COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 14.12.2021
COM(2021) 790 final
RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN ET AU CONSEIL
sur la mise en œuvre du règlement (CE) nº 1185/2009 du Parlement européen et du Conseil du 25 novembre 2009 relatif aux statistiques sur les pesticides
1.Introduction
1.1.Contexte
Le règlement (CE) nº 1185/2009 (ci-après le «règlement») établit un cadre commun pour la production de statistiques européennes sur les pesticides. Il couvre les statistiques concernant la mise sur le marché des pesticides (ci-après les «statistiques sur la vente de pesticides») ainsi que les statistiques relatives à l’utilisation des pesticides dans le cadre de l’activité agricole. En application de l’article 7 du règlement, la Commission est tenue de soumettre tous les 5 ans au Parlement européen et au Conseil un rapport sur sa mise en œuvre. Ce rapport évalue notamment la qualité des données communiquées, les méthodes de collecte de données ainsi que la charge imposée aux entreprises, aux exploitations agricoles et aux administrations nationales. Il examine également dans quelle mesure ces statistiques sont utiles pour déployer la stratégie sur l’utilisation durable des pesticides et, en particulier, pour atteindre les objectifs énoncés à l’article 1er du règlement. Il contient des propositions destinées à améliorer encore la qualité des données et les méthodes de collecte de données, qui contribuent à leur tour à améliorer la couverture et la comparabilité des données et à alléger les contraintes pesant sur les entreprises, les exploitations agricoles et les administrations nationales.
Les statistiques européennes sur les pesticides servent en particulier les objectifs des articles 4 et 15 de la directive 2009/128/CE. En outre, le règlement est étroitement lié au règlement (CE) nº 1107/2009 et, notamment, à son article 67, qui établit certaines obligations en matière de rapports et de tenue de registres pour ce qui concerne la mise sur le marché et l’utilisation des pesticides.
Il s’agit du deuxième rapport sur la mise en œuvre du règlement, couvrant les années de référence 2015-2019 tant en ce qui concerne la vente de pesticides que leur utilisation dans le cadre de l’activité agricole. Adopté en 2017, le premier rapport portait sur les années de référence 2011 à 2014 en ce qui concerne la vente de pesticides, et sur la période de référence 2010-2014 en ce qui concerne leur utilisation dans le cadre de l’activité agricole.
1.2.Évolution de la situation au niveau de l’UE depuis le dernier rapport
En mai 2019 a été adoptée la directive (UE) 2019/782 de la Commission établissant des indicateurs de risque harmonisés afin d’estimer les tendances en matière de risques associés à l’utilisation des pesticides. Cette directive établit des indicateurs de risque harmonisés, tels que visés à l’article 15, paragraphe 1, de la directive 2009/128/CE. L’indicateur de risques harmonisé 1 (IRH 1), qui mesure l’utilisation des pesticides et le risque connexe, est calculé par Eurostat à l’aide de statistiques sur la vente de pesticides collectées au titre du règlement ainsi que sur la base des groupes et des pondérations liées au danger prévus par la directive de la Commission.
En mai 2020, la Commission a adopté la stratégie «De la ferme à la table – pour un système alimentaire équitable, sain et respectueux de l’environnement». Cette stratégie vise à accélérer la transition vers un système alimentaire durable. Elle comprend un objectif consistant à réduire de 50 % l’utilisation globale des pesticides chimiques et le risque associé de même que l’utilisation des pesticides plus dangereux d’ici à 2030. Dans le plan d’action de la stratégie, la Commission a proposé de réviser le règlement afin de combler les lacunes en matière de données et de promouvoir une élaboration des politiques fondée sur des données probantes.
