Avis institutionnel — 52021AE5066
| CELEX | 52021AE5066 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | mercredi 19 janvier 2022 |
Texte intégral
| 12.5.2022 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 194/34 |
Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Comment les écosystèmes industriels identifiés vont-ils contribuer à l’autonomie stratégique de l’UE et au bien-être de ses citoyens?»
(avis exploratoire)
(2022/C 194/06)
| Rapporteure: | Sandra PARTHIE |
| Consultation | Présidence française du Conseil de l’Union européenne, 21.9.2021 |
| Base juridique | Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Section «Marché unique, production et consommation» |
| Adoption en section | 13.12.2021 |
| Adoption en session plénière | 19.1.2022 |
| Session plénière no | 566 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 244/1/3 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Pour que les économies européennes restent compétitives au niveau mondial, les entreprises de nombreux secteurs doivent s’adapter à de nouveaux concurrents mondiaux, réinventer leurs modèles commerciaux et réévaluer les chaînes d’approvisionnement. Le changement qui en résulte est structurel, voire perturbateur, non seulement pour les entreprises, mais aussi pour les personnes et leurs conditions de travail. Le CESE fait valoir le principe consistant à «ne laisser personne de côté» et plaide pour un dialogue sur la gestion de cette mutation structurelle avec l’ensemble des acteurs concernés. |
| 1.2. | L’ouverture au commerce, aux investissements et à d’autres formes de collaboration internationale représente pour l’Union européenne une force et une source de croissance et de bien-être. Le CESE soutient l’ambition affichée par l’Union d’assumer davantage la responsabilité de sa propre sécurité, de réduire les dépendances unilatérales dans des domaines critiques et de renforcer sa capacité à définir et à mettre en œuvre ses propres priorités, en passant à une situation de compétitivité économique et de résilience accrue. |
| 1.3. | Sans être protectionniste, il est nécessaire d’agir au niveau européen au moyen de la réglementation et de la normalisation pour réduire le risque de pénuries stratégiques ou structurelles, favoriser la diversification, protéger la propriété intellectuelle et garantir une concurrence loyale et réglementée entre les États membres et avec d’autres partenaires mondiaux. Dans le cadre de ses alliances transnationales et mondiales, l’Union doit être en mesure de repérer les violations des droits de l’homme, des libertés fondamentales ainsi que de la santé et de la sécurité aussi bien des personnes que de l’environnement, tout au long des chaînes de valeur et d’approvisionnement. |
| 1.4. | Le CESE recommande à l’Union d’accroître les dépenses qu’elle alloue à la recherche, au développement et à l’innovation, ainsi qu’à d’autres instruments de financement connexes tels que l’instrument pour les investissements interrégionaux en matière d’innovation (1), en portant celles-ci au moins au même niveau que dans d’autres régions du monde, afin de pouvoir consolider sa base manufacturière et produire les innovations dont elle a tant besoin. |
| 1.5. | Le CESE recommande en outre que la stratégie en matière de compétences soit adaptée aux futurs besoins du marché du travail. L’approche fondée sur les écosystèmes industriels devrait également se traduire par une amélioration du bien-être des citoyens européens, pour ce qui concerne les emplois de qualité, la rémunération et l’accès à l’apprentissage tout au long de la vie. Dans ce contexte, le Comité exprime son soutien au pacte de l’Union pour les compétences, lequel est essentiel pour garantir aux citoyens européens des perspectives d’emploi à long terme. |
| 1.6. | Le CESE estime qu’il importe de parvenir à une véritable convergence vers le haut des économies européennes, notamment en ce qui concerne la productivité, les normes sociales, la santé et la sécurité au travail, de même qu’une production respectueuse de l’environnement. La compétitivité du marché unique européen dépend, dans une large mesure, du développement et de l’exploitation du plein potentiel de toutes les économies nationales, dont les niveaux sont encore très divergents et qui nécessitent par conséquent des politiques différentes et ciblées. L’objectif devrait consister à éliminer les disparités économiques entre les États membres. Les investissements dans la recherche, le développement et les nouvelles technologies sont essentiels à cet égard. |
