| CELEX | 52021AE5952 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | jeudi 19 mai 2022 |
| 26.8.2022 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 323/95 |
Avis du Comité économique et social européen sur la communication de la Commission au Parlement européen et au Conseil — «Des cycles du carbone durables»
[COM(2021) 800 final]
(2022/C 323/16)
Rapporteur: Arnold PUECH d’ALISSAC
| Consultation | Commission européenne, 21.1.2022 |
| Base juridique | Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Section «Agriculture, développement rural et environnement» |
| Adoption en section | 4.5.2022 |
| Adoption en session plénière | 19.5.2022 |
| Session plénière no | 569 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 221/0/4 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le CESE considère que résoudre l’équation de la neutralité carbone européenne nécessite à la fois d’atténuer les émissions de gaz à effet de serre (GES), d’augmenter les puits de carbone et de trouver des substituts au carbone fossile dans notre économie. Le CESE s’accorde donc à considérer, avec la communication de la Commission européenne, que pour atteindre cet objectif, il sera nécessaire de combiner tous les moyens et solutions. |
| 1.2. | Le CESE soutient la communication de la Commission, qui propose deux voies pour éliminer et séquestrer le carbone: les solutions fondées sur la nature (appelées «séquestration agricole du carbone») et les solutions technologiques industrielles. |
| 1.3. | Le CESE considère que le secteur des terres (agriculture, foresterie, zones de tourbières, etc.) peut participer activement à la lutte contre le réchauffement climatique tout en contribuant aux grands équilibres alimentaires, en fournissant une alimentation en quantité et qualité suffisantes et à des prix abordables pour tous et en étant rémunérateur pour les producteurs. |
| 1.4. | Le CESE insiste sur la nécessité de considérer le sujet des cycles durables du carbone de façon holistique. En effet, accroître les puits de carbone et remplacer au maximum le carbone fossile passera nécessairement par un accroissement de la biomasse produite, qui produira un impact sur le secteur des terres. |
| 1.5. | Le secteur agricole étant naturellement émetteur, le CESE considère que le déploiement de pratiques moins émettrices sera directement corrélé avec le succès dans le développement d’un cycle du carbone durable. Enfin, la réponse à la demande alimentaire croissante, ainsi que le déploiement du cycle du carbone durable de demain, passeront nécessairement par l’adaptation du secteur agricole au changement climatique. |
| 1.6. | Le CESE considère ainsi que la séquestration agricole du carbone devrait être considérée non seulement comme une opportunité commerciale mais aussi comme un élément fondamental pour l’avenir de l’agriculture et de la foresterie européennes et comme un instrument d’action contre le changement climatique, contribuant, dans la logique de la vision à long terme de l’Union européenne pour les zones rurales, à accroître la résilience de ces territoires (1). |
| 1.7. | Le CESE est d’avis que la politique agricole commune (PAC) ne pourra pas assurer seule la réalisation des objectifs de neutralité carbone: elle devra poser le cadre politique ouvrant la voie à la transition bas carbone agricole (une agriculture qui émet moins et qui séquestre plus); l’aide à l’investissement dans le cadre de la PAC peut et doit récompenser financièrement le stockage du carbone, sous la forme d’un service écosystémique et d’une aide au revenu pour les agriculteurs, mais un tel stockage ne devrait pas être une conditionnalité générale de cette politique; il est encore plus important, de l’avis du Comité, d’encourager le développement du marché du carbone. |
| 1.8. | Les crédits carbone doivent rémunérer un service rendu, à savoir la séquestration du carbone atmosphérique, mais également accompagner la transition bas carbone du secteur agricole. Il est donc nécessaire d’investir dans les crédits carbone grâce à un système transparent et inspirant confiance, qui permette de répondre aux besoins de séquestration mais aussi d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre du secteur. La crédibilité du dispositif sera fondée sur une certification qui tiendra compte des circonstances nationales et s’adaptera à l’approche territoriale de chaque pays. |
