Avis institutionnel52020AE0896

Avis du Comité économique et social européen sur la «Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions: Stratégie de l’UE en faveur de la biodiversité à l’horizon 2030 — Ramener la nature dans nos vies» [COM(2020) 380 final]

CELEX52020AE0896
TypeAvis institutionnel
Datevendredi 18 septembre 2020

Résumé IA

Le Comité économique et social européen approuve la stratégie de l'UE pour la biodiversité à l'horizon 2030, tout en soulignant la nécessité d'une approche intégrée combinant protection de la nature, agriculture durable et développement économique. Il insiste sur l'importance d'associer les acteurs de la société civile et de garantir un financement adéquat pour atteindre les objectifs ambitieux de restauration des écosystèmes. Cet avis invite les institutions européennes et les États membres à traduire ces engagements en actions concrètes et juridiquement contraignantes.

Texte intégral

11.12.2020

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 429/259


Avis du Comité économique et social européen sur la «Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions: Stratégie de l’UE en faveur de la biodiversité à l’horizon 2030 — Ramener la nature dans nos vies»

[COM(2020) 380 final]

(2020/C 429/33)

Rapporteur:

Antonello PEZZINI (IT-I)

Corapporteur:

Lutz RIBBE (DE-III)

Saisine

Commission européenne, 17.6.2020

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne.

Décision du bureau

21.1.2020

Compétence

Section «Agriculture, développement rural et environnement»

Adoption en section

31.8.2020

Adoption en session plénière

18.9.2020

Session plénière no

554

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

209/5/4

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le Comité économique et social européen (CESE) se félicite des efforts fournis par la Commission européenne pour mettre au point une stratégie en faveur de la biodiversité à l’horizon 2030 dans le contexte de la réalisation du pacte vert pour l’Europe et du cadre mondial pour la biodiversité proposé par la convention sur la diversité biologique.

1.1.1.

Il regrette, dans le même temps, que les recommandations formulées par la Cour des comptes européenne en vue d’une application plus rapide de la politique en faveur de la biodiversité n’aient pas été prises en compte.

1.2.

Selon le CESE, la stratégie en faveur de la biodiversité est la voie à suivre pour placer la biodiversité européenne au cœur de la reprise post-coronavirus, pour le bien des personnes, du climat et de la planète.

1.3.

Il convient d’accroître considérablement les efforts visant à protéger les ressources naturelles encore existantes dans l’UE grâce à des opérations constantes de sensibilisation et de communication en direction de la société et, en particulier, des jeunes, en mettant en évidence les aspects positifs de la défense de la biodiversité.

1.4.

Pour atteindre cet objectif, le CESE estime, tout comme la Commission, qu’il est nécessaire d’accroître l’étendue des zones protégées, en particulier de celles qui sont strictement protégées, en limitant autant que possible l’impact sur l’agriculture et la sylviculture, bien que cela soit loin d’être suffisant pour mettre un terme au déclin de la biodiversité.

1.5.

C’est la raison pour laquelle il y a lieu, de l’avis du CESE, d’accroître sensiblement les efforts visant à restaurer les habitats et à lutter contre le déclin des espèces, dû principalement à une mise en œuvre défaillante du cadre juridique et au financement insuffisant des mesures nécessaires.

1.6.

De l’avis du CESE, il est nécessaire de souligner l’importance de la connectivité écologique; dans cette perspective, il s’impose de mettre en place un réseau transeuropéen de protection de la nature afin de remédier aux lacunes méthodologiques de la directive «Habitats».

1.7.

Le CESE reconnaît que la mise en œuvre des objectifs de restauration requiert de nouveaux objectifs juridiquement contraignants ainsi qu’un financement adéquat et autonome. Il y a cependant lieu d’encourager également les mesures prises à titre volontaire.

1.8.

Le CESE déplore que le nouveau cadre financier 2021-2027 ne contienne pas la moindre trace d’une intégration totale, efficace et cohérente de la biodiversité, et considère qu’il s’agit là d’un signe inquiétant des divergences importantes qui subsistent entre les paroles et les actes. Cela ressort également des différents rapports publiés par la Cour des comptes européenne au cours des deux dernières années sur la question de la non-compatibilité des politiques en matière d’agriculture, de climat et de biodiversité.

1.9.