| 1.7. | Le CESE partage l’avis de l’OCDE selon lequel nous avons besoin, pour obtenir un aperçu équilibré du bien-être, de tableaux de bord statistiques complets qui reflètent ce qui compte aux yeux des citoyens, en couvrant un large éventail de résultats, en ce qui concerne par exemple les revenus, la santé, les liens sociaux, la sécurité et l’environnement. Nous devons porter notre regard au-delà des moyennes nationales afin de savoir non seulement si la vie s’améliore, mais également qui est concerné par ces améliorations. En outre, nous devons mesurer aussi bien le bien-être actuel que les ressources qui contribueront à le préserver à l’avenir. Enfin, malgré les résultats des analyses économiques, les citoyens peuvent percevoir les changements structurels comme une menace. La progression des partis populistes aux élections dans l’ensemble de l’Union, mais aussi le vote sur le Brexit, peuvent s’expliquer par le sentiment qu’éprouvent les électeurs d’être privés de leurs droits en raison de la mondialisation et d’avoir perdu un certain contrôle sur leurs décisions de vie. Aucune statistique n’apaisera ce sentiment. Les responsables politiques doivent associer bien plus largement les partenaires sociaux et les organisations de la société civile pour répondre aux doléances et aux craintes de difficultés sociales, ainsi que pour élaborer et mettre en œuvre des solutions sur le terrain. Le CESE est favorable à une gouvernance d’entreprise plus ouverte et axée sur la participation, dans le cadre de laquelle les travailleurs sont informés, consultés et associés au niveau de l’entreprise. |
2. Contexte de l’avis, y compris la proposition législative à l’examen
| 2.1. | Le CESE renvoie aux conclusions du Conseil européen des 1er et 2 octobre 2020, qui posent le concept d’autonomie stratégique comme un élément central du marché intérieur, de la politique industrielle et du secteur numérique. Il met également en avant les conclusions du Conseil «Compétitivité» du 13 novembre 2020, selon lesquelles il importe notamment de recenser et de réduire les dépendances stratégiques et d’accroître la résilience dans les écosystèmes industriels les plus sensibles, ainsi que dans certains domaines spécifiques comme la santé, l’industrie de la défense, l’espace, le numérique, l’énergie, les industries de la mobilité et les matières premières critiques. |
| 2.2. | Les objectifs de l’autonomie stratégique ouverte sont la stabilité, la diffusion des normes européennes et la promotion des valeurs de l’Union. Ils transparaissent dans plusieurs initiatives récentes, telles que la communication de février 2020 intitulée «Façonner l’avenir numérique de l’Europe», la communication sur les investissements directs étrangers (règlement sur le filtrage des IDE) adoptée en mars 2020, le mécanisme européen de filtrage des investissements étrangers adopté en 2019 et devenu pleinement opérationnel en octobre 2020, la stratégie en matière de données de novembre 2020, le réexamen de la politique commerciale au regard d’une «autonomie stratégique ouverte» de février 2021 et, enfin, les travaux en cours concernant un instrument anticoercitif. Par ailleurs, la proposition de règlement sur le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de juillet 2021 est l’un des exemples illustrant la prise de conscience croissante des questions environnementales au sein de l’Union. |
| 2.3. | La stratégie de Lisbonne, adoptée en 2000, fixait pour l’Union européenne l’objectif de devenir une économie et une société fondées sur la connaissance; elle a défini des indicateurs quantifiables et renforcé la nécessité d’accompagner les personnes dans leurs parcours d’apprentissage tout au long de leur vie. Le pacte pour les compétences joue un rôle crucial en matière d’éducation, d’expertise et de savoir-faire, à l’aune des transformations majeures que connaissent certains secteurs industriels dans le contexte de la double transition numérique et écologique. En outre, comme indiqué dans le plan de coopération en matière de compétences, les principales parties prenantes que sont notamment les entreprises, les syndicats, les instituts de recherche, d’enseignement ou de formation et les pouvoirs publics sont des acteurs incontournables s’agissant de répondre aux besoins en compétences de chaque secteur. Le CESE salue les travaux réalisés par la Commission européenne et par les partenaires sectoriels, tels que le conseil sectoriel sur les compétences et les alliances sectorielles européennes pour les compétences, afin de remédier à l’inadéquation des compétences entre la demande de l’industrie en la matière et l’offre éducative (2). |
