Initiative législative52019IR0617

Avis du Comité européen des régions — Mettre en œuvre l’accord de Paris grâce à une transition énergétique innovante et durable au niveau régional et local

CELEX52019IR0617
TypeInitiative législative
Datemercredi 9 octobre 2019

Résumé IA

Le Comité européen des régions souligne le rôle central des collectivités locales et régionales dans la mise en œuvre de l'accord de Paris, en appelant à une transition énergétique innovante et durable ancrée dans les territoires. Il préconise un renforcement de la gouvernance multi-niveaux, un accès direct des régions aux financements climatiques et une intégration des spécificités locales dans les plans nationaux énergie-climat. Cet avis invite les États membres, dont la France, à associer pleinement les régions et métropoles à la conception et à l'exécution des politiques de décarbonation.

Texte intégral

5.2.2020

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 39/72


Avis du Comité européen des régions — Mettre en œuvre l’accord de Paris grâce à une transition énergétique innovante et durable au niveau régional et local

(2020/C 39/16)

Rapporteur

:

Witold STĘPIEŃ (PL/PPE), membre de la diétine de Łódź

Document de référence

:

avis d’initiative

RECOMMANDATIONS POLITIQUES

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS

Mettre en œuvre l’accord de Paris en opérant une transition énergétique rapide, efficace et à plusieurs niveaux

1.

souligne qu’une transition énergétique innovante et durable nécessite une transformation radicale du système énergétique dans son ensemble, depuis la production jusqu’au transport et à la consommation, ce qui aura une incidence directe sur les infrastructures, le marché, l’environnement et la société. C’est l’occasion de développer un marché de l’énergie plus sûr, équitable et transparent, de créer des réseaux transfrontières, d’améliorer l’accès aux énergies renouvelables et leur distribution, d’éradiquer la précarité énergétique et de préserver les droits des consommateurs et des prosommateurs dans le système énergétique;

2.

prend acte des conclusions du rapport spécial du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et convient parfaitement que la limitation du réchauffement de la planète à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels exige une action immédiate et une transition de grande envergure englobant tous les secteurs vers un système énergétique durable et à faible taux d’émissions (1). L’ampleur de cette transition requiert des solutions intégrées et une coopération étroite à tous les niveaux de pouvoir et de la société civile en vue d’atteindre les objectifs de développement durable, ainsi que les objectifs de l’accord de Paris;

3.

se félicite que le Parlement européen (2) ait reconnu la nécessité d’adopter une approche d’anticipation en vue d’assurer une transition équitable pour les citoyens de l’Union européenne et de soutenir les régions les plus touchées par la décarbonation, dans la mesure où la transition vers une Europe neutre pour le climat rend l’économie plus compétitive, protège la planète et améliore la santé et le bien-être de nos citoyens;

4.

accueille favorablement la proposition d’Ursula von der Leyen, la présidente élue de la Commission européenne, relative à un «pacte vert européen» (Green deal), assorti de la première législation européenne sur la neutralité climatique destinée à consacrer l’objectif de neutralité climatique à l’horizon 2050, et se félicite en particulier de la création d’un nouveau fonds pour une transition équitable, qui aidera les régions charbonnières à se tourner vers une énergie propre tout en renforçant la compétitivité européenne;

5.

invite la Commission et les États membres à soutenir un objectif à moyen terme solide, conforme aux objectifs de l’union de l’énergie, qui constituerait une étape essentielle pour parvenir à zéro émission de GES d’ici à 2050 (3), et à relever le niveau d’ambition des contributions déterminées au niveau national de l’Union (CDN) (4), et ce, en se fixant pour l’ensemble de l’économie un objectif de réduction d’au moins 50 % des émissions de GES domestiques d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 1990 et en mettant plus particulièrement l’accent sur les secteurs diffus dont les émissions ne sont pas limitées par l’application du système européen d’échange de droits d’émission; réitère son appel en faveur d’objectifs plus ambitieux mais à la fois réalistes en matière d’efficacité énergétique et d’énergies renouvelables au niveau de l’Union, qui devraient être relevés à 40 % d’ici 2030, et en faveur d’un large soutien au développement de technologies innovantes qui permettrait de progresser plus avant;

6.

