Avis institutionnel — 52021AE5044
| CELEX | 52021AE5044 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | mercredi 23 février 2022 |
Texte intégral
| 18.7.2022 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 275/24 |
Avis du Comité économique et social européen sur la proposition de recommandation du Conseil sur un pacte pour la recherche et l’innovation en Europe
[COM(2021) 407 final — final 2021/230 (NLE)]
(2022/C 275/04)
| Rapporteur: | Paul RÜBIG |
| Corapporteur: | Panagiotis GKOFAS |
| Saisine | Commission européenne, 2.5.2022 |
| Base juridique | Article 182 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Section «Marché unique, production et consommation» |
| Adoption en section | 3.2.2022 |
| Adoption en session plénière | 23.2.2022 |
| Session plénière no | 567 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 219/0/2 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le CESE se félicite que le «Pacte pour la recherche et l’innovation en Europe» définisse des valeurs et des principes communs pour la recherche et l’innovation (R&I) et qu’il recense, au niveau mondial et de manière générale, les domaines dans lesquels les États membres développeront conjointement des actions prioritaires. Le pacte soutient dès lors le nouvel espace européen de la recherche (EER), étant entendu que la recherche et l’innovation relèvent pour l’essentiel de la compétence des États membres. |
| 1.2. | La recommandation du Conseil s’articule en deux grandes parties, qui sont traitées dans les sections suivantes:
|
| 1.3. | L’Europe doit, à l’avenir, convertir ses résultats en matière de R&D en opportunités commerciales, en bénéfices et en emplois de qualité. Les droits de propriété intellectuelle (DPI) constituent un outil très important à cet effet. Il faudrait également mentionner, dans le paragraphe consacré à la création de valeur, l’importance essentielle que revêtent les droits de propriété intellectuelle (DPI) et les brevets, et élaborer, dans le cadre du nouvel EER, une stratégie européenne claire en matière de DPI. Il convient d’accompagner cette politique et cette stratégie actives et passives de l’Union en matière de brevets d’une stratégie active et passive en matière d’octroi de licences ainsi que d’un système de contrôle transparent afin de parvenir en définitive à un équilibre global entre brevets et licences. |
| 1.4. | Le CESE se félicite que le pacte appelle clairement à approfondir l’EER, passant d’une coordination des politiques nationales à une intégration plus poussée de ces politiques, ainsi qu’à accélérer la double transition écologique et numérique. Jusqu’à présent, les travaux en matière de recherche et d’innovation dans l’Union à 27 ont toujours été menés de manière cloisonnée. Il convient désormais d’établir des connexions entre ces travaux en créant de vastes canaux de communication ce qui, de l’avis du CESE, doit être l’un des principaux objectifs du pacte. |
| 1.5. | Le CESE estime que les investissements massifs réalisés en matière de recherche, de technologie et d’innovation (RTI) en Asie (Chine, Corée du Sud, etc.) doivent inciter l’Union à accélérer considérablement ses efforts dans le secteur de la recherche et de l’innovation, notamment en ce qui concerne la transformation rapide des résultats de R&D en produits et services innovants, un domaine dans lequel l’Europe est à la traîne, comme le montre clairement le document COM(2020) 628 final. |
| 1.6. | Le CESE tient à souligner qu’il convient d’accélérer la R&I et de mener à bien la transition sans retard. Selon un rapport récemment publié par la Commission européenne, le «Tableau de bord 2021 de l’Union sur les investissements en R&D industrielle», il apparaît que de 2020 à 2021, la Chine a augmenté ses investissements en R&D de 18,1 %, tandis qu’ils augmentaient de 9,1 % aux États-Unis mais reculaient de 2,2 % dans l’Union européenne. Ces processus de transition doivent être justes et équitables, et ne laisser de côté aucun groupe de la société civile, en particulier les catégories vulnérables, les européens vivant dans des régions reculées ou encore les partenaires sociaux. |
