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Avis institutionnel — 52021AE0198

CELEX52021AE0198
TypeAvis institutionnel
Datemardi 27 avril 2021

Texte intégral

16.7.2021

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 286/134


Avis du Comité économique et social européen sur la communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — «Plan d’action en faveur de l’intégration et de l’inclusion pour la période 2021-2027»

[COM(2020) 758 final]

(2021/C 286/23)

Rapporteur:

Paul SOETE

Consultation

Commission européenne, 14.1.2021

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté»

Adoption en section

16.4.2021

Adoption en session plénière

27.4.2021

Session plénière no

560

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

205/1/9

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le CESE se réjouit de constater que plan d’action de la Commission en faveur de l’intégration et de l’inclusion (ci-après dénommé «plan d’action») s’inscrit dans le cadre de la réponse globale apportée aux défis liés à la migration, tels que recensés dans le nouveau pacte sur la migration et l’asile.

1.2.

Le champ d’application du plan d’action est plus étendu que celui du plan précédent: contrairement à son prédécesseur, qui datait de 2016, le nouveau plan d’action porte non seulement sur les migrants, mais aussi sur les citoyens de l’Union «issus de l’immigration». Si l’intégration est importante pour cette catégorie de citoyens également, tout comme pour l’ensemble des citoyens et résidents, cette extension du champ d’application peut aussi se traduire par des actions moins ciblées, étant donné que les problèmes rencontrés par les nouveaux arrivants sont différents de ceux que connaissent les migrants de deuxième et troisième générations.

1.3.

Les outils d’intégration et d’inclusion sont pour l’essentiel entre les mains des autorités nationales, régionales et locales. L’action à l’échelle de l’Union européenne est complémentaire et conçue pour promouvoir, faciliter et coordonner la coopération. Le plan d’action ne comporte donc pas d’objectifs globaux ou spécifiques pour les États membres, mais uniquement des recommandations. Compte tenu de la situation actuelle et des répercussions de la pandémie, le risque existe que ces questions d’intégration se voient accorder une priorité moins élevée.

1.4.

Le plan d’action aborde tous les domaines d’action politique essentiels à l’intégration socio-économique et politique des migrants nouvellement arrivés, et il donne un aperçu de la liste des initiatives européennes dans différents domaines pouvant avoir une incidence sur la migration et l’intégration. Le CESE fait observer que les véritables défis résident dans la mise en œuvre de ces politiques.

1.5.

Le CESE souscrit aux objectifs que propose le plan d’action dans des domaines sectoriels clés. Cependant, il tient aussi à souligner qu’il s’agit là d’exemples de mesures possibles plutôt que d’objectifs mesurables. Leur mise en œuvre effective semble par conséquent dépendre d’un processus de suivi qui doit encore être mis en place. Le CESE encourage la Commission à instaurer un suivi continu de la mise en œuvre du plan d’action.

1.6.

Par rapport au plan d’action de 2016, une plus grande attention est accordée, de manière générale, à la dimension relative à l’égalité entre les femmes et les hommes dans le domaine de l’intégration. Il conviendrait que ces aspects soient également mis en avant dans les différents points consacrés aux domaines sectoriels.

1.7.

Le CESE souligne que la valeur du travail en général devrait constituer un fil conducteur du plan d’action, étant donné que le travail, sous toutes ses différentes formes, est un élément fondamental de l’intégration et du développement personnel.

1.8.

Le plan d’action donne un aperçu de tous les instruments de financement disponibles dans chaque domaine sectoriel. Toutefois, ces instruments semblent avoir été conçus pour des experts en matière de subventions, et le CESE suggère à la Commission de faciliter l’accès au financement, par exemple en créant un instrument spécialement consacré à l’intégration. Il craint également que les financements destinés à l’intégration ne rétrogradent progressivement sur la liste des priorités.

1.9.

Le CESE insiste sur le rôle important que joue la société civile en général pour l’intégration au sein du mode de vie local, ainsi que sur le rôle spécifique des organisations syndicales et patronales.

2. Contexte

2.1.