appelle à un degré d’engagement et de responsabilisation approprié de tous les niveaux de gouvernement dans l’élaboration, la mise en œuvre et le suivi d’actions en matière d’énergie et de climat qui soient efficaces et ciblées; fait observer qu’à cet égard, une grande responsabilité incombe à l’Union européenne et aux États membres, étant donné qu’ils en définissent le cadre général; estime que les collectivités locales et régionales (CLR) sont les mieux placées pour faire participer leurs communautés, attirer des investisseurs privés et mettre en œuvre des mesures ambitieuses et opportunes, non seulement en tant qu’entités qui administrent, mais aussi comme prestataires de services énergétiques et acheteurs importants de services énergétiques (réseaux électriques, services de chauffage et transports publics, éclairage, par exemple); souligne, en outre, que les collectivités locales et régionales peuvent donner l’exemple et inspirer leurs communautés;

Transférer les connaissances et favoriser la cohésion pour permettre une transition énergétique à un rythme harmonisé dans l’ensemble de l’Europe: soutenir les îles et les régions à forte intensité de carbone et de charbon

7.

constate que le changement climatique est un défi planétaire et que les progrès réalisés par l’Union européenne en vue de parvenir à une économie neutre pour le climat d’ici à 2050 doivent être rejoints par des engagements similaires de la part des pays tiers; souligne, à cet égard, le risque que représente pour l’Union européenne la compétitivité au niveau mondial de pays tiers qui ne poursuivent pas d’objectifs tout aussi ambitieux en matière de climat. Invite par conséquent la Commission et les États membres à continuer à faire du changement climatique une priorité diplomatique stratégique afin de parvenir à des conditions de concurrence équitables à l’échelle mondiale;

8.

fait valoir l’importance de la gestion de la transition énergétique aux niveaux les plus proches des citoyens, de la compréhension des caractéristiques locales et régionales et de la prise en compte des contraintes et des besoins financiers, historiques, géographiques et géopolitiques; invite les États membres — avec le soutien des institutions européennes — à faire preuve d’une plus grande solidarité et à opérer une transition énergétique durable à un rythme harmonisé, tout en favorisant le développement économique et la cohésion sociale en Europe, avec une attention et un soutien particuliers pour les zones minières et pour les îles touchées par le dépeuplement, qui vont être très affectées par la destruction de l’emploi que cette transition implique;

9.

salue les initiatives de la Commission, notamment le dispositif relatif aux régions charbonnières et à celles en transition qui présentent une forte intensité de carbone, ainsi que le projet «Une énergie propre pour les initiatives des îles de l’Union européenne», qui visent à soutenir les régions plus vulnérables aux menaces économiques et sociales, dont les caractéristiques rendent cette transition plus difficile et urgente à dûment mettre en œuvre, et à leur fournir une assistance technique;

10.

attire l’attention sur le fait qu’il existe actuellement 41 régions charbonnières de niveau NUTS-2 réparties dans 12 États membres de l’Union européenne (dont le Royaume-Uni) et que le secteur du charbon fournit approximativement 240 000 emplois directs dans les mines de charbon et les centrales au charbon, ainsi que près de 215 000 emplois indirects; En outre, certaines régions sont très dépendantes d’activités à forte intensité de carbone, notamment dans le secteur de l’acier, du fer ou de la tourbe. Le Comité demande dès lors à l’Union européenne et à ses États membres d’apporter un soutien technique et financier pour garantir la sécurité de l’approvisionnement dans les régions touchées par des changements systémiques et pour atténuer les effets sociaux et économiques négatifs de la transition;

11.

note que plus de 2 200 îles habitées d’Europe, où vivent 12 millions de personnes, sont particulièrement touchées par la transition énergétique, étant donné qu’elles souffrent à la fois de prix élevés de l’énergie et d’une forte dépendance à l’égard des combustibles fossiles. Dans le même temps, les îles peuvent servir de bancs d’essai précieux pour tester des solutions énergétiques évolutives et durables en vue de passer à un système sans combustibles fossiles et de réduire les subventions actuellement accordées à ceux-ci;

12.

