Avis institutionnel — 52021AE5406
| CELEX | 52021AE5406 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | jeudi 24 février 2022 |
Texte intégral
| 18.7.2022 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 275/80 |
Avis du Comité économique et social européen sur la communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions sur le thème «Lutte contre la hausse des prix de l’énergie: une panoplie d’instruments d’action et de soutien»
[COM(2021) 660 final]
(2022/C 275/13)
| Rapporteurs: | Thomas KATTNIG, Alena MASTANTUONO, Lutz RIBBE |
| Consultation | Commission européenne, 1.12.2021 |
| Base juridique | Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Section «Transports, énergie, infrastructures et société de l’information» |
| Adoption en section | 2.2.2022 |
| Adoption en session plénière | 24.2.2022 |
| Session plénière no | 567 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 193/10/7 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | L’analyse de la Commission montre que l’impact le plus important sur la hausse des prix de l’énergie est dû à la forte augmentation mondiale de la demande de gaz et a encore été favorisé par la montée en puissance de la reprise économique, la compression de l’approvisionnement de l’Union européenne, le manque d’investissements en raison de la politique d’austérité après les crises financières et économiques, et les retards dans l’entretien des infrastructures en raison de la pandémie. En outre, les prix de l’électricité ont également augmenté en raison des conditions météorologiques saisonnières (pluviosité limitée et peu de vent au cours de l’été), qui ont entraîné une baisse de la production des énergies renouvelables en Europe. La contribution de l’augmentation des prix au système d’échange de quotas d’émission (SEQE) n’a été que limitée. |
| 1.2. | L’Union européenne est sur la voie de la réalisation des objectifs climatiques à l’horizon 2030, laquelle nous mènera à une économie neutre pour le climat d’ici à 2050. Outre les investissements considérables qu’elle requiert, cette transition nécessite également d’adapter l’ensemble de l’écosystème énergétique. Compte tenu des pressions en faveur d’un abandon de l’énergie fossile et, dans certains États membres, de l’énergie nucléaire, le nombre des autres sources disponibles se réduit et la dépendance à l’égard des quelques sources qui subsistent s’en trouve renforcée. Cela accroît la vulnérabilité du système énergétique européen, notamment en matière de volatilité des prix, et appelle une réaction rapide afin de garantir une situation des prix de l’énergie stable et prévisible. |
| 1.3. | La crise actuelle des prix de l’énergie ne frapperait pas aussi durement les citoyens et les entreprises de l’Union européenne si l’Europe n’était pas si fortement dépendante des importations de combustibles fossiles. Certains pays exploitent cette dépendance à des fins géopolitiques et les entreprises et les consommateurs européens en pâtissent. La plupart des États membres n’ont toujours pas réussi à réduire cette dépendance, bien que la Commission ait défini cet objectif, parmi d’autres, notamment celui consistant à placer le consommateur au centre du système énergétique, comme l’une des finalités stratégiques de l’union de l’énergie. Dans ces deux domaines, la politique énergétique européenne accuse un retard considérable par rapport à ses propres ambitions. |
| 1.4. | En raison des besoins croissants en matière d’électrification, laquelle est généralement acceptée comme un vecteur essentiel pour atteindre les objectifs de décarbonation de l’Europe, l’Union nécessite des investissements de grande ampleur dans des sources d’énergie durables à émissions de carbone faibles ou nulles. Cela souligne combien il importe de maximiser les efforts en vue d’accroître la part des énergies renouvelables, ce qui pourrait avoir un effet à la baisse sur les prix et renforcera sans aucun doute l’autonomie énergétique de l’Union (qui serait moins dépendante de régimes utilisant les sources d’énergie comme une arme géopolitique). |
| 1.5. | Les régulateurs nationaux doivent jouer un rôle actif pour répondre aux diverses préoccupations des consommateurs et informer ceux-ci de manière proactive concernant leurs droits dans la phase de prix élevés que nous connaissons actuellement. De même, lors de la fixation des prix, les fournisseurs doivent être incités à veiller à ce que les consommateurs bénéficient de tarifs stables et pas seulement des tarifs dits «flottants», qui reflètent l’évolution des échanges. |
