Avis institutionnel — 52021AE5481
| CELEX | 52021AE5481 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | jeudi 24 février 2022 |
Texte intégral
| 18.7.2022 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 275/101 |
Avis du Comité économique et social européen sur la communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — «Ajustement à l’objectif 55»: atteindre l’objectif climatique de l’UE à l’horizon 2030 sur la voie de la neutralité climatique
[COM(2021) 550 final]
(2022/C 275/16)
| Rapporteurs: | Cillian LOHAN et Stefano MALLIA |
| Consultation | Commission européenne, 13.9.2021 |
| Base juridique | Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Section «Agriculture, développement rural et environnement» |
| Adoption en section | 9.2.2022 |
| Adoption en session plénière | 24.2.2022 |
| Session plénière no | 567 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 198/2/6 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Pour réaliser la transition vers une société neutre pour le climat, nous devons nous engager dans un modèle susceptible d’aboutir à une économie prospère. Si nous voulons que l’Union européenne soit pionnière et inspire le reste du monde, nous devons nous efforcer de créer le plus performant des modèles, qui soit également juste et durable d’un point de vue économique, social et environnemental. Adopter un modèle qui ne conduise pas à une croissance fondée sur le développement durable ne ferait que nous isoler sur le plan international, ce qui permettrait à d’autres concurrents mondiaux de prendre le dessus. La diplomatie climatique de l’Union jouera un rôle important dans la promotion de l’approche européenne et la garantie d’une concurrence équitable entre l’Union et les continents rivaux. |
| 1.2. | La réalisation des objectifs révisés pour 2030, tels que proposés dans le paquet «Ajustement à l’objectif 55», aura une incidence inégale sur les secteurs économiques, les régions, les groupes de population et les individus dans toute l’Europe. Pour répondre à ces préoccupations, le CESE recommande à la Commission européenne de cartographier et d’analyser de manière détaillée les conséquences de la transition sur l’emploi et les compétences dans les différents pays, régions et secteurs, y compris sur les sous-traitants et les chaînes de valeur situées en aval. Comme il n’existe pas de modèle unique, les mesures visant à stimuler la transition devront être adaptées aux différentes réalités présentes en Europe, compte tenu de la nécessité de disposer de conditions de concurrence équitables et du fait que les États membres présentent des situations de départ très diverses. |
| 1.3. | Les institutions européennes devraient élaborer des propositions supplémentaires destinées à mobiliser d’importants investissements publics et privés aux niveaux européen et national, afin de soutenir la transition dans les secteurs et les régions qui devront subir une transformation radicale pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. À cet égard, le CESE est fermement convaincu que la dimension et le champ d’application du Fonds pour une transition juste devraient être considérablement augmentés de manière à correspondre aux enjeux en question. |
| 1.4. | Le CESE invite les institutions de l’Union et les États membres à proposer un nouveau cadre de gouvernance destiné à anticiper et gérer les changements liés à la transition écologique dans le monde du travail. Ce cadre devrait également encourager les États membres à créer des commissions tripartites chargées de la transition juste, afin de permettre aux collectivités territoriales, aux partenaires sociaux et aux organisations de la société civile de participer à la mise en œuvre des plans nationaux et régionaux de transition juste. |
| 1.5. | Le CESE estime que l’Union devrait œuvrer à la réalisation de l’objectif de neutralité climatique (aucune émission nette de gaz à effet de serre), tout en garantissant la compétitivité et la sécurité de l’approvisionnement énergétique à un coût abordable pour les entreprises et les citoyens. La garantie de la compétitivité européenne devrait aller de pair avec celle du respect, par les concurrents de l’Union, des normes environnementales et sociales les plus élevées. Il est essentiel de renforcer la protection contre les fuites de carbone liées aux importations de pays tiers si l’on veut garantir l’intégrité environnementale, ainsi que l’acceptation sociale de la politique climatique de l’Union européenne. |
