COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 21.6.2021
COM(2021) 315 final
RAPPORT DE LA COMMISSION AU CONSEIL
visant à déterminer si les institutions de l’Union disposent de capacités suffisantes pour l’irlandais, par rapport aux autres langues officielles de l’UE, pour appliquer le règlement nº 1 sans dérogation à partir du 1er janvier 2022
I.Introduction
L’Irlande a adhéré aux Communautés européennes en 1973. Elle n’avait alors pas demandé que l’irlandais soit l’une des langues officielles et de travail, mais seulement que les traités soient traduits en irlandais et que ses citoyens aient le droit de communiquer avec les institutions de l’Union en irlandais. Par conséquent, l’irlandais n’avait pas été ajouté à la liste des langues officielles et de travail du règlement nº 1 et les institutions de l’Union n’avaient pas rédigé ni publié de législation en irlandais.
En 2005, l’Irlande a demandé que l’irlandais devienne une langue officielle et de travail des institutions de l’Union européenne (UE). Le Conseil a accordé ce statut à compter du 1er janvier 2007, par le règlement (CE) nº 920/2005 . Ce dernier prévoyait une dérogation temporaire au règlement nº 1, en vertu de laquelle, pendant cinq ans, l’obligation de rédiger et de publier des actes législatifs en langue irlandaise ne s’appliquait qu’aux règlements adoptés conjointement par le Parlement européen et le Conseil. À la suite d’un réexamen en 2010, la dérogation a été prorogée pour une période supplémentaire de cinq ans, jusqu’au 31 décembre 2016 . En 2015, dans le cadre de sa politique visant à encourager l’utilisation et la connaissance de l’irlandais, le gouvernement irlandais a demandé au Conseil de réduire graduellement le champ d’application de la dérogation, en vue de la supprimer progressivement d’ici au 1er janvier 2022. Par conséquent, le Conseil a adopté le règlement (UE, Euratom) 2015/2264 (le «règlement») en décembre 2015, ce qui a engendré une situation inédite, les institutions de l’Union déployant alors des efforts spécifiques pour mettre en place un nouveau régime linguistique avec un État membre existant.
L’annexe du règlement établit un calendrier applicable à la réduction progressive du champ d’application de la dérogation, afin d’inclure la traduction en irlandais des catégories d’actes suivantes:
-directives du Parlement et du Conseil – au plus tard le 1er janvier 2017;
-décisions du Parlement et du Conseil – au plus tard le 1er janvier 2018;
-règlements et directives du Conseil, et décisions du Conseil qui n’indiquent pas de destinataire – au plus tard le 1er janvier 2020; et
-règlements et directives de la Commission, et décisions de la Commission qui n’indiquent pas de destinataire – au plus tard le 1er janvier 2021.
Conformément au règlement, la Commission est tenue de faire rapport au Conseil à deux reprises sur sa mise en œuvre avant que la dérogation ne cesse de s’appliquer. La Commission a adopté le premier rapport le 4 juillet 2019. Le présent rapport, le deuxième, rend compte des progrès accomplis entre janvier 2016 et avril 2021 (section II) et, comme le prévoit l’article 3 du règlement, indique si les institutions de l’Union disposent de capacités suffisantes, par rapport aux autres langues officielles, pour appliquer le règlement nº 1 sans dérogation à partir du 1er janvier 2022 (section III). En l’absence de règlement du Conseil en disposant autrement, la dérogation cessera de s’appliquer à partir du 1er janvier 2022 et tous les actes juridiques seront publiés en irlandais au Journal officiel, en même temps que toutes les autres langues officielles des institutions de l’UE.
