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Initiative législative — 52021IP0242

CELEX52021IP0242
TypeInitiative législative
Datemercredi 19 mai 2021

Texte intégral

12.1.2022

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 15/70


P9_TA(2021)0242

La protection des droits de l'homme et la politique migratoire extérieure de l’UE

Résolution du Parlement européen du 19 mai 2021 sur la protection des droits de l'homme et la politique migratoire extérieure de l’Union européenne (2020/2116(INI))

(2022/C 15/07)

Le Parlement européen,

—

vu la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, et notamment ses articles 13 et 14,

—

vu la Convention relative au statut des réfugiés de 1951 et le protocole relatif audit statut,

—

vu le Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966 et le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de 1966, et leurs protocoles,

—

vu la Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale de 1966,

—

vu la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants de 1984, notamment son article 3, et son protocole,

—

vu la Convention relative aux droits de l'enfant de 1989 et ses protocoles,

—

vu la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille de 1990,

—

vu la convention internationale des Nations unies pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées,

—

vu les protocoles de Palerme des Nations unies sur la traite des êtres humains et le trafic de migrants,

—

vu le statut de Rome de la Cour pénale internationale,

—

vu le rapport du 3 août 2015 du Secrétaire général des Nations unies intitulé «Promotion et protection des droits de l'homme, y compris les moyens de promouvoir les droits de l'homme des migrants»,

—

vu la résolution 71/1 de l’Assemblée générale des Nations unies du 19 septembre 2016, intitulée «Déclaration de New York pour les réfugiés et les migrants»,

—

vu la résolution 72/179 de l'Assemblée générale des Nations unies du 19 décembre 2017 sur la protection des migrants,

—

vu les travaux de divers mécanismes internationaux en matière de droits de l’homme, y compris les rapports du rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l’homme des migrants, notamment son rapport sur le suivi de l’étude régionale sur la gestion des frontières extérieures de l’Union européenne et son incidence sur les droits de l’homme des migrants du 8 mai 2015, et son rapport de mai 2020 sur le droit à la liberté d’association des migrants, ainsi que les travaux d’autres rapporteurs spéciaux, l’examen périodique universel et les travaux d’autres organes des traités,

—

vu les travaux et les rapports du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'Homme (HCDH), y compris les principes et directives recommandés sur les droits de l'Homme aux frontières internationales et le rapport sur la situation des migrants en transit,

—

vu le pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières et le pacte mondial sur les réfugiés, adoptés par l’Assemblée générale des Nations unies en 2018,

—

vu la note d’orientation conjointe sur les incidences de la pandémie de COVID-19 sur les droits de l’homme des migrants du 26 mai 2020 du Comité des Nations unies pour la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille, et du rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l’homme des migrants,

—

vu les principes de Dacca pour la migration dans la dignité,

—

vu l'article 21 du traité sur l'Union européenne (TUE),

—

vu les articles 79 et 80 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE),

—

vu la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne (la «Charte»),

—

vu le règlement (UE) no 656/2014 du Parlement européen et du Conseil du 15 mai 2014 établissant des règles pour la surveillance des frontières maritimes extérieures dans le cadre de la coopération opérationnelle coordonnée par l’Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l’Union européenne (1),

—

vu les rapports de l'Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne,

—

vu le nouveau pacte sur la migration et l’asile, proposé par la Commission le 23 septembre 2020,

—

vu les conclusions du Conseil relatives au plan d’action de l’Union en faveur des droits de l’homme et de la démocratie 2020--2024 et le plan d’action de l’Union en faveur des droits de l’homme et de la démocratie 2020--2024 approuvé par le conseil le 17 novembre 2020, en annexe,

—

vu la communication conjointe de la Commission au Parlement européen et au Conseil du 25 mars 2020 intitulée «Plan d’action de l’UE en faveur des droits de l’homme et de la démocratie 2020-2024» (JOIN(2020)0005),

—

vu la communication de la Commission du 18 novembre 2011 intitulée sur l’approche globale de la question des migrations et de la mobilité (COM(2011)0743),

—

vu la communication de la Commission du 7 juin 2016 relative à la mise en place d'un nouveau cadre de partenariat avec les pays tiers dans le cadre de l'Agenda européen en matière de migration (COM(2016)0385),