soutient le développement de pôles d’innovation régionaux en vue de rapprocher les acteurs de la recherche, les universités et l’industrie; fait observer que ces pôles devraient servir de caisse de résonance, en informant et en sensibilisant les citoyens et les communautés locales et en offrant un espace qui permette de concevoir et de mettre en œuvre de manière interactive les stratégies régionales d’innovation;

13.

sachant que la transition vers l’énergie propre a déjà permis de créer deux millions d’emplois dans l’ensemble de l’Union, demande que soient créés des centres régionaux de formation professionnelle dans le contexte de la transition énergétique afin de renforcer les capacités (dont les compétences numériques) et d’offrir des formations pour adapter les compétences professionnelles des salariés afin de leur permettre de s’orienter vers des industries plus durables;

14.

demande également que l’accent soit davantage mis sur la transition énergétique dans le cadre des programmes Erasmus et Erasmus+, afin d’étendre la prise de conscience à son égard ainsi que de donner aux personnes qu’elle affecte des possibilités supplémentaires d’améliorer leur potentiel, grâce aux échanges et au partage de connaissances; réaffirme son soutien aux «partenariats stratégiques» (5) dans le contexte de la gestion décentralisée, qui permettent l’échange de bonnes pratiques en matière d’innovation énergétique entre collectivités locales et régionales dans le cadre de projets transfrontaliers et transnationaux;

15.

souligne qu’en raison de leur histoire, les régions à forte intensité de charbon et de carbone méritent d’être reconnues en ce qui concerne leur développement économique spécifique et l’importance de l’énergie pour le développement de la civilisation. Bon nombre d’entre elles ont développé un savoir et une approche culturelle qui leur sont propres concernant l’importance de modifier les schémas de la production d’énergie et sont également ouvertes à l’innovation ainsi qu’au développement économique et social dans le secteur de l’énergie. Ces traditions (ressources) et possibilités devraient être mobilisées pour servir au développement de stratégies régionales, incluant le transfert de connaissances et la requalification ainsi que l’orientation de l’expertise et du travail vers des technologies et des innovations à faible intensité de carbone;

Investir dans une transition énergétique pérenne pour l’Europe

16.

note que la transition énergétique offre une excellente occasion d’investir dans des infrastructures pérennes et de mener une transformation qui aurait des retombées positives pour la qualité de vie de tous les européens; invite dès lors la Commission et les États membres à doter les collectivités locales et régionales de ressources, de mandats et d’un soutien adéquats pour accélérer la transition énergétique dans toute l’Europe;

17.

se félicite dans cette perspective de l’annonce de la présidente élue de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, de la création d’un nouveau fonds pour une transition équitable, et appelle à une étroite articulation du financement avec la politique de cohésion sur la période 2021-2027 afin de permettre aux régions charbonnières de niveau NUTS 2 concernées de renforcer leurs programmes opérationnels, car ce sont elles qui rencontrent le plus de difficultés pour rendre leurs économies plus écologiques et garantir une transition énergétique juste à leurs citoyens. Cette allocation ne devrait pas être calculée dans les limites proposées à l’annexe XXII, mais être mise à disposition en tant que financement supplémentaire. Ce financement supplémentaire pourrait alors être utilisé durant les sept années à venir pour renforcer les programmes du FEDER et du FSE dans ces zones de niveau NUTS-2 et promouvoir ainsi activement la valeur ajoutée de l’Union européenne;

18.

demande, outre une meilleure intégration du changement climatique dans le budget, que des mesures efficaces viennent progressivement supprimer les subventions, directes et indirectes, allouées aux combustibles fossiles, comme les exonérations fiscales dont bénéficie actuellement le carburant pour avion, de manière à créer un environnement concurrentiel où les énergies renouvelables puissent évoluer à armes égales avec les autres, à encourager un changement de comportement et à dégager les ressources nécessaires pour soutenir une transition équitable; se félicite à cet égard du débat lancé par la présidente élue de la Commission, Ursula von der Leyen, concernant la tarification du carbone et la taxation du carbone aux frontières;

19.

met en avant l’importance des taux de cofinancement pour les fonds de l’Union européenne, en vue de faciliter l’accès des petites collectivités et des îles à ces fonds; invite à renforcer leur capacité à servir de «laboratoires» de la transition énergétique, en élaborant des solutions innovantes et en menant une action coordonnée axée sur les cadres stratégiques, les mesures réglementaires, le financement, la coopération et l’engagement des parties prenantes;

