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AccueilDroit européen52020AE5883
Avis institutionnel52020AE5883

Avis institutionnel — 52020AE5883

CELEX52020AE5883
TypeAvis institutionnel
Datemardi 27 avril 2021

Texte intégral

16.7.2021

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 286/121


Avis du Comité economique et social européen sur «Une Union de l’égalité: plan d’action de l’UE contre le racisme 2020-2025»

[COM(2020) 565 final]

(2021/C 286/21)

Rapporteur: Cristian PÎRVULESCU

Consultation

Commission européenne, 27.11.2020

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Décision du Bureau

1.12.2020

Compétence

Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté»

Adoption en section

16.4.2021

Adoption en session plénière

27.4.2021

Session plénière no

560

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

192/2/9

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le CESE accueille favorablement le plan d’action de l’UE contre le racisme 2020-2025 présenté par la Commission européenne, et espère qu’il aidera tant les institutions européennes que les institutions des États membres à renouveler leurs efforts dans la lutte contre le racisme et d’autres formes de discrimination structurelle.

1.2.

Ce plan est pertinent et arrive au bon moment. L’actuelle crise épidémiologique de la COVID-19 a crée de nouvelles difficultés en matière d’inclusion et de promotion de la diversité. Des groupes déjà marginalisés, comme les migrants, ont rencontré d’importants problèmes d’ordre médical, social et économique. En période de crise, les comportements et actes discriminatoires ont tendance à s’accroître.

1.3.

Même avant la crise de la COVID-19, la situation des minorités et des groupes vulnérables dans l’Union se détériorait. Les attitudes hostiles envers les migrants se sont répandues, encouragées par des dirigeants et des partis qui, mus par un objectif électoraliste, instillent des sentiments négatifs à l’égard des musulmans, des Africains ou des Asiatiques. Les minorités historiques comme les Roms sont de plus en plus visés par des actes de haine raciale. La population juive d’Europe est de moins en moins en sécurité, faisant remonter les souvenirs douloureux de l’antisémitisme brutal qui a empoisonné le continent avant la Seconde Guerre mondiale.

1.4.

Dans ce contexte, le plan vise à rationaliser les actions législatives, politiques et budgétaires. Si le plan regroupe tous les instruments disponibles, une certaine ambition et une profondeur historique semblent parfois lui faire défaut. L’approche qui y est adoptée est trop prudente, alors que la situation sur le terrain se dégrade rapidement. Le CESE tient à souligner que la lutte contre la discrimination, le racisme, la xénophobie et d’autres formes d’intolérance au niveau européen relève d’une évidente responsabilité consacrée dans les textes fondateurs de l’Union européenne. Cette lutte n’est pas facultative, et la répartition des responsabilités entre l’Union et les autorités nationales ne saurait servir à justifier l’autosatisfaction et l’inaction. Il s’agit en particulier de trouver comment convaincre tous les États membres de participer à cet effort et assurer la coopération active de divers organes, institutions et organisations au niveau national.

1.5.

Le CESE soutient l’élaboration d’une nouvelle législation visant à renforcer le rôle des organismes nationaux pour l’égalité de traitement.

1.6.

Le CESE incite également le Conseil à adopter la proposition de la Commission de 2008 relative à la mise en œuvre du principe de l’égalité de traitement entre les personnes sans distinction de religion ou de convictions, de handicap, d’âge ou d’orientation sexuelle.

1.7.

Il est nécessaire de procéder à une évaluation complète de la mise en œuvre de la décision-cadre sur la lutte contre certaines formes et manifestations de racisme et de xénophobie au moyen du droit pénal, qui constitue un acte législatif essentiel.

1.8.

L’espace en ligne se substitue de plus en plus à la sphère publique traditionnelle. C’est également l’espace que certains responsables politiques, groupes et organisations utilisent pour encourager des comportements racistes et discriminatoires. Lors de l’élaboration des politiques et des procédures, on devrait davantage insister sur la diffusion organisée des discours de haine ainsi que sur le traitement qu’il convient de leur réserver.

1.9.

