Avis institutionnel — 52021AE5496
| CELEX | 52021AE5496 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | mercredi 23 février 2022 |
Texte intégral
| 18.7.2022 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 275/95 |
Avis du Comité économique et social européen sur la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil relatif aux transferts de déchets et modifiant les règlements (UE) no 1257/2013 et (UE) 2020/1056
[COM(2021) 709 final — 2021/0367 (COD)]
(2022/C 275/15)
| Rapporteur: | Anastasis YIAPANIS |
| Consultation | Parlement européen, 22.11.2021 Conseil, 1.12.2021 |
| Base juridique | Articles 192 et 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Section «Agriculture, développement rural et environnement» |
| Adoption en section | 9.2.2022 |
| Adoption en session plénière | 23.2.2022 |
| Session plénière no | 567 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 160/2/0 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le CESE se félicite de la proposition de la Commission relative à un nouveau règlement et de la communication y afférente, et considère que la protection de la santé humaine et de l’environnement revêt un caractère hautement prioritaire pour l’Union. Lorsque cela est techniquement possible, les déchets produits dans l’Union devraient être recyclés en son sein, selon des procédures rationnelles sur les plans social, économique et environnemental. |
| 1.2. | Le CESE invite les États membres à adopter dès que possible le système d’échange de données informatisé (EDI), à convenir de l’adoption de critères harmonisés pour les procédures de consentement préalable et à habiliter la Commission à adopter des actes délégués quant à une classification commune des déchets. Il convient de fournir immédiatement des fonds et une assistance technique en vue de renforcer la capacité opérationnelle. |
| 1.3. | Il est urgent d’opérer une transition vers de nouveaux modèles économiques, qui restituent à la planète davantage que ce qu’ils ne lui prennent. La santé, la sécurité et les conditions de travail doivent être correctement protégées et contrôlées. Le CESE préconise d’investir dans la formation des travailleurs, au moyen d’une dotation spécifique au titre du Fonds social européen+ (FSE+). |
| 1.4. | Le CESE demande d’accroître les possibilités de financement en faveur de la création ou de la modernisation des installations de recyclage de l’Union, et de la mise au point de technologies innovantes pour réutiliser et recycler les déchets. Renforcer les capacités de recyclage au sein de l’Union contribuera à réduire l’empreinte carbone et environnementale, et stimulera la création d’emplois dans ce secteur. |
| 1.5. | Le CESE estime qu’un mode de calcul harmonisé pour les garanties financières devrait englober clairement tous les risques liés aux transferts de déchets, sans pour autant créer de charges superflues pour les entreprises et notamment les PME. |
| 1.6. | Le CESE accueille favorablement la proposition de la Commission concernant la réalisation d’audits par des tiers, qui devraient être menés à la fois à l’échelle des installations et des pays, par des auditeurs institués ou agréés par des organismes notifiés de l’Union dotés des qualifications requises; il estime que les partenaires sociaux et les ONG concernées devraient suivre ces procédures. Il convient de mettre en œuvre un mécanisme renforcé en matière de contrôle, de plainte et de sanction. |
| 1.7. | Le CESE demande que la période de transition s’achève au plus tard deux ans après l’adoption du règlement. En outre, il conviendrait de ramener à dix jours le délai dont disposent les autorités compétentes de transit pour formuler des objections valables à l’encontre d’un transfert prévu de déchets destinés à être valorisés, et il ne devrait pas être possible de s’opposer à un même transfert plus d’une fois. |
| 1.8. | Le Comité demande que le système d’EDI soit étendu à l’ensemble des transferts de déchets destinés à l’exportation, à l’importation et au transit. Ce système devrait être opérationnel le plus rapidement possible, avant même l’échéance de deux ans proposée par la Commission européenne. Il convient donc de prévoir des ressources humaines et techniques en conséquence. |
