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Avis institutionnel — 52021AE6525

CELEX52021AE6525
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 23 mars 2022

Texte intégral

29.7.2022

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 290/52


Avis du Comité économique et social européen sur la proposition de directive du Conseil relative à la mise en place d’un niveau minimum d’imposition mondial pour les groupes multinationaux dans l’Union

[COM(2021) 823 final — 2021/0433(CNS)]

(2022/C 290/09)

Rapporteur:

Krister ANDERSSON

Corapporteur:

Petru Sorin DANDEA

Consultation

Conseil de l’Union européenne, 10.2.2022

Base juridique

Article 115 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section «Union économique et monétaire et cohésion économique et sociale»

Adoption en section

3.3.2022

Adoption en session plénière

23.3.2022

Session plénière no

568

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

197/1/5

1. Conclusions et recommandations

1.1.

La proposition de la Commission vise à transposer au sein de l’Union européenne le modèle de règles GloBE compris dans le pilier 2 du cadre inclusif de l’OCDE et du G20. Le CESE se félicite que la Commission aligne pleinement ses travaux sur les discussions et accords internationaux, et il soutient sans réserve les objectifs qu’elle s’est assignés.

1.2.

Le CESE partage l’avis de la Commission selon lequel «[l]’efficacité et l’équité de la réforme visant à mettre en place un niveau minimum d’imposition mondial dépendent en grande partie de sa mise en œuvre dans le monde entier». Il juge très important que les négociations soient couronnées de succès et conclues en temps utile. Une mise en œuvre commune à l’échelle mondiale sans surréglementation est essentielle pour rendre les règles efficaces et ne pas fausser la concurrence.

1.3.

Le CESE rejoint pleinement la Commission sur le constat qu’il est «impératif de garantir une mise en œuvre uniforme des règles types de l’OCDE dans l’UE» et que «cet objectif ne peut être atteint que si la législation est adoptée au niveau central et transposée de manière uniforme».

1.4.

S’il est primordial que des discussions techniques et des travaux préparatoires se déroulent d’ores et déjà au niveau de l’Union européenne, le CESE note que l’OCDE travaille encore à l’élaboration de règles plus détaillées et à la clarification des définitions. Les États membres devraient par conséquent veiller à inclure l’ensemble des recommandations et des conclusions qui résulteront des négociations en cours au sein de l’OCDE.

1.5.

Le CESE appuie tout effort visant à réduire les coûts de mise en conformité pour les entreprises européennes et les autorités fiscales lors de la conception du nouveau système. La mise en œuvre intégrale du pilier 2 sera complexe et nécessitera beaucoup de temps et de sérieux efforts, de la part des unes comme des autres. L’OCDE devrait présenter dans les mois qui viennent des règles importantes concernant, entre autres, les régimes de protection et la simplification des déclarations administratives, qui pourraient faciliter la mise en œuvre de ce nouveau régime d’imposition, aussi bien pour les entreprises que pour les autorités fiscales. Il conviendrait d’inclure ces règles dans la directive.

1.6.

Le CESE estime que les règles types ne devraient pas neutraliser les dispositions fiscales spécifiques adoptées par les parlements des États membres en tant que mesures délibérées d’incitation à l’investissement et à l’emploi. Il importe de promouvoir l’avènement d’une économie plus écologique et numérisée, et la fiscalité devrait jouer un rôle en ce sens.

1.7.

Le CESE plaide pour que la directive à l’examen prévoie une disposition permettant d’appliquer la directive sur le règlement des différends à ceux qui concernent le pilier 2, à tout le moins entre les États membres.

1.8.

Le Comité est favorable à l’imposition de pénalités en cas de non-conformité avec les dispositions de la directive et, afin de garantir qu’elles soient pleinement respectées, il invite les États membres à effectuer des contrôles fiscaux rigoureux.

1.9.

Le CESE demande que la liste de l’Union des pays tiers non coopératifs soit révisée à la lumière du train de mesures fiscales.

1.10.

Le CESE tient à souligner que la fiscalité équitable des entreprises multinationales correspond à une demande exprimée depuis longtemps par le grand public, et il escompte la conclusion rapide d’un accord sur le pilier 2 à l’échelle européenne et mondiale.

2. Contexte et proposition de la Commission

2.1.