En février 2020, la Cour des comptes a publié un rapport intitulé «Utilisation durable des produits phytopharmaceutiques» dans lequel elle évaluait si les actions de la Commission et des États membres s’étaient traduites par une réduction des risques liés à l’utilisation des produits phytopharmaceutiques (PPP), et si la législation en la matière offrait des incitations efficaces pour réduire la dépendance à l’égard des PPP. Le rapport contenait un certain nombre de recommandations à l’intention de la Commission concernant les statistiques sur les pesticides:
·améliorer l’accès aux statistiques sur les PPP;
·supprimer les exigences restrictives d’agrégation des données relatives aux PPP (article 3, paragraphe 4, du règlement) afin de permettre la publication de statistiques plus utiles (par exemple, sur les PPP à faible risque et les substances actives possédant des propriétés spécifiques);
·clarifier, affiner et harmoniser les exigences applicables aux statistiques de l’UE concernant l’utilisation des PPP dans le cadre de l’activité agricole (annexe II du règlement) pour que celles-ci soient davantage disponibles, comparables et utiles (au plus tard en 2023).
L’instrument juridique choisi pour apporter les améliorations nécessaires est la proposition législative de règlement relatif aux statistiques sur les intrants et les produits agricoles (SIPA), adoptée par la Commission le 2 février 2021. Cette proposition couvre les statistiques agricoles sur les cultures, les animaux et les prix agricoles, les éléments nutritifs et la production biologique, ainsi que sur la vente des produits phytopharmaceutiques et leur utilisation dans le cadre de l’activité agricole. Elle abrogera le règlement lorsqu’elle entrera en vigueur.
2.Couverture et contenu
Conformément à l’article 2, point a), du règlement, on entend par «pesticide» «un produit phytopharmaceutique» (PPP) au sens de l’article 2, paragraphe 1, du règlement (CE) nº 1107/2009 ou «un produit biocide» utilisé en tant que PPP au sens de l’article 2, paragraphe 1, de la directive 98/8/CE. Les pesticides sont regroupés selon les catégories suivantes:
·fongicides et bactéricides;
·herbicides, défanants et agents antimousse;
·insecticides et acaricides;
·molluscides;
·régulateurs de croissance des végétaux;
·autres produits phytopharmaceutiques.
La liste des substances actives a été mise à jour pour l’année de référence 2016 par le règlement (UE) 2017/269 de la Commission. Les substances approuvées entre 2011 et 2016 ont été incluses dans la collecte de données, tandis que certaines ont été classées différemment (passant, par exemple, du grand groupe «Insecticides et acaricides» au grand groupe «Autres produits phytopharmaceutiques», ou de ce dernier au grand groupe «Fongicides et bactéricides»). Il s’en est suivi une rupture dans les séries chronologiques. La Commission (Eurostat) et les États membres s’efforcent de créer un ensemble de données harmonisé dans le temps.
Le règlement dispose que les États membres doivent transmettre sur une base annuelle à la Commission (Eurostat) leurs données statistiques relatives aux pesticides mis sur le marché chaque année (statistiques relatives à la vente de pesticides). En outre, ils doivent fournir des statistiques relatives à l’utilisation des pesticides dans le cadre de l’activité agricole sur des périodes de cinq ans. Le présent rapport a trait aux données et rapports sur la qualité transmis pour les années de référence 2015 à 2019 inclus.
Deux inconvénients majeurs découlent des dispositions du règlement. Les exigences du règlement en matière d’agrégation des données (article 3, paragraphe 4) rendent non publiables toutes les données collectées au niveau des substances actives, ce qui a une incidence considérable sur la disponibilité des données. Un autre inconvénient majeur de la collecte actuelle de données est l’absence d’harmonisation des données relatives à l’utilisation des pesticides: les États membres peuvent choisir librement l’année de référence dans la période de cinq ans (2015-2019) ainsi qu’une liste de cultures qu’ils jugent représentatives de leur situation nationale.
2.1.Couverture
2.1.1.Statistiques relatives à la vente de pesticides
En application du règlement, les États membres de l’UE, l’Islande et la Norvège sont tenus d’envoyer des statistiques sur la vente de pesticides avant le 30 décembre de l’année N + 1 ainsi que des rapports nationaux sur la qualité avant le 31 mars de l’année N + 2. La Suisse, le Monténégro et la Turquie transmettent des données et des rapports sur la qualité sur une base volontaire.