—

vu le document de travail des services de la Commission du 30 avril 2014 sur une stratégie fondée sur les droits, englobant tous les droits de l'homme aux fins de la coopération au développement de l'Union européenne (SWD(2014)0152),

—

vu la communication de la Commission du 23 septembre 2020 sur un nouveau pacte sur la migration et l’asile (COM(2020)0609),

—

vu la déclaration de Malte par les membres du Conseil européen concernant les aspects extérieurs des migrations: remédier à la situation le long de la route de la Méditerranée centrale, du 3 février 2017,

—

vu la communication conjointe au Parlement européen et au Conseil du 25 novembre 2020 sur le troisième plan d’action de l’Union sur l’égalité entre les hommes et les femmes: un programme ambitieux pour l’égalité entre les hommes et les femmes et l’autonomisation des femmes dans l’action extérieure de l’union européenne (SWD(2020)0284),

—

vu la communication conjointe au Parlement européen et au Conseil du 9 mars 2020 intitulée «Vers une stratégie globale avec l’Afrique» (JOIN(2020)0004),

—

vu l’accord relatif à l’action conjointe pour le futur sur les questions migratoires entre l’Afghanistan et l’Union européenne, signé le 3 octobre 2016,

—

vu la déclaration UE-Turquie du 18 mars 2016,

—

vu d’autres arrangements informels, notamment ceux conclus avec la Gambie (bonnes pratiques en matière d’identification et de retour, entrées en vigueur le 16 novembre 2018), le Bangladesh (procédures opérationnelles standard, approuvées en septembre 2017), l’Éthiopie (procédures d’admission, approuvées le 5 février 2018), la Guinée (bonnes pratiques en vigueur depuis juillet 2017) et la Côte d’Ivoire (bonnes pratiques en vigueur depuis octobre 2018),

—

vu ses résolutions précédentes sur les questions relatives aux migrations, notamment celles du 25 octobre 2016 sur les droits de l'homme et la migration dans les pays tiers (2), du 17 décembre 2014 sur la situation en Méditerranée et sur la nécessité d'une approche globale de la question des migrations de la part de l'Union européenne (3), du 29 avril 2015 sur les récentes tragédies dans la Méditerranée et les politiques de migration et d'asile de l'Union européenne (4), et du 12 avril 2016 sur la situation en Méditerranée et la nécessité d'une approche globale des migrations de la part de l’Union européenne (5),

—

vu sa résolution du 5 juillet 2016 sur la lutte contre la traite des êtres humains dans les relations extérieures de l’Union (6),

—

vu différents rapports d'organisations de la société civile sur la situation des migrants en ce qui concerne les droits de l'Homme,

—

vu la communication de la Commission du 23 septembre 2020 intitulée «Orientations de la Commission sur la mise en œuvre des règles de l’UE relatives à la définition et à la prévention de l’aide à l'entrée, au transit et au séjour irréguliers» (C(2020)6470),

—

vu sa résolution du 25 novembre 2020 intitulée «Rendre le développement plus efficace et l’aide plus efficiente» (7),

—

vu l’article 54 de son règlement intérieur,

—

vu les avis de la commission du développement et de la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures,

—

vu le rapport de la commission des affaires étrangères (A9-0060/2021),

A.

considérant que la migration est un phénomène mondial amplifié par la mondialisation, la montée des conflits, les inégalités, le changement climatique et la détérioration de l’environnement; que le développement progressif et normatif, dans le cadre international moderne des droits de l’homme, des droits des réfugiés et des migrants, indépendamment de leur statut juridique, constitue une source de progrès et de fierté collective pour l’humanité; que les migrants, et en particulier les personnes déplacées de force, restent toutefois parmi les groupes les plus vulnérables et désavantagés au monde et continuent de subir des violations de leurs droits; que les femmes, les enfants, les personnes âgées et les personnes handicapées font partie des migrants les plus vulnérables; que la migration reste pour de nombreuses personnes un périple humain marqué par la souffrance, la discrimination et la violence; que des milliers de migrants ont perdu la vie sur leur route migratoire;

B.

