COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 25.11.2021
COM(2021) 717 final
RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN ET AU CONSEIL
Rapport d’évaluation établi conformément à l’article 38 du règlement n° 1141/2014 relatif au statut et au financement des partis politiques européens et des fondations politiques européennes
SIGLES ET ABRÉVIATIONS
| AFCO | Commission des affaires constitutionnelles du Parlement européen |
| APPF | Autorité pour les partis politiques et les fondations politiques |
| SRPE | Service de recherche du Parlement européen |
| UE | Union européenne |
| FPNE | Fondations politiques européennes |
| PPNE | Partis politiques européens |
| PPNE/F | Partis et fondations politiques européens |
| IAS | International Accounting Standards - Normes comptables internationales |
| ONG | Organisation non gouvernementale |
| BIDDH | Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme |
| OSCE | Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe |
| TUE | Traité sur l’Union européenne |
| TFUE | Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne |
I.Introduction
Le règlement nº 1141/2014 (ci-après le «règlement») régit le statut et le financement des partis politiques européens (PPNE) et des fondations politiques européennes (FPNE). Il dote les partis politiques européens et les fondations politiques européennes (PPNE/F) de la personnalité juridique européenne, définit les critères de leur enregistrement et fixe les règles régissant leur gouvernance. Le règlement institue également un organe indépendant de surveillance, l’Autorité pour les partis politiques européens et les fondations politiques européennes, et renforce les mécanismes de contrôle des PPNE/F.
Le règlement a été adopté selon la procédure législative ordinaire, conformément à l’article 224 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE). Il est entré en vigueur le 24 novembre 2014 et est devenue applicable le 1er janvier 2017. Les dispositions relatives au financement des PPNE/F sont entrées en vigueur à partir de l’exercice 2018. Dans le même temps, le règlement financier a été modifié afin d’introduire des dispositions spécifiques sur les contributions du budget de l’UE aux PPNE. Ces dispositions figurent désormais dans les articles 221 à 232 du règlement financier.
À l'approche des élections au Parlement européen de 2019, le règlement a été modifié à deux reprises par un nombre limité d’amendements ciblés visant à combler ses lacunes les plus graves:
·La première de ces modifications, demandée par le Parlement européen, visait à rendre plus transparents les liens entre les partis politiques européens et nationaux en subordonnant l’accès au financement du budget de l’Union à la publication, d’une manière bien visible et intelligible, du programme politique et du logo du parti politique européen concerné. En outre, le règlement modificatif a durci les conditions relatives à l'enregistrement en tant que PPNE, soumettant celui-ci à l'obligation, pour le demandeur, de bénéficier du soutien de sept partis politiques nationaux dans sept États membres différents. Par conséquent, contrairement au passé, les députés ne pouvaient plus soutenir une demande d’enregistrement. En conséquence, en 2018, l’APPF a radié deux PPNE, et un parti affilié pour n’avoir pas apporté la preuve qu’ils satisfaisaient aux exigences plus strictes en matière de représentation minimale. Le mécanisme de vérification du respect des valeurs de l’UE a également été modifié, de sorte que le Parlement européen peut demander à l’Autorité de lancer le mécanisme non seulement de sa propre initiative, mais aussi à la suite d’une demande motivée d’un groupe de citoyens. Enfin, l’article 27 sur les sanctions a été modifié afin de garantir que, si un PPNE/F ne remplit plus une ou plusieurs des conditions d’enregistrement, il est radié du registre.
·La deuxième modification a été adoptée dans le cadre du paquet «élections européennes» de la Commission de 2018, qui comprenait un ensemble de dispositions visant à garantir des élections libres et équitables et faisait suite au scandale «Facebook/Cambridge Analytica». La modification a consisté en l'introduction d'une procédure de vérification, imposant des sanctions aux PPNE/F qui influencent délibérément ou tentent d’influencer le résultat des élections au Parlement européen en tirant parti des violations de la protection des données. Cette modification prévoit également l'octroi de ressources supplémentaires à l’APPF et lui confère une plus grande indépendance.