II.Progrès dans la mise en œuvre de la réduction progressive de la dérogation
a.Coopération avec l’Irlande
Les institutions de l’Union et l’Irlande ont œuvré ensemble à la mise en œuvre du règlement, étant donné que la réalisation de cet objectif est une responsabilité partagée. Les deux parties ont fourni un important travail, conjointement et séparément, en prenant des mesures sans précédent. Dès le départ, les institutions de l’Union ont été sensibles à un certain nombre d’initiatives adoptées par l’Irlande dans le cadre de sa stratégie sur 20 ans pour la langue irlandaise 2010-2030 visant à accroître l’utilisation et la connaissance de l’irlandais. Les institutions de l’Union ont conjugué leurs efforts à ceux de l’Irlande et ont pris des mesures innovantes pour renforcer les capacités en langue irlandaise et accroître la disponibilité des documents et des ressources linguistiques en irlandais, enrichissant ainsi l’écosystème de la langue irlandaise dans son ensemble.
Un groupe de suivi de la dérogation concernant la langue irlandaise, composé de représentants des services linguistiques des institutions de l’Union et de l’Irlande, a été constitué pour suivre les progrès accomplis et adopter des priorités annuelles dans les domaines suivants:
ole recrutement dans les institutions de l’Union;
oles capacités des prestataires de services externes;
oune collaboration accrue en matière de ressources linguistiques; et
oles questions liées à la disponibilité du corpus législatif de l’Union (l’acquis).
Le groupe a commencé ses travaux en 2016 et les poursuivra jusqu’à ce que le règlement cesse de s’appliquer. La coopération se poursuivra au-delà de 2021 sous une forme différente, en tenant compte des particularités de la situation de la langue irlandaise.
Le bilan des progrès accomplis dans ces quatre domaines, au cours des cinq dernières années, est présenté dans les sections ci-après.
b. Traductions vers l’irlandais
Les demandes de traduction des institutions de l’Union concernent les textes législatifs, la jurisprudence et d’autres types de documents, en fonction des exigences politiques et autres en matière de communication. Comme pour les autres langues officielles, les institutions répondent aux demandes de traduction en irlandais en utilisant un ensemble de ressources et en combinant personnel permanent et agents temporaires internes, externalisation et ressources en technologies du langage. Des évaluations des risques approfondies sont effectuées lors de la gestion du flux de travail afin de veiller à une attribution adéquate des ressources. La priorité est donnée à la traduction des textes législatifs, afin de garantir un processus législatif fluide, puis à d’autres types de documents.
Après avoir procédé aux trois premières augmentations progressives et avoir entamé la quatrième en 2021, les institutions de l’Union ont mis en œuvre avec succès la réduction progressive de la dérogation, tout en assurant la continuité du processus législatif multilingue. Conformément au considérant 4 du règlement, les institutions de l’Union ont également accru le volume d’informations disponibles en irlandais sur les activités de l’Union en traduisant d’autres types de documents. Depuis 2016, cela équivaut dans les faits à un triplement du volume de traduction vers l’irlandais.
L’augmentation la plus significative est celle de 2021, qui ne concerne que la Commission. Cela devrait se traduire par une hausse d’environ 70 % du volume de la traduction de la législation de la Commission en irlandais. Les institutions se préparent à répondre à toutes les demandes de traduction de la législation en irlandais d’ici à la fin de 2021.
Dans ce contexte, il convient de noter qu’à partir du 1er janvier 2022, les accords internationaux devraient être publiés en irlandais. Compte tenu de la longueur considérable de ces documents, cette mesure entraînera une charge de travail supplémentaire considérable pour les institutions, tant en ce qui concerne les nouvelles propositions d’accords internationaux que les accords pour lesquels la Commission a déjà présenté, ou présentera, au cours de l’année 2021, une proposition de décision du Conseil relative à leur signature et à leur conclusion.