2.1.2.Statistiques relatives à l’utilisation des pesticides dans le cadre de l’activité agricole
En application du règlement, les États membres de l’UE, l’Islande et la Norvège (dénommés conjointement «États membres» aux fins du présent rapport) sont tenus d’envoyer des données et des rapports sur la qualité en ce qui concerne l’utilisation des pesticides dans le cadre de l’activité agricole pour une sélection de cultures dans un délai de 12 mois à compter de la fin de chaque période de cinq ans. La seconde période de cinq ans a pris fin le 30 décembre 2019 et les pays ont été obligés de transmettre des données et des rapports sur la qualité pour le 30 décembre 2020. La sélection des cultures doit être représentative des cultures de l’État membre concerné et des substances utilisées. La période de référence est une période d’une durée maximale de douze mois couvrant la totalité des traitements phytopharmaceutiques associés directement ou indirectement à la culture sélectionnée.
2.2.Méthodes appliquées et sources utilisées pour la collecte des données
Conformément au règlement, les États membres peuvent utiliser différents moyens pour collecter les données nécessaires. Les États membres peuvent utiliser des enquêtes, des informations relatives à la mise sur le marché et à l’utilisation de pesticides découlant des obligations au titre de l’article 67 du règlement (CE) nº 1107/2009, des sources administratives ou toute combinaison de ces moyens, y compris des procédures d’estimation statistique fondées sur des avis d’experts, ou des modèles.
2.2.1.Statistiques relatives à la vente de pesticides
Pour la plupart des États membres, les données primaires sous-jacentes relatives à la vente de pesticides proviennent de sources administratives pour lesquelles la communication de données est obligatoire. L’article 67, paragraphe 3, du règlement (CE) nº 1107/2009 dispose que les titulaires d’autorisations doivent fournir aux autorités compétentes des États membres toutes les données concernant le volume des ventes de produits phytopharmaceutiques conformément à la législation de l’UE en matière de statistiques sur les produits phytopharmaceutiques. Plusieurs pays utilisent d’autres sources de données, telles que le recensement et les enquêtes (par sondage), ou une combinaison de sources administratives et d’autres sources. De plus amples informations sur les pratiques nationales sont disponibles dans les rapports nationaux sur la qualité.
2.2.2.Statistiques relatives à l’utilisation des pesticides dans le cadre de l’activité agricole
Les statistiques relatives à l’utilisation des pesticides dans le cadre de l’activité agricole sont généralement fondées sur des enquêtes statistiques menées auprès des agriculteurs. Dans certains pays, un recensement est mené dans les exploitations agricoles dépassant un certain seuil d’hectares ou sur la base du chiffre d’affaires attendu de l’exploitation agricole. Ce n’est que dans des cas exceptionnels que d’autres méthodes de collecte des données sont utilisées: deux pays utilisent les données administratives existantes sur l’utilisation des pesticides, deux pays utilisent les données du réseau d’information comptable agricole (RICA), deux pays extrapolent l’utilisation des pesticides à partir des données relatives aux ventes, et un pays utilise une étude scientifique fondée sur les quantités de résidus de pesticides présents dans les stations d’eau souterraines.
Dans certains cas, les informations sont collectées par des moyens électroniques tels que des enquêtes en ligne ou des logiciels de gestion des exploitations agricoles. Toutefois, plusieurs pays ont signalé l’impossibilité d’utiliser des moyens électroniques. Les principales méthodes utilisées par les pays pour la collecte de données sont les questionnaires papier (7 pays), suivis des entretiens en face à face (6 pays) ainsi que des entretiens téléphoniques et des questionnaires électroniques (4 pays pour chaque méthode), ou une combinaison de ces méthodes. D’autres méthodes incluent les enregistrements numériques effectués par les utilisateurs sur des pages web, l’accès direct et constant aux données figurant dans les bases de données, ainsi que des entretiens téléphoniques ou en ligne assistés par ordinateur. De plus amples informations sur les pratiques nationales sont disponibles dans les rapports nationaux sur la qualité.
