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Initiative législative — 52020IR5862

CELEX52020IR5862
TypeInitiative législative
Datejeudi 1 juillet 2021

Texte intégral

29.10.2021

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 440/56


Avis du Comité européen des régions sur le thème «Plan d’avenir pour le secteur des soins et de la prise en charge des personnes dépendantes — Un défi européen, des perspectives locales et régionales»

(2021/C 440/11)

Rapporteur:

Heinrich DORNER (Autriche/PSE), membre du gouvernement du Land de Burgenland

RECOMMANDATIONS POLITIQUES

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS

Priorités politiques

1.

est conscient des conséquences du vieillissement de la population (1), de l’évolution des structures sociales et familiales comme de celle intervenue dans les soins centrés sur les besoins pour les personnes ayant des besoins particuliers, des exigences du monde du travail moderne et de la demande croissante de soins formels et informels qui en résulte, les soins informels étant principalement prodigués par les membres de la famille; reconnaît dans le même temps qu’à long terme, il importe de développer des programmes visant à promouvoir un vieillissement actif et à stopper la dégradation précoce de l’état de santé physique et mental des personnes âgées. Il importe de prendre également en compte, lors de l’élaboration des programmes correspondants, le renforcement de la participation sociale des personnes âgées ainsi que l’amélioration des infrastructures qui leur sont destinées. Renforcer les possibilités de participation favorise en effet l’autonomie décisionnelle des personnes âgées, et contribue à prévenir la solitude et l’isolement social;

2.

souligne que le vieillissement de la population a une incidence plus marquée dans les zones rurales, et en particulier dans les zones touchées par le dépeuplement ou les régions moins développées, où les soins aux personnes âgées et dépendantes sont moins accessibles et impliquent une prise en charge accrue de la part des services de proximité. Dans ce contexte, il importe de tenir également compte des effets négatifs de la migration des aidants professionnels des régions moins développées vers celles qui le sont davantage, qui entraîne de graves pénuries de personnel dans les premières. Le Comité reconnaît l’importance, dans les territoires ruraux et les zones dépeuplées, des services de proximité à l’intention des personnes âgées et dépendantes, qui contribuent de différentes manières à maintenir ces personnes dans leur environnement habituel ainsi qu’à promouvoir leur autonomie, leur indépendance dans la réalisation des activités quotidiennes et leur inclusion sociale, par la fourniture de divers soutiens d’ordre technique, matériel ou économique ainsi que par la promotion de l’accessibilité universelle. Dans le même temps, le vieillissement démographique est également fort sensible dans les zones urbaines, où le pourcentage de personnes âgées est en forte croissance, de sorte que les besoins en personnel y augmentent et qu’il est nécessaire d’y construire des infrastructures de services, comme des établissements de soins ou des logements assistés;

3.

reconnaît le rôle crucial que le secteur des soins a joué aux côtés du secteur de la santé pendant la crise de la COVID-19, et en appelle dès lors au respect plein et entier de conditions de travail équitables ainsi qu’à une rémunération proportionnée pour les aidants, à titre d’obligation élémentaire en reconnaissance de leurs services;

4.

invite les régions et les villes à poursuivre et, le cas échéant, intensifier les efforts qu’elles ont déployés jusqu’à présent pour remédier au déficit d’aidants professionnels, de manière à pouvoir faire face aux pénuries de personnel qui se profilent à moyen et à long terme. Ces pénuries affectent les zones aussi bien urbaines que rurales, et il convient de porter une attention toute particulière aux régions touchées par le déclin démographique, à celles qui sont isolées ou à celles qui accusent un retard, où la disponibilité des soins aux personnes âgées et dépendantes est limitée. Tout en reconnaissant l’importance d’une approche fondée sur le cycle de vie en ce qui concerne les défis liés au vieillissement (2), le Comité engage la Commission européenne, dans le contexte actuel de surcharge des services de santé imputable à la pandémie, à mettre directement à la disposition des villes et des régions des instruments financiers qui leur permettent de remédier efficacement aux pénuries d’aidants professionnels;

