Avis institutionnel52021AE5193

Avis institutionnel — 52021AE5193

CELEX52021AE5193
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 23 février 2022

Texte intégral

18.7.2022

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 275/58


Avis du Comité économique et social européen sur la communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions présentant l’HERA, la nouvelle Autorité européenne de préparation et de réaction en cas d’urgence sanitaire

[COM(2021) 576 final]

(2022/C 275/10)

Rapporteur:

Ioannis VARDAKASTANIS

Consultation

Commission européenne, 28.10.2021

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté»

Adoption en section

10.2.2022

Adoption en session plénière

23.2.2022

Session plénière no

567

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

230/3/2

1. Conclusions et recommandations

1.1.

La pandémie de COVID-19 a mis en lumière la nécessité d’une meilleure coordination entre l’Union européenne (UE) et ses États membres pour pouvoir faire face aux crises de santé publique, aussi bien avant, pendant et après qu’elles sévissent. Des lacunes dans la préparation et la réaction face à la pandémie ont été observées par la population européenne, que ce soit au niveau européen, national, régional ou local. Au moment où la pandémie s’est propagée dans toute l’Europe, les institutions et organes de l’Union européenne n’étaient pas équipés pour coordonner correctement leurs actions avec les États membres et déployer avec rapidité et efficacité des mesures permettant de protéger la vie de la population.

1.2.

La création de l’Autorité européenne de préparation et de réaction en cas d’urgence sanitaire (HERA) et l’inscription de la santé publique et de l’équité au cœur de leurs décisions permettront à l’Union européenne et à ses États membres d’améliorer la préparation et les réponses aux urgences actuelles et futures liées aux menaces transfrontières pour la santé.

1.3.

Le Comité économique et social européen (CESE) se félicite de la création rapide de l’HERA par la Commission européenne, qui s’est appuyée sur les travaux démarrés dans le cadre du plan de préparation en matière de biodéfense mis en place en février 2021 en tant qu’«incubateur HERA» (1). Une action rapide était nécessaire pour faire face à la propagation et aux conséquences de la pandémie de COVID-19, y compris les nombreuses vagues d’infections et d’hospitalisations auxquelles ont été confrontés tous les États membres, qui restent une réalité à l’heure actuelle.

1.4.

L’adoption rapide de mesures ne doit toutefois pas se faire au détriment de la démocratie et de l’équité en matière de santé. La création d’une nouvelle structure permanente de l’Union européenne d’une telle importance, dotée d’un budget public substantiel, ne devrait pas reposer sur des clauses exceptionnelles réservées aux crises graves. Le CESE s’inquiète tout particulièrement du rôle très limité que confère l’HERA au Parlement européen, aux pouvoirs publics régionaux, aux organismes d’assurance maladie et aux organisations de la société civile, y compris les partenaires sociaux, tels que les syndicats représentant les professionnels de la santé, ainsi que les organisations de défense de la santé publique, des patients et de l’égalité, les prestataires de services, les organismes de gestion d’infrastructures à but non lucratif et les instituts de recherche sans visée commerciale. Il estime que ces parties prenantes doivent pouvoir jouer un rôle actif dans les travaux de l’HERA et souligne en particulier le rôle crucial joué par les travailleurs de première ligne, notamment les professionnels de la santé et les bénévoles, dans la réaction face à la pandémie de COVID-19.

1.5.

Si le CESE reconnaît l’importance de l’industrie dans la lutte contre les urgences sanitaires, il estime qu’il y a lieu de trouver un juste équilibre afin de faire en sorte que la santé publique et les intérêts des groupes vulnérables figurent au cœur de la préparation et de la réaction de l’Union européenne. Le CESE demande à la Commission de veiller à ce que le Parlement européen, les partenaires sociaux et les organisations de la société civile soient associés de manière significative au conseil de l’HERA et au forum consultatif HERA. Il réclame la création d’un sous-groupe du forum consultatif qui soit sur un pied d’égalité avec le forum conjoint de coopération industrielle. Le CESE et le Comité des régions devraient disposer d’un siège au sein de ce sous-groupe.

1.6.

Le CESE s’inquiète tout particulièrement du manque de transparence et d’ouverture dans la structure actuelle de l’HERA. Si la Commission formalise les mesures ad hoc introduites durant la pandémie, elle n’en accroît pas pour autant la transparence de son processus décisionnel. Une gouvernance transparente en matière de financement public et de coopération avec les partenaires privés est essentielle pour instaurer la confiance dans la gestion des urgences sanitaires. Le CESE préconise de veiller plus attentivement à assurer la pleine transparence des fonds alloués et dépensés par l’HERA et par l’intermédiaire de celle-ci, ainsi que l’ouverture des contrats et la possibilité pour la société civile d’être associée au contrôle des aspects financiers de l’autorité.