20.

se félicite de la proposition de cadre financier pluriannuel pour la période 2021-2027, qui met l’accent sur le développement durable, et réitère son appel à consacrer plus de 30 % du budget à l’intégration transversale de la politique climatique; préconise de renforcer le soutien accordé au développement de stratégies de spécialisation intelligente afin de développer et de mettre des produits et des processus innovants sur le marché européen (6); se félicite de la proposition de faire des villes intelligentes et neutres pour le climat un domaine de recherche prioritaire pour les dans le cadre du programme Horizon Europe, en vue de stimuler la recherche et l’innovation dans l’Union européenne;

21.

recommande d’augmenter le taux de financement proposé de 60 % à 70 % pour les organisations à but lucratif et à 100 % pour les autorités publiques et les organisations à but non lucratif dans le cadre du sous-programme LIFE consacré à la transition vers une énergie propre, et de maintenir l’attrait pour les collectivités locales et régionales et les petites organisations telles que les agences locales de l’énergie; se félicite de la création du Fonds européen d’investissement et suggère que cette possibilité soit mise à profit pour faciliter la transition énergétique, en particulier dans les régions vulnérables; propose que dans ces programmes, des points supplémentaires soient accordés aux projets mis en œuvre dans les régions en transition;

22.

eu égard au cadre relatif aux aides d’État après 2020, préconise une augmentation du niveau des aides d’État autorisées de même qu’une souplesse suffisante pour les projets liés à la transition énergétique dans les régions charbonnières, à forte intensité de carbone et dans les îles, ainsi que dans les communautés locales, afin d’encourager les entreprises à investir;

23.

demande la création de mécanismes de soutien et de financement pour des projets de plus grande ampleur en matière de transition énergétique dans les régions classées «charbonnières» et «à forte intensité de carbone», et ce pour plusieurs raisons: (1) ne pas attendre que les conséquences de la transition affectent irrémédiablement ces régions; (2) permettre de relever les plafonds des taux d’aide pour toutes les entreprises, en particulier les grandes, en raison de leur potentiel d’investissement sur le territoire et de leur rôle de locomotives; (3) autoriser d’autres mesures d’atténuation des effets de la transition, telles que l’augmentation du niveau des aides au titre des fonds FEDER; 4) les régions charbonnières devraient être considérées comme des zones pouvant prétendre à un soutien spécifique, au titre de l’article 107, paragraphe 3, points a) et c), du TFUE, et les règles de l’Union européenne en matière d’aides d’État devraient être adaptées en conséquence pour ces régions;

24.

réitère son appel à réduire les formalités administratives et à simplifier les mécanismes liés à l’élaboration des projets et au renforcement des capacités des collectivités locales et régionales, ainsi qu’à poursuivre la mise en place d’une assistance technique sur mesure pour aider les villes et les régions à garantir l’investissement dans des projets ambitieux, à la fois pour accéder aux programmes JASPERS et ELENA de la Banque européenne d’investissement et pour développer des projets susceptibles d’être financés, y compris des projets de moindre envergure; attend à cet égard avec intérêt les propositions annoncées par la présidente élue de la Commission, Ursula von der Leyen, relatives à une banque européenne pour le climat;

25.

insiste sur la nécessité de développer plus de synergies entre les différentes sources de financement aux échelons européen, national et régional, ainsi que de renforcer les synergies entre financement public et privé, afin d’améliorer l’efficacité de la transition vers une énergie propre;

26.

soutient l’instauration d’une facilité financière pour les régions charbonnières et à forte intensité de carbone en vue de leur fournir une assistance financière et technique à un stade très précoce de l’élaboration des projets; recommande d’associer les stratégies régionales nouvellement mises au point aux plans complets d’abandon des combustibles fossiles et des pratiques non durables, tout en créant des possibilités d’emplois de qualité;

Promouvoir l’innovation et l’utilisation stratégique des technologies

27.