Conformément à la clause d’évaluation du règlement figurant à l’article 38 de celui-ci, le Parlement européen doit publier un rapport sur l’application du règlement avant fin 2021. La Commission doit présenter son propre rapport de suivi dans un délai de 6 mois à compter de l’adoption du rapport du Parlement européen, accompagné, le cas échéant, d’une proposition législative visant à modifier le règlement. Le Parlement européen a adopté son rapport le 11 novembre 2021. Le présent rapport satisfait à l’obligation légale qui incombe à la Commission en vertu de l’article 38 du règlement.
Le présent rapport d’évaluation couvre la période comprise entre l’entrée en application du règlement, le 1er janvier 2017, et la publication dudit rapport.
L’évaluation globale de l’application pratique du règlement est positive, notamment en ce qui concerne sa pertinence et sa valeur ajoutée européenne, et il n’y a pas lieu de procéder à une refonte majeure du système actuel. Toutefois, la Commission a relevé un certain nombre de lacunes dans le système qui compromettent l’efficacité, l’efficience et la cohérence du règlement par rapport aux autres politiques de l’UE. Ces lacunes concernent: i) le financement des PPNE/F, ii) les valeurs démocratiques, la visibilité et l’équilibre hommes-femmes, iii) les mécanismes d’application et de sanction et iv) la charge administrative.
II.Méthode
Les éléments probants étayant cette évaluation ont été recueillis dans le cadre de la consultation informelle des principales parties prenantes qui ont été interrogées au moyen de questions ouvertes. Il s’agit notamment des PPNE/F, de l’APPF, des services de l’ordonnateur du Parlement européen, des États membres, des députés au Parlement européen et d'organisations non gouvernementales (ONG). Le rapport d’évaluation tient également compte du rapport du Parlement européen sur l’application du règlement relatif au statut et au financement des partis politiques européens et des fondations politiques européennes adopté le 11 novembre 2021 conformément à l’article 38 du règlement.
La Commission a mené une consultation publique ouverte durant 12 semaines, soit du 30 mars au 22 juin 2021.
Ces éléments ont été complétés par des recherches documentaires menées par le personnel de la Commission, par deux études réalisées par des experts externes, ainsi que par les travaux de recherche universitaire existants sur le sujet dans les domaines du droit et des sciences politiques.
Les données financières utilisées étaient accessibles au public sur le site internet du Parlement européen et sur celui de l’APPF, mais provenaient également de l’étude d’évaluation ex post de l’application du règlement réalisée par le Parlement européen.
III.Pertinence
L’objectif du règlement est d’établir un cadre réglementaire permettant aux PPNE`/F d’accomplir leur mission au titre de l’article 10, paragraphe 4, du TUE, à savoir «contribue[r] à la formation de la conscience politique européenne et à l’expression de la volonté des citoyens de l’ Union» tout en assurant leur bonne gestion financière et en protégeant contre les ingérences étrangères.
À l’issue de toutes les consultations menées par la Commission, un large consensus s’est dégagé sur la pertinence du règlement, confirmant que son objectif restait valable, qu’il établissait le cadre réglementaire approprié pour le fonctionnement des PPNE/F et qu’il nécessitait des améliorations ciblées limitées.
Le rapport de la commission des affaires constitutionnelles (AFCO) du Parlement européen sur l’application du règlement a également confirmé ces conclusions, reconnaissant les améliorations apportées par le règlement et proposant des modifications ciblées pour combler les lacunes existantes.
IV.Efficacité
La mission des PPNE/F est de contribuer à façonner un véritable espace politique européen et de promouvoir les valeurs démocratiques à l’intérieur et à l’extérieur des frontières de l’UE. Toutefois, certaines dispositions du règlement actuel ne permettent pas aux PPNE/F de remplir complètement cette mission, ce qui réduit l’efficacité du règlement.
1.Dispositions relatives au financement
a)Structure des revenus
Le montant total du financement de l’UE pour les PPNE/F a considérablement augmenté au fil du temps, 46 millions d’euros étant réservés aux PPNE et 23 millions d’euros aux FPNE en 2021.
