| CELEX | 52021AE1173 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | jeudi 10 juin 2021 |
| 24.8.2021 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 341/56 |
Avis du Comité économique et social européen sur la communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions relative au plan d’action pour la démocratie européenne
[COM(2020) 790 final]
(2021/C 341/09)
| Rapporteur: | Carlos Manuel TRINDADE |
| Corapporteur: | Andris GOBIŅŠ |
| Consultation | Commission européenne, 24.2.2021 |
| Base juridique | Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté» |
| Adoption en section | 26.5.2021 |
| Adoption en session plénière | 10.6.2021 |
| Session plénière no | 561 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 231/1/8 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le Comité économique et social européen (CESE) partage l’avis de la Commission européenne (Commission) sur la nécessité d’agir pour accroître la résilience de la démocratie européenne. Estimant en outre que le plan d’action pour la démocratie européenne est à la fois positif et nécessaire, le CESE soutient dans l’ensemble les mesures qui y sont proposées et suggère d’accorder une plus grande attention à certains domaines d’intervention et de prendre davantage de mesures les concernant. |
| 1.2. | Le CESE considère que le plan d’action pour la démocratie européenne revêt une grande actualité, vu les signes qui laissent craindre une érosion de l’état de droit, due aux menaces qui pèsent sur notre démocratie, venant tant de l’intérieur de l’Union que d’intervenants extérieurs. |
| 1.3. | Le CESE est préoccupé par les tentatives, observées dans plusieurs États membres, de tirer parti des difficultés liées à la COVID-19 pour affaiblir l’état de droit. Il est d’avis que la Commission devrait prendre des mesures politiques à cet égard. |
| 1.4. | Pour les raisons exposées dans les trois paragraphes ci-après, le CESE recommande à la Commission que dans son plan d’action, elle crée, pour la participation de la société civile et des partenaires sociaux et la promotion de la démocratie dans le domaine du travail, un pilier supplémentaire distinct, dont il estime que l’existence est essentielle et pour l’élaboration duquel il formule des propositions concrètes dans le chapitre 6 de son présent avis. |
| 1.5. | Le CESE estime que la promotion de la démocratie européenne devrait impliquer, en plus des domaines figurant déjà dans le plan d’action proposé, de promouvoir la participation démocratique aux niveaux européen, national, régional et local, la participation de la société civile et la démocratie sous toutes ses facettes et dans tous ses aspects, y compris, entre autres, la démocratie relative au travail. Le CESE est d’avis que ces aspects de l’exercice de la démocratie devraient figurer dans le plan d’action de la Commission, étant donné qu’ils offrent chacun leurs propres avantages, s’agissant de rendre la démocratie plus dynamique et résiliente. |
| 1.6. | Le CESE déplore que le plan d’action proposé n’aborde pas le rôle important que joue le contrat social pour réduire les inégalités et encourager les européens à adhérer aux idéaux démocratiques, et qu’il ne propose aucune mesure pour renforcer ce rôle, de même qu’il ne reconnaît ni ne soutient le dialogue social et la négociation collective, et ne met aucunement en lumière la contribution que ces domaines apportent à la stabilité des démocraties européennes. |
| 1.7. | En outre, le CESE considère qu’il y a lieu d’insister davantage sur le dialogue civil, qui constitue, pour toute démocratie, une condition préalable essentielle pour que le processus décisionnel et son appropriation soient de la plus haute qualité, conformément aux dispositions de l’article 11 du traité sur l’Union européenne. Le CESE réitère sa recommandation formulée à l’adresse de la Commission dans son avis SOC/627 (1) concernant la mise en place d’un forum annuel de la société civile sur les droits fondamentaux et l’état de droit. |
| 1.8. | Le CESE estime que le plan d’action pour la démocratie européenne devrait comporter une initiative à grande échelle visant à promouvoir l’éducation à la démocratie et aux droits fondamentaux, qui joue un rôle essentiel pour sauvegarder les valeurs démocratiques et la citoyenneté active, en particulier chez les jeunes. |
| 1.9. | Le CESE demande à la Commission de veiller à ce que le plan d’action tienne compte de l’évaluation concernant la mise en œuvre par les États membres de la directive «Services de médias audiovisuels» et il les invite à procéder rapidement à cette mise en œuvre. |
| 1.10. | En ce qui concerne la surveillance, le CESE demande qu’une obligation de transparence et de responsabilité soit imposée aux plateformes en ligne et soutient l’élaboration d’un mécanisme réglementaire dans le cadre des législations sur les services numériques et sur les marchés numériques, afin de prévenir la désinformation, les discours haineux et les manipulations. |
