| CELEX | 52021IP0227 |
| Type | Initiative législative |
| Date | mardi 18 mai 2021 |
| 12.1.2022 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 15/9 |
P9_TA(2021)0227
Réalisation des objectifs de l’obligation de débarquement au titre de l’article 15 de la politique commune de la pêche
Résolution du Parlement européen du 18 mai 2021 sur la réalisation des objectifs de l’obligation de débarquement au titre de l’article 15 de la politique commune de la pêche (2019/2177(INI))
(2022/C 15/02)
Le Parlement européen,
| — | vu la communication de la Commission du 7 juin 2019 concernant l’état de mise en œuvre de la politique commune de la pêche et la consultation sur les possibilités de pêche pour 2020 (COM(2019)0274), |
| — | vu la communication de la Commission du 16 juin 2020 intitulée «Vers une pêche plus durable dans l’UE: état des lieux et orientations pour 2021» (COM(2020)0248), |
| — | vu le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, et notamment son article 43, paragraphe 2, |
| — | vu le règlement (UE) no 1380/2013 du Parlement européen et du Conseil du 11 décembre 2013 relatif à la politique commune de la pêche (1), |
| — | vu le règlement (UE) 2019/1241 du Parlement européen et du Conseil du 20 juin 2019 relatif à la conservation des ressources halieutiques et à la protection des écosystèmes marins par des mesures techniques (2), |
| — | vu les rapports de l’Agence européenne de contrôle des pêches (AECP) évaluant le respect de l’obligation de débarquement en mer du Nord (2016-2017), dans les eaux occidentales septentrionales (2016-2017) et pour le maquereau en mer du Nord et dans les eaux occidentales septentrionales (2015-2017), |
| — | vu les rapports de la plénière du Comité scientifique, technique et économique de la pêche (CSTEP) (PLEN 20-01, 19-01, 18-01 et 17-01), et ses rapports intitulés «Evaluation of Member States’Annual Reports on the Landing Obligation (for 2019)» (Évaluation des rapports annuels des États membres concernant l’obligation de débarquement [pour 2019]) (Adhoc-20-02), «Monitoring the performance of the Common Fisheries Policy» (Suivi de l’exécution de la politique commune de la pêche) (Adhoc-20-01) et «Evaluation of Joint Recommendations on the Landing Obligation and on the Technical Measures Regulation» (Évaluation des recommandations conjointes concernant l’obligation de débarquement et le règlement relatif aux mesures techniques) (STECF-20-04), |
| — | vu la directive (UE) 2017/159 du Conseil du 19 décembre 2016 portant mise en œuvre de l’accord relatif à la mise en œuvre de la convention sur le travail dans la pêche, 2007, de l’Organisation internationale du travail (3), |
| — | vu l’article intitulé «The unintended impact of the European discard ban» (Les conséquences inattendues de l’interdiction européenne des rejets) publié dans l’ICES Journal of Marine Science (4), |
| — | vu l’étude intitulée «Implementation of the EU fisheries control system by Member States (2014-19)» (Mise en œuvre du régime de contrôle de la pêche de l’Union par les États membres (2014-19)), commandée par la commission de la pêche, |
| — | vu les études, réalisées à la demande de la commission de la pêche, sur l’obligation de débarquement et les stocks à quotas limitants dans les pêcheries multi-espèces et mixtes en mer du Nord (5), dans les eaux occidentales septentrionales (6) et dans les eaux occidentales australes (7), ainsi que les études sur l’interdiction des rejets, l’obligation de débarquement et le rendement maximal durable (RMD) en Méditerranée occidentale (8) (9), |
| — | vu l’ouvrage intitulé «The European Landing Obligation, Reducing discards in complex, multi-species and multi-jurisdictional fisheries» (10) (L’obligation de débarquement européenne — Réduction des rejets dans les pêcheries complexes, multi-espèces et relevant de plusieurs juridictions), publié en 2019, |
| — | vu le rapport intitulé «A third assessment of global marine fisheries discards» (Une troisième évaluation des rejets de la pêche en mer dans le monde), publié par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en 2019, |
| — | vu l’article 54 de son règlement intérieur, |
| — | vu le rapport de la commission de la pêche (A9-0147/2021), |
| A. | considérant que dans la cible 14.4 de l’objectif 14 du Programme de développement durable à l’horizon 2030 des Nations unies, la communauté internationale est instamment invitée à réguler efficacement les activités de pêche, à mettre fin à la surpêche et à la pêche illicite, non déclarée et non réglementée et aux pratiques de pêche destructrices, et à mettre en œuvre des plans de gestion fondés sur des données scientifiques, d’ici à 2020, afin de rétablir les stocks de poissons dans un délai aussi court que possible, au moins à des niveaux permettant de parvenir au RMD déterminé par leurs caractéristiques biologiques; |