Au cours de la dernière décennie, nous avons malheureusement vu un grand nombre de groupes et d’organisations afficher ouvertement des idées, des symboles et des actions trouvant leur origine dans le fascisme européen de l’entre-deux-guerres, et passer ainsi de la marginalité à un positionnement central dans l’espace public, notamment grâce à la mobilisation en ligne. Ces groupes et organisations ont également été encouragés par des évolutions politiques à l’œuvre hors d’Europe, des gouvernements de grands États prenant des positions nationalistes et conservatrices en matière de politique intérieure et extérieure. Il convient de traiter cette nouvelle mobilisation en conséquence, non seulement au moyen d’actions législatives et répressives, qui risquent d’arriver trop tard, mais aussi par des actions directes et résolues qui s’attaquent aux causes profondes de la radicalisation de droite.

1.10.

Le CESE accueille favorablement le plan d’action relatif au socle européen des droits sociaux présenté par la Commission, et espère qu’il continuera de soutenir fermement l’égalité sur le marché du travail, y compris pour les personnes issues d’un groupe racial ou ethnique minoritaire. Nous espérons également que les engagements sociaux des institutions de l’Union et des États membres seront respectés dans cette période économique difficile causée par l’épidémie de COVID-19.

1.11.

Le CESE attend avec intérêt la stratégie globale de la Commission sur les droits de l’enfant, prévue pour 2021, avec l’espoir qu’elle inclura des actions de lutte contre le racisme et la discrimination, mais aussi des liens avec des politiques et des ressources susceptibles d’atténuer les effets négatifs de l’épidémie et des perturbations que celle-ci a engendrées.

1.12.

Il est nécessaire de repenser en profondeur la politique de santé de l’Union et des États membres, dans le but de garantir l’accès à des services de qualité élevée pour tous, en particulier pour celles et ceux qui sont issus de groupes vulnérables et minoritaires. Il s’agit notamment d’améliorer le financement des services, de développer les infrastructures de santé publique dans chaque région, en particulier dans les territoires les plus pauvres, de développer les services de soins de santé primaires et d’axer la prestation de services sur les besoins et les droits des patients. Il y a lieu d’accorder une attention particulière aux droits, à la dignité et au bien-être des personnes âgées qui se trouvent isolées dans les établissements de soins durant la pandémie de COVID-19.

1.13.

Les racines historiques du racisme doivent être à nouveau placées au centre de l’attention et des actions, en particulier dans le domaine de l’éducation. Il faudrait concevoir de nouveaux programmes d’études et de nouveaux manuels scolaires, et organiser des sessions de formation destinées aux enseignants et aux éducateurs avec le soutien de l’Union. Il convient de favoriser une approche interdisciplinaire de l’histoire et du patrimoine européens communs aux niveaux secondaire et supérieur de l’enseignement.

1.14.

Le CESE se joint à la Commission pour encourager tous les États membres à élaborer et à adopter des plans d’action nationaux contre le racisme et contre la discrimination fondée sur la race. Seule la moitié des États membres environ disposent de tels plans, ce qui témoigne d’un niveau d’intérêt et d’engagement variable de la part des gouvernements nationaux. Le CESE compte sur la définition de principes directeurs communs pour les plans d’action nationaux prévus pour 2021, et il est disposé à participer à cet exercice.

1.15.

Le CESE espère voir s’intensifier les efforts déployés par les organisations professionnelles et par les entreprises à titre individuel afin de créer et maintenir un environnement de travail inclusif pour leurs employés, indépendamment du sexe, de l’origine raciale ou ethnique, de la religion, de l’âge, du handicap ou de l’orientation sexuelle. Un environnement de travail inclusif suppose également un véritable dialogue social et une solide représentation des travailleurs. Nous nous réjouissons à la perspective du mois européen de la diversité en mai 2021 ainsi que du lancement de la boîte à outils en ligne pour aider les entreprises à évaluer leur diversité interne et leurs stratégies en matière de diversité.

1.16.

Le financement des actions de lutte contre le racisme et la discrimination semble généreux. Il comprend le cadre financier pluriannuel (CFP), le nouveau programme «Citoyens, égalité, droits et valeurs», Horizon Europe et la nouvelle facilité pour la reprise et la résilience. Selon une évaluation générale des actions menées jusqu’à présent, l’intérêt des gouvernements des États membres pour recourir à ces diverses ressources et pour lutter contre le racisme et la discrimination semble limité. Le CESE estime que les dispositions budgétaires ne sont pas suffisantes en soi, et qu’il faudrait mettre en place un système d’incitations.

1.17.