1.7.

D’autres mesures sont également importantes pour garantir le succès des mesures de préparation et de réaction, y compris le déploiement de contre-mesures médicales, dans les États membres. Le CESE estime que l’HERA devrait assurer une meilleure coordination des campagnes de communication relatives à la prévention et à la réaction face aux urgences de santé publique, notamment en ciblant les personnes les plus exposées et en collaborant avec les collectivités locales, y compris concernant l’éducation et la formation en lien avec la science et la vaccination.

1.8.

La dimension internationale des menaces transfrontières pour la santé doit également être abordée. Le CESE considère que l’HERA doit jouer un rôle de premier plan dans la lutte mondiale contre ces menaces et contre les pandémies, notamment en s’appuyant sur le mécanisme pour un accès mondial aux vaccins contre la COVID-19 (COVAX) et sur de nouveaux médicaments et thérapies candidats, ainsi qu’en consolidant et en soutenant l’architecture mondiale de sécurité sanitaire. L’HERA devrait s’engager à collaborer avec les acteurs mondiaux, y compris l’Organisation mondiale de la santé (OMS), à partager les renseignements dont elle dispose et à soutenir l’accès mondial aux vaccins et autres contre-mesures médicales. Le CESE invite la Commission à mener un débat ouvert au niveau européen concernant une dérogation temporaire volontaire à l’accord sur les ADPIC pour ce qui est des vaccins, des traitements et des tests relatifs à la COVID-19, de manière à pouvoir accélérer la production mondiale de vaccins et réduire les coûts pour s’assurer que toute personne dans le monde entier puisse y accéder.

1.9.

L’HERA a été présentée comme une structure flexible qui sera adaptée en fonction des besoins, un bilan approfondi étant prévu pour 2025. Il est essentiel que les préoccupations exprimées au sujet de sa structure, son fonctionnement et son contrôle se voient apporter une réponse dans les meilleurs délais, et que l’incidence des mesures qu’elle adopte fasse l’objet d’un suivi régulier à la lumière de la pandémie actuelle. Le CESE recommande à la Commission d’envisager, dans le cadre du bilan qu’elle mènera en 2025, de transformer l’HERA en une autorité publique indépendante extérieure à sa propre structure, au moyen d’une procédure législative associant le Parlement européen en tant que colégislateur et après consultation des organisations de la société civile, dont les partenaires sociaux.

1.10.

Enfin, le CESE invite la Commission à faire en sorte que les efforts financiers consentis pour financer l’HERA ne se traduisent pas par une baisse des investissements destinés à d’autres objectifs du programme «L’UE pour la santé», en particulier le plan européen pour vaincre le cancer. Après des années d’austérité, il reste nécessaire d’investir massivement dans les politiques et les systèmes de santé.

2. Observations générales

2.1.

Le CESE soutient l’engagement et les initiatives des institutions européennes, et notamment de la Commission, visant à construire une union européenne de la santé et à assurer le bien-être durable de leurs citoyens. Une approche globale et transsectorielle de la santé, fondée sur la population, représente une dimension essentielle de la mise en œuvre du socle européen des droits sociaux et de son plan d’action, du plan d’action pour l’économie sociale et de la conférence sur l’avenir de l’Europe.

2.2.

Le CESE se félicite de la création et de la mise en service rapides de l’HERA par la Commission. La nouvelle HERA a été créée pour renforcer la capacité de l’Europe à prévenir et à détecter les urgences sanitaires transfrontières et à y réagir rapidement, l’accent étant mis sur le développement, la fabrication, l’acquisition ainsi que la répartition analogique des contre-mesures médicales essentielles.

2.3.

La pandémie de COVID-19 et ses vagues successives ont mis en évidence la nécessité de renforcer la capacité de l’Europe à prévenir et à détecter les urgences sanitaires transfrontières et à y réagir rapidement, l’accent étant mis sur le développement, la fabrication, l’acquisition ainsi que la répartition équitable et analogique des contre-mesures médicales essentielles. Le CESE note qu’aux effets immédiatement visibles de la pandémie s’ajoutent d’autres pandémies silencieuses, dont le report des soins pour les maladies non transmissibles (notamment le cancer), l’exacerbation des inégalités sociales en matière de santé, la détérioration de la santé mentale, et les répercussions de la santé sur l’environnement dans le cadre d’une vision écosystémique (approche «Une seule santé»).