Le CESE rappelle que la protection de la biodiversité ne doit pas être supportée économiquement par les agriculteurs et les propriétaires forestiers. La fourniture de ces «valeurs et biens publics» devrait plutôt constituer pour eux une source de revenus potentielle intéressante. Il considère que cette question doit faire l’objet d’une attention particulière dans le nouveau plan de relance économique au moyen d’investissements permettant, en fournissant du personnel et des ressources, de sauvegarder les objectifs de la stratégie.

1.10.

Le CESE juge essentiel que certaines partie des zones protégées deviennent des zones strictement protégées, faisant l’objet d’une gestion par non-intervention. C’est le seul moyen pour que des processus naturels purs (et non «gérés») puissent avoir lieu.

1.11.

Le CESE relève que l’objectif de transformer 10 % de la surface agricole en zones prioritaires n’est pas pris en compte dans la proposition de réforme de la PAC actuellement à l’examen, qui ne mentionne qu’une «part minimale», sans indiquer de chiffre concret. Le Comité recommande que tout objectif faisant l’objet d’une décision soit réaliste et partagé.

1.12.

Le Comité accueille très favorablement le renforcement de l’infrastructure verte et invite la Commission et les États membres à élaborer et mettre en œuvre une stratégie cohérente à cet égard.

1.13.

L’UE devrait faire du réseau transeuropéen pour l’infrastructure verte (RTE-V) une priorité d’investissement et le doter d’un financement adéquat.

1.14.

Le CESE demande à la Commission d’élaborer une stratégie à la fois solide et complète pour les forêts et le secteur forestier.

2. Contexte

2.1.

La stratégie en faveur de la biodiversité, à savoir la variété de la vie sur la Terre — constituée d’écosystèmes, de communautés, d’espèces et de ressources génétiques — est un préalable fondamental au bien-être durable et à la prospérité de l’humanité. Elle constitue une ressource en soi et fournit à la société un large éventail de services écosystémiques essentiels, de l’approvisionnement en nourriture et en eau douce à la pollinisation, en passant par la prévention des inondations. Outre des considérations purement matérielles, il existe également des arguments éthiques et moraux en faveur de la protection de la biodiversité.

2.2.

L’action de l’UE dans le domaine de la biodiversité se fonde sur différents articles du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE):

l’article 4, paragraphe 2, point e), qui établit la compétence partagée de l’Union en matière d’environnement,

l’article 11, qui intègre les exigences liées à la protection de l’environnement,

l’article 191, qui régit l’action de l’Union dans le domaine de l’environnement.

En outre, l’Union est partie à la convention des Nations unies sur la diversité biologique, signée à Rio de Janeiro en 1992 (1).

2.3.

En matière de droit dérivé, l’Union dispose de plusieurs actes juridiques portant sur la protection et la gestion durable des habitats naturels et des espèces menacées, et visant à favoriser la prise en considération de la biodiversité dans les politiques et les actions de l’UE.

2.4.

À cet égard, les dispositifs revêtant une importance particulière sont le réseau Natura 2000, un système de zones de protection déployé sur l’ensemble de l’Union, établi en vertu de la directive «Habitats» (2), qui comprend également les zones de protection spéciale (ZPS) instaurées en vertu de la directive «Oiseaux» (3), la directive-cadre «stratégie pour le milieu marin» (4) et le règlement sur les espèces exotiques envahissantes (5).

2.5.

Toutefois, malgré les instruments juridiques existants et les nombreux engagements politiques visant à enrayer la perte de biodiversité, cette dernière est gravement menacée:

une stratégie de l’UE en faveur de la biodiversité a été présentée dès 1998 et en 2001, les chefs d’État ou de gouvernement de l’UE se sont engagés, dans le cadre de la stratégie de Göteborg, à mettre un terme, au plus tard en 2010, à l’appauvrissement de la biodiversité en Europe, lequel s’était, déjà à l’époque, «considérablement accéléré», et à restaurer, dans le même délai, les habitats et les systèmes naturels,

en 2006, la Commission européenne a présenté un plan d’action de 160 mesures en faveur de la biodiversité (6) en vue d’atteindre l’objectif fixé pour 2010. Toutefois, cet objectif n’a pas été réalisé, ce qui est dû au fait qu’il existe un fossé manifeste entre les ambitions et la réalité, ce que le CESE a critiqué à plusieurs reprises dans de nombreux avis,