| 1.9. | Le CESE estime que les exportations de déchets recyclables de qualité, et en particulier les exportations de déchets à forte teneur en matières premières critiques, nuisent à la durabilité de l’Union et sapent sa compétitivité à l’échelle internationale. Il faut investir dans les infrastructures de gestion des déchets, en particulier dans les pays où des procédures d’infraction sont ouvertes. Il conviendrait de procéder à une évaluation fondamentale des volumes de déchets exportés, afin de détecter les changements en matière de transferts de déchets et, ainsi, de protéger l’Union et de soutenir la réalisation des objectifs qu’elle s’est fixés dans le pacte vert et le plan d’action pour une économie circulaire. |
| 1.10. | Concernant les engagements environnementaux, tous les pays membres et non membres de l’OCDE devraient satisfaire aux mêmes critères rigoureux, tels qu’ils sont définis au sein de l’Union, et il faudrait fournir la preuve que tous les pays de destination gèrent déjà leurs propres déchets nationaux d’une manière écologiquement rationnelle, selon des normes analogues à celles de l’Union et dans le respect des normes du travail et conventions fondamentales de l’Organisation internationale du travail (OIT). |
| 1.11. | Le CESE soutient la mise en œuvre des procédures d’inspection et d’enquête, et réclame une coopération pleine et entière entre les États membres et avec l’Union, ainsi qu’un système de sanctions harmonisées, efficaces et proportionnées à l’infraction. Les données non confidentielles devraient être rendues publiques et accessibles à l’ensemble des parties intéressées, y compris les partenaires sociaux, les organisations non gouvernementales, les municipalités et les citoyens. |
| 1.12. | Les entreprises manufacturières doivent être incitées à concevoir des produits compatibles avec un réemploi et un recyclage. Il convient, à l’échelon national comme européen, d’adopter des stratégies associant les partenaires sociaux, les représentants des PME et les organisations de la société civile, et d’en assurer la promotion à l’aide de plateformes collaboratives, dont la plateforme des acteurs européens de l’économie circulaire (1) offre une excellente illustration. |
| 1.13. | Le CESE invite la Commission européenne à évaluer la possibilité de créer un observatoire du marché des matières premières secondaires, doté d’un rôle consultatif auprès de la Commission, et à même d’examiner et de recommander des politiques sectorielles de développement et des méthodes destinées à éliminer les goulets d’étranglement existants et à retenir les matières premières secondaires de valeur sur le territoire de l’Union. |
| 1.14. | Enfin, le Comité plaide en faveur d’une analyse d’impact approfondie de la mise en œuvre du règlement, cinq ans après son entrée en vigueur. |
2. Introduction et observations générales
| 2.1. | La consommation de ressources telles que les métaux, les minerais, la biomasse et les combustibles fossiles devrait doubler d’ici à 2060 (2), ce qui entraînera nécessairement une hausse de la production annuelle de déchets de 70 % d’ici à 2050 (3). Les pays à revenu élevé sont les principaux exportateurs de déchets au niveau mondial, tandis que les pays en développement en sont les premiers importateurs (4). |
| 2.2. | Dans les entreprises manufacturières, les dépenses liées aux matières premières représentent environ 40 % du coût total de production. À l’heure actuelle, seules 12 % des ressources en matériaux utilisées dans l’industrie européenne proviennent de produits recyclés et de matériaux valorisés (5). Le principal obstacle à l’utilisation des matières premières secondaires réside dans leur prix, trop élevé par rapport à celui des matières premières vierges. |
| 2.3. | Le 17 novembre 2021, la Commission européenne a publié la proposition de règlement relatif aux transferts de déchets et modifiant les règlements (UE) no 1257/2013 (6) et (UE) 2020/1056 (7) (ci-après dénommé «règlement»). Ce texte vient remplacer le règlement (CE) no 1013/2006 (8) concernant les transferts de déchets, vieux de 15 ans. Cette révision répond aux demandes émises en ce sens par le Parlement européen (9) et le Comité économique et social européen (10), et s’appuie sur les ambitions formulées dans le pacte vert pour l’Europe (11) et dans le plan d’action pour une économie circulaire (12). |
