| CELEX | 52020AE4985 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | jeudi 25 février 2021 |
| 30.4.2021 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 155/45 |
Avis du Comité économique et social européen sur la «Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil européen, au Conseil, à la Banque centrale européenne, au Comité économique et social européen, au Comité des régions et à la Banque européenne d’investissement — Stratégie annuelle 2021 pour une croissance durable»
[COM(2020) 575 final]
(2021/C 155/07)
| Rapporteur: | Krzysztof BALON |
| Consultation | Commission européenne, 11.11.2020 |
| Base juridique | Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Section «Union économique et monétaire et cohésion économique et sociale» |
| Adoption en section spécialisée | 12.2.2021 |
| Adoption en session plénière | 25.2.2021 |
| Session plénière no | 558 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 237/2/22 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le Comité économique et social européen (CESE) se félicite que le règlement relatif à la facilité pour la reprise et la résilience (1) confirme définitivement l’importance d’un engagement véritable des organisations de la société civile et des partenaires sociaux dans l’élaboration des plans nationaux pour la relance et la résilience. Dans le même temps, le CESE soutient l’instauration du principe contraignant de conditionnalité, en vertu duquel les gouvernements seront tenus de faire participer les partenaires sociaux et les autres organisations de la société civile à la planification et à la mise en œuvre des plans nationaux pour la reprise et la résilience ainsi que des autres instruments prévus par le cadre financier pluriannuel, en menant un dialogue social et citoyen qui s’appuie sur des normes minimales définies à l’échelon de l’Union. |
| 1.2. | Le CESE est convaincu que pour déployer les mesures communes dans le cadre de la réalisation de la stratégie annuelle 2021 pour une croissance durable et que pour mettre en œuvre avec efficacité la facilité européenne pour la reprise et la résilience, il est indispensable de renforcer l’environnement propice au développement de l’économie et surtout de veiller à ce que le marché unique continue à fonctionner pleinement. Il s’agit là notamment de prévenir les perturbations de la libre circulation des personnes et des marchandises. Maintenir les frontières ouvertes dans la zone Schengen constitue une question d’une importance cruciale aussi bien pour la reprise et le renforcement de la résilience que pour le soutien à la solidarité et l’identité européennes. Le CESE estime que les États membres ne devraient appliquer aucune règle qui entraînerait, directement ou indirectement, une restriction de la libre circulation, à moins qu’elle n’ait fait l’objet d’une coordination à l’échelon de l’Union européenne. |
| 1.3. | Le CESE estime que l’endettement public résultant du recours à l’emprunt pour financer des programmes dans le cadre de la facilité pour la reprise et la résilience ne saurait peser sur les prochaines générations de citoyens de l’Union. À cet égard, le CESE recommande aux États membres d’affecter des moyens de cette facilité à leurs dépenses budgétaires liées à la crise actuelle, et d’en user comme d’une occasion de faire en sorte que nos économies et nos sociétés deviennent durables et équitables. Le CESE reconnaît également que des investissements publics sont nécessaires dans les infrastructures et l’éducation afin de garantir aux jeunes générations la durabilité de l’économie, de la société et de l’environnement. En outre, il s’agit aussi du fondement nécessaire pour asseoir à long terme la prospérité, les revenus et la compétitivité. |
| 1.4. | Dans le même temps, en tenant compte du fait que ces emprunts constituent des moyens exceptionnels en des circonstances exceptionnelles, le CESE propose d’étudier la possibilité, dans le cadre de l’Union en matière budgétaire, de ne pas les comptabiliser sur le moyen terme dans le calcul du déficit budgétaire d’un État membre. En outre, il est nécessaire de poursuivre une politique budgétaire qui permette de développer l’économie. Aussi le CESE met-il en garde contre une renonciation trop précoce à des instruments de soutien, tels que par exemple la clause dérogatoire générale, et plaide-t-il pour instaurer de nouvelles règles budgétaires qui tiennent compte des réalités économiques et sociales qui prévaudront lorsque prendra fin la pandémie. |