5.

attire l’attention sur les recommandations politiques (par exemple l’établissement de «corridors sanitaires» entre les régions frontalières) qu’il a déjà formulées concernant les pénuries de personnel à court terme dues aux restrictions imposées à la mobilité transfrontière des professionnels de la santé et des soins dans le contexte de la crise de la COVID-19 (3);

6.

souscrit à l’objectif général consistant à permettre aux personnes dans le besoin de bénéficier des services de soins et de prise en charge reconnus comme nécessaires par les professionnels et privilégiés par les bénéficiaires des soins;

7.

considère que la pénurie de main-d’œuvre qualifiée dans le domaine des soins et de la prise en charge des personnes dans le besoin ouvre des possibilités lorsqu’il s’agit de contrer l’augmentation attendue du chômage à l’échelle européenne, notamment en lien avec les effets de la crise de la COVID-19, et d’œuvrer ainsi de manière substantielle à préserver la cohésion économique et sociale de l’Union européenne; fait valoir que la mise en place de nouveaux services de prise en charge des personnes âgées et dépendantes génère de nouveaux emplois qui contribuent à stimuler l’économie et à fixer la population dans les territoires ruraux et dépeuplés. Les services sociaux de proximité dans ces zones vulnérables sur le plan géographique constituent de toute évidence un élément de la dynamisation du milieu rural et de la cohésion sociale et territoriale;

8.

signale que le secteur des soins doit non seulement se transformer, mais aussi se réinventer en établissant de nouveaux modèles: en se réorientant pour passer de la prise en charge à la prévention et à l’inclusion, de la qualité de la prise en charge à la qualité de vie, des institutions aux ménages, de la professionnalisation à la cocréation avec la famille pour l’impliquer, de l’approche médicale à une approche d’assistance et de services, d’un modèle unique pour tous à une formule qui convienne à différents styles de vie, de l’approche «système» à l’orientation «client», de la peur de la technologie à son intégration, de la mise en œuvre de solutions traditionnelles à l’exploitation de solutions numériques qui placent les personnes au premier plan, et de l’utilisation d’indicateurs clés de rendement au recours au «sens commun»;

9.

se félicite de l’objectif du livre vert de la Commission européenne sur le vieillissement consistant à lancer un vaste débat politique sur le vieillissement afin d’examiner les options envisageables pour anticiper et relever les défis et les possibilités que présente ce phénomène, et attire en particulier l’attention sur les conclusions et les observations formulées au point 5.1 dudit livre vert (4);

10.

attire l’attention sur le plan d’action relatif au socle européen des droits sociaux, attend avec intérêt l’initiative sur les soins de longue durée prévue pour 2022 et souligne l’énoncé du dix-huitième principe du socle, selon lequel toute personne a droit à des services de soins de longue durée abordables et de qualité, en particulier des services de soins à domicile et des services de proximité (5);

11.

invite une nouvelle fois la Commission européenne à «envisager un accord européen sur les soins, similaire à la garantie pour la jeunesse, afin de répondre aux besoins en matière de soins dans le cadre d’une approche fondée sur les droits, qui place les soins au cœur de l’activité économique au moyen d’un accroissement des investissements dans la santé et les soins, conformément à la stratégie sur l’économie du bien-être; sollicite de la Commission et des États membres qu’ils intègrent les exigences des travailleurs domestiques en matière de conditions de travail dans la convention no 189 de l’OIT» (6). Dans ce même avis, le Comité plaide pour la révision et le développement des objectifs de Barcelone en vue de les rendre obligatoires, et pour l’introduction d’«objectifs en matière de soins au-delà de Barcelone (Barcelone+) afin de tenir compte des besoins en matière de soins dans des sociétés vieillissantes, et [de] reconnaître que les emplois du secteur des soins, à prédominance féminine, ne sont pas rémunérés conformément à leur valeur sociale»;