| B. | considérant que le volume des rejets annuels des produits issus des captures marines dans le monde est estimé à 9,1 millions de tonnes, soit 10,8 % des captures annuelles moyennes entre 2010 et 2014; que les pêcheries qui ciblent les espèces de thon et d’autres espèces pélagiques affichaient les taux de rejet les plus faibles, tandis que les pêcheries ciblant les crustacés présentaient les taux de rejet les plus élevés; que les pêcheries qui ciblent les poissons de fond ont enregistré les volumes de rejet les plus importants et les pêcheries ciblant les mollusques (à l’exception des céphalopodes) étaient à l’origine des volumes les plus faibles; que les rejets annuels mondiaux ont atteint leur niveau maximal de 18,8 millions de tonnes en 1989 pour décroître progressivement et atteindre moins de 10 millions de tonnes en 2014 (11); |
| C. | considérant que les rejets sont une pratique de pêche commune, laquelle consiste à rejeter en mer, mortes ou vives, les captures indésirées, soit parce qu’il s’agit de poissons abîmés, qui n’atteignent pas la taille minimale (restrictions relatives à la taille minimale) ou qui présentent une moindre valeur marchande, soit en raison de l’absence de quotas ou de règles liées à la composition des captures, et que préalablement à l’introduction de l’obligation de débarquement, les poissons n’atteignant pas la taille minimale n’étaient pas autorisés à bord ou ne pouvaient pas être débarqués; |
| D. | considérant que les captures indésirées et les rejets représentent un gaspillage considérable de ressources naturelles destinées à l’alimentation humaine et peuvent avoir — et, dans bien des cas, ont — une incidence négative sur l’exploitation durable des ressources halieutiques et des écosystèmes marins, ainsi que sur la viabilité financière des pêcheries, et qu’un certain niveau de captures accessoires indésirées et de rejets est inévitable, en particulier dans les pêcheries mixtes; |
| E. | considérant que les niveaux historiquement élevés de rejets dans certaines pêcheries de l’Union représentent un grave problème pour la viabilité à long terme des pêcheries de l’Union, ce qui remet en cause la crédibilité de la politique de la pêche de l’Union; |
| F. | considérant que l’écrémage, pratique qui consiste à rejeter des poissons commercialisables, a été interdit dans l’Union en 2010, mais que cette interdiction est appliquée de manière insuffisante; |
| G. | considérant que la politique commune de la pêche (PCP), telle que réformée en 2013, doit permettre de réduire au minimum les incidences négatives des activités de pêche sur l’écosystème marin et qu’elle a introduit les objectifs suivants: a) «éliminer progressivement les rejets au cas par cas compte tenu des meilleurs avis scientifiques disponibles, en évitant et en réduisant autant que possible les captures indésirées et en faisant en sorte progressivement que les captures d’espèces commerciales réglementées soient débarquées» et b) «au besoin, utiliser au mieux les captures indésirées sans pour autant créer un marché pour ces captures dont la taille est inférieure à la taille minimale de référence de conservation»; |
| H. | considérant qu’il n’existe pas de données fiables sur les rejets et qu’aucune preuve scientifique indique que la mise en œuvre de l’obligation de débarquement a abouti à une diminution considérable des captures indésirées, et que la mise en œuvre insuffisante de celle-ci peut avoir entraîné une perte de visibilité des captures dans certaines pêcheries et une dégradation des avis scientifiques et de la qualité des données; |
| I. | considérant que le secteur de la pêche a accompli des progrès dans la réalisation de l’objectif de RMD; que 99 % des débarquements en mer Baltique, en mer du Nord et dans l’Atlantique, en 2020, gérés exclusivement par l’Union et pour lesquels des évaluations scientifiques sont disponibles provenaient de pêcheries gérées de façon durable; qu’en 2018, dans l’Atlantique du Nord-Est, la biomasse des stocks ayant fait l’objet d’une évaluation complète dépassait de 48 % le niveau de 2003, et que des défis importants subsistent, en particulier en mer Méditerranée et en mer Noire, où environ 75 % des stocks qui font l’objet d’une évaluation scientifique sont surexploités; |