| 2.4. | Le CESE renvoie par ailleurs aux travaux de la Commission sur la résilience des matières premières critiques (3), qui visent à tracer la voie à suivre pour un renforcement de la durabilité et de la sécurité, et à son propre avis sur le sujet (4), tout comme aux analyses qu’il a effectuées concernant plusieurs écosystèmes et secteurs industriels (5). |
3. Observations générales
| 3.1. | L’Union européenne, qui repose sur un modèle économique ouvert, réalise 14 % des importations mondiales et est à l’origine de 16 % des exportations dans le monde. Le CESE juge essentiel que la politique industrielle européenne trouve les voies et les moyens de réduire les dépendances unilatérales à l’égard d’autres acteurs dans les domaines stratégiques allant par exemple de la technologie à l’alimentation et la santé. Une politique industrielle associée à une base manufacturière et industrielle solide devrait permettre de contrecarrer les éventuels effets négatifs provoqués par des perturbations. L’on peut aussi garantir la sécurité de l’approvisionnement grâce à des partenariats avec des pays qui partagent les mêmes valeurs. Le Conseil du commerce et des technologies UE — États-Unis, par exemple, poursuit l’objectif de mettre en place de tels partenariats. Le CESE soutient en outre les efforts déployés par l’Union pour se protéger contre les asymétries commerciales, à savoir la mise en place d’instruments de défense commerciale et leur perfectionnement, notamment le mécanisme européen de filtrage des investissements étrangers (6), l’instrument de l’UE relatif aux marchés publics internationaux (7), ainsi que le règlement visant à remédier aux distorsions causées par les subventions étrangères au sein du marché unique (8), proposé par la Commission en mai 2021. |
| 3.2. | Une analyse des dépendances stratégiques réalisée par la Commission selon une approche ascendante montre que les dépendances dans les écosystèmes les plus sensibles ne représentent que 0,6 % de la valeur des biens importés depuis l’extérieur de l’Union. De nombreuses chaînes de valeur se sont révélées remarquablement résilientes pendant la pandémie. Le CESE soutient résolument les travaux menés par la Commission en vue de recenser les dépendances et capacités stratégiques. L’analyse révèle aussi que sur 5 200 produits importés dans l’Union, 137 proviennent d’écosystèmes sensibles dont l’UE est fortement dépendante, principalement de l’écosystème des industries à forte intensité énergétique (telles que les matières premières) et de celui de la santé (comme les principes pharmaceutiques actifs), ou représentent des produits importants pour soutenir les transitions écologique et numérique. Les importations de ces produits sources de dépendance sont pour 52 % originaires de Chine. Pour 34 de ces produits, la vulnérabilité pourrait être plus importante en raison de possibilités limitées de diversification et de substitution par la production de l’Union. L’amélioration de la compétitivité de l’industrie européenne passera nécessairement par des politiques rigoureuses en matière d’énergie durable et de technologies numériques. Le CESE tient à souligner que les acteurs européens dans les domaines des soins de santé numériques et des énergies renouvelables figurent dans le peloton de tête au niveau mondial. |
| 3.3. | L’autonomie stratégique ouverte se caractérise par l’existence de capacités de production dans des secteurs tournés vers l’avenir au sein du marché unique européen, en particulier s’agissant des biens de grande valeur, domaine dans lequel il est primordial de préserver le potentiel de l’Union en matière de technologies et d’innovation. D’après l’évaluation de la Commission, l’Europe détient par exemple une part de marché mondiale de 33 % dans le domaine de la robotique, de 30 % dans le secteur des systèmes informatiques intégrés, de 55 % dans le secteur des semi-conducteurs pour l’automobile, de 20 % dans le secteur des équipements à semi-conducteurs et de 20 % dans le secteur des composants photoniques (9). L’autonomie stratégique implique des instruments de défense commerciale dans un contexte marqué par une concurrence internationale et une concurrence illicite toujours plus fortes. La politique industrielle de l’Union européenne est donc indissociable d’une solide politique commerciale et de concurrence. |