fait observer que les collectivités locales et régionales font déjà office de facilitateurs et de catalyseurs d’innovation sociale, gouvernementale et technologique, en fournissant des plateformes organisationnelles et institutionnelles qui permettent aux parties prenantes de s’associer et de contribuer au développement conjoint de stratégies pour une transition énergétique juste, durable et innovante;

28.

souligne qu’un large éventail de solutions techniques pour une Europe rentable et neutre sur le plan climatique sont déjà disponibles sur le marché et qu’il est possible d’obtenir une réduction à hauteur de 86 % des émissions de CO2 (7) dans un système énergétique interconnecté grâce aux technologies existantes;

29.

souligne la nécessité d’encourager le développement de dispositifs de stockage de l’énergie qui soient novateurs et ne dépendent pas de matières premières rares ou fortement concentrées géographiquement, ainsi que de progresser en ce qui concerne les technologies et les filières commerciales de captage, d’utilisation et de stockage du CO2 pour les processus industriels que l’on ne peut totalement décarboner en l’état actuel des connaissances (l’industrie sidérurgique intégrée, par exemple);

30.

souligne que les principaux obstacles à une mise en œuvre rapide des technologies à faible intensité de carbone sont liés au manque de ressources financières et humaines, aux politiques, réglementations et structures organisationnelles existantes qui restent tributaires de chaînes de valeur basées sur les combustibles fossiles, ainsi qu’aux facteurs socioculturels tels que l’absence d’acceptation sociale, sachant surtout que dans les régions charbonnières, il pourrait s’ensuivre une destruction de l’emploi et un dépeuplement; convient dès lors qu’il est nécessaire d’ancrer l’innovation dans des contextes locaux spécifiques et de prendre en considération d’entrée de jeu les incidences sur l’ensemble du système et de la collectivité, tout en évitant que ne s’enclenchent des processus risquant de provoquer un déficit d’acceptation sociale;

31.

demande la poursuite de la simplification administrative et de la réduction des obstacles réglementaires au développement et au déploiement de technologies et de modèles d’entreprise nouveaux et innovants;

32.

demande une amélioration de l’intégrité et du fonctionnement du système d’échange de quotas d’émission de l’Union, assortie d’un soutien en faveur d’un approvisionnement énergétique durable, fiable et abordable pour les régions et les groupes vulnérables;

À défis complexes, solutions communes: appel à contribution à tous les niveaux pour réaliser les objectifs de l’accord de Paris

33.

insiste sur la nécessité de faire participer tous les acteurs — citoyens, industrie et secteur privé, et de faire adhérer à ce processus en particulier ceux qui sont réticents, en mettant en lumière tous les bénéfices qui peuvent découler de la transition énergétique: amélioration de la qualité de l’air, de la santé, de l’environnement, des espaces verts, de la biodiversité, énergie moins chère, etc.;

34.

se félicite de l’adoption du train de mesures «Une énergie propre pour tous les européens» (8) et souligne l’importance d’une participation effective du public et d’une coopération régionale dans le cadre de l’élaboration et de la mise en œuvre des plans nationaux en matière d’énergie et de climat (9); invite les États membres à mettre en place un dialogue permanent à plusieurs niveaux sur le climat et l’énergie avec les collectivités locales et régionales et d’autres parties prenantes dans le cadre de la transition énergétique (10) et à renforcer la coordination horizontale et verticale systématique de la prise de décision au niveau politique et technique, vu l’importance cruciale de ce dialogue avec les collectivités locales et régionales et les agences de l’énergie, qui jouent un rôle essentiel de par leur connaissance approfondie du territoire;

35.

souligne qu’il est urgent de tirer pleinement parti de la complémentarité entre les contributions déterminées au niveau national et celles déterminées au niveau local/régional, en appuyant les plans d’intégration volontaires locaux et régionaux (11), en alignant les exigences en matière de publication des rapports et en maximisant les impacts au sein des différents secteurs (12) et niveaux de pouvoir;

36.

souligne que plus de 9 000 collectivités locales et régionales dans toute l’Europe se sont engagées à adopter des objectifs ambitieux visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à lutter contre le changement climatique en prenant part à des initiatives telles que la Convention des maires, et en mettant au point des stratégies et des plans d’action qui répondent directement aux besoins de leurs communautés et correspondent à la vision d’un avenir plus durable de ces dernières;