| J. | considérant que l’obligation de débarquement, introduite progressivement pendant quatre ans (2015-2019), rend obligatoire le débarquement et l’imputation sur les quotas applicables de toutes les captures d’espèces faisant l’objet de limites de capture et, en mer Méditerranée, d’espèces auxquelles s’appliquent des exigences de taille minimale réalisées dans les eaux de l’Union ou, dans certains cas, par des navires de l’Union dans les eaux internationales, et interdit l’utilisation des poissons n’atteignant pas la taille minimale à des fins de consommation humaine directe; |
| K. | considérant que d’après le CSTEP (12), aucune information n’a été communiquée en ce qui concerne la mise en œuvre de l’obligation de débarquement pour les flottes de pêche lointaine opérant hors des eaux de l’Union, et que le conseil consultatif pour la pêche lointaine a souligné que l’obligation de débarquement ne s’applique pas dans la pratique aux navires de l’Union pêchant hors des eaux de l’Union; |
| L. | considérant que les poissons débarqués n’atteignant pas la taille minimale de référence de conservation continuent d’être utilisés pour confectionner de la farine de poisson et des aliments pour animaux domestiques ou comme appâts pour la pêche au casier, ce qui suppose une faible rentabilité économique, et que ces utilisations alternatives sont économiquement viables lorsqu’il existe un site de production situé à proximité du port de débarquement, mais que leur viabilité diminue (ou disparaît) lorsqu’il devient nécessaire de mettre en place des mesures logistiques et des infrastructures pour le transport de longue distance ou d’investir dans de nouveaux sites de production (13); |
| M. | considérant que plusieurs États membres suggèrent qu’il convient de modifier la législation de manière à permettre que les poissons n’atteignant pas la taille minimale de référence de conservation applicable et soumis à une obligation de débarquement soient utilisés à des fins caritatives; |
| N. | considérant que l’obligation de débarquement n’est pas une interdiction totale des rejets, puisqu’elle s’applique uniquement aux espèces réglementées (totaux admissibles de captures (TAC) et pêcheries pour lesquelles l’effort de pêche est réglementé et une taille minimale de débarquement a été définie) et comporte des exemptions pour les poissons endommagés par des prédateurs et disposant d’une capacité de survie élevée et une exemption de minimis jusqu’à 5 % lorsqu’il est difficile d’améliorer la sélectivité ou lorsque le traitement des captures indésirées entraîne des coûts disproportionnés, et que la mise en œuvre de l’obligation de débarquement dépend également du recours massif aux exemptions temporaires nécessitant une réévaluation fondée sur des évaluations scientifiques, ce qui exige du temps et des efforts de la part des responsables politiques et du secteur de la pêche; |
| O. | considérant que les niveaux de rejet varient de façon significative selon les régions et les espèces, les rejets étant faibles, voire nuls, dans les pêcheries au sein desquelles la majorité ou l’intégralité des captures présentent une valeur commerciale et sont exploitables, à l’instar des pêcheries artisanales ou traditionnelles ou des pêcheries dont la production est destinée à la consommation humaine; |
| P. | considérant que la pêche à petite échelle emploie plus d’opérateurs et utilise des engins plus sélectifs, qu’elle provoque moins de dommages environnementaux et qu’elle joue un rôle socioéconomique clé, comme l’a souligné le rapport 2018 sur l’état de la pêche en mer Méditerranée et en mer Noire (SoMFi) de la Commission générale des pêches pour la Méditerranée (CGPM); |
| Q. | considérant que les rejets dans les pêcheries contribuent à l’alimentation d’un large éventail d’espèces nécrophages, des populations aviaires aux communautés mésopélagiques et benthiques, qui jouent un rôle important dans la chaîne trophique, et que la littérature scientifique conclut que la réduction des rejets par l’intermédiaire de l’obligation de débarquement peut avoir une incidence sur les populations de quelques espèces dans certaines zones, mais que, de manière générale, il est peu probable que tel soit le cas; |