| 2.4. | Les quantités croissantes de déchets et le développement économique ont intensifié les exportations de déchets de l’Union vers des pays tiers, avec des répercussions négatives sur l’environnement et la santé dans les pays de destination. Le règlement a pour objectifs de faciliter la mise en place de procédures plus simples et plus rapides pour les transferts au sein de l’Union à des fins de réemploi et de recyclage, d’introduire des règles claires pour les exportations, les importations et le transit de déchets, et de faire appliquer le cadre actuel de l’Union en matière de lutte contre les transferts illicites. |
| 2.5. | Le CESE se félicite de la proposition de la Commission relative à un nouveau règlement et de la communication y afférente, et considère que la protection de la santé humaine et de l’environnement revêt un caractère hautement prioritaire pour l’Union. L’Union, chef de file de la lutte contre le changement climatique, devrait être en mesure de traiter les déchets produits sur son territoire plutôt que de les exporter vers d’autres pays. Il est urgent d’opérer une transition vers de nouveaux modèles économiques, qui restituent à la planète davantage que ce qu’ils ne lui prennent, et de s’assurer que l’ensemble des parties prenantes adoptent des comportements durables. Il faut continuer à donner la priorité aux investissements en faveur d’infrastructures de gestion des déchets respectueuses de l’environnement, en particulier dans les pays où des procédures d’infraction sont ouvertes. |
| 2.6. | Sur le plan économique, les déchets peuvent présenter une valeur importante lorsqu’il s’agit de valoriser les matières premières secondaires; ils participent alors à l’économie circulaire de l’Union et réduisent la dépendance à l’égard de certaines matières premières primaires, tout en diminuant la consommation d’énergie nécessaire à leur production en Europe et en réduisant les émissions de CO2. En outre, le CESE estime que les exportations de déchets recyclables de qualité, et en particulier les exportations de déchets à forte teneur en matières premières critiques, nuisent à la durabilité de l’Union et sapent sa compétitivité à l’échelle internationale, étant donné que ces précieuses ressources profitent à des concurrents extérieurs. |
3. Transferts de déchets au sein de l’Union
| 3.1. | La consultation des parties intéressées réalisée par la Commission a fait ressortir les besoins suivants:
|
| 3.2. | Le règlement de 2006 a été mis en œuvre de manière disparate d’un État membre à l’autre, engendrant de longues procédures pour les transferts de déchets au sein de l’Union et des formalités administratives sans fin. Il en résulte des retards et des pertes financières pour les opérateurs économiques, qui renoncent à transférer des déchets au sein de l’Union à des fins de valorisation des matières. |
| 3.3. | Le CESE considère que, lorsque cela est techniquement possible, les déchets produits dans l’Union devraient être recyclés en son sein, selon des procédures rationnelles sur les plans social, économique et environnemental, dans le plein respect des normes en matière d’environnement, de santé et de sécurité. C’est en accroissant les volumes de déchets transférés au sein de l’Union et en accélérant les procédures que l’on pourra renforcer l’économie circulaire de l’Union, contribuer à sa compétitivité et à son autonomie stratégique, et ouvrir de nouvelles perspectives d’emplois. |
| 3.4. | Il est capital de renforcer la capacité de recyclage à l’intérieur des frontières de l’Union, ce qui contribuera à réduire l’empreinte carbone et environnementale. Cette mesure pourrait aussi stimuler l’emploi dans la branche: les chiffres avancés par la Commission européenne, qui prévoient la création de 9 000 à 23 000 nouveaux postes dans les secteurs du recyclage et du réemploi, sont prometteurs et pourraient être encore plus élevés si la capacité de recyclage bénéficiait d’une impulsion adéquate. |
| 3.5. | Le Comité juge tout à fait inacceptable que certains États membres n’aient toujours pas abandonné les procédures sur support papier, et que les procédures d’exécution soient parfois interprétées différemment d’une région à l’autre d’un État membre. Le CESE exhorte donc les États membres à adopter dès que possible les solutions numériques proposées par la Commission européenne, à évoluer en douceur vers un cadre européen harmonisé et transparent, à convenir de l’adoption de critères harmonisés pour les procédures de consentement préalable et à habiliter la Commission à adopter des actes délégués quant à une classification commune des déchets. Il convient de fournir immédiatement des fonds et une assistance technique en vue de renforcer la capacité opérationnelle. |