considérant que, pour l’Union européenne et ses États membres, la migration a été et restera un défi et une opportunité; que les États membres situés en première ligne en raison de leur situation géographique supportent une part disproportionnée de cette responsabilité; que la responsabilité doit aller de pair avec la solidarité; que l’Union européenne, en tant que région historique d’émigration et d’immigration, en tant que communauté unie par les valeurs fondatrices de dignité humaine, de liberté et de droits de l’homme et en tant que donateur parmi les plus importants au monde qui militent pour le développement durable, apportent de l’aide aux personnes déplacées, s'attaquent aux causes de la migration et œuvrent au sein des forums multilatéraux à l’élaboration de solutions durables, a un devoir particulier de respecter, de protéger et de promouvoir les droits des migrants, notamment dans ses relations extérieures; que la dignité humaine de tous les migrants doit être au cœur de toutes les politiques européennes en la matière;

C.

considérant qu’une approche globale de la migration et du système d’asile nécessite de prendre en compte la dimension extérieure de la politique européenne en matière de migration; que l’impact de cette dimension extérieure dépend largement d’une action conjointe au niveau de l’Union et de la coordination active des activités avec des partenaires extérieurs;

D.

considérant que le consensus européen sur le développement adopté en juin 2017 souligne qu’une bonne gestion des migrations et de la mobilité peut contribuer positivement à une croissance inclusive et au développement durable, conformément au programme à l’horizon 2030;

E.

considérant que les violations des droits de l’homme, du droit humanitaire international et/ou du droit international des réfugiés, telles que le non-refoulement, les renvois forcés et les attaques violentes contre les migrants, la détention arbitraire et indéterminée dans des conditions inhumaines, l’exploitation, la torture et d’autres mauvais traitements, y compris les viols, les disparitions et les décès, sont de plus en plus signalées dans le monde entier, y compris aux frontières extérieures de l’Union; que les États membres sont tenus de respecter le droit de l’Union, les droits de l’homme et le droit international, le droit humanitaire et le droit des réfugiés; que la Commission doit veiller à ce que les États membres respectent leurs obligations humanitaires et en matière de droits de l’homme et qu’elle doit engager des procédures d’infraction si tel n’est pas le cas; que la Commission n’est pas encore intervenue à la suite de cas avérés ou présumés de renvois forcés;

F.

considérant que le sauvetage en mer est une obligation légale en vertu du droit international, en particulier aux termes de l’article 98 de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, qui prévoit l’obligation de porter assistance à toute personne en détresse en mer; que le renforcement des capacités de gestion des frontières et la lutte contre le trafic de clandestins et la traite des êtres humains ne devraient pas servir à criminaliser les migrants ni les personnes qui leur portent assistance; que la Commission a invité les États membres qui ne l’ont pas encore fait à recourir à l’article 1, paragraphe 2, de la directive 2002/90/CE (8) (directive «facilitation»);

G.

considérant que la communication de la Commission sur l’approche globale de la question des migrations et de la mobilité (AGMM) de 2011 fait référence à une approche centrée sur les migrants et où les droits de l’homme occupent une place centrale, dans le but de renforcer le «respect des droits fondamentaux et les droits de l’homme des migrants, que ce soit dans les pays d’origine, de transit ou de destination»;

H.

considérant que la communication de la Commission du 7 juin 2016 relative à la mise en place d’un nouveau cadre de partenariat avec les pays tiers dans le cadre de l’agenda européen en matière de migration, qui s’appuie sur les principes de l’AGMM, souligne que les questions de migration figurent au premier rang des priorités de l’Union en matière de relations extérieures; que ce cadre appelle à intensifier la coopération avec les pays tiers, en particulier ceux du voisinage européen, au moyen de «partenariats» visant à assurer la coopération en matière de gestion des migrations, à prévenir efficacement la migration irrégulière et à réadmettre les migrants en situation irrégulière, y compris au moyen d’incitations positives et négatives découlant de différents éléments stratégiques relevant de la compétence de l’Union, y compris les politiques en matière de voisinage, d’assistance au développement, de commerce, de mobilité, d’énergie, de sécurité et de numérique, toutes mobilisées pour atteindre le même objectif; que de tels «partenariats» doivent avoir un fondement juridique clair;

I.