| 1.9. | Pour le développement de la séquestration agricole du carbone, il sera nécessaire d’élaborer un cadre juridique clair et partagé entre les États membres, qui prendra en considération les défis que la communication de la Commission a cernés en ce qui concerne les projets de séquestration du carbone certifiés. |
| 1.10. | Le CESE tient à avertir que les États membres ne sont pas sur un pied d’égalité en ce qui concerne les capacités d’investissement et d’accompagnement en rapport avec la séquestration du carbone, et qu’ils présentent des capacités financières et managériales différentes. |
| 1.11. | Étant donné que les mesures d’ajustement carbone aux frontières n’apportent pas une protection adéquate aux agriculteurs, le CESE recommande de tenir également compte des produits importés et de s’assurer que les accords commerciaux, tant nouveaux qu’existants, contraignent les pays exportateurs à s’engager dans des cycles du carbone durables. |
| 1.12. | Concernant les solutions industrielles, comme le stockage permanent de CO2 dans des formations géologiques ou la minéralisation du carbone dans des agrégats innovants, le CESE considère que ces solutions devront être durables et éviter de produire des incidences négatives sur la biodiversité, les écosystèmes et les communautés. |
| 1.13. | La proposition de séquestration agricole du carbone devra faire partie d’une transition plus large vers un système alimentaire durable. |
| 1.14. | Il convient de tenir compte du bien-être des travailleurs, de la prévisibilité des carrières et des conditions de travail dans le secteur agricole, ainsi que de la nécessité d’une rémunération équitable, afin que les agriculteurs et les travailleurs s’engagent dans la transition vers une économie à faibles émissions de carbone, et qu’ils la réussissent. |
2. Observations générales
La neutralité carbone en 2050: la solution pour respecter l’accord de Paris
| 2.1. | L’augmentation exponentielle de la concentration atmosphérique des gaz à effet de serre depuis la révolution industrielle a engendré une hausse globale de la température de la planète. Les scientifiques s’accordent à estimer que pour limiter le réchauffement de la planète à 1,5 oC, il s’impose de toute urgence que les émissions nettes à l’échelle planétaire deviennent égales à zéro d’ici 2050 et que les émissions mondiales atteignent leur point culminant en 2025 (2). |
| 2.2. | Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) estime qu’avec une hausse de 2 oC, les risques pour l’approvisionnement alimentaire pourraient devenir très importants dans certaines régions du globe. Les besoins alimentaires devraient par ailleurs augmenter de 70 % entre 2009 et 2050 avec 9 milliards de personnes à nourrir, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). |
| 2.3. | Notre production alimentaire étant par nature climatodépendante, l’urgence tout à la fois climatique et alimentaire nous impose de nous adapter. |
| 2.4. | L’accord de Paris a pour but de limiter le réchauffement à un maximum de 1,5 oC à 2 oC. L’Union européenne a ainsi adopté le pacte vert et inscrit l’objectif de neutralité carbone pour 2050 dans la loi climat. À cette fin, elle a pris deux initiatives clés:
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La nécessité d’accroître les absorptions de carbone
| 2.5. | Au regard de ces réalités, le CESE est en accord avec la communication de la Commission européenne, proposant deux voies pour éliminer et séquestrer le carbone: les solutions fondées sur la nature (appelées «séquestration agricole du carbone») et les solutions technologiques industrielles basées sur le captage et le stockage du carbone atmosphérique par des techniques telles que le captage et stockage direct du carbone atmosphérique (DACCS, «direct air carbon capture and storage») ou la bioénergie avec captage et stockage du carbone (BECCS, «bio-energy carbon capture and storage»). |
| 2.6. | Émettant naturellement 11 % de celles de l’Europe, l’agriculture contribue aux émissions de gaz à effet de serre, mais elle participe aussi à leur atténuation, par sa fonction de puits de carbone, et elle favorise la bioéconomie en fournissant du carbone non fossile. |