Façonner une transition énergétique centrée sur les personnes

37.

reconnaît que les citoyens et les communautés énergétiques disposent aujourd’hui d’occasions inédites de devenir des «prosommateurs» (acteurs actifs du marché) et se félicite de la mise en place officielle de communautés énergétiques locales dans le train de mesures sur l’énergie propre, tout en demandant, pour une pleine exploitation du potentiel de ces structures, que soit fourni un ensemble clair de droits et obligations et d’exigences en matière de soutien au niveau national;

38.

réitère l’appel par lequel, pour favoriser l’autonomisation des consommateurs et les responsabiliser dans leur consommation d’énergie, il préconisait de déployer, pour autant qu’il soit satisfait à l’intérêt économique de l’utilisateur final, des réseaux et compteurs intelligents qui soient abordables, rentables par rapport à leur coût, performants, propres à faire baisser la fraude, faciles à utiliser, sûrs et adaptés à leurs besoins et attentes en matière d’information, de maîtrise de leur consommation et de réduction de leur facture;

39.

encourage la Commission et les États membres à exploiter pleinement le potentiel de la production décentralisée par les prosommateurs, en favorisant le développement de réseaux énergétiques et en garantissant la sécurité réglementaire pour les investissements énergétiques, tant à petite qu’à grande échelle, de même qu’en renforçant l’accès des consommateurs aux systèmes, aux services et aux plateformes numériques de transmission et de distribution;

40.

souligne la nécessité de disposer de règles de marché claires, de politiques stables, de procédures administratives simplifiées et flexibles et de dispositifs de soutien financier ciblés pour accélérer la transition énergétique;

Renforcer les synergies en vue d’un changement systémique transsectoriel

41.

reconnaît que le secteur thermique constitue un élément essentiel du couplage sectoriel et représente la solution la plus rentable, pour arriver à articuler, jusqu’à un pourcentage de 87 % ou plus, les apports des énergies renouvelables variables avec les technologies déjà disponibles, tout en assurant la souplesse voulue et en garantissant la stabilité d’un système énergétique global intégré et durable (13); relève qu’il existe actuellement d’énormes pertes d’énergie, tels les surplus de chaleur générés par la production d’électricité, qui, en théorie, seraient capables de couvrir les besoins de tout le parc immobilier de l’Europe (14), lequel est directement responsable de 36 % des émissions de CO2 et est considéré pour près de 75 % comme inefficace au plan énergétique (15);

42.

fait valoir qu’une transition énergétique durable doit prendre en considération le système énergétique dans son ensemble, en reliant la production, la fourniture, la distribution et la consommation; soutient sans réserve le premier impératif d’efficacité et l’engagement d’accroître l’objectif actuel de 32 % d’énergies renouvelables pour le porter à 40 % d’ici 2030, de manière à ralentir le rythme du réchauffement anthropique de la planète et à atteindre la neutralité climatique pour 2050, et demande la mise en place d’un marché de l’énergie intégré et intersectoriel dans lequel il faut réglementer en matière de perte d’énergie et assurer une fourniture efficace des énergies renouvelables;

43.

attire l’attention sur les défis liés à la mise en œuvre d’une transition énergétique durable pour les régions ultrapériphériques; à cet égard, invite la Commission européenne à reconnaître les contraintes inhérentes à ces régions et à adopter une législation permettant de les placer au moins sur un pied d’égalité avec les autres régions d’Europe;

44.

souligne que la transition énergétique constitue l’occasion de façonner un système énergétique plus sûr et à l’épreuve du temps, en augmentant l’efficacité énergétique et en diminuant la consommation, en développant les énergies renouvelables de même qu’en mettant en place des infrastructures et des interconnexions dans toute l’Europe afin de réagir rapidement aux ruptures d’approvisionnement; appuie dès lors le développement de synergies entre les zones urbaines et rurales en vue de conjuguer leurs potentialités en matière de production d’énergies renouvelables et de gestion du gaspillage énergétique, en recourant à des infrastructures énergétiques optimisées, générant peu de pertes et plus résilientes;

45.