| 1.6. | Le cadre réglementaire de l’Union doit permettre aux entreprises les plus compétitives des prochaines décennies d’être pionnières en matière de modèles économiques durables et à faibles émissions de carbone. Le CESE est donc fermement convaincu que la réglementation devrait préparer le développement de nouvelles technologies et leur adoption par le marché, y compris des mesures axées sur la demande visant à créer des marchés pilotes et à encourager la consommation de produits à «faible intensité de carbone». En outre, toutes les propositions législatives présentées dans le cadre du paquet «Ajustement à l’objectif 55» devraient faire l’objet d’un contrôle de compétitivité conformément aux principes des ODD, afin que l’ensemble des implications qu’elles comportent pour les entreprises soient bien comprises. |
| 1.7. | Le CESE est fermement convaincu qu’une attention particulière doit être accordée aux secteurs économiques dans lesquels les microentreprises et les PME sont fortement représentées. Celles-ci disposent du potentiel nécessaire pour accélérer l’innovation en matière de produits et de solutions visant à décarboner l’économie européenne. |
| 1.8. | Il est absolument nécessaire de veiller à la cohérence des actions politiques, compte tenu de l’interdépendance des crises du climat et de la biodiversité. La réduction de la consommation d’énergie et de matières premières, que permet l’économie circulaire, viendra en complément des nouvelles technologies. Les stratégies sectorielles et les modèles de financement devraient refléter l’ajustement à l’objectif 55, par exemple en prévoyant l’indemnisation des propriétaires fonciers/gestionnaires des terres/agriculteurs pour le stockage naturel du carbone dans les sols, et la suppression des subventions préjudiciables à l’environnement. |
| 1.9. | Il est essentiel de communiquer de manière claire et honnête les coûts et avantages de la mise en œuvre des mesures drastiques et d’envergure qui sont nécessaires pour parvenir à la neutralité climatique à l’horizon 2050. Ces changements affecteront l’ensemble des secteurs économiques et des régions, et leurs avantages ne seront probablement pas ressentis immédiatement. Leur assurer un large soutien exigera donc un niveau de compréhension et d’engagement sans précédent de la part de tous les membres de la société. |
2. Objet et structure du présent avis
| 2.1. | Le présent avis a pour objectif d’exposer le point de vue général du CESE sur le paquet «Ajustement à l’objectif 55», proposé par la Commission le 14 décembre dernier. Il souligne que ce train de mesures doit absolument aboutir à une transition socialement équitable, compétitive et verte. Le CESE formulera des avis spécifiques concernant chacune des propositions législatives pertinentes de ce paquet. |
| 2.2. | Le CESE insiste sur la nécessité de relier le paquet «Ajustement à l’objectif 55» au programme des Nations unies à l’horizon 2030 et aux objectifs de développement durable (ODD) que le CESE a soutenus dans de précédents avis. Les ODD sont d’autant plus utiles qu’ils sont mondiaux et portent non seulement sur la question climatique pressante qui sous-tend le train de mesures de la Commission, mais aussi sur d’autres objectifs indispensables à la durabilité économique et sociale, qui doivent être atteints pour que ces mesures soient couronnées de succès. L’avis ci-après est dès lors axé autour des trois principaux objectifs des ODD des Nations unies. |
3. Principes fondamentaux — points de vue spécifiques du CESE au sujet du document de la Commission
Une transition socialement équitable
| 3.1. | Dans sa résolution relative à la conférence sur l’avenir de l’Europe, le CESE propose «un nouveau récit pour l’Europe qui conjugue le passé lointain et récent de l’Europe à son présent et offre une vision de l’avenir fondée sur la coopération transfrontière, renforçant les liens entre les peuples d’Europe et ancrée dans les valeurs de solidarité, de justice sociale, de coopération intergénérationnelle, d’égalité entre les hommes et les femmes, de prospérité durable et de transition juste sur les plans écologique et numérique. Il est essentiel de mobiliser le soutien public en faveur de ces valeurs, afin de repenser nos modèles de croissance et de gouvernance pour les orienter vers le développement durable, de construire une société plus égalitaire et de placer les organisations de la société civile au cœur de cette reconstruction et de cette relance» (1). Le CESE est fermement convaincu qu’une mise en œuvre bien conçue du paquet «Ajustement à l’objectif 55» devrait contribuer à faire de ce nouveau récit une réalité. |