2.3.Qualité des données transmises
Même si les États membres sont responsables de la qualité des statistiques relatives aux pesticides, la Commission (Eurostat) prend les mesures nécessaires pour détecter la présence d’erreurs dans les données qu’elle reçoit. Les États membres transmettent des informations sur toutes les substances actives et tous les agrégats de la liste de codes, y compris les données confidentielles, en passant par le point d’entrée unique (portail EDAMIS) et en respectant la structure des fichiers et le format d’enregistrement demandés. Les modalités techniques relatives à la transmission des données reposent sur un niveau élevé de normalisation. La Commission (Eurostat) dispose d’un système informatique fiable pour la réception, la validation et le traitement des données et effectue plusieurs types de contrôles des données: exhaustivité et cohérence du questionnaire de déclaration de chaque pays, vérification des agrégations de volumes de pesticides, et vérification de l’évolution dans le temps des séries chronologiques. La Commission (Eurostat) procède également à des contrôles manuels de la confidentialité secondaire avant de diffuser les statistiques et demande aux pays d’envoyer des données révisées pour toute erreur détectée.
2.3.1.Statistiques relatives à la vente de pesticides
La plupart des États membres ont continué à fournir leurs séries de données dans les délais et ont coopéré de manière satisfaisante lorsque des contrôles supplémentaires ou des corrections étaient nécessaires. En ce qui concerne l’exactitude, la fiabilité et la comparabilité, la plupart des pays ont confirmé que leurs données primaires sur les ventes de pesticides avaient été collectées auprès des titulaires d’autorisation. Ils considéraient que les données tirées de ces sources étaient globalement de bonne qualité.
Les États membres ont indiqué avoir pris des mesures pour garantir la qualité statistique de leurs données: comparaison des données quantitatives avec les données de l’année précédente, comparaison avec des sources de données externes, contrôle de la fiabilité des quantités et produits déclarés, contrôle des quantités anormales et manquantes, et contrôles aléatoires. Ils ont également indiqué avoir appliqué les dispositions du code de bonnes pratiques de la statistique européenne.
2.3.2.Statistiques relatives à l’utilisation des pesticides dans le cadre de l’activité agricole
La plupart des pays ont fourni leurs séries de données dans les délais et ont réagi rapidement aux demandes de contrôles supplémentaires et/ou de corrections. Un pays a fourni les données avec plusieurs mois de retard.
En ce qui concerne l’exactitude, la fiabilité et la comparabilité, la plupart des États membres estimaient que les données fournies étaient bonnes. La plupart des pays considèrent que la qualité des données est stable depuis la publication du premier rapport en 2017. Six pays ont fait état d’une amélioration globale dans la qualité des statistiques. Un seul pays a indiqué que la comparabilité des données s’était détériorée.
La superficie traitée avec des pesticides n’est pas facile à quantifier en raison de l’exigence d’agrégation des substances actives au sein de classes chimiques. Si des substances actives appartenant à une même classe ou à un même groupe chimique sont appliquées sur la même superficie physique, la quantification correcte de la superficie sans double comptage ne peut être effectuée que si l’enquête est conçue en conséquence. Plus de la moitié des pays ne peuvent garantir avoir exclu un double comptage des superficies cultivées traitées avec des pesticides, ce qui limite les possibilités de diffusion des données relatives aux superficies traitées. Cette agrégation des superficies ne peut être effectuée que par les autorités statistiques nationales, car des informations détaillées au niveau des parcelles sont nécessaires à cette fin.