| 1.11. | Le CESE exhorte les institutions européennes à prendre d’urgence les mesures proposées pour garantir la sécurité et les conditions de travail des journalistes et prévenir leur harcèlement, ainsi que celui des autres militants défendant des causes d’intérêt public qui sont victimes de poursuites stratégiques altérant le débat public, dites «poursuites-bâillons». |
2. Contexte
| 2.1. | L’Union européenne est fondée sur les «valeurs universelles que constituent les droits inviolables et inaliénables de la personne humaine, ainsi que la liberté, la démocratie, l’égalité et l’État de droit» (2) et constitue un espace dans lequel les droits fondamentaux sont protégés par la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (3). |
| 2.2. | Le CESE croit fermement dans les valeurs démocratiques européennes, soutient sincèrement les efforts déployés par la Commission pour les préserver et les renforcer et réaffirme les conclusions de ses avis antérieurs consacrés à la démocratie et l’état de droit (4). Les citoyens ne peuvent ni oublier ni mésestimer la valeur de la démocratie, ni l’importance que revêt l’état de droit dans notre société. |
| 2.3. | L’histoire a montré que la démocratie doit être promue de manière active et constamment défendue face à des attaques répétées. L’une des six ambitions prioritaires des orientations politiques pour l’Union européenne présentées par Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, est «un nouvel élan pour la démocratie européenne» (5). |
| 2.4. | Les profonds changements politiques, sociaux et économiques qui résultent de la numérisation, et que la pandémie de COVID-19 n’a fait qu’accélérer, engendrent de nouveaux risques et de nouvelles vulnérabilités, notamment l’érosion des mécanismes traditionnels d’égalité des chances pour les candidats aux campagnes électorales, le financement incontrôlé des acteurs politiques, le harcèlement des journalistes, la diffusion de fausses informations et les campagnes coordonnées de désinformation, les cyberattaques et de nombreuses autres formes de comportement qui compromettent l’intégrité des élections. On constate également qu’il existe des risques relatifs au pluralisme des médias et de l’information, au débat public, aux atteintes à l’indépendance des médias et à l’affaiblissement de la société civile. |
| 2.5. | La pandémie de COVID-19 a aussi eu une incidence sur la qualité des démocraties européennes, compte tenu de la nécessité d’apporter des réponses de nature exceptionnelle à cette urgence de santé publique. La Commission de Venise a examiné ces mesures et a conclu que la crise de la COVID-19 ne pouvait servir de prétexte pour renforcer les gouvernements au détriment des parlements (6). Par ailleurs, comme l’a également souligné la Commission de Venise, il faut envisager sérieusement de veiller à la mise en place du cadre réglementaire nécessaire et de déterminer dans quelle mesure certaines de ces actions pourraient être maintenues au fil du temps. |
3. Le plan d’action pour la démocratie européenne
| 3.1. | Le plan d’action pour la démocratie européenne, que le CESE considère à la fois nécessaire et opportun à une époque où la démocratie en Europe est exposée à de sérieux périls, aggravés par les mesures prises en réaction à la COVID-19, définit un cadre d’action de l’UE renforcé, ainsi que des mesures particulières réparties en trois piliers:
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| 3.2. | Le plan d’action proposé vise également à doter les citoyens et la société civile de moyens d’agir pour contrer les menaces qui pèsent sur la démocratie et l’état de droit, cette question étant considérée comme revêtant une nature transversale et s’appliquant aux trois piliers. |
4. Observations générales
4.1. L’état de la démocratie en Europe et la nécessité du plan d’action pour la démocratie européenne
| 4.1.1. | Le CESE relève avec inquiétude les graves problématiques qui pèsent depuis quelques années sur la démocratie et la confiance du public dans les institutions gouvernementales, comme en témoignent notamment les constats suivants: la chute des taux de participation électorale; le nombre de violations de l’état de droit observées dans plusieurs États membres; l’émergence et la propagation du populisme et des discours haineux; la pression exercée sur les journalistes, voire les actes de violence perpétrés à leur encontre; les atteintes à l’indépendance et au pluralisme des médias; la concentration de la propriété des médias; l’ingérence illégitime dans les processus électoraux par des facteurs internes ou externes, agissant par la désinformation, les financements indus et les influences extérieures; les tentatives d’affaiblir la société civile organisée et d’amoindrir sa participation aux processus décisionnels, ainsi que de dévaloriser, voire supprimer le dialogue social et la négociation collective. |