Les institutions de l’UE se préparent également à une augmentation de la demande de traduction en irlandais d’autres types de documents, notamment d’informations sur les activités de l’Union. Cela concerne en particulier la Commission, qui estime que la demande supplémentaire de traduction d’autres types de documents pourrait entraîner un doublement du volume global de la traduction vers l’irlandais, et le Parlement, qui prévoit également une augmentation substantielle. Pour ces types de documents, la Commission utilisera un système flexible permettant de définir les priorités en ce qui concerne les besoins de traduction.
c. Recrutement de membres du personnel de langue irlandaise
Un élément clé de la capacité de mise en œuvre du règlement est de parvenir à un nombre suffisant de membres du personnel de langue irlandaise par rapport aux autres langues officielles. En 2015, les institutions de l’Union et l’Irlande ont mis en évidence le principal obstacle à surmonter: le nombre limité d’experts de langue irlandaise disponibles. Une estimation de l'ensemble des besoins de recrutement des institutions de l’Union a été réalisée sur la base du volume des effectifs de 2014 . Toutefois, depuis 2015, les effectifs de toutes les équipes linguistiques ont été réduits et, par conséquent, il a fallu réexaminer les ressources et ajuster leur distribution entre personnel interne, externalisation et ressources en technologies du langage. Bien que, dans la plupart des institutions, le rythme de recrutement ait ralenti en 2020 en raison de la pandémie de COVID-19, le nombre de membres du personnel interne de langue irlandaise est passé de 58 en 2016 à 138 en avril 2021 (voir tableau 1).
Aperçu des progrès réalisés dans le recrutement du personnel de traduction de langue irlandaise
Afin de mettre en place des capacités de traduction internes stables en irlandais, les institutions de l’Union ont organisé une série de concours EPSO en 2016, 2017, 2018 et 2021, pour des postes permanents de traducteurs, de juristes-linguistes et d’assistants. Ces concours ont attiré un nombre relativement élevé de candidats, mais n’ont permis de retenir que 10 traducteurs et 9 assistants en 2017, ainsi que 15 traducteurs et 3 juristes-linguistes en 2019. Des concours EPSO pour le recrutement de juristes-linguistes pour la Commission, le Conseil et le Parlement, ainsi qu’un concours pour le recrutement de correcteurs/vérificateurs linguistiques pour le Parlement et la Cour de justice, sont en cours.
En parallèle, les institutions de l’Union ont pris des mesures spéciales et ont investi massivement dans le recrutement et la formation d’agents temporaires afin de renforcer les capacités. Depuis 2016, elles ont lancé 42 procédures de sélection d’agents temporaires. Pour répondre à l’intérêt du vivier local de linguistes, la procédure de sélection EPSO pour les agents temporaires traducteurs, organisée par la Commission en février 2020, prévoit la possibilité d’être recruté en Irlande (à Grange, dans le comté de Meath). Elle a permis de retenir 50 traducteurs, dont une vingtaine devraient être recrutés par la Commission au cours du second semestre de 2021. Les autres institutions de l’Union envisagent de recruter 40 personnes supplémentaires, au moyen des concours EPSO en cours et de nouvelles procédures de sélection temporaires. Au total, les institutions ont l’intention de recruter une soixantaine de personnes supplémentaires d’ici à la fin de 2021, ce qui rendra le niveau des effectifs des équipes de langue irlandaise comparable à celui de la plupart des autres langues officielles.
Ces mesures ont renforcé la capacité interne des institutions de l’Union à fournir des services en irlandais. Toutefois, la proportion de personnel temporaire par rapport au personnel permanent est élevée: 56 % dans l’ensemble des institutions de l’Union (par exemple, 60 % du personnel du service de traduction de la Commission et 100 % de celui de la Cour de justice). Les institutions de l’Union prennent des mesures pour augmenter la part de traducteurs et de juristes-linguistes permanents. Le Parlement a achevé un concours interne pour le recrutement de personnel permanent en 2021; la Cour de justice en a lancé un en 2020 et le Conseil en organisera un autre en 2021.