3.Pertinence — Utilité des données statistiques et diffusion
Eurostat publie dans sa base de données de diffusion deux séries de données sur les statistiques relatives aux pesticides: la vente de pesticides et l’utilisation des pesticides dans le cadre de l’activité agricole. Compte tenu des exigences du règlement relatives à l’agrégation des données (article 3, paragraphe 4), la Commission (Eurostat) ne peut publier aucune donnée sur les substances actives.
En raison des exigences d’agrégation des données et de la complexité des problèmes de confidentialité, la Commission (Eurostat) n’a diffusé au départ que des statistiques sur les ventes de pesticides au niveau hiérarchique le plus élevé défini à l’annexe III du règlement: le niveau «grand groupe» (diffusion depuis 2013). Le niveau hiérarchique suivant, à savoir «catégorie de produits», a été ajouté en 2018 tandis que le niveau «classe chimique» a été ajouté en 2021. Par conséquent, la disponibilité des données s’est améliorée par rapport à la période de référence précédente.
Les statistiques publiées sur les pesticides sont toujours soumises à des restrictions de confidentialité. Celles-ci sont liées au secret statistique tel que défini par le règlement (CE) nº 223/2009 et concernent des données qui permettent d’identifier, directement ou indirectement, des unités statistiques et divulguent donc des informations individuelles. L’incidence du secret statistique varie en fonction de l’État membre, du type de pesticide et de l’année. Cela est lié à la structure de l’industrie des pesticides et du secteur agricole dans le pays. Pour la période 2011-2019 sont confidentielles les données relatives à moins de 1 % du volume total des ventes.
Plusieurs États membres ont diffusé au niveau national des statistiques sur la vente de pesticides, sans que soient appliquées des mesures de confidentialité. La Commission (Eurostat) facilite l’accès aux statistiques nationales en fournissant des liens internet vers les statistiques nationales relatives aux pesticides dans l’annexe du fichier de métadonnées européen.
Il est très difficile de publier des statistiques sur l’utilisation des pesticides dans le cadre de l’activité agricole en raison des exigences d’agrégation, de l’absence d’harmonisation au niveau du choix des cultures et des années de référence, et du concept de «superficie traitée»:
·le règlement dispose que chaque pays doit sélectionner et observer des cultures, ainsi que les substances actives correspondantes, qui sont représentatives de son agriculture, et non l’ensemble des cultures et des pesticides utilisés dans le pays. Pour une seule année de référence, le nombre de cultures déclarées par chaque pays oscille entre 2 et 51. Au total, des enquêtes ont été menées sur quelque 150 cultures différentes . La Commission (Eurostat) a présenté une proposition d’harmonisation des cultures afin d’améliorer la comparabilité des données pour la période de référence 2020-2024. Toutefois, il appartient aux pays de décider s’ils souhaitent donner suite à la proposition;
·les pays peuvent choisir une année de référence dans la période de cinq ans prévue par le règlement. Certains pays ont communiqué des données pour une des cinq années de référence, tandis que d’autres l’ont fait pour les cinq années de référence (pour des cultures différentes);
·la superficie traitée avec des pesticides n’est pas facile à quantifier en raison de l’exigence d’agrégation des substances actives au sein de classes chimiques, comme mentionné ci-dessus à la section 2.3.2.
Tous ces facteurs limitent considérablement la comparabilité et l’utilité des données sur l’utilisation des pesticides dans le cadre de l’activité agricole.
En 2019, la Commission (Eurostat) a publié une recherche sur les données relatives à l’utilisation des pesticides dans le cadre de l’activité agricole. Ce document résume les principaux résultats et défis liés à la collecte de données. L’ensemble de données pour la période de cinq ans 2010-2014 a été publié en 2020 et la période 2015-2019 a été ajoutée en 2021. Dès le début, cet ensemble de données contenait les trois niveaux hiérarchiques suivants: grand groupe, catégorie de produits et classe chimique. Les superficies traitées (en hectares) n’ont absolument pas pu être diffusées pendant la première période de cinq ans, étant donné qu’un double comptage ne pouvait être exclu. Pour la seconde période de cinq ans, les superficies traitées n’ont pu être diffusées que pour les pays en mesure de garantir que la superficie n’avait été comptabilisée qu’une seule fois (11 pays). Pour tous les autres pays, seule la quantité de pesticides (en kilogrammes) a été diffusée.