| 1.6. | Le CESE partage l’avis de la Commission selon lequel les mesures à prendre pour faire face à la hausse des prix de l’énergie ne sauraient compromettre les efforts déployés dans le cadre de la politique climatique. Les personnes touchées par les hausses de prix devraient dès lors certainement recevoir un soutien afin, par exemple, d’être en mesure de réaliser des économies d’énergie et de participer, individuellement ou rassemblées en communautés, à la production et à la consommation d’énergies renouvelables, ce qui leur permettra de bénéficier de prix plus bas pour les sources d’énergie à émissions faibles ou nulles. |
| 1.7. | Le CESE approuve les aides financières directes, ainsi que les instruments fiscaux, qui constituent la mesure la plus efficace et immédiatement disponible pour aider les entités vulnérables. Dans le même temps, il soutient la mise en place de solutions spécifiques pour les États membres, en lien avec les conditions réelles de chaque pays, par exemple empêcher la coupure de l’approvisionnement énergétique pendant la saison froide, prévoir des plans d’échelonnement à long terme et recourir à différents instruments de politique fiscale. |
| 1.8. | Le CESE soutient non seulement les mesures d’urgence visant à éviter des conséquences sociales dramatiques, mais il est aussi tout à fait favorable aux évaluations du marché, qui testent le comportement des acteurs du marché de l’énergie. Dans le même temps, il attire l’attention sur les valeurs communes de l’Union concernant les services d’intérêt économique général au sens de l’article 14 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), telles qu’énoncées dans le protocole no 26 sur les services d’intérêt général, annexé au traité sur l’Union européenne (TUE). Cela pourrait conduire à une efficacité accrue et favoriser l’élimination des défaillances du marché. Un contrôle plus efficace de celui-ci par les autorités est nécessaire. Dans ce contexte, l’option consistant pour les États membres de l’Union européenne à acheter conjointement du gaz et du pétrole mérite d’être étudiée, en particulier à la lumière des événements récents en Ukraine, lesquels ont mis en évidence la nécessité pour l’Union de renforcer sa capacité à garantir ses approvisionnements énergétiques lorsqu’elle est confrontée à une crise géopolitique. |
| 1.9. | En outre, il convient d’améliorer le système du réseau de transport grâce à l’extension des interconnexions et à une infrastructure de stockage mieux développée. |
| 1.10. | Des mesures incitatives sont nécessaires pour encourager les ménages et les entreprises à acquérir des produits et des technologies économes en énergie et à produire eux-mêmes de l’énergie. L’aide directe aux personnes dans le besoin doit être ciblée et non uniforme. Elle doit refléter la dimension sociale et ne pas entraver la réalisation de la transformation écologique. Une subvention limitée dans le temps (par exemple, pour les 300 premiers kWh d’électricité par personne dans un ménage), octroyée en-deçà d’un plafond de revenus à définir, pourrait être envisagée. L’aide directe devrait également être accordée, en deçà d’un plafond de revenus à déterminer, pour autant qu’aucune autre solution abordable ne soit disponible dans la situation en question. |
| 1.11. | La crise actuelle des prix offre également des possibilités. En effet, elle rend plus attrayants les investissements dans les sources d’approvisionnement renouvelables et les mesures d’économie d’énergie en Europe. Toutefois, de nombreux citoyens ne peuvent se permettre ces investissements. Des programmes de soutien spécialement conçus au niveau de l’Union, des États membres et des régions et/ou des municipalités sont nécessaires pour permettre aux citoyens de remplir leur rôle de consommateurs actifs, comme le prévoit le train de mesures sur l’énergie propre, et de bénéficier d’une baisse des coûts des énergies renouvelables. |
| 1.12. | Le CESE insiste sur le rôle important des fournisseurs d’énergie en tant qu’acteurs clés assurant la disponibilité des services d’intérêt général, et souligne que l’évolution de l’organisation du marché de l’énergie au cours des vingt dernières années a fait en sorte que les États membres disposent désormais de moins d’instruments politiques pour agir face à la hausse des coûts de l’énergie. L’organisation actuelle du marché de l’énergie semble présenter des lacunes pour ce qui est de réagir face à la volatilité des prix et d’offrir des avantages aux petits producteurs d’énergie renouvelable et à l’ensemble des consommateurs. Le CESE demande donc à la Commission européenne de présenter une proposition qui permettra de remédier efficacement à ces lacunes et de s’adapter à la transition écologique. |