en mai 2011, à la suite de la convention sur la diversité biologique, qui souligne la nécessité de sensibiliser davantage l’opinion publique aux avantages liés au respect de la biodiversité (article 13), l’UE a présenté une autre stratégie en faveur de la biodiversité, qui comprend des mesures très similaires à celles de ses stratégies et programmes antérieurs dans le domaine de l’environnement adoptés entre-temps. Cette stratégie aurait dû mettre un terme à la perte de biodiversité et à la dégradation des services écosystémiques dans l’Union européenne avant 2020,

en 2017, la Commission a adopté un plan d’action afin d’aider les États membres à assurer la conservation des espèces et des habitats. Le plan comportait quinze actions à mettre en œuvre avant 2019 aux fins de l’application des directives dans le domaine de la protection de la nature.

2.6.

Tous les programmes de l’UE en faveur de la biodiversité comportaient des objectifs très ambitieux, que le CESE a toujours soutenus. Les résultats n’ont toutefois pas été à la hauteur. En conséquence, près d’un quart des espèces animales et végétales sauvages en Europe sont actuellement menacées d’extinction, les insectes et les pollinisateurs sont en déclin rapide et l’état des écosystèmes s’est dégradé à un point tel qu’ils ne sont plus en mesure d’assurer pleinement leurs précieux services. Cette dégradation engendre d’énormes pertes sociales et économiques dans les pays de l’Union.

2.7.

Les cinq causes principales du déclin de la biodiversité — à savoir les changements d’utilisation des sols et des mers, la surexploitation des ressources naturelles, la pollution, le changement climatique et l’introduction d’espèces exotiques envahissantes et leur propagation — se sont encore aggravées depuis lors, annulant largement les effets positifs partiels des mesures prises pour atténuer le problème.

2.8.

L’UE porte une grande responsabilité à cet égard, notamment par l’intermédiaire de ses politiques agricole et de la pêche, qui définissent un cadre stratégique et sont dotées d’une enveloppe se chiffrant en milliards d’euros. Bien que la nécessité de réformer ces secteurs ait été régulièrement pointée et reconnue depuis plus de 20 ans, presque rien n’a été fait jusqu’à présent. À cet égard, le CESE attire l’attention sur les divers rapports de la Cour des comptes européenne (7), dont certains publiés très récemment, et constate qu’ils sont malheureusement presque totalement ignorés dans les documents de la Commission, du Conseil et du Parlement européen sur le sujet.

2.9.

En 2019, un rapport de la plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) a fait état d’une accélération de l’extinction des espèces et d’un déclin de la santé des écosystèmes à l’échelle planétaire. Le rapport insiste en outre clairement sur le fait que la perte de biodiversité ne pourra être ni freinée ni endiguée en l’absence de changements fondamentaux et structurels dans la société. Les auteurs du rapport s’attendent à ce que la transformation nécessaire se heurte à la forte opposition des bénéficiaires du statu quo. Il est toutefois possible et indispensable, dans l’intérêt général, de surmonter ces obstacles (8). Une enquête Eurobaromètre menée dans les États membres de l’UE en décembre 2018 auprès de plus de 27 000 personnes a révélé que les citoyens de l’Union sont de plus en plus conscients de la signification et de l’importance de la biodiversité.

2.10.

Il serait opportun d’inclure dans l’agenda territorial européen, par ailleurs mentionné dans le programme de la présidence allemande du Conseil, une référence forte à la défense de la biodiversité (9).

3. Stratégie de l’UE en faveur de la biodiversité à l’horizon 2030

3.1.

La stratégie de l’UE en faveur de la biodiversité à l’horizon 2030 poursuit, dans une large mesure, les mêmes objectifs que les stratégies précédentes.

3.2.

Elle se fonde sur les recommandations du Conseil, selon lesquelles l’UE et ses États membres doivent donner l’exemple et intensifier leurs efforts pour lutter contre la perte de biodiversité et restaurer les écosystèmes. En décembre 2019, le Conseil a défini des orientations stratégiques pour la biodiversité jusqu’en 2030, en cohérence avec le pacte vert. Il a insisté sur la nécessité de prendre à tous les niveaux des mesures d’urgence à l’échelle mondiale pour mettre un terme à la perte de biodiversité, et s’est engagé à:

prendre en compte la biodiversité dans toutes les politiques pertinentes de l’Union, en premier lieu la nouvelle politique agricole commune (PAC),