Interprétation et correction d'épreuves
Bien que la dérogation ne fasse pas référence à l’interprétation, les besoins de ce service linguistique doivent également être pris en compte, étant donné que les interprètes tendent à faire partie du même groupe de recrues potentielles pour la traduction et ce, pour plusieurs institutions de l’Union. Jusqu’à présent, les institutions de l’Union ont été en mesure de répondre à la demande pour l’interprétation vers l’irlandais. La DG Interprétation de la Commission européenne, qui est au service de quatre institutions de l’Union, compte deux interprètes permanents et quatre agents temporaires. Elle demandera la tenue d'un concours interne pour recruter des interprètes de langue irlandaise. Les demandes d’interprétation à partir de l’irlandais («irlandais passif») de la DG Interprétation sont passées d’une seule demande, en 2016, à huit demandes, en 2020. Depuis 2016, la DG Interprétation a été invitée une fois, en 2019, à fournir un service d’interprétation vers l’irlandais («irlandais actif»). La Commission a contribué à mettre en place, et continue de soutenir, un master en interprétation de conférence à l’Université nationale d’Irlande, à Galway. Au Parlement européen (tout comme au Parlement irlandais), l’interprétation n’est assurée qu’à partir de l’irlandais, et non vers cette langue, en session plénière (y compris pour la session de nuit) et à l’occasion d’autres réunions, moyennant préavis.
L’Office des publications de l’Union européenne a besoin d’assistants de langue irlandaise pour effectuer la vérification linguistique et la correction d’épreuves. À l’heure actuelle, il dispose de deux agents temporaires de langue irlandaise et cherche à renforcer progressivement ses capacités en langue irlandaise pour les aligner sur les effectifs de la plupart des équipes des autres langues officielles.
Tableau 1: Effectifs du personnel de langue irlandaise dans les institutions de l’Union 2016 – 2021
| | 2016 | 2017 | 2018 | 2019 | 2020 | Avril 2021 | Prévisions d’ici à la fin de 2021 |
| Personnel | 58 | 80 | 101 | 123 | 138 | 138 | +/- 200 |
| Part du personnel temporaire | 57 % | 45 % | 56 % | 53 % | 60 % | 56 % | [Sans objet] |
Sensibilisation
Depuis 2016, les institutions de l’Union et l’Irlande promeuvent les carrières de linguistes irlandais dans les institutions de l’Union, notamment par l’organisation de cinq conférences annuelles sur la traduction et l’interprétation en irlandais ainsi que de conférences visant à encourager les carrières de juristes-linguistes. Afin d’étendre leur action aux locuteurs irlandais plus jeunes, la Commission et l’Irlande organisent, depuis 2017, un concours annuel de jeunes traducteurs à destination des élèves de langue irlandaise issus de l’enseignement secondaire, dont l’Irlande parraine les prix. Si 26 écoles y avaient participé en 2017, ce chiffre est passé à 34 écoles en 2020. Depuis 2017, l’Irlande finance une tournée de présentation pour mettre en lumière les perspectives d’emploi en langue irlandaise, en particulier les carrières de l’Union. Une nouvelle stratégie de l’Union pour l’emploi en Irlande est également en cours d’élaboration afin de promouvoir les carrières dans l’UE et d’augmenter le nombre de membres du personnel de langue irlandaise travaillant dans les institutions de l’Union. En raison de la pandémie de COVID-19, nombre d’événements prévus pour 2020, tels que la conférence annuelle coorganisée par l’Irlande et la Commission, ont été tenus en ligne. L’Irlande a également déployé des efforts considérables pour préparer les candidats à des carrières au sein des institutions de l’Union et pour stimuler le recrutement. Depuis 2007, elle organise une série de cours de niveau universitaire, soit dispensés entièrement en irlandais, soit comportant des éléments en irlandais, notamment dans le cadre de l’initiative pour des compétences avancées en langue irlandaise.
