’en tenir dûment compte et de considérer cette diversité comme une chance à saisir. |
| 3.9. | En substance, il s’agit donc de donner une traduction concrète à la notion d’«action en faveur du climat». Dans ce domaine, on relève également un déficit de connaissances: bien que de nombreuses études de cas aient été réalisées, on déplore l’absence d’un effort de systématisation qui, par exemple, opérerait des distinctions en fonction des différentes catégories d’intervenants. S’il apparaît nécessaire de consentir un tel effort, c’est parce que l’hétérogénéité des ressources dont sont dotés les différents acteurs laisse supposer que les stratégies d’action peuvent elles aussi présenter la plus grande diversité. Citons à titre d’exemple:
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| 3.10. | Ces exemples démontrent qu’en dépit de la grande diversité des ressources dont ils disposent, les acteurs de la société civile fondent leurs actions sur une logique comparable. Ils n’engageront leurs propres ressources matérielles et financières et n’investiront du temps dans un projet que s’ils estiment avoir une chance réaliste d’engranger directement des résultats. A contrario, ce constat signifie également que l’incapacité à mobiliser les énergies positives entraîne un risque d’inertie, voire de résistance, par exemple à l’encontre de nouveaux projets d’investissement. |
| 3.11. | Ces exemples démontrent également que l’éventail de stratégies d’action élaborées et mises en œuvre dans toute l’Europe, essentiellement par des acteurs non étatiques, est aussi vaste et varié que la société civile elle-même. |
Apprendre à considérer comme un processus ouvert les actions en faveur du climat entreprises par la base et garantir la sécurité sociale
| 3.12. | Le monde politique se fourvoierait complètement en se bornant à assigner aux acteurs de la société civile un rôle qui serait pensé de bout en bout selon une perspective politique et qui les cantonnerait dans des approches enclenchées d’en haut. |
| 3.13. | Dans le cadre de la transition qui se dessine, il convient d’accorder une attention particulière à la préservation de la sécurité sociale. Certes, la «protection du climat par la base» signifie que l’initiative privée émanant de particuliers jouera un plus grand rôle et qu’elle suscitera de nouvelles dynamiques importantes sur le plan économique, mais une telle évolution ne saurait se faire au détriment de la sécurité sociale. |
| 3.14. | Il importe donc que les «acteurs de terrain en faveur du climat» restent inscrits dans le système de solidarité collective. Cela nécessitera dans certains cas de redéfinir la manière dont celui-ci est constitué ainsi que la nature des contributions de chacun. Le fait que le système de protection sociale s’appuyait jusqu’ici dans une large mesure sur la combustion et l’exploitation des énergies fossiles justifie à lui seul la nécessité d’un tel exercice. L’abandon de ce modèle et la transition vers une économie largement décarbonée ne doivent pas se traduire par un affaiblissement des normes sociales et du niveau de bien-être auxquels est parvenue l’Union européenne. L’alliance entre le monde politique, les autorités administratives et la société civile doit y veiller tout particulièrement. Plus encore, elle doit donner naissance à des stratégies entièrement nouvelles. L’exemple ci-dessous en constitue une bonne illustration: |
| 3.15. | Aujourd’hui, les énergies issues de sources renouvelables peuvent être produites de manière décentralisée à un prix tellement bas qu’elles offriraient même la possibilité, pour autant qu’elles soient associées à des mesures en faveur de l’efficacité énergétique, de résoudre le problème de la pauvreté énergétique (à caractère social). Les politiques devraient toutefois prévoir, pour les initiatives en la matière, un cadre juridique approprié et un accès au financement. |
L’alliance entre le monde politique, les autorités administratives et la société civile doit raviver le principe «penser à l’échelle mondiale et agir au niveau local»
| 3.16. | L’engagement de la société civile en matière de lutte contre le changement climatique s’exprime généralement à l’échelon local ou régional. Or, les négociations dans le cadre de la COP, de même que de nombreuses discussions politiques, sont menées au niveau mondial. Pourtant, le principe «penser à l’échelle mondiale et agir au niveau local» ne s’applique nulle part aussi bien qu’à la lutte contre le changement climatique. On ne peut admettre que les effets des initiatives de la société civile se trouvent dilués dans un espace mondial: ils doivent pouvoir être vécus, ressentis et perçus directement, c’est-à-dire sur le lieu même de l’action. |
| 3.17. | Pour la politique européenne, cette nécessité implique d’adopter une approche différente et d’approfondir la réflexion: par exemple, la logique du protocole de Kyoto, axée sur la mise en œuvre conjointe et le mécanisme de développement propre (MOC/MDC), n’offre que peu de place au lancement d’initiatives locales. Il s’agit là d’un problème fondamental: en effet, l’action des acteurs de la société civile a régulièrement lieu à l’échelon local et régional, alors que les conditions qui l’encadrent sont principalement fixées aux niveaux national et européen. Le CESE observe avec inquiétude le fossé qui se dessine entre ces échelons. |