éliminer les subventions préjudiciables à la biodiversité,

renforcer l’examen de la mise en œuvre et de l’obligation de rendre des comptes en ce qui concerne les politiques, les actions et les engagements en faveur de la nature et de la biodiversité,

veiller à ce que la biodiversité soit intégrée pleinement, efficacement et de manière cohérente dans la conception et la mise en œuvre du cadre financier pluriannuel 2021-2027 de l’Union,

accélérer la transition vers une économie efficace dans l’utilisation des ressources, sûre, circulaire et neutre pour le climat, qui protège et rétablisse la biodiversité et les services écosystémiques,

rendre les flux financiers nationaux et internationaux, en particulier dans le domaine des marchés publics, cohérents avec le cadre mondial en matière de biodiversité.

3.3.

Le Comité a pu s’exprimer à plusieurs reprises sur la politique en faveur de la biodiversité (10) et fait à nouveau observer que ce ne sont pas les bases juridiques qui font défaut, mais bien la volonté politique. En effet, les décisions prises par le Conseil en décembre 2019, qui se reflètent en partie dans la stratégie, ne comportent aucun élément nouveau et risquent encore une fois de ne pas se concrétiser.

3.4.

La nouvelle stratégie de l’UE en faveur de la biodiversité ne vise pas seulement à protéger et à restaurer la nature en Europe, mais elle aborde aussi, de manière plus résolue que les stratégies précédentes, la question des services écosystémiques. Elle est en outre beaucoup plus claire quant aux objectifs de restauration des habitats perdus et fixe une ligne de conduite pour les objectifs de l’UE en matière de biodiversité pour la COP15, la conférence décisive des parties sur la biodiversité prévue pour 2021.

3.5.

La stratégie en faveur de la biodiversité à l’horizon 2030 définit trois objectifs pour un réseau cohérent de zones protégées:

apporter une protection juridique à un minimum de 30 % des terres et 30 % des mers de l’Union, et intégrer des corridors écologiques dans le cadre d’un véritable réseau transeuropéen de la nature,

soumettre à une protection stricte au moins un tiers des zones précitées, soit 10 % des terres et 10 % des mers de l’Union,

assurer une gestion efficace de toutes les zones protégées, en définissant des objectifs et des mesures de conservation clairs, et garantir un suivi approprié de ces objectifs et mesures.

3.6.

Afin de restaurer les écosystèmes dégradés et fragiles (pour lesquels il n’existe pas encore de cadre juridique efficace) et de réduire la pression sur la biodiversité, un certain nombre d’actions sont envisagées, visant notamment à:

élaborer une proposition de nouveau cadre juridique pour la restauration de la nature,

d’ici à 2030, restaurer de grandes surfaces d’écosystèmes dégradés et riches en carbone, éviter la détérioration des tendances et de l’état de conservation des habitats et des espèces et veiller à ce qu’au moins 30 % de ces habitats et de ces espèces soient dans un état de conservation favorable ou dégagent à tout le moins une tendance positive,

mettre un terme au déclin des oiseaux et des insectes des milieux agricoles, en particulier des pollinisateurs, et inverser la tendance,

réduire de 50 % l’utilisation et les risques des pesticides chimiques et faire de même pour l’utilisation des pesticides à plus haut risque,

affecter au moins 10 % des terres agricoles à des «surfaces d’intérêt écologique», y compris les éléments du paysage riches en biodiversité,

faire en sorte que la superficie cultivée en agriculture biologique représente au moins 25 % des terres agricoles et augmenter de manière significative l’adoption de pratiques agroécologiques,

planter au moins 3 milliards d’arbres, dans le plein respect des principes écologiques, et protéger les forêts primaires et anciennes encore présentes,

effectuer des progrès significatifs dans l’assainissement des sols contaminés,

restaurer la fluidité des cours d’eau de l’UE sur 25 000 km,

réduire d’au moins 50 % le nombre des espèces figurant sur la liste rouge de l’UICN des espèces menacées par les espèces exotiques envahissantes; réduire d’au moins 50 % les pertes de nutriments dues à l’utilisation de fertilisants et d’au moins 20 % l’utilisation de fertilisants,

doter les villes d’au moins 20 000 habitants d’un plan ambitieux d’écologisation de l’espace urbain,

éliminer l’utilisation dans l’UE de pesticides chimiques dans des zones sensibles telles que les zones vertes en milieu urbain,

réduire sensiblement les effets négatifs de la pêche et des activités extractives dans les fonds marins sur les espèces et les habitats sensibles, afin de restaurer un bon état écologique,

éliminer les prises accessoires d’espèces protégées ou les ramener à un niveau permettant la reconstitution complète des stocks et ne compromettant pas leur état de conservation;

3.7.