Le CESE salue l’intention de la Commission de travailler avec les partis politiques européens, le réseau européen de coopération en matière d’élections, la société civile et l’Université afin d’accroître la participation au titre du plan d’action pour la démocratie européenne. Le CESE est disposé à contribuer aux travaux et à apporter ses propre idées et son expérience.

1.18.

Le CESE encourage la Commission à mieux intégrer divers plans dont les objectifs et les instruments se recoupent de manière significative. Nous proposons d’intégrer le plan d’action de contre le racisme, la stratégie de mise en œuvre de la charte des droits fondamentaux, le plan d’action pour la démocratie et le rapport sur l’état de droit. Comme ces plans représentent des domaines d’action politique distincts, nous devrions également dégager des éléments communs et des synergies.

1.19.

L’un des piliers majeurs de toute politique efficace dans les domaines de la démocratie, de l’état de droit et de la protection des droits de l’homme, c’est une société civile dynamique, bien organisée et affirmée, active à tous les niveaux: local, régional, national et européen. Par conséquent, le CESE invite instamment la Commission à élaborer une stratégie globale pour la société civile européenne pour l’aider à remplir sa mission démocratique.

2. Observations générales

2.1. Lutter contre le racisme et la discrimination raciale par la législation: réexamen et action

2.1.1.

Le CESE encourage la Commission à procéder dès que possible à une évaluation complète du cadre juridique existant. Le suivi de la transposition et de la mise en œuvre de la législation de l’Union est essentiel pour garantir une action efficace contre la discrimination. Le CESE incite la Commission à inclure dans l’évaluation les positions des organisations de la société civile de première ligne, des partenaires sociaux et des groupes locaux ainsi que des organismes nationaux chargés de la promotion de l’égalité de traitement. Les organisations travaillant directement avec les groupes concernés devraient également être associées.

2.1.2.

Le CESE attend avec intérêt le rapport de suivi sur la mise en œuvre de la directive relative à l’égalité raciale, qui devrait être publié en 2021, et se félicite que l’accent puisse être mis sur le volet répressif de la réglementation. Il encourage également la Commission à recourir de manière volontariste aux procédures d’infraction lorsque cela s’avère nécessaire.

2.1.3.

Le CESE soutient l’élaboration d’une nouvelle législation visant à renforcer le rôle des organismes nationaux pour l’égalité de traitement. Il est regrettable que des institutions aussi importantes, qui ont pour mission d’apporter une aide indépendante aux victimes de discrimination, de promouvoir l’égalité, de mener des enquêtes indépendantes et de publier des rapports indépendants et des recommandations, présentent des configurations tellement variées pour ce qui est de leur pouvoir et de leurs fonctions. Il est absolument essentiel de repenser et de renforcer davantage leur rôle.

2.1.4.

Le CESE encourage également le Conseil à adopter la proposition de la Commission de 2008 relative à la mise en œuvre du principe de l’égalité de traitement entre les personnes sans distinction de religion ou de convictions, de handicap, d’âge ou d’orientation sexuelle (1).

2.1.5.

Il est nécessaire de procéder à une évaluation complète de la mise en œuvre de la décision-cadre sur la lutte contre certaines formes et manifestations de racisme et de xénophobie au moyen du droit pénal (2), qui constitue un acte législatif essentiel. Comme indiqué dans la proposition, la mesure dans laquelle les codes pénaux nationaux érigent correctement en infractions pénales les discours et crimes haineux suscite de vives inquiétudes que partage également le Comité.

2.1.6.

La prolifération des discours haineux dans l’espace en ligne est particulièrement préoccupante (3). Même si la décision-cadre impose aux États membres d’ériger en infraction pénale l’incitation publique à la violence ou à la haine fondée sur la couleur, la religion, l’ascendance ou l’origine raciale ou ethnique, il existe d’importantes lacunes dans la mise en pratique de cette règle. Les autorités nationales doivent tenir compte du principe de la liberté d’expression et définir plus précisément le contenu des comportements illicites en ligne. Dans le même temps, elles doivent coopérer avec les plateformes en ligne afin de réglementer l’accès et d’établir des règles plus claires en ce qui concerne la modération et la suppression de contenu. Des progrès ont été accomplis en ce qui concerne la respect des règles sur une base volontaire des fournisseurs de plateformes et la suppression des contenus illicites, mais il est nécessaire d’agir de façon permanente pour suivre le rythme de l’évolution de l’espace en ligne.