| 1.7. | Comme il est souligné clairement dans le nouvel EER et le pacte à l’examen, l’Union a réellement besoin d’une nouvelle vision, c’est-à-dire d’une nouvelle donne pour la recherche européenne. Si elle se borne à recycler son ancienne stratégie en matière de RTI, l’Union européenne restera à la traîne par rapport aux États-Unis et à l’Asie (Chine, Corée du Sud, etc.) en matière de recherche et d’innovation. |
| 1.8. | À ce jour, seule une petite partie de la population de l’Union (les acteurs habituels de la R&I uniquement) participent aux politiques de l’Union en matière de R&I. Les recherches socio-économiques modernes mettent pourtant l’accent sur l’importance considérable que revêt le triangle «science-technologie-société» (STS) pour réaliser de solides performances en matière de R&I. Afin de contribuer concrètement à cet objectif d’une Europe plus forte au plan mondial, le CESE demande que les organisations de la société civile et les partenaires économiques et sociaux (notamment les organisations représentant les micro, petites et moyennes entreprises à l’échelle de l’Union et au niveau national) soient dûment associés au suivi par la Commission des actions déjà entreprises en 2022 par le nouveau forum de l’espace européen de la recherche (EER) et des initiatives connexes telles que les panels de citoyens européens prévus dans le cadre de la conférence sur l’avenir de l’Europe. Le CESE considère que le «triangle de la connaissance» (enseignement supérieur, recherche fondamentale et appliquée, commercialisation des nouvelles technologies par l’industrie), dont il se réjouit qu’il soit également mentionné dans le pacte de la Commission pour la recherche et l’innovation, est un élément essentiel pour stimuler la recherche et l’innovation. S’agissant de la participation de la société civile européenne, il importe en outre de veiller à prendre en compte les travailleurs sur le terrain, ainsi que les groupes d’européens vulnérables. |
| 1.9. | Dans le cadre du nouveau pacte pour la recherche et l’innovation, l’Europe doit favoriser les conditions nécessaires à l’éclosion d’une culture plus entrepreneuriale, de manière à encourager la prise de risques et les entreprises innovantes — les micro, petites et moyennes entreprises (MPME) aussi bien que les jeunes pousses. Transposé au domaine de l’innovation, le slogan «sans risque, pas de plaisir» devient «sans risque, pas de nouvelles activités commerciales, pas de nouveaux emplois de qualité». |
| 1.10. | La Commission européenne a élaboré de nombreux documents et programmes sur le thème de la recherche et de l’innovation. Le CESE apprécierait dès lors qu’elle clarifie le lien entre l’ensemble de ses documents en la matière, y compris le pacte pour la recherche et l’innovation, le nouvel EER, les missions européennes, le plan européen pour la reprise et la résilience et le programme Horizon Europe en général. |
| 1.11. | Enfin, le CESE tient à souligner que le pacte de l’Union pour la recherche et l’innovation et son nouvel EER devraient être conçus et mis en œuvre conformément aux 17 objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies, qui visent à instaurer des conditions de vie décentes pour tous sur une planète en bonne santé d’ici à 2030. |
2. Observations générales
| 2.1. | Le document intitulé «Un nouvel EER pour la recherche et l’innovation» [COM(2020) 628] est le document de base de la Commission sur lequel le pacte est fondé et auquel il fait référence. |
| 2.2. | En mars 2021, le CESE a publié un avis (1) intitulé «Un nouvel espace européen de la recherche (EER) pour la recherche et l’innovation» (2). Bon nombre des conclusions, recommandations et observations générales contenues dans ledit avis, qui porte sur le document COM(2020) 628 final, sont également valables pour le pacte à l’examen, et certaines d’entre elles sont reproduites dans le présent avis. |
| 2.3. | Rassembler ces éléments relatifs à la recherche et à l’innovation dans un acte juridique unique réaffirmera l’engagement politique des États membres à mobiliser leurs politiques de recherche et d’innovation face aux défis que l’Europe doit aujourd’hui relever, à savoir:
Tous ces défis doivent être relevés de manière juste et équitable, en ne laissant personne de côté, en particulier les groupes d’européens vulnérables. |