| 3.6. | La Commission propose d’harmoniser le mode de calcul des garanties financières pour les transferts de déchets. Le CESE se félicite que cette initiative apporte plus de prévisibilité aux entreprises, mais demande que ces montants soient calculés de manière proportionnée, sans engendrer de charges supplémentaires pour les opérateurs économiques. Le CESE estime que les garanties financières devraient englober clairement tous les risques liés aux transferts de déchets, sans pour autant créer de charges superflues pour les entreprises, d’autant plus que de nombreuses PME sont engagées dans le processus et disposent de peu de liquidités. |
| 3.7. | Enfin, le CESE appelle l’Union européenne et les États membres à accroître les possibilités de financement en faveur de la création ou de la modernisation des installations de recyclage de l’Union, et de la mise au point de technologies innovantes pour réutiliser et recycler les déchets. Il y a lieu de développer sans tarder les débouchés des matières premières issues du recyclage, de façon à créer un marché des matières premières secondaires pleinement opérationnel, où les produits en fin de vie sont convertis en nouvelles matières premières pour la production. L’Union devrait par ailleurs renforcer la disponibilité et la qualité des produits recyclés, en mettant l’accent sur la capacité d’un matériau à conserver ses propriétés inhérentes après le recyclage, et sa capacité à remplacer les matières premières vierges dans les applications futures. Cela permettra de renforcer les capacités de traitement au sein de l’Union, de créer de nouveaux emplois verts et de qualité, ainsi que de déterminer le type de matières premières qui génèrent des déchets sans valeur, afin de les éliminer ou de les remplacer à long terme. |
4. Exportations, importations et transferts de déchets en transit
| 4.1. | Au cours des 17 dernières années, le volume de déchets exportés vers des pays tiers a progressé de 75 % pour atteindre quelque 33 millions de tonnes par an (13), sans que l’on se soucie jamais, ou très rarement, de la manière dont les installations de destination fonctionnent et traitent les déchets. Chaque année, l’Union importe 16 millions de tonnes de déchets, tandis que 70 millions de tonnes de déchets sont échangés sur son territoire. |
| 4.2. | L’Union est partie à plus de 80 accords de libre-échange (ALE), dont environ 40 sont en instance ou en cours de négociation. Le CESE déplore vivement que seuls deux d’entre eux mentionnent explicitement l’économie circulaire (14) et demande, pour tous les ALE existants et futurs, que l’on se concentre davantage sur la consolidation des chapitres relatifs au développement durable et sur les moyens de garantir leur mise en œuvre effective. |
| 4.3. | Assez récemment, la Chine, l’Inde, la Thaïlande, le Viêt Nam et la Malaisie ont mis en place des restrictions sur le commerce des déchets plastiques, mettant en lumière la dépendance excessive de l’Union vis-à-vis du traitement délocalisé des déchets. Cette dépendance à l’égard des exportations de déchets est inadmissible et rend l’économie européenne vulnérable aux perturbations des chaînes d’approvisionnement. |
| 4.4. | Les exportations de déchets devraient répondre à des règles de transparence totales et s’accompagner d’informations accessibles au public concernant les normes de gestion écologiquement rationnelle qui prévalent dans le pays de destination. Le CESE accueille favorablement la proposition de la Commission concernant la réalisation d’audits par des tiers pour les installations de gestion des déchets situées en dehors de l’Union, et estime qu’ils devraient comporter des dispositions détaillées sur l’empreinte environnementale et les conditions de travail. Pour les biens transférés en vue de leur réemploi, le principe du pollueur-payeur devrait continuer à s’appliquer, et les redevances prélevées au titre de la responsabilité élargie des producteurs devraient suivre le produit, puisque les consommateurs s’en sont acquittés pour couvrir la phase de gestion des déchets, où qu’elle se déroule. En outre, les partenaires sociaux et les ONG concernées devraient être associés aux procédures d’audit, et il y a lieu de financer et de mettre à disposition des interfaces de données ouvertes. Il conviendrait de développer les procédures de plainte à l’usage des ONG et des autres parties prenantes concernées. |