La proposition de directive de la Commission relative à la mise en place d’un niveau minimal d’imposition mondial pour les groupes multinationaux dans l’Union vise à y transposer les règles types de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour la mise en œuvre au niveau national d’un impôt minimal mondial (règles types du cadre inclusif de l’OCDE) au moyen d’une réglementation et d’une mise en œuvre uniformes (1).

2.2.

Les règles fiscales séculaires appliquées à l’échelle nationale et internationale ne sont plus adaptées à certains des nouveaux modèles économiques aujourd’hui en usage. Nombreuses sont les entreprises qui n’ont pas de présence physique dans de multiples pays et qui, dans ces juridictions, ne paient pas l’impôt sur les sociétés dans les mêmes proportions que les entreprises qui y sont établies physiquement (2).

2.3.

Les budgets publics ont été mis à rude épreuve à la suite de la crise financière de 2008-2009. Tous ces facteurs ont contribué, au sein de l’OCDE, à la création d’un processus destiné à lutter contre l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices (BEPS).

2.4.

À la suite du projet BEPS de l’OCDE, en 2015, les membres du G20 et du cadre inclusif de l’OCDE se sont entendus sur une solution au problème de savoir comment relever les défis fiscaux toujours plus importants soulevés par la numérisation de l’économie.

2.5.

La série de mesures convenue comprend deux piliers et concerne les entreprises de tous les secteurs. Le pilier 2 porte sur les groupes d’entreprises dont le chiffre d’affaires est d’au moins 750 millions d’euros. Le pilier 1 impose une réattribution partielle des droits d’imposition des bénéfices excédentaires aux juridictions de marché et le pilier 2 introduit une imposition effective minimale de 15 % (3). Les règles types de l’OCDE consistent en 70 pages de règles extrêmement complexes et techniques, dont 10 pages de définitions visant à permettre une «approche commune» de l’imposition minimale à l’échelle mondiale.

2.6.

Le pilier 2 se compose de deux règles nationales: i) la «règle d’inclusion du revenu» (RDIR) et ii) son filet de sécurité, la «règle relative aux paiements insuffisamment imposés» (RPII), désignées collectivement comme les «règles globales de lutte contre l’érosion de la base d’imposition» (Global Anti-Base Erosion — GloBE), ainsi que d’une règle conventionnelle: la «règle d’assujettissement à l’impôt» (RAI).

2.7.

La proposition impose à l’entité mère ultime (EMU) de payer l’impôt complémentaire, c’est-à-dire le moins-perçu pour l’ensemble du groupe, dans sa juridiction de résidence. Les recettes fiscales seront donc perçues par cette juridiction, ce qui signifie que c’est dans une autre juridiction qu’a lieu l’imposition et que se trouvent les produits de l’impôt. Les pays n’ont pas l’obligation d’augmenter leur taux d’imposition jusqu’au niveau minimal.

2.8.

Si l’entité mère ultime est établie dans un pays qui n’applique pas de règle d’inclusion du revenu qualifiée, c’est la règle relative aux paiements insuffisamment imposés qui entre en jeu, par laquelle les juridictions où cette entreprise multinationale exerce ses activités sont tenues de procéder, conformément aux règles types, à un ajustement équivalent de l’impôt dû par les entreprises du groupe de manière à recouvrir le montant total de l’impôt complémentaire.

2.9.

L’attribution du montant total de l’impôt complémentaire à une juridiction est basée sur la part du nombre total d’employés qui y résident et des actifs corporels du groupe dans les juridictions ayant adopté les dispositions relatives à la RPII.

2.10.

Le calcul de l’impôt complémentaire pour chaque juridiction comprend une exclusion liée à la substance qui permet en définitive d’imposer un certain montant de revenus en dessous du taux minimal effectif. Le montant des revenus exclus est fixé initialement à hauteur de 10 % des frais de personnel locaux et de 8 % de la valeur des actifs corporels utilisés localement, puis sera ramené à 5 % de chacune de ces bases sur une période de dix ans.

2.11.