2.1.7.

L’espace en ligne se substitue de plus en plus à la sphère publique traditionnelle. La majeure partie des interactions sociales s’y déroule, pour toute une série de besoins et de finalités, qu’il s’agisse de l’achat de biens et de services, de divertissement, d’information, d’éducation, de consommation culturelle, ou de mobilisation civique et politique. Ce vaste espace voit le développement des technologies et des services repousser les limites de la sociabilité et des interactions. Les responsables politiques, les groupes et les organisations privilégient également cet espace pour promouvoir leurs valeurs et leurs idéologies, interagir avec la société et appeler à l’action (4). Parmi eux, certains articulent leur action politique et leur mobilisation autour de comportements racistes et discriminatoires. Lors de l’élaboration des politiques et des procédures, on devrait davantage insister sur la diffusion organisée des discours de haine ainsi que sur le traitement qu’il convient de leur réserver.

2.1.8.

Au cours de la dernière décennie, nous avons malheureusement vu un grand nombre de groupes et d’organisations afficher ouvertement des idées, des symboles et des actions trouvant leur origine dans le fascisme européen de l’entre-deux-guerres. Il s’agit notamment de partis siégeant au sein de parlements nationaux, de partis extra-parlementaires, de mouvements politiques et de milices, tous ancrés dans une culture politique de haine et de discrimination. Ils sont ainsi passés au cours de ces dix dernières années de la marginalité à un positionnement central dans l’espace public, notamment grâce à la mobilisation en ligne. Ces groupes et organisations ont également été encouragés par des évolutions politiques à l’œuvre hors d’Europe, des gouvernements de grands États prenant des positions nationalistes et conservatrices en matière de politique intérieure et extérieure. Il convient de traiter cette nouvelle mobilisation en conséquence, non seulement au moyen d’actions législatives et répressives, qui risquent d’arriver trop tard, mais aussi par des actions directes et résolues qui s’attaquent aux causes profondes de la radicalisation de droite.

2.1.9.

Comme indiqué dans la proposition, certains États membres ont pris des mesures pour interdire les groupes racistes et leurs symboles, souvent dans le cadre de la législation sur les crimes de haine, les discours haineux ou le terrorisme, ou encore ils ont institué des sanctions pénales liées à la négation de crimes contre l’humanité et/ou à la période nazie et fasciste, ainsi qu’à la propagande pour des groupes terroristes. Il s’agit là d’un pas dans la bonne direction, mais des mesures supplémentaires sont nécessaires. Tous les pays devraient élaborer des réponses nationales à l’extrémisme violent, et leur approche devrait être facilitée par une action commune au niveau de l’Union. Le CESE attend avec intérêt le rapport de la Commission sur ces réponses. Nous encourageons la Commission à travailler étroitement, non seulement avec les autorités répressives, qui sont généralement chargées de surveiller l’extrémisme violent, mais aussi avec les organismes nationaux pour l’égalité de traitement, les institutions de surveillance indépendantes, les organisations de la société civile (et notamment les communautés religieuses), les partenaires sociaux, les médias et les universités. Le CESE est disposé à faire bénéficier de sa propre expérience l’élaboration de plans conjoints de l’Union pour lutter contre l’extrémisme violent. Les mesures devraient cibler non seulement les cas visibles d’extrémisme violent se trouvant à un stade avancé, mais aussi les racines profondes et les environnements propices qui conduisent à la radicalisation et au passage à l’acte.

2.1.10.

Le CESE invite tous les États membres à envisager de ratifier sans délai la convention 190 (2019) de l’Organisation internationale du travail, qui est le tout premier traité international condamnant purement et simplement toute forme de violence et de harcèlement dans le monde du travail. En tant que telle, elle concerne également le harcèlement et la discrimination fondés sur la race, le sexe et tout autre motif.

2.2. Au-delà de la législation de l’Union: faire davantage pour lutter contre le racisme dans la vie quotidienne

2.2.1.