| 3.2. | Le CESE a également déclaré qu’il importait de se concentrer sur une reprise juste et durable au sortir de la crise de la COVID-19, qui ouvrirait la voie à une société plus inclusive, renforcerait la compétitivité à long terme et créerait un environnement propice à la collaboration, en tenant pleinement compte des crises sociale, économique, démocratique, démographique et climatique qui, étroitement liées entre elles, sévissent dans les États membres de l’Union, de la nécessité de mener à bien la double transition écologique et numérique, ainsi que des changements structurels à plus long terme déclenchés par la pandémie (2). L’Union européenne doit avoir pour objectif ultime de renforcer son modèle d’économie sociale de marché, alliant une économie durable et compétitive et des politiques sociales de pointe. Pour y parvenir, la voie à suivre est la réalisation du pacte vert pour l’Europe, que le CESE a accueilli favorablement dès le départ. Le pacte vert constitue la nouvelle stratégie de croissance européenne, dont les principales missions sont axées sur la prospérité, la durabilité et la justice sociale. Une transition juste vers un mode de vie neutre pour le climat, la création d’emplois de qualité et la promotion de l’entrepreneuriat et de l’innovation durables, sous la forme notamment de l’économie circulaire et de l’économie sociale, seront essentielles à la prospérité de l’Europe (3). |
| 3.3. | Le train de mesures «Ajustement à l’objectif 55» est un tremplin vers une économie européenne «à zéro émission» d’ici à 2050. Une telle transition nécessitera une réévaluation approfondie de notre mode de vie, de notre manière de travailler et de nos comportements. En gardant à l’esprit qu’il n’existe pas de modèle unique, les mesures visant à stimuler la transition devront être adaptées aux différentes réalités présentes en Europe, compte tenu de la nécessité de disposer de conditions de concurrence équitables et du fait que les États membres présentent des situations de départ très diverses. |
| 3.4. | La réalisation des objectifs révisés pour 2030, tels que proposés dans le paquet «Ajustement à l’objectif 55», aura une incidence inégale sur les secteurs économiques, les régions, les groupes de population et les individus dans toute l’Europe. Il est en effet évident que la transition rapide vers une économie décarbonée entraînera des difficultés considérables pour les citoyens, les travailleurs, les entreprises et les régions, en particulier ceux qui sont les plus dépendants des secteurs et des industries à forte intensité de carbone. Il convient également de noter que les États membres périphériques sont aussi confrontés à d’importants défis dans la transition impliquant l’abandon des énergies carbonées. Si ces difficultés ne sont pas suffisamment prises en compte, il pourrait en résulter une augmentation des inégalités aboutissant à des processus de restructuration massifs, au chômage et à la désindustrialisation des terres, territoires et environnements. Cela pourrait entraîner un manque d’acceptation sociale et un recul politique de la part des citoyens de l’Union européenne, qui s’opposeront alors au programme du pacte vert pour l’Europe. |
| 3.5. | Pour répondre à ces préoccupations, le CESE invite la Commission européenne à proposer des mesures politiques supplémentaires visant à renforcer la dimension sociale et professionnelle du pacte vert pour l’Europe. À l’heure actuelle, les propositions législatives de la Commission sont en effet conçues avec pour ambition d’atteindre l’objectif climatique à l’horizon 2030, ce qui est absolument nécessaire, mais ne suffit pas à assurer une transition équitable pour les travailleurs et les ménages à faibles revenus en Europe. Dans l’optique d’être socialement acceptable, l’ambition climatique proposée dans le train de mesures à l’examen devrait être accompagnée d’une ambition sociale équivalente, conformément aux récentes déclarations de Porto du Conseil de l’Union, au socle européen des droits sociaux et aux lignes directrices de l’OIT pour une transition juste. |
| 3.6. | Plus concrètement, dans le but de renforcer la dimension sociale de ce train de mesures, le CESE invite les institutions européennes à: |