Les règles types de l’OCDE prennent les comptes financiers comme base de calcul des taux d’imposition effectifs, en procédant à des ajustements complexes. Elles prévoient également la possibilité pour une juridiction d’adopter une méthode nationale de calcul de l’impôt complémentaire minimal, auquel cas cette juridiction se voit attribuer l’impôt complémentaire et le perçoit, et, par conséquent, aucune recette fiscale n’est transférée de cette juridiction vers une autre.

2.12.

L’OCDE s’est déjà engagée à publier les commentaires relatifs aux règles types au cours du premier trimestre de l’année 2022 afin de clarifier l’interprétation des règles et d’étoffer les orientations et précisions concernant les régimes de protection et les instructions administratives. Des éclaircissements supplémentaires pourraient être attendus.

2.13.

Une interprétation commune des règles à l’échelle mondiale et une mise en œuvre uniforme sur le plan du contenu et du calendrier sont primordiales pour éviter les distorsions et garantir des conditions de concurrence équitables et la compétitivité de l’Europe (4).

2.14.

S’appuyant sur sa communication intitulée «Fiscalité des entreprises pour le XXIe siècle», la Commission aborde dans sa proposition uniquement le modèle de règles GloBE compris dans le pilier 2 du cadre inclusif de l’OCDE et du G20. Le pilier 1 n’est pas traité de manière aussi approfondie que le pilier 2. Cette partie de l’ensemble de mesures peut également faire l’objet d’une directive de l’Union (5).

2.15.

Le champ d’application de la directive est défini par référence aux entités constitutives situées dans l’Union et appartenant à des groupes d’entreprises multinationales ou à des grands groupes nationaux dont le chiffre d’affaires consolidé dépasse 750 millions d’EUR pendant au moins deux des quatre années précédentes.

2.16.

La directive prévoit que, lorsque l’entité mère ultime est établie hors de l’Union dans une juridiction qui n’applique pas de règle d’inclusion du revenu qualifiée, toutes ses entités constitutives situées dans des juridictions disposant d’un cadre adéquat en matière de RPII seront soumises à cette dernière. Dans ce cas, les entités constitutives du groupe d’entreprises multinationales situées dans un État membre y seront assujetties à l’impôt complémentaire, lequel sera réparti selon la formule à deux facteurs et dont le montant sera calculé en fonction des revenus faiblement imposés des entités constitutives du groupe en question.

2.17.

La directive contient des règles pour déterminer le «bénéfice admissible», c’est-à-dire le revenu ajusté dont il sera tenu compte pour calculer le taux effectif d’imposition. Pour calculer ce revenu, il est nécessaire de se référer au revenu net comptable ou à la perte nette comptable de l’entité constitutive au titre de l’année fiscale. Des ajustements précis, d’une très grande complexité, sont effectués pour tenir compte de la différence entre la comptabilité financière et la comptabilité fiscale. S’ils se rapportent, pour la plupart, aux exigences relatives à la date de déclaration des revenus/coûts, les dispositions prévoyant une faible imposition dans les régimes fiscaux favorables aux brevets ne sont par exemple pas reconnues, tandis que l’amortissement accéléré des actifs immobilisés l’est.

2.18.

Des règles sont définies pour le calcul du «montant ajusté des impôts concernés» d’une entité constitutive pour une année fiscale. Le principe majeur de l’attribution des impôts concernés consiste à les affecter à la juridiction où les bénéfices sous-jacents soumis à ces impôts ont été réalisés. Pour garantir le respect de ce principe, la directive prévoit en outre des règles particulières concernant les impôts transfrontières, ou s’appliquant dans le cas d’un établissement stable, d’une entité transparente, d’une société étrangère contrôlée ou d’une entité hybride, ou pour ce qui est des impôts sur les dividendes.

2.19.

La directive définit le taux effectif comme le rapport entre le montant ajusté des impôts concernés des entités constitutives du groupe et le revenu ajusté qu’elles ont généré dans une juridiction donnée au cours de l’année fiscale. Conformément à l’accord global et afin d’en garantir la transposition, la directive fixe le taux d’imposition effectif minimal aux fins du modèle de règles GloBE à 15 %.

2.20.

Pour réduire les coûts de mise en conformité dans les situations à faible risque, une exclusion s’applique aux montants peu élevés, selon une approche de minimis, lorsque les bénéfices des entités constitutives du groupe d’entreprises multinationales sont inférieurs à 1 million d’EUR et que leur chiffre d’affaires est inférieur à 10 millions d’EUR dans une juridiction donnée.