Le CESE salue la priorité que les autorités répressives accordent désormais à la lutte contre la discrimination. Ces autorités travaillent au quotidien auprès de chaque collectivité européenne, et elles pourraient jouer un rôle clé dans la lutte contre le racisme, la xénophobie et la discrimination. Malheureusement, l’éducation et la formation des agents n’abordent généralement pas les notions de démocratie, de protection des droits de l’homme et de discrimination. Dans certains cas, des membres des services répressifs développent eux-mêmes des comportements racistes, xénophobes et discriminatoires voire, dans le pire des cas, entretiennent des liens avec des groupes extérieurs qui défendent ces idées. Nous saluons le travail accompli par l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA) et l’Agence de l’Union européenne pour la formation des services répressifs (CEPOL) en vue de développer des ressources et des outils de formation. Mais ce n’est pas suffisant. Les bénéficiaires potentiels de l’éducation et de la formation se comptent en centaines de milliers. La coopération avec les établissements nationaux de formation doit donc être considérablement renforcée, et il faut que davantage de ressources soient consacrées à la formation au niveau européen et au niveau national. La FRA et la CEPOL peuvent également encourager les établissements de formation nationaux à coopérer avec les organisations de la société civile et les universités afin de mieux adapter le contenu de leurs formations aux spécificités nationales.

2.2.2.

Le CESE se félicite de l’engagement vigoureux de la Commission à lutter contre la discrimination et les inégalités en matière d’accès à l’emploi, à l’éducation, aux soins de santé et au logement au moyen de politiques et de programmes de financement. Par conséquent, nous accueillons favorablement le plan d’action relatif au socle européen des droits sociaux publié par la Commission, et nous espérons qu’il continuera de soutenir fermement l’égalité sur le marché du travail, y compris pour les personnes issues d’un groupe racial ou ethnique minoritaire. Nous espérons également que les engagements sociaux des institutions de l’Union et des États membres seront respectés dans cette période économique difficile causée par l’épidémie de COVID-19.

2.2.3.

Le CESE salue l’intention d’utiliser Next Generation EU, l’instrument d’appui technique et le budget général pour la période 2021-2027 afin de promouvoir l’inclusion sociale, de garantir l’égalité des chances pour tous et de combattre la discrimination. La crise de la COVID-19, qui a eu un impact disproportionné sur les personnes vulnérables et minoritaires, a rendu nécessaire le développement d’infrastructures et l’égalité d’accès au marché du travail, aux soins de santé et aux services sociaux, au logement et à des services d’éducation et de formation de qualité, inclusifs et sans ségrégation.

2.2.4.

Cette crise a exacerbé les problèmes rencontrés par les groupes vulnérables et minoritaires sur marché du travail. Les personnes issues de minorités rencontrent des difficultés pour trouver un emploi et, lorsqu’elles en ont un, à être rémunérées en fonction de leur niveau d’éducation et de compétences. Les effets économiques de la pandémie, avec des licenciements massifs et une nouvelle détérioration des conditions de travail et des salaires, frappent plus durement les groupes vulnérables et minoritaires. Nous faisons le vœu que le plan d’action sur le socle européen des droits sociaux s’attaquera efficacement à la discrimination dans le domaine de l’emploi.

2.2.5.

La COVID-19 a également eu un effet négatif sur l’éducation. Les fermetures d’écoles qui ont eu lieu en 2020, et qui se reproduiront probablement en 2021, ont perturbé un processus éducatif qui était déjà trop peu inclusif. Même avant la pandémie, les enfants et les jeunes issus de groupes vulnérables et minoritaires quittaient l’école prématurément ou ne suivaient pas complètement le parcours éducatif. Et s’ils le suivaient, les enfants issus de minorités étaient victimes de discrimination et de harcèlement, un phénomène que la proposition de la Commission européenne ne reconnaît pas pleinement. Les écoles sont plus que des établissements d’enseignement. Divers services sont fournis dans le contexte scolaire: des services de restauration aux contrôles médicaux en passant par l’aide et la prévention en matière d’abus commis par des parents ou par des tiers. Le passage à un enseignement en ligne était une solution d’urgence. Dans de nombreux cas, cette situation a créé un autre obstacle pour les enfants vulnérables et minoritaires dans la mesure où ces derniers ne disposaient pas des outils adaptés et d’une connexion internet. Dès que les écoles pourront être rouvertes, il faudra prendre des mesures directes et fortes pour mettre en place de services de remédiation pédagogique. Le CESE attend avec intérêt la stratégie globale de la Commission sur les droits de l’enfant, prévue pour 2021, avec l’espoir qu’elle inclura des actions de lutte contre le racisme et la discrimination, mais aussi des liens avec des politiques et des ressources susceptibles d’atténuer les effets négatifs de l’épidémie et des perturbations que celle-ci a engendrées.