En résumé, bien que le rythme de recrutement dans la plupart des institutions ait ralenti en 2020 en raison de la pandémie, des équipes de langue irlandaise ont été mises en place dans les institutions, et elles disposent de la même structure que les équipes des autres langues officielles. Le recrutement se poursuit en 2021, avec pour résultat un niveau d'effectifs des équipes de langue irlandaise comparable à celui des équipes de la plupart des autres langues officielles. Pour remédier à la part élevée de personnel temporaire par rapport au personnel permanent, les institutions de l’Union visent en priorité à organiser de nouveaux concours EPSO et/ou concours internes afin de recruter du personnel permanent et de garantir la continuité des activités, ainsi qu’un service durable.
d. Capacités des prestataires de services externes
Traduction
Les institutions de l’Union externalisent leurs travaux de traduction vers l’irlandais dans des proportions variables, comme elles le font pour d’autres langues. La Commission externalise le volume le plus élevé, suivie du Centre de traduction et du Parlement. La Cour des comptes européenne, la Banque centrale européenne et la Banque européenne d’investissement s’en remettent entièrement à l’externalisation, mais pour des volumes nettement inférieurs. Depuis 2016, le volume de traductions externalisées a quadruplé.
La Commission et le Parlement européen ont organisé de nouveaux appels d’offres pour la traduction au cours de la période de référence afin de renforcer les capacités et d’améliorer le volume traité et la qualité. Le dernier système d’externalisation de la Commission, qui consiste à recourir à un contractant principal, est entré en vigueur en juillet 2020. Les premiers résultats sont encourageants et la Commission a, depuis lors, augmenté le volume de travail externalisé. En novembre 2018, le Parlement, le Conseil, la Cour des comptes, le Comité économique et social européen et le Comité des régions ont lancé un appel d’offres commun. Au début de l’année 2020, le Parlement a commencé à travailler avec de nouveaux contrats de traduction externalisée, y compris vers l’irlandais. Le Conseil a commencé à externaliser l’irlandais en 2020. Jusqu’à présent, les Comités n’ont externalisé aucun travail de traduction. Dans l’ensemble, la qualité des traductions externalisées vers l’irlandais est bonne. Il pourrait être nécessaire d’accroître les capacités dans le secteur de l’externalisation, étant donné que les institutions de l’Union s’attendent à une augmentation de la demande.
En Irlande, le dernier examen pour l’accréditation de traducteurs et de rédacteurs a eu lieu en décembre 2020. Dix candidats ont été retenus, ce qui porte le nombre total de traducteurs accrédités à 211 et le nombre total de rédacteurs accrédités à huit.
Interprétation et correction d'épreuves
Les trois services d’interprétation de l’UE, à savoir la DG Interprétation de la Commission, la DG LINC du Parlement et la direction de l’interprétation de la Cour de justice, comptent, sur leur liste commune, 14 interprètes free-lance accrédités qui travaillent à partir de l’irlandais, dont seulement six sont accrédités pour interpréter vers l’irlandais. Aucun candidat n'a été retenu à l'issue des tests d'accréditation organisés en 2016, 2017, 2019 et 2020.
L’Office des publications a clôturé un appel d’offres pour la correction de publications générales en mars 2020, pour une durée de quatre ans. Le nouveau contrat relatif à la jurisprudence comprend la correction de la jurisprudence irlandaise, qui pourrait être entièrement externalisée à partir de 2023. La correction de la série C du Journal officiel est partiellement externalisée depuis octobre 2020, dans le cadre d’un contrat relatif aux publications juridiques. La série L du Journal officiel est corrigée en interne.