| 1.5. | Le CESE se félicite que la stratégie annuelle 2021 pour une croissance durable traite de manière adéquate des défis liés à la pandémie de COVID-19 dans le droit fil des postulats du pacte vert pour l’Europe. Il s’agit donc là de poursuivre la réalisation des mesures en faveur d’un modèle économique plus durable et plus favorable à l’inclusion sociale et tout spécialement en faveur de la mue écologique du modèle actuel de croissance. Le CESE souligne toutefois qu’une condition nécessaire du succès de la transition écologique réside dans la cohérence entre les plans nationaux pour la reprise et la résilience et les propositions de plans territoriaux de transition juste formulées dans le cadre du mécanisme pour une transition juste. |
| 1.6. | Le CESE est d’avis que la transition ne doit pas contribuer uniquement à accroître la productivité, mais également à améliorer l’éducation ainsi qu’à renforcer la participation politique, sociale et culturelle de l’ensemble des habitants de l’Union européenne. S’agissant de soutenir l’égalité de l’accès aux infrastructures, aux équipements et aux compétences numériques, il convient de porter une attention toute particulière aux personnes âgées ou handicapées ou menacées d’exclusion sociale ou encore appartenant à des groupes vulnérables. Le CESE est d’avis que l’un des objectifs de la transition numérique doit consister à instaurer un accès universel de tous les habitants de l’Union européenne à l’internet à haut débit en tant que service d’intérêt public fourni à titre gratuit. |
| 1.7. | Le CESE regrette que la stratégie ne s’attache que trop peu aux questions sociales, au vu notamment de la nécessité et de l’urgence de mettre en œuvre le socle européen des droits sociaux de manière cohérente. Par ailleurs, le Comité observe avec inquiétude que l’approche proposée dans la stratégie ne revêt pas un caractère pleinement durable. Les mesures visant à passer rapidement à une économie écologique et numérique ne sauraient en effet avoir pour conséquence d’accroître davantage la pauvreté et l’exclusion sociale. Il sera essentiel de veiller à répartir uniformément les bénéfices tirés de la reprise économique, ce qui contribuera non seulement à mieux réaliser la justice sociale mais également à stabiliser la demande, qui constitue une condition nécessaire de ladite reprise économique. |
| 1.8. | Le CESE estime que la situation socio-économique actuelle des jeunes, notamment le fait que ceux-ci reportent à plus tard des décisions essentielles dans leur vie, comme par exemple celle de fonder une famille, peut influencer négativement le développement futur de l’Union européenne. À cet égard, le Comité demande de mettre en œuvre de manière adéquate le programme de garantie renforcée pour la jeunesse et les initiatives qui l’accompagnent. |
| 1.9. | De l’avis du CESE, l’un des moyens d’assurer la stabilisation des finances publiques doit consister à accroître l’efficacité des instruments existants de lutte contre l’évitement fiscal, le travail non déclaré et l’économie souterraine caractérisés par l’absence d’une protection suffisante des droits des travailleurs, le blanchiment des capitaux et la corruption, tout comme à en instaurer de nouveaux, à l’échelon tant de l’Union que de ses États membres, également en ce qui concerne les sociétés multinationales. |
| 1.10. | Le CESE recommande de réexaminer les initiatives phares européennes communes et coordonnées proposées par la Commission européenne de sorte que celles-ci tiennent plus largement compte des aspects sociaux de la transformation, ainsi que de compléter la liste de ces initiatives en y ajoutant le développement de l’économie sociale dans le contexte du plan d’action de l’Union y afférent, ainsi que des mesures en faveur de l’égalité de l’accès à des systèmes de soins de santé et de services sociaux qui soient abordables financièrement et de haute qualité. |
| 1.11. | Le CESE recommande à la Commission d’élaborer un document supplémentaire qui expose la teneur de sa communication d’une manière plus claire et plus simple, de sorte que ce document puisse faire l’objet de débats au sein des organisations de la société civile. |
2. Introduction
| 2.1. | Le 17 septembre 2020, la Commission européenne a publié sa communication relative à la «Stratégie annuelle 2021 pour une croissance durable» (2), pour laquelle elle a requis, le 11 novembre 2020, du CESE qu’il élabore un avis. Le CESE souscrit pleinement à l’idée directrice de la communication de la Commission, qui fait état de la nécessité de protéger les citoyennes et les citoyens de l’Union, leur santé et leur emploi, tout en garantissant dans toute l’Union la justice, la résilience et la stabilité macroéconomique face à la récession soudaine et profonde provoquée par la pandémie de COVID-19. |