2.2.6.

Le CESE apprécie favorablement les travaux du réseau de sensibilisation à la radicalisation, et espère que ses activités seront davantage soutenues et développées, en particulier dans le domaine de l’éducation.

2.2.7.

En ce qui concerne la santé, la COVID-19 a eu une incidence considérable. Les inégalités en matière de santé que subissent les personnes issues d’une minorité raciale ou ethnique se sont aggravées. Nous encourageons la plateforme européenne sur la politique de santé à s’emparer pleinement de la question de la réduction des inégalités fondées sur l’origine raciale ou ethnique. L’Union doit être beaucoup plus active pour faire en sorte que ses citoyens et résidents aient accès à des services médicaux de qualité élevée pendant et après la pandémie. Il convient de saluer et d’encourager les efforts déployés par l’Union pour fournir du matériel médical et, ultérieurement, un accès aux vaccins. Mais seule une refonte globale de la politique de santé de l’Union et des États membres sera à même de résoudre, à moyen et à long terme, le problème de l’accès aux soins et de leur qualité pour tous et, en particulier, pour les personnes appartenant à des groupes vulnérables et minoritaires. Il s’agit notamment d’améliorer le financement des services, de développer les infrastructures de santé publique dans chaque région, en particulier dans les territoires les plus pauvres, de développer les services de soins de santé primaires et d’axer la prestation de services sur les besoins et les droits des patients.

2.2.8.

Il faut également agir dans le domaine du logement. Comme indiqué dans la proposition, la discrimination sur le marché du logement renforce la ségrégation et elle a, par ricochet, des répercussions sur l’éducation ou les possibilités d’emploi et, dans le cas des familles avec enfants, elle porte gravement préjudice au développement des enfants. L’épidémie de COVID-19 a mis en évidence la nécessité d’agir pour améliorer les conditions de logement. La prévention des infections et des formes graves de la maladie dépend des conditions sanitaires générales, mais aussi de l’accès aux infrastructures d’approvisionnement en eau et d’assainissement. Il convient de s’atteler en priorité à la ségrégation en matière de logement, en particulier dans les zones les plus pauvres. Des fonds destinés à soutenir des actions en faveur de logements sans ségrégation et à garantir l’accès à des services généraux inclusifs et de qualité sont disponibles dans le cadre de la politique de cohésion, mais il est difficile de savoir si les autorités nationales et locales sont disposées à y avoir recours.

2.3. Racisme structurel: s’attaquer au problème sous-jacent

2.3.1.

Il est absolument fondamental de lutter contre les stéréotypes et de faire mieux connaître l’histoire si l’on veut éradiquer le racisme et la discrimination sur notre continent. Les racines historiques du racisme doivent être à nouveau placées au centre de l’attention et des actions, en particulier dans le domaine de l’éducation. Nous saluons les travaux du Conseil de l’Europe sur l’histoire et l’enseignement de l’histoire. Toutefois, les outils proposés ne sont pas couramment utilisés à grande échelle pour l’enseignement de l’histoire. Des mesures plus concertées et décisives sont nécessaires en ce sens. Il faudrait concevoir de nouveaux programmes d’études et de nouveaux manuels scolaires, et organiser des sessions de formation destinées aux enseignants et aux éducateurs avec le soutien de l’Union. Il convient de favoriser une approche interdisciplinaire de l’histoire et du patrimoine européens communs aux niveaux secondaire et supérieur de l’enseignement. La priorité accordée à l’éducation, formelle et non formelle, est la pierre angulaire de toute politique efficace de lutte contre le racisme et la discrimination.

2.3.2.

Le rôle du secteur de la création est également très important, puisqu’il sert de pont entre les groupes sociaux. L’empathie et la solidarité sont des valeurs qui forment le fondement d’une société inclusive. Nous nous félicitons dès lors des priorités du programme Europe créative et d’autres programmes qui portent sur des projets visant à faire tomber les barrières et à encourager l’inclusion sociale et la participation des groupes sous-représentés et défavorisés.

2.3.3.