Contexte statistique et perspectives

12.

attire l’attention sur les projections actuelles selon lesquelles, d’ici à 2070, la proportion de personnes âgées de 65 ans ou plus en Europe atteindra 30 %, contre 20 % aujourd’hui, et la proportion de personnes âgées de 80 ans ou plus doublera pour atteindre plus de 13 % (7). Le nombre des plus de 65 ans devrait passer de 87 à plus de 150 millions, et celui des plus de 80 ans de 23 à 62 millions;

13.

a conscience que le nombre de personnes susceptibles d’avoir besoin de soins de longue durée au sein de l’UE devrait passer de 19,5 millions en 2016 à 23,6 millions en 2030, puis à 30,5 millions en 2050 (8);

14.

souligne que pour simplement maintenir le ratio actuel de cinq prestataires de soins de longue durée pour 100 personnes âgées de 65 ans ou plus, le nombre de travailleurs dans ce secteur dans les pays de l’OCDE doit augmenter de 13,5 millions d’ici à 2040 (9). Pour la seule période 2018-2030, un total de 11 millions de professionnels de la santé et des soins seront nécessaires pour répondre à la demande croissante dans les 27 États membres de l’UE (10);

15.

met l’accent sur le potentiel considérable que représente le secteur des soins pour le marché du travail et renvoie à cet égard au fait que ces dix prochaines années, 8 millions de postes seront potentiellement à pourvoir dans les secteurs de la santé et de l’aide sociale (11);

16.

souligne en outre que l’«économie des seniors» (12), qui englobe les services de soins aux personnes âgées, est un outil puissant pour lutter contre le dépeuplement, apportant des solutions immédiates aux problèmes du vieillissement et du chômage dans les zones rurales plus défavorisées. Elle génère des avantages sur le plan de la concurrence et de la cohésion pour les régions, en bénéficiant à tous les acteurs concernés dans une démarche triplement gagnante. Par ailleurs, le vieillissement progressif qui touche déjà un grand nombre de nos régions se transforme en un levier pour créer des emplois et des richesses, faisant évoluer les stéréotypes et les approches de travail;

Pertinence pour l’échelon local et régional

17.

estime que les villes et régions de l’Union européenne devraient s’attaquer aux racines du déficit d’aidants professionnels au vu des pénuries de personnel qui se profilent à moyen et à long terme, et vise particulièrement à cet égard les régions dont les systèmes reposent sur des travailleurs originaires des pays voisins et ayant connu des pénuries de personnel à court terme à la suite des fermetures de frontières imputables à la pandémie;

18.

a conscience de la multiplicité des situations et des priorités qui prévalent entre les différentes régions d’Europe (13) en ce qui concerne les soins formels et informels, les soins informels étant principalement prodigués par les membres de la famille, et se prononce en faveur d’offres de services et d’approches qui soient différenciées selon les régions pour répondre à leurs besoins respectifs en matière de soins;

19.

soutient la mise en réseau des régions à l’échelle de l’Europe et les encourage à promouvoir l’échange mutuel d’expériences ainsi que les démarches conjointes et coordonnées lorsqu’il s’agit d’élaborer des initiatives; relève le rôle important que jouent les régions et les villes dans le développement d’actions spécifiques visant les soins aux personnes âgées et dépendantes et leur prise en charge pour ce qui est d’étoffer les services de proximité dans les zones rurales touchées par le vieillissement et le dépeuplement, en tant que stratégie pour répondre de manière appropriée aux besoins en matière d’assistance à ces catégories de population qui vivent dans ces territoires vulnérables sur le plan géographique, où il leur est très difficile d’accéder aux services essentiels de proximité qui leur garantissent l’aide sociale et sanitaire adaptée dans leur cadre de vie habituel;

Participation des femmes

20.