| 2.2. | Cette stratégie s’attache à lutter contre la récession soudaine et profonde provoquée par la pandémie de COVID-19, tout en maintenant le bon fonctionnement du marché unique ainsi que la transition durable, juste et démocratique au sens du pacte vert pour l’Europe, conformément aux objectifs de développement durable des Nations unies. Le CESE fait observer à cette occasion que bien que le titre du document de la Commission se réfère à l’année 2021, son contenu s’inscrit plutôt dans une perspective de moyen terme. |
| 2.3. | La Commission met en relief l’importance capitale de l’accord conclu le 21 juillet 2020 par le Conseil européen sur le prochain cadre financier pluriannuel et sur l’instrument «Next Generation EU», dont relève notamment la facilité pour la reprise et la résilience. Cet accord a été confirmé en décembre 2020, conjointement avec le Parlement européen, autorisant ainsi l’entrée en vigueur des actes juridiques connexes à l’échelon européen. Toutefois, il importe tout autant que les États membres mènent rapidement à bien, conformément à leurs règles constitutionnelles respectives, leurs procédures de ratification de la décision relative aux ressources propres qui permet à la Commission d’emprunter sur le marché pour financer les programmes de «Next Generation EU». |
| 2.4. | Le CESE partage l’avis exprimé dans la communication selon lequel il est indispensable, pour déployer les mesures communes dans le cadre de la réalisation de la stratégie annuelle 2021 pour une croissance durable et pour mettre en œuvre avec succès la facilité européenne pour la reprise et la résilience, que le marché unique continue à fonctionner pleinement. Il s’agit là notamment de prévenir les perturbations de la libre circulation des personnes et des marchandises. Aussi le CESE se félicite-t-il de la recommandation du Conseil adoptée le 12 octobre 2020 relative à une approche coordonnée de la restriction de la libre circulation (3). Maintenir les frontières ouvertes au sein de la zone Schengen, et notamment s’abstenir d’y procéder à des contrôles, constitue une question d’une importance cruciale dans le contexte aussi bien de la reprise et du renforcement de la résilience que du soutien à la solidarité et à l’identité européennes. Les États membres ne devraient appliquer aucune règle qui entraînerait, directement ou indirectement, une restriction de la libre circulation, à moins qu’elle n’ait fait l’objet d’une coordination à l’échelon de l’Union européenne. |
| 2.5. | Le CESE estime que les mesures visant à renforcer l’environnement favorable aux entreprises permettront au secteur privé de jouer pleinement son rôle dans la réalisation des objectifs de la stratégie. De telles mesures pourraient consister notamment à réduire les charges administratives pour les PME, à réduire les obstacles à l’entrée sur le marché pour les nouvelles entreprises, à résoudre le problème de la pénurie de qualifications indispensables, à faciliter le financement des projets économiques et à adapter les réglementations aux nouvelles formes de risque économique. |
| 2.6. | La stratégie annuelle 2021 pour une croissance durable établit les dimensions essentielles que sont la durabilité environnementale, la productivité, l’équité et la stabilité macroéconomique, qui constituent à ce titre les fondements du Semestre européen et demeurent les principes directeurs sous-tendant les plans pour la reprise et la résilience des États membres. Dans le même temps, le CESE fait valoir la nécessité de passer en revue les recommandations du Conseil formulées au cours des années précédentes dans le cadre du Semestre européen sous l’angle de leur faisabilité dans les conditions économiques et sociales qu’a suscitées la pandémie. |
3. Facilité européenne pour la reprise et la résilience: vers une durabilité compétitive
| 3.1. | La facilité pour la reprise et la résilience, en tant également qu’élément fondamental de l’initiative «Next Generation EU», doit devenir l’un des principaux instruments de la relance de l’économie. La mise en œuvre effective de ladite initiative peut générer 2 % de produit intérieur brut supplémentaire d’ici à 2024 et créer deux millions d’emplois nouveaux (4). Le CESE estime à cet égard que si cet instrument doit servir avant tout, dans une perspective de court terme, à la reprise et au renforcement de la résilience, sa fonction principale n’en doit pas moins demeurer, dans une perspective de moyen et long terme, de soutenir la transition écologique et numérique. |