| 2.4. | Il ressort des classements et études réalisés à travers le monde en matière de RTI que, sur le plan de la concurrence mondiale, l’Union à 27 est à la traîne par rapport aux États-Unis et à l’Asie, surtout la Chine et la Corée, plus particulièrement en ce qui concerne les technologies clés génériques (Key Emerging Technologies, KET) telles que, notamment, l’intelligence artificielle, l’apprentissage automatique, la robotique ou les modèles commerciaux numériques. Les défis cités aux points a). et b. sont mentionnés dans la communication de la Commission COM(2021) 407. Le CESE a volontairement ajouté le défi c. «la concurrence mondiale en matière de RTI, en particulier en provenance d’Asie (Chine, Corée du Sud, etc.)» car il estime que si l’Union ne parvient pas à le relever avec succès, elle passera à côté de millions d’emplois qualifiés au profit de l’Asie, les européens perdant de ce fait en richesses et en qualité de vie. La RTI représente pour l’avenir le principal générateur d’emplois de qualité. Si la prééminence technologique de nombreuses industries se déplace vers l’Asie, les emplois de qualité vont mécaniquement s’installer en Asie. |
| 2.5. | Le Conseil européen de la recherche (CER), qui a déjà publié un avis sur le pacte et le nouvel EER, met lui aussi très clairement l’accent sur le retard qu’accuse l’Union par rapport à l’Asie, et en particulier la Chine, en matière de RTI. Selon lui, le pacte pour la recherche et l’innovation pourrait être la dernière chance de l’Union d’atteindre enfin les objectifs initiaux de l’EER et de renforcer la position d’acteur de premier plan de l’Europe en matière de recherche et d’innovation (3). |
| 2.6. | Non seulement la Chine a dépassé l’Union pour ce qui est des résultats en matière de recherche et de développement ainsi que des brevets, mais, depuis cinq ans environ, elle occupe aussi, de manière très offensive, la place de chef de file mondial en ce qui concerne la définition de normes technologiques industrielles, laquelle a été, pendant plusieurs décennies, l’apanage exclusif des États-Unis et de l’Europe. Sur le plan mondial, définir les normes technologiques industrielles en matière de RTI est très important car l’État qui les établit dispose d’un avantage concurrentiel. Le CESE recommande dès lors vivement à la Commission de prévoir des mesures claires dans le pacte à l’examen afin de préserver la position de force qu’occupe l’Europe concernant la définition des normes technologiques industrielles au niveau mondial. |
| 2.7. | Le CESE estime que les investissements massifs réalisés en matière de RTI en Asie (Chine, Corée du Sud, etc.) doivent inciter l’Union à accélérer considérablement ses efforts dans le secteur de la recherche et de l’innovation, notamment en ce qui concerne la transformation rapide des résultats de R&D en produits et services innovants. Selon le «Tableau de bord 2021 de l’Union sur les investissements en R&D industrielle», il apparaît que de 2020 à 2021, la Chine a augmenté ses investissements en R&D de 18,1 %, tandis qu’ils augmentaient de 9,1 % aux États-Unis mais reculaient de 2,2 % dans l’Union européenne. Les mesures prises par l’Union pour accélérer la R&I doivent plus particulièrement s’adresser aux multinationales ayant leur siège dans l’Union, ainsi qu’aux micro, petites et moyennes entreprises, étant donné que ces dernières sont elles aussi menacées par la concurrence asiatique, et que la croissance de l’emploi en Europe est essentiellement le fait des MPME et des jeunes pousses. |
| 2.8. | Le CESE se félicite que le pacte appelle clairement à un approfondissement de l’EER, en passant d’une coordination des politiques nationales à une intégration plus poussée de ces politiques, ainsi qu’à une accélération de la double transition écologique et numérique. Jusqu’à présent, les travaux en matière de recherche et d’innovation dans l’Union à 27 ont toujours été menés essentiellement de manière cloisonnée. Il convient désormais d’établir des connexions entre ces travaux en créant de vastes canaux de communication ce qui, de l’avis du CESE, doit être l’un des principaux objectifs du pacte. La communication et la coopération sont des moteurs essentiels de la recherche et de l’innovation. |