2.4.

Le CESE observe que des millions de vies humaines ont été perdues depuis le début de la pandémie de COVID-19 et que des millions d’autres continuent d’être affectées par elle. Il reconnaît le rôle majeur joué par les travailleurs de première ligne, en particulier les professionnels de la santé et les bénévoles, et par les collectivités locales et régionales, les organismes d’assurance maladie et les organisations de la société civile, y compris les partenaires sociaux, les prestataires de services et les organisations militant pour l’égalité, lorsqu’il s’agit d’apporter des réponses rapides et d’assurer l’égalité en matière de santé.

2.5.

L’HERA est l’un des mécanismes permettant de renforcer et d’accroître la coopération, la coordination et la solidarité aux niveaux européen et international. Elle doit être intégrée dans un cadre de gouvernance multipartite et à plusieurs niveaux. Une collaboration durable et résiliente concernant l’HERA ne peut résulter que d’une coopération des États membres à l’échelon de l’Union européenne visant à prévenir les futures pandémies grâce à une prise de décision rapide et à l’activation de mesures d’urgence. Dans le même temps, divers acteurs doivent être associés, notamment le Parlement européen, les pouvoirs publics régionaux, les organismes d’assurance maladie et la société civile organisée, y compris les partenaires sociaux, tels que les syndicats représentant les professionnels de la santé, ainsi que les organisations de défense de la santé publique, des patients et de l’égalité, les prestataires de services, les organismes de gestion d’infrastructures à but non lucratif et les instituts de recherche sans visée commerciale.

2.6.

Le CESE a déjà exprimé son point de vue et émis des recommandations sur la création d’une future autorité de réaction en cas d’urgence sanitaire dans un avis sur le thème «Construire une union européenne de la santé», adopté en avril 2021 (2). Il appelle à donner suite aux conclusions adoptées par le Conseil européen lors de sa réunion du jeudi 16 décembre 2021 concernant les travaux visant à renforcer notre préparation, notre capacité de réaction et notre résilience collectives face aux crises à venir, qui constituent une priorité politique transversale majeure pour l’Union. Le Conseil a préconisé de «renforcer la préparation de l’UE et sa réaction face aux crises dans le cadre d’une approche “tous risques”» et de «renforcer et suivre la résilience et […] cibler les domaines dans lesquels nous sommes exposés» (3).

3. Examen des cadres institutionnel et opérationnel de l’HERA

3.1.

En septembre 2021, la Commission a annoncé la création de l’HERA et le démarrage immédiat de ses activités. Cette nouvelle autorité a été établie en tant que structure interne à la Commission investie de trois missions principales, à savoir: a) renforcer la coordination en matière de sécurité sanitaire au sein de l’Union en période de préparation et en période de réaction aux crises, et fédérer les États membres, l’industrie et les acteurs concernés autour d’une stratégie commune; b) remédier aux vulnérabilités et aux dépendances stratégiques au sein de l’Union en ce qui concerne le développement, la production, l’approvisionnement, la constitution de stocks et la distribution de contre-mesures médicales; et c) contribuer au renforcement de l’architecture mondiale de préparation et de réaction aux situations d’urgence sanitaire.

3.2.

Le CESE souligne que la décision de la Commission, motivée par l’urgence, d’opter pour une «autorité», en tant que structure interne à la Commission, plutôt que pour une «agence», ne devrait pas exclure la possibilité d’une révision et d’une évolution vers une autorité indépendante, voire une agence européenne. Les évaluations annuelles et l’évaluation approfondie de 2025 devraient être axées sur cette question.

3.3.

L’une des caractéristiques de l’HERA réside dans la diversité des rôles qui seront les siens en phase de préparation et en phase de crise. En «phase de préparation», elle orientera les investissements et les actions vers le renforcement de la prévention et de l’état de préparation à toute nouvelle urgence de santé publique. En «phase de crise», elle tirera parti de compétences renforcées pour prendre des décisions et mettre en œuvre rapidement des mesures d’urgence. Dans un cas comme dans l’autre, elle agira dans l’objectif de garantir, dans les meilleurs délais et à l’échelle nécessaire, un accès à des contre-mesures médicales sûres et efficaces. Les programmes de préparation et de lutte contre les pandémies devraient être lancés avec les États membres, étant donné qu’il s’agit d’une entreprise collective et d’un élément essentiel pour que l’HERA puisse remplir pleinement sa mission.

3.4.