met en avant l’importance de l’économie circulaire en tant que partie intégrante d’une transition énergétique durable, en utilisant des concepts de cycle de vie pour la demande et l’offre d’infrastructures, de produits et de services. Les marchés publics disposent d’un potentiel important de réduction de l’impact climatique. Cette approche doit être soutenue par des prescriptions d’écoconception, des normes et des systèmes d’information pour les données relatives au cycle de vie, tant au niveau de l’Union européenne que des États membres; attire l’attention sur l’achat de solutions innovantes comme instrument stratégique pour soutenir cette approche intégrée, dans le cadre de laquelle les collectivités locales et régionales peuvent jouer un rôle crucial afin d’assurer une mise en œuvre multisectorielle et une mise à niveau;

46.

souligne que pour parvenir à une transition à plusieurs niveaux, tant dans les régions que dans les municipalités, les collectivités locales et régionales pourraient nommer des gestionnaires d’énergie chargés de coordonner efficacement les politiques en matière de climat et d’énergie à différents niveaux;

47.

encourage ses membres à créer un intergroupe qui réunirait des représentants des régions charbonnières et à forte intensité de carbone, ainsi que des experts et des parties prenantes concernées afin de travailler sur des propositions concrètes en faveur d’une transition énergétique innovante et durable et d’échanger les bonnes pratiques dans l’ensemble de l’Union.

Bruxelles, le 9 octobre 2019.

Le président

du Comité européen des régions

Karl-Heinz LAMBERTZ


(1) Un scénario mondial conforme aux objectifs de l’accord de Paris préconiserait que les sources d’énergie renouvelables fournissent 70 à 85 % de l’électricité d’ici 2050. Selon les statistiques publiées par l’Agence européenne pour l’environnement (AEE) pour l’année 2017, le secteur de l’approvisionnement énergétique est la première source (28 %) d’émissions directes de gaz à effet de serre (GES) dans l’Union européenne.

(2) Résolution du Parlement européen du 14 mars 2019 sur le changement climatique — une vision européenne stratégique à long terme pour une économie prospère, moderne, compétitive et neutre pour le climat conformément à l’accord de Paris — 2019/2582(RSP).

(3) COM(2018) 773 final.

(4) Dans les CDN, l’Union européenne et ses États membres se sont engagés à atteindre, d’ici 2030, l’objectif d’au moins 40 % de réduction des GES domestiques par rapport aux niveaux de 1990.

(5) CDR 3950/2018 (JO C 168 du 16.5.2019, p 49).

(6) COM(2018) 374 final.

(7) Scénario HRE 2050 par rapport à 1990, «Quantifying the Impact of Low-carbon Heating and Cooling Roadmap» (Quantification des effets des feuilles de route sur les systèmes de chauffage et de refroidissement à faible intensité de carbone).

(8) Le train de mesures «Une énergie propre pour tous les européens» fixe les objectifs suivants à l’horizon 2030: celui, contraignant, de porter la proportion des énergies renouvelables à un minimum de 32 %, et celui d’atteindre une efficacité énergétique d’au moins 32,5 %, les deux étant susceptibles d’être revus à la hausse en 2023.

(9) Règlement (UE) 2018/1999 du Parlement européen et du Conseil (JO L 328 du 21.12.2018, p. 1).

(10) CDR 830/2017 (JO C 342 du 12.10.2017, p. 111).

(11) Tels que les PAEDC de la Convention européenne des maires.

(12) Y compris l’électricité, le chauffage et le refroidissement, les transports, les déchets, l’agriculture et leurs sous-secteurs.

(13) Scénario HRE 2050 par rapport à 1990, «Quantifying the Impact of Low-carbon Heating and Cooling Roadmap» (Quantification des effets des feuilles de route sur les systèmes de chauffage et de refroidissement à faible intensité de carbone).

(14) «Guidelines for the Energy System Transition». «The Energy Union Perspective» (Orientations pour la transition du système énergétique. La perspective de l’union de l’énergie).

(15) Agence exécutive de la Commission européenne pour les petites et moyennes entreprises (EASME), «High energy performing buildings — Support for innovation and market uptake under Horizon 2020 energy efficiency» (Les bâtiments à haute performance énergétique — Soutien à l’innovation et à la commercialisation dans le cadre de l’efficacité énergétique définie par le programme Horizon 2020).