| CELEX | 52021AE6620 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | mercredi 13 juillet 2022 |
| 22.11.2022 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 443/116 |
Avis du Comité économique et social européen sur la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil relatif aux indications géographiques de l’Union européenne pour les vins, les boissons spiritueuses et les produits agricoles, et aux systèmes de qualité pour les produits agricoles, modifiant les règlements (UE) no 1308/2013, (UE) 2017/1001 et (UE) 2019/787 et abrogeant le règlement (UE) no 1151/2012
[COM(2022) 134 final — 2022/0089 (COD)]
(2022/C 443/17)
| Rapporteur: | Decebal-Ștefăniță PADURE |
| Consultation | Parlement européen, 7.4.2022 Conseil, 12.4.2022 |
| Base juridique | Article 192, paragraphe 1, et article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Section «Agriculture, développement rural et environnement» |
| Adoption en section | 30.6.2022 |
| Adoption en session plénière | 13.7.2022 |
| Session plénière no | 571 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 203/0/1 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le Comité économique et social européen (CESE) se félicite que la Commission ait pris l’initiative de présenter une proposition de nouveau règlement qui entend renforcer le régime actuel des indications géographiques (IG) concernant les produits agricoles, les boissons spiritueuses et les vins. Pour assurer le développement des zones rurales et la pérennité de leurs communautés, de leurs paysages et de leur patrimoine culturel, ces indications apportent une contribution essentielle et méritent de bénéficier d’un dispositif qui soit, autant que faire se peut, optimal et de la plus haute efficacité. Liées à des régions spécifiques, à leur savoir, leur terroir et leur culture, les initiatives de ce genre existaient bien avant que l’Union européenne ne les dote d’une assise juridique. Il est primordial de préserver ce dispositif et de lui assurer le degré de protection le plus élevé possible. |
| 1.2. | Le CESE tient à souligner que les indications géographiques constituent d’ores et déjà un système dont le fonctionnement donne satisfaction et qui a fait l’objet d’un remaniement à date récente, en 2021, avec l’adoption d’une version révisée du règlement (UE) no 1308/2013 portant organisation commune des marchés (OCM) dans le secteur des produits agricoles (1). Le Comité exhorte le Parlement européen et le Conseil à tenir compte de cet état de fait et à se montrer extrêmement méticuleux en ce qui concerne l’évaluation et la conception de toute modification proposée par cette nouvelle révision, afin de garantir que le système s’en trouve véritablement renforcé. |
| 1.3. | Le CESE a la conviction que les indications géographiques forment un système tout à fait spécifique, qui représente bien davantage qu’un droit de propriété intellectuelle, et qu’il convient de ne pas le gérer comme une marque. Aussi invite-t-il les institutions de l’Union européenne, avant de prendre toute décision en la matière, à s’employer avec le plus grand soin à jauger s’il est nécessaire de retirer à la direction générale de l’agriculture et du développement rural (DG AGRI) les tâches de gestion de ces indications et de les déléguer à une agence extérieure, ainsi qu’à examiner la valeur ajoutée qui résulterait d’un tel transfert. De même, il importerait d’évaluer si l’agence retenue à cette fin détient bien l’expertise et le savoir requis pour gérer avec compétence les tâches qui lui seront déléguées. Il serait opportun que la DG AGRI continue à assumer le premier rôle dans la gestion des indications géographiques, tandis que la direction générale du marché intérieur, de l’industrie, de l’entrepreneuriat et des PME (DG GROW) devrait s’employer à garantir, grâce à des accords commerciaux et à une action de sensibilisation, que le système bénéficie d’une reconnaissance et d’une protection à l’échelle internationale. |
| 1.4. | Le CESE estime que toute délégation de compétences devrait être explicitée rigoureusement dans le corps même du règlement et être circonscrite à des tâches administratives. Il conviendrait que chaque décision, de quelque nature que ce soit, qui concerne les demandes, les modifications, les annulations ou les oppositions touchant aux indications géographiques reste strictement réservée à la DG AGRI. En outre, la proposition devrait préciser que l’enregistrement des indications géographiques et toute autre procédure en rapport avec leur gestion resteront absolument gratuites, quelle que soit l’organisation qui effectue la procédure. |