| 4.5. | Le CESE recommande que des auditeurs institués ou agréés par l’Union (c’est-à-dire par des organismes notifiés de l’Union dotés des qualifications requises) mènent des procédures d’audit à l’échelle des installations et des pays, de manière à garantir que les normes sanitaires, environnementales et sociales applicables dans l’Union sont respectées dans le pays de destination des déchets. Il convient de définir plus en détail ces procédures d’audit ainsi que les critères de contrôle, les dispositifs de plainte et les sanctions associés. Il y a lieu également de préciser les seuils de volume ou de risque susceptibles de déclencher des audits. |
| 4.6. | Le Comité encourage les PME à faire appel aux organisations compétentes en matière de responsabilité du producteur lorsqu’il s’agit de mettre en œuvre les procédures d’audit visant les installations établies dans des pays tiers, ce qui devrait réduire la charge financière liée à ces opérations. La santé, la sécurité et les conditions de travail doivent être correctement protégées et contrôlées. Les investissements consacrés à la formation et aux compétences des travailleurs devraient être couverts par une dotation spécifique au titre du FSE+. |
| 4.7. | Le CESE a conscience que les pouvoirs publics et les opérateurs économiques doivent disposer d’un temps d’adaptation pour appliquer les nouvelles règles et pour s’y conformer. Toutefois, le CESE estime que le délai proposé, à savoir trois ans après l’entrée en vigueur du règlement, manque d’ambition. Le Comité souhaiterait dès lors que la durée de cette période de transition soit ramenée à deux ans tout au plus. |
| 4.8. | La Commission européenne a proposé que les autorités compétentes de transit disposent d’un délai de 30 jours pour formuler des objections valables à l’encontre d’un transfert prévu de déchets destinés à être valorisés. Le CESE estime que cette durée devrait être limitée à 10 jours afin de garantir le bon fonctionnement des procédures et d’éviter tout retard inutile. En outre, le CESE demande que ces autorités soient soumises à des restrictions claires pour les empêcher de s’opposer plus d’une fois à un même transfert. |
| 4.9. | Le Comité demande que le système d’EDI soit étendu à l’ensemble des transferts de déchets destinés à l’exportation, à l’importation et au transit. C’est le seul moyen de garantir la traçabilité et la transparence de ces processus, en veillant à ce qu’ils obéissent aux mêmes règles que les transferts au sein de l’Union. La Commission et les États membres doivent tout faire pour mettre en place ce système au plus vite, avant même l’échéance de deux ans mentionnée dans la proposition. Le CESE réclame à cet effet des ressources humaines et techniques adéquates. |
| 4.10. | Certains pays de destination, du seul fait qu’ils sont membres de l’OCDE, pourraient être dispensés de l’obligation de démontrer dans quelle mesure ils remplissent des conditions clés en matière de santé humaine et d’environnement. Or, de telles dérogations seraient contraires à l’esprit de cette réforme et risqueraient de saper l’ensemble du système. S’agissant des exportations de déchets, le CESE demande que les pays membres et non membres de l’OCDE satisfassent aux mêmes critères rigoureux en matière d’engagements environnementaux, tels qu’ils sont définis au sein de l’Union. En outre, le CESE demande que tous les pays de destination apportent la preuve qu’ils gèrent déjà leurs propres déchets nationaux d’une manière écologiquement rationnelle et analogue aux pratiques de l’Union, dans le respect des normes du travail et conventions fondamentales de l’OIT. |
5. Trafic de déchets
| 5.1. | Les différences de procédures d’exécution du règlement de 2006 entre les États membres ont conduit à une hausse des activités de transfert illicite de déchets. Ce trafic est difficile à quantifier, mais on estime que 30 % des transferts de déchets en Europe pourraient être illicites, ce qui représente quelque 9,5 milliards d’euros par an (15). |