| R. | considérant que les «espèces à quotas limitants» désignent les espèces ou les stocks de poissons pour lesquels un État membre, une flotte ou un navire en particulier, pris individuellement, dispose de possibilités de pêche réduites (quota) par rapport à d’autres espèces; qu’un respect intégral et strict de l’obligation de débarquement, en particulier dans les pêcheries mixtes, suppose que la pêcherie concernée devrait être fermée («arrêt de la pêche») dès que le quota (limité) est atteint pour une espèce donnée afin d’éviter que celle-ci ne fasse l’objet de nouvelles captures, et que le risque que la pêche soit arrêtée dans les pêcheries mixtes continue de représenter un grave problème et peut avoir contribué à la mise en œuvre insuffisante de l’obligation de débarquement et au recul des échanges de quotas entre États membres, aggravant ainsi la sous-utilisation des possibilités de pêche; |
| S. | considérant que la sélectivité ne résoudra pas complètement les problèmes que rencontrent ces pêcheries, car il pourrait être difficile techniquement de réduire les captures de poissons appartenant aux espèces à quotas limitants concernées sans entraîner de pertes importantes d’autres captures commercialisables, ce qui créerait de graves difficultés économiques pour les flottes concernées, que des réserves de quotas pour les captures accessoires ont été récemment adoptées pour remédier à la présence d’espèces à quotas limitants et qu’il convient encore d’en évaluer l’efficacité; |
| T. | considérant que le volume des captures de poissons indésirées dans les filets et hissées à bord peut être considérablement réduit en appliquant en premier lieu des mesures d’évitement spatial et temporel ainsi que des mesures de sélectivité technique qui permettraient de diminuer le temps de traitement, la consommation de carburant et les besoins de stockage; |
| U. | considérant que le CSTEP a souligné que relativement peu de mesures destinées à accroître la sélectivité ont été intégrées dans les recommandations conjointes formulées par les groupes régionaux des États membres pour la mise en œuvre de l’obligation de débarquement en 2021, et que le nombre de projets pilotes visant à tester des engins plus sélectifs ou des stratégies d’évitement, conformément à l’article 14 de la PCP, diminue; |
| V. | considérant que le Conseil a supprimé plusieurs espèces de la liste des TAC au cours des dernières années et que, partant, celles-ci sont exemptées de l’obligation de débarquement; |
| W. | considérant que l’obligation de débarquement est un instrument visant à atteindre l’objectif de sélectivité établi dans la PCP et n’est pas un objectif en soi; |
| X. | considérant que des réserves de quotas pour les captures accessoires ont été récemment adoptées pour remédier à la présence d’espèces à quotas limitants; |
| Y. | considérant que le rejet de captures indésirées est un phénomène qui a cours dans toutes les pêcheries à l’échelle mondiale et qu’il ne s’agit pas d’un problème propre à l’Europe; que les eaux de l’Union se distinguent par leur abondance de pêcheries mixtes; que plusieurs pays tiers et territoires autonomes, dont le Canada, les Îles Féroé, la Norvège, l’Islande, le Chili et la Nouvelle-Zélande, ont mis en place, à des degrés divers, des interdictions de rejets; que d’autres pays tiers, tels que les États-Unis, n’ont pas interdit les rejets, car leur législation en matière de pêche prévoit d’autres stratégies pour réduire les captures indésirées; que pendant plus de 30 ans, la Norvège et l’Islande ont procédé à des adaptations de l’interdiction de rejets pour répondre à des problèmes spécifiques; que les effets de l’interdiction de rejets au Chili ne sont pas encore bien établis, étant donné que le pays commence à peine à mettre en œuvre l’interdiction, et que les rejets continuent de poser un problème majeur pour la gestion de la pêche en Nouvelle-Zélande; |
| Z. | considérant que le principe de stabilité relative, défini pour la première fois dans le règlement de base de la PCP de 1983 et rendu opérationnel par le règlement sur les TAC et les quotas de la même année, établit une clé de répartition des TAC par État membre en fonction des principes d’attribution fondés sur les captures historiques (1973-1978), de la notion de dépendance consacrée dans les préférences de La Haye de 1976 et des pertes dans les eaux des pays tiers (1973-1976); |
| AA. | considérant que près de 4 000 articles scientifiques ont été publiés sur les rejets, dont plus de 3 700 ont trait aux pêcheries industrielles et moins de 200 portent sur les pêcheries artisanales côtières; |