| 3.6.1. | Cartographier et analyser de manière détaillée les incidences de la transition sur l’emploi et les compétences dans les différents pays, régions et secteurs, y compris sur les sous-traitants et les chaînes de valeur situées en aval. Une analyse de l’impact sur les finances publiques, les flux commerciaux et les consommateurs est également nécessaire. Un exercice d’une telle précision viendrait compléter la perspective globale des précédentes analyses d’impact réalisées par la Commission, et fournirait les connaissances nécessaires pour élaborer des politiques sociales, territoriales et de l’emploi adéquates. |
| 3.6.2. | Élaborer des propositions supplémentaires destinées à mobiliser d’importants investissements publics et privés aux niveaux européen et national, afin de soutenir la transition dans les secteurs et les régions qui devront subir une transformation radicale pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Lorsque l’on prône de tels investissements, il convient également de ne pas oublier les États membres qui ne sont pas en mesure de réaliser des économies d’échelle, qui connaissent des problèmes de connectivité et qui ont un faible potentiel d’atténuation des émissions. À cet égard, la dimension et le champ d’application du Fonds pour une transition juste devraient être considérablement augmentés pour répondre aux enjeux concernés. |
| 3.6.3. | Garantir que les plans nationaux en matière d’énergie et de climat contiennent des stratégies de transition juste. Au moment de la mise à jour, en 2023, de leurs plans nationaux en matière d’énergie et de climat (PNEC), les États membres devraient être tenus de définir de manière systématique les défis sociaux attendus du train de mesures intitulé «Ajustement à l’objectif 55», ainsi que les mesures et les ressources détaillées qui seront nécessaires pour les gérer. Des stratégies de transition juste de ce type seront nécessaires pour accompagner les travailleurs dans leur transition, pour leur assurer une formation, une reconversion et un perfectionnement professionnels adéquats, ainsi que pour contribuer à la création d’emplois de substitution de qualité dans ces régions. Les partenaires sociaux et les organisations de la société civile devraient être dûment associés, par le truchement du dialogue social et des plateformes de la société civile, à l’élaboration de stratégies en matière de compétences et de stratégies actives du marché du travail. |
| 3.6.4. | Proposer un nouveau cadre de gouvernance destiné à anticiper et gérer les changements liés à la transition écologique dans le monde du travail. Un tel cadre devrait garantir le droit des travailleurs à l’information et à la consultation, en ce qui concerne l’élaboration de plans de transition justes sur leurs lieux de travail et dans leurs régions. Fondé sur l’application des droits existants, le cadre devrait également renforcer le dialogue social ainsi que, plus largement, le dialogue avec la société civile. |
| 3.6.5. | Garantir la participation adéquate des structures de dialogue social européen existantes, comme le sommet social tripartite, les comités de dialogue social sectoriel ou les comités d’entreprise européens, à l’élaboration et au suivi des politiques dans le cadre du pacte vert pour l’Europe ainsi qu’au développement de voies de transition pour les écosystèmes industriels et les plans de relance. |
| 3.6.6. | Encourager les États membres à créer des commissions tripartites chargées de la transition juste, afin de permettre aux collectivités territoriales, aux partenaires sociaux et aux organisations de la société civile de formuler des recommandations et de négocier des plans nationaux et régionaux de transition juste. La contribution des États membres, des régions, des partenaires sociaux et de la société civile est essentielle pour garantir une réponse adéquate et apporter de la crédibilité à l’engagement selon lequel personne ne devrait être laissé pour compte. |
| 3.7. | Tous les citoyens seront durement touchés par les futures politiques climatiques, en particulier en ce qui concerne les mécanismes de tarification du carbone. Il est manifeste que la réalisation des objectifs de 2030 aura un coût, en particulier pour les personnes disposant des revenus les plus faibles. Ces coûts devront faire l’objet d’une pédagogie adéquate. Des mesures spécifiques et/ou sociales devront être mises en place pour protéger et soutenir les citoyens les plus vulnérables, étant donné qu’ils seront les plus exposés aux conséquences de ces coûts supplémentaires. Ces mesures seront essentielles pour garantir l’adhésion des citoyens, qui est nécessaire à une transition sans heurts. |