considérant que, dans sa communication de 2016, la Commission a défini trois grands objectifs de coopération avec les pays tiers: sauver des vies en Méditerranée, augmenter le taux de retour dans les pays d’origine et de transit et permettre aux migrants et aux réfugiés de rester près de chez eux et d’éviter des voyages dangereux; que ladite communication fait de la lutte contre la migration irrégulière une priorité de l’Union et introduit l’approche «moins pour moins», par laquelle la Commission exprime sa disposition à utiliser les outils et les instruments de l’Union, à l’exception de l’aide humanitaire, en tant que mesures d’incitation visant à entretenir une coopération avec les pays tiers en ce qui concerne la réadmission des migrants et le contrôle aux frontières;

J.

considérant que la lutte contre le trafic de migrants est un défi commun qui nécessite une coopération et une coordination avec les pays tiers; que le nouveau plan d’action de l’Union contre le trafic de migrants vise à promouvoir la coopération entre l’Union et les pays tiers grâce à des partenariats spécifiques contre le trafic illicite de migrants, dans le cadre de partenariats plus larges avec les pays tiers qui jouent un rôle clé à cet égard; qu’Europol joue un rôle clé dans la lutte contre le trafic de migrants;

K.

considérant que la coopération avec les pays tiers est essentielle pour prévenir et combattre la traite des êtres humains; que les routes migratoires peuvent être exploitées par les réseaux de traite des êtres humains; que la traite des êtres humains a un impact disproportionné sur les femmes et les filles, qui constituent l’écrasante majorité des victimes de la traite et subissent la violence et l’exploitation tout au long de leur périple migratoire; que les mesures prises contre la traite des êtres humains ne devraient pas porter préjudice aux droits des victimes de la traite, des migrants, des réfugiés et des personnes ayant besoin d’une protection internationale;

L.

considérant que, depuis 2016, l’Union et certains États membres ont multiplié le nombre d’accords et d’arrangements informels avec des pays tiers visant à renforcer leurs capacités opérationnelles en matière de contrôle et de gestion des frontières et de lutte contre la traite des êtres humains; que ces accords et arrangements couvrent également le retour et la réadmission effectifs dans des pays tiers, des déclarations communes en matière de migration, des protocoles d’accord, des pistes communes, des procédures opérationnelles normalisées et des bonnes pratiques, ainsi que des accords de coopération policière; que, à l’instar des accords formels de réadmission, ces arrangements informels confirment l’engagement des États à réadmettre leurs ressortissants (ou autres) et établissent des procédures de retour dans la pratique; que depuis 2016, l’Union européenne a conclu au moins 11 accords informels, mais un seul nouvel accord de réadmission; que les accords informels conclus entre l’Union et des pays tiers ne mettent pas en place une politique prévisible ni un cadre juridique stable et cohérent dans le domaine de la migration irrégulière;

M.

considérant que, dans sa communication sur le nouveau pacte sur la migration et l’asile, la Commission a réaffirmé que les dimensions intérieure et extérieure de la migration sont inextricablement liées et qu’il est essentiel de mener des dialogues et des partenariats complets et équilibrés sur mesure avec les pays d’origine et de transit afin d’atteindre des objectifs précieux pour les deux parties, tels que les principaux moteurs de la migration, la lutte contre le trafic de migrants, le soutien aux réfugiés résidant dans des pays tiers et le soutien à une migration légale bien gérée; que, comme l’indique la communication de la Commission sur le nouveau pacte, l’engagement aux niveaux régional et mondial est fondamental pour compléter ces dialogues et partenariats; qu’il convient de souligner en outre que, dans le cadre des partenariats globaux avec les pays tiers, les migrations devraient être intégrées comme une question centrale et être liées à d’autres politiques, telles que celles relatives à la coopération au développement, à la sécurité, aux visas, au commerce, à l’agriculture, à l’investissement et à l’emploi, à l’énergie, à l’environnement, au changement climatique et à l’éducation;

N.

considérant que le plan d’action de l’Union en faveur des droits de l’homme et de la démocratie pour la période 2020-2024 engage l’Union et ses États membres à «plaider en faveur de la protection spécifique dont bénéficient les migrants, les réfugiés, les personnes déplacées à l’intérieur du pays et les apatrides»; que ce plan d’action préconise de «favoriser un accès non discriminatoire aux services sociaux, y compris en ce qui concerne des soins de santé et une éducation abordables et de qualité (également en ligne), et renforcer la capacité des professionnels à répondre aux besoins spécifiques des (…) migrants [et] réfugiés» et de «soutenir une approche de la gouvernance de la migration fondée sur les droits de l'homme et renforcer la capacité des États, de la société civile et des partenaires des Nations unies à la mettre en œuvre»;