2. Historique, faits et contexte (tels qu’indiqués dans la communication de la Commission)
| 2.1. | La Commission européenne a publié sa communication sur la manière de lutter contre la hausse des prix de l’énergie. La raison de cette publication, qui prend la forme d’une boîte à outils, est la forte augmentation à court terme des prix de l’énergie, qui pèse sur la relance post-COVID et le bien-être de la population de l’Union européenne. |
| 2.2. | La communication sur les prix de l’énergie propose une série de mesures indiquant comment l’Union européenne et les États membres devraient réagir en cette période difficile. Elle prévoit un ensemble d’actions immédiates, à court et à moyen terme, des outils d’urgence et de compensation, mais aussi des investissements et des changements institutionnels et procéduraux. Les principaux groupes cibles sont les ménages et les petites et moyennes entreprises. La panoplie de mesures propose une approche coordonnée visant à protéger les personnes les plus exposées. |
| 2.3. | Entre 2019 et septembre 2021, la hausse des prix de gros du gaz et de l’électricité a atteint en moyenne dans l’Union européenne respectivement 429 % et 230 %. Jusqu’à présent, la hausse des prix de détail a été beaucoup plus modérée (respectivement 14 % et 7 %), mais les prévisions à court terme pour cet hiver indiquent qu’ils pourraient suivre l’évolution des prix de gros. Cela entraînerait un choc considérable pour les budgets des ménages et un flux de liquidités soutenu, et nécessite une réponse politique légitime, malgré le fait que, selon les prévisions, le marché devrait se stabiliser aux alentours du mois d’avril 2022 pour le gaz et de 2023 pour l’électricité. |
| 2.4. | Néanmoins, les importantes différences de prix sont, dans une large mesure, déterminées par le marché. Cela vaut également en partie pour le SEQE, où des hausses de prix similaires ont pu être observées. Au cours de la période comprise entre janvier 2020 et novembre 2021, le prix des quotas européens d’émission est passé d’environ 20 EUR/tonne à quelque 75 EUR/tonne. |
| 2.5. | L’analyse de la Commission montre que l’impact le plus important sur la hausse des prix de l’énergie est dû à la forte augmentation mondiale de la demande de gaz et que cette hausse des prix n’est liée aux évolutions du SEQE de l’UE que dans une faible mesure. L’augmentation de la demande de gaz a été favorisée par la montée en puissance de la reprise économique, la compression de l’approvisionnement de l’Union européenne et les retards dans l’entretien des infrastructures en raison de la pandémie. En outre, les prix de l’électricité ont également augmenté en raison des conditions météorologiques saisonnières (pluviosité limitée et peu de vent au cours de l’été), qui ont entraîné une baisse de la production des énergies renouvelables en Europe. |
| 2.6. | La Commission parle d’augmentations «temporaires» des prix de l’énergie et fournit une bonne analyse à l’appui de ce point. Elle note également que la tendance observée en matière d’énergies renouvelables est complètement différente de celle des combustibles fossiles, les coûts n’ayant cessé de baisser depuis des années. |
| 2.7. | Il n’existe pas de solution uniforme. Les prix de l’énergie varient considérablement d’un État membre à l’autre. Cela s’explique, entre autres, par le fait que les États membres interviennent aujourd’hui de manière très différente sur les marchés, au moyen, par exemple, de taxes et d’impôts, d’exonérations ou de charges qui ne touchent souvent que certains consommateurs. Dans certains États membres, les prix de l’énergie consommée par les ménages sont globalement basés sur les cours boursiers de l’électricité et du gaz naturel (prix variables). |
| 2.8. | La forte dépendance à l’égard des importations de combustibles fossiles constitue également une menace pour la sécurité de l’approvisionnement en Europe, comme nous pouvons le constater actuellement. Le niveau de l’approvisionnement a amené à vider les installations de stockage de gaz, lequel est tombé à des niveaux historiquement bas en Europe. La Commission européenne devrait prendre des mesures pour exercer sa position de force en matière de négociations, étant donné que l’Europe représente un acheteur en gros majeur, qui revêt pour la Russie une importance stratégique. |
3. Observations générales