| 3.8. | Le CESE a élaboré un avis distinct dans lequel il se félicite de la création du Fonds social pour le climat qui avait été proposé afin d’atténuer les incidences économiques et sociales négatives de la nouvelle tarification du carbone et de soutenir financièrement les mesures prises par les États membres pour limiter les conséquences sociales de ces échanges de droits d’émission sur les ménages, les microentreprises et les usagers des transports financièrement les plus défavorisés. Comme il l’indique dans cet avis (TEN/759), le CESE invite les États membres à exploiter les synergies entre le Fonds social pour le climat et d’autres ressources financières disponibles, et à utiliser celui-ci le plus efficacement possible (4). |
| 3.9. | Dans le même temps, le CESE note que des mécanismes fondés sur le marché sont à même de placer efficacement l’Union sur la voie d’un changement durable à long terme, assurant le développement économique tout en conciliant les besoins sociaux et environnementaux tout au long de la transition. Ces mécanismes devront s’accompagner de changements culturels et comportementaux ainsi que de changements systémiques dans les pratiques sectorielles, et les subventions préjudiciables à l’environnement doivent cesser (5). |
| 3.10. | Le CESE rappelle également que les enjeux majeurs auxquels nous sommes tous confrontés ainsi que les transitions profondes que connaît notre économie et celles qui s’opèrent dans la manière dont nous gérons la nature et l’environnement et dans nos propres vies, qui sont nécessaires à un monde véritablement durable, ne seront positifs que si les citoyens, les travailleurs et leurs organisations y jouent un rôle actif (6). |
Une transition compétitive
| 3.11. | Le milieu des affaires relève pleinement le défi du changement climatique et est prêt à prendre les mesures nécessaires pour parvenir à réaliser l’objectif de réduction de 55 %. Le secteur privé est prêt à jouer son rôle, à investir massivement dans les infrastructures et les technologies nécessaires, et à créer des emplois de qualité. Tout cela nécessite toutefois un cadre réglementaire prévisible en matière d’investissements. Toutes les propositions législatives présentées dans le cadre du paquet «Ajustement à l’objectif 55» devraient faire l’objet d’un contrôle de compétitivité conformément aux principes des ODD, afin que l’ensemble des implications qu’elles comportent pour les entreprises soient bien comprises. |
| 3.12. | Le pacte vert nous offre une occasion unique de construire un avenir plus solide et plus durable, et les entreprises européennes doivent être partie intégrante de toutes les solutions pour aller de l’avant. L’Union européenne devrait œuvrer à la réalisation de l’objectif de neutralité climatique (aucune émission nette de gaz à effet de serre), tout en garantissant la compétitivité et la sécurité de l’approvisionnement énergétique à un coût abordable pour les entreprises et les citoyens. |
| 3.13. | La garantie de la compétitivité européenne devrait aller de pair avec celle du respect, par tous les concurrents à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Union, des normes environnementales et sociales les plus élevées. Les accords commerciaux entre l’Union et les pays tiers devraient également refléter cette approche. Le cadre réglementaire doit permettre aux entreprises les plus compétitives au cours des prochaines décennies d’être des pionnières en matière de modèles économiques durables et à faibles émissions de carbone. La garantie de la compétitivité ne doit pas être interprétée à tort comme une excuse pour exercer ses activités, sur un marché mondial, en fonction du plus petit dénominateur commun en ce qui concerne les normes vertes. En effet, il importe de disposer d’une stratégie cohérente visant à accroître les exportations de biens et de services à faible intensité de carbone de l’Union vers des pays tiers. |
| 3.14. | Toutefois, à court terme, les technologies à faibles émissions de carbone nécessitent des investissements massifs de capitaux et, dans la plupart des cas, entraînent des coûts d’exploitation financiers et des risques technologiques plus élevés que les technologies traditionnelles. Il convient de soutenir les pionniers de ces nouveaux modèles économiques, afin de veiller à ce que leur capacité d’innovation n’entraîne pas de désavantage compétitif. Ce soutien respectera les principes de l’accès équitable aux outils de financement des PME, et reposera sur des objectifs exclusivement climatiques. |