| 2.7. | Il est donc clair que les objectifs du secteur des terres sont de participer à la lutte contre le réchauffement climatique et de contribuer aux grands équilibres alimentaires en fournissant à des prix abordables une alimentation en quantité et qualité suffisantes pour tous, qui génère des emplois stables et de haute qualité tout en étant rémunératrice pour les producteurs, comme indiqué notamment dans les avis du CESE sur le thème «Sécurité alimentaire et systèmes alimentaires durables» (3) et «Vers une chaîne d’approvisionnement alimentaire équitable» (4). |
| 2.8. | La lutte contre le changement climatique nécessitera donc des outils de transition justes et accessibles pour tous les États membres et tous les agriculteurs. |
3. Observations particulières
Les objectifs du secteur des terres: atténuation, séquestration et alimentation
| 3.1. | Résoudre l’équation de la neutralité carbone européenne nécessite à la fois d’atténuer les émissions de gaz à effet de serre, d’augmenter le puits de carbone et de trouver des substituts au carbone fossile dans notre économie. Le CESE s’accorde donc à considérer, avec la communication de la Commission européenne, que pour atteindre cet objectif, il sera nécessaire de combiner tous les moyens et solutions. |
| 3.2. | Telle que présentée dans la proposition de modification du règlement UTCATF (5) figurant dans le paquet «Ajustement à l’objectif 55», l’agriculture du carbone devrait soutenir la réalisation de l’objectif d’absorption nette proposé dans le secteur des terres pour 2030, soit 310 millions de tonnes d’équivalent CO2. Le CESE souligne qu’il existe différentes manières d’accroître la séquestration du carbone, notamment par la gestion des sols, la régénération des forêts et la restauration des écosystèmes naturels: sur ce point, on se reportera à l’avis qu’il a adopté sur le sujet (6). |
Les solutions fondées sur la nature
| 3.3. | Les sols stockent un volume de carbone plus élevé que la végétation ou l’atmosphère. Toutefois, les émissions dues à la combustion de combustibles fossiles, aux processus industriels et aux changements d’affectation des terres s’accumulent dans les océans et entraînent une augmentation considérable de la concentration de CO2 dans l’atmosphère, qui constitue un problème capital. |
| 3.4. | Grâce à la fixation du carbone de l’air dans la matière végétale, à la bioaccumulation de matière organique dans les sols, aux biomatériaux et à l’utilisation d’une énergie issue de la biomasse produite localement, les activités agricoles recyclent une partie du carbone émis. |
| 3.5. | L’agriculture du carbone s’attache à réduire le CO2 dans l’atmosphère, mais il existe d’autres émissions de gaz à effet de serre qui sont liées à l’agriculture et doivent être traitées, par exemple les émissions de méthane et de N2O, gaz qui, comparativement, par kilo, sont plus réchauffants que le CO2. L’élevage permet d’approvisionner en fertilisants organiques les productions végétales et, pour autant que le bétail soit nourri d’herbe produite localement, contribue à la circularité du système alimentaire, comme le CESE l’explique en détail dans son rapport d’information sur «Les avantages de l’élevage extensif et des engrais organiques dans le contexte du pacte vert pour l’Europe» (7). |
| 3.6. | Au vu de ces enjeux et des solutions variées apportées par le secteur des terres, il semble qu’il faut considérer le sujet des cycles durables du carbone de façon holistique, en tenant compte de la diversité des services écosystémiques fournis par les sols agricoles en plus de la séquestration du carbone, ainsi que des capacités variables de séquestration du carbone en fonction des paramètres pédoclimatiques et biologiques. En effet, accroître le puits de carbone et remplacer au maximum le carbone fossile passe nécessairement par une augmentation de la biomasse produite. |
| 3.7. | Le secteur agricole étant naturellement émetteur, le déploiement de pratiques moins émettrices contribuera à l’atténuation du changement climatique et au développement d’un cycle du carbone durable. En outre, réduire les émissions, renforcer la séquestration du carbone et répondre à la demande alimentaire croissante tout en s’adaptant au changement climatique, s’agissant, par exemple, de ses effets néfastes sur les récoltes, pose une série de défis qui passeront nécessairement par l’innovation et un appui au secteur. |
| 3.8. | Le CESE considère ainsi que la proposition de modification du règlement UTCATF sera vitale pour assurer l’équilibre climatique à long terme, et que le rôle de la séquestration agricole du carbone devrait être considéré non seulement comme une opportunité commerciale, mais aussi comme un élément fondamental pour l’avenir de l’agriculture européenne. |