| 1.5. | Le CESE salue la possibilité qui est donnée d’inclure dans les indications géographiques des engagements en matière de durabilité. Il invite toutefois les colégislateurs à consulter les producteurs de ces indications pour évaluer si cette intégration doit s’effectuer directement dans leur cahier des charges ou plutôt sur un mode spécifique. |
| 1.6. | Le CESE estime qu’afin de garantir une sécurité juridique aux groupements de producteurs qui souhaitent adopter des engagements en faveur de l’environnement, il conviendrait que les critères gouvernant la reconnaissance desdits engagements figurent directement dans le règlement, plutôt que d’être établis par le biais d’actes délégués, qui devraient être adoptés à un stade ultérieur. |
| 1.7. | Considérant qu’il est de la plus haute importance de faire en sorte que les groupements de producteurs soient renforcés et mis en capacité d’agir dans toute la mesure du possible, le CESE accueille favorablement la suggestion de les doter d’attributions relatives à l’utilisation comme ingrédients de produits bénéficiant d’indications géographiques, ainsi qu’à la protection de ces produits sur l’internet. Pour exercer ces missions, ils devraient toutefois bénéficier de ressources supplémentaires d’une provenance autre que le budget de la politique agricole commune. |
| 1.8. | S’agissant de la gestion interne des groupements de producteurs et de leur composition, le CESE presse les colégislateurs de consulter les organisations de producteurs d’indications géographiques pour qu’elles évaluent cet aspect de la proposition. Il les invite également à veiller à ce qu’au sein de ces groupements, les petits producteurs d’indications géographiques ne soient pas désavantagés par rapport à ceux de grande envergure. |
| 1.9. | D’une manière générale, protéger les indications géographiques constitue un enjeu de la plus haute importance. À cet égard, il est également primordial de les prémunir contre l’évocation, et le CESE fait bon accueil à toute disposition susceptible de conforter cette protection. Il constate toutefois avec inquiétude qu’il pourrait être contreproductif d’inclure dans le règlement une définition par trop détaillée de ces pratiques, car elle pourrait s’avérer inadaptée pour les contrer, dès lors qu’elles revêtent un caractère évolutif. Le CESE préconise de supprimer celle qui est actuellement fournie et de prendre plutôt appui sur la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union. |
| 1.10. | Pour garantir que les consommateurs qui achètent des produits couverts par une indication géographique soient pleinement informés, le CESE conseille d’utiliser un code QR qui fournisse un lien renvoyant aux informations s’y rapportant sur le registre eAmbrosia, ainsi qu’au site internet du producteur et à son certificat. |
| 1.11. | La sensibilisation du consommateur représente un facteur essentiel pour le succès des indications géographiques. Le CESE lance un appel pour qu’un soutien énergique leur soit accordé dans le cadre des actions de l’Union européenne visant à promouvoir les produits agricoles et que leurs producteurs bénéficient, de la part de la Commission et des États membres, d’une assistance et d’une expertise en matière de commercialisation. Le Comité considère en outre que les pays de l’Union devraient arrêter des mesures incitatives pour que dans l’évaluation des offres, les procédures de marchés publics accordent des points supplémentaires aux produits qui bénéficient de la certification d’indications géographiques. Il préconise par ailleurs que la proposition prévoie des campagnes de sensibilisation en faveur du système des indications géographiques, qui diffusent des messages d’intérêt public sur les chaînes publiques de télévision, tant des États membres que de l’Union européenne. |
| 1.12. | Enfin, le CESE invite les colégislateurs à inclure dans le règlement des mesures qui fassent la promotion du dispositif des indications géographiques parmi les producteurs et leur procurent l’expertise et l’assistance administrative qui leur sont nécessaires pour enregistrer leurs produits, ainsi que tout autre type d’aide dont ils pourraient avoir besoin, en particulier dans les régions sous-représentées dans ce régime. |
2. Introduction
| 2.1. | Les indications géographiques (IG) constituent un instrument qui donne la possibilité de mettre en évidence des produits dont les qualités, le renom et d’autres caractéristiques distinctives sont liés à des facteurs, tant humains que naturels, qui se rattachent à une aire géographique particulière. Elles bénéficient d’une reconnaissance officielle et d’une inscription dans le droit de l’Union européenne, remontant à 1970 pour le vin et 1992 dans le cas des produits agricoles et des denrées alimentaires (2). |