| 3.1. | L’Union européenne est sur la voie de la réalisation des objectifs climatiques à l’horizon 2030, laquelle nous mènera à une économie neutre pour le climat d’ici à 2050. Outre les investissements considérables qu’elle requiert, cette transition nécessite également d’adapter l’ensemble de l’écosystème énergétique. Compte tenu des pressions en faveur d’un abandon de l’énergie fossile et, dans certains États membres, de l’énergie nucléaire, le nombre des autres sources disponibles se réduit et la dépendance à l’égard des quelques sources qui subsistent s’en trouve renforcée. Cela accroît la vulnérabilité du système énergétique européen, notamment en matière de volatilité des prix, et appelle une réaction rapide afin de garantir une situation des prix de l’énergie stable et prévisible. À cet égard, le CESE se félicite de la réaction rapide de la Commission européenne à l’augmentation des prix de l’énergie et en approuve la teneur, ainsi que la plupart des instruments proposés. Il invite les États membres à recourir rapidement à ces instruments afin d’atténuer les effets négatifs de la hausse des prix sur les groupes les plus vulnérables. |
| 3.2. | Le CESE comprend que les mesures immédiates proposées sont davantage axées sur l’élimination des conséquences négatives de l’évolution du marché de l’énergie et que les mesures à moyen terme visent à remédier aux causes. |
| 3.3. | Le CESE soutient l’ensemble de mesures immédiates et leur nature, axées sur les groupes les plus vulnérables. Les personnes en situation de précarité énergétique et les ménages à faible revenu et à revenu intermédiaire de la tranche inférieure sont les plus touchés étant donné qu’ils consacrent une part nettement plus importante de leur revenu à l’énergie. Toutefois, la situation a également une incidence majeure sur les entreprises, notamment les PME et les industries à forte intensité énergétique. L’impact des prix élevés de l’énergie est ressenti de manière inégale selon les secteurs et contribue considérablement à l’augmentation de l’inflation. |
| 3.4. | Il convient également de mentionner que les prix de gros du gaz en 2021 n’étaient pas sensiblement plus élevés qu’en 2008 ou 2012; il s’agit d’un marché très fluctuant. Néanmoins, les importantes différences de prix sont, dans une large mesure, déterminées par le marché. L’analyse de la Commission montre que l’impact le plus important sur la hausse des prix de l’énergie est dû à la forte augmentation mondiale de la demande de gaz et a encore été favorisé par la montée en puissance de la reprise économique, la compression de l’approvisionnement de l’Union européenne, le manque d’investissements en raison de la politique d’austérité après les crises financières et économiques, et les conditions météorologiques saisonnières (pluviosité limitée et peu de vent au cours de l’été), qui ont entraîné une baisse de la production des énergies renouvelables en Europe. |
| 3.5. | Le CESE estime que la société devrait être motivée par des mesures d’incitation, des aides financières, notamment pour les ménages à faible revenu et les autres groupes vulnérables, et des conseils indépendants, à passer des combustibles fossiles aux énergies renouvelables, qui se caractérisent non seulement par des coûts d’investissement de départ relativement élevés, mais aussi par de faibles coûts de production et d’exploitation. |
| 3.6. | La suppression progressive des subventions en faveur des énergies fossiles constituerait une autre impulsion importante. Entre 2015 et 2019, les subventions en faveur des combustibles fossiles ont augmenté de 4 % dans l’Union européenne, avant de connaître une baisse sensible en 2020. Elles ont diminué de 10 % dans le secteur de l’énergie et de 4 % dans l’industrie, mais ont augmenté de 25 % dans le secteur des transports et de 13 % pour les ménages bénéficiant de subventions à la consommation de fioul domestique et de gaz naturel (1). Les subventions jouent un rôle social important dans la mesure où elles garantissent une transition juste vers une économie neutre pour le climat. |
| 3.7. | Le CESE a toujours plaidé pour une position selon laquelle les prix de l’énergie doivent refléter la réalité, ce qui signifie qu’ils doivent couvrir toutes les externalités. En ce sens, on peut raisonnablement s’attendre à ce que les prix plus élevés des combustibles fossiles constitueront des incitations axées sur le marché en faveur des économies d’énergie et du passage aux énergies renouvelables. En outre, mettre fin aux subventions en faveur des énergies fossiles préjudiciables à l’environnement contribuera à l’augmentation des prix. Néanmoins, l’impact social et économique de la hausse des prix de l’énergie doit être soigneusement analysé. |