Sensibilisation
Une série d’actions de sensibilisation à l’intention des prestataires de services externes sur les possibilités de travail avec les institutions ont été organisées au cours de la période de référence. Des événements en ligne et en présentiel étaient prévus, afin de toucher le plus large public possible. Les besoins actuels et futurs en matière d’externalisation ont été au cœur de la conférence organisée conjointement par la Commission et l’Irlande à Dublin, en 2018.
e. Ressources linguistiques pour la langue irlandaise
Les capacités en matière de traduction comprennent également des ressources linguistiques, telles que des bases de données terminologiques et des outils de traduction assistée par ordinateur. Les institutions de l’Union et l’Irlande ont poursuivi le projet de terminologie IATE irlandais , qui en est à sa 14e année d’exploitation et qui est financé par l’Irlande jusqu’à la fin de 2021. À ce jour, celui-ci comptabilise 70 266 entrées (contre 56 860 en 2015). En 2016, les institutions de l’Union ont commencé à coopérer avec l’Irlande sur la mise en place d’un réseau de terminologues spécialisés de langue irlandaise, en Irlande. Le projet doit être financé par l’Irlande pour une année supplémentaire, et le pays s’est engagé à faire appel à davantage d’experts possédant des compétences en langue irlandaise. Le Concise English-Irish Dictionary, une version imprimée du New English-Irish Dictionary en ligne, a été publié en décembre 2020. Il s’agit du premier grand dictionnaire anglais-irlandais depuis 1959.
Les outils de traduction assistée par ordinateur et la traduction automatique sont essentiels pour garantir une utilisation optimale des ressources. Ils sont alimentés par des corpus bi- ou multilingues, souvent sous forme de mémoires de traduction s’appuyant sur des traductions antérieures. Euramis, la banque interinstitutionnelle de mémoires de traduction, contient actuellement environ 9 millions de segments vers l’irlandais ou à partir de cette langue (contre 3,5 millions en 2015).
Dans le cadre des travaux visant à constituer des ressources linguistiques pour l’irlandais, la Commission et l’Irlande sont parvenues, fin 2019, à un accord sur le transfert de mémoires de traduction contenant des alignements de textes anglais et irlandais issus de la législation nationale. À ce jour, le service de traduction du Parlement irlandais a fourni, à cette fin, l’alignement de 580 textes juridiques à la Commission.
Un moteur de traduction automatique de la langue irlandaise fondé sur la technologie neuronale a été élaboré en mars 2018, dans le cadre du système de traduction automatique (eTranslation) de la Commission, et il est mis à la disposition des institutions de l’Union, des autorités irlandaises ainsi que des petites et moyennes entreprises (PME). En raison de la demande croissante dans les institutions de l’Union et de l’amélioration de la production, l’utilisation et la qualité d’eTranslation ont augmenté dans les institutions de l'UE et devraient continuer à augmenter à mesure que les corpus linguistiques s’étoffent. Il s’agit là d’un point important car, lorsque la dérogation prendra fin, une production de qualité sera nécessaire pour faire face à l’augmentation de la charge de travail. L’initiative de coordination des ressources linguistiques européennes vise à recueillir davantage de données linguistiques afin d’améliorer les moteurs.
En ce qui concerne les ressources linguistiques en irlandais pour l’interprétation, le centre de connaissances en matière d’interprétation, un espace unique mis au point par la DG Interprétation pour la gestion et l’échange des connaissances, la création de synergies et la diffusion des bonnes pratiques pour tout type d’interprétation, est entièrement accessible en irlandais. L’irlandais est l’une des 33 langues disponibles dans la banque de données des discours («Speech Repository»), qui permet aux interprètes professionnels et aux futurs interprètes potentiels de s’exercer.
f. Questions liées à la disponibilité de l’acquis
L’irlandais est la première langue officielle dans laquelle le corpus législatif de l’Union (l’acquis) n’a pas été traduit. Pour remédier à l’absence d’une version irlandaise du droit de l’UE, les institutions de l’Union traduisent des textes de loi prioritaires dès que les ressources le permettent, à savoir 15 109 pages à ce jour. Ces traductions ne sont pas authentifiées, mais elles sous-tendent la traduction de la législation correspondante, améliorent les mémoires de traduction et contribuent à l’efficacité opérationnelle. Pour des raisons similaires, la Cour de justice traduit la jurisprudence historique ainsi que des segments de texte/locutions qui apparaissent fréquemment dans ses textes.