O.

considérant que, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), les femmes représentent environ 48 % de la population réfugiée dans le monde et une proportion élevée de demandeurs d’asile vulnérables; que, dans le troisième plan d’action de l’Union sur l’égalité entre les hommes et les femmes (GAP III), l’Union s’engage à «veiller à ce que les droits de l’homme des femmes et des filles migrantes soient pleinement réalisés en adoptant des politiques, des programmes et des législations en matière de migration sensibles au genre, et à ce que soit renforcée aux niveaux mondial, régional et national la sensibilité au genre dans la gouvernance des migrations»; que des politiques migratoires tenant compte de la dimension de genre garantiraient la réalisation des droits des femmes, des filles et des personnes LGTBIQ +, ainsi que la protection contre la violence, le harcèlement, le viol et la traite potentiels;

P.

considérant que le rapport de 2015 de l’ancien rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l’homme des migrants relève des lacunes dans l’approche de l’Union en matière de migration en raison de son manque de transparence et de clarté, ainsi que de la faiblesse du statut de bon nombre des accords conclus dans ce cadre, qui, selon lui, manquent généralement de mesures de suivi et de responsabilité; que le rapporteur spécial conclut également que peu de signes indiquent que les partenariats pour la mobilité ont apporté des avantages supplémentaires en matière de droits de l’homme ou de développement, alors que la priorité accordée à la sécurité et le manque de cohérence des politiques au sein de l’approche dans son ensemble font courir le risque que les projets en matière de droits de l’homme et de développement soient éclipsés par les effets secondaires de politiques davantage axées sur la sécurité;

Q.

considérant que les experts des droits de l’homme des Nations unies et les organisations de la société civile ont mis en garde contre le fait que la pandémie de COVID-19 a des effets graves et disproportionnés sur les migrants et leurs familles dans le monde; qu’ils ont appelé les États à protéger les droits des migrants et de leurs familles, quel que soit leur statut migratoire; que la pandémie a prolongé la période d’examen des demandes d’asile;

R.

considérant que le respect de la liberté de circulation et du droit au travail est essentiel pour autonomiser les migrants et favorise leur intégration; que la migration intrarégionale est un élément important de ces modèles économiques transfrontières;

I. Le cadre de la politique migratoire et sa dimension extérieure

1.

souligne que, parallèlement à l’obligation découlant du traité de défendre les valeurs de respect de la dignité humaine, de l’état de droit et de respect des droits de l’homme et du droit international dans toutes les relations extérieures, l’UE et ses États membres ont des obligations en matière de droits de l’homme à l’égard des ressortissants de pays tiers lorsqu’ils coopèrent en matière de migration avec des pays tiers et d’autres acteurs de pays tiers;

2.

souligne que ces obligations exigent non seulement la reconnaissance de l’applicabilité des normes pertinentes, mais aussi une mise en œuvre appropriée au moyen d’instruments détaillés et spécifiques permettant une protection et des garanties effectives dans la pratique ainsi qu’une approche fondée sur les droits de l’homme pour l’ensemble du cycle de la politique migratoire, avec une attention spécifique accordée aux femmes migrantes et aux mineurs isolés;

3.

s’inquiète du nombre croissant — et du manque de protection — des mineurs non accompagnés voyageant par des voies de migration irrégulière; souligne en particulier l’absence de suivi et de communication efficaces de la part des agences de l’Union et des États membres sur la protection des mineurs non accompagnés; invite l’Union à veiller à ce que les États membres et les pays tiers rendent compte des mécanismes appliqués pour protéger les droits de l’enfant conformément à la convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant;

4.