souligne, en ce qui concerne le rôle joué par les femmes, que 92 % des femmes de l’Union européenne assurent régulièrement, c’est-à-dire plus d’un jour par semaine, une prise en charge non rémunérée, que 81 % des femmes de l’Union s’occupent de proches de manière quotidienne (14), et que les femmes représentent la majeure partie du personnel dans les secteurs de la santé et des soins (15). Ce phénomène est particulièrement marqué s’agissant des femmes qui vivent dans des zones rurales et dépeuplées, où il existe de réelles difficultés d’accès aux services de base essentiels dans le domaine des soins de santé, de la prise en charge sanitaire et de l’aide sociale;

21.

souligne qu’en Europe, la majeure partie des soins sont prodigués par des membres de la famille sous forme de soins à domicile, principalement par des femmes, souvent sans formation professionnelle spécifique ni conseils spécialisés et en l’absence de rémunération correspondante et de couverture sociale, ce qui aggrave en définitive l’écart de niveau de pension existant entre les hommes et les femmes;

22.

reconnaît la nécessité de mettre en place des politiques et des programmes visant à alléger le fardeau que représente pour les femmes la prise en charge de la grande majorité des soins non rémunérés. Tant les prestataires de soins non rémunérés que les membres de la famille qui n’y contribuent pas doivent être sensibilisés au fait que les soins représentent un travail et devraient être considérés comme tels. Les soins non rémunérés ne sont ni un devoir ni une obligation pour les femmes et devraient être répartis équitablement entre les hommes et les femmes, afin de garantir l’indépendance économique de ces dernières, comme indiqué dans la stratégie de l’UE en matière d’égalité entre les hommes et les femmes;

23.

attire l’attention sur le taux élevé de femmes prêtes à assurer soins et prise en charge en dépit de conditions de travail précaires et d’une rémunération insuffisante, parce qu’elles sont originaires de pays à faible niveau de salaires. Ces femmes sont pour la plupart des migrantes, raison pour laquelle elles devraient pouvoir compter sur des services d’intégration dans leur langue maternelle, ainsi que sur des informations concernant leurs droits et les services dont elles peuvent bénéficier en tant que travailleuses migrantes. La pleine mise en œuvre de la directive sur le détachement des travailleurs et l’assurance que ce groupe spécifique de travailleurs ne soit pas exclu de la protection conférée par des salaires minimums légaux nationaux revêtent une importance particulière; souligne à cet effet que «la nécessité de faire “converger par le haut” les salaires minimaux est d’autant plus pressante que les bas salaires demeurent une caractéristique de l’emploi dans l’Union européenne», et que les femmes «comptent pour 59 % des travailleurs percevant le salaire minimum» (16), et fait valoir que l’Union doit continuer d’aider les États membres à mettre en œuvre des politiques sociales et de l’emploi efficaces et inclusives ainsi qu’à mener les réformes nécessaires pour y parvenir;

24.

insiste sur la nécessité de remédier aux conditions de travail précaires des prestataires de services à la personne logés à domicile dans l’Union, qui sont principalement des femmes et souvent des migrantes de pays tiers, une partie d’entre elles travaillant de manière irrégulière en tant que migrantes sans papiers et une autre s’inscrivant dans des schémas de migration circulaire ou temporaire; se fait l’écho, à cet égard, du Comité économique et social européen (CESE) lorsqu’il souligne que les prestataires de services à la personne logés à domicile devraient être traités de manière similaire aux autres travailleurs du secteur des services à la personne, et demande que les garanties prévues par la directive 2009/52/CE sur les sanctions à l’encontre des employeurs soient améliorées de manière à protéger les droits des travailleurs sans papiers, et que les dispositions de la directive 2012/29/UE sur les droits des victimes soient appliquées rigoureusement afin de fournir, quel que soit leur statut migratoire, une assistance efficace aux prestataires de services à la personne logés à domicile qui sont victimes d’exploitation (17);

Recommandations à l’intention des parties prenantes concernées

25.