Le plan d’action en faveur de l’intégration et de l’inclusion pour la période 2021-2027 s’inscrit dans le cadre de la réponse globale apportée aux défis liés à la migration recensés dans le nouveau pacte sur la migration et l’asile. Il s’appuie sur les réalisations du plan d’action de l’Union pour l’intégration de 2016 et met à jour les engagements pris dans ce cadre. Il s’étend sur une durée de sept ans, un examen à mi-parcours sera réalisé en 2024, à l’instar du cadre financier pluriannuel (CFP) pour la même période.

2.2.

La nécessité d’un plan d’action résulte des différences notables qui existent entre les migrants et les personnes nées dans l’Union en matière d’éducation, d’emploi, de pauvreté et de conditions de logement. Il suffit de citer un chiffre pour illustrer cet écart: le pourcentage de jeunes migrants (18-24 ans) qui ne travaillent pas et ne suivent pas d’études ou de formation (NEET) dans l’Union s’élève à 21 %, tandis qu’il est de 12,5 % chez les personnes nées dans l’Union. Il existe également un écart important entre les hommes et les femmes, puisque le pourcentage de jeunes filles migrantes concernées s’établit à 25,9 % (1).

2.3.

La pandémie de COVID-19 a mis en évidence des inégalités profondes dans l’accès des migrants aux soins de santé, entraînant des risques pour la société dans son ensemble. Elle a également révélé que les migrants occupent généralement davantage de postes qui impliquent des contacts interpersonnels proches et sont, par conséquent, plus exposés au risque de contracter la COVID-19.

2.4.

L’intégration complète des migrants au marché du travail pourrait se traduire par d’importants avantages économiques dans le domaine de la protection sociale nationale, notamment pour ce qui est des régimes de retraite et des contributions fiscales (2). Il en résulterait une situation avantageuse pour tous, puisque les migrants, en étant véritablement et pleinement intégrés, bénéficieraient d’un accès au système de protection sociale de leur pays d’accueil.

2.5.

Le plan d’action renvoie à un ensemble commun de principes et de valeurs essentiels qui sont généraux et valent pour toutes les politiques d’inclusion de l’Union; il fait notamment référence au socle européen des droits sociaux.

2.6.

Les actions spécifiques présentées dans le plan d’action concernent quatre domaines sectoriels, à savoir l’éducation et la formation, l’emploi et les compétences, la santé, ainsi que le logement. Pour chacun de ces domaines, des lacunes sont recensées sur le plan de l’intégration. Ces actions sont complétées par des mesures transversales, notamment la mise en place de partenariats solides, l’augmentation des différentes possibilités de financement, le resserrement des liens avec la société d’accueil, la promotion de l’utilisation des nouvelles technologies et des outils numériques, ainsi que le suivi des progrès en matière d’intégration.

2.7.

Le CESE reconnaît que le plan d’action est axé sur le processus d’intégration en tant que tel et non sur l’entrée sur le territoire de l’Union européenne. Néanmoins, il tient à souligner que la question du regroupement familial demeure un facteur important d’intégration juridique et sociale.

3. Observations générales

3.1.

Contrairement au plan de 2016, le plan actuel porte non seulement sur les migrants, mais aussi sur les citoyens de l’Union «issus de l’immigration». Le CESE salue l’extension du champ d’application, dans la mesure où les aspects liés à l’intégration sont également importants pour cette deuxième catégorie de citoyens, ainsi que pour tous les citoyens et résidents; cela favorise le mode de vie européen, lequel lie aussi les droits et les besoins en matière d’inclusion à des responsabilités.

3.2.

Cependant, le CESE redoute que ce champ d’application plus étendu puisse également se traduire par des actions moins ciblées et, partant, moins efficaces. Les problèmes rencontrés par les nouveaux arrivants sont différents de ceux des migrants de deuxième et troisième générations. En outre, la prise en compte des besoins sociaux de ces derniers dans les politiques de migration et d’intégration risque de les stigmatiser et de perpétuer le racisme.

3.3.

Le plan d’action de la Commission donne un bon aperçu de la liste d’initiatives européennes dans différents domaines ayant une incidence sur la migration et l’intégration. Le document aborde tous les domaines d’action politique essentiels qui sont nécessaires à l’intégration socio-économique et politique des migrants nouvellement arrivés. Il examine également la disponibilité de fonds et de partenariats avec des institutions et des organisations visant à faciliter l’intégration.