rappelle que, conformément à l’article 3, paragraphe 5, et à l’article 21 du traité UE et à la Charte, l’Union européenne et, lorsqu’ils appliquent le droit de l’Union, les États membres doivent défendre les droits de l’homme dans leurs actions, accords et coopération externes et extraterritoriaux dans les domaines de la migration, des frontières et de l’asile, y compris le droit à la vie, la liberté, le droit d’asile, y compris l’examen individuel des demandes d’asile avec les garanties appropriées conformément au droit international, le droit à la dignité humaine et à la sécurité, la protection contre la disparition forcée, l’interdiction de la torture et des mauvais traitements, de l’esclavage et du travail forcé, le droit à la protection des données à caractère personnel, la protection en cas d’éloignement, d’expulsion ou d’extradition, la liberté de religion, de conviction, de pensée et de conscience, et l’obligation de prendre en considération au premier chef l’intérêt de l’enfant et d’adopter une approche tenant compte de la dimension de genre; rappelle, en outre, qu’ils doivent garantir la non-discrimination et assurer les garanties procédurales, telles que le droit à un recours effectif et le droit au regroupement familial, et empêcher de séparer les enfants de leurs parents ou tuteurs légaux;

5.

fait observer que la Commission doit encore évaluer l’incidence de la mise en œuvre de ses cadres successifs en matière de politique migratoire, notamment l’AGMM et le nouveau cadre de partenariat, sur les droits de l’homme des ressortissants de pays tiers, ainsi que l’incidence sur les droits de l’homme de la coopération de l’UE avec les pays tiers en matière de migration y compris les effets du soutien de l’Union sur les frontières et les forces de sécurité des pays partenaires; insiste sur la nécessité de procéder systématiquement à un tel examen sous une forme globale, inclusive et publique afin de garantir le plein respect des droits de l’homme dans le cadre de la politique migratoire extérieure de l’Union;

6.

constate avec une grande inquiétude l’absence de mécanismes opérationnels, d’établissement de rapports, de suivi, d’évaluation et de responsabilité concernant les cas individuels, en vue de détecter les violations potentielles et y répondre, ainsi que l’absence de voies de recours efficaces pour les personnes dont les droits auraient été violés à la suite d’accords informels de l’Union et de la coopération financière;

7.

rappelle que, pour que la politique migratoire de l’Union fonctionne correctement, l’UE doit renforcer sa coopération extérieure avec les pays d’origine et œuvrer à la réadmission durable et effective des personnes faisant l’objet d’une décision de retour; demande à l’Union de veiller à ce que les accords de réadmission et les accords de coopération en matière de gestion des frontières ne soient conclus qu’avec des pays tiers qui s’engagent explicitement à respecter les droits de l’homme, y compris le principe de non-refoulement et les droits consacrés par la convention des Nations unies relative au statut des réfugiés; demande que l’Union veille à ce que cette coopération ne conduise pas à des violations de ces droits et offre des moyens opérationnels pour garantir l’obligation de rendre des comptes en cas de violation;

8.

relève que la plupart des 18 accords officiels de réadmission conclus par l’Union à ce jour prévoient la réadmission de ressortissants de pays tiers dans un pays de transit; souligne que les retours dans des pays de transit comportent un risque de violation des droits de l’homme des personnes faisant l’objet d'une décision de retour; soutient la recommandation formulée par la Commission dans son évaluation des accords de réadmission de l’UE en 2011, selon laquelle l’Union devrait toujours essayer en premier lieu de faire réadmettre une personne dans son pays d’origine, dans la mesure où les circonstances le permettent;

9.

invite la Commission à veiller à ce que des évaluations des risques transparentes soient réalisées par des organes de l’UE indépendants, tels que l’Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne, sur l’incidence de toute coopération formelle, informelle ou financière de l’Union avec des pays tiers sur les droits des migrants et des réfugiés, y compris les femmes, sur les défenseurs des droits de l’homme et les groupes de la société civile qui travaillent à défendre ces droits sur le terrain et, dans la mesure du possible, sur l’incidence qu’une telle coopération aurait sur la population du pays dans son ensemble, en matière d’accès aux droits, de contribution à la sécurité et à la paix et de développement durable; invite la Commission à définir des lignes directrices de mise en œuvre pour les agences de l’Union et les États membres avant d’entamer une coopération avec les pays tiers; demande, à cet égard, une vigilance particulière à l’égard des pays qui connaissent des conflits en cours ou gelés et qui sont confrontés à des risques accrus de violations des droits de l’homme; demande à la Commission de veiller à ce que toute coopération de l’Union avec des pays tiers soit entièrement formalisée, afin que les accords avec des pays tiers puissent être surveillés avec efficacité;

10.