souligne la nécessité d’améliorer la diffusion d’informations et la communication auprès des citoyens concernant la demande actuelle de main-d’œuvre dans le domaine des métiers des soins et de la prise en charge, afin d’y attirer un plus large segment de chercheurs d’emploi, mais aussi d’y réduire nettement le déséquilibre entre les hommes et les femmes et de faire en sorte qu’un plus grand nombre d’hommes accède à ces professions à l’avenir. Les collectivités locales et régionales pourraient participer à cet effort en organisant des séminaires, des ateliers et des actions de promotion des professions du secteur spécifiquement destinés aux hommes, de manière à lutter contre les stéréotypes sexuels et contre le manque d’information. Ces initiatives devraient s’accompagner d’efforts concertés visant à améliorer les conditions de travail dans le secteur des soins et de la prise en charge pour rendre ces métiers plus attractifs, notamment auprès des jeunes, et en particulier dans les zones dépeuplées et/ou dont les populations sont très vieillissantes;

26.

rappelle que, dans le contexte de crise actuel lié à la COVID-19, l’emploi et la continuité des services dans le secteur des soins et de la prise en charge peuvent être garantis par la mise en place de structures patronales résistantes aux crises, notamment en ce qui concerne la structure de propriété et l’utilisation des bénéfices réalisés;

27.

est conscient que la question du bon équilibre entre vie professionnelle et vie privée joue un rôle essentiel dans les choix de carrière des personnes susceptibles d’intégrer ce secteur. À cet égard, il y a lieu de prévoir, dans le secteur des soins professionnels, des modèles appropriés d’organisation du temps de travail qui permettent et favorisent la conciliation entre vie de famille, loisirs et vie professionnelle;

28.

souligne qu’au-delà de la santé physique du personnel, son bien-être psychologique est également un facteur décisif lorsqu’il s’agit d’instaurer et de maintenir un environnement de travail sain, ce qui nécessite donc de lui offrir un accompagnement professionnel (sous la forme par exemple d’une supervision, d’une formation continue et d’un perfectionnement professionnel ciblés, ou encore d’un soutien en matière de santé mentale) et, ce faisant, d’envoyer un signal clair contre l’incidence croissante des syndromes d’épuisement professionnel dans ce secteur d’activité;

29.

souligne qu’il importe de réfléchir à de nouvelles exigences structurelles dans les résidences pour personnes âgées, afin de pouvoir les concilier avec les nouvelles normes de santé et de sécurité, notamment celles qui ont trait à la prévention et au contrôle des infections, au bénéfice des résidents aussi bien que des travailleurs. L’objectif général consiste à y garantir des conditions optimales pour vivre et travailler, mais aussi du point de vue de l’environnement, qui soient propices également aux contacts sociaux;

30.

considère que le recours à la technologie pour mener les activités de soins, assurer une documentation efficace et complète et faciliter la communication interprofessionnelle joue un rôle important pour alléger le travail quotidien des aidants professionnels;

31.

attire l’attention sur l’importance croissante de la numérisation, y compris dans le secteur des soins de santé; demande à cet effet qu’une assistance technique spécifique soit fournie aux résidences pour personnes âgées de manière à promouvoir la télémédecine en tant qu’outil permettant d’améliorer la gestion de la santé des usagers. Par ailleurs, les outils numériques et ceux de la téléassistance, qui ont déjà servi pendant la pandémie au suivi et à la surveillance des personnes isolées et dépourvues de réel soutien familial, continueront de se développer, améliorant ainsi l’accès de la population aux services de soins. Toutefois, cette évolution doit s’accompagner de mesures visant à réduire la fracture numérique sous tous ses aspects, tels que la fracture numérique entre les hommes et les femmes, dans les zones rurales ou au sein de la population plus âgée. De même, les professionnels du secteur devraient être formés à l’utilisation de ces nouveaux outils au moyen de programmes de formation continue. Il est de surcroît nécessaire de mettre au point un nouveau système coordonné et intégré pour faire communiquer le système de santé, les prestataires de services et les familles. Il est crucial que les prestataires de soins qui travaillent dans les structures d’accueil ainsi que les résidents qui y séjournent aient accès à une formation aux nouvelles technologies de la communication;