2.21.

Des règles particulières sont applicables en cas de fusions, d’acquisitions, de coentreprises et de groupes d’entreprises multinationales à entités mères multiples. Elles prévoient l’application d’un seuil de chiffre d’affaires consolidé aux membres du groupe participant à une fusion ou à une scission. Lorsqu’une entité constitutive est acquise ou vendue par un groupe d’entreprises multinationales relevant du champ d’application des règles, cette entité constitutive doit être traitée comme faisant partie des deux groupes au cours de l’exercice, moyennant certains ajustements de la valeur des éléments d’imposition utilisés pour l’application du modèle de règles GloBE (tels que les impôts concernés, les frais de personnel éligibles, les actifs corporels éligibles ou les impôts différés actifs relevant des règles GloBE).

2.22.

La directive contient des règles relatives aux régimes de neutralité fiscale et aux régimes d’imposition des distributions. Afin d’éviter des résultats non désirés, tels qu’un passif disproportionné d’impôt complémentaire dû au titre de la RPII dans un groupe d’entreprises multinationales, la directive prévoit des règles particulières pour le calcul du revenu de l’entité mère ultime lorsque celle-ci est une entité intermédiaire ou est assujettie à un régime des dividendes déductibles (6).

2.23.

Aux termes de la directive, une entité constitutive d’un groupe d’entreprises multinationales établie dans un État membre est tenue de déposer une déclaration d’information pour l’impôt complémentaire, sauf si le groupe en question a déposé cette déclaration dans une autre juridiction avec laquelle l’État membre concerné a conclu un accord entre autorités compétentes qualifiées permettant l’échange automatique de la déclaration annuelle d’informations fiscales. La déclaration fiscale requise est à déposer dans les 15 mois suivant la fin de l’année fiscale à laquelle elle se rapporte.

3. Observations générales

3.1.

Le CESE accueille favorablement la proposition de directive de la Commission visant à transposer le pilier 2 dans le système juridique de l’Union et à l’appliquer sur l’ensemble du marché intérieur. Il approuve sans réserve le fait que la Commission aligne ses travaux sur les discussions et accords internationaux, et s’en félicite. Le CESE note que les entreprises en dessous de certains seuils ne sont pas concernées par l’accord, mais que les règles sont générales et qu’elles s’appliqueront, selon l’OCDE, à des centaines d’entreprises. Chaque groupe d’entreprises relevant du champ d’application de la proposition peut posséder de nombreux établissements stables et filiales.

3.2.

Le CESE relève que, parmi tous les pays participant aux négociations sur le cadre inclusif, quatre n’ont pas adhéré à cet ensemble de mesures, tandis que 137 ont signé l’accord global. La directive européenne relative à un impôt minimal peut offrir de nouvelles mesures de défense contre les pratiques préjudiciables qui consistent en l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices. Le Comité n’a eu de cesse de soutenir les objectifs du projet BEPS afin de garantir la viabilité des finances publiques dans l’Union.

3.3.

Le CESE partage l’avis de la Commission selon lequel «[l]’efficacité et l’équité de la réforme visant à mettre en place un niveau minimal d’imposition mondial dépendent en grande partie de sa mise en œuvre dans le monde entier». Il juge très important que les négociations soient couronnées de succès et conclues en temps utile. Une mise en œuvre commune à l’échelle mondiale est essentielle pour rendre les règles efficaces et ne pas fausser la concurrence.

3.4.

Le CESE estime que les piliers 1 et 2 du cadre inclusif de l’OCDE et du G20 devraient être traités comme un ensemble de mesures complètes et mutuellement intégrées. La cohérence dans la mise en application des deux piliers revêt une importance capitale. Le CESE encourage les États membres et la Commission à intensifier leurs efforts de négociation, par l’intermédiaire de l’OCDE, afin que le pilier 1 soit mis en œuvre au niveau mondial dans les meilleurs délais.

3.5.

Le CESE rejoint la Commission sur le constat qu’une action au niveau de l’UE est nécessaire et qu’il est «impératif de garantir une mise en œuvre uniforme des règles types de l’OCDE dans l’UE». Il convient en outre que «cet objectif ne peut être atteint que si la législation est adoptée au niveau central et transposée de manière uniforme» (7). Le CESE fait valoir que la directive doit respecter les libertés fondamentales ainsi que les obligations et les compétences prévues par les traités.