L’unité de mesure (kilogrammes de substances actives) entrave la publication des pesticides microbiologiques, car il n’existe pas de moyen harmonisé de convertir en kilogrammes les unités plus appropriées utilisées pour les pesticides microbiologiques, telles que l’unité formant colonie (UFC) ou l’unité internationale (UI). En raison de ces problèmes de conversion, les substances microbiologiques ne sont pas incluses dans les données diffusées (ventes ou utilisation dans le cadre de l’activité agricole). Cela limite les possibilités de suivi quant à l’utilisation de ces substances actives.
La Commission a calculé et publié l’indicateur de risques harmonisé 1 sur la base des statistiques relatives à la vente de pesticides, conformément aux obligations énoncées à l’article 15, paragraphe 1, de la directive 2009/128/CE et dans la directive (UE) 2019/782 de la Commission. Ces statistiques sont également utilisées pour contrôler les objectifs de la stratégie «de la ferme à la table» consistant à réduire l’utilisation globale des pesticides chimiques et le risque associé ainsi que l’utilisation de pesticides plus dangereux.
Les principaux utilisateurs des statistiques sur les pesticides au sein de la Commission européenne sont la direction générale de la santé et de la sécurité alimentaire, la direction générale de l’agriculture et du développement rural, la direction générale de l’environnement, et le Centre commun de recherche. Les autres utilisateurs des statistiques sur les pesticides sont les autorités nationales, les chercheurs, le secteur des entreprises, les ONG, les étudiants et le grand public. Parallèlement à d’autres données pertinentes, les statistiques sont utilisées pour mesurer les progrès accomplis dans la réduction du risque lié à l’utilisation de produits phytopharmaceutiques.
Les utilisateurs de données ont souligné à plusieurs reprises la nécessité de disposer de davantage de données, à savoir:
·des données sur les substances actives contenues dans les pesticides destinés à la vente et à l’utilisation dans le cadre de l’activité agricole;
·des données harmonisées et plus fréquentes sur l’utilisation des pesticides dans le cadre de l’activité agricole; des données portant sur les cultures identiques et des données issues de la collecte annuelle de données; et
·des données spatiales (régionales) plus détaillées sur l’utilisation des pesticides dans le cadre de l’activité agricole.
La Commission s’emploie à améliorer la disponibilité et la qualité des données (voir plus de détails à la section 5).
4.Coût et charge
4.1.Coût
Les instituts nationaux de statistique et d’autres autorités statistiques ont estimé le coût annuel global de la collecte de données relatives à la vente de pesticides et à l’utilisation des pesticides dans l’agriculture à environ 4,7 millions d’euros pour 23 États membres de l’UE et la Norvège. En outre, cette collecte mobilise quelque 43 collaborateurs (en équivalents temps plein). Le chiffre médian par pays est de 53 000 EUR et d’un équivalent temps plein. La main-d’œuvre et les coûts déclarés sont plutôt limités dans la plupart des pays.
4.2.Charge
La charge pesant sur les répondants (titulaires d’autorisations pour la vente de pesticides, exploitations agricoles et autres utilisateurs professionnels actifs dans le secteur agricole en ce qui concerne l’utilisation des pesticides dans le cadre de l’activité agricole) et les administrations nationales varie en fonction de la méthode de collecte des données choisie.
Les pays ont indiqué que la charge pesant sur les autorités et les répondants pour la collecte des données relatives à la vente de pesticides était relativement faible, étant donné que les titulaires d’autorisation ont la responsabilité administrative de notifier aux autorités compétentes les ventes de toutes les substances actives mises sur le marché. Les statistiques constituent, dans la plupart des cas, un sous-produit de ce processus administratif.