| 2.9. | Comme souligné clairement dans le nouvel EER et le pacte à l’examen, l’Union a réellement besoin d’une nouvelle vision, c’est-à-dire d’une nouvelle donne pour la recherche européenne. Si elle se borne à recycler son ancienne stratégie en matière de RTI, l’Union européenne restera à la traîne par rapport aux États-Unis et à l’Asie (Chine, Corée du Sud, etc.) en matière de recherche et d’innovation. |
| 2.10. | De nombreuses études concluent que le transfert de connaissances en matière de recherche et d’innovation s’effectue essentiellement par le truchement des professionnels, c’est-à-dire par une rotation professionnelle de grande ampleur entre les organisations de R&I, ainsi qu’entre États membres de l’Union. Le CESE recommande d’accroître massivement le transfert de connaissances par l’intermédiaire des professionnels, c’est-à-dire par une rotation professionnelle et des programmes de mobilité pour les chercheurs à grande échelle au sein de l’Union à 27. Dans le secteur de la recherche et de l’innovation, le transfert de connaissances ne peut se faire au moyen de documents volumineux: les connaissances issues de cinq années de R&D menées par un chercheur ne peuvent être résumées dans un rapport de 500 pages. |
| 2.11. | Le pacte fait référence aux feuilles de route technologiques de l’EER. Selon les informations dont dispose le CESE, l’EER fait bien l’objet d’une feuille de route pour la période 2015-2020, mais le Comité n’a pas connaissance d’une feuille de route technologique qui irait au-delà de 2020. Étant donné que le développement de nouvelles technologies est un travail de longue haleine, il faut planifier les stratégies technologiques à long terme. Les feuilles de route technologiques nécessitent un délai de réalisation d’au moins dix ans. Le CESE invite par conséquent la Commission à élaborer des feuilles de route technologiques à moyen terme (2020-2030) et à long terme (2020-2050) après la publication du nouvel EER. |
| 2.12. | Il se félicite que le document à l’examen mette l’accent sur la grande importance que revêt le «triangle de la connaissance» (enseignement supérieur, recherche fondamentale et appliquée, commercialisation des nouvelles technologies par l’industrie) (4). |
| 2.13. | Le CESE estime que, s’il est vrai que la recherche et l’enseignement (supérieur) sont des moteurs essentiels pour la création de connaissances, ce n’est toutefois pas le cas pour l’innovation. Par définition, l’innovation désigne la conversion des résultats de R&D en activités et produits innovants. Il n’appartient pas aux universités ou aux instituts de recherche de développer des activités et produits innovants. Le texte passe sous silence les entreprises, en particulier les jeunes pousses et les entrepreneurs. Or, il devrait mentionner leur importance dans le processus d’innovation. Le Conseil européen de l’innovation (CEI), l’Institut européen d’innovation et de technologie, les communautés de la connaissance et de l’innovation et autres programmes d’innovation jouent un rôle important dans ce contexte. |
| 2.14. | Selon le célèbre diagramme du professeur Ansoff, seule une petite partie des projets de R&D (moins de 25 % environ) débouche en fin de compte sur des produits techniques qui percent sur le marché. Il est dès lors essentiel que le pacte de l’Union sur la R&I mette particulièrement l’accent sur l’efficience et l’efficacité de la recherche et de l’innovation. Si des mesures judicieuses visant à garantir cette efficience et cette efficacité pouvaient permettre de faire passer ce taux de 25 à 28 % par exemple, ce serait une énorme victoire pour l’Europe. L’efficacité et l’efficience de la R&I pourraient également, tout en maintenant la forte revendication de l’excellence de l’Union dans le domaine de la recherche, accélérer considérablement la recherche et l’innovation européennes, ce qui est une nécessité absolue. |
| 2.15. | S’agissant des valeurs et des principes, le CESE convient que les valeurs énoncées dans ce chapitre sont importantes, mais qu’il faut arrêter des principes supplémentaires si l’on veut éviter que l’Union ne soit à la traîne par rapport aux États-Unis et à l’Asie sur le plan de la concurrence mondiale en matière de R&I. Dans le cadre du nouvel EER, l’Union doit accélérer la conversion des résultats de R&D en produits et services innovants pour les marchés mondiaux. Outre d’autres valeurs et compétences, cette accélération qui s’impose de toute urgence requiert aussi un certain esprit d’entreprise. De nombreuses études mondiales suggèrent que l’Union accuse un retard considérable par rapport aux États-Unis et à l’Asie dans ce domaine (par exemple, en matière de modèles commerciaux numériques innovants). |