| 3.9. | Tout en assurant le maintien de la sécurité alimentaire mondiale, la valorisation du carbone recouvre trois enjeux différents:
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| 3.10. | Il est possible d’améliorer la séquestration du carbone grâce à plusieurs pratiques de gestion des terres, parmi lesquelles figurent:
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| 3.11. | Le potentiel est important: d’après l’initiative 4/1000 de l’Institut national français de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), par exemple, le potentiel maximal du stock additionnel agricole au niveau français atteint 8,43 millions de tonnes de carbone par an sur les trente premiers centimètres du sol. |
| 3.12. | En lien avec l’objectif de zéro artificialisation nette de terres d’ici à 2050 qui a été fixé dans la stratégie de l’Union européenne en faveur des sols (8), et afin de garantir cette fonction de puits de carbone et de production de biomasse, le CESE recommande d’assurer une gestion et une protection adéquates des terres arables, et il note avec satisfaction que certains États membres y travaillent: en Estonie par exemple, une législation sur le foncier est en cours de rédaction. |
| 3.13. | La communication discerne, sans toutefois donner de réponse quant à la manière de parvenir à les résoudre, plusieurs problèmes auxquels sont confrontés les projets de séquestration du carbone certifiés, à savoir:
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| 3.14. | Enfin, il convient de ne pas oublier la réduction des émissions du secteur agricole grâce à des pratiques adaptées ou de nouvelles technologies, la priorité étant la sobriété et la diminution des émissions de gaz à effet de serre. |
Les solutions fondées sur le captage, l’utilisation et le stockage industriel du carbone
| 3.15. | La communication propose comme objectifs qu’il faudra que d’ici à 2028, toute tonne de CO2 captée, transportée, utilisée et stockée par les industries soit déclarée et comptabilisée en fonction de son origine fossile, biogénique ou atmosphérique, qu’au moins 20 % du carbone utilisé dans les produits chimiques et plastiques proviennent de sources non fossiles durables d’ici à 2030 et, enfin, qu’à cette même date, 5 millions de tonnes de CO2 soient retirées chaque année de l’atmosphère et stockées de manière permanente dans le cadre de projets pilotes. |
| 3.16. | Le carbone fossile devra être remplacé par des flux plus durables de carbone recyclé issu de déchets, d’une biomasse durable ou directement de l’atmosphère. |
| 3.17. | Le sixième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) (9) explique en effet qu’il faudra retirer de l’atmosphère de 100 à 1 000 Gt de CO2 d’ici la fin du vingt et unième siècle. La plupart des mesures d’absorption de carbone actuelles et potentielles pourraient avoir des impacts significatifs sur les terres, l’énergie, l’eau ou les nutriments si elles étaient déployées à grande échelle. Le CESE estime qu’une gouvernance efficace est nécessaire pour éviter la concurrence concernant les utilisations des terres, qui peuvent avoir des impacts significatifs sur les systèmes agricoles et alimentaires, la biodiversité et d’autres fonctions et services écosystémiques. |
| 3.18. | Différentes technologies existent pour le captage, l’utilisation et le stockage du carbone à l’échelle industrielle, comme, entre autres, l’utilisation de biomasse dans les bâtiments, la bioénergie avec captage et stockage du carbone (BECCS), le captage et stockage direct du carbone atmosphérique (DACCS) ou le captage et l’utilisation du carbone (CCU), mais elles présentent chacune des avantages et des inconvénients. En outre, le CESE note qu’aucune solution unique ne se détache (10). |
| 3.19. | La technologie de la bioénergie avec captage et stockage du carbone (BECCS), par exemple, permet d’éliminer du carbone de l’atmosphère tout en fournissant de la chaleur et de l’énergie. Cependant, il y a lieu de tenir compte des limites que la biomasse utilisée présente du point de vue de la durabilité. Les projets de capture directe de l’air en Islande et en Écosse sont coûteux et restent très énergivores à l’heure actuelle. |