Graphique nº 1 — Niveau de financement de l’UE pour les partis politiques européens et les fondations politiques européennes
Source: Service de recherche du Parlement européen
En raison de l’obligation de cofinancement prévue à l’article 17, paragraphe 4, du règlement, si les PPNE/F ne collectent pas les ressources propres correspondantes, leur financement par l’UE est abaissé jusqu’à ce qu’il corresponde à 90 % et à 95 % des dépenses totales, respectivement.
Cela signifie que si les PPNE/F souhaitent bénéficier de l’augmentation des ressources budgétaires, ils doivent obtenir davantage de ressources propres au fil des ans, en termes absolus. Cette situation s’est toutefois révélée problématique non seulement pour les PPNE/F plus petits, mais aussi pour les plus grands (voir figure 2 ci-dessous).
Graphique nº 2 — Contribution maximale éligible et contribution finale aux PPNE du budget de l’UE par an
Source: W. Wolfs, sur la base des rapports du secrétaire général du Parlement européen et des synthèses financières de la DG FINS du Parlement européen
Il existe deux raisons pour lesquelles les PPNE/F éprouvent des difficultés à mobiliser des ressources propres. D’une part, le règlement ne prévoit actuellement que deux catégories de ressources: les contributions et les dons. Les parties prenantes font valoir que cette catégorisation est trop simpliste et exclut la possibilité de mobiliser des ressources propres auprès d’autres sources telles que le parrainage, les frais de publication, les frais de participation, les ventes, etc. En revanche, le règlement peut actuellement être interprété comme ne permettant pas les contributions des partis membres situés en dehors de l’UE. Cette interprétation a été confirmée par l’arrêt T-107/19 du Tribunal du 25 novembre 2020, qui a conclu qu’un parti en dehors de l’Union ne relevait pas de la définition d’un «parti politique» au sens du règlement n° 2004/2003, étant donné qu’il n’était pas «reconnu par, ou établi en conformité avec, l’ordre juridique d’au moins un État membre». Par conséquent, le Tribunal a considéré que les paiements effectués par des partis membres situés en dehors de l’Union ne pouvaient pas être considérés comme des contributions, mais uniquement comme des dons. Cela est particulièrement important à la suite du retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne. Outre cette situation qui affecte leurs ressources propres, les PPNE/F font valoir que l’interdiction entrave leurs relations constructives avec leurs partenaires de longue date et leurs anciens membres et qu'ils se sentent par conséquent limités dans l’accomplissement de leur mission de promotion des valeurs démocratiques au-delà des frontières de l’UE. Le Parlement européen a également estimé que l’interprétation restrictive du règlement PPNE/F concernant les contributions de membres extérieurs à l’UE posait problème.
Ces difficultés entraînent une diminution des revenus pour les PPNE/F, ce qui signifie qu’ils peuvent organiser moins d’activités de sensibilisation au débat politique européen. Par conséquent, la structure actuelle des ressources propres, associée à l’obligation de cofinancement, réduit l’efficacité du règlement.
b)Transparence des dons
L'article 20 du règlement interdit certains types de dons, à savoir les dons en provenance de pays tiers, les dons anonymes et les dons supérieurs à 18 000 EUR.
Toutefois, en raison des lacunes du règlement, des acteurs étrangers pourraient être en mesure de contourner les dispositions actuelles grâce à des intermédiaires établis dans des États membres de l’UE, en utilisant des fonds provenant de pays non membres de l’UE. En outre, ces interdictions ne s’accompagnent pas de pouvoirs d’exécution correspondants pour l’APPF, qui ne peut actuellement demander des informations complémentaires aux donateurs.
En outre, certaines ONG et le BIDDH de l’OSCE se sont déclarés préoccupés par les retards dans la publication des informations relatives aux dons. Ils demandent la publication en temps réel de ces informations, en particulier pendant les périodes électorales, en vue de prévenir toute ingérence étrangère dans les élections de façon à permettre aux électeurs de voter en connaissance de cause. Dans son rapport établi conformément à l’article 38 du règlement sur les PPNE/F, le Parlement européen a également mis en évidence la possibilité d’améliorer la transparence du financement et des dons, en particulier dans le règlement.