| 2.16. | S’agissant de la création de valeur, le CESE convient pleinement qu’il est de la plus haute importance de transformer les «connaissances» (c’est-à-dire les résultats de la R&D) en produits et services innovants et durables. Le pacte fait référence au rôle important que joue la recherche fondamentale pour ce qui est de produire des connaissances et de réaliser des découvertes de pointe. Toutefois, ces dernières ne suffisent pas à elles seules à créer de la valeur pour l’Europe, loin s’en faut: il existe hélas de nombreux exemples de percées dans ce domaine effectuées par des chercheurs européens dont les résultats ont été exploités par des entrepreneurs et des entreprises innovantes aux États-Unis et en Asie, leur permettant d’engranger des bénéfices considérables et de transférer des emplois d’Europe vers les États-Unis et l’Asie. L’Europe ne doit pas laisser une telle situation se reproduire. |
| 2.17. | Elle doit, à l’avenir, convertir ses résultat en matière de R&D en création de valeur, opportunités commerciales et emplois de qualité. Les brevets constituent un outil très important à cet effet. Il faudrait également mentionner, dans le paragraphe consacré à la création de valeur, l’importance essentielle que revêtent les droits de propriété intellectuelle (DPI), et élaborer, dans le cadre du nouvel EER, une stratégie européenne claire en matière de DPI. Il convient d’accompagner cette politique et cette stratégie actives et passives de l’Union en matière de brevets d’une stratégie active et passive en matière d’octroi de licences ainsi que d’un système de contrôle transparent afin de parvenir au final à un équilibre global entre brevets et licences. |
| 2.18. | Au paragraphe 2 de la proposition de recommandation du Conseil (5), sont énumérés les domaines prioritaires d’action de l’Union européenne en matière de recherche et d’innovation. Les domaines prioritaires suivants en matière de R&I figurent également dans le document COM(2020) 628:
|
| 2.19. | Tout en reconnaissant l’importance de ces sept domaines prioritaires (6), le CESE souhaite toutefois rappeler qu’il convient d’y ajouter les technologies et secteurs clés suivants:
|
| 2.20. | Malheureusement, les Vingt-sept connaissent une fuite des cerveaux non négligeable qui concerne ses chercheurs d’excellence qui sont happés par les États-Unis voire, de plus en plus, par l’Asie. Il faut mettre un terme à ce phénomène de fuite des cerveaux et le convertir en afflux de cerveaux. Pour que la RTI obtienne rapidement des résultats d’excellence et s’installe au premier plan à l’échelle mondiale, il apparaît extrêmement important de prendre en compte notamment les principes suivants:
|
| 2.21. | Créer de la valeur est l’un des principaux objectifs du nouvel EER de l’Union. Le CESE considère dès lors que le paragraphe intitulé «Valorisation des connaissances» est très important. Il met en effet l’accent sur le rôle essentiel de la coopération et des interconnexions entre tous les acteurs de la recherche et de l’innovation. C’est un aspect certes important, mais pas suffisant pour valoriser les connaissances. |
| 2.22. | Les éléments suivants sont tout aussi importants lorsqu’il s’agit de créer de la valeur pour l’Europe:
|
| 2.23. | S’agissant du point intitulé «Approfondir un marché intérieur de la connaissance qui fonctionne réellement», la connaissance est sans nul doute un aspect non négligeable, étant donné que le XXIe siècle est celui de la connaissance. Toutefois, il importe aussi de donner un nouvel élan à la production de tous les équipements en Europe. Il y a vingt ans, l’Union pensait qu’elle pouvait délocaliser la production de biens en Asie, tout en maintenant la R&D liée à cette production en Europe. Il est devenu patent qu’il s’agissait d’une erreur. Tôt ou tard, la R&D finit toujours par suivre la production. Ainsi, pour rapatrier au moins une partie de la production et des emplois qui en dépendent d’Asie en Europe, l’Union doit déployer des efforts considérables. Ce rapatriement contribuerait également dans une large mesure à résoudre le problème du chômage, qui est particulièrement sérieux dans certains pays du sud de l’Europe. |