| 2.2. | La politique de l’Union européenne concernant les indications géographiques apparaît être une véritable réussite, non seulement parce qu’elles ont augmenté les revenus des agriculteurs en créant une valeur ajoutée pour leurs produits, puisque le prix des productions bénéficiant d’une telle indication atteint en moyenne 2,11 fois celui de leurs pendants qui en sont dépourvus, mais aussi parce qu’elles ont stimulé le développement des régions et des communautés rurales auxquelles elles sont liées. Elles ont également joué un rôle important pour préserver certaines techniques agricoles, variétés végétales ou races animales anciennes d’un type particulier. Aujourd’hui, elles représentent, à l’échelle de l’Union, 7 % du total des ventes agroalimentaires et 15,5 % du volume global des exportations en la matière (3). |
| 2.3. | De par leur nature même, les indications géographiques sont étroitement liées à une région donnée et à ses communautés rurales. Grâce à cette connexion privilégiée et à leur valeur ajoutée, elles contribuent non seulement à assurer le développement économique de ces zones et collectivités mais également à préserver, voire renforcer, leur patrimoine culturel et leur identité. |
| 2.4. | Le lien indissoluble qu’elles entretiennent avec leur terroir constitue aussi un puissant outil pour éviter les délocalisations et préserver l’emploi dans les aires européennes de ruralité. |
| 2.5. | Par ailleurs, eu égard à la structure tout à fait spécifique de leur gestion, qui est assurée par des groupements de producteurs attachés à une région spécifique et offre ainsi aux producteurs de base un certain degré de contrôle sur la distribution du produit concerné, elles ont fait la démonstration de leur capacité à créer en amont une valeur dont ils sont les bénéficiaires. |
| 2.6. | Cet ancrage au sein d’une région, de sa population et de son territoire constitue l’essence même des indications géographiques et les différencie des marques, lesquelles sont adossées à des entreprises. |
| 2.7. | À l’occasion de la définition de la nouvelle politique agricole commune (PAC), qui a été définitivement adoptée en 2021, et, plus particulièrement, de la révision du règlement portant organisation commune des marchés (OCM), le système des indications géographiques a fait l’objet de plusieurs modifications, destinées à alléger la charge administrative qu’elles imposent aux producteurs et à renforcer le contrôle qu’ils exercent sur celles dont ils assurent la production, tout en préservant le haut niveau de qualité associé aux produits concernés. Ces changements ont reçu un accueil on ne peut plus positif de la part du secteur. |
| 2.8. | Dans la foulée de sa stratégie «De la ferme à la table», la Commission a décidé de procéder à une nouvelle révision du système des indications géographiques, afin de l’améliorer encore et de renforcer sa contribution à la durabilité. Le 31 mars 2022, elle a publié sa proposition de règlement relatif aux indications géographiques de l’Union européenne pour les vins, les boissons spiritueuses et les produits agricoles, et aux systèmes de qualité pour les produits agricoles, modifiant les règlements (UE) no 1308/2013, (UE) 2017/1001 et (UE) 2019/787 et abrogeant le règlement (UE) no 1151/2012 (4). Le texte avance comme objectifs de rationaliser plus encore le dispositif, d’améliorer la protection des indications géographiques et les contrôles afférents, de mettre les groupements de producteurs en capacité d’agir et, enfin, de mieux intégrer la dimension de durabilité. |
3. Observations générales
| 3.1. | Le CESE porte un jugement favorable sur les objectifs fixés par la Commission et estime qu’elle a cerné avec précision, au sein d’un dispositif dont le fonctionnement donne d’ores et déjà satisfaction, les points à retoucher pour l’améliorer encore, qu’il s’agisse de simplifier et d’harmoniser certaines de ses procédures, de prévoir la possibilité que la production d’indications géographiques intègre des engagements volontaires en matière de durabilité, de favoriser la capacité d’action des groupements de producteurs en leur octroyant des droits supplémentaires, de renforcer la protection de ces indications sur l’internet, ou encore de mieux appliquer les contrôles. |