3.4.

Le CESE fait valoir que, parallèlement à ces politiques, le travail reste un facteur déterminant de l’intégration, qu’il convient, à ce titre, de préserver et de promouvoir en lui accordant une place centrale dans l’ensemble du plan.

3.5.

Le CESE souligne que les véritables défis résident dans la mise en œuvre de ces politiques. Par exemple, même lorsque les qualifications antérieures des migrants sont reconnues, les employeurs hésitent à les recruter en raison d’un manque de confiance quant à leur niveau de compétences. Tel semble être le cas pour les migrants originaires de la région du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) et d’Asie du Sud et centrale.

3.6.

Un aspect positif du nouveau plan d’action réside dans l’engagement à renforcer la participation des collectivités régionales et locales, de la société civile, ainsi que des migrants et des organisations de migrants aux politiques d’intégration et d’inclusion de l’Union. Le CESE fait remarquer que la société civile devrait aussi comprendre les organisations syndicales et patronales.

3.7.

Le plan d’action reconnaît à juste titre l’importance des autorités nationales, régionales et locales dans les politiques d’intégration et les encourage à travailler ensemble. En réalité, l’on observe que la plupart des outils d’intégration sont entre les mains de ces autorités. L’action à l’échelle de l’Union européenne est complémentaire et conçue pour promouvoir, faciliter et coordonner, le cas échéant, la coopération. Le plan d’action ne contient donc pas d’objectifs globaux ou spécifiques pour les États membres, mais uniquement des recommandations.

3.8.

Étant donné que le texte n’est pas contraignant et que les États membres sont responsables en dernier ressort des politiques d’intégration au niveau national, le CESE souligne la nécessité d’engagements clairs de la part des États membres de l’Union et de la mise en place d’enceintes appropriées, notamment l’organisation de réunions régulières, pour coordonner les politiques et évaluer les progrès accomplis.

3.9.

La Commission expose clairement les ambitions qu’elle nourrit dans chacun des domaines. Si le CESE soutient l’état des lieux et les réalisations proposées, il constate cependant l’absence d’objectifs clairs, qu’ils soient généraux ou liés à une action spécifique. L’efficacité de la mise en œuvre semble dépendre d’un processus de suivi qui devrait être mis en place.

3.10.

Dans son avis SOC/649 («Un nouveau pacte sur la migration et l’asile») (3), le CESE s’est interrogé sur la portée des mesures d’intégration et sur le soutien qui leur est apporté. Les outils et les incitations que propose le plan d’action aux différentes parties prenantes pourraient s’avérer insuffisants pour améliorer significativement l’intégration, compte tenu en particulier du fait que les mesures dans ce domaine s’inscrivent sur le long terme. Il s’avère donc nécessaire de contrôler la mise en œuvre du plan concernant cet aspect.

3.11.

Le financement constitue un élément important du plan d’action. Les États membres et les autres parties prenantes sont encouragés à utiliser pleinement les fonds de l’Union. Le plan d’action donne également un aperçu de tous les instruments de financement disponibles pour chaque domaine sectoriel.

3.12.

Si l’adoption d’une approche intégrée est citée parmi les principes qui guident le plan d’action, ce dernier ne fournit pas d’orientation satisfaisante quant à la manière de prendre en compte les politiques d’intégration dans les mesures générales de cohésion sociale.

3.13.

Le CESE se félicite que le nouveau plan d’action aborde la dimension relative à l’égalité entre les femmes et les hommes dans le domaine de l’intégration. Parallèlement, il fait valoir que les défis de l’intégration en la matière méritent qu’on leur accorde une plus grande attention et que l’on y consacre des actions plus spécifiques dans chacun des domaines sectoriels.

4. Observations spécifiques

4.1. Éducation et formation

4.1.1.

Le plan d’action indique à juste titre que l’éducation et la formation sont le fondement d’une participation réussie à la société. Les écoles et autres établissements d’enseignement sont un lieu important pour construire une société inclusive et lutter contre la ségrégation. En outre, l’acquisition d’une éducation civique sur la démocratie et la citoyenneté ouvre la voie à une participation active à la société et joue un rôle important dans la prévention de l’attrait exercé sur les jeunes par des idéologies extrémistes. Dans ce domaine en particulier, il convient d’encourager une participation active à la société civile, car elle permet d’accroître la confiance, la cohésion sociale et le sentiment d’appartenance.