En ce qui concerne l’utilisation des pesticides dans le cadre de l’activité agricole, la situation est différente: conformément au règlement (CE) nº 1107/2009, tous les utilisateurs professionnels sont tenus d’enregistrer leur utilisation de pesticides. Ces informations devraient, en principe, être disponibles sur demande. Toutefois, plusieurs problèmes rendent très difficile l’utilisation de ces informations à des fins statistiques: les registres sont tenus au niveau de l’exploitation; ils sont rarement harmonisés; et ils peuvent être conservés dans n’importe quel format (papier ou électronique). C’est la raison pour laquelle la plupart des autorités statistiques nationales ont opté pour l’organisation d’une enquête statistique.
Les pays utilisant des enquêtes statistiques ont indiqué des niveaux de charge différents pour les répondants, allant de quelques minutes (petites exploitations utilisant des déclarations électroniques) à trois heures (grandes exploitations utilisant des questionnaires papier). Même pour les pays qui réalisent des enquêtes statistiques, la charge supplémentaire pesant sur les répondants est raisonnable étant donné que, dans tous les cas, les utilisateurs professionnels doivent tenir des registres sur l’utilisation des pesticides. Pour les sept pays utilisant les registres administratifs relatifs à l’utilisation des pesticides, les données du RICA, des estimations d’experts ou une modélisation scientifique, il n’y a pas de charge supplémentaire pour les répondants.
Par rapport à la première période de cinq ans, plusieurs pays ont réduit la charge en adoptant diverses mesures: questionnaires plus conviviaux (6), transmission plus aisée des données (5), moins de variables observées dans le cadre de l’enquête (3), utilisation multiple des données collectées (3), et autres mesures (3). Huit pays ont déclaré n’avoir pris aucune mesure pour réduire la charge depuis le précédent rapport sur la qualité (il y a 5 ans).
En ce qui concerne les gains d’efficacité, la plupart des pays ont fait état de tels gains grâce à une automatisation plus poussée (11), à un recours accru aux sources administratives (5), aux enquêtes en ligne (5), à une formation plus approfondie (4) et à d’autres mesures (5). Dix pays n’ont signalé aucun changement par rapport au précédent rapport sur la qualité (il y a 5 ans).
5.Propositions de nouvelles améliorations
La Commission met actuellement à jour la liste des substances actives pour lesquelles des statistiques doivent être communiquées (annexe III du règlement) en 2021, en application de l’article 5, paragraphe 3, du règlement. La modification proposée comprend plusieurs agrégations de substances actives classées selon les groupes et les catégories définis dans les indicateurs de risques harmonisés, ainsi que la communication volontaire de rapports sur la mise sur le marché des pesticides en fonction du secteur d’utilisation visé (agriculture, sylviculture, espaces d’agrément et stockage). Une grande majorité des États membres ont indiqué que la déclaration du secteur d’utilisation n’était actuellement pas possible pour les autorités statistiques compte tenu de l’indisponibilité des données. Grâce à cette mise à jour législative, la Commission entend améliorer la disponibilité des statistiques sur les pesticides dans le cadre juridique actuel.
En 2016, la Commission a évalué les statistiques sur les pesticides dans le cadre de l’évaluation globale des statistiques agricoles et a ensuite lancé la «stratégie pour les statistiques agricoles à l’horizon 2020 et au-delà». Il s’agit d’un programme d’envergure que la Commission a lancé en étroite coopération avec les États membres en vue de moderniser les statistiques agricoles de l’UE.