| 3.2. | Bien que la proposition à l’examen poursuive des objectifs fondés et que, pour les atteindre, elle ait défini avec exactitude les éléments qui appellent certains ajustements, le CESE exprime un certain nombre de motifs d’inquiétude sur quelques-unes des modifications proposées en ce qui concerne ces composantes. |
| 3.3. | Le CESE tient également à souligner que le système des indications géographiques fonctionne déjà correctement et que la révision dont l’organisation commune des marchés a fait l’objet en 2021 l’a encore amélioré. Il est donc primordial que le remaniement supplémentaire à l’examen soit conçu avec soin, de manière à consolider ce dispositif et sa récente réforme. Le CESE est d’avis que les institutions de l’Union européenne devraient s’attacher à éviter toute action précipitée pouvant aboutir à le réviser d’une manière qui entre en contradiction avec ses objectifs et, de ce fait, fragiliserait la réussite qu’il constitue. |
| 3.4. | Le CESE a la conviction que pour garantir que cette nouvelle révision du système des indications géographiques le renforce véritablement, il est de la plus haute importance d’associer le plus intensément possible leurs producteurs à la démarche et de se mettre à l’écoute de leur expertise, de leurs besoins et de leurs souhaits. |
4. Observations particulières
| 4.1. | La simplification de la procédure régissant l’enregistrement des indications géographiques, qui vise à renforcer l’attrait de ce dispositif pour les producteurs, ne peut aboutir à ce que le système perde sa crédibilité aux yeux des consommateurs. Son succès s’est construit sur l’image de qualité et d’authenticité qu’il leur envoie. L’Union européenne doit faire preuve de circonspection, pour éviter de compromettre ces acquis lorsqu’elle s’attache à simplifier la procédure d’enregistrement. |
| 4.2. | La proposition à l’examen fusionne toutes les procédures concernant l’enregistrement, la modification, l’annulation ou la protection d’indications géographiques pour les produits agricoles, les vins et les spiritueux. En ce qui concerne les contrôles, elle procède à la fusion des procédures applicables aux produits agricoles et aux boissons spiritueuses, tandis que les indications géographiques relatives au vin conservent leurs règles spécifiques. Tout en accueillant favorablement cette rationalisation procédurale, le CESE entend souligner qu’il faut s’abstenir d’aller encore plus loin en ce sens, afin de préserver les spécificités de chacun des secteurs couverts. |
| 4.3. | Le CESE se félicite que la proposition à l’examen prévoie maintenant que dans les trois mois à compter de la publication par la Commission d’une demande d’enregistrement d’un produit, il sera possible de choisir entre le dépôt d’une opposition ou celui d’une simple «déclaration d’opposition», laquelle, consistant en observations ou remarques formulées à propos de ladite demande sans s’opposer pour autant à son enregistrement, allégera probablement le poids des démarches administratives en rapport avec la gestion des oppositions. |
| 4.4. | Les indications géographiques constituent des droits de propriété intellectuelle d’un type tout à fait singulier, qui diffèrent radicalement des marques en raison du lien intrinsèque qui les unit, dans toute leur singularité, à une région et à sa culture, ses communautés rurales, son paysage ou l’histoire de ses pratiques agricoles. Considérant ces spécificités, le CESE considère d’un œil dubitatif la proposition de la Commission de transférer certaines composantes de la gestion des indications géographiques à l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) ou à toute autre agence dépourvue de cette expertise technique en matière agricole et de cette compréhension approfondie de la nature du système qui ne peuvent se trouver qu’au sein de la DG AGRI. Sur ce point, il convient d’apporter la preuve que toute délégation de tâches qui est envisagée est réellement nécessaire, et que l’agence désignée pour assumer ces missions dispose bien des capacités pour ce faire. En outre, eu égard à l’importance du lien que les indications géographiques entretiennent avec l’agriculture et au caractère politiquement sensible que peut revêtir leur gestion, le Comité considère que toute décision concernant leur enregistrement, les procédures d’opposition les concernant ou leur modification devrait rester strictement du ressort de la DG AGRI. |