Ces objectifs pourront être atteints, entre autres, par la mise en œuvre des mesures suivantes:

permettre un changement porteur de transformation en profondeur, en lançant un nouveau processus pour améliorer la gouvernance en matière de biodiversité, et veiller à ce que les États membres intègrent dans leurs politiques nationales les engagements définis dans la stratégie,

intensifier les efforts visant à mettre en œuvre et à contrôler l’application de la législation environnementale de l’Union,

faire en sorte que 20 milliards d’EUR par an soient consacrés aux dépenses en faveur de la biodiversité. Ces fonds seront issus de diverses sources, dont des fonds de l’Union et des financements nationaux et privés, et il conviendra de prendre en considération les aspects du capital naturel et de la biodiversité dans le cadre des pratiques commerciales,

faire de l’Union le fer de lance de la lutte mondiale contre la crise planétaire de la biodiversité, en mobilisant tous les instruments de l’action extérieure et les partenariats internationaux pour mettre au point un nouveau cadre mondial ambitieux de l’ONU pour la biodiversité,

renforcer la protection civile par la définition d’une politique de l’UE visant à améliorer les possibilités de réaction immédiate en cas de feux de forêt dans toute l’Europe,

créer des équipes de pompiers régionaux dans les États membres afin d’accroître la flexibilité d’intervention face aux incendies de forêt,

faciliter la formation de la société civile dans tous les États membres, en utilisant les bases régionales et en créant de petites équipes capables de réagir rapidement.

3.8.

Afin de permettre ce changement nécessaire et profond, la Commission entend créer un nouveau cadre de gouvernance européen pour la biodiversité. À cette fin, un mécanisme de suivi et de réexamen sera mis en place sur la base d’un ensemble d’indicateurs clairs et convenus. La nécessité d’une approche juridiquement contraignante en matière de gouvernance sera évaluée en 2023.

3.9.

La Commission place la mise en œuvre et le respect de la législation environnementale de l’UE au cœur de sa stratégie. Il est prévu, d’une part, d’intensifier la coopération avec les États membres et les réseaux européens, les inspecteurs, les forces de police et les procureurs et, d’autre part, de renforcer le rôle de la société civile.

3.10.

La proposition présentée est une stratégie pour l’UE, mais la Commission souligne qu’au niveau bilatéral et multilatéral également une plus grande attention sera accordée à la protection de la biodiversité, et ajoute que l’UE est prête à jouer un rôle de premier plan dans une coalition animée de grandes ambitions en matière de biodiversité lors de la 15e conférence des parties à la convention sur la diversité biologique (CDB).

3.11.

Le plan d’action de la nouvelle stratégie à l’horizon 2030 prévoit une quarantaine de mesures à adopter dans les quatre prochaines années, selon le calendrier indicatif figurant en annexe de la proposition y relative.

4. Observations générales

4.1.

Le CESE se félicite des efforts fournis par la Commission européenne pour mettre au point une stratégie en faveur de la biodiversité à l’horizon 2030 dans le contexte de la réalisation du pacte vert pour l’Europe et du cadre mondial pour la biodiversité proposé par la convention sur la diversité biologique (CBD).

4.2.

L’appauvrissement sans précédent de la biodiversité et la propagation de pandémies dévastatrices véhiculent un message sans appel: il est temps de reconsidérer notre rapport à la nature. Selon le CESE, la stratégie en faveur de la biodiversité est la voie à suivre pour placer la biodiversité européenne au cœur de la reprise post-coronavirus, pour le bien des personnes, du climat et de la planète. La perte de biodiversité et la crise climatique sont interdépendantes et s’influencent mutuellement. Il est essentiel de protéger de manière cohérente — et de restaurer — les forêts, les sols et les zones humides et de créer des espaces verts dans les villes pour réussir à atténuer les effets du changement climatique d’ici 2030.

4.3.