| AB. | considérant que, depuis 1950 environ, de nombreuses espèces marines appartenant à divers groupes ont connu des bouleversements de leur habitat géographique et de leurs activités saisonnières en raison du réchauffement et des changements biogéochimiques des océans, comme la perte d’oxygène, ce qui a entraîné des modifications de la composition des espèces, de l’abondance et de la production de biomasse des écosystèmes, de l’équateur jusqu’aux pôles, et que la modification de la distribution des stocks de poissons a une incidence sur la gestion future de la pêche et, par conséquent, sur la mise en œuvre de l’obligation de débarquement; |
| AC. | considérant que la Commission a procédé à une analyse d’impact socioéconomique des politiques de réduction des rejets avant de proposer un nouveau règlement de base de la PCP en juillet 2011, mais que, jusqu’à présent, elle n’est pas parvenue à analyser de manière approfondie l’impact et les effets socioéconomiques de ces politiques sur la sécurité à bord et n’a pas non plus répondu aux préoccupations relatives à la mise en œuvre qui ont été exprimées par les conseils consultatifs et les États membres; |
| AD. | considérant que la proportion dans laquelle les rejets ont été réduits n’est pas encore connue, que cinq États membres n’ont pas répondu au questionnaire de la Commission concernant la mise en œuvre de l’obligation de débarquement en 2019 et que deux d’entre eux ont procédé de la sorte pour la troisième année consécutive; |
| AE. | considérant que des divergences dans le contrôle et l’application de l’obligation de débarquement peuvent aboutir à des conditions de concurrence inégales au sein des États membres et entre ceux-ci, et que, dans ses rapports d’évaluation du respect de l’obligation de débarquement, l’AECP a constaté que la mise en œuvre par les États membres était insuffisante et a formulé des recommandations destinées à renforcer les contrôles; |
| AF. | considérant que la Commission doit présenter au Parlement et au Conseil un rapport sur la mise en œuvre de la PCP, y compris l’obligation de débarquement, au plus tard le 31 décembre 2022; |
| 1. | réaffirme l’objectif général de l’Union de parvenir à une exploitation durable des ressources halieutiques et à la protection des écosystèmes marins; souligne que la réduction des rejets et la réduction au minimum des captures indésirées sont des priorités de politique publique qui ont été élaborées pour répondre aux préoccupations relatives à la responsabilité, à la préservation et au gaspillage, en ce qui concerne les ressources naturelles, ainsi qu’à la nécessité scientifique de tenir pleinement compte de toutes les sources de mortalité par pêche; |
| 2. | déplore que les rapports annuels de la Commission sur l’état de mise en œuvre de la PCP comportent très peu d’informations relatives à la mise en œuvre de l’obligation de débarquement et ne soient parvenus jusqu’à présent ni à faire état du niveau de réduction des rejets obtenu dans le cadre de cette obligation, ni à étudier l’impact socioéconomique de l’obligation de débarquement ou les conséquences de sa mise en œuvre sur la sécurité à bord des navires de pêches; |
| 3. | constate que l’introduction de l’obligation de débarquement représente un changement de paradigme et l’un des plus grands défis dans l’histoire de la gestion de la pêche de l’Union — de l’enregistrement des débarquements voire, parfois, de l’obligation de procéder à des rejets, à un système qui enregistre la totalité des captures — qui, parallèlement à l’introduction de la politique en matière de RMD, s’accompagne inévitablement d’une série de répercussions écologiques et socioéconomiques de grande envergure à court et à long termes; souligne qu’il est nécessaire d’évaluer l’impact socioéconomique de l’obligation de débarquement; |
| 4. | constate que la politique en matière de RMD n’équivaut pas à une absence de rejets et que l’existence de rejets ne signifie pas que le RMD n’a pu être atteint — des preuves de ces deux affirmations peuvent être trouvées dans de nombreux stocks, y compris les espèces faisant l’objet de prises accessoires; |
| 5. | met l’accent sur les progrès accomplis en ce qui concerne la coopération des parties prenantes et les mesures prises pour améliorer la sélectivité; constate cependant que, d’après la Commission et le CSTEP, la mise en œuvre de l’obligation de débarquement reste faible, dans l’ensemble, et que les taux de rejets sont peu ou prou comparables à ceux observés avant l’introduction de cette obligation; |
| 6. | reconnaît que depuis 2010, il existe une obligation d’enregistrer les rejets dans un journal de pêche, conformément au règlement relatif au contrôle des pêches; regrette qu’en dépit de l’introduction de l’obligation de débarquement, les données fiables et les connaissances sur le volume des rejets restent limitées, le nombre de TAC de précaution a augmenté, contrairement aux TAC analytiques, dont la quantité a été réduite, et la disponibilité des informations scientifiques sur l’état des stocks ne s’est pas sensiblement améliorée; |