| 2.24. | L’Europe a tiré une autre leçon de la pandémie de COVID-19: au cours des vingt ou trente dernières années, la production de pratiquement tous les médicaments et vaccins de base a été transférée vers l’Asie, faisant perdre à l’Europe sa souveraineté concernant de nombreux produits et médicaments importants. Un autre exemple, celui des micropuces, illustre la pression considérable que subit aujourd’hui l’industrie européenne, en particulier l’industrie automobile, tout comme les batteries pour véhicules électriques et les technologies de l’hydrogène, deux secteurs pour lesquels l’Europe dépend malheureusement presque entièrement de l’Asie. (Alors que les constructeurs automobiles européens en sont toujours à expérimenter des prototypes de voitures fonctionnant à l’hydrogène, Toyota, Honda et Hyundai en produisent déjà et en vendent régulièrement). L’Asie occupe également de loin la première place en ce qui concerne les technologies optiques, la technologie de communication 5G, l’intelligence artificielle, l’apprentissage automatique, la robotique et de nombreuses autres technologies clé génériques et technologies futures et émergentes («Key Enabling» et «Future Technologies»). Dans son pacte pour la R&I, l’Europe doit considérer la reconquête de sa souveraineté en matière de technologies clés comme une priorité évidente. |
| 2.25. | Elle est confrontée, d’une part, au problème du chômage élevé chez les jeunes, en particulier dans certains pays du sud, et, d’autre part, à celui de la pénurie de diplômés hautement qualifiés dans le domaine des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM), et manque en particulier cruellement d’ingénieurs dans tous les domaines des TIC et de la numérisation, de l’électromobilité et des technologies pour les énergies renouvelables. On a trop souvent tendance à oublier que ce sont principalement les ingénieurs qui convertissent en produits techniques les résultats obtenus par les chercheurs en R&D. En raison des changements démographiques (vieillissement de notre société) et du fait que la plupart des pays européens ne parviennent pas à attirer davantage d’étudiantes vers les études d’ingénierie, ce problème va s’aggraver dans un avenir proche. Bien entendu, il convient de renforcer considérablement les mesures visant à inciter davantage d’étudiantes à entreprendre des études d’ingénierie dans l’Union. De plus, le pacte pour la recherche et l’innovation doit donner lieu à l’élaboration de programmes intelligents visant à attirer des ingénieurs hautement qualifiés issus de pays tiers. La concurrence mondiale en matière de RTI deviendra de plus en plus une guerre mondiale des talents, et jusqu’à présent, l’Union n’a pas été convaincante dans ce domaine, contrairement aux États-Unis, par exemple. |
| 2.26. | Enfin, le CESE tient à souligner que le pacte de l’Union pour la recherche et l’innovation et son nouvel EER devraient être conçus et mis en œuvre conformément aux 17 objectifs de développement durable des Nations unies, qui visent à instaurer des conditions de vie décentes pour tous sur une planète en bonne santé d’ici à 2030. |
Bruxelles, le 23 février 2022.
La présidente du Comité économique et social européen
Christa SCHWENG
(1) Avis du CESE sur «Un nouvel espace européen de la recherche (EER) pour la recherche et l’innovation» (JO C 220 du 9.6.2021, p. 79).
(2) COM(2020) 628 final.
(3) Source: https://erc.europa.eu/news/pact-research-innovation-foundations-european-research-area-still-valid-and-unavoidable
(4) Comme souligné au paragraphe 2, point h), de la proposition de recommandation du Conseil [COM(2021) 407 final]. On peut y lire en effet que «la recherche et l’innovation et l’enseignement (supérieur) sont des moteurs clés de l’innovation, de la création, de la diffusion et de l’utilisation des connaissances.»
(5) COM(2021) 407 final.
(6) Voir le document COM(2020) 628 final.
Documents similaires
Avis institutionnel — 52022AB0046
30/12/2022
Avis institutionnel — 52022AB0045
21/12/2022
Avis institutionnel — 52022AE1932R(01)
21/12/2022
Avis institutionnel — 52023AT40462(01)
20/12/2022