| 4.5. | Dans la proposition à l’examen, la délégation de tâches à l’EUIPO est décrite en termes vagues. Considérant les risques encourus dès lors que des missions en rapport avec la gestion des indications géographiques sont déléguées à une instance qui ne possède pas de connaissances spécifiques en matière agricole, le CESE a la conviction que c’est dans le règlement lui-même, et non dans des actes délégués, qu’il y aurait lieu de faire une description détaillée de pareille délégation et d’en préciser les limites. |
| 4.6. | Telle que la proposition la prévoit, l’évaluation concernant la manière dont l’EUIPO s’acquitte de l’administration des indications géographiques n’apparaît pas être suffisante pour garantir qu’elles soient dûment gérées. Afin d’assurer un suivi approprié, il conviendrait d’inclure dans le texte même du règlement proposé des critères d’évaluation précis. Le CESE considère également que le Parlement européen et le Conseil devraient être habilités à confier à nouveau à la DG AGRI les tâches déléguées à l’EUIPO si le contrôle susmentionné met en évidence des lacunes dans la gestion qu’il en a assumée. |
| 4.7. | Eu égard à la place importante que les indications géographiques occupent dans les échanges de l’Union européenne, la DG GROW devrait intégrer dans tous les accords commerciaux des dispositions qui les reconnaissent et les protègent et les promouvoir au niveau international. |
| 4.8. | La proposition donne aux groupements de producteurs d’indications géographiques la possibilité d’intégrer parmi leurs exigences relatives à leur production des engagements en matière de durabilité. Sur ce point, le CESE aimerait souligner que de par leur essence même, intimement liée à leur enracinement dans une région, la communauté rurale qu’elle abrite et le paysage de ses campagnes, les indications géographiques présentent déjà des traits durables. À cet égard, il apprécie que la proposition souhaite que l’intégration de ces engagements de durabilité dans les indications géographiques continue de s’effectuer sur une base volontaire. Il est indéniable, néanmoins, que la possibilité ainsi donnée aux producteurs bénéficiant des indications géographiques de rendre leurs produits plus durables constitue une bonne occasion d’étoffer encore la contribution qu’elles apportent en la matière. |
| 4.9. | La durabilité repose sur trois grands piliers distincts, d’ordre environnemental, économique et social. Il est primordial que chacun d’eux trouve une traduction concrète dans les engagements pris en la matière au titre des indications géographiques, dans la mesure où celles-ci peuvent contribuer à un développement durable non seulement d’un point de vue environnemental, mais également sur le plan économique et social, eu égard aux emplois et à la valeur ajoutée qu’elles créent dans les zones rurales. |
| 4.10. | La proposition suggère que les engagements en matière de durabilité soient intégrés directement dans le cahier des charges de l’indication géographique concernée. Un tel schéma rendrait leur adoption ou leur modification fort ardue et chronophage, car elles nécessiteraient de passer par une procédure de modification de l’indication. Il en résulterait aussi que tous les producteurs devraient s’y conformer et qu’ainsi, ils perdraient la possibilité de se démarquer sur le marché en se prévalant de la durabilité de leurs produits. Or, dans le cas des plus grandes indications, il est souvent primordial de pouvoir opérer une telle différenciation. Pour ces motifs, le CESE estime que les institutions de l’Union européenne devraient consulter les producteurs d’indications géographiques pour évaluer s’il y a lieu d’intégrer directement les engagements de durabilité dans leur cahier des charges ou s’il serait plus judicieux de les reprendre dans un dispositif ad hoc. |
| 4.11. | Le CESE est d’avis qu’en ouvrant la porte à l’adoption a posteriori d’actes délégués fixant des critères pour la reconnaissance des normes de durabilité existantes, la proposition place les producteurs dans une situation d’incertitude qui pourrait les dissuader de souscrire de tels engagements pour l’indication géographique qui les concerne. |
| 4.12. | Plutôt que de le fragiliser, il convient tout au contraire de renforcer le rôle des groupements de producteurs, lesquels doivent assumer la responsabilité de gérer et développer leurs indications géographiques respectives afin de protéger le produit concerné, ainsi que leur image et le consommateur. |
| 4.13. | La tâche des groupements de producteurs pourrait devenir encore plus compliquée si, comme le prévoit la proposition, des agents des pouvoirs publics et des organisations de consommateurs venaient à être impliqués dans leur fonctionnement interne. |