| 3.2. | Afin de faire jouer les synergies, les États membres pourront, à certaines conditions, combiner les financements provenant de différents instruments, notamment des fonds relevant de la politique de cohésion et de la facilité pour la reprise et la résilience. Dans ce contexte également, il est tout aussi nécessaire que les États membres accroissent leur capacité d’absorption des fonds de l’Union grâce notamment aux mécanismes idoines en matière d’état de droit et de bonne gouvernance, à des administrations publiques de qualité et à une lutte efficace contre la corruption mais aussi à l’adaptation du Semestre européen au lancement de cet instrument, y compris en associant le plan national de réforme et le plan pour la relance et la résilience dans le cadre d’un document unique intégré. |
| 3.3. | Le CESE accueille avec satisfaction l’établissement dans le cadre de cet instrument d’un tableau de bord mis à jour tous les six mois. Le CESE est d’avis que ce dernier contribuera à accroître la transparence, ce qui peut influer considérablement sur l’amélioration du degré de confiance entre les États membres. Ce tableau de bord aidera également à suivre la répartition et l’utilisation des fonds, ainsi qu’à généraliser les bonnes pratiques des États sur le territoire desquels ces fonds sont intervenus. |
| 3.4. | Dans le même temps, le CESE est conscient du danger que les États membres puissent affecter les moyens de cet instrument à celles de leurs dépenses budgétaires qui ne sont pas liées à la crise actuelle. À cet égard, le Comité recommande de soumettre leur affectation à un contrôle strict. |
| 3.5. | Le CESE estime que l’élaboration et l’adoption de l’initiative «Next Generation EU» sont intervenues selon des modalités adéquates et en temps utile. En garantissant un soutien financier, cette initiative appuie la relance de l’économie et peut aider l’Union européenne à sortir plus forte et plus résiliente de la crise actuelle, au moyen d’investissements publics dans les infrastructures, l’éducation et la lutte contre la crise du climat. Il convient toutefois de garder à l’esprit qu’il sera nécessaire, à l’avenir, de rembourser les emprunts contractés pour financer les programmes dans le cadre de la facilité pour la reprise et la résilience. Le document de la Commission pourrait aborder un deuxième scénario de financement de ce plan en tenant compte de la possibilité que de nouvelles situations de crise se produisent à l’avenir. Toutefois, le CESE reconnaît également que des investissements publics sont nécessaires dans les infrastructures et l’éducation afin de garantir aux jeunes générations la durabilité de l’économie, de la société et de l’environnement. En outre, il s’agit aussi du fondement nécessaire pour asseoir à long terme la prospérité, les revenus et la compétitivité. |
4. Transition écologique
| 4.1. | Le CESE se félicite du traitement adéquat des problèmes liés à la pandémie de COVID-19 dans le contexte du pacte vert pour l’Europe. Il s’agit là, en dépit des perturbations causées par le défi planétaire posé par la COVID-19, de poursuivre la réalisation des mesures annoncées précédemment en faveur d’un modèle économique plus durable et plus favorable à l’inclusion sociale, en faveur des objectifs de développement durable et tout spécialement en faveur de la mue écologique du modèle actuel de croissance. La transition vers le pacte vert pour l’Europe constitue une occasion toute spéciale de développer des entreprises fondées sur le modèle de l’économie sociale. |
| 4.2. | Dans ce contexte, le CESE soutient la position des institutions européennes, selon laquelle les plans nationaux pour la reprise et la résilience doivent consacrer un minimum de 37 % de leurs dépenses aux questions liées au climat. |
| 4.3. | Le CESE souligne qu’une condition nécessaire du succès de la transition écologique réside dans la cohérence entre les plans nationaux pour la reprise et la résilience et les propositions de plans territoriaux de transition juste formulées dans le cadre du mécanisme pour une transition juste. |
5. Transition numérique et productivité
| 5.1. | Le CESE approuve l’établissement, dans le cadre des plans nationaux pour la reprise et la résilience, d’un objectif minimal de dépenses consacrées à la numérisation à hauteur de 20 %. |