| 3.18. | La lutte active et concrète contre le changement climatique au moyen d’initiatives de la société civile, menée au titre du deuxième pilier de la politique climatique européenne, doit produire des effets visibles au niveau local, sans quoi les acteurs de la société civile renonceront à entreprendre quoi que ce soit. |
| 3.19. | Les régions, villes et communes jouent un rôle important. Le CESE observe avec beaucoup de satisfaction toutes les initiatives, si variées, qui ont déjà été prises pour coordonner ces activités. On songe notamment ici au sommet mondial «Climat et territoires», à la Convention des maires ou au réseau du Conseil international pour les initiatives écologiques locales (ICLEI), pour citer diverses initiatives qui peuvent désormais compter également sur un soutien des pouvoirs publics. |
| 3.20. | Le développement régional et une politique énergétique respectueuse de l’environnement pourraient se compléter efficacement si la production décentralisée d’énergie était organisée au moyen de structures locales ou régionales et si la création de valeur résultant de l’utilisation du vent, du soleil et de la biomasse s’effectuait ainsi localement. Alors que la diversification des acteurs fait donc sens, aucun document officiel de l’Union européenne ne s’est jusqu’ici penché de manière suffisamment approfondie sur les connexions stratégiques éventuelles entre ces deux domaines d’action politique. |
| 3.21. | Cela démontre bien que l’Union européenne n’exploite pas suffisamment le potentiel de la société civile. De même, la Convention des maires est considérée avant tout comme un levier pour mettre en œuvre des objectifs fixés par l’Union. En revanche, le rôle moteur qu’elle pourrait jouer dans la mise en place de nouvelles initiatives politiques n’est pas suffisamment reconnu, et elle n’y est même pas systématiquement associée. |
4. Les cinq missions d’une alliance entre le monde politique, les autorités administratives et la société civile
| 4.1. | Cette alliance devra s’acquitter des cinq missions suivantes: |
| 4.1.1. | Premièrement, nous avons besoin de mieux comprendre quelles sont les initiatives que les acteurs de la société civile, dans leurs différentes fonctions, envisagent et souhaitent mener à bien en matière de lutte contre le changement climatique. |
| 4.1.2. | Deuxièmement, il convient de recenser les problèmes et obstacles structurels entravant leur bonne mise en œuvre et d’y remédier. Il en découle pour le niveau politique le devoir de supprimer les obstacles bureaucratiques et les procédures complexes qui conditionnent l’inaction des acteurs issus de la société civile ou qui constituent des entraves majeures à leurs initiatives. La Commission européenne a fait un premier pas dans cette direction avec sa communication intitulée «Une nouvelle donne pour les consommateurs d’énergie» (4). Cette initiative est cependant loin d’être suffisante, notamment en raison de la définition beaucoup trop étroite qu’elle donne de la notion de «prosommateur» (5). |
| 4.1.3. | Troisièmement, les initiatives couronnées de succès doivent être encore mieux mises en lumière. |
| 4.1.4. | Quatrièmement, il importe de citer les conditions et facteurs qui ont contribué de façon décisive à cette réussite. |
| 4.1.5. | Cinquièmement, il s’agit de développer un cadre politique qui crée les conditions nécessaires à la prise d’initiatives, afin que les acteurs de la société civile puissent élaborer et mettre en œuvre leurs plans d’action en faveur du climat. La diffusion du cadre d’action est à considérer comme une mission intrinsèque de la gouvernance à plusieurs niveaux, étant donné que la mise en œuvre de celui-ci implique à la fois que les décideurs politiques de l’échelon européen, national et infranational aient la même manière d’appréhender la question et qu’ils agissent de manière coordonnée. |
| 4.2. | L’exécution des missions nécessite un appui administratif supplémentaire, les tâches suivantes, qui constituent le fondement des discussions dans le cadre de l’alliance entre le monde politique, les autorités administratives et la société civile, devant être effectuées:
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| 4.3. | Le rôle du monde politique et des autorités administratives sera de coordonner cette alliance (le cas échéant en coopération avec le CESE), de traiter les obstacles qui surviennent et d’y remédier dans la mesure du possible, ou du moins apporter des réponses sans ambiguïté quant à la pertinence supposée de certaines initiatives. |
Le nécessaire cadre d’action — incidences sur le financement des actions de la société civile en faveur du climat et le développement de nouveaux modèles économiques