Le système de transparence actuel n’est donc pas jugé suffisamment efficace pour prévenir, détecter et/ou combattre les ingérences étrangères.
2.Valeurs démocratiques, visibilité et équilibre hommes-femmes
a)Obstacles empêchant les partis politiques européens et les fondations politiques européennes de remplir leur mission au titre de l’article 10, paragraphe 4, du TUE
Tout au long du processus de consultation, les PPNE/F ont mis en évidence les obstacles auxquels ils sont confrontés pour accroître leur visibilité au niveau national. Ces obstacles les empêchent de remplir leur mission consistant à «contribuer à la formation de la conscience politique européenne et à l'expression de la volonté des citoyens de l’Union» et, partant, limitent l’efficacité du règlement. Le Parlement européen a également recensé ces obstacles dans son rapport établi conformément à l’article 38 du règlement sur les PPNE/F.
L’un de ces obstacles pourrait être associé à l’interdiction actuelle de financer, directement ou indirectement, des élections, des partis politiques, des candidats ou des fondations au niveau national. Pour lever l’ambiguïté de ce que l’on entend par «financement indirect», dans la perspective des élections au Parlement européen de 2019, l’APPF et l’ordonnateur du Parlement européen ont élaboré cinq principes applicables aux campagnes pour les élections au Parlement européen qui, s’ils étaient respectés, signifieraient une éligibilité au financement de l’UE. Si la sécurité juridique en a été améliorée dans une certaine mesure, cela n’a pas permis d’accroître la participation directe des PPNE/F aux campagnes menées dans les États membres. En outre, le règlement PPNE/F interdit actuellement l’utilisation des fonds de l’UE dans les campagnes référendaires nationales, même sur des questions liées à l’Union européenne; cela empêche les PPNE/F de promouvoir la dimension européenne de ces débats. La Cour de justice de l’Union européenne fait également référence à cette interdiction dans son arrêt T-107/19 du Tribunal du 25 novembre 2020.
Un autre obstacle à la visibilité des PPNE au niveau national est le manque de clarté et le caractère insuffisant des sanctions y afférentes en ce qui concerne l’obligation faite aux partis affiliés nationaux d’afficher le logo du PPNE dont ils sont membres. Malgré l’obligation énoncée à l’article 18, paragraphe 2 bis, du règlement, European Democracy Consulting a constaté que tous les PPNE, à l'unique exception du Parti démocratique européen, comptaient parmi leurs membres des partis nationaux qui n’affichent pas leur logo sur leur page web. En outre, 85 % des partis membres nationaux n’affichent pas le logo du PPNE auquel ils sont affiliés de manière «claire et intelligible», si l'on considère qu'il convient d'entendre par là la partie supérieure des sites web des partis nationaux. La majeure partie (58 %) des logos des PPNE sont affichés en bas de l'écran. Une grande majorité des logos sont clairement «non visibles» (représentant 60 %, voire plus de 69 % si l’on inclut les sites web n'affichant aucun logo). Si l'on considère uniquement les logos «clairement visibles» ou «modérément visibles», 71 % des logos échouent à l’épreuve; ce chiffre va jusqu'à 78 % si l'on inclut les sites web n'affichant aucun logo.
b)Équilibre hommes-femmes
À l’heure actuelle, le règlement ne contient aucune obligation de transparence en matière de parité hommes-femmes. Lorsque le règlement a été modifié en 2019, les colégislateurs ont uniquement accepté de mentionner une mesure volontaire au considérant 5.