| 5.2. | Par ailleurs, le Comité met en garde contre l’idée de traiter de la numérisation comme d’un instrument exclusivement au service de l’augmentation de la productivité. La transition numérique doit contribuer à améliorer l’éducation entendue au sens large, à élever la qualité de vie et à accroître la participation politique, sociale et culturelle de tous les habitants de l’Union européenne. |
| 5.3. | Aussi, le CESE soutient-il le point de vue qu’exprime la Commission dans sa communication, selon lequel il convient de soutenir l’égalité d’accès aux infrastructures, aux équipements et aux compétences numériques. Le CESE estime qu’il convient de s’attacher tout particulièrement à soutenir l’accès et les compétences numériques des personnes âgées ou handicapées ou menacées d’exclusion sociale. Le CESE considère également que l’un des objectifs de la transition numérique doit consister à assurer l’accès universel de tous les habitants de l’Union européenne à l’internet à haut débit en tant que service d’intérêt public fourni à titre gratuit. |
6. Équité
| 6.1. | La pandémie de COVID-19 a mis en évidence l’urgence et la nécessité de prendre des mesures propres à renforcer la justice sociale. Il est probable que la crise creusera les inégalités sociales, notamment les écarts disproportionnés de patrimoine, de revenus, les différences d’accès aux services de santé et à l’éducation, les disparités dans le domaine du logement mais aussi de la longévité. La montée de la pauvreté et de l’exclusion sociale, ainsi que la peur de l’avenir et de la perte de prospérité, deviendront le sort de nombreux habitants de l’Union en 2021. Dans ces circonstances, il sera essentiel de veiller à répartir uniformément les bénéfices de la reprise économique afin de s’assurer de mieux réaliser la justice sociale mais également de stabiliser la demande, qui constitue une condition nécessaire de ladite reprise économique. |
| 6.2. | Il convient également de concevoir la crise que nous traversons comme une occasion de transformer le modèle socio-économique qui prévaut en Europe. La facilité pour la reprise et la résilience doit favoriser un modèle européen de développement économique et social qui s’appuie sur l’inclusion sociale ainsi que sur la création et le soutien de l’emploi de qualité (5). |
| 6.3. | La stratégie ne s’attache que trop peu aux questions sociales. Il s’agit en particulier de la nécessité et de l’urgence de mettre en œuvre de façon cohérente le socle européen des droits sociaux également à l’échelon des États membres, lesquels sont tenus de prendre les mesures assurant l’égalité des chances, une éducation inclusive, des conditions justes de travail, un accès et une disponibilité universels des services d’intérêt général et une protection sociale adéquate. Les mesures visant à passer rapidement à une économie écologique et numérique ne sauraient avoir pour effet d’accroître davantage la pauvreté et l’exclusion sociale. Aussi, pour réagir efficacement aux conséquences de la pandémie de COVID-19, il ne suffira pas d’en suivre de manière serrée les répercussions économiques. Il convient également de surveiller les indicateurs sociaux en matière non seulement d’emploi mais aussi d’exclusion sociale, de creusement des inégalités et de discriminations. |
| 6.4. | La crise a montré toute l’importance de maintenir les emplois existants et d’en créer de nouveaux, ainsi que de renforcer les systèmes de protection sociale. Des millions de personnes qui travaillent sans sécurité sociale ont perdu leurs moyens de subsistance. Des réformes sont donc nécessaires, qui permettent d’accroître la qualité et la sécurité de l’emploi ainsi que de maintenir et de développer les programmes d’aide à l’emploi. Le CESE souscrit à l’objectif général selon lequel il convient de consentir des efforts supplémentaires en ce qui concerne la convergence des rémunérations, l’établissement de salaires minimaux adéquats dans les États membres, ainsi que le renforcement des systèmes de négociation collective et du rôle des partenaires sociaux dans toute l’Union européenne, conformément aux mécanismes nationaux de concertation sociale. La Commission européenne a présenté une proposition de directive visant à atteindre ces objectifs, et le Comité œuvre actuellement à l’élaboration d’un avis sur ce texte. Le CESE réclame également d’assurer à ceux qui ont perdu leur emploi un degré adéquat de sécurité et de dignité de vie. |