32.

estime que l’octroi d’un soutien financier pour la période de formation constitue une mesure d’accompagnement importante pour faciliter l’entrée sur le marché de l’emploi ou la reconversion professionnelle des personnes intéressées;

33.

se prononce en faveur d’une rémunération adéquate des aidants professionnels, qui reflète la valeur sociale et sociétale de leur activité;

34.

rappelle le neuvième principe du socle européen des droits sociaux concernant l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, qui dispose que «[L]es parents et les personnes ayant des responsabilités familiales ont le droit de bénéficier de congés adaptés et de formules de travail flexibles, ainsi que d’avoir accès à des services de garde». Le Comité souligne, à cet égard, que des mesures de soutien public au recrutement des prestataires de soins, au moyen de subventions ou d’autres formes de financement, peuvent contribuer au respect de ce principe, ce qui, de plus, irait dans le sens de la régularisation et de l’amélioration des conditions de travail des travailleurs du secteur des soins;

35.

recommande aux États membres de l’UE de créer les conditions-cadres essentielles à l’octroi d’une protection sociale aux familles aidantes. Il s’agit de leur assurer à la fois des moyens de subsistance et une couverture en cas de maladie, d’accident et de départ à la retraite. Les proches aidants ne devraient pas être contraints de renoncer à leur emploi, et les prestations publiques ne sauraient être liées à un statut de chômage. La décision de s’occuper d’un proche est toujours difficile, et il convient de ne pas imposer de sacrifices inutiles;

36.

souligne toute l’importance d’un accompagnement professionnel dans le domaine des soins informels, lesquels sont principalement prodigués par les membres de la famille, de manière à doter les proches aidants des compétences nécessaires tout en garantissant la bonne qualité des soins dispensés. Il est par ailleurs nécessaire de créer des offres de répit (telles que des places de soins de courte durée) qui puissent soulager temporairement les proches aidants en cas de besoin;

37.

invite les États membres de l’UE et les acteurs pertinents au niveau local et régional à sonder régulièrement les groupes de population concernés afin d’utiliser les perceptions mises en évidence dans ce cadre et leur évolution comme base pour le développement stratégique d’offres de services;

Recommandations à la Commission européenne

38.

demande à la Commission européenne d’actualiser le cadre européen de qualité pour les services de soins de longue durée, en vigueur depuis 2012, afin de suivre le rythme des dernières évolutions concernant la fourniture de tels services et les compétences requises en la matière, dans l’optique également de faciliter la mobilité des aidants professionnels. À cet effet, le Comité propose à la Commission européenne et aux États membres de mettre en place un label de qualité européen lié au statut professionnel de «prestataire de soins aux personnes âgées et dépendantes», tant dans le cadre de la prise en charge institutionnalisée que dans d’autres contextes, et ce afin de garantir les principes de qualification et de compétence des prestataires de ces services. Il est nécessaire d’établir des normes communes de référence dans le contexte européen actuel au moyen d’un certificat de qualité homologué et adapté aux besoins de chaque État membre. Le Comité fait valoir que les droits des personnes prises en charge ainsi que leur bien-être physique et mental doivent rester la priorité absolue, ce qui comprend la prévention de la solitude et la lutte contre ce phénomène;

39.

suggère à la Commission européenne et aux États membres de l’UE d’envisager une stratégie européenne et une définition commune de la profession de personnel soignant (y compris les prestataires de services à la personne logés à domicile, dont les services devraient être considérés comme faisant partie intégrante de la fourniture de soins de longue durée), en associant à cette démarche les villes et les régions ainsi que les partenaires sociaux. Cette stratégie devrait servir à sensibiliser l’opinion, également au moyen d’actions de promotion dans les médias, de manière à modifier durablement l’image des professions du secteur de la santé et des soins;

40.