4.1.2.

En ce qui concerne les actions spécifiques visant à améliorer la participation à l’éducation et à la formation, la Commission devrait décrire avec davantage de précisions l’appui qu’elle entend accorder, le plan d’action ne comprenant que des références générales à des activités de soutien ciblées. L’action la plus spécifique mentionnée est la boîte à outils qui contient des orientations pratiques sur l’éducation et l’accueil des jeunes enfants et sera publiée au début de 2021.

4.1.3.

Le plan d’action indique également la nécessité de faciliter la reconnaissance des qualifications acquises dans les pays tiers. Il propose plusieurs instruments pour améliorer la reconnaissance des qualifications: les réseaux ENIC-NARIC, le programme Erasmus, le cadre européen des certifications et le portail Europass. À côté du renforcement des instruments existants, il importe également de recenser et d’analyser les obstacles qui entravent le processus de reconnaissance, y compris le manque de confiance et d’autres barrières sociales.

4.1.4.

La Commission souligne l’importance de l’apprentissage des langues et propose de poursuivre le développement de programmes d’apprentissage des langues complets et accessibles. Le CESE estime que cet apprentissage devrait être au centre des actions dans les domaines de l’éducation et de l’emploi, et ce dès les premières étapes du processus d’intégration. Apprendre la langue de la communauté d’accueil garantit l’accès à des niveaux d’éducation et de formation appropriés, ce qui a des répercussions importantes sur l’intégration. Les programmes d’apprentissage des langues devraient dès lors également s’appuyer sur une approche globale (4).

4.1.5.

Compte tenu du prochain objectif de la garantie pour l’enfance, il est nécessaire de recommander aux États membres de soutenir un meilleur accès des enfants migrants à l’éducation en veillant à ce que les procédures d’immigration n’interfèrent pas avec la scolarisation ou, plus généralement, avec les droits des enfants. Les systèmes éducatifs devraient évaluer les besoins individuels des enfants migrants présentant un handicap, ou d’autres besoins, y répondre et prévoir des aménagements raisonnables afin de faciliter le développement, dans toute la mesure du possible, de la personnalité, des talents et de la créativité, ainsi que des capacités physiques et mentales des enfants concernés.

4.1.6.

L’ensemble des actions prévues dans ces domaines devraient viser à rendre inclusifs les systèmes éducatifs à tous les niveaux et à garantir un apprentissage tout au long de la vie.

4.1.7.

Le plan souligne qu’il importe de promouvoir, à un stade aussi précoce que possible, la compréhension des lois, de la culture et des valeurs de la société d’accueil par des cours d’éducation civique. La Commission propose que les États membres échangent entre eux leurs bonnes pratiques dans ces domaines. Sur ces questions, il conviendrait de permettre un accès universel à des informations qui soient compréhensibles pour tous.

4.2. Emploi et compétences

4.2.1.

Dans ce domaine, les problèmes et les objectifs globaux sont bien définis et montrent l’importance de la contribution des migrants à l’économie, en particulier dans le contexte de la COVID-19. Le plan d’action met également en évidence que non seulement les travailleurs migrants mais aussi les entrepreneurs migrants seront essentiels à la croissance pendant et après la pandémie.

4.2.2.

Pour atteindre les objectifs poursuivis, le plan d’action encourage l’utilisation des outils existants de l’Union, notamment le «partenariat européen pour l’intégration» pour collaborer avec les partenaires sociaux et économiques, l’initiative «Employeurs unis pour l’intégration», «InvestEU» en soutien à l’entrepreneuriat, le «réseau européen pour l’intégration», le «réseau européen des services publics de l’emploi» et la plateforme «Europass» pour partager et renforcer les pratiques en matière d’évaluation des compétences, «l’outil européen de profilage des compétences des ressortissants des pays tiers» pour faciliter la validation des compétences, et le prochain programme «Citoyens, égalité, droits et valeurs» pour soutenir les personnes issues de l’immigration.

4.2.3.