| 6.5. | Le CESE relève avec satisfaction les efforts décrits dans la communication à l’examen afin d’accroître la cohésion socio-économique et d’inciter plus fermement à employer des jeunes, des femmes, des personnes appartenant à des groupes à risque ou des personnes menacées d’exclusion. Le Comité souligne toutefois qu’en l’affaire, il s’impose de déployer davantage d’efforts, de lancer davantage d’initiatives et d’incitations à agir ambitieuses et concrètes et de soutenir toutes les parties intéressées. |
| 6.6. | Le CESE constate avec inquiétude que la stratégie ne traite que de manière insuffisante la situation socio-économique actuelle des jeunes, notamment le fait que ceux-ci doivent reporter à plus tard des décisions essentielles dans leur vie, comme par exemple celle de fonder une famille, ce qui peut influencer négativement le développement futur de l’Union européenne. À cet égard, le Comité demande de mettre en œuvre de manière adéquate le programme de garantie renforcée pour la jeunesse et les initiatives qui l’accompagnent, qui assurent aux jeunes une entrée plus aisée sur le marché du travail ainsi que la possibilité d’obtenir diverses formes d’aide. Dans le cas contraire, complètement à l’opposé du concept de «Next Generation EU», il pourrait surgir une «génération de la pandémie de coronavirus» qui ne sera jamais en mesure de tirer pleinement parti de son potentiel. |
| 6.7. | Un autre groupe particulièrement touché par la crise est celui des travailleurs âgés qui sont poussés à sortir du marché du travail. Cette situation non seulement perturbe l’équilibre social entre les générations mais elle influe également de manière négative sur les systèmes de protection sociale aussi bien à présent qu’à l’avenir. |
| 6.8. | Le CESE se félicite de l’intention exprimée dans la stratégie de soutenir la convergence des régions et d’accroître leur résilience en vue de réduire les disparités territoriales. Il est toutefois préoccupant que les moyens prévus au titre du Fonds pour une transition juste aient été limités par rapport à la première proposition de la Commission, d’autant plus qu’il sera indispensable de procéder immédiatement à des investissements publics et de créer des branches de substitution dans l’industrie et de nouvelles entreprises dans les secteurs les plus touchés par la transition climatique. Dans ce contexte, le CESE fait également état de la nécessité d’adapter judicieusement les principes régissant les aides publiques. |
| 6.9. | Le CESE est d’avis que la réalisation de la vision proposée par la stratégie peut se heurter à l’absence d’une pleine acceptation et compréhension, sachant que font défaut les nouveaux mécanismes de gouvernement grâce auxquels les citoyennes et citoyens, ainsi que les entreprises, mais aussi les entités publiques et privées à l’échelon local et régional, pourraient s’engager de manière volontariste dans le processus de détermination et de résolution des problèmes à l’échelon local. Dans ce domaine, les valeurs définies pour le modèle européen de cogestion définie dans le livre blanc de 2001 pourraient s’avérer fort utile. |
7. Stabilité macroéconomique
| 7.1. | Le CESE est partisan d’une approche durable de la stabilité des finances publiques dans le contexte du soutien au développement économique au moyen d’une politique active d’investissements publics ainsi que d’un système de marchés publics tenant compte d’objectifs sociaux. Le succès de la reprise économique et sociale, ainsi que de la transition écologique et numérique, sera tributaire non seulement des investissements privés mais aussi d’un financement public adéquat. |
| 7.2. | Afin d’assurer la stabilisation des finances publiques, le CESE tient pour nécessaire d’accroître l’efficacité des instruments existants de lutte contre l’évitement fiscal, le travail non déclaré, le recours abusif à des formes d’emploi caractérisées par une protection insuffisante des droits des travailleurs, l’économie souterraine, le blanchiment des capitaux et la corruption, tout comme d’en instaurer de nouveaux, à l’échelon tant de l’Union que de ses États membres, également en ce qui concerne les sociétés multinationales. |
| 7.3. | Il est nécessaire de poursuivre une politique budgétaire qui permette d’accroître la confiance, de résoudre le problème des inégalités et de parer d’autres menaces. Aussi le CESE met-il en garde contre une renonciation trop précoce à des instruments de soutien, tels que par exemple la clause dérogatoire générale. Si la clause dérogatoire générale ne s’applique effectivement que jusqu’à la fin de l’année 2021, les États membres seront tenus dès 2022 de réduire progressivement leurs déficits. Les emprunts contractés dans le cadre de la facilité seront d’une part pour les États membres l’occasion de stimuler la croissance et la liquidité au sein de leurs économies, sachant d’autre part qu’ils entraîneront cependant une hausse de leur déficit budgétaire. Il en résulte une situation contradictoire dans laquelle les possibilités de stimulation de la croissance qu’offrent les emprunts au titre de la facilité peuvent être limitées si les États membres seront simultanément tenus de prendre des mesures supplémentaires afin d’assainir leurs finances publiques. |