Si l’Union européenne devait absolument créer et mettre en service rapidement une autorité de préparation et de réaction en cas d’urgence sanitaire pour soutenir sans tarder les mesures prises en réaction à la COVID-19, qui continue de se propager en Europe et dans le monde, il y a lieu de garantir que l’HERA dispose des moyens nécessaires pour renforcer efficacement la coordination des efforts de préparation et de réaction et pour protéger correctement la santé et la vie des personnes qui résident dans l’Union européenne en cas d’urgence de santé publique. À cette fin, il convient de veiller à ce que sa structure et son fonctionnement soient transparents et puissent faire l’objet de contrôles, y compris pour surveiller son incidence sur la santé publique. La transparence des processus de gouvernance et de prise de décision est essentielle pour permettre un contrôle public, renforcer la confiance dans le système de recherche et développement et faire en sorte qu’il soit possible de réclamer des comptes.

3.5.

Le CESE fait observer que l’un des principes directeurs que nous devons promouvoir dans les échanges entre les comités européen et nationaux et la conférence sur l’avenir de l’Europe est la démocratie en matière de santé. Compte tenu de la complexité des questions soulevées par les urgences sanitaires et par la résilience des systèmes de santé, il recommande la mise en place d’un mécanisme de consultation obligatoire en tant que condition préalable à la prise de décision. L’objectif est d’associer au plus près toutes les parties prenantes au processus décisionnel dans le secteur de la santé.

3.6.

Le CESE insiste sur l’importance que les travaux de l’HERA renforcent et complètent les actions menées par d’autres organes de l’Union européenne, tels que l’Agence européenne des médicaments (EMA), le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) et l’Agence européenne pour l’environnement (AEE).

4. Le mandat de l’HERA et les modalités de sa mise en œuvre

4.1.

Le CESE se félicite tout particulièrement du rôle de coordination que jouera l’HERA en vue d’assurer le développement, la production, l’acquisition et la répartition équitable des contre-mesures médicales ainsi que la constitution de stocks en la matière. En ce sens, l’HERA comblera une lacune importante au sein du cadre de l’Union européenne en matière de santé. La mise au point et la production de contre-mesures médicales nécessiteront des investissements considérables. La constitution de stocks demandera une planification adéquate et un niveau élevé d’expertise pour assurer protection future des citoyens de l’Union européenne et viabilité économique. Il existe toujours un risque de pertes, qui auraient des répercussions économiques clairement négatives. Il importe également de dresser une liste des substances actives nécessaires à la fabrication des médicaments qui devraient être produits dans l’Union européenne afin d’en assurer la sécurité et de garantir l’indépendance de l’Union en la matière.

4.2.

Le CESE attire l’attention sur la communication de la Commission intitulée «Premiers enseignements tirés de la pandémie de COVID-19» (4), qui décrit les mesures à prendre pour une action renforcée à l’échelon de l’Union européenne et au niveau national, en tant que publication qui devrait être élargie et systématisée deux fois par an sous l’égide de l’HERA. En ce qui concerne son élargissement, des consultations multipartites en amont doivent être menées pour acquérir une vue d’ensemble de la situation.

4.3.

Le CESE estime que le mandat actuel de l’HERA manque d’ambition. Le cadre actuel est une occasion manquée de donner à cette autorité les moyens de défendre véritablement l’intérêt public et de garantir l’équité en période de préparation et en période de réaction aux crises. Si la Commission a annoncé que l’HERA disposerait des capacités nécessaires pour la collecte, l’analyse et le partage des données, aucun engagement n’a été pris pour garantir la collecte de données ventilées de meilleure qualité concernant les groupes vulnérables. Ces données indispensables à la lutte contre les inégalités en matière de santé ne sont actuellement pas collectées par l’ECDC. L’HERA ne s’engage pas non plus à garantir la non-discrimination et l’égalité dans la distribution des contre-mesures médicales. Dans son avis sur le thème «Construire une union européenne de la santé», le CESE a déjà insisté sur l’importance de mettre l’accent sur la non-discrimination dans la réponse de l’Union européenne aux futures pandémies et souligné le rôle que l’HERA pourrait jouer à cet égard (5).

4.4.

Le CESE estime que l’HERA doit prendre des mesures supplémentaires pour veiller à ce que ses travaux contribuent à l’égalité dans les situations d’urgence sanitaire, y compris les urgences sanitaires transfrontières. Au vu de l’absence de campagnes de communication coordonnées et accessibles pendant la pandémie de COVID-19, elle aurait également un rôle à jouer en assurant une meilleure coordination des campagnes de communication liées à la prévention et à la réaction aux crises sanitaires transfrontières, ciblant en particulier les personnes les plus exposées au risque et les groupes vulnérables. L’HERA devrait également aborder la question de l’accès aux soins de santé transfrontières lors de pandémies et d’autres urgences sanitaires transfrontières. La liberté de circulation est un principe fondamental de l’Union et devrait être garantie aux patients, notamment aux fins d’une plus grande équité en matière de santé.