Parmi d’autres objectifs figure également la résolution des difficultés d’accès aux services financiers et à l’information financière, mais le plan d’action ne contient aucune proposition d’action spécifique pour surmonter ces défis. À cet égard, le plan d’action devrait favoriser l’autonomisation des travailleurs migrants en garantissant l’accès à l’information financière et juridique, à des mécanismes de plainte et à des moyens de signalement sûrs, dans des formats compréhensibles et accessibles.

4.2.4.

Le plan d’action souligne à juste titre qu’il faut garantir des systèmes ou des tests d’évaluation des compétences plus efficaces et plus rapides, en tenant compte également des expériences passées en la matière.

4.2.5.

Néanmoins, les outils d’évaluation des compétences ne sont pas suffisants pour garantir un meilleur accès au marché du travail; il est en outre besoin de mesures visant à lutter contre la méfiance et la discrimination. Il importe de fournir un soutien et des lignes directrices spécifiques aux agences nationales de l’emploi et aux parties prenantes du secteur de l’emploi en vue d’élaborer des politiques de lutte contre la discrimination et de promouvoir la participation à tous les niveaux. Il est également essentiel de recommander des politiques nationales qui garantissent aux ressortissants de pays tiers un accès plus large et plus aisé à tous les secteurs de l’emploi en assouplissant les procédures de visa.

4.2.6.

Le plan d’action devrait insister davantage sur l’importance de promouvoir un meilleur accès aux apprentissages, aux stages, à la formation professionnelle et même au travail bénévole susceptible de déboucher sur un véritable emploi à temps plein. Les migrants et les résidents issus de l’immigration bénéficieront ainsi d’une possibilité de travailler, d’augmenter leur niveau de compétences et de percevoir des revenus pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille. Il conviendrait, en particulier, que les programmes visant à promouvoir l’accès des jeunes au marché du travail (par exemple, la garantie pour la jeunesse) comportent des dispositions spécifiques pour garantir la participation des ressortissants de pays tiers.

4.2.7.

Le plan d’action devrait également envisager des actions ciblées visant à accroître l’autonomie des femmes migrantes et réfugiées et à améliorer leur accès au marché du travail, notamment en renforçant les mesures de lutte contre la traite des êtres humains et en répondant aux besoins spécifiques.

4.3. Santé

4.3.1.

Le plan d’action souligne en particulier que la pandémie de COVID-19 a mis en lumière des inégalités profondes dans l’accès aux services de santé, et que ces inégalités présentent des risques pour la société dans son ensemble.

4.3.2.

Dans le contexte de la pandémie, le CESE estime que tous les migrants, y compris ceux qui se trouvent en situation irrégulière, devraient avoir accès aux soins de santé de base, en particulier aux tests et aux vaccins, dans tous les États membres de l’Union.

4.3.3.

En ce qui concerne les actions proposées, la Commission évoque les possibilités de financement par l’intermédiaire du Fonds «Asile, migration et intégration» (FAMI), du Fonds social européen plus (FSE+), du Fonds européen de développement régional (FEDER) et du prochain programme «Citoyens, égalité, droits et valeurs». Le plan d’action encourage à juste titre l’utilisation des fonds de l’Union pour la fourniture de services de santé.

4.3.4.

Le CESE souligne qu’il est essentiel de recommander aux États membres de supprimer les obstacles à l’accès aux services de santé, ainsi qu’au sein de ces services, notamment au moyen de campagnes d’information sur les systèmes de santé nationaux, et d’évaluer les besoins individuels des migrants handicapés en matière de santé afin d’y répondre.

4.3.5.

Le CESE fait valoir l’importance de promouvoir la santé mentale de la population migrante et d’y sensibiliser l’opinion dans le cadre du processus d’intégration, en particulier à la lumière de la pandémie en cours, en veillant notamment à ce que les services de santé mentale tiennent compte des spécificités culturelles.

4.3.6.

Les actions visant à garantir un meilleur accès aux services de santé devraient également couvrir les structures d’accueil pour les demandeurs d’asile, en particulier dans le cadre de la préparation du nouveau programme de santé.

4.4. Logement

4.4.1.

La Commission mettra en place une initiative en faveur du logement abordable comme annoncée dans le cadre de la vague de rénovations et favorisera un logement décent, accessible et abordable sans ségrégation. Une attention particulière sera accordée aux modèles de logement autonome (plutôt que collectif) pour les demandeurs d’asile.