| 7.4. | Dans ce contexte, et en tenant compte du fait que ces emprunts constituent des moyens exceptionnels en des circonstances exceptionnelles, il s’avérer judicieux de mettre en place des règles spéciales relatives à leur prise en compte dans le cadre de l’Union européenne en matière budgétaire, prévoyant par exemple de ne pas les comptabiliser dans le déficit budgétaire de l’État membre concerné. |
| 7.5. | De surcroît, le CESE propose d’instaurer de nouvelles règles budgétaires qui tiennent compte des réalités économiques et sociales qui prévaudront lorsque prendra fin la pandémie. |
| 7.6. | Le CESE convient pleinement de la nécessité soulignée dans la communication d’assurer une administration publique et des services d’intérêt général efficaces et de qualité, tout en attirant l’attention sur le fait qu’elle en implique une autre, celle d’assurer dans certains États membres des conditions d’emploi décentes et stables. |
| 7.7. | Les déficits publics liés au coût de la sortie de la crise repoussent à un horizon plus lointain l’adoption de la monnaie unique par les États membres qui n’en disposent pas encore, tout comme ils contribueront à affaiblir la confiance placée dans l’euro. À cet égard, le CESE est d’avis qu’il devient indispensable de réviser les critères pour entrer dans la zone euro et de prendre également des mesures visant à stabiliser l’euro par rapport aux autres grandes monnaies et cryptomonnaies. |
8. Initiatives phares européennes
| 8.1. | Le CESE se félicite de l’ambition de la Commission de définir des initiatives européennes communes et coordonnées, ainsi que de la détermination de la Commission à encourager les États membres à prendre en compte ces initiatives dans leurs plans nationaux pour la reprise et la résilience. |
| 8.2. | Le CESE plaide dans le même temps en faveur d’un réexamen des initiatives proposées de sorte que celles-ci tiennent plus largement compte des aspects sociaux de la transformation et qu’elles contribuent davantage à réaliser les objectifs des Nations unies de développement durable à l’horizon 2030 ainsi que des six priorités de la Commission pour la période 2019-2024 (6). |
| 8.3. | De surcroît, le CESE propose de compléter la liste des initiatives européennes en y ajoutant le développement de l’économie sociale dans le contexte du plan d’action de l’Union y afférent, ainsi que des mesures en faveur de l’égalité de l’accès à des systèmes de soins de santé et de services sociaux qui soient abordables financièrement et de haute qualité, en tenant des spécificités locales de la prestation de ces services. |
9. Rôle de la société civile, dialogue social et citoyen
| 9.1. | Pour surmonter la crise et mettre en œuvre dans les faits l’initiative «Next Generation UE», l’Union a besoin de la mobilisation de tous ses citoyens. C’est pourquoi le CESE se félicite que le règlement adopté en décembre 2020 relatif à la facilité pour la reprise et la résilience confirme définitivement l’importance d’un engagement véritable des organisations de la société civile et des partenaires sociaux dans l’élaboration des plans nationaux pour la relance et la résilience. Conformément à l’article 18, paragraphe 4, point q), du règlement, les plans nationaux pour la relance et la résilience doivent présenter une synthèse du processus de consultation mené auprès des collectivités locales et régionales, des partenaires sociaux, des organisations de la société civile, des organisations de la jeunesse et d’autres acteurs concernés en vue d’élaborer et de mettre en œuvre le plan en question, et rendre compte de la manière ils prennent en compte la contribution des intéressés. Le CESE met en exergue le rôle essentiel que jouent les partenaires sociaux et les autres organisations de la société civile dans la planification, la réalisation et l’évaluation des actions menées dans le cadre de la facilité pour la reprise et la résilience et d’autres volets du Semestre européen au sein des États membres. |