| 5.2. | La consultation des parties intéressées a révélé un large soutien au renforcement des procédures visant à lutter contre les transferts illicites de déchets. Pour lutter contre la criminalité environnementale et le trafic de déchets, il faut renforcer le contrôle des exportations, des importations et des déchets en transit. Le CESE accueille favorablement les procédures d’inspection et d’enquête, et soutient leur mise en œuvre; il appelle à une coopération pleine et entière entre les États membres et avec l’Union, en accord avec la nouvelle stratégie de l’UE visant à lutter contre la criminalité organisée (2021-2025) (16). La participation de l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) peut compenser le déficit de ressources humaines dans certains États membres et garantir un cadre de collaboration plus efficace. |
| 5.3. | Le trafic de déchets reste l’un des crimes les plus graves contre l’environnement et se révèle une activité très lucrative et peu risquée, aux conséquences dévastatrices pour la santé humaine et l’environnement. La Cour des comptes européenne a constaté que la détection des cas illicites de trafic avéré de déchets restait faible et que le taux de poursuites était plus bas que pour d’autres types de criminalité, tandis que les sanctions appliquées n’étaient ni proportionnées ni dissuasives (17). Cet état de fait s’explique principalement par la grande complexité des chaînes de transfert de déchets et par la difficulté de prouver que les personnes impliquées étaient au courant du caractère illégal de l’opération, d’autant plus que les déchets peuvent changer plusieurs fois de mains et de pays avant d’être éliminés de manière illégale. |
| 5.4. | Les acteurs industriels et les ONG ont la capacité de surveiller les éventuels transferts illicites de déchets et de les signaler, dès lors qu’ils ont accès aux données pertinentes. Le CESE demande donc que les données non confidentielles soient mises à la disposition de l’ensemble des parties intéressées, y compris les partenaires sociaux, les organisations non gouvernementales, les municipalités et les citoyens. Le CESE est convaincu qu’une collecte exhaustive des données et une transparence accrue permettront de mieux contrôler et de réduire les transferts illicites de déchets. |
| 5.5. | Le CESE estime toutefois qu’il convient d’établir une distinction claire, comme c’était le cas par le passé, entre les trafiquants notoires et les opérateurs reconnus coupables d’une erreur de documentation d’origine humaine, notamment pour les informations visées à l’annexe VII (18). Le CESE plaide en faveur d’un système de sanctions harmonisées, efficaces et proportionnées à l’infraction. |
6. Observations finales
| 6.1. | Il ne devrait plus faire de doute pour personne que nous produisons trop de déchets et que nous manquons par ailleurs de nouvelles ressources naturelles. Le CESE exige un cadre réglementaire qui encourage l’utilisation de matériaux recyclés et contribue ainsi à réduire les émissions de carbone et à éviter que des déchets valorisables ne finissent dans des décharges. L’utilisation des déchets comme ressource figure au cœur du plan d’action pour une économie circulaire et le CESE a déjà souligné que pour «découpler le développement économique de la consommation des ressources naturelles et des impacts environnementaux qui en découlent, il est nécessaire que l’Union se fixe des objectifs plus ambitieux» (19). |
| 6.2. | Dans le droit fil des principes de l’économie circulaire, le Comité appelle de ses vœux des propositions législatives qui incitent les entreprises manufacturières à concevoir des produits compatibles avec un réemploi et un recyclage, et à se tourner vers le développement de modèles commerciaux circulaires. Il convient d’élaborer des stratégies et des cadres législatifs européens et nationaux destinés à encourager cette transition et à lutter contre l’obsolescence prématurée des produits, en associant les partenaires sociaux, les représentants des PME et les organisations de la société civile. La transition vers une économie circulaire implique, d’une part, de prolonger la valeur des produits au sein du circuit économique et, d’autre part, de stimuler l’utilisation des matières premières secondaires. Il est donc capital de faciliter l’accès à des méthodes innovantes de conversion des déchets en matières premières secondaires, et de promouvoir ces solutions en s’appuyant sur des plateformes en ligne (telles que la plateforme des acteurs européens de l’économie circulaire) et sur le partage de bonnes pratiques. |