La stratégie en faveur de la biodiversité reconnaît les liens suivants: il convient d’intensifier considérablement, au sein de l’UE, les efforts visant à protéger les ressources naturelles restantes, ce qui requiert a) une extension des zones protégées, en particulier celles qui sont strictement protégées. Toutefois, cela ne suffira nullement pour mettre un terme au déclin de la biodiversité (s’agissant non seulement du nombre d’espèces, mais surtout de leurs effectifs de population, qui diminuent dramatiquement, comme l’a montré la mort massive d’insectes sur de vastes territoires). C’est la raison pour laquelle il convient aussi b) d’accroître sensiblement les efforts visant à restaurer les habitats. Le CESE soutient explicitement ces deux objectifs.

4.4.

Le CESE partage l’avis de la Commission selon lequel le déclin des espèces et des habitats protégés est dû principalement à une mise en œuvre défaillante du cadre juridique et à l’insuffisance des financements. Le cadre juridique existant (constitué essentiellement des directives «Oiseaux» et «Habitats») est axé sur les espèces et les habitats menacés, alors que la protection de la biodiversité va bien au-delà et impose que les directives précitées couvrent également les insectes et les pollinisateurs, ainsi que les services écosystémiques et les infrastructures vertes.

4.5.

Le CESE soutient dès lors les propositions de la Commission concernant l’introduction d’instruments juridiques supplémentaires si les États membres ne mettent pas rapidement en œuvre les nouveaux objectifs dans les prochaines années. Il fait également valoir la nécessité de reconnaître et d’encourager la qualité de la protection et les bonnes pratiques à l’échelon des États membres, telles que des mesures volontaires de protection.

4.6.

Le Comité relève qu’outre les facteurs déjà mentionnés, il existe plusieurs autres facteurs responsables de ce déclin, y compris les comportements humains.

4.7.

Le CESE partage l’analyse de la Commission selon laquelle la persistance du déclin spectaculaire de la biodiversité requiert une extension significative du réseau de zones protégées. En particulier, jusqu’à présent, la protection des processus naturels n’a pas bénéficié de l’attention nécessaire. Le nouvel objectif de 10 % de zones strictement protégées changera la donne. Ces mesures auraient une incidence positive sur le climat, la protection des pollinisateurs et des insectes et l’amélioration de la rétention des eaux sur le territoire. En imposant la création d’un réseau transeuropéen de protection de la nature, la Commission cherche à combler les lacunes méthodologiques de la directive «Habitats» et souligne à juste titre l’importance de la connectivité écologique. Ce faisant, elle revient également sur la question des infrastructures vertes, laquelle, malheureusement, n’a pas été suivie avec la détermination nécessaire après la communication de la Commission COM (2013) 249 final.

4.8.

Le CESE reconnaît que la mise en œuvre des objectifs de restauration requiert de nouveaux objectifs juridiquement contraignants. La stratégie en faveur de la biodiversité à l’horizon 2020 prévoyait de restaurer 15 % des écosystèmes dégradés. La réalisation de cet objectif est tout à fait insuffisante, notamment en raison de l’absence de caractère juridiquement contraignant.

4.9.

Le CESE se réjouit de constater que la stratégie aborde plus clairement la question des besoins financiers. L’absence de financement adéquat a été reconnue de longue date: seulement 20 % des besoins de financement pour la gestion des zones protégées, dont celles du réseau Natura 2000 (11), sont couverts à ce jour, et les estimations financières du CESE ont toujours été bien supérieures à celles de la Commission.

4.10.

Le Comité s’est aussi prononcé clairement en faveur d’une ligne de financement distincte, indépendante du budget agricole, tout comme la Cour des comptes européenne.

4.11.

Dans son avis, la Cour des comptes fait observer que la part des dépenses de la PAC consacrée à la biodiversité n’est pas claire. Selon la Commission, environ 8 % du budget de l’UE seraient consacrés à la protection de la biodiversité (86 milliards d’EUR pour la période 2014-2020). La Cour des comptes déplore que malgré cela, aucun effet positif n’ait pu être mesuré.

4.12.

Cela s’explique également non seulement par le sous-financement des programmes du deuxième pilier, particulièrement efficaces sur le plan de la biodiversité, mais aussi par le peu d’attrait qu’ils présentent, de manière générale, pour les agriculteurs dans de nombreux États membres.