| 4.14. | Dès lors que le système des indications géographiques doit rester un moyen de protéger les agriculteurs, la reconnaissance d’un groupement de producteurs, telle que proposée à l’article 33, paragraphe 2, devrait s’effectuer exclusivement sur la base du pourcentage de producteurs qu’il représente et non sur celle de la part qu’il assure dans le volume de production de l’indication géographique concernée. À défaut d’opter pour cette voie, il conviendrait que les institutions de l’Union européenne incluent dans la proposition des mécanismes grâce auxquels il soit possible d’éviter les situations où, dans une indication géographique, des décisions qui sont soutenues par la vaste majorité des producteurs se trouvent bloquées par une minorité formée de certains autres, de grande envergure. |
| 4.15. | Les raisons qui ont amené à distinguer, dans la proposition, deux catégories différentes de groupements de producteurs sont assez nébuleuses. Le CESE se demande si une telle démarche n’aboutira pas à compliquer encore la gestion des indications géographiques plutôt qu’à l’améliorer. |
| 4.16. | La proposition définit le «groupement de producteurs» comme «toute association principalement composée de producteurs ou de transformateurs du même produit, quelle que soit sa forme juridique». Cette définition ne couvre pas les producteurs de matières premières. Eu égard au rôle essentiel qu’ils jouent dans les appellations d’origine protégées (AOP), il pourrait être opportun de demander qu’ils soient repris dans les «groupements de producteurs reconnus» pour lesdites appellations. |
| 4.17. | Dans les cas où une indication géographique entre dans la composition d’un produit, le CESE salue la proposition qu’émet la Commission de doter les groupements de producteurs concernés d’un certain pouvoir de contrôle sur l’usage qui en est fait dans la dénomination alimentaire dudit produit transformé et sa commercialisation. Cette disposition est de nature à renforcer la capacité des groupements de producteurs à contrôler l’image de haute qualité de leur production. |
| 4.18. | En raison de la valeur ajoutée qu’elles représentent, les indications géographiques sont particulièrement exposées aux pratiques frauduleuses. Le CESE est d’avis qu’il est primordial de renforcer leur protection et de réaliser des progrès dans les contrôles en la matière. La proposition comporte plusieurs points intéressants à cet égard, par exemple quand elle prévoit d’améliorer la coopération et l’échange d’informations, ainsi que l’assistance mutuelle, entre les États membres comme avec la Commission, d’établir une certification pour les producteurs d’indications géographiques, ou encore de donner la possibilité de révoquer ou transférer un nom de domaine. Certaines autres initiatives, qui visent plus spécifiquement à protéger les indications géographiques sur l’internet, paraissent timorées dans leurs ambitions ou dépourvues des outils qui seraient nécessaires pour faire respecter cette protection. Le CESE souligne qu’il conviendrait d’octroyer aux producteurs le droit de défendre leurs produits mais qu’il ne peut en aucun cas être question de considérer qu’ils soient responsables de le faire. La responsabilité de protéger les indications protégées doit continuer à être du ressort de la Commission et des États membres, qui se doivent de déployer tous les efforts requis afin d’assurer cette protection. |
| 4.19. | Le CESE estime qu’il est extrêmement important de prémunir les indications géographiques contre l’évocation pratiquée de manière frauduleuse. Cette protection était déjà prévue dans la législation régissant actuellement les rouages de ces indications. La proposition à l’examen la complète en définissant cette pratique. Le Comité défend l’idée que dans la mesure où les manœuvres de ce type évoluent au fil du temps, l’on court le risque d’affaiblir les mesures visant à s’en préserver en entreprenant de leur donner une définition en des termes aussi précis. Le CESE préconise de supprimer celle qui est actuellement fournie et de prendre plutôt appui sur la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union. |
| 4.20. | Si les indications géographiques enregistrées sont aujourd’hui plus de 3 300, elles se concentrent à hauteur d’environ 80 % dans seulement six des pays de l’Union européenne (5). Cette donnée montre clairement que beaucoup d’États membres sont sous-représentés dans ce dispositif. En outre, le risque existe que ce fossé s’élargisse encore, à mesure que les États où ces indications sont nombreuses accumuleront, pour ce qui est de les gérer sur un plan pratique et administratif, un savoir-faire dont de nouveaux producteurs pourront tirer profit pour enregistrer leurs produits, alors que ceux des autres pays s’estimeront mal outillés pour ce faire en ce qui concerne leurs propres productions. Le CESE déplore que la proposition ne prévoie pas de mesures qui assurent que les nouveaux arrivants puissent procéder plus aisément à cet enregistrement et bénéficient d’un soutien en la matière et qui promeuvent le dispositif dans leurs rangs. |