invite la Commission à mettre en place un mécanisme de suivi indépendant, transparent et efficace fondé sur le droit international, la Charte et les objectifs de développement durable, qui comprenne des rapports périodiques sur la mise en œuvre des accords formels, informels et financiers avec des pays tiers qui pourraient avoir une incidence sur les droits des migrants et des réfugiés et le travail des défenseurs des droits de l’homme et des groupes de la société civiles qui défendent ces droits dans les pays tiers, tels que les partenariats en matière de migration, les accords de réadmission, la coopération internationale en matière de gestion et de gouvernance des migrations, y compris le ciblage direct des défis liés aux migrations et aux déplacements forcés; souligne qu’un tel mécanisme de suivi doit être participatif et public; insiste sur la nécessité de veiller à ce que la société civile et les autres parties intéressées puissent contribuer aux travaux du mécanisme; souligne qu’un tel système devrait contribuer à garantir l’obligation de rendre des comptes en cas de violations des droits de l’homme, y compris de renvois forcés en violation du principe de non-refoulement; demande à la Commission de créer un mécanisme de suivi qui intègre dument les résultats des évaluations et les recommandations des experts dans les accords, les arrangements ou les mesures concernés; souligne la nécessité d’assurer le contrôle parlementaire et démocratique;

11.

invite l’Union à envisager des moyens de garantir l’accès à la justice pour les personnes concernées par des mesures mettant en œuvre la coopération avec les pays tiers en matière de migration, y compris en établissant un mécanisme de plainte indépendant et accessible; demande des mesures pour veiller à ce que les personnes susceptibles d’être victimes de violations des droits de l’homme puissent avoir accès à des voies de recours efficaces et donc obtenir réparation;

12.

note que la mise en œuvre et le financement de la politique migratoire extérieure de l’Union sont confiés à différentes directions générales de la Commission et intégrés dans l’ensemble de la politique de l’Union en matière de migration et d’asile, ainsi que des politiques étrangères et de développement; constate avec inquiétude que ce mélange de responsabilités exécutives a créé un manque de contrôle suffisant et cohérent des activités de la Commission qui permettrait au Parlement d’exercer un contrôle démocratique sur la politique migratoire extérieure de l’Union; insiste sur l’importance de garantir la cohérence, les synergies et les complémentarités afin d’éviter les chevauchements entre les différents outils;

13.

souligne les implications pratiques en matière de droits de l’homme liées au nombre croissant, et donc à la nature extrajudiciaire, des arrangements informels en matière de retour et de réadmission, qui sont conclus sans contrôle démocratique et sans contrôle parlementaire appropriés et ne font pas l’objet d’un contrôle juridictionnel; observe que les droits des demandeurs d’asile dépendent intrinsèquement de la possibilité de faire évaluer les violations des droits de l’homme par un tribunal; invite instamment la Commission à élaborer un plan et à prendre toutes les mesures nécessaires pour entamer ou finaliser des négociations et, en conséquence, signer des accords de réadmission, afin de donner la priorité à la conclusion d’accords de réadmission formels, garantissant ainsi le plein respect de l’article 218, paragraphe 6, du traité FUE, et de veiller à ce que les accords de réadmission formels de l’UE excluent les accords informels; estime que le Parlement doit examiner les accords informels qui comportent des engagements sur des questions relevant de ses compétences, telles que la réadmission, et que la Commission doit être prête à prendre de nouvelles mesures, y compris la suspension, si ces accords informels s’avèrent incompatibles avec les traités; demande à la Commission de mettre en place un cadre général garantissant la surveillance et l’évaluation efficaces de la mise en œuvre de tous les accords de réadmission actuels et futurs de l’Union, ainsi que l’inclusion, dans leurs textes, de certaines clauses spéciales de surveillance;

II. Le respect des droits de l’homme et les acteurs de l’Union qui mettent en œuvre la politique migratoire extérieure

14.

souligne le rôle accru de Frontex dans la coopération pratique et opérationnelle avec les pays tiers, y compris en matière de retour et de réadmission, de lutte contre la traite des êtres humains, de formation, d’assistance opérationnelle et technique aux autorités des pays tiers aux fins de la gestion et du contrôle des frontières, de réalisation d’opérations ou d’opérations conjointes aux frontières extérieures de l’UE ou sur le territoire de pays tiers