Selon le rapport du Forum économique mondial sur la parité entre les hommes et les femmes dans le monde, l’écart entre les hommes et les femmes en matière de valorisation politique reste, à l’échelle mondiale, le plus grand des quatre écarts recensés, n'étant comblé qu'à hauteur de 22 % à ce jour. S’il y a eu une tendance positive en faveur d'un meilleur équilibre hommes-femmes au Parlement européen au fil des ans, les mesures volontaires se sont révélées insuffisantes pour garantir la parité entre les hommes et les femmes. En janvier 2021, le pourcentage de femmes députées au Parlement européen était de 38,9 %, contre 16,6 % lors de la première législature directement élue en 1979. Ce pourcentage est supérieur à la moyenne mondiale pour les parlements nationaux et à la moyenne européenne pour les parlements nationaux, qui est de 30,5 %. Toutefois, le service de recherche du Parlement européen met en évidence de grandes différences entre les États membres et considère la faible proportion de femmes parmi les candidates comme une cause sous-jacente dans les pays où la proportion de femmes élues au Parlement européen est faible. Cela peut, à son tour, être dû aux processus internes des partis politiques. Il apparaît que les PPNE ont manqué l’occasion d’encourager leurs partis membres nationaux à promouvoir l’équilibre entre les hommes et les femmes sur les listes des partis. En outre, la parité hommes-femmes au sein des instances dirigeantes des PPNE/F n’a pas non plus été atteinte. Le règlement ne favorise donc pas efficacement l’équilibre hommes-les femmes.
c)Respect des valeurs de l’UE
L’article 3, paragraphe 1 et 2, du règlement oblige les PPNE/F, mais non les partis membres de ceux-ci, à respecter les valeurs fondamentales de l’Union telles qu'elles sont définies à l’article 2 du TUE. Afin de renforcer la protection des valeurs fondamentales, les partis membres de l’Union devraient également respecter ces valeurs, et les PPNE/F doivent veiller à ce que leurs membres en dehors de l’Union respectent des valeurs équivalentes. Le rapport d’évaluation du Parlement européen conformément à l’article 38 du règlement recommande de modifier l’article 3 afin de préciser que le respect des valeurs fondamentales de l’Union devrait s’appliquer tant aux PPNE eux-mêmes qu’à leurs partis membres.
3.Respect des droits
a)Habilitation de l’Autorité pour les partis politiques européens et les fondations politiques européennes
Le règlement a institué, pour la première fois, un organe de contrôle indépendant, l’APPF, afin d’assurer un contrôle impartial des activités des PPNE. Toutefois, certaines lacunes dans les dispositions actuelles limitent la capacité de l’APPF à effectuer des contrôles efficaces.
Le règlement ne confère pas à l’APPF des pouvoirs d’enquête suffisants en cas de dons. Les donateurs de l’Union européenne (personnes physiques et morales), qui peuvent servir de prête-noms en vue de l'acheminent de fonds vers des PPNE/F, n’ont actuellement aucune obligation légale de coopérer avec l’APPF. En outre, le règlement n’établit pas de normes minimales en matière de documentation ou de mécanismes de contrôle interne pour l’acceptation des dons. Ainsi, l’APPF peut facilement ne pas disposer des preuves nécessaires pour vérifier efficacement les dons et les moyens de les obtenir.
Deuxièmement, l’APPF a mis en garde contre le fait que ses ressources limitées pourraient nuire à son efficacité dans «des axes de travail extraordinaires ou non récurrents tels que des enquêtes formelles, des actions en justice devant les juridictions de l’Union et, éventuellement, des procédures de vérification de questions liées aux élections européennes ou de questions affectant le respect des valeurs sur lesquelles l’Union est fondée par les partis politiques européens ou les fondations politiques européennes».
b)Système de sanctions
À ce jour, le système de sanctions n’a jamais été utilisé.
Selon certains, cela pourrait être dû au manque de souplesse du système, en ce sens qu’il ne permet pas à l’APPF de hiérarchiser les violations du règlement qui devraient être suivies en priorité ou de moduler le niveau et la nature des sanctions pour la rendre proportionnée à la nature de la violation, y compris en cas de négligence. En outre, certaines FPNE affirment que le système actuel de sanctions indifférenciées peut avoir une incidence négative sur les plus petites d’entre elles, car, dans le cas d’une irrégularité relativement faible, la sanction peut conduire à la faillite. Cette situation a, à son tour, une incidence négative sur la pluralité politique.
c)Manque de clarté des règles d’éligibilité à un financement de l’UE au cours d’une période donnée
Au cours des consultations informelles menées par la Commission, tant l’APPF que l’ordonnateur du Parlement européen ont indiqué que les intérêts financiers de l’UE n’étaient pas suffisamment protégés en cas de retrait d’un PPNE ou d’une FPNE.