| 4.4. | La mise en place d’un cadre d’action qui reconnaisse les rôles des acteurs de la société civile dans toute leur diversité, prenne acte des différences de ressources disponibles, tienne compte des facteurs de réussite et crée des conditions-cadres positives est le seul moyen pour que les acteurs de la société civile puissent accéder aux capitaux et aux autres sources d’investissement. Sur le plan pratique, cette question représente pour l’heure un réel problème, que les responsables politiques ne prennent pas suffisamment en considération. En effet, l’accord de Paris a d’énormes répercussions financières dépassant largement les capacités du Fonds vert pour le climat, qui s’élèvent à 100 milliards de dollars par an. |
| 4.5. | Les banques et autres bailleurs de fonds de dimensions modestes et d’ancrage local, précisément, n’accordent de crédits aux initiatives de la société civile en faveur du climat que s’ils sont relativement certains de pouvoir se refinancer. Le cadre politique doit pouvoir satisfaire également à cette condition, à savoir le refinancement à moindres risques des fonds prêtés aux acteurs de la société civile pour des projets en faveur du climat. |
| 4.6. | Le cadre d’action doit offrir une sécurité à long terme pour la planification et les investissements. Rien n’est plus dommageable à l’indispensable engagement que l’insécurité résultant de perpétuels changements de cap dans l’élaboration des politiques. |
| 4.7. | Des offres d’investissement de substitution sont nécessaires pour des projets porteurs à l’échelon local, dont les acteurs issus de la société civile puissent évaluer et gérer eux-mêmes les possibilités et les risques après s’être forgé leur propre opinion, par exemple en tant que membre d’une coopérative. Lorsque la collectivité se rend compte que les investissements «lui arrivent» et ne sont pas dilués de manière anonyme dans la structure des établissements financiers et des grands investisseurs, cela contribue également à rétablir quelque peu la confiance dans les institutions financières, qui avait été ébranlée. |
| 4.8. | Dans la mesure où l’on dispose d’un cadre solide et sain, une autre croissance est possible, dans un environnement économique modifié. Cette «croissance» nouvelle accordera probablement autant d’importance au capital social qu’au capital financier. Elle permettra de contrer partiellement, grâce au développement du concept de «prosommation», l’aliénation due au travail et d’organiser plus vigoureusement le partage des tâches dans des structures communautaires. Elle recèlera un potentiel considérable pour l’innovation sociale, laquelle est indispensable à la réalisation d’une politique climatique ambitieuse. De nouvelles fonctions, que les termes de «prosommateurs», «plates-formes» et «agrégateurs» ne permettent encore de décrire que de manière imprécise, sont en train de voir le jour. La «prosommation», tout particulièrement, peut être considérée comme un facteur essentiel de succès sur la voie d’un mode de vie et d’un système économique durables. |
| 4.9. | Cette nouvelle forme d’économie ne relève pas de l’utopie: au contraire, elle peut d’ores et déjà être vue à l’œuvre dans bon nombre d’initiatives en faveur du climat, organisées essentiellement à l’échelle locale, et elle se prête dès lors aussi à être transposée par ailleurs. La transposition, la reproduction et la diffusion de telles pratiques doivent être réalisées d’urgence non seulement au regard des objectifs de préservation du climat que l’on s’efforce d’atteindre, mais surtout parce qu’elles constituent une condition indispensable pour réduire les coûts du changement et éviter que les visées climatiques n’entrent en conflit avec celles de la politique sociale. |
| 4.10. | Le CESE souligne que l’accord de Paris consacre expressément la nécessité que le monde du travail soit remodelé de manière appropriée, ce que la conférence de Lima sur le climat avait déjà relevé. Ce sont des emplois de haute valeur, qualitativement parlant, qui doivent être créés dans le cadre du nouveau modèle économique. Il est possible d’y parvenir par la voie d’un dialogue social vigoureux et au moyen de négociations collectives dans lesquelles les entrepreneurs s’engageront, et qui devront s’accompagner de contenus tangibles ou de mesures tels que des dispositifs de formation continue, afin de doter les travailleurs des nouvelles qualifications requises dans le contexte de la transition énergétique et du tournant écologique, et des mesures destinées à renforcer les systèmes de protection sociale. Ici aussi, un cadre d’action positif est nécessaire; en effet, lui seul donne aux acteurs de la société civile la possibilité de compenser les pertes d’emplois et de compétitivité dans certains secteurs, qui sont la conséquence inéluctable de tout processus de transformation, et d’assurer ainsi une croissance économique qui soit à la fois sociale, durable et inclusive. |
Bruxelles, le 14 juillet 2016.
Le président du Comité économique et social européen
Georges DASSIS
(1) Voir le débat qui a eu lieu le 20 janvier 2016, lors d’une session plénière.
(2) Voir le document de travail du FMI intitulé «How Large Are Global Energy Subsidies?» (À combien s’élèvent les subventions énergétiques mondiales?) (WP/15/105).
(3) JO C 128 du 18.5.2010, p. 18.
(4) COM(2015) 339 final.
(5) JO C 82 du 3.3.2016, p. 22.
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