| 3.4. | Le CESE souligne que le renforcement de l’autonomie stratégique ouverte implique notamment de renforcer la résilience du marché unique, d’investir dans les compétences et capacités technologiques propres de l’Union et d’accroître les ressources allouées à la R&D, de diversifier les chaînes de production et d’approvisionnement, de garantir la souveraineté numérique, de constituer des stocks stratégiques, de favoriser et d’attirer les investissements et la production en Europe, en améliorant les conditions dans lesquelles les entreprises exercent leurs activités, d’explorer des solutions de substitution et des modèles d’économie circulaire, de promouvoir une vaste coopération industrielle entre les États membres, ainsi que de viser la primauté dans le domaine des technologies, comme l’a fait valoir le Conseil «Compétitivité» en novembre 2020. |
| 3.5. | Le marché unique étant le principal atout de l’Europe, la Commission devrait continuer à concentrer ses efforts sur le renforcement de sa résilience, en mettant en œuvre et en appliquant des règles, ainsi qu’en supprimant les obstacles à la réalisation de l’objectif consistant à rendre l’économie européenne innovante, prospère et tournée vers l’avenir. Un marché intérieur solide est une condition préalable pour que les entreprises européennes se créent, se développent, prospèrent et échappent à de futures perturbations, par exemple avec l’aide de l’instrument du marché unique pour les situations d’urgence. |
| 3.6. | Dans son avis intitulé «Pas de pacte vert sans pacte social», le CESE souligne l’importance que revêtent un dialogue social solide et prospectif ainsi qu’une gouvernance d’entreprise durable axée sur la participation. Il approuve également le fait que les travailleurs soient informés et consultés, et promeut leur participation au niveau de l’entreprise afin de favoriser l’innovation sur le lieu de travail (10). Dans sa «Résolution sur la gouvernance d’entreprise durable», publiée en décembre 2020, le Parlement européen s’est félicité de l’engagement pris par la Commission de réexaminer la directive sur la publication d’informations non financières et d’élaborer des normes en matière d’information non financière (11). L’adhésion aux principes de la gouvernance d’entreprise durable est un levier important pour promouvoir les valeurs de l’Europe à l’étranger et procure un avantage concurrentiel aux entreprises européennes. |
| 3.7. | La situation socio-économique restant très différente d’un État membre de l’Union et d’une région à l’autre, il importe donc de veiller à élaborer des parcours de transition régionaux et ciblés dans le cadre d’un processus de gouvernance spécifique aux différents écosystèmes, notamment en favorisant l’accès à de nouveaux marchés, en particulier pour les petites et moyennes entreprises, et en soutenant les chaînes de valeur durables. En matière de gouvernance, le CESE soutient les approches telles que les commissions de transformation ou les pôles de transformation régionaux qui, en étroite coopération avec les acteurs économiques locaux et régionaux, définissent spécialement pour ces échelons territoriaux des solutions en vue des mutations économiques à venir. |
| 3.8. | Pour ce qui est d’améliorer la coopération entre les États membres de l’Union sur le plan industriel, le CESE salue les travaux d’analyse effectués par la Commission en vue de définir et de décrire 14 «écosystèmes industriels». Cette analyse est le reflet d’exercices similaires menés aux États-Unis et en Chine. Ceux-ci relèvent de deux catégories différentes: les écosystèmes définis comme un réseau de groupements d’entreprises appartenant à un domaine d’activité particulier, et les écosystèmes régionaux s’intéressant à l’interaction entre les agents économiques dans une région donnée. Ensemble, ils constituent une plateforme interactive permettant d’optimiser la coopération entre les autorités et les parties prenantes et de faciliter la communication entre les acteurs. Le CESE y voit une véritable valeur ajoutée pour les entreprises, qui peuvent exprimer un besoin particulier auprès d’un écosystème tout entier, lequel est alors en mesure d’y répondre. Plus un écosystème aura une profondeur et une densité élevées, plus il sera utile à tous les acteurs concernés et plus la valeur ajoutée qu’il apportera sera grande. |