| 3.20. | L’agriculture et la foresterie constituent les principaux acteurs de la bioéconomie. Cette «économie de la photosynthèse» fait directement écho à la capacité unique des végétaux à produire du carbone non fossile à partir du CO2 atmosphérique. |
| 3.21. | Ces techniques d’élimination du carbone devront diminuer en coût et garantir que le stockage et l’élimination du carbone présentent un caractère permanent. Les technologies de captage du CO2 peuvent être des procédés extrêmement énergivores. Elles devront utiliser des énergies renouvelables, être durables et éviter de produire des incidences négatives sur la biodiversité, les écosystèmes et la disponibilité des terres. |
4. Les outils pour le développement de la séquestration agricole du carbone en Europe
L’Union européenne: définir la valeur de référence d’une agriculture bas carbone
| 4.1. | La communication de la Commission affirme que l’utilisation des instruments nationaux de la politique agricole commune (plans stratégiques nationaux, ou PSN), ainsi que des objectifs fixés dans le règlement UTCATF, ne peut être que bénéfique. L’enjeu et les objectifs du règlement UTCATF sont tels que toutes les solutions doivent être déployées. |
| 4.2. | À ce titre, la politique agricole commune peut donner la possibilité de définir au niveau territorial approprié la valeur de référence pour ce qui est d’atténuer les émissions, de séquestrer le carbone et d’adapter le secteur, par exemple grâce à la protection des prairies permanentes ou à des infrastructures agroécologiques. La réforme de la politique agricole commune de 2023 permettra aussi d’amplifier les actions climatiques via les écorégimes, comme elle a sanctuarisé la conditionnalité sociale. |
| 4.3. | Néanmoins, au vu de ces multiples objectifs, le CESE considère que la politique agricole commune ne pourra assurer à elle seule la réalisation des objectifs de neutralité carbone. Elle devrait poser le cadre politique ouvrant la voie à la transition bas carbone agricole: une agriculture qui émet moins et qui séquestre plus. Le CESE juge que l’aide à l’investissement dans le cadre de la politique agricole commune peut et doit récompenser financièrement le stockage du carbone, sous la forme d’un service écosystémique et d’une aide au revenu pour les agriculteurs, mais que ce stockage ne doit pas être une conditionnalité générale de ladite politique; il est encore plus important, de l’avis du Comité, d’encourager le développement du marché du carbone. |
Les crédits carbone: un investissement nécessaire pour utiliser le potentiel des sols agricoles
| 4.4. | Les solutions existent en matière d’adaptation et d’atténuation de l’agriculture, mais elles ont un coût, comportent des risques et exercent parfois un impact sur la rentabilité à long terme. |
| 4.5. | Le CESE considère qu’une juste rémunération des agriculteurs et des travailleurs du secteur agricole, ainsi que l’accès à long terme à la propriété foncière ou aux baux, sont nécessaires pour qu’ils s’engagent et réussissent cette transition du bas carbone. |
| 4.6. | Le CESE estime que le chiffrage des externalités positives induites par les pratiques agricoles favorables au climat peut permettre une valorisation grâce à des contrats privés dans le cadre d’un marché volontaire, ainsi que par l’émission de crédits carbone valorisables sur le marché. |
| 4.7. | L’émission de crédits carbone nécessitera une plus grande collaboration avec les agriculteurs et devra prendre en compte le contexte international. En effet, d’autres pays ont déjà créé leur système de crédits carbone: le prix des quotas carbone chinois qui viennent d’être émis s’établit à 5,20 EUR/tonne en 2021 et pourrait atteindre 20,5 EUR/tonne en 2030, contre des projets de séquestration agricole du carbone qui, en Europe, atteignent en moyenne 30, voire 40 EUR/tonne (11). |
| 4.8. | Il y aura donc lieu de rendre ces crédits carbone européens attrayants dans un marché compétitif tout en assurant une intégrité environnementale. Sans outil économique et politique, l’Union européenne éprouvera des difficultés pour financer et vendre du carbone séquestré et évité local qui sera plus cher. Il y aura lieu de valoriser les externalités positives, comme par exemple celles du label bas-carbone français (12). |