3.6.

Le processus de l’Union se trouve facilité par le fait que tous les États membres ont pris part aux délibérations de l’OCDE/du cadre inclusif, ou qu’ils ont depuis lors marqué leur accord sur les résultats obtenus. Le CESE tient à souligner que la fiscalité équitable des entreprises multinationales correspond à une demande exprimée depuis longtemps par le grand public, et il escompte la conclusion rapide d’un accord sur le pilier 2 à l’échelle européenne et mondiale.

3.7.

S’il est primordial que des discussions techniques et des travaux préparatoires se déroulent d’ores et déjà au niveau de l’Union européenne, le CESE note que l’OCDE travaille encore à l’élaboration de règles plus détaillées et à la clarification des définitions. Les États membres devraient par conséquent veiller à inclure l’ensemble des recommandations et des conclusions qui résulteront des négociations en cours au sein de l’OCDE, puisqu’il conviendrait d’éviter un processus d’amendement ou de modification de la directive. De même, il importe que l’Union examine attentivement le calendrier de mise en œuvre prévu par les juridictions des pays tiers.

3.8.

Le CESE soutient la décision prise par la Commission de s’appuyer sur les nombreux travaux préparatoires menés au niveau international, en ayant recours à l’analyse d’impact de l’OCDE pour élaborer la proposition actuellement à l’examen, sans doubler la charge de travail par une nouvelle analyse d’impact. Toutefois, le CESE aurait apprécié qu’une analyse d’impact fût effectuée en ce qui concerne les sections de la directive visant sa mise en conformité avec le droit de l’Union. Il plaide pour qu’une telle analyse soit réalisée et rendue publique.

3.9.

Le CESE note et comprend la nécessité de se conformer aux exigences du droit européen. La méthode la plus simple, qui n’est toutefois pas nécessairement la seule, consiste à étendre les dispositions de la règle d’inclusion du revenu aux situations purement nationales.

3.10.

Le CESE partage l’avis de la Commission selon lequel il est souhaitable qu’un nombre limité de contribuables soient concernés et que le seuil de 750 millions d’euros soit «conform[e] aux règles types de l’OCDE comme aux exigences du droit de l’Union» (8), respectant ainsi le principe de proportionnalité. Il constate que le seuil est en accord avec les règles de la déclaration pays par pays et la directive sur la lutte contre l’évasion fiscale.

3.11.

Le CESE adhère à l’affirmation de la Commission selon laquelle le taux d’imposition minimal de 15 % convenu au sein du cadre inclusif de l’OCDE et du G20 sur le BEPS «représente un équilibre entre les taux d’imposition des sociétés dans le monde» (9). Il importe de respecter l’accord conclu par les gouvernements, de transposer les règles et d’assujettir à l’impôt complémentaire les entreprises relevant de son champ d’application. Le CESE soutient également le fait que, conformément à l’accord de l’OCDE, l’exclusion liée à la substance, qui porte sur les frais de personnel et les actifs corporels, soit reprise dans la directive, et il souscrit à l’évaluation de la Commission selon laquelle «il est peu probable que les pratiques de BEPS se développent» dans le cadre d’activités économiques réelles (10).

3.12.

Le CESE appuie tout effort éventuel visant à réduire les coûts de mise en conformité pour les entreprises européennes et les autorités fiscales lors de la conception du nouveau système. La mise en œuvre intégrale du pilier 2 sera complexe et nécessitera beaucoup de temps et d’efforts. Les autorités fiscales seront tenues d’élaborer les systèmes et les procédures permettant de calculer et de collecter les nouvelles charges fiscales. En outre, il sera nécessaire de disposer d’un personnel adéquat et formé afin de garantir une mise en œuvre rapide, tout en affectant des ressources à d’autres compétences fiscales internationales, telles que les accords préalables en matière de prix (APP) et les mécanismes de règlement des différends. Le CESE encourage les autorités fiscales à entamer des travaux préparatoires à cet effet ou à les poursuivre afin de pouvoir respecter le calendrier de mise en œuvre prévu (janvier 2023).

3.13.