4.4.2.

Parmi les objectifs énumérés dans ce domaine, la lutte contre les discriminations sur le marché du logement et la réduction de la ségrégation résidentielle devraient constituer des priorités absolues.

4.4.3.

Ces priorités devraient également permettre d’attirer davantage l’attention sur l’expansion du logement abordable, y compris le logement social, grâce à des solutions intégrées qui ciblent les ressortissants de pays tiers ainsi que tous les résidents dans le besoin en matière de logement (5).

4.4.4.

Il conviendrait d’encourager les États membres à utiliser également les financements de l’Union pour concevoir et appliquer des mécanismes d’accès à la justice en cas d’exploitation abusive d’un logement.

4.5. Partenariats pour un processus d’intégration plus efficace

4.5.1.

La Commission entend renforcer le réseau européen pour l’intégration en prévoyant un financement ciblé et un renforcement des capacités pour les États membres.

4.5.2.

Une attention particulière est accordée au soutien apporté aux collectivités locales et régionales, notamment à l’élargissement de l’académie urbaine pour l’intégration et au renforcement du dialogue interreligieux parmi les communautés, en aidant les villes à prévenir la radicalisation dans le cadre de l’initiative «Les villes de l’UE contre la radicalisation» lancée en 2019. Le CESE souligne l’importance que revêt le dialogue interreligieux pour l’intégration.

4.5.3.

Le plan d’action mentionne également le Forum européen sur la migration organisé annuellement en collaboration avec le CESE, et en particulier son groupe d’étude thématique «IMI», afin de soutenir les consultations avec les organisations de la société civile et de la diaspora.

4.5.4.

Enfin, le plan annonce un soutien aux fondations et aux organisations en établissant un dialogue structurel sur l’intégration des migrants et en explorant les outils possibles de coopération avec les fondations, sans plus de précisions quant à la nature de ce soutien.

4.6. Davantage de possibilités de financement de l’Union

4.6.1.

Les aspects relatifs au financement sont le fil conducteur de toutes les actions proposées dans le plan et sont liés au CFP 2021-2027. Un aperçu des principaux fonds de l’Union contribuant à l’intégration et à l’inclusion au cours de la période 2014-2020 est inséré, mais aucun chiffre n’est fourni pour l’avenir. À cet égard, le CESE a conscience qu’il est nécessaire d’attendre que la phase de programmation soit close pour connaître le montant que les États membres alloueront aux enjeux de l’intégration au titre de chaque fonds.

4.6.2.

La liste des fonds qui peuvent être utilisés pour l’intégration et l’inclusion ou qui présentent un intérêt pour les actions de soutien aux migrants est impressionnante, en ce qu’elle comprend notamment le FAMI, le FSE+ et le FEDER. Dans le même temps, des synergies avec d’autres fonds devraient être développées, par exemple avec Erasmus+, la facilité pour la reprise et la résilience, le Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader) et InvestEU. Une fois adopté, l’instrument d’appui technique pourra lui aussi fournir une assistance aux États membres pour élaborer ou améliorer des politiques d’intégration et d’inclusion. Enfin, le prochain programme «Citoyens, égalité, droits et valeurs» pourrait également jouer un rôle dans le financement d’actions spécifiques visant à intégrer les citoyens de l’Union issus de l’immigration. Il a été décidé d’établir un large portefeuille de fonds possibles, mais le recours à des fonds spécifiques pour traiter les questions d’intégration aurait pu constituer une meilleure solution. Le CESE suggère à la Commission de faciliter l’accès au financement, par exemple en créant un instrument spécialement consacré à l’intégration des migrants.

4.6.3.

La garantie européenne pour l’enfance est également importante dans ce cadre, car parmi les enfants les plus défavorisés comptent également les enfants issus de l’immigration.

4.6.4.

En raison de la complexité des financements de l’Union, il est nécessaire de mettre à jour la boîte à outils élaborée en 2018 sur l’utilisation des fonds pour l’intégration pour la période de programmation 2021-2027.

4.6.5.

Un autre aspect intéressant de la politique de financement est l’intention de la Commission de développer des partenariats public-privé avec des fondations et des donateurs privés.