4.5.

Des mesures supplémentaires devraient également être envisagées dans le contexte de la dimension internationale de l’HERA, afin de contribuer au renforcement de l’architecture mondiale de préparation et de réaction en cas d’urgence sanitaire. La communication sur l’HERA ne prévoit pas d’obligation de partager le savoir-faire, les données et les technologies résultant d’un financement public de la recherche, ni de clause de tarification raisonnable. La dimension internationale de l’HERA revêt une importance particulière, dans le contexte tant de la préparation que de la réaction aux menaces transfrontières pour la santé. La crise actuelle de la COVID-19 démontre que les crises sanitaires transfrontières ne peuvent être résolues sans une réaction rapide et efficace au niveau international, y compris concernant l’accès à des équipements de protection individuelle et à la vaccination. L’HERA devrait également s’engager à collaborer avec les acteurs mondiaux, à partager les renseignements dont elle dispose et à soutenir l’accès mondial aux vaccins et autres contre-mesures médicales.

4.6.

Pour peu que l’HERA se concentre sur l’amélioration de la sécurité sanitaire et s’inscrive dans un système d’équilibre des pouvoirs, les États membres pourront accroître sensiblement la résilience de leurs systèmes de santé et leur capacité à réagir aux crises sanitaires. Les gouvernements nationaux et la Commission devraient donc s’efforcer de renforcer sa structure et d’élargir à l’avenir le champ de ses compétences.

4.7.

Le CESE demeure préoccupé par les chevauchements potentiels avec les activités d’autres organes, dont l’EMA et l’ECDC. Dans certains domaines tels que la préparation aux crises, la recherche, les données et la distribution coordonnée des médicaments et des dispositifs médicaux, la valeur ajoutée de l’HERA demeure floue compte tenu, d’une part, des propositions visant à élargir le mandat de l’ECDC et de l’EMA et, d’autre part, du règlement relatif aux menaces transfrontières graves pour la santé. Le CESE pose ainsi la question, dans son avis sur le thème «Construire une union européenne de la santé» (6), de savoir si les recommandations de l’HERA prévaudraient sur celles de l’EMA si une épidémie se déclarait au sein de l’Union européenne. La nécessité d’une coordination apparaît donc comme une évidence si l’on souhaite éviter les chevauchements et refléter dans le même temps les valeurs européennes, en instaurant une collaboration guidée par les principes de transparence, de responsabilité et d’intégrité.

4.8.

Le conseil de l’HERA aura pour mandat de veiller à «éviter les chevauchements avec d’autres structures clés, telles que le comité de sécurité sanitaire, le comité de pilotage sur les vaccins et les comités concernés participant à la gestion des programmes de l’UE, et des contacts étroits seront nécessaires» (7). Le CESE doute que cet engagement suffise à éviter tout chevauchement dans les activités des différentes structures de l’Union européenne.

4.9.

Le CESE demande également une clarification des compétences de l’HERA en ce qui concerne la résistance aux antimicrobiens, qui constitue une menace sans cesse croissante pour la santé mondiale malgré l’émergence d’une prise de conscience quant à la gravité et à l’ampleur du problème. Bien qu’il s’agisse d’une question complexe et transsectorielle, un manque de clarté des mandats menace de brouiller les responsabilités et les initiatives stratégiques. La résistance aux antimicrobiens est une thématique essentielle de toute approche fondée sur le principe «Une seule santé».

5. Fonctionnement et contrôle de l’HERA

5.1.

Le CESE est préoccupé par la structure et le manque d’indépendance de l’HERA. À l’origine, celle-ci s’inspirait de l’Autorité américaine de recherche et de développement biomédicaux avancés (BARDA) (8) et devait être une agence indépendante et autonome. Au lieu de cela, elle a été créée en tant que structure placée sous l’autorité de la Commission. Elle s’avère être avant tout une autorité technique et ne dispose toujours pas d’une composante (prospective) stratégique et tournée vers l’avenir pour faire face aux déterminants des menaces transfrontières.

5.2.