| 4.1.2. | Le CESE voit dans le plan d’action pour la démocratie européenne un instrument positif et nécessaire et soutient largement les mesures qui y sont proposées, sous réserve des observations spécifiques figurant au chapitre 5 et des propositions formulées au chapitre 6 du présent avis. |
| 4.1.3. | Le CESE déplore que la préparation du plan d’action n’ait été assortie que d’un dialogue limité, étant donné qu’une telle concertation en aurait accru l’efficacité. |
4.2. La portée et la mise en œuvre du plan d’action pour la démocratie européenne
| 4.2.1. | Le CESE estime que les actions visant à promouvoir la démocratie en Europe doivent inclure, sans s’y limiter, la protection de l’intégrité des élections, le renforcement de la liberté et du pluralisme des médias et la lutte contre toute désinformation et ingérence. |
| 4.2.2. | Le CESE est d’avis qu’il y a lieu d’élargir la portée du plan d’action pour la démocratie européenne et d’y ajouter un pilier distinct consacré à l’importance de la citoyenneté active, exercée par la participation de la société civile (voir le chapitre 6 du présent avis). |
| 4.2.3. | Le CESE estime que le plan d’action aurait dû valoriser davantage la démocratie aux échelons national, régional et local. |
| 4.2.4. | De même, il considère que le plan d’action devrait couvrir tous les aspects et domaines de la démocratie européenne, y compris celle qui concerne le travail, ainsi que le dialogue structuré avec la société civile. |
| 4.2.5. | Le CESE escompte que dans la mise en œuvre du plan d’action, il sera tenu compte de la nécessité que l’Union européenne joue un rôle de poids comme modèle de promotion des valeurs et normes démocratiques, en donnant un exemple de cohérence entre son action intérieure et extérieure. |
| 4.2.6. | Le CESE affirme que l’Union européenne doit agir pour renforcer la résilience des démocraties européennes, leur contrat social et leur compétitivité économique, dans la ligne des ambitions affichées par la conférence sur l’avenir de l’Europe. |
4.3. L’intégration du plan d’action pour la démocratie européenne dans les politiques de l’Union et le suivi efficace de sa mise en œuvre
| 4.3.1. | Le CESE est d’avis que, pour être efficace, le plan d’action pour la démocratie européenne devrait être étroitement lié à d’autres initiatives en cours au niveau de l’Union qui contribuent aux mêmes objectifs, en particulier la mise en œuvre de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, le mécanisme européen de protection de l’état de droit et la mise en application du socle européen des droits sociaux et de nouvelles stratégies en faveur de l’égalité, et regrette que ces connexions ne soient pas suffisamment mises en évidence. Le CESE recommande que les liens entre les différents plans d’action soient rendus explicites et effectifs. |
| 4.3.2. | Le CESE rappelle à la Commission que dans son avis SOC/627, il a proposé la mise en place d’un forum annuel de la société civile sur les droits fondamentaux et l’état de droit. En conséquence, il suggère d’ajouter au plan d’action un volet spécifique concernant la situation de la démocratie, qui inclura la question de l’application de l’article 11 du traité sur l’Union européenne. |
| 4.3.3. | Le CESE déplore que le plan d’action pour la démocratie européenne ne s’accompagne pas d’un cadre de suivi et d’un modèle mesurant les progrès accomplis et que, pour bon nombre de mesures, aucune date n’ait été fixée, de sorte qu’il sera difficile d’assurer un suivi, dans les délais, de l’évaluation prévue pour 2023. Le CESE suggère de proposer un cadre de suivi approprié. Le rapport sur l’état de droit peut jouer un rôle important en la matière, ainsi que le décrit le chapitre 6 du présent avis. |
| 4.3.4. | Insistant sur la nécessité de réduire fortement les inégalités sociales afin de renforcer la démocratie, le CESE reproche au plan d’action de ne faire référence ni au facteur essentiel que la cohésion sociale représente pour la stabilité des démocraties européennes, ni au rôle que le contrat social joue dans l’adhésion des européens aux idéaux démocratiques, ainsi que de ne pas envisager qu’il soit nécessaire d’agir pour le préserver ou le renforcer. Le CESE recommande dès lors d’inclure cette dimension dans le plan d’action pour la démocratie européenne. |
4.4. L’incidence de la numérisation sur les sociétés démocratiques