| 3.9. | L’Union et ses États membres mettent l’accent sur les programmes publics soutenant des projets scientifiques de pointe au niveau européen. De même, les budgets alloués à la recherche et à l’innovation (R&I), qui ont été transférés du niveau national vers celui de l’Union, sont plus élevés que jamais, même s’ils se situent toujours à des niveaux inférieurs à ceux de concurrents stratégiques comme la Chine. Une quatrième série de «programmes de lancement» vise à redonner à l’UE son rôle de chef de file mondial en matière de R&I. Elle devrait notamment comprendre des modèles d’intelligence artificielle pour les grandes entreprises, des espaces de données industrielles communs et des technologies vertes émergentes, et consolider la recherche, le développement et l’innovation en vue de mettre au point des substituts de synthèse aux matières premières critiques. |
| 3.10. | En 2019, les dépenses de R&D en pourcentage du PIB s’élevaient à 2 % au sein de l’Union européenne. À titre de comparaison, la Chine et les États-Unis y ont consacré cette même année respectivement 2 % et 3 % de leur PIB. Le CESE recommande à l’Union d’accroître les dépenses qu’elle alloue à la recherche et au développement pour pouvoir consolider sa base manufacturière, et il déplore le fait que, mis à part les investissements publics de base dans la R&I et les puissants conglomérats privés dans les secteurs liés à l’atténuation du changement climatique et à la santé, les écosystèmes d’innovation européens ne prospèrent pas suffisamment (12). Si une concurrence réelle au sein de l’Union incite remarquablement les entreprises à innover, il conviendrait néanmoins de mieux les soutenir en exploitant pleinement d’autres instruments européens de financement de la recherche, du développement et de l’innovation, afin que l’Union puisse être au moins à la hauteur d’autres régions du monde et en mesure de produire les innovations dont elle a tant besoin. À l’heure actuelle, les investissements engagés par l’Union visent principalement à soutenir les intérêts nationaux, c’est-à-dire les intérêts des États membres, plutôt qu’à rechercher des approches et des solutions européennes, en établissant et en mettant à profit des liens plus étroits et plus profonds entre les agents économiques. |
| 3.11. | Le CESE soutient résolument les appels en faveur d’un renforcement des écosystèmes et des chaînes de valeur, tout comme de la collaboration entre eux, et estime qu’il faut les relier à la double transition écologique et numérique afin d’améliorer le bien-être des européens. Les parcours de transition apporteront une valeur ajoutée dans la mesure où ils proposeront un séquencement utile des politiques et procureront de la prévisibilité, ce qui est important pour les entreprises et le bien-être des citoyens, par exemple sur le plan du développement des compétences. Dans ce contexte, le Comité tient à mettre en avant les modèles économiques centrés sur les parties prenantes et ayant pour principal moteur l’atténuation du changement climatique et de la destruction de l’environnement, et il invite les États membres et la Commission à faire un usage accru de ces modèles au moment d’élaborer leurs politiques et de réaliser des analyses d’impact. |
| 3.12. | Les investissements visant à créer des chaînes de valeur plus résilientes et durables, permettant un accès aux biens et services essentiels, doivent produire des résultats en matière de croissance économique et de bien-être. Il convient d’élaborer des plans d’action par secteur qui soient liés aux initiatives des principaux acteurs économiques existants et qui renforcent les groupes économiques déjà établis en Europe, y compris les PME. Ces plans devraient prévoir un soutien institutionnel pour permettre à ces acteurs de mieux contrôler les chaînes de valeur et d’anticiper les crises en effectuant des tests de résistance ou des évaluations des risques en vue de prévenir les pénuries. |
| 3.13. | Il sera primordial de déterminer de manière appropriée les chaînes de valeur, les chaînes d’approvisionnement et les grappes d’entreprises stratégiques. En promouvant les projets importants d’intérêt européen commun (PIIEC) et en mettant sur pied des alliances industrielles dans des secteurs tels que les batteries pour véhicules électriques, le calcul à haute performance, la microélectronique, les véhicules connectés, propres et autonomes, la santé intelligente, l’industrie à faible intensité de carbone, les technologies et systèmes à hydrogène, l’internet industriel des objets et la cybersécurité, la Commission indique clairement quels sont les domaines, comportant une réelle valeur ajoutée européenne, qu’il conviendrait de développer en priorité. Cette démarche, parallèlement à la préservation des intérêts européens en matière de normes élaborées en Europe et à la protection de la propriété intellectuelle européenne, constitue une base solide pour un ensemble cohérent de politiques industrielles et économiques. |
| 3.14. | Ce n’est pas seulement une fin en soi: il s’agit aussi de préserver et de maintenir le bien-être des européens en fournissant des emplois de qualité dans des secteurs tournés vers l’avenir, tout en œuvrant également en faveur de la double transition. Pour atteindre ces objectifs, il y a lieu d’utiliser les indicateurs et les paramètres appropriés. Le CESE estime que le «bien-être» s’est mué en un concept statistique et de mesure, devenant ainsi une «boussole» dont se servent les responsables politiques pour orienter leurs décisions. |
| 3.15. | Le CESE souscrit à la définition de l’OCDE selon laquelle l’«économie du bien-être» est une économie qui:
|
Bruxelles, le 19 janvier 2022.
La présidente du Comité économique et social européen
Christa SCHWENG
(1) https://eismea.ec.europa.eu/programmes/interregional-innovation-investments-i3-instrument_en
(2) Plan de coopération sectorielle en matière de compétences. Remédier à l’inadéquation des compétences au niveau sectoriel. Une action clé de la nouvelle stratégie en matière de compétences pour l’Europe.
(3) Commission européenne, «Résilience des matières premières critiques: la voie à suivre pour un renforcement de la sécurité et de la durabilité», COM(2020) 474.
(4) JO C 220 du 9.6.2021, p. 118.
(5) Avis du CESE sur «La stratégie de l’UE en matière de mobilité et les chaînes de valeur industrielles de l’UE: approche des écosystèmes dans le secteur automobile» (JO C 105 du 4.3.2022, p. 26); avis complémentaire du CESE intitulé «Actualisation de la nouvelle stratégie industrielle — Incidences sur l’écosystème industriel de la santé» (JO C 105 du 4.3.2022, p. 152); avis du CESE sur le thème «Anticiper les mutations structurelles et sectorielles, et repenser les cultures industrielles — vers de nouvelles frontières de la reprise et de la résilience dans les différentes parties de l’Europe» (en cours d’élaboration); avis du CESE sur les «Exigences de durabilité pour les batteries dans l’Union européenne» (JO C 220 du 9.6.2021, p. 128); avis du CESE sur «L’industrie du verre européenne à la croisée des chemins: comment la rendre plus écologique et économe en énergie tout en renforçant sa compétitivité et en préservant des emplois de qualité» (JO C 105 du 4.3.2022, p. 18).
(6) Commission européenne, «Le mécanisme européen de filtrage des investissements directs étrangers devient pleinement opérationnel», 9 octobre 2020.
(7) Service de recherche du Parlement européen, EU international procurement instrument (Instrument de l’UE relatif aux marchés publics internationaux), octobre 2021.
(8) Commission européenne, «La Commission propose un nouveau règlement pour s’attaquer aux distorsions causées par les subventions étrangères au sein du marché unique», 5 mai 2021.
(9) Commission européenne, «Investir dans une industrie intelligente, innovante et durable — Une stratégie revisitée pour la politique industrielle de l’UE» [COM(2017) 479 final].
(10) JO C 341 du 24.8.2021, p. 23.
(11) Résolution du Parlement européen du 17 décembre 2020 sur la gouvernance d’entreprise durable [2020/2137(INI)].
(12) Rapport scientifique et stratégique du Centre commun de recherche (JRC), Shaping & Securing the EU’s open strategic autonomy by 2040 and beyond (Façonner et garantir l’autonomie stratégique ouverte de l’Union européenne d’ici 2040 et au-delà), 2021.
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