Le CESE s’interroge sur le manque de consultation et de participation du Parlement européen avant et pendant la mise en place de l’HERA. Il s’inquiète également de ce que, dans sa structure actuelle, le rôle du Parlement soit réduit à un simple vote sur le budget et à un rôle d’observateur au conseil de l’HERA. Si la Commission s’engage à s’entretenir régulièrement avec le Parlement européen sur les activités de l’HERA, il ne s’agit pas là d’une obligation, et la communication ne donne pas d’autre précision à ce sujet. Le CESE rappelle que le contrôle démocratique joue un rôle essentiel dans l’élaboration des politiques de santé publique et qu’il ne peut être exercé sans un rôle actif du Parlement européen dans les travaux de l’HERA.

5.3.

Les organisations de la société civile, les partenaires sociaux et, notamment, les syndicats représentant les travailleurs des secteurs concernés, ainsi que les organisations de défense de la santé publique, des patients et de l’égalité et les prestataires de services, jouent un rôle important lorsqu’il s’agit de faire en sorte que l’intérêt public soit au cœur des politiques et des mesures de santé publique prises par l’Union européenne et ses États membres en matière de prévention et de réaction face aux crises. En particulier, la société civile peut fournir un retour d’informations sur l’acceptabilité des mesures de santé publique ainsi que des informations sur les besoins des groupes vulnérables. Le CESE s’inquiète tout particulièrement du fait que la société civile organisée, y compris les partenaires sociaux, ne soit pas intégrée à la structure et au fonctionnement de l’HERA. Sa structure actuelle ne prévoit qu’une contribution de la société civile organisée aux travaux de son forum consultatif, aux côtés d’autres parties prenantes externes, dont l’industrie et le monde universitaire. Aucun rôle n’a ainsi été attribué à la société civile au sein du conseil de l’HERA et du conseil de gestion des crises sanitaires, à qui il reviendra de coordonner les actions urgentes durant une phase de crise.

5.4.

Comparativement, l’HERA accorde un rôle plus important à l’industrie. La communication de la Commission relative à l’HERA prévoit une collaboration renforcée avec l’industrie en ce qui concerne la détection des menaces et le renforcement de la résilience industrielle à l’intérieur et à l’extérieur de l’Union européenne. Elle a également annoncé la création d’un forum conjoint de coopération industrielle en tant que sous-groupe du forum consultatif, auquel participeront des représentants de l’industrie. Si le CESE reconnaît l’importance de l’industrie dans la lutte contre les urgences sanitaires, il craint que la structure actuelle de l’HERA ne permette pas d’inscrire la santé publique et les intérêts des groupes vulnérables au cœur de la préparation et de la réaction de l’Union européenne, et qu’elle favorise plutôt la politique industrielle. En tout état de cause, une politique industrielle durable doit être conforme aux objectifs de l’HERA et associer de manière proactive toutes les parties prenantes concernées. Le forum conjoint de coopération industrielle doit donc associer non seulement des représentants de l’industrie, mais aussi les syndicats, afin de renforcer la participation des travailleurs (9).

5.5.

Le CESE recommande de créer un sous-groupe du forum consultatif qui soit sur un pied d’égalité avec le forum conjoint de coopération industrielle. Ce sous-groupe devrait réunir des organisations de la société civile telles que les organisations de patients et de santé publique, les organismes d’assurance maladie, les partenaires sociaux, dont les syndicats du secteur de la santé, ainsi que les organismes de gestion d’infrastructures à but non lucratif et les instituts de recherche sans visée commerciale. Le CESE et le Comité des régions devraient également disposer d’un siège au sein de ce sous-groupe.

5.6.

La transparence constitue une autre préoccupation en lien avec la structure actuelle de l’HERA. On constate par exemple un manque d’ouverture en ce qui concerne l’attribution des financements publics, les contrats d’achat, les détails des contrats ou les entreprises bénéficiaires, notamment pour ce qui est du prix des vaccins. Une gouvernance transparente en matière de financement public et de coopération avec les partenaires privés est essentielle pour instaurer la confiance dans la gestion des urgences sanitaires. Le CESE préconise de veiller plus attentivement à assurer la pleine transparence des fonds alloués et dépensés par l’HERA et par l’intermédiaire de celle-ci, ainsi que l’ouverture des contrats et la possibilité pour la société civile d’être associée au contrôle des aspects financiers de l’autorité (10).

5.7.

S’il se félicite des 6 milliards d’EUR de budget alloués jusqu’en 2027 au titre du cadre financier pluriannuel et de l’instrument NextGenerationEU, et des 24 milliards d’EUR investis au titre d’autres programmes de l’Union européenne, tels que la facilité pour la reprise et la résilience, REACT-UE et les instruments de coopération, le CESE est d’avis qu’un contrôle accru et une démocratie renforcée sont nécessaires pour que ces investissements vaillent la peine d’être réalisés.