| 4.9. | Le label bas-carbone français rémunère à la fois le carbone séquestré et le carbone évité (émissions agricoles de CO2, CH4 et N2O exprimées en équivalent carbone). Il permet d’inclure la totalité des agriculteurs dans une dynamique de transition bas carbone et agroécologique. Dans le label bas-carbone en France, le passage à des pratiques réduisant fortement l’usage de fertilisants azotés minéraux est ainsi récompensé par un crédit carbone certifié. Le résultat est efficace, car ce crédit permet de rémunérer aussi l’atténuation des émissions de N2O. |
| 4.10. | Le CESE considère que les crédits carbone doivent rémunérer un service rendu, à savoir la séquestration du carbone atmosphérique, mais également accompagner la transition bas carbone du secteur agricole et assurer le bien-être des travailleurs, la prévisibilité des carrières et les conditions de travail dans le secteur agricole. |
| 4.11. | Le CESE recommande donc d’investir dans les crédits carbone grâce à un système transparent et fiable, qui permette de répondre aux besoins de séquestration mais aussi d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre du secteur. La consolidation du rôle de la société civile et des partenaires sociaux, notamment dans l’évaluation de l’impact social des crédits carbone, doit être prise en compte. |
| 4.12. | Étant donné que les mesures d’ajustement carbone aux frontières n’apportent pas une protection adéquate aux agriculteurs, le CESE recommande de tenir également compte des produits importés et de s’assurer que les accords commerciaux, tant nouveaux qu’existants, contraignent les pays exportateurs à s’engager dans des cycles du carbone durables. |
Une transition bas carbone socialement juste
| 4.13. | Le CESE tient à avertir que les États membres et les agriculteurs ne sont pas sur un pied d’égalité en ce qui concerne les capacités d’investissement et d’accompagnement en rapport avec la séquestration du carbone. En outre, certains pays de l’Union sont gravement touchés par la guerre en Ukraine, de sorte que leur capacité à soutenir les investissements futurs dans la séquestration du carbone s’en trouvera affectée. |
| 4.14. | Le CESE invite à soutenir et accompagner les entreprises dans la formation de leurs salariés afin qu’elles puissent mener leur transition vers les nouveaux modèles bas carbone de demain. Ainsi, il serait important d’intégrer des conditionnalités sociales aux aides d’État pour les investissements carbone afin d’éviter les conditions de travail mal rémunérées, non protégées et précaires, conformément aux conventions de l’Organisation internationale du travail. L’accès à l’innovation et le transfert des meilleures pratiques doivent être pris en compte. |
| 4.15. | Le CESE insiste sur l’enjeu essentiel que constituent la formation et l’accompagnement des agriculteurs et des travailleurs du secteur agricole. |
Bruxelles, le 19 mai 2022.
La présidente du Comité économique et social européen
Christa SCHWENG
(1) Voir en particulier l’«action pour le climat dans les tourbières dans le cadre de l’agriculture du carbone», au titre de l’initiative phare «Des zones rurales résilientes» (https://ec.europa.eu/info/strategy/priorities-2019-2024/new-push-european-democracy/long-term-vision-rural-areas_en).
(2) Deuxième volet du sixième rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), publié le 28 février 2022, https://www.ipcc.ch/report/sixth-assessment-report-cycle/
(3) JO C 194 du 12.5.2022, p. 72.
(4) JO C 517 du 22.12.2021, p. 38.
(5) COM(2021) 554 final.
(6) Avis du CESE sur la «Prise en compte des émissions et des absorptions de gaz à effet de serre résultant de l’UTCATF» (JO C 152 du 6.4.2022, p. 192).
(7) Rapport d’information du CESE sur «Les avantages de l’élevage extensif et des engrais organiques dans le contexte du pacte vert pour l’Europe».
(8) Avis du CESE sur la «Nouvelle stratégie de l’Union européenne en matière de sols» (JO C 290 du 29.7.2022, p. 131).
(9) https://www.ipcc.ch/report/sixth-assessment-report-working-group-ii/
(10) Pour de plus amples informations à ce sujet, voir l’avis d’initiative CCMI/190 du CESE sur «Le rôle des technologies d’élimination du dioxyde de carbone dans la décarbonation de l’industrie européenne» (non encore paru au Journal officiel).
(11) https://www.citepa.org/fr/2021_07_b05/
(12) https://www.ecologie.gouv.fr/label-bas-carbone
Avis institutionnel — 52022AB0046
30/12/2022
Avis institutionnel — 52022AB0045
21/12/2022
Avis institutionnel — 52022AE1932R(01)
21/12/2022
Avis institutionnel — 52023AT40462(01)
20/12/2022