4.7. Encourager la participation et les rencontres dans la société d’accueil

4.7.1.

Le CESE accueille favorablement l’idée d’associer le groupe d’experts sur les avis des migrants nouvellement créé, composé de migrants et d’organisations représentant leurs intérêts, à la conception et à la mise en œuvre des futures politiques en matière de migration, d’asile et d’intégration. Cette démarche peut contribuer à améliorer la participation des migrants et des citoyens de l’Union issus de l’immigration aux processus de consultation, et elle permettra également de veiller à ce que les politiques soient alignées sur les besoins réels. C’est la raison pour laquelle il est important de créer des possibilités d’échanges bilatéraux entre les ressortissants de pays tiers et les communautés d’accueil dès les premiers stades de l’accueil et de l’intégration.

4.7.2.

L’objectif du plan d’action est de promouvoir le dialogue et de sensibiliser tous les européens aux réalités de l’intégration et de la migration. Cet objectif risque toutefois d’être trop vague, malgré les efforts manifestes qui ont été déployés pour faire mieux connaître les faits et les chiffres. Il est absolument nécessaire de changer le discours sur la migration dans l’opinion publique et le CESE se demande quelles mesures seront prises pour atteindre ce résultat.

4.7.3.

Le CESE soutient les initiatives telles que les festivals de football ciblant les jeunes migrants dans les villes hôtes des championnats d’Europe, qui pourraient avoir un effet favorable sur les discours positifs concernant la migration. En revanche, d’autres mesures ad hoc de ce type, comme des prix d’intégration pour les écoles ou les communautés/organisations locales, sont susceptibles de renforcer les différences perçues et de stigmatiser certains groupes.

4.8. Renforcer l’utilisation de nouvelles technologies et d’outils numériques

4.8.1.

Le plan d’action de la Commission reconnaît à juste titre le risque réel d’un fossé numérique entre les migrants et les personnes nées dans l’Union pour différentes raisons: 8,1 % des personnes nées en dehors de l’Union n’ont pas les moyens de s’acheter un ordinateur contre 3,1 % des individus nés dans l’Union, et les parents issus de ménages migrants peuvent rencontrer davantage de difficultés à accompagner leurs enfants dans leur apprentissage à distance.

4.8.2.

Le plan d’action recommande d’améliorer la culture numérique de la population migrante, mais ne contient pas de propositions spécifiques ni d’objectifs quant à la manière d’y parvenir en pratique.

4.8.3.

La participation des migrants à la conception et au développement de services publics numériques est une idée intéressante. Le CESE suppose qu’elle a déjà été mise en pratique pour ce qui relève des activités administratives de l’Union.

4.9. Suivi des progrès: vers une politique d’intégration et d’inclusion fondée sur des données probantes

4.9.1.

Le CESE salue l’objectif consistant à mener un débat sur les migrations davantage fondé sur des données probantes. Si de meilleurs outils de données et de présentation peuvent contribuer à la réalisation de cet objectif, ils doivent être collectés, développés et diffusés. Les indicateurs de l’Union sur l’intégration existent depuis 2010, mais malgré des efforts considérables, des lacunes subsistent dans les connaissances. À cet égard, un nouveau baromètre et un tableau de bord commun pour faciliter la comparaison entre les pays et dans le temps pourraient constituer des outils utiles.

Bruxelles, le 27 avril 2021.

La présidente du Comité économique et social européen

Christa SCHWENG


(1) Commission européenne, «Plan d’action en faveur de l’intégration et de l’inclusion pour la période 2021-2027», p. 5.

(2) Ibid., p. 2.

(3) JO C 123 du 9.4.2021, p. 15.

(4) Concernant les niveaux de langues cibles pour l’intégration, voir également l’avis SOC/641 sur le thème «Intégration des femmes, des mères et des familles d’origine immigrée dans les États membres de l’UE et niveaux de langues cibles pour l’intégration» (avis exploratoire à la demande de la présidence allemande) (JO C 10 du 11.1.2021, p. 1).

(5) Pour une vue d’ensemble des solutions de logement innovantes et inclusives, voir Housing Europe Observatory (Observatoire européen du logement), 2018. Logement et Migration. État des lieux de la recherche. Bruxelles: Housing Europe Observatory.


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