La collaboration avec des journalistes est également opportune et intéressante. Nous soutenons les efforts déployés par la Commission pour élaborer une série de séminaires sur les stéréotypes raciaux et ethniques, qui réuniront des journalistes, des organisations de la société civile et des représentants des personnes issues d’un groupe racial ou ethnique minoritaire. Le CESE est disposé à y contribuer.

2.3.4.

Le CESE invite instamment la Commission européenne et les États membres à élaborer une méthode commune de collecte des données pertinentes, y compris des données ventilées par origine ethnique et raciale. Cette méthode devrait respecter les principes définis par la conférence mondiale des Nations unies de 2002 contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée et par le programme d’action de Durban — à savoir, la nécessité que les données ventilées en ce qui concerne les statistiques démographiques soient recueillies avec le consentement exprès des répondants, sur la base de l’auto-reconnaissance et en conformité avec les normes en matière de droits de l’homme protégeant la vie privée. Le CESE estime que les travaux réalisés par l’Agence des droits fondamentaux dans le domaine de la collecte de données ne sont pas suffisants et que des efforts similaires devraient être déployés au niveau des États membres.

2.3.5.

En vue de favoriser un contexte de tolérance interculturelle, le CESE souligne l’importance des bonnes pratiques en ce qui concerne le dialogue avec le niveau local (villes) et celui des quartiers et des communautés, où le racisme structurel est imbriqué dans la vie quotidienne et le travail.

2.4. Un cadre pour l’action: comment utiliser au mieux les outils de l’Union

2.4.1.

Le CESE se joint à la Commission pour encourager tous les États membres à élaborer et à adopter des plans d’action nationaux contre le racisme et contre la discrimination fondée sur la race. Seule la moitié environ des États membres disposent de tels plans, ce qui témoigne d’un niveau d’intérêt et d’engagement variable de la part des gouvernements des États membres (5). Le CESE compte sur la définition de principes directeurs communs pour les plans d’action nationaux prévus pour 2021, et il est disposé à participer à cet exercice. Les domaines d’action politique mis en évidence dans le plan d’action actuel sont bien structurés et complets:la législation pour combattre la discrimination et le rôle des organismes pour l’égalité de traitement; les discours et crimes de haine; le profilage illicite par les autorités répressives; les risques posés par les nouvelles technologies; l’égalité d’accès à l’éducation, à l’emploi, aux soins de santé et au logement; l’intégration des préoccupations en matière d’égalité au niveau national; la participation des niveaux régional et local; le financement de la lutte contre le racisme; la collecte de données; le dialogue avec la société civile. Il s’agit en particulier de trouver comment convaincre tous les États membres de l’Union de participer à cet effort et assurer la coopération active de divers organes, institutions et organisations au niveau national.

2.4.2.

Le CESE espère voir s’intensifier les efforts déployés par les organisations professionnelles et les entreprises individuelles pour créer et maintenir un environnement de travail inclusif pour leurs employés, indépendamment du sexe, de l’origine raciale ou ethnique, de la religion, de l’âge, du handicap ou de l’orientation sexuelle (6). Un environnement de travail inclusif suppose également un véritable dialogue social et une solide représentation des travailleurs. Nous nous réjouissons à la perspective du mois européen de la diversité en mai 2021 ainsi que du lancement de la boîte à outils en ligne pour aider les entreprises à évaluer leur diversité interne et leurs stratégies en matière de diversité.

2.4.3.

Le CESE soutient pleinement l’engagement pris par la Commission de veiller à ce que la lutte contre la discrimination fondée sur des motifs spécifiques et leurs interactions avec d’autres motifs de discrimination, comme le sexe, le handicap, l’âge, la religion ou l’orientation sexuelle, soit intégrée dans l’ensemble des politiques, des législations et des programmes de financement de l’Union.

2.4.4.

Le financement des actions de lutte contre le racisme et la discrimination semble généreux. Il comprend le cadre financier pluriannuel (CFP), le nouveau programme «Citoyens, égalité, droits et valeurs», Horizon Europe et la nouvelle facilité pour la reprise et la résilience. Selon une évaluation générale des actions menées jusqu’à présent, l’intérêt des gouvernements des États membres pour recourir à ces diverses ressources et pour lutter contre le racisme et la discrimination semble limité. Le CESE estime que les dispositions budgétaires ne sont pas suffisantes en soi, et qu’il faudrait mettre en place un système d’incitations. Une raison majeure de cet intérêt limité pourrait résider dans la nature politique sensible des actions et la mobilisation politique des dirigeants, organisations et groupes radicaux contre ces actions.