Le règlement n’est actuellement pas clair quant à l’éligibilité de leurs dépenses au cours de la période de trois mois que le règlement prévoit pour l’entrée en vigueur d’une décision de radiation.
En outre, le règlement peut bénéficier d’un alignement supplémentaire sur l’article 297 du TFUE, qui dispose que «[...] les décisions qui désignent un destinataire sont notifiées à leurs destinataires et prennent effet par cette notification».
V.Efficacité
Le règlement impose des charges administratives considérables aux PPNE/F.
Cela tient, d’une part, à la double exigence comptable [à savoir, l’obligation de tenir une comptabilité conformément à la fois à la législation de l’État membre dans lequel les PPNE/F ont leur siège et aux normes comptables internationales (IAS)] et, d’autre part, à la triple procédure de vérification impliquant l’auditeur externe, l’APPF et l’ordonnateur du Parlement européen.
L’obligation pour les PPNE/F de présenter leurs comptes conformément aux normes IAS a été introduite lors de la révision du règlement de 2018. Toutes les parties prenantes, y compris le Parlement européen, conviennent que les coûts administratifs résultant de cette obligation pour ces petites organisations l’emportent sur les avantages. Bien que d’importantes différences les caractérisent, les PPNE/F consacrent chaque année environ 1260 heures (environ 0,78 équivalent temps plein) à des tâches administratives, tandis que 20 000 EUR supplémentaires sont consacrés à des tâches externalisées. Sur ces 20 000 EUR, les PPNE/F dépensent en moyenne plus de 8 000 EUR pour préparer les états financiers annuels conformément aux normes comptables internationales, ce qui est généralement une tâche externalisée. Cela fait peser une pression particulière sur le fonctionnement des petits PPNE/F dont les ressources sont plus limitées. Dans le même temps, 8 PPNE sur 10 sont basés en Belgique, de sorte que la comparabilité des comptes est largement assurée. De plus, dans son rapport annuel d’activité 2020, l’APPF a conclu que l’utilisation de modèles élaborés par l’APPF avait considérablement amélioré la comparabilité des communications des différents PPNE et FPNE et avait également contribué à harmoniser les contrôles des différents dossiers par l’APPF. L’utilisation des IAS peut donc être considérée comme une mesure inefficace et inutile.
En outre, le triple processus de vérification appliqué aux comptes, qui implique l’examen des rapports financiers tant par l’APPF que par l’ordonnateur du Parlement européen et l’évaluation par l’auditeur externe, entraîne une double utilisation de l’argent des contribuables de l’UE. Outre cette inefficacité, l’APPF et l’ordonnateur du Parlement européen ont parfois appliqué des interprétations divergentes des règles, ce qui a entraîné une augmentation de la charge de travail et une insécurité juridique pour les PPNE/F. Tout au long du processus de consultation de la Commission, certaines parties prenantes ont proposé de rationaliser la répartition des tâches et des responsabilités entre l’APPF et l’ordonnateur du Parlement européen, afin d’éliminer les chevauchements, de réduire la charge réglementaire pesant sur les PPNE/F et d’accroître la sécurité juridique pour ces derniers.
VI.Cohérence avec les politiques de l’UE
1.Plan d’action pour la démocratie européenne
À l’ heure actuelle, le règlement ne prévoit pas une cohérence totale avec le plan d’action pour la démocratie européenne, qui a mis en évidence la nécessité de clarifier les règles régissant le financement des PPNE/F et de lancer une nouvelle initiative visant à garantir une plus grande transparence dans la publicité politique payante. Il pourrait donc être nécessaire de modifier le règlement afin de combler les lacunes actuelles du règlement et de déterminer les obligations des PPNE/F lorsqu’ils recourent à la publicité à caractère politique. Une modification éventuelle à cet égard répondrait également à la demande du Parlement européen qui, dans son rapport au titre de l’article 38 du règlement, a souligné la nécessité de traiter le risque d’ingérence étrangère.