| 7. | relève que l’obligation de débarquement continue de susciter des inquiétudes dans le secteur de la pêche et au sein de la communauté scientifique en raison d’obstacles de nature diverse; souligne que les sources de préoccupation du secteur de la pêche résident dans le manque d’infrastructures appropriées dans les ports, l’augmentation des coûts d’exploitation, l’absence de mesures d’incitation au respect des règles de la part des autorités et les difficultés à parvenir à une plus grande sélectivité dans certaines pêcheries sans mettre en péril la viabilité économique de la pêche, en particulier dans les pêcheries mixtes exposées à un risque élevé de situations caractérisées par des stocks à quotas limitants qui donnent lieu à une sous-utilisation des quotas disponibles et à une éventuelle fermeture anticipée des pêcheries et qui créent de graves difficultés économiques pour les flottes concernées; constate qu’à ce jour, seuls deux cas ont été signalés: la sole (Belgique) et le thon obèse (France); |
| 8. | déplore que les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre de l’interdiction des rejets aient conduit à une représentation négative des pêcheurs et des efforts du secteur de la pêche, malgré les progrès réalisés dans la réalisation de l’objectif de RMD; |
| 9. | prend acte des mesures prises jusqu’à présent — échanges de quotas et réserves de quotas pour les espèces faisant l’objet de captures accessoires — bien que celles-ci soient principalement temporaires et soumises à des négociations entre les États membres et que leur efficacité doive encore faire l’objet d’une évaluation approfondie; souligne qu’il est nécessaire de supprimer les obstacles administratifs à une mise en œuvre efficace de l’obligation de débarquement, de renforcer le développement et l’adoption de nouveaux engins sélectifs et d’élaborer des plans efficaces de réduction des prises accessoires dans le but de reconstituer les stocks vulnérables; |
| 10. | met l’accent sur les exceptions prévues dans le règlement (capacité de survie élevée et exemption de minimis), auxquelles il est possible et nécessaire d’avoir recours pour faciliter la mise en œuvre et atténuer les effets de la présence d’espèces à quotas limitants; rappelle que des données et des éléments de preuve fiables et précis doivent être fournis et recommande que la procédure d’octroi d’exemptions soit rationalisée, y compris en améliorant la collecte de données scientifiques; |
| 11. | souligne que le CSTEP a reconnu que la qualité des déclarations à l’appui des exemptions s’est généralement améliorée depuis que les premières recommandations conjointes ont été présentées en 2014; reconnaît qu’il peut être difficile de fournir les données et informations nécessaires aux exemptions, en raison de la nature des données requises; relève avec inquiétude, cependant, que le CSTEP a souligné que dans de nombreux cas, les informations et les données fournies ne sont pas spécifiques aux espèces et/ou aux pêcheries, et que les mêmes études et hypothèses sont utilisées pour étayer de multiples exemptions; souligne que l’absence de données et d’informations spécifiques aux espèces et aux pêcheries complique l’évaluation de l’incidence probable d’une exemption proposée ou permet difficilement de déterminer si elle remplit les conditions pour relever de l’exemption pour capacité de survie élevée ou de l’exemption de minimis; |
| 12. | est préoccupé par le fait que l’affaiblissement progressif de certaines mesures de flexibilité, telles que l’exemption de minimis, peut causer ou aggraver cet effet dit asphyxiant et entraîner la fermeture de pêcheries; souligne qu’il est nécessaire de poursuivre l’élaboration de plans efficaces de réduction des captures accessoires dans les pêches moins sélectives, telles que celle au chalut pélagique; |