| 4.4.1. | Les répercussions des atteintes à la vie démocratique sont exacerbées par l’absence de réglementation des plateformes en ligne, concentrées en un nombre très restreint d’unités qui sont largement utilisées à travers le monde, ainsi que par le fonctionnement de leurs algorithmes opaques. Les mécanismes censés garantir leur responsabilité sont insuffisants. Faire en sorte que les processus électoraux incitent les électeurs à participer, garantissent la pluralité et soient équitables et transparents est un défi qui se pose à toutes les nations démocratiques et appelle une attention et des mesures suffisantes. |
| 4.4.2. | Le CESE réitère la position qu’il a prise dans son avis NAT/794 (8), affirmant que l’Union européenne doit adopter des politiques visant à ancrer davantage une économie numérique qui intègre nos valeurs sociétales. |
| 4.4.3. | Le CESE partage le point de vue qu’il convient d’adopter une approche plus rigoureuse de la réglementation des plateformes en ligne, en veillant à ce que les principaux acteurs soient tenus de rendre des comptes au public et à ce que les pouvoirs publics soient suffisamment solides pour faire appliquer la réglementation. |
| 4.4.4. | Le CESE se félicite des mesures réglementaires préliminaires prises pour responsabiliser les plateformes en ligne, en particulier celles de très grande envergure, grâce à la proposition de législation sur les services numériques et de la législation sur les marchés numériques. |
| 4.4.5. | Il considère également que l’évaluation et la mise à jour du code de bonnes pratiques contre la désinformation constituent des étapes intermédiaires importantes pour assurer un suivi rigoureux de l’incidence de la désinformation, y compris en ce qui concerne la COVID-19, et des réponses correspondantes des plateformes en ligne. |
5. Observations particulières
5.1. La promotion d’élections libres et régulières et d’une participation démocratique forte
| 5.1.1. | Le CESE convient de la nécessité de prendre des mesures pour garantir la transparence de la publicité et des communications politiques (paragraphe 2.1 du plan d’action) et soutient l’adoption d’une législation européenne visant à garantir que les citoyens disposent toujours d’une transparence totale en ce qui concerne les contenus sponsorisés à caractère politique à tous les niveaux de décision. Les autorités nationales devraient recevoir toutes les informations nécessaires de la part des réseaux sociaux et autres plateformes pour pouvoir garantir des élections libres et équitables au niveau européen, national, régional et local. |
| 5.1.2. | Le CESE soutient l’imposition de restrictions supplémentaires au microciblage par le recours à des algorithmes opaques et au profilage psychologique dans le contexte politique, telle que la Commission propose de l’examiner dans sa proposition législative sur la transparence des contenus politiques sponsorisés. |
| 5.1.3. | Le CESE considère que l’organisation d’élections libres et régulières, dans le cadre d’un système électoral digne de confiance, constitue un défi permanent pour tous les systèmes démocratiques, il se félicite du renforcement de la coopération européenne en matière d’élections dans l’Union et il invite la Commission, le Parlement européen et les États membres à développer de nouvelles formes de coopération renforcée dans ce domaine afin de garantir des élections plus inclusives, transparentes et représentatives. Le recueil de bonnes pratiques devrait contribuer à ces efforts. |
| 5.1.4. | Le CESE émet un avis favorable sur l’adoption d’un nouveau mécanisme opérationnel de l’Union européenne destiné à soutenir la résilience des processus électoraux, qui sera organisé et coordonné par l’intermédiaire du réseau européen de coopération en matière d’élections (paragraphe 2.3 du plan d’action). |
| 5.1.5. | Le CESE partage les inquiétudes exprimées dans le plan d’action s’agissant de prévenir et combattre l’influence étrangère sur les processus démocratiques européens et juge opportun que l’Union européenne impose aux responsables de ces ingérences un coût à payer, en prévoyant des sanctions communes, claires et fortes et en lançant une initiative commune sur la cybersécurité. |
| 5.1.6. | Le CESE estime que l’inscription des processus électoraux parmi les infrastructures critiques peut déjà entrer en ligne de compte pour l’évaluation des investissements directs étrangers (9), et que le mécanisme opérationnel de l’Union destiné à soutenir la résilience des processus électoraux devrait disposer des conditions et moyens de fonctionnement propres à garantir la sécurité des procédures, y compris la cybersécurité des élections de tous niveaux. |