| 3.15. | Pour faciliter les investissements massifs nécessaires dans l’électricité «zéro carbone», il est nécessaire de disposer d’une visibilité à l’égard des signaux et instruments à long terme du marché. La longueur et la complexité des procédures d’autorisation constituent l’un des principaux obstacles au déploiement de projets dans le domaine des énergies renouvelables. Le CESE soutient fermement les efforts déployés par la Commission dans cette direction. |
| 3.16. | Les décisions en matière d’investissement qui permettront d’atteindre les objectifs de 2030 devront être prises dans un avenir très proche, à un moment où l’économie européenne ne sera pas encore totalement remise de la crise économique provoquée par la pandémie de COVID-19. Il est donc primordial que l’Union trouve le juste équilibre entre le pacte vert et le Fonds pour la relance afin de mener les investissements dans des technologies et des pratiques tournées vers l’avenir. Les responsables politiques de l’Union européenne devraient également s’assurer que le paquet «Ajustement à l’objectif 55» et l’instrument «Next Generation EU» soient utilisés pour créer de nouveaux emplois de qualité et exploiter le potentiel que représentent en la matière les secteurs stratégiques de la transition verte. |
| 3.17. | Les propositions législatives doivent garantir la réduction des émissions de gaz à effet de serre en stimulant les investissements de transformation en Europe. Cela renforcerait le rôle moteur de l’Europe dans les négociations internationales sur le changement climatique. |
| 3.18. | Les politiques industrielles de l’Union européenne et des États membres devraient relever les défis liés à l’effort de décarbonation. Nous devons aider les industries et les travailleurs à effectuer la transition vers une économie à faible intensité de carbone, en particulier dans les secteurs où cette réduction est difficile à réaliser, exposés à la concurrence internationale, tels que les industries à forte intensité énergétique ou l’agriculture. Il convient donc de mettre en place des mesures visant à prévenir efficacement le risque de délocalisation de la production et d’importation de biens à forte intensité de carbone. En l’absence d’engagements équivalents de la part des pays tiers, l’ambition climatique plus élevée de l’Union européenne nécessite de renforcer la protection contre les fuites de carbone, non seulement pour préserver la compétitivité industrielle et combattre la concurrence déloyale, mais également pour garantir l’intégrité environnementale ainsi que l’acceptation sociale de la politique climatique de l’Union. |
| 3.19. | Comme indiqué précédemment, il convient d’élaborer des stratégies de transition juste — dans le cadre du dialogue social — afin de garantir la reconversion adéquate des travailleurs des secteurs touchés, ainsi que les transitions professionnelles. Au cours de ce processus, il sera essentiel de garantir une protection sociale adéquate et des services publics efficaces pour soutenir et accompagner les travailleurs durant la transition. |
| 3.20. | Une attention particulière doit également être accordée aux secteurs économiques dans lesquels les PME sont fortement représentées. Ces dernières disposent du potentiel nécessaire pour accélérer l’innovation en matière de produits et de solutions visant à décarboner l’économie européenne. Dans le même temps, elles ont besoin d’être aidées pour accéder aux technologies leur permettant de décarboner leurs processus de production, de transformation, de remanufacturage et de distribution. |
| 3.21. | Bien que l’Union soit responsable de 8 % seulement de l’ensemble des émissions, c’est à juste titre qu’elle a pris l’initiative d’agir pour parvenir à une économie neutre pour le climat d’ici à 2050. Ce faisant, nous devons veiller à ce que le modèle mis au point soit efficace et qu’il permette aux entreprises de se développer et de créer des emplois de qualité, à la société de prospérer et à l’environnement de se rétablir. Un modèle réussi garantira à l’Union européenne un rôle de premier plan au niveau mondial, tandis que s’il n’est que partiellement couronné de succès, cela signifierait pour nous devoir suivre l’exemple d’autres pays comme les États-Unis ou la Chine. Le CESE est fermement convaincu que l’Union dispose d’une expertise technique considérable permettant à l’Europe de jouer un rôle de premier plan au sein de l’économie verte. L’action extérieure ou la diplomatie climatique de l’Union joueront un rôle important dans la promotion de normes environnementales élevées sur le marché mondial. |