Le CESE plaide pour que la directive sur le règlement des différends puisse s’appliquer à ceux qui concernent le pilier 2, à tout le moins entre les États membres. Ces nouvelles dispositions sur le règlement des différends fiscaux, en vigueur depuis le 1er juillet 2019, sont énoncées dans la directive (UE) 2017/1852 du Conseil (11) et apportent des améliorations sensibles en la matière, en ce qu’elles permettent aux entreprises et aux particuliers de régler plus rapidement et plus efficacement les différends liés à l’interprétation et à l’application des conventions fiscales.

3.14.

Conformément à l’accord de l’OCDE, le CESE est favorable à l’exclusion de minimis, qui permet d’exclure l’entité d’une entreprise multinationale lorsque les bénéfices de cette entité sont inférieurs à 1 million d’euros et que son chiffre d’affaires est inférieur à 10 millions d’euros. Il pourrait être nécessaire de réviser ce plafond au fil du temps.

3.15.

Le CESE juge important que les règles relatives au régime de protection envisagées soient présentées suffisamment tôt pour pouvoir être transposées dans la directive finale. Cet aspect est essentiel si l’on veut épargner aux contribuables et aux administrations fiscales une charge administrative inutile.

3.16.

Le CESE souscrit à l’idée que la directive devrait prévoir une évaluation par la Commission des critères d’équivalence relatifs à la règle d’inclusion du revenu, ainsi qu’une liste des pays et territoires tiers qui remplissent ces critères d’équivalence. Cette liste serait modifiée au moyen d’un acte délégué.

3.17.

Le CESE relève que la présidence française du Conseil de l’UE a annoncé son intention de mettre un point final aux discussions, si possible, avant la tenue des prochaines élections présidentielles d’avril 2022 en France. L’Union devrait encourager ses partenaires commerciaux à se montrer tout aussi ambitieux.

4. Observations particulières

4.1.

Il importe que les règles types ne viennent pas neutraliser d’autres dispositions fiscales adoptées par les parlements des États membres en tant que mesures délibérées d’incitation à l’investissement et à l’emploi. Il convient de ne pas entraver les règles en vigueur de longue date, par exemple celles qui autorisent l’amortissement accéléré des investissements fixes, les incitations en faveur des activités de recherche et développement ou les initiatives plus récentes visant à promouvoir l’essor d’une économie plus écologique et plus numérisée. Cela vaut aussi bien pour les initiatives de relance économique en lien avec la pandémie que pour les futures évolutions technologiques, qu’il convient d’encourager.

4.2.

La mise en œuvre du modèle de règles GloBE dans l’Union européenne aura une incidence sur les dispositions existantes de la directive sur la lutte contre l’évasion fiscale (ATAD) et, plus particulièrement, sur les règles relatives aux sociétés étrangères contrôlées (SEC), qui pourraient interagir avec la règle primaire du pilier 2, à savoir la règle d’inclusion du revenu. Dans sa communication intitulée «Fiscalité des entreprises pour le XXIe siècle» (12), la Commission fait observer que les gouvernements ont recours à l’adoption de mesures disparates visant à lutter contre la fraude et l’évasion fiscales et que ces mesures n’ont fait qu’aggraver la complexité existante (13). Même s’il n’est pas nécessaire de modifier la directive ATAD (14), il pourrait être judicieux de procéder à un réexamen de l’efficacité des règles combinées et de la charge administrative qu’elles génèrent, tant pour les administrations fiscales que pour les entreprises.

4.3.

Le CESE rejoint le point de vue de la Commission selon lequel la transposition du modèle de règles GloBE dans l’Union pourrait ouvrir la voie à un accord sur la proposition en attente quant à une refonte de la directive relative aux intérêts et redevances.

4.4.

Le CESE demande que soit effectué un suivi étroit de l’efficacité des règles et des coûts administratifs. Les États membres devraient éviter le recours excessif aux décisions fiscales anticipées si elles portent atteinte aux dispositions de l’accord global.

4.5.

Le CESE est favorable à l’imposition de pénalités en cas de non-conformité avec les dispositions de la directive et, afin de garantir qu’elles soient pleinement respectées, il invite les États membres à effectuer des contrôles fiscaux rigoureux.

4.6.