| 3.8. | En raison des besoins croissants en matière d’électrification, laquelle est généralement acceptée comme un vecteur essentiel pour atteindre les objectifs de décarbonation de l’Europe, l’Union nécessite des investissements de grande ampleur dans des sources d’énergie durables à émissions de carbone faibles ou nulles. Le soutien à la R&D et à l’innovation dans le domaine de l’énergie, concernant par exemple les solutions de stockage de l’énergie, doit être accéléré. Le CESE souligne également l’importance de soutenir la production d’énergie par l’intermédiaire des «communautés énergétiques», afin qu’elle soit consommée là où elle est produite et que la stabilité de l’approvisionnement de certaines régions soit assurée. Le partage de l’énergie par l’intermédiaire des communautés énergétiques permet à leurs membres, notamment aux consommateurs d’énergie considérés comme vulnérables ou aux PME qui ne peuvent pas investir elles-mêmes dans les sources d’énergie renouvelables, de bénéficier des avantages de la baisse des coûts de ces énergies. |
| 3.9. | Réduire la forte dépendance de l’Europe à l’égard des importations contribuerait également à faire baisser les prix de l’énergie. Certains pays tiers exploitent cette dépendance à des fins géopolitiques et les entreprises et les consommateurs européens en pâtissent. Il est dès lors judicieux que la Commission considère depuis plusieurs années déjà la réduction des importations de ressources énergétiques comme un objectif stratégique, notamment dans le cadre stratégique de l’union de l’énergie. Toutefois, il ne suffit pas d’annoncer des objectifs: les succès enregistrés à ce jour sont plus que modestes (voir l’avis TEN/724). Des actions concrètes sont nécessaires et elles font défaut. |
| 3.10. | Concernant les futurs vecteurs énergétiques tels que l’hydrogène, le risque existe de voir la dépendance aux importations encore s’accroître, alors que de nombreuses voix plaident en faveur de l’importation prétendument «bon marché» d’hydrogène, ignorant le fait qu’elle est de nature à rendre l’Europe encore plus vulnérable aux manipulations de prix par des pays non européens nourrissant des intérêts géopolitiques, avec pour conséquence que ce sont les consommateurs qui paieront la facture. Il s’agit d’un problème bien connu depuis la première crise pétrolière de 1973, à la suite de laquelle pratiquement rien n’a été mis en œuvre pour que la situation évolue dans la bonne direction, en dépit de toutes les promesses faites, par exemple, dans le cadre stratégique de l’union de l’énergie. |
| 3.11. | Le CESE estime que la société devrait être motivée par des mesures d’incitation, des aides financières et des conseils indépendants à passer des combustibles fossiles aux énergies renouvelables, qui se caractérisent non seulement par des coûts d’investissement de départ relativement élevés, mais aussi par de faibles coûts de production et d’exploitation. Malheureusement, certaines sources d’énergie renouvelables ne sont pas stables, ce qui souligne la nécessité de recourir à une technologie de stockage et, à titre transitoire, à des sources telles que le gaz et des sources sûres et durables «zéro carbone» ou à faible intensité de carbone afin de garantir l’approvisionnement énergétique. Dans cette optique, la Commission européenne devrait lancer une campagne visant à mieux expliquer les avantages de l’énergie propre. Le CESE devrait contribuer à une telle campagne et y apporter son expertise. |
| 3.12. | Pour les consommateurs finaux, il existe deux façons de faire baisser immédiatement leur facture énergétique: a) économiser l’énergie et b) utiliser les énergies renouvelables locales. Le problème est que des investissements initiaux sont nécessaires dans les deux cas (par exemple, pour l’isolation thermique, l’achat de nouveaux appareils plus économiques ou encore l’installation de systèmes photovoltaïques). Ceux qui souffrent le plus des prix élevés de l’énergie ne peuvent généralement pas se permettre de tels investissements. La conclusion de contrats par l’État pourrait remédier à cette situation: l’État financerait ces investissements à l’avance et les consommateurs s’acquitteraient, grâce à une partie de leurs économies sur leurs factures d’électricité et de chauffage, des intérêts et du remboursement. Ils pourraient conserver le reste des économies réalisées. Ce modèle a fait ses preuves dans les pays en développement et pourrait être facilement transposé en Europe. Il importe de respecter les normes minimales du droit en matière de protection des consommateurs, concernant notamment la transparence de la comptabilité et les options de résiliation. Une autre option consisterait à octroyer des subventions directes aux investissements. |