| 3.22. | L’Europe doit tirer parti de sa position actuelle de pionnière en matière de changement climatique, en jouant un rôle de catalyseur de l’innovation. Des efforts et des ressources encore plus importants devraient être consacrés à soutenir des programmes de recherche, de développement et de déploiement, tant au niveau européen qu’au niveau national, sans sélectionner les lauréats à un stade trop précoce, étant donné l’ampleur de l’éventail des technologies et des sources d’énergie qui appuient la transition vers une économie à faible intensité de carbone. À cette fin, il serait raisonnable d’analyser le système actuel de financement de l’enseignement et de la recherche afin de proposer des solutions qui permettraient à l’Europe de concurrencer plus efficacement l’Amérique et l’Asie. |
| 3.23. | L’accès à des sources d’énergie à faible intensité de carbone telles que l’électricité et l’hydrogène, à des prix compétitifs au niveau mondial, est essentiel si l’on veut réussir la transformation de l’industrie manufacturière. Cela nécessite un cadre juridique favorable, et le développement en temps utile d’infrastructures adéquates. |
| 3.24. | Comme l’a souligné l’Agence internationale de l’énergie, la plupart des réductions des émissions de CO2 à l’horizon 2030 au niveau mondial proviendront de technologies qui sont déjà disponibles aujourd’hui. Mais en 2050, près de la moitié des réductions devraient provenir de technologies actuellement en phase de démonstration ou au stade de prototype. Dans l’industrie lourde et le transport à longue distance, la part des réductions d’émissions dues à des technologies encore en cours de développement est encore plus élevée. Il est donc essentiel que la réglementation prépare le développement de nouvelles technologies et leur adoption par le marché. |
| 3.25. | Au moins dans la phase initiale de la transition, des mesures axées sur la demande seront également nécessaires pour créer des marchés pilotes destinés à encourager la consommation de produits à faible intensité de carbone, étant donné que ceux-ci sont généralement moins compétitifs du point de vue des coûts que les produits traditionnels. |
| 3.26. | Le CESE souligne que la transition écologique ne peut réussir que si l’Union dispose de la main-d’œuvre qualifiée dont elle a besoin pour rester compétitive. Dans le même temps, le CESE invite la Commission à mettre à jour les analyses d’impact déjà réalisées dans le cadre de l’«Ajustement à l’objectif 55», afin de s’assurer qu’elles contiennent les données les plus récentes et les plus pertinentes, et qu’elles donnent une image aussi précise que possible des conséquences qui s’ensuivront. |
Une transition écologique
| 3.27. | Il convient de lutter simultanément contre deux crises concomitantes, celles du climat et de la biodiversité. Les solutions climatiques ayant une incidence négative sur la biodiversité et les habitats ne sont pas acceptables dans le cadre d’un train de mesures visant à réduire les émissions. Le paquet «Ajustement à l’objectif 55» doit être lié aux objectifs de développement durable des Nations unies et cohérent avec les engagements déjà pris dans le cadre du programme à l’horizon 2030, et avec le socle européen des droits sociaux. |
| 3.28. | Les neuf limites planétaires (7) définies par les scientifiques doivent être un principe directeur pour contrôler l’incidence de l’activité humaine, des politiques économiques et des actions en faveur du climat. |
| 3.29. | Réhabiliter la nature et contribuer à restaurer de toute urgence la biodiversité doivent faire partie de l’acquis législatif, en vue d’assurer une transition écologique et d’être au cœur de la future loi européenne sur la restauration de la nature. Il convient de ne pas négliger la protection et le maintien des habitats existants qui sont riches en biodiversité. |
| 3.30. | L’utilisation des écosystèmes naturels pour le captage et le stockage du carbone devrait s’accompagner de financements publics appropriés sous la forme de subventions ainsi que de nouveaux modèles économiques écologiques, et il importe que le propriétaire foncier/gestionnaire des terres/agriculteur concerné en soit le bénéficiaire. Le stockage du carbone ainsi que la protection et la restauration de la biodiversité sont des biens publics. Ce principe doit être pris en compte dans la prochaine initiative sur la séquestration du carbone dans les sols agricoles. |
Une proposition de directive sur les sols devrait suivre de toute urgence la publication d’une nouvelle stratégie en faveur des sols. Il est indispensable, dans l’intérêt de la biodiversité et du stockage naturel du carbone, de placer l’accent sur les sols.