Depuis des années, le CESE a également soutenu des solutions qui, par exemple, permettraient aux agriculteurs de prendre plus facilement des mesures pour promouvoir la biodiversité, y compris, entre autres, un élément incitatif suffisant. Le CESE rappelle que les agriculteurs et les propriétaires forestiers, qui sont également tenus de protéger la biodiversité, ne sauraient en assumer la charge du point de vue économique. La fourniture de ce «bien public» devrait plutôt constituer pour eux une source de revenus potentielle intéressante.

4.13.

La Commission mentionne un besoin de 20 milliards d’EUR par an. Le fait qu’il ne soit précisé a) ni comment ce montant de 20 milliards d’EUR est calculé, b) ni comment il devrait être couvert, est l’une des faiblesses majeures de la stratégie en faveur de la biodiversité.

4.14.

Cette somme n’est pas reprise dans le nouveau cadre financier pluriannuel, ce qui est surprenant, étant donné qu’en décembre 2019, le Conseil a appelé «à ce que la biodiversité soit intégrée pleinement, efficacement et de manière cohérente dans la conception et la mise en œuvre du nouveau cadre financier pluriannuel (CFP) 2021-2027 de l’UE» (voir paragraphe 3.2 du présent avis). En tout état de cause, le CESE ne trouve aucune trace de ce qui précède et considère qu’il s’agit là d’un signe préoccupant qui montre qu’il existe, une fois de plus, des écarts importants entre les paroles et les actes.

4.15.

Le CESE critique le fait qu’une fois de plus, la Commission n’applique pas, dans cette stratégie en faveur de la biodiversité, les recommandations du Conseil de décembre 2019 sur le soutien financier aux mesures de protection de la biodiversité, et qu’elle ne propose aucune mesure efficace pour mettre fin à toutes les subventions préjudiciables à la biodiversité. De même, en ce qui concerne la demande du Conseil visant à améliorer l’examen de la mise en œuvre et l’établissement de rapports sur les politiques, les actions et les engagements relatifs à la protection de la nature et de la biodiversité, la Commission n’a pas encore proposé d’instruments adéquats.

4.16.

Le CESE estime, comme la Commission, que pour la plupart des zones protégées, les pratiques de gestion durable constituent un moyen approprié de maintenir ou de promouvoir des valeurs élevées en matière de biodiversité. Cependant, le CESE juge essentiel qu’une partie des zones protégées deviennent des zones strictement protégées, faisant l’objet d’une gestion par non-intervention. C’est le seul moyen de protéger efficacement les processus naturels.

4.17.

Le CESE se réjouit dès lors de l’augmentation significative du pourcentage de zones strictement protégées et souligne que la protection des processus naturels est de la plus haute importance pour la protection de la biodiversité, en particulier en période de changement radical du climat. Il y a lieu de saluer vivement l’importance élevée accordée à la protection stricte (avec une gestion sans intervention) des forêts vierges et primaires. Le CESE fait toutefois observer qu’il est difficile de protéger efficacement les forêts vierges et primaires, en particulier celles qui appartiennent à des propriétaires privés, en l’absence de compensations importantes. Le CESE souligne à cet égard les mesures louables prises par les ONG de défense de l’environnement, qui agissent comme des sentinelles de l’environnement, et salue les interventions continues des pompiers, qui sont engagés dans la défense de territoires qui recèlent souvent des aspects importants de la biodiversité. En ce qui concerne les forêts vierges et primaires appartenant à l’État, le CESE aurait souhaité que la Commission recommande un moratoire relatif à l’abattage des arbres. Les débats actuels portant sur la protection des forêts dans différents États membres de l’UE montrent que les forêts publiques subissent également une pression économique importante.

4.18.

Le CESE souligne que la PAC doit être conforme aux objectifs stratégiques en matière de biodiversité (12), à la législation européenne sur le climat, à la stratégie «De la ferme à la table» et aux objectifs du pacte vert pour l’Europe.

4.19.

Le CESE est très critique envers le fait que ni le dernier cadre financier pluriannuel proposé, ni le plan européen pour la relance économique ne prévoient de dépense supplémentaire pour protéger la biodiversité.

4.20.

Le CESE estime qu’il importe de disposer d’une stratégie à la fois solide et complète pour les forêts et le secteur forestier. Elle est notamment nécessaire faute d’une politique forestière commune de l’Union européenne ancrée dans la législation.

4.21.