Depuis septembre 2018, l’Irlande finance un programme de stages pour contribuer à ce travail de traduction de l’acquis. Le budget alloué jusqu’en 2021 permet de financer dix stagiaires par an, qui passent dix mois dans les institutions de l’Union. La pandémie de COVID-19 a eu une incidence sur ce dispositif, seules sept places sur les dix disponibles ayant été occupées par des stagiaires en 2021.
III.Conclusions
La mise en place d’un nouveau régime linguistique avec un État membre existant a constitué une entreprise unique. Les institutions de l’Union et l’Irlande ont collaboré étroitement pour mettre en œuvre le règlement. Les deux parties ont réalisé un travail considérable, en investissant des ressources importantes, conjointement et séparément, et en prenant des mesures innovantes et spécifiques pour accroître la disponibilité des documents et des ressources linguistiques en irlandais. Elles se sont réunies régulièrement pour suivre les progrès réalisés quant aux axes de travail définis dans le règlement, nécessaires à la mise en œuvre de ce dernier.
Par conséquent, le volume de traduction vers l’irlandais a triplé entre 2016 et 2021. Les institutions de l’Union ont mis en œuvre avec succès la réduction progressive de la dérogation, tout en veillant à la fluidité du processus législatif multilingue de l’Union.
En ce qui concerne les progrès réalisés dans le recrutement de personnel interne, les institutions de l’Union ont augmenté le nombre d’agents internes de langue irlandaise, qui sont passés de 58 en 2016 à 138 en avril 2021. En 2020, le rythme du processus de sélection a été ralenti par la pandémie de COVID-19, mais le recrutement se poursuivra en 2021 pour rendre le volume des effectifs comparable à celui de la plupart des autres langues officielles.
Pour compléter leurs capacités internes, les institutions de l’Union recourent de plus en plus à l’externalisation des services de traduction et d’interprétation. La qualité des traductions externalisées est bonne et les institutions de l’Union prévoient de travailler de plus en plus avec des contractants pour la traduction vers l’irlandais. Des efforts continus de sensibilisation sont nécessaires pour encore accroître le nombre de candidats potentiels pour la traduction et l’interprétation, tant interne qu’externe.
Toutes les parties ont progressé dans la constitution de ressources en langue irlandaise. La coopération relative au projet de terminologie IATE s’est poursuivie, avec le soutien du gouvernement irlandais. Le transfert régulier de mémoires de traduction de corpus bilingues du droit national irlandais a débuté en 2020. Un nouveau moteur de traduction automatique neuronale anglais-irlandais a été élaboré en 2018, dans le cadre du système eTranslation, et son utilisation dans les services linguistiques de l’Union a augmenté au fil des ans.
L’étroite coopération nouée entre toutes les parties devra se poursuivre en vue de consolider les capacités au-delà de 2022. La Commission doit achever le recrutement en cours de 20 personnes supplémentaires au cours du second semestre de 2021 et, à partir de janvier 2022, elle utilisera pleinement toutes les ressources et mettra en place un système flexible de fixation des priorités pour gérer la demande. Les autres institutions de l’Union envisagent de recruter 40 personnes supplémentaires pour porter le nombre total de membres du personnel de langue irlandaise à ± 200 personnes d’ici à la fin de 2021. Les institutions de l’Union doivent remédier à la part élevée de personnel temporaire par rapport au personnel permanent en organisant d'autres concours EPSO et internes, afin de garantir un service durable.
Sur la base des éléments du présent rapport et de la poursuite de la mise en œuvre des mesures en cours d’ici à la fin de 2021, la Commission conclut que les institutions de l’Union disposeront de capacités suffisantes, par rapport aux autres langues officielles, pour appliquer le règlement nº 1 sans dérogation à partir du 1er janvier 2022.