2.Stratégie en faveur de l’égalité hommes-femmes pour la période 2020-2025
En ne contenant pas de dispositions contraignantes visant à promouvoir l’égalité hommes-femmes dans la politique européenne, le règlement PPNE/F n’est pas pleinement cohérent avec la stratégie de la Commission en matière d’égalité entre les hommes et les femmes 2020-2025, qui dispose que «la Commission encouragera la participation des femmes en tant qu’électrices et en tant que candidates aux élections au Parlement européen de 2024, en collaboration avec le Parlement européen, les parlements nationaux, les États membres et la société civile, notamment au moyen de financements et en promouvant les bonnes pratiques. Les partis politiques européens qui demandent un financement de l’UE sont encouragés à faire preuve de transparence en ce qui concerne l’équilibre hommes-femmes de leurs membres».
VII.Valeur ajoutée européenne
Le TFUE prévoit l’établissement des règles régissant les PPNE au niveau de l’Union à l’article 224, qui dispose que «le Parlement européen et le Conseil, statuant conformément à la procédure législative ordinaire, fixent par voie de règlement le statut des partis politiques au niveau européen visés à l’article 10, paragraphe 4, du traité sur l’Union européenne, et notamment les règles relatives à leur financement».
Une intervention de l’UE dans ce domaine est donc nécessaire, car le retrait du règlement créerait un vide juridique pour les PPNE/F.
VIII.Incidence sur les petits partis politiques européens et les petites fondations politiques européennes
S’il a été constaté que le règlement fournissait un cadre réglementaire approprié pour les PPNE/F, certaines de ses dispositions créent des difficultés pour les plus petits d'entre eux.
La révision du règlement à laquelle il a été procédé en 2018 a modifié la clé de répartition aux fins de l'octroi d’un financement de l’UE, réduisant le montant forfaitaire des fonds répartis de manière égale à 10 %, contre 15 % pour les PPNE. Le service de recherche du Parlement européen a conclu que cette réforme frappait durement les petits partis politiques (et leurs fondations), tandis que l’incidence financière sur les grands partis politiques était négligeable. En conséquence, les petits PPNE/F devraient mobiliser davantage de ressources propres pour garantir le financement nécessaire aux fins de leurs activités. Au cours des consultations menées par la Commission, les petits PPNE/F ont indiqué que la définition actuelle des contributions et des dons n’offrait que des possibilités limitées à cet égard et a donc demandé que le règlement soit modifié pour tenir compte de catégories supplémentaires de ressources propres.
L’obligation de présenter leurs comptes également conformément aux normes IAS met à rude épreuve les PPNE/F de moindre ampleur en raison de leur forte intensité de ressources (voir la section sur l’efficacité). Les petits PPNE/F, ainsi que tous les autres groupes concernés, ont donc demandé la suppression de cette obligation.
Actuellement, les partis politiques européens peuvent solliciter un financement s’ils sont représentés par au moins un député au Parlement européen. Ce seuil de représentation a été jugé trop bas par les grands partis, certains d’entre eux ayant plaidé pour qu'il soit relevé afin de prévenir l’usage abusif de fonds publics par des «partis d’un seul homme». Les PPNE de plus petite taille sont opposés à un tel changement, soulignant que cela nuirait au caractère pluraliste de la politique européenne. Compte tenu du fait qu’à l’heure actuelle, même le PPNE le moins représenté pouvant prétendre à un financement (à savoir, le Mouvement politique chrétien européen) compte quatre députés, l’incidence pratique de ce changement potentiel serait minime.
IX.Conclusion
La présente évaluation a été réalisée conformément à l’article 38 du règlement, la clause de révision.
Elle conclut que le règlement a fourni un cadre réglementaire utile permettant aux PPNE/F de mener à bien leur mission au titre de l’article 10, paragraphe 4, du TUE. Les objectifs du règlement restent pertinents, mais un certain nombre de lacunes ont été relevées et nuisent à l’efficacité, à l’efficience et à la cohérence du règlement.
La Commission remédiera à ces lacunes dans la proposition législative visant à modifier le règlement qui accompagne le présent rapport d’évaluation, conformément à l’article 38 du règlement, tout en tenant compte de la situation tendue et de la pression croissante exercée sur les crédits disponibles au titre de la rubrique 7 intitulée «Administration publique européenne».