| 3.13. | Les mesures compensatoires doivent être ciblées et non uniformes. Il convient qu’elles reflètent la dimension sociale et n’entravent pas la réalisation de la transformation écologique. Une subvention limitée dans le temps (par exemple, pour les 300 premiers kWh d’électricité par personne dans un ménage), octroyée en-deçà d’un plafond de revenus à définir, pourrait être envisagée. L’octroi d’une subvention aux groupes vulnérables, pour autant qu’aucune autre solution abordable ne soit disponible pour le chauffage ou les transports dans leur situation, semble essentiel. |
| 3.14. | Le CESE demande aux États membres de lever les obstacles techniques au déploiement des énergies renouvelables, tels que les longues procédures d’autorisation pour les installations éoliennes. Il les invite également à envisager, dans la mesure du possible, l’utilisation de la 5G pour la transition verte afin d’optimiser la consommation et les économies d’énergie. À cet égard, le Comité se félicite de l’intention de la Commission de se pencher sur la question en 2022. |
| 3.15. | Le CESE plaide en faveur d’une plus grande autonomie dans les sources d’énergie, la forte dépendance à l’égard des importations ayant une incidence sur les prix de l’énergie. La Commission européenne a fait de la réduction des importations de ressources énergétiques un objectif stratégique. Des mesures concrètes sont nécessaires et la dépendance à l’égard des importations doit être évitée pour les vecteurs énergétiques de l’avenir tels que l’hydrogène. |
| 3.16. | Le CESE soutient non seulement les mesures d’urgence visant à éviter des conséquences sociales dramatiques, mais il est aussi tout à fait favorable aux évaluations du marché, qui testent le comportement des acteurs du marché de l’énergie. Dans le même temps, il attire l’attention sur les valeurs communes de l’Union concernant les services d’intérêt économique général au sens de l’article 14 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), telles qu’énoncées dans le protocole no 26 sur les services d’intérêt général, annexé au traité sur l’Union européenne (TUE). Cela pourrait favoriser l’amélioration du marché, le renforcement de son efficacité et l’élimination de ses défaillances. Un contrôle plus efficace du marché par les autorités est nécessaire. |
| 3.17. | Le CESE invite la Commission européenne à surveiller en permanence la situation extraordinaire du marché de l’énergie, à évaluer quotidiennement les résultats et à adapter l’intensité des mesures adoptées à l’évolution de la situation. |
| 3.18. | Si le CESE a toujours estimé que nous avons besoin d’un système d’échange de quotas d’émission solide pour la tarification des effets externes négatifs, il convient de ne pas perdre de vue que les entreprises qui ont besoin de quotas sont en concurrence avec les institutions et les intermédiaires financiers, dans la mesure où elles émettent du CO2 au cours de leur processus de production. L’échange de quotas d’émission est un instrument qui permet de tarifer les externalités telles que les dommages infligés au climat, mais il ne devrait pas devenir un marché pour la spéculation financière. La Commission européenne devrait analyser les options dont dispose l’Union européenne pour concevoir des structures de marché qui empêchent de telles évolutions extrêmement malsaines pour les consommateurs, les entreprises qui assurent l’approvisionnement et les investisseurs. |
| 3.19. | Le CESE insiste sur le rôle important des fournisseurs d’énergie en tant qu’acteurs clés assurant la disponibilité des services d’intérêt général, et souligne que l’évolution de l’organisation du marché de l’énergie au cours des vingt dernières années a fait en sorte que les États membres disposent désormais de moins d’instruments politiques pour agir face à la hausse des coûts de l’énergie. L’organisation actuelle du marché de l’énergie semble présenter des lacunes pour ce qui est de réagir face à la volatilité des prix et d’offrir des avantages aux petits producteurs d’énergie renouvelable et à l’ensemble des consommateurs. Le CESE demande donc à la Commission européenne de présenter une proposition qui permettra de remédier efficacement à ces lacunes et de s’adapter à la transition écologique. |