Dans le cadre de ce processus de modernisation, la Commission a présenté, le 2 février 2021, une proposition législative de règlement relatif aux statistiques sur les intrants et les produits agricoles. Elle abrogera le règlement (CE) nº 1185/2009 une fois adoptée. Avec cette proposition, les statistiques sur l’utilisation des pesticides dans le cadre de l’activité agricole seraient collectées chaque année, et pas seulement tous les 5 ans comme c’est le cas aujourd’hui. La proposition n’inclut aucune exigence contraignante en matière d’agrégation pour les données publiées. Cette modification permettrait de disposer des données collectées au niveau de la substance active. Toutefois, le secret statistique prévu par le règlement (CE) nº 223/2009 s’appliquera, le cas échéant. La proposition législative fait actuellement l’objet de négociations interinstitutionnelles entre le Parlement européen et le Conseil. Le règlement relatif aux statistiques sur les intrants et les produits agricoles couvrant également les statistiques sur les pesticides devrait être adopté en 2022 et s’appliquer à partir de 2024.
La Commission s’emploie à améliorer, d’une manière générale, la communication des données sur l’utilisation des pesticides. Plusieurs initiatives sont en cours de préparation afin d’augmenter la disponibilité des statistiques et, en particulier, afin d’harmoniser les registres d’utilisation des pesticides et de les mettre à la disposition des autorités sous format électronique. Ces derniers devraient pouvoir être utilisés en vue d’une meilleure gestion des politiques connexes. Ces efforts sont réalisés en coopération avec d’autres services de la Commission.
6.Conclusions
Les statistiques sur la vente de pesticides sont collectées et publiées depuis 2011, tandis que pour l’utilisation des pesticides dans le cadre de l’activité agricole, elles l’ont été pour deux cycles de collecte de 5 ans, à savoir 2010-2014 et 2015-2019. La disponibilité et la qualité des données se sont améliorées depuis le précédent rapport de la Commission de 2017, tant pour la vente de pesticides que pour leur utilisation dans le cadre de l’activité agricole. Plus de la moitié des États membres ont rendu la collecte des données plus efficace et moins lourde pour les répondants.
Toutefois, les problèmes relevés dans le premier rapport sont toujours présents:
·les exigences en matière d’agrégation des données prévues par le règlement (article 3, paragraphe 4) empêchent la publication de toutes les données collectées au niveau des substances actives, ce qui a une incidence négative sur la disponibilité des données;
·les données sur l’utilisation des pesticides ne sont pas harmonisées: les États membres peuvent choisir librement l’année de référence dans la période de cinq ans ainsi qu’une liste de cultures qu’ils jugent représentatives de la situation nationale;
·les données sur l’utilisation des pesticides dans l’agriculture ne sont disponibles que tous les 5 ans;
·parvenir à éviter le double comptage des superficies cultivées traitées avec des substances actives classées à des niveaux de pesticides plus élevés dans la hiérarchie constitue un défi méthodologique;
·dans la plupart des États membres, les données administratives sur l’utilisation professionnelle des pesticides font défaut: les utilisateurs professionnels ont l’obligation de tenir des registres, mais ceux-ci ne sont pas harmonisés et sont rarement conservés au format électronique;
·aucune solution appropriée n’a été trouvée pour convertir les substances microbiologiques en kilogrammes. Cela empêche la diffusion et le suivi des données sur les pesticides microbiologiques.
La Commission prend des mesures pour surmonter les inconvénients entachant les statistiques sur les pesticides:
·la proposition de la Commission concernant un règlement relatif aux statistiques sur les intrants et les produits agricoles, présentée le 2 février 2021, couvrira les statistiques sur les pesticides: aucune restriction à la diffusion n’est proposée et la périodicité des statistiques sur l’utilisation dans le cadre de l’activité agricole passerait d’une fois tous les 5 ans à une fois par an. Cette proposition de règlement suit actuellement le processus de colégislation et devrait être adoptée par le Parlement européen et le Conseil dans le courant de l’année 2022 et être applicable à partir de 2024;
·la Commission et les autorités nationales coopèrent étroitement afin d’harmoniser davantage et de mettre à la disposition des autorités statistiques, sous format électronique, les registres relatifs à l’utilisation professionnelle des pesticides;
·les échanges techniques et méthodologiques avec les États membres se poursuivent sous la forme de réunions, de webinaires et d’échanges écrits.