| 13. | rappelle que l’obligation de débarquement n’est pas une fin en soi, mais un outil pour encourager les améliorations portées aux méthodes de pêche et au comportement des navires, inciter à mettre au point et à utiliser des engins plus sélectifs pour réduire au minimum les captures indésirées, et améliorer la documentation des captures afin de mieux comprendre et de mieux évaluer scientifiquement les stocks de poissons; relève que de nombreux pêcheurs ne souscrivent pas au lien qui a été établi entre les objectifs de l’obligation de débarquement et sa mise en œuvre, ce qui tend à entraver le respect de cette obligation; reconnaît que, si la poursuite de cet objectif ultime demande du temps et exige de disposer de connaissances suffisantes, des efforts encore plus importants doivent être déployés pour promouvoir une compréhension commune de cet objectif et pour mettre en pratique les résultats des études réalisées par des scientifiques et des pêcheurs afin d’améliorer la sélectivité et de réduire les captures indésirées; invite la Commission à continuer de soutenir les projets visant à améliorer la sélectivité, y compris en recourant, le cas échéant, à des mesures d’incitation en faveur de l’adoption d’engins plus sélectifs; |
| 14. | attire l’attention sur les spécificités des régions ultrapériphériques, en particulier en ce qui concerne les navires, la vétusté de la flotte, les capacités de stockage et de traitement limitées des ports, susceptibles de rendre l’obligation de débarquement difficilement applicable dans la pratique; |
| 15. | constate que les niveaux de rejets varient fortement d’une pêcherie ou d’un bassin maritime à l’autre, ce qui laisse penser que l’approche d’une réglementation unique n’est peut-être pas la meilleure stratégie pour encourager les pêcheurs à pratiquer une pêche plus sélective; invite la Commission à relever les principales lacunes et à proposer des solutions adaptées et sur mesure pour les pêcheries spécifiques au sein de chaque bassin maritime, en accordant une attention particulière à la pêche artisanale à petite échelle, en particulier dans les régions ultrapériphériques; |
| 16. | rappelle que le cadre juridique actuel constitue la base juridique permettant aux États membres de coopérer activement pour définir des règles en matière de pêche sélective de manière plus flexible et pour mettre en place des outils d’atténuation scientifiquement prouvés; invite les États membres à renforcer leur coopération au moyen d’une approche régionale, y compris en y associant les parties prenantes et les conseils consultatifs concernés, et à utiliser pleinement les subventions mises à leur disposition à cette fin; réaffirme qu’il est nécessaire de garantir des conditions de concurrence équitables dans la mise en œuvre de l’obligation de débarquement; |
| 17. | se félicite des conclusions auxquelles sont parvenues des études scientifiques récentes (dont DiscardLess, MINOUW et LIFE iSEAS) sur la sélectivité des engins de pêche novateurs, les stratégies d’évitement et les modifications à apporter aux navires pour traiter les captures indésirées à bord; estime qu’il est nécessaire de poursuivre les efforts de recherche afin d’améliorer la sélectivité des engins, les stratégies d’évitement et le traitement des captures indésirées; salue la proposition intitulée «Mission étoile de mer 2030: Restaurer notre océan et notre milieu aquatique» et estime qu’une mission consacrée à la santé des océans, des mers et des eaux côtières et continentales permettra de concevoir les solutions d’urgence qui s’imposent et qui ont une incidence directe sur le secteur de la pêche ainsi que sur l’utilisation et la gestion durables des ressources des océans; |
| 18. | souligne que, pour être efficaces et, surtout, pour être en mesure d’utiliser tous les éléments permettant de mettre en œuvre correctement l’obligation de débarquement et atteindre les objectifs de la PCP, les systèmes de gestion de la pêche doivent être étayés par des données scientifiques et une documentation des captures fiables et précises; invite la Commission et les États membres à redoubler d’efforts pour mettre pleinement en œuvre, lorsque cela s’avère nécessaire, la législation de l’Union applicable et prendre des mesures complémentaires afin de garantir une documentation des captures et une collecte de données exhaustives, de manière proportionnée à la capacité de pêche de la flotte côtière artisanale; |
| 19. | est préoccupé par l’absence de contrôle approprié et par le non-respect de l’obligation de débarquement et attire l’attention sur les effets négatifs de ces insuffisances sur la durabilité, notamment en raison de la fixation de TAC sur la base du total des captures, y compris les «relèvements de quotas» destinés à couvrir les captures de poissons précédemment rejetées en mer; |
| 20. | met l’accent sur le fait que l’existence de nombreuses règles, exemptions et dérogations adoptées au cours des dernières années rend plus ardues la mise en œuvre de l’obligation de débarquement et l’évaluation de la conformité par l’AECP, ce qui complique la réalisation des objectifs de protection et d’amélioration de la durabilité des pêcheries; souligne que le recours aux exemptions prévues dans la PCP est essentiel pour la mise en œuvre de l’obligation de débarquement; |