| 3.20. | Le CESE souligne qu’il est essentiel de mettre en œuvre les mesures à moyen terme en faveur de la résilience et de la durabilité du marché de l’énergie de l’Union européenne et de la garantie de prix abordables pour ses produits. Il importe particulièrement d’augmenter le volume des investissements dans les sources d’énergie renouvelables (les capacités conventionnelles actuelles ne seront, pour une bonne part, bientôt plus disponibles) et, partant, de soutenir l’offre sur le marché. Dans le même temps, il est tout aussi important de développer la connectivité et la sécurité des approvisionnements énergétiques dans l’ensemble de l’Union et d’intensifier les investissements publics dans les infrastructures de réseau. Dans le cas contraire, la conviction de la Commission européenne selon laquelle la meilleure solution pour assurer la stabilité des prix de l’énergie et la durabilité est l’installation de nouvelles sources renouvelables ne se vérifiera pas. |
4. Observations particulières
| 4.1. | Le CESE est convaincu qu’il convient d’adopter de nouvelles dispositions réglementaires plus précises et plus strictes pour les fournisseurs d’énergie qui proposent des produits de base aux consommateurs finaux. Il est d’avis que certains de ces fournisseurs n’ont pas agi avec compétence. En d’autres termes, les fournisseurs devraient être en mesure de résister aux fluctuations de prix sur le marché et ne pas avoir à résilier immédiatement les contrats avec les consommateurs. À cette fin, ils devraient par exemple disposer d’une réserve de capital suffisante ou remplir certaines conditions. Le Comité estime que le rôle des régulateurs nationaux devrait également consister à réaliser une analyse approfondie et régulière de la responsabilité des acteurs du marché. |
| 4.2. | Les régulateurs nationaux doivent jouer un rôle actif pour répondre aux diverses préoccupations des consommateurs et informer ceux-ci de manière proactive concernant leurs droits dans la phase de prix élevés que nous connaissons actuellement. Il s’agit notamment de fournir des informations sur les changements de fournisseur et les options d’annulation, de mettre en place des portails de comparaison indépendants permettant de comparer des tarifs différents et leurs conditions, mais aussi d’apporter un soutien lors de litiges et de mettre en œuvre des procédures d’arbitrage. De même, lors de la fixation des prix, les fournisseurs doivent être incités à veiller à ce que les consommateurs bénéficient de tarifs stables et pas seulement des tarifs dits «flottants», qui reflètent l’évolution des échanges. |
| 4.3. | Le CESE propose de mettre en place une politique de protection des consommateurs plus proactive visant à informer ceux-ci, et d’améliorer la préparation aux crises des entreprises de fourniture d’énergie, en prévoyant notamment l’obligation de se prémunir contre la hausse problématique des prix du marché de gros. |
| 4.4. | Les consommateurs ont besoin d’une meilleure protection, de conditions contractuelles transparentes, d’un contrôle efficace des prix, de conseils indépendants et de possibilités simples d’application de la législation, principalement dans le domaine de l’approvisionnement en matière de chaleur et de froid. Une distinction claire doit être établie entre les contrats d’économies d’énergie et les contrats d’installations. Il convient de garantir juridiquement que les locataires ne doivent payer que les coûts d’exploitation «réels» pour l’approvisionnement en énergie. Dans le cas de la production de chaleur dans les bâtiments, il s’agit uniquement des coûts de la source d’énergie utilisée, auxquels s’ajoutent des coûts raisonnables pour la maintenance du système de chauffage et l’assistance fournie dans ce cadre. Les risques contractuels et financiers liés aux accords contractuels devraient être supportés par ceux qui concluent de tels accords de base, par exemple les promoteurs immobiliers et les propriétaires. |
| 4.5. | Le CESE approuve les aides financières directes, ainsi que les instruments fiscaux, qui constituent la mesure la plus efficace et immédiatement disponible pour aider les entités vulnérables. Dans le même temps, il soutient la mise en place de solutions spécifiques pour les États membres, en lien avec les conditions réelles de chaque pays, par exemple empêcher la coupure de l’approvisionnement énergétique pendant la saison froide, prévoir des plans d’échelonnement à long terme et recourir à différents instruments de politique fiscale. Les États membres doivent également déployer des instruments et des programmes spécifiques pour aider les ménages à revenu particulièrement faible à mettre en œuvre des mesures d’efficacité énergétique. |