Le CESE demande que la liste de l’Union des pays tiers non coopératifs soit révisée à la lumière de la mise en œuvre du train de mesures fiscales convenu par l’OCDE.

4.7.

Le CESE tient à souligner que la fiscalité équitable des entreprises multinationales correspond à une demande exprimée depuis longtemps par le grand public, et il escompte la conclusion rapide d’un accord sur le pilier 2 à l’échelle européenne et mondiale.

Bruxelles, le 23 mars 2022.

La présidente du Comité économique et social européen

Christa SCHWENG


(1) Directive du Conseil relative à la mise en place d’un niveau minimum d’imposition mondial pour les groupes multinationaux dans l’Union, COM(2021) 823 final.

(2) Matthias Bauer, entre autres, a analysé la part d’impôt sur les sociétés que paient certaines entreprises dites «numériques», ainsi que les pays dans lesquels elles s’en acquittent: Digital Companies and Their Fair Share of Taxes: Myths and Misconceptions (Les entreprises numériques et leur juste part d’impôts: mythes et idées fausses), ECIPE, février 2018, https://ecipe.org/publications/digital-companies-and-their-fair-share-of-taxes/?chapter=all

(3) Projet OCDE/G20 sur l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices, «Les défis fiscaux soulevés par la numérisation de l’économie — Règles globales anti-érosion de la base d’imposition (Pilier Deux) — Cadre inclusif sur le BEPS», https://www.oecd.org/tax/beps/tax-challenges-arising-from-the-digitalisation-of-the-economy-global-anti-base-erosion-model-rules-pillar-two.pdf. Pour obtenir une vue d’ensemble, voir également: Jefferson VanderWolk, Squire Patton Boggs, Global Minimum Taxation for Large Multinationals (Une imposition minimale mondiale pour les grandes multinationales), https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:6884197871441207296/.

(4) Les États-Unis disposent de leur propre régime d’imposition minimale au niveau mondial, le «revenu mondial à faible taux d’imposition tiré de biens incorporels» (Global Intangible Low Tax Income — GILTI), mais selon la Commission, la législation qui y est en vigueur est incompatible avec les dispositions de la RDIR. Les États-Unis procèdent actuellement à une réforme de leur régime GILTI pour le rendre compatible avec le pilier 2. L’OCDE discutera avec eux, ainsi qu’avec les membres du cadre inclusif, des conditions d’équivalence entre ledit régime réformé et le pilier 2. Jusqu’à ce qu’un accord soit trouvé sur ces conditions, les entreprises européennes pourraient subir des désavantages concurrentiels, même si la mise en œuvre de la RPII apporterait une certaine protection.

(5) «Afin de garantir sa mise en œuvre cohérente dans tous les États membres de l’UE, y compris ceux qui ne sont pas membres de l’OCDE et qui ne participent pas au cadre inclusif, la Commission proposera une directive pour la mise en œuvre du pilier 1 dans l’UE.» COM(2021) 251 final, p. 10.

(6) «Pour ce qui est des entités d’investissement, il existe des règles spécifiques concernant la détermination du taux effectif d’imposition, de l’impôt complémentaire, la possibilité de les traiter comme des entités fiscalement transparentes et l’option consistant à appliquer une méthode de distribution imposable.»

En ce qui concerne les régimes d’imposition des distributions, la directive prévoit que, sur une base annuelle, l’entité déclarante peut exercer, pour les entités constitutives soumises à un régime éligible d’imposition des distributions, l’option selon laquelle un impôt sur les distributions présumées est inclus dans le calcul du montant ajusté des impôts concernés desdites entités constitutives.

(7) COM(2021) 823 final, page 3.

(8) COM(2021) 823 final, page 4.

(9) COM(2021) 823 final, page 18.

(10) COM(2021) 823 final, page 19.

(11) Voir l’avis du CESE sur le thème «Améliorer les mécanismes de règlement des différends en matière de double imposition» (JO C 173 du 31.5.2017, p. 29).

(12) COM(2021) 251 final.

(13) Voir l’avis du CESE sur la «Fiscalité des entreprises pour le XXIe siècle».

(14) COM(2021) 823 final, page 2.


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Avis institutionnel52023AT40462(01)

Avis institutionnel — 52023AT40462(01)

20/12/2022

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