| 5.1.7. | Le CESE souhaite formuler plusieurs propositions, à savoir mettre en œuvre une transparence efficace en ce qui concerne la diffusion de contenus en ligne, notamment par le contrôle des algorithmes, une plus grande transparence de l’écosystème publicitaire en ligne et des processus de promotion ou de dépréciation de contenu, donner à la société civile (universitaires, chercheurs, journalistes et organisations de la société civile) et aux régulateurs indépendants les moyens d’obliger les acteurs en ligne à rendre des comptes et, enfin, sanctionner les acteurs agissant de mauvaise foi, surtout lorsqu’ils déploient des efforts répétés pour échapper au principe de transparence et de responsabilité vis-à-vis de la société. |
| 5.1.8. | Le CESE regrette que le plan d’action pour la démocratie européenne n’établisse pas un pilier distinct consacré au soutien à l’engagement démocratique et à la participation active au-delà des élections, qu’il ne reconnaisse pas le rôle du dialogue social dans la stabilité démocratique et qu’il ne comporte aucune mesure spécifique à cet égard. Le CESE recommande que le nouveau pilier proposé au chapitre 6 du présent avis inclue la promotion du dialogue social, de la liberté d’association des entreprises et des syndicats, de la négociation collective et du droit à l’information et à la consultation. |
| 5.1.9. | En ce qui concerne les propositions déjà formulées dans le plan d’action quant à la promotion d’une mobilisation démocratique et d’une participation active dépassant le cadre des élections (paragraphe 2.4 du plan d’action), le CESE estime qu’il convient d’y ajouter une initiative de grande envergure visant à encourager l’éducation à la démocratie, y compris aux médias et à l’information, tout en se félicitant de la mention de l’éducation à la citoyenneté dans le cadre de l’utilisation des Fonds structurels. |
| 5.1.10. | Le CESE rappelle avoir préconisé, dans son avis SOC/627, une stratégie ambitieuse de communication, d’éducation et de sensibilisation des citoyens aux droits fondamentaux, à l’état de droit et à la démocratie, qui devra mettre fortement l’accent sur la citoyenneté active. |
| 5.1.11. | Pour soutenir et renforcer les capacités de la société civile, le CESE recommande aux États membres d’utiliser les Fonds structurels et à la Commission elle-même d’exploiter les fonds dont elle dispose. |
| 5.1.12. | Les vérificateurs de faits indépendants devraient bénéficier d’un financement adéquat pour pouvoir exercer leurs activités en temps réel, comme le CESE l’a déjà recommandé dans le cadre du plan d’action contre la désinformation (10). Il importe de renforcer les capacités de la Commission au niveau européen, afin qu’elle intervienne mieux à cet échelon pour apporter un appui amélioré à l’action des États membres à l’échelle nationale. |
| 5.1.13. | Le CESE recommande de veiller avec le plus grand soin à ce qu’une inclusion des discours de haine dans la liste des infractions pénales de l’Union européenne (paragraphe 2.4 du plan d’action) ne puisse jamais être interprétée comme une restriction à la liberté d’expression, et il souligne que toute initiative dans ce domaine doit respecter le principe de subsidiarité. |
| 5.1.14. | Le CESE constate avec satisfaction que le plan d’action pour la démocratie européenne préconise de promouvoir l’égalité à tous les niveaux et de favoriser la participation à la vie politique des femmes, des personnes LGBTIQ, des jeunes défavorisés, des personnes issues d’un groupe racial ou ethnique minoritaire, des personnes handicapées et des personnes ou groupes ayant un faible niveau d’habileté numérique et d’adhésion au numérique. |
5.2. Le soutien à la liberté et à l’indépendance des médias
| 5.2.1. | En ce qui concerne la sécurité des journalistes (paragraphe 3.1 du plan d’action), le CESE est préoccupé par les signes indiquant une restriction de leur liberté, y compris par les menaces qui pèsent sur leur sécurité physique, et reconnaît que la situation est alarmante. Le CESE tient pour très important que la Commission propose d’élaborer une recommandation à cet égard avant la fin 2021 et invite la Commission, le Parlement européen et les États membres à proposer d’urgence des mécanismes efficaces en vue d’assurer la protection des journalistes, l’indépendance éditoriale, la diversité et le pluralisme, l’éducation aux médias, un environnement propice à la durabilité du secteur et de bonnes conditions de travail pour lesdits journalistes. |
| 5.2.2. | Le CESE exprime sa désapprobation à l’égard du harcèlement perpétré à l’encontre des journalistes et autres militants défendant des causes d’intérêt public qui prend la forme de poursuites stratégiques altérant le débat public, dites «poursuites-bâillons». L’Union européenne doit veiller à ce que le champ d’application des mesures de lutte contre les poursuites-bâillons couvre, entre autres, les journalistes, les militants, les syndicalistes, les universitaires, les chercheurs spécialisés en sécurité numérique, les défenseurs des droits de l’homme, ainsi que les organisations du monde des médias et de la société civile. |