S’assurer que la transition s’effectue grâce à des mécanismes favorisant une large acceptation et un vaste soutien de la part du grand public
| 3.31. | Il est crucial d’encourager les citoyens et les groupes de parties prenantes à se mobiliser pour participer activement à la transition vers une société à faible intensité de carbone. Les craintes et les préoccupations concernant les défis de la transition peuvent être atténuées grâce au dialogue avec diverses parties prenantes. Une initiative coordonnée en matière de diplomatie climatique devrait être lancée afin d’y inclure un réseau de diplomatie de la société civile en matière de climat. |
| 3.32. | Les mécanismes de répartition du Fonds social pour le climat, propres à chaque État membre, devraient être clairement définis, assortis d’un processus de consultation, dans le but de veiller à ce que les coûts de la transition soient répartis de manière égale et que les aides financières parviennent à ceux qui en ont le plus besoin. Le CESE, grâce à son réseau d’environ cent millions de citoyens, pourrait jouer un rôle pour faciliter la conception de ces mécanismes. |
| 3.33. | Il convient de communiquer de manière cohérente des messages clairs concernant les avantages de réduire notre dépendance à l’égard des combustibles fossiles importés, ainsi qu’au sujet des avantages multidimensionnels d’une société «à zéro émission nette de carbone», et ce afin de lutter contre les discours mensongers qui appuient les programmes populistes. |
| 3.34. | La mise en œuvre de l’«Ajustement à l’objectif 55» nécessite des structures de gouvernance solides qui associent toutes les parties prenantes à la conception des mesures d’adaptation. Elle doit être reconnue comme enjeu intergénérationnel, et être mise à profit comme étant l’occasion de remédier aux déséquilibres entre les hommes et les femmes sur le lieu de travail, qu’il s’agisse des revenus ou des possibilités d’évolution. |
| 3.35. | Il est important d’orienter de manière précise la répartition des objectifs. Les engagements stricts, tels que ceux qui sont liés par la loi sur le climat, devraient déterminer qui doit faire quoi, un objectif contraignant secteur par secteur étant fixé au niveau national. |
| 3.36. | Il convient de créer un espace de référence qui rationalise et répertorie les flux de financement destinés à l’industrie et aux PME, de manière à faciliter la mobilisation de financements. |
Fait à Bruxelles, le 24 février 2022.
La présidente du Comité économique et social européen
Christa SCHWENG
(1) Un nouveau récit pour l’Europe — Résolution du CESE sur la conférence sur l’avenir de l’Europe, paragraphe 2.1 (JO C 286 du 16.7.2021, p. 1).
(2) Un nouveau récit pour l’Europe — Résolution du CESE sur la conférence sur l’avenir de l’Europe, paragraphe 2.1 (JO C 286 du 16.7.2021, p. 1).
(3) Un nouveau récit pour l’Europe — Résolution du CESE sur la conférence sur l’avenir de l’Europe, paragraphe 2.4 (JO C 286 du 16.7.2021, p. 1).
(4) Fonds social pour le climat (TEN/759), avis du CESE adopté au cours de la session plénière du CESE des 8 et 9 décembre 2021, paragraphes 1.1 et 1.2 (JO C 152 du 6.4.2022, p. 158).
(5) Le Fonds monétaire international a calculé que les subventions directes et indirectes en faveur des combustibles fossiles dans le monde s’élèvent à environ 6 milliards de dollars par an (chiffres publiés en septembre 2021).
(6) Résolution sur la contribution du Comité économique et social européen au programme de travail de la Commission européenne pour 2022 sur la base des travaux du groupe ad hoc «Contribution du CESE au programme de travail de la Commission européenne pour 2022», paragraphe 1.5 (JO C 341 du 24.8.2021, p. 1).
(7) https://www.stockholmresilience.org/research/planetary-boundaries/the-nine-planetary-boundaries.html
Documents similaires
Avis institutionnel — 52022AB0046
30/12/2022
Avis institutionnel — 52022AB0045
21/12/2022
Avis institutionnel — 52022AE1932R(01)
21/12/2022
Avis institutionnel — 52023AT40462(01)
20/12/2022