| 9.2. | Le CESE se félicite de ce qu’il soit tenu compte dans la communication de la question de la démocratie en tant que valeur essentielle dans les mesures prises en lien avec la stratégie. Dans le même temps, il met en garde contre le caractère déclaratif des formules adoptées en la matière et contre l’insuffisance de leur prise en compte dans les actions prévues, telles que par exemple celles liées à la réalisation des initiatives phares européennes, pas plus que dans la reconnaissance du rôle de partenaire que jouent les organisations de la société civile en leur qualité d’acteurs essentiels de la démocratie participative. |
| 9.3. | Il sera à coup sûr bien plus facile de surmonter les sacrifices et les restrictions liés à la crise si ceux-ci s’accompagnent d’une large association des organisations de la société civile à la gestion de crise et à l’organisation de campagnes d’information, notamment à l’échelon local et régional. Les médias locaux et les institutions éducatives doivent soutenir la société civile dans ce domaine. Il conviendrait d’encourager les États membres à soutenir financièrement ce type d’activités en recourant également, lorsque c’est possible, aux Fonds de l’Union. |
| 9.4. | Le CESE encourage résolument les États membres, les régions et les collectivités territoriales à utiliser dans les faits le modèle de cocréation promu par la Commission dans le processus d’élaboration des politiques, des programmes et des actions, conjointement avec les citoyennes et les citoyens de l’Union, et non pour ces derniers. |
| 9.5. | Le CESE a affirmé à de multiples reprises la nécessité d’associer davantage les partenaires sociaux et les autres organisations de la société civile au processus du Semestre européen. Le respect constant du principe de partenariat dans le cadre de la planification, de la réalisation et de l’évaluation des plans nationaux pour la relance et la résilience constitue, et plus que jamais en situation de crise, une condition fondamentale de leur bonne mise en œuvre. La qualité du dialogue social et de la consultation de la société s’est incontestablement détériorée notamment au cours de la première phase de la crise. Dans de nombreux cas, cet état de fait s’est traduit par la piètre qualité de la législation et par les difficultés rencontrées dans sa mise en œuvre notamment par les entreprises. En outre, le CESE relève que la communication de la Commission passe sous silence la négociation collective. |
| 9.6. | À cet égard, compte tenu également des contributions provenant des États membres en vue d’élaborer une résolution relative au rôle de la société civile dans le cadre des plans nationaux pour la relance et la résilience, le CESE soutient résolument l’instauration du principe contraignant de conditionnalité. En vertu de ce principe, les gouvernements seront tenus de faire participer la société civile à la planification et à la mise en œuvre desdits plans selon des normes minimales définies à l’échelon de l’Union. |
| 9.7. | Le CESE fait également valoir l’importance cruciale du dialogue avec la jeune génération de l’Union (à laquelle renvoie l’intitulé «Next Generation EU»), notamment au moyen du dialogue citoyen avec les organisations de la jeunesse. |
| 9.8. | Le langage auquel recourt la Commission dans sa communication, qui s’adresse aux institutions et organes de l’Union européenne, n’est guère compréhensible de larges cercles de citoyennes et de citoyens de l’Union, ce qui compliquera donc sa discussion au sein des organisations de la société civile (7). C’est pourquoi le CESE propose que la Commission élabore un document supplémentaire qui expose la teneur de sa communication d’une manière plus claire et plus simple. |
Bruxelles, le 25 février 2021.
La présidente du Comité économique et social européen
Christa SCHWENG
(1) Règlement (UE) 2021/241 du Parlement européen et du Conseil du 12 février 2021 établissant la facilité pour la reprise et la résilience (JO L 57 du 18.2.2021, p. 17).
(2) COM(2020) 575 final.
(3) COVID-19: le Conseil adopte une recommandation visant à coordonner les mesures ayant une incidence sur la libre circulation.
(4) COM(2020) 575 final, p. 2.
(5) Des emplois de qualité — Mesure et évaluation (OCDE, février 2016).
(6) https://ec.europa.eu/info/strategy/priorities-2019-2024_fr
(7) La communication COM(2020) 698 final peut servir de bon exemple pour l’emploi d’un langage plus simple dans ce type de document.
Avis institutionnel — 52021AB0040
29/12/2021
Avis institutionnel — 52021AB0039
28/12/2021
Avis institutionnel — 52021AB0038
22/12/2021
Avis institutionnel — 52022AG0001(01)
20/12/2021