| 5.2.3. | S’agissant des mesures de soutien au pluralisme des médias (paragraphe 3.4 du plan d’action), le CESE déplore le manque de précision quant aux actions qu’entreprendra la Commission pour préserver ce pluralisme, consacré dans la charte des droits fondamentaux, en particulier pour ce qui concerne la question très importante de la propriété des médias. L’Union européenne doit adopter une attitude plus volontariste face au constat, formulé dans le rapport de 2020 sur l’état de droit, que certains États membres n’ont pas mis en place de système pour garantir la transparence de la propriété des médias ou rencontrent des obstacles pour divulguer effectivement l’identité de leurs propriétaires. Le CESE encourage dès lors la Commission à approfondir ses connaissances concernant les acteurs présents sur les marchés des médias et les garanties et conditions propices au pluralisme et à surveiller la concentration des réseaux de distribution et des intermédiaires qui influencent ou déterminent de plus en plus les conditions et la nature de l’accès aux médias et aux contenus. La consultation publique menée sur le plan d’action pour la démocratie européenne a également révélé un large soutien en faveur d’une obligation claire, pour tous les médias et toutes les entreprises médiatiques, de publier des informations détaillées sur l’identité de leurs propriétaires. |
| 5.2.4. | Le CESE est préoccupé par les tentatives, en cours dans plusieurs États membres, qui visent à exploiter la situation difficile créée par la pandémie de COVID-19, qui a affaibli le secteur des médias, pour nuire à la liberté de la presse par des actions abusives, discriminatoires, voire répressives. Le CESE invite la Commission à collaborer avec les États membres pour combler les écarts constatés dans le rapport sur l’état de droit en ce qui concerne les règles de répartition de la publicité publique entre les médias. |
| 5.2.5. | Le CESE demande à la Commission d’examiner les mécanismes utilisés pour financer le pluralisme des médias et soutenir l’innovation, les journalistes indépendants et les médias locaux. Il serait envisageable d’évaluer la mise en œuvre et l’efficacité du droit «voisin» octroyé aux éditeurs de presse dans le cadre de la directive sur le droit d’auteur et les droits voisins dans le marché unique numérique. |
| 5.2.6. | Étant donné que la date limite pour la mise en œuvre par les États membres de la directive «Services de médias audiovisuels» était fixée au 19 septembre 2020, le CESE demande à la Commission de veiller à ce que le plan d’action pour la démocratie européenne prenne en compte l’évaluation de ce processus, et il invite les États membres à appliquer rapidement cette directive. |
| 5.2.7. | Le CESE invite la Commission à étudier la possibilité d’autoriser la diffusion gratuite en continu («streaming») des médias publics dans tous les États membres, y compris, entre autres, via les réseaux câblés et les fournisseurs de tels services. Il s’agirait d’une étape décisive vers le multilinguisme, une meilleure compréhension mutuelle et le renforcement de la coopération, qui permettrait par ailleurs de faire progresser l’Union sur la voie d’un espace public commun en unissant ses citoyens dans la diversité et le pluralisme. |
5.3. La lutte contre la désinformation
| 5.3.1. | Le CESE souscrit à l’importance accordée à la lutte contre la désinformation (chapitre 4 du plan d’action) et estime que pour la mener, il est essentiel de renforcer la coopération entre les États membres. |
| 5.3.2. | Le CESE insiste sur l’intérêt que présente la législation sur les services numériques (paragraphe 4.2 du plan d’action) en ce qui concerne le contrôle, la responsabilité et la transparence des plateformes en ligne et il se déclare favorable à l’élaboration d’un mécanisme de réglementation pour la prévention de la désinformation. |
| 5.3.3. | Le CESE considère que, compte tenu de l’importance de l’éducation à la démocratie pour la qualité de la vie démocratique (paragraphe 4.3), le plan d’action pour la démocratie européenne devrait être beaucoup plus ambitieux en la matière et fixer des objectifs et des cibles pour soutenir des projets novateurs et financer des initiatives de la société civile dans ce domaine. |
| 5.3.4. | Il conviendrait que les mécanismes de l’Union favorisent une coopération plus étroite entre les autorités de réglementation compétentes afin de réduire le risque de diffusion de fausses informations par des canaux de propagande enregistrés sur son territoire. |