| 4.6. | En ce qui concerne la fiscalité, la Commission recommande, dans sa boîte à outils, de réduire les taxes liées à l’énergie aux taux minimaux fixés par les directives (directive sur la taxation de l’énergie, directive TVA). Afin de promouvoir l’accès à l’énergie verte, en particulier à l’électricité renouvelable, il est nécessaire de prévoir un taux de taxation qui différencie l’impact environnemental des sources d’énergie, comme l’a proposé la Commission dans sa proposition visant à modifier la directive sur la taxation de l’énergie [COM(2021) 563]. |
| 4.7. | S’agissant de soutenir les ménages en situation de précarité énergétique, le CESE souligne le rôle important des collectivités ou acteurs locaux et régionaux. Souvent, l’adoption de paquets de mesures spécifiques relève de la responsabilité des entités infranationales (régions) et des municipalités, comme c’est par exemple le cas en Autriche pour les subventions destinées à soutenir l’accessibilité financière du chauffage et de l’eau chaude. Ces services de soutien devraient figurer dans les plans nationaux en matière d’énergie et de climat afin de pouvoir comparer les États membres et, partant, de favoriser l’apprentissage mutuel. |
| 4.8. | L’accès à une énergie abordable est une condition préalable essentielle de la participation sociale et de conditions de vie dignes, car c’est avant tout l’énergie qui rend possible l’approvisionnement en lumière et en chaleur, la mobilité et la communication. Les personnes touchées par la précarité énergétique ne peuvent pas recourir à ce type de services sans inquiétude, raison pour laquelle elles sont fortement limitées dans leur vie quotidienne. Il convient de lutter résolument contre ce phénomène et de combattre durablement la précarité énergétique. |
Bruxelles, le 24 février 2022.
La présidente du Comité économique et social européen
Christa SCHWENG
(1) COM(2021) 950 final.
ANNEXE
L’amendement suivant, qui a recueilli au moins un quart des suffrages exprimés, a été rejeté au cours des débats:
Paragraphe 3.12
Modifier comme suit:
| Avis de section | Amendement |
| Pour les consommateurs finaux, il existe deux façons de faire baisser immédiatement leur facture énergétique: a) économiser l’énergie et b) utiliser les énergies renouvelables locales. Le problème est que des investissements initiaux sont nécessaires dans les deux cas (par exemple, pour l’isolation thermique, l’achat de nouveaux appareils plus économiques ou encore l’installation de systèmes photovoltaïques). Ceux qui souffrent le plus des prix élevés de l’énergie ne peuvent généralement pas se permettre de tels investissements. La conclusion de contrats par l’État pourrait remédier à cette situation: l’État financerait ces investissements à l’avance et les consommateurs s’acquitteraient, grâce à une partie de leurs économies sur leurs factures d’électricité et de chauffage, des intérêts et du remboursement. Ils pourraient conserver le reste des économies réalisées. Ce modèle a fait ses preuves dans les pays en développement et pourrait être facilement transposé en Europe. Il importe de respecter les normes minimales du droit en matière de protection des consommateurs, concernant notamment la transparence de la comptabilité et les options de résiliation. Une autre option consisterait à octroyer des subventions directes aux investissements. | Pour les consommateurs finaux, il existe deux façons de faire baisser immédiatement leur facture énergétique: a) économiser l’énergie et b) utiliser les énergies renouvelables locales. Le problème est que des investissements initiaux sont nécessaires dans les deux cas (par exemple, pour l’isolation thermique, l’achat de nouveaux appareils plus économiques ou encore l’installation de systèmes photovoltaïques). Ceux qui souffrent le plus des prix élevés de l’énergie ne peuvent généralement pas se permettre de tels investissements. |
Exposé des motifs
Supprimer le reste du texte parce qu’il est incompréhensible et que la solution proposée n’est pas claire. De plus, il n’est pas approprié de suggérer un transfert de solutions des pays en développement vers l’Europe sans une vérification approfondie.
Résultat du vote sur l’amendement:
| Voix pour: | 44 |
| Voix contre: | 120 |
| Abstentions: | 51 |
Documents similaires
Avis institutionnel — 52022AB0046
30/12/2022
Avis institutionnel — 52022AB0045
21/12/2022
Avis institutionnel — 52022AE1932R(01)
21/12/2022
Avis institutionnel — 52023AT40462(01)
20/12/2022