Le CESE relève que l’objectif de transformer 10 % de la surface agricole en zones prioritaires n’est pas pris en compte dans la proposition de réforme du deuxième pilier de la PAC actuellement à l’examen, qui ne mentionne qu’une «part minimale», sans indiquer de chiffre concret. C’est là un signal extrêmement négatif du fait que cette exigence, d’un côté, est reconnue par la Commission, mais, de l’autre, n’est pas prise en compte dans le processus de réforme parallèle.

4.22.

Le Comité accueille très favorablement le renforcement de l’infrastructure verte et invite la Commission et les États membres à élaborer et mettre en œuvre une stratégie cohérente à cet égard. L’UE devrait faire du réseau transeuropéen pour l’infrastructure verte (RTE-V) une priorité d’investissement et le doter d’un financement adéquat.

4.23.

Elle annonce non seulement des objectifs de restauration juridiquement contraignants, mais aussi une nouvelle initiative législative visant à étendre les zones protégées, au cas où les États membres ne respecteraient pas les orientations ou les recommandations de la Commission. Le CESE considère ces mesures réglementaires comme essentielles au cas où les États membres n’opéreraient pas de changement radical en ce qui concerne la protection de la biodiversité. L’initiative législative annoncée pour 2024 devrait donc déboucher sur l’élaboration d’une directive de grande portée sur la biodiversité, qui comblerait également les autres lacunes mentionnées dans le présent avis et qui devrait être accompagnée d’une analyse d’impact permettant une meilleure évaluation des aspects commerciaux.

Bruxelles, le 18 septembre 2020.

Le président du Comité économique et social européen

Luca JAHIER


(1) La Convention sur la diversité biologique.

(2) Directive 92/43/CE du Conseil (JO L 206 du 22.7.1992, p. 7).

(3) Directive 79/409/CEE du Conseil (JO L 103 du 25.4.1979, p. 1), appelée directive «Oiseaux» et directive 2009/147/CE du Parlement européen et du Conseil (JO L 20 du 26.1.2010, p. 7).

(4) Directive 2008/56/CE du Parlement européen et du Conseil (JO L 164 du 25.6.2008, p. 19).

(5) Règlement (UE) no 1143/2014 du Parlement européen et du Conseil (JO L 317 du 4.11.2014, p. 35).

(6) COM(2006) 216 final.

(7) Voir par exemple, l’avis no 7/2018 sur les propositions de la Commission concernant les règlements relatifs à la politique agricole commune pour la période postérieure à 2020 (JO C 41 du 1.2.2019, p. 1) et le rapport spécial 13/2020: Biodiversité des terres agricoles: la contribution de la PAC n’a pas permis d’enrayer le déclin.

(8) IPBES, Summary for policymakers of the global assessment report on biodiversity and ecosystem services [Résumé pour les responsables politiques du rapport d’évaluation global sur la biodiversité et les services écosystémiques], 2018.

(9) Charte de Leipzig et programme urbain pour l’UE.

(10) JO C 195 du 18.8.2006, p. 96; JO C 97 du 28.4.2007, p. 6; JO C 161 du 13.7.2007, p. 48; JO C 317 du 23.12.2009, p. 75; JO C 306 du 16.12.2009, p. 42; JO C 48 du 15.2.2011, p. 150; JO C 24 du 28.1.2012, p. 111; JO C 67 du 6.3.2014, p. 153; JO C 487 du 28.12.2016, p. 14; JO C 129 du 11.4.2018, p. 90; JO C 62 du 15.2.2019, p. 226 et JO C 47 du 11.2.2020, p. 87.

(11) COM(2010) 548 final, p. 13.

(12) La Cour des comptes européenne a vivement critiqué, en novembre 2018, les propositions du commissaire Hogan relatives à une réforme agricole après 2020, jugeant que celles-ci ne tenaient pas compte des objectifs environnementaux.


ANNEXE

L’amendement suivant, qui a recueilli au moins un quart des suffrages exprimés, a été rejeté au cours des débats:

Paragraphe 4.18

Modifier comme suit:

Le CESE souligne que la PAC doit être conforme aux objectifs stratégiques en matière de biodiversité, à la législation européenne sur le climat, à la stratégie «De la ferme à la table» et aux objectifs du pacte vert pour l’Europe. Il importe que la mise en œuvre de la stratégie en faveur de la biodiversité ne menace pas la sécurité alimentaire ni les moyens de subsistance des zones rurales de l’UE.

Résultat du vote:

Voix pour:

59

Voix contre:

106

Abstentions:

8