| 21. | demande que les nouvelles technologies et solutions numériques mises au point en coopération avec le secteur de la pêche et les autorités nationales pour améliorer le suivi, le contrôle et la surveillance soient mieux utilisées, dans le respect plein et entier du droit à la vie privée et du secret des affaires; |
| 22. | souligne le rôle crucial joué par les pêcheurs et les autres parties prenantes dans la mise en œuvre des politiques, ce qui permet d’encourager une culture de respect des règles ainsi que des modifications progressives et susceptibles d’être adaptées au fil du temps des règles relatives à l’obligation de débarquement; met l’accent sur les avantages supplémentaires que présentent les programmes volontaires et associés à des mesures incitatives pour améliorer la participation des pêcheurs; |
| 23. | souligne que, si l’amélioration de la sélectivité doit rester une priorité élevée, la mise en œuvre de l’obligation de débarquement exige de mettre sur pied une approche transsectorielle et des mesures incitatives claires pour encourager les bonnes pratiques en matière d’atténuation; recommande les mesures d’accompagnement et les outils de gestion suivants:
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| 24. | invite la Commission, dans le cadre du rapport d’évaluation de la mise en œuvre de la PCP prévu pour 2022, en particulier, à:
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| 25. | invite la Commission à présenter, sur la base de cette évaluation et le cas échéant, une proposition législative visant à permettre une meilleure réalisation des objectifs de réduction des rejets et d’amélioration des stocks; |
| 26. | se déclare préoccupé par le fait que les stocks partagés avec les pays tiers ne sont pas toujours soumis aux mêmes dispositions en matière de rejets; souligne qu’il est nécessaire de mettre en place une convergence progressive des principaux objectifs de la gestion de la pêche afin de garantir les normes les plus élevées et, partant, parvenir à un bon état écologique des écosystèmes marins partagés, à la durabilité des activités de pêche et au maintien de conditions de concurrence équitables avec les pays tiers, en particulier le Royaume-Uni; |
| 27. | charge son Président de transmettre la présente résolution au Conseil, à la Commission, au Comité des régions, au Comité économique et social européen ainsi qu’aux gouvernements et aux parlements des États membres. |
(1) JO L 354 du 28.12.2013, p. 22.
(2) JO L 198 du 25.7.2019, p. 105.
(3) JO L 25 du 31.1.2017, p. 12.
(4) Borges, L., «The unintended impact of the European discard ban» (Les conséquences inattendues de l’interdiction européenne des rejets), ICES Journal of Marine Science, volume 78, numéro 1, janvier-février 2021, pp. 134–141, https://doi.org/10.1093/icesjms/fsaa200
(5) Obligation de débarquement et stocks à quotas limitants dans les pêcheries multi-espèces et mixtes — mer du Nord.
(6) Obligation de débarquement et stocks à quotas limitants dans les pêcheries multi-espèces et mixtes — eaux occidentales septentrionales.
(7) Obligation de débarquement et stocks à quotas limitants dans les pêcheries multi-espèces et mixtes — eaux occidentales australes.
(8) Interdiction des rejets, obligation de débarquement et RMD en Méditerranée occidentale — le cas espagnol.
(9) Interdiction des rejets, obligation de débarquement et RMD en Méditerranée occidentale — le cas italien.
(10) Uhlmann, Sven & Ulrich, Clara & Kennelly, Steven. (2019). L’obligation de débarquement européenne — Réduction des rejets dans les pêcheries complexes, multi-espèces et relevant de plusieurs juridictions.
(11) «A third assessment of global marine fisheries discards» (Une troisième évaluation des rejets de la pêche en mer dans le monde), FAO, 2019.
(12) Evaluation of Member States’ Annual Reports on the Landing Obligation (for 2019) (Évaluation des rapports annuels des États membres concernant l’obligation de débarquement [pour 2019])(STECF-Adhoc-20-02).
(13) «Market outlets for unwanted catches» (Débouchés commerciaux pour les captures indésirées). EUMOFA. 2020.
Initiative législative — 52021IP0508
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Initiative législative — 52021IP0509
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Initiative législative — 52021IP0511
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