2.4.5.

Combattre le racisme et la discrimination dans les politiques extérieures est également une priorité, en particulier dans un monde gravement touché par l’épidémie de COVID-19. Le CESE espère que les valeurs de lutte contre le racisme et la discrimination et pour l’égalité seront pleinement soutenues par l’instrument de voisinage, de coopération au développement et de coopération internationale, avec le concours des gouvernements, des organisations de la société civile et des partenaires sociaux de ses pays partenaires (7).

2.5. Une action positive de l’Union: écouter et agir

2.5.1.

La participation démocratique et la représentation des groupes susceptibles d’être marginalisés, comme les personnes issues d’une minorité raciale ou ethnique, restent insuffisantes dans la plupart des régions d’Europe. Le CESE salue dès lors l’intention de la Commission de travailler avec les partis politiques européens, le réseau européen de coopération en matière d’élections et la société civile afin d’accroître la participation au titre du plan d’action pour la démocratie européenne. Le CESE est disposé à contribuer aux travaux et à apporter ses propre idées et son expérience. L’une des priorités consisterait à résoudre divers problèmes juridiques et administratifs, à écarter les obstacles à l’accessibilité et à supprimer les difficultés institutionnelles rencontrés par les personnes prêtes à s’engager dans la vie politique à tous les niveaux. Une autre option serait de travailler avec les partis politiques et de les encourager à se constituer un électorat plus diversifié et inclusif, et à promouvoir la désignation de dirigeants et de candidats issus d’un groupe minoritaire ou vulnérable.

2.5.2.

Le CESE approuve l’engagement pris par la Commission de rencontrer régulièrement les organisations de la société civile et les partenaires sociaux actifs dans la lutte contre le racisme aux niveaux européen, national et local, afin de faire le point sur les progrès accomplis dans ce domaine. Le CESE est disposé à participer à ce dialogue. Il est important d’associer les acteurs religieux à ce processus.

2.5.3.

Le CESE accueille favorablement l’intention de la Commission de nommer un coordinateur «antiracisme». Il collaborera avec les États membres, le Parlement européen, les organisations de la société civile, les partenaires sociaux et le monde universitaire afin de renforcer l’action à mener en matière d’antiracisme.

2.5.4.

Le CESE se réjouit à la perspective du sommet contre le racisme prévu par la Commission. Le sommet sera organisé de sorte à coïncider avec la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, le 21 mars 2021, et cette journée sera célébrée chaque année par la Commission.

2.5.5.

Nous saluons les travaux de la Commission visant à promouvoir la diversité et à garantir à tous un environnement de travail exempt de discrimination et inclusif, indépendamment de son origine raciale ou ethnique ou de sa couleur de peau; ils offrent un très bon ensemble de principes sur lequel les autres institutions de l’Union peuvent s’appuyer pour agir.

Bruxelles, le 27 avril 2021.

La présidente du Comité économique et social européen

Christa SCHWENG


(1) COM(2008) 426 final.

(2) JO L 328 du 6.12.2008, p. 55.

(3) L’espace en ligne est également de plus en plus utilisé par les États qui mettent en œuvre des stratégies non conventionnelles pour influencer l’opinion publique.

(4) Le CESE recommande à la Commission de mieux intégrer ce plan d’action à la stratégie numérique européenne.

(5) Selon le rapport sur les droits fondamentaux 2020 de la FRA (juin 2020), 15 États membres disposaient de plans d’action contre le racisme, les discriminations fondées sur la race ou l’origine ethnique et l’intolérance associée en 2019 (Belgique, Croatie, République tchèque, Finlande, France, Allemagne, Irlande, Italie, Lituanie, Pays-Bas, Portugal, Slovaquie, Suède et Espagne). Le Royaume-Uni, qui en disposait, a quitté l’Union le 1er janvier 2021.

(6) Selon la proposition, il existe actuellement des chartes de la diversité dans 24 États membres; elles comptent plus de 12 000 signataires (entreprises, institutions publiques, organisations non gouvernementales, universités, syndicats) et couvrent au total plus de 16 millions de salariés.

(7) JO C 110 du 22.3.2019, p. 163.


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