| 4.21. | Le rapport d’évaluation du système que la Commission a publié en 2021 souligne que dans certains pays, les indications géographiques souffrent encore d’un déficit de notoriété auprès des consommateurs (6). Les campagnes commerciales et promotionnelles jouent un rôle essentiel dans ce domaine, comme le démontre l’impact produit par celles que l’Union européenne a lancées en faveur de ces productions. Le CESE est d’avis que lors de la révision du système des indications géographiques, il y aurait d’y inclure des outils qui les promeuvent et les fassent mieux connaître. |
| 4.22. | La proposition prévoit que des certificats seront octroyés aux producteurs qui respectent le cahier des charges d’une indication géographique. Le CESE est d’avis qu’à la condition d’être conçues avec soin et bien gérées, de telles certifications sont susceptibles de faciliter les échanges et, dans le même temps, de maintenir un niveau élevé de protection contre les fraudes. On pourrait également envisager d’apposer sur les produits bénéficiant d’une indication géographique un code QR renvoyant directement vers leur certificat. |
5. Observation finale
| 5.1. | Parmi les politiques de l’Union européenne, le système des indications géographiques constitue une très grande réussite, qui a permis la préservation d’un savoir-faire et d’un patrimoine culturel d’une portée exceptionnelle tout en augmentant les revenus des producteurs et en revitalisant les zones rurales. Comme il est indiqué dans le rapport d’évaluation que la Commission a publié en 2021 à leur propos (7), cette action s’est avérée assez opérante et, par ailleurs, les modifications apportées par le nouveau règlement sur les organisations communes de marché l’ont encore renforcée. Sa nouvelle révision, sous la forme exposée par la proposition de la Commission à l’examen, préconise d’y apporter à nouveau quelques changements, susceptibles d’en accroître l’efficacité. Toutefois, parmi les remaniements proposés, plusieurs demandent aussi à être quelque peu clarifiés tandis que d’autres, à l’image de la suggestion d’associer à la démarche l’EUIPO, risquent fort de compliquer les procédures ou de miner la nature profonde du dispositif des indications géographiques, qui a été le moteur même de son succès. Il serait opportun que la DG AGRI continue à assumer le premier rôle dans la gestion des indications géographiques, tandis que la direction générale du marché intérieur, de l’industrie, de l’entrepreneuriat et des PME (DG GROW) devrait s’employer à garantir, grâce à des accords commerciaux et à une action de sensibilisation, que le système bénéficie d’une reconnaissance et d’une protection à l’échelle internationale. |
Bruxelles, le 13 juillet 2022.
La présidente du Comité économique et social européen
Christa SCHWENG
(1) Règlement (UE) 2021/2117 du Parlement européen et du Conseil du 2 décembre 2021 modifiant les règlements (UE) no 1308/2013 portant organisation commune des marchés dans le secteur des produits agricoles, (UE) no 1151/2012 relatif aux systèmes de qualité applicables aux produits agricoles et aux denrées alimentaires, (UE) no 251/2014 concernant la définition, la description, la présentation, l’étiquetage et la protection des indications géographiques des produits vinicoles aromatisés et (UE) no 228/2013 portant mesures spécifiques dans le domaine de l’agriculture en faveur des régions ultrapériphériques de l’Union (JO L 435, 6.12.2021, p. 262).
(2) https://ec.europa.eu/info/food-farming-fisheries/food-safety-and-quality/certification/quality-labels/geographical-indications-register/
(3) https://op.europa.eu/fr/publication-detail/-/publication/c1d86ba1-7b09-11eb-9ac9-01aa75ed71a1
(4) COM(2022) 134 final.
(5) https://op.europa.eu/fr/publication-detail/-/publication/c1d86ba1-7b09-11eb-9ac9-01aa75ed71a1/language-fr
(6) https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=SWD:2021:427:FIN
(7) https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=SWD:2021:427:FIN
Avis institutionnel — 52022AB0046
30/12/2022
Avis institutionnel — 52022AB0045
21/12/2022
Avis institutionnel — 52022AE1932R(01)
21/12/2022
Avis institutionnel — 52023AT40462(01)
20/12/2022