| 5.3.5. | Les plateformes de publicité en ligne devraient être tenues de fournir des rapports annuels de transparence, idéalement à une autorité d’audit indépendante désignée à cet effet. Les rapports annuels de transparence pourraient inclure des informations et des explications détaillées sur les politiques et les processus internes de lutte contre la désinformation, les critères d’évaluation positive ou négative, les mécanismes de sélection et de présentation des contenus, ainsi que sur les politiques concernant le ciblage et la diffusion des publicités, celles relatives à l’affichage d’informations «exactes» (par exemple, sur la COVID-19 et les élections) et les voies de recours pour les contenus supprimés à tort. Un nouvel organe d’audit indépendant composé d’autorités nationales de surveillance pourrait être constitué au niveau de l’Union pour contrôler les plateformes de médias sociaux. |
| 5.3.6. | Étant donné que la législation sur les services numériques offre l’occasion de s’attaquer à l’asymétrie de pouvoir et d’information par rapport aux contrôleurs d’accès numériques tels que Google et Facebook, qui ont une influence majeure sur la démocratie, le plan d’action pour la démocratie européenne devrait garantir que l’approche adoptée dans cette législation soit fondée sur les droits. |
| 5.3.7. | Les décideurs politiques de l’Union européenne doivent veiller à défendre les principes de la liberté d’expression tout en adoptant une législation qui permette de lutter contre la désinformation. En particulier, le recours au droit pénal pour lutter contre la désinformation à grande échelle risque de créer une faille pouvant donner lieu à des violations des droits de l’homme sous la forme d’intimidations autorisées par l’État et de poursuites injustifiées contre les voix critiques. |
6. Proposition de création d’un quatrième pilier dans le plan d’action pour la démocratie européenne: «promouvoir la participation active et démocratique au-delà des élections»
6.1. Contexte
| 6.1.1. | Le CESE estime qu’il y a lieu de créer, dans le plan d’action pour la démocratie européenne, un pilier spécifique afin de tenir dûment compte de la nécessité d’une stratégie claire en matière de citoyenneté active. Il considère que cette adjonction est essentielle pour assurer une reprise plus harmonieuse au sortir de la crise actuelle et ouvrir la voie à une démocratie plus durable et solide en Europe. |
| 6.1.2. | Ce nouveau pilier devrait également couvrir la promotion du dialogue social, de la négociation collective et du dialogue civil. |
| 6.1.3. | Le traité sur l’Union européenne a introduit en son article 11 une innovation majeure, à savoir le concept de participation citoyenne. Or, plus de dix ans après son entrée en vigueur, les possibilités pour les citoyens de participer aux décisions en dehors des élections sont encore loin de répondre aux besoins, et il en résulte souvent un mécontentement à deux égards, concernant les politiques elles-mêmes, d’une part, et le manque de moyens d’influer sur les décisions, d’autre part. Dans ce contexte, le CESE rappelle la position qu’il a exprimée dans son avis SOC/423 (11), en faisant valoir qu’il est extrêmement important d’élaborer des propositions d’actions concrètes afin que les diverses institutions de l’Union européenne prennent les initiatives qui incombent à chacune d’entre elles pour définir les mesures adéquates en vue de mettre en œuvre les paragraphes 1 et 2 de l’article 11 du traité sur l’Union européenne. |
| 6.1.4. | De même, l’article 152 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne dispose que l’Union européenne a un rôle à jouer dans la reconnaissance et la promotion du rôle des partenaires sociaux. |
| 6.1.5. | Dans ce contexte, le CESE propose que soit créé dans le plan d’action pour la démocratie européenne un quatrième pilier, qui serait intitulé «promouvoir la participation active et démocratique au-delà des élections» et est décrit dans la présente contribution. |
6.2. Promouvoir une culture de la participation active
| 6.2.1. | Créer un environnement ouvert et favorable à la société civile en Europe
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| 6.2.2. | Inscrire l’éducation à la citoyenneté démocratique et aux droits de l’homme parmi les priorités de l’Union
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6.3. Donner aux citoyens et à leurs organisations la possibilité d’influencer réellement les processus décisionnels de l’Union
| 6.3.1. | L’Union européenne et ses États membres devraient soutenir la mobilisation des citoyens sur le terrain et leur donner les moyens de s’exprimer dans toute leur diversité en mettant en pratique leur «droit de participer à la vie démocratique de l’Union», consacré à l’article 10 du traité sur l’Union européenne. Il conviendrait par ailleurs que l’Union et ses États membres donnent aux citoyens les moyens d’entretenir un «dialogue ouvert, transparent et régulier avec les associations représentatives et la société civile» (article 11 du traité sur l’Union européenne). Le CESE devrait élaborer un rapport annuel sur cette question. |