| 6.3. | Le CESE estime que l’introduction de l’échange de données informatisé est absolument nécessaire et conforme à la stratégie numérique de l’Union (20), et appelle à sa mise en œuvre rapide, sachant que l’EDI pourra réduire les pertes économiques des entreprises et garantir des procédures plus rapides et un contrôle qualité. Le CESE est aussi convaincu que ce système informatisé renforcera la transparence et l’efficacité, garantira une meilleure traçabilité des données, fournira le cadre d’une coopération intense entre les États membres et encouragera le développement d’un marché des déchets solide. Le Comité suggère en outre de recourir aux technologies modernes de surveillance des transports (internet des objets et satellites) et d’exploiter la technologie des chaînes de blocs à des fins de sécurité des données. |
| 6.4. | Il convient de distinguer clairement les transferts de déchets en vue de leur réemploi et de leur recyclage des transferts de déchets destinés à des formes moins poussées de valorisation, comme l’incinération. Il est absolument indispensable de disposer, dès le départ, d’outils d’instruction adéquats et de critères clairs qui préviennent tout transfert de déchets sous des prétextes fallacieux. |
| 6.5. | Le CESE invite la Commission européenne à évaluer la possibilité de créer un observatoire du marché des matières premières secondaires, à même d’examiner et de recommander des politiques sectorielles de développement et des méthodes pour éliminer les goulets d’étranglement existants. Cet observatoire devrait associer toutes les parties prenantes européennes concernées et jouer un rôle consultatif auprès de la Commission. |
| 6.6. | Enfin, le Comité considère que la Commission européenne devrait procéder à une analyse d’impact approfondie de la mise en œuvre du règlement, cinq ans après son entrée en vigueur. |
Bruxelles, le 23 février 2022.
La présidente du Comité économique et social européen
Christa SCHWENG
(1) https://circulareconomy.europa.eu/platform/fr
(2) OCDE (2018), Global Material Resources Outlook to 2060 («Perspectives à l’horizon 2060 des ressources matérielles du monde», en anglais).
(3) Banque mondiale (2018), What a Waste 2.0: A Global Snapshot of Solid Waste Management to 2050 («Tout part à la poubelle 2.0: un aperçu actuel de la gestion des déchets solides dans le monde jusqu’en 2050», en anglais).
(4) Institut pour une politique européenne de l’environnement (2019), EU circular economy and trade («Économie et commerce circulaires dans l’Union européenne», en anglais).
(5) Eurostat (2019), L’économie circulaire dans l’UE.
(6) JO L 330 du 10.12.2013, p. 1.
(7) JO L 249 du 31.7.2020, p. 33.
(8) JO L 190 du 12.7.2006, p. 1.
(9) Parlement européen (2021), Waste Shipment Regulation — Revision of Regulation (EC) No 1013/2006 on shipments of waste («Transferts de déchets: révision du règlement (CE) no 1013/2006», briefing du service de recherche, disponible uniquement en anglais).
(10) Avis du CESE sur le thème «La résilience des matières premières critiques: la voie à suivre pour un renforcement de la sécurité et de la durabilité» (JO C 220 du 9.6.2021, p. 118).
(11) COM(2019) 640 final.
(12) COM(2020) 98 final.
(13) Commission européenne (2021), Assumer la responsabilité des déchets produits: les transferts de déchets dans une économie propre et plus circulaire.
(14) Les ALE avec le Mexique et la Nouvelle-Zélande.
(15) Questions et réponses sur les nouvelles règles de l’UE sur les transferts de déchets.
(16) Stratégie de l’UE visant à lutter contre la criminalité organisée (2021-2025).
(17) Document d’analyse no 4/2020: Les mesures prises par l’UE pour lutter contre le problème des déchets plastiques.
(18) Annexe VII — Informations accompagnant les transferts de déchets.
(19) Avis du CESE sur la «Mise en œuvre de la législation environnementale de l’Union européenne dans les domaines de la qualité de l’air, de l’eau et des déchets» (JO C 110 du 22.3.2019, p. 33).
(20) Façonner l’avenir numérique de l’Europe.
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