suggère également à la Commission européenne d’envisager des propositions en faveur d’une reconnaissance et d’un soutien effectif des familles dans leur rôle d’aidants;

41.

invite la Commission européenne à élaborer une proposition portant création d’un système d’encodage efficace permettant une collecte et un traitement exhaustifs des données, y compris concernant les services à la personne fournis par des prestataires logés à domicile, qui ne sont que peu documentés, de façon à fournir aux États membres et aux régions une base solide pour de futures décisions interrégionales;

42.

suggère à la Commission européenne d’établir une plateforme qui favorise les échanges professionnels et offre la possibilité de présenter des exemples de bonnes pratiques dans le domaine des soins et de la prise en charge, ainsi que des exemples de programmes communs, à l’instar des plans de soins sociaux ou des stratégies de soutien aux familles aidantes;

43.

se félicite des possibilités de financement et de soutien offertes par les Fonds structurels actuels et futurs de l’Union (le FSE 2014-2020, avec REACT-EU, et le FSE+ pour la période 2021-2027), ainsi que des synergies et des complémentarités créées par le programme «L’UE pour la santé» 2021-2027, et souligne le caractère prioritaire des mesures ainsi financées;

44.

plaide en faveur d’une hiérarchisation des priorités budgétaires et d’une allocation ciblée des ressources budgétaires pour faire face à la pénurie de main-d’œuvre qualifiée dans le domaine socio-sanitaire, en particulier en ce qui concerne le programme de la Commission européenne relatif au marché du travail dans le cadre du Semestre européen. Il conviendra que la Commission européenne contrôle si les recommandations qu’elle a formulées sont bien mises en œuvre et s’avèrent efficaces.

Bruxelles, le 1er juillet 2021.

Le président du Comité européen des régions

Apostolos TZITZIKOSTAS


(1) En 2020, 20,6 % des habitants de l’UE étaient âgés de 65 ans ou plus, ce qui représente une hausse de 3,0 points de pourcentage en dix ans. Eurostat, 16.3.2021: https://ec.europa.eu/eurostat/fr/web/products-eurostat-news/-/ddn-20210316-1

(2) COM(2021) 50 final.

(3) Avis du CdR sur «Les soins de santé transfrontaliers: mise en œuvre et perspectives» (COR-2019-04597).

(4) COM(2021) 50 final.

(5) COM(2021) 102 final.

(6) Avis du CdR sur le thème «Une Union de l’égalité: stratégie en faveur de l’égalité entre les hommes et les femmes 2020-2025» (COR-2020-02016).

(7) COM(2020) 241 final — «Rapport sur les conséquences de l’évolution démographique».

(8) COM(2021) 50 final.

(9) OCDE (2020), Who Cares? Attracting and Retaining Care Workers for the Elderly,

https://www.oecd.org/fr/els/systemes-sante/who-cares-attracting-and-retaining-elderly-care-workers-92c0ef68-en.htm

(10) JRC121698 — JRC (2021), Health and long-term care workforce: demographic challenges and the potential contribution of migration and digital technology.

(11) COM(2021) 50 final.

(12) D’après la Commission européenne, l’économie des seniors peut se définir comme les possibilités économiques résultant des dépenses réalisées par les pouvoirs publics et les consommateurs en lien avec le vieillissement de la population et les besoins spécifiques des personnes de plus de 50 ans.

(13) JRC121698.

(14) EIGE (2021), Gender inequalities in care and consequences for the labour market («Inégalités entre les hommes et les femmes en matière de soins et conséquences pour le marché du travail»),

https://eige.europa.eu/publications/gender-inequalities-care-and-consequences-labour-market

(15) JRC121698.

(16) Avis du CdR sur le thème «Des salaires minimaux adéquats dans l’Union européenne» (COR-2020-05859).

(17) Avis d’initiative du Comité économique et social européen sur «Les droits des prestataires de services à la personne logés à domicile» (SOC/535 — EESC-2016-00941).


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