| 6.3.2. | Les citoyens et leurs organisations devraient être pleinement associés aux processus d’élaboration des politiques de l’Union; il conviendrait de parvenir à un bon équilibre entre les contributions des différentes parties prenantes en révisant la méthodologie en matière de consultation, de manière à accroître la participation des organisations citoyennes et sociales au niveau national et à celui de l’Union, ainsi qu’en tirant parti du potentiel des initiatives citoyennes européennes, s’agissant de donner aux citoyens la possibilité de définir les enjeux prioritaires. |
| 6.3.3. | La disposition de l’article 11 du traité de l’Union prévoyant un «dialogue ouvert, transparent et régulier avec les associations représentatives et la société civile» devrait être pleinement mise en œuvre dans tous les domaines d’action de l’Union. La Commission se devrait de lancer un accord interinstitutionnel relatif au dialogue civil avec la société civile européenne. |
| 6.3.4. | Il y a lieu de garantir une participation constructive et inclusive de la société civile à la conférence sur l’avenir de l’Europe, en établissant un lien avec le plan d’action pour la démocratie européenne, pour donner ainsi l’occasion de débattre des moyens de renforcer les processus démocratiques et l’engagement civique actif. |
| 6.3.5. | Les États membres devraient être invités à allouer, par l’intermédiaire de leurs plans relatifs au cadre financier pluriannuel, les ressources nécessaires au financement du dialogue civil et au renforcement de la capacité des organisations de la société civile à participer aux processus décisionnels; il s’imposerait que la Commission inscrive la participation civique et la démocratie parmi les priorités horizontales de ses recommandations par pays. |
| 6.3.6. | Il conviendrait de lancer une manifestation annuelle réunissant les plus hauts représentants des institutions européennes et des organisations ou associations représentatives de la société civile, ainsi que des représentants des dialogues sectoriels et des dialogues locaux, régionaux et nationaux et macrorégionaux (transnationaux et menés dans le cadre de la politique de voisinage), en vue d’échanger des bonnes pratiques et d’élaborer un plan annuel visant à renforcer la démocratie, la participation et le dialogue civique. La Commission et le CESE devraient jouer un rôle de premier plan en tant qu’organisateurs de cette manifestation. |
6.4. Renforcer les structures de soutien au dialogue social et à la négociation collective
| 6.4.1. | Il importe d’agir pour promouvoir la démocratie par la cohésion économique et sociale, notamment en favorisant celle qui s’exerce dans le domaine du travail. Elle est également menacée à ce niveau, et la pandémie a soulevé des questions importantes qu’il convient de traiter rapidement. |
| 6.4.2. | Le dialogue social et la négociation collective figurent parmi les meilleurs exemples de fonctionnement démocratique. Le dialogue entre des organisations représentant leurs intérêts et valeurs spécifiques crée un espace structuré pour examiner et débattre des questions d’importance commune, même si les intérêts sont différents. La reconnaissance et le respect mutuels de chaque partenaire et la recherche rationnelle de solutions aux situations, problèmes et conflits constituent les fondements d’une culture démocratique. |
| 6.4.3. | Le nouveau pilier proposé devrait inclure des mesures visant à promouvoir ces principes, notamment:
|
Bruxelles, le 10 juin 2021.
La présidente du Comité économique et social européen
Christa SCHWENG
(1) JO C 282 du 20.8.2019, p. 39.
(2) Préambule du traité sur l’Union européenne.
(3) JO C 202 du 7.6.2016, p. 389.
(4) Voir notamment les avis JO C 228 du 5.7.2019, p. 24, JO C 282 du 20.8.2019, p. 39, et JO C 429 du 11.12.2020, p. 16.
(5) https://ec.europa.eu/info/sites/info/files/political-guidelines-next-commission_fr.pdf.
(6) «Rapport intérimaire sur les mesures prises dans les États membres de l’UE à la suite de la crise de la COVID-19 et leur impact sur la démocratie, l’état de droit et les droits fondamentaux», adopté par la Commission de Venise à sa 124e session plénière en ligne (8 et 9 octobre 2020), https://www.venice.coe.int/webforms/documents/?pdf=CDL-AD(2020)018-f.
(7) COM(2020) 790 final.
(8) JO C 429 du 11.12.2020, p. 187.
(9) Comme indiqué dans la communication de la Commission, en particulier dans la note de bas de page no 17.
(10) Voir le paragraphe 1.7 des conclusions de l’avis (JO C 228 du 5.7.2019, p 89).
(11) JO C 11 du 15.1.2013, p. 8.
(12) Convention européenne des droits de l’homme, Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne.
(13) Lignes directrices sur la liberté d’association du Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme (BIDDH) de l’OSCE.
Avis institutionnel — 52021AB0040
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