5.8.

Le CESE demande que cet effort financier au profit de l’HERA ne se fasse pas au détriment des autres objectifs du programme «L’UE pour la santé», en particulier le plan européen pour vaincre le cancer. Les recommandations qu’il a formulées dans son avis sur ledit programme restent d’actualité. Après des années d’austérité, les politiques et les systèmes de santé nécessitent des investissements considérables.

6. L’avenir de l’HERA

6.1.

L’HERA a été conçue comme une structure flexible amenée à être adaptée en fonction des besoins. Une évaluation de sa mise en œuvre et de son fonctionnement, y compris sa structure et sa gouvernance, est prévue en 2025.

6.2.

Le CESE est d’avis que la gouvernance de l’HERA devrait être réévaluée dès que possible afin de garantir un meilleur contrôle et une meilleure représentation. Plus particulièrement, elle devrait:

conférer un plus grand rôle au Parlement européen,

renforcer le rôle des organisations de la société civile, y compris les partenaires sociaux, et la coopération avec celles-ci,

veiller à ce que le rôle de l’industrie soit bien équilibré et contrôlé.

6.3.

Le CESE recommande à la Commission d’envisager de transformer l’HERA en une autorité publique indépendante extérieure à sa propre structure (11), au moyen d’une procédure législative associant le Parlement européen en tant que colégislateur. Il est également essentiel que la société civile organisée soit associée à toute discussion future sur la structure et le mandat de l’HERA, ainsi qu’à son évaluation approfondie en 2025.

6.4.

L’HERA révisée doit mettre davantage l’accent sur la santé publique et sur une préparation et une réaction en cas de crise qui soient au service des citoyens de l’Union européenne. Le CESE estime que l’HERA doit jouer un rôle dans la lutte contre les inégalités en matière de santé en cas d’urgence sanitaire transfrontière et dans la gestion des conséquences futures qu’auront les situations d’urgence sanitaire sur les groupes sociaux à haut risque et sur les professionnels de la santé et des soins. Les mesures suivantes pourraient contribuer à la réalisation de cet objectif:

6.4.1.

Assurer une meilleure participation de la société civile: la structure de l’HERA doit être révisée de façon à intégrer aux organes et processus décisionnels concernés les organisations de la société civile défendant la santé publique, les patients et l’égalité, ainsi que les travailleurs et leurs syndicats. Outre la proposition d’établir un sous-groupe du forum consultatif, l’HERA pourrait par exemple créer un groupe de travail spécifique qui s’intéresserait en particulier aux populations à risque et aux groupes vulnérables.

6.4.2.

Collecter des données ventilées: puisque la collecte de données ventilées de meilleure qualité concernant les groupes vulnérables et le nombre de professionnels de la santé est une condition indispensable pour lutter contre les inégalités en matière de santé et disposer d’effectifs suffisants afin de répondre aux besoins, le CESE est d’avis que l’HERA devrait investir dans la collecte et la ventilation des données.

6.4.3.

Coordonner les campagnes de communication en cas d’urgence sanitaire transfrontière: le CESE réitère sa proposition de voir l’HERA coordonner les campagnes de communication pendant les urgences sanitaires pour s’assurer que les personnes comprennent mieux comment se protéger, quelles adaptations apporter à leurs activités quotidiennes pour rester en sécurité et, si et quand des traitements sont disponibles, comment y avoir accès. Durant la phase de préparation, l’HERA pourrait également assurer la communication sur la manière de prévenir une pandémie et préparer les citoyens de l’Union européenne aux futures menaces pour la santé.

6.4.4.

Mettre au point des informations fiables, vérifiées et semi-spécialisées afin de sensibiliser et d’éduquer la population par l’intermédiaire des autorités sanitaires des États membres et des acteurs du monde de la santé (société civile et économie sociale, y compris les sociétés mutuelles), pour qu’elle ait confiance dans la science et soit plus disposée à accepter la vaccination, non seulement en cas de crise pandémique, mais aussi face aux maladies endémiques. L’HERA devrait également envisager de proposer un programme de formation spécifique de l’Union européenne aux responsables de la santé publique et aux professionnels de la santé, afin de promouvoir et de soutenir la culture globale de l’Union européenne lorsqu’il s’agit de construire la science et de lutter contre les menaces actuelles et futures pesant sur la santé.

6.4.5.

Organiser des consultations multipartites en amont en vue de l’élaboration de rapports européens semestriels et de rapports nationaux annuels.

6.5.

Les petites et moyennes entreprises (PME) spécialisées dans les produits médicaux et les médicaments doivent jouer un rôle essentiel dans les futures pandémies, et un certain nombre de mesures incitatives et de protocoles devraient être mis en place dans le cadre de l’HERA afin de leur fournir les outils et les financements nécessaires pour couvrir tous les aspects de la lutte contre les futures pandémies et contre les endémies susceptibles d’évoluer en pandémies.

6.6.

Une véritable incitation économique pour les PME consisterait à encourager leur participation au plan stratégique 2020-2024, et en particulier au programme InvestEU (2021-2027), qui vise à donner un élan supplémentaire à l’investissement durable, à l’innovation, à la transformation numérique et à la création d’emplois en Europe.

6.7.

La production de plus de 1,3 milliard de vaccins a suffi à vacciner plus de 75 % de la population adulte (12) et à exporter la moitié de la production pour lutter contre la pandémie à l’échelle mondiale (13). Pour sauver des vies, il reste néanmoins essentiel de garantir un accès à la vaccination aux 25 % de la population actuellement non vaccinés. L’HERA devrait continuer à jouer un rôle de premier plan dans la lutte mondiale contre les menaces transfrontières pour la santé et contre les pandémies, y compris pour ce qui est d’assurer l’équité à l’échelle mondiale en matière d’accès à la vaccination. Le CESE estime que l’Union européenne devrait continuer de réagir à la crise de manière cohérente et globale, tout particulièrement grâce au mécanisme pour un accès mondial aux vaccins contre la COVID-19, tout comme à d’éventuels nouveaux médicaments et traitements, ainsi que de renforcer et de soutenir les structures mondiales de sécurité sanitaire. Il s’impose également de renforcer le rôle que l’Union joue au sein de l’Organisation mondiale de la santé. À cet égard, afin de répondre aux besoins urgents des pays en développement en particulier, le CESE continue d’inviter la Commission à mener un débat ouvert au niveau européen concernant une dérogation temporaire volontaire à l’accord sur les ADPIC pour ce qui est des vaccins, des traitements et des tests relatifs à la COVID-19, de manière à pouvoir accélérer la production mondiale de vaccins et réduire les coûts pour s’assurer que toute personne dans le monde entier puisse y accéder (14).

6.8.

Des mécanismes efficaces pour garantir l’accès mondial aux vaccins et aux thérapies mis au point avec des fonds publics sont et seront essentiels pour éviter les inégalités actuelles en matière de vaccins à travers le monde, où environ 60 % des personnes vivant dans des pays à revenu élevé ont reçu au moins une dose, contre seulement 24 % dans les pays à revenu intermédiaire et moins de 2 % dans les pays à faible revenu. L’Union européenne doit tenir compte du mantra, scientifiquement prouvé, selon lequel «nul n’est en sécurité tant que tout le monde ne l’est pas».

Bruxelles, le 23 février 2022.

La présidente du Comité économique et social européen

Christa SCHWENG


(1) COM(2021) 78 final du 12 février 2021.

(2) JO C 286 du 16.7.2021, p. 109.

(3) https://www.consilium.europa.eu/media/53608/20211216-euco-conclusions-fr.pdf

(4) COM(2021) 380 final du 15 juin 2021.

(5) JO C 286 du 16.7.2021, p. 109.

(6) JO C 286 du 16.7.2021, p. 109.

(7) COM(2021) 576 final du 16 septembre 2021.

(8) https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/SPEECH_20_1655

(9) Voir, par exemple, le plan d’action relatif au socle européen des droits sociaux, dans lequel la Commission encourage une plus grande participation des travailleurs.

(10) Dans son avis sur le thème «Repenser le cadre budgétaire de l’Union européenne pour une reprise durable et une transition juste» (ECO/553), le CESE a souligné que «la transparence des recettes et des dépenses, l’ouverture des contrats et la participation constante de la société civile au contrôle de la gestion des finances publiques sont également nécessaires pour garantir la viabilité des finances publiques» (JO C 105 du 4.3.2022, p. 11).

(11) JO C 286 du 16.7.2021, p. 109.

(12) https://ec.europa.eu/info/live-work-travel-eu/coronavirus-response/safe-covid-19-vaccines-europeans_fr

(13) https://ec.europa.eu/info/live-work-travel-eu/coronavirus-response/safe-covid-19-vaccines-europeans/global-response-coronavirus_fr#covax

(14) Avis du CESE sur le thème «Sortir plus forts de la pandémie» (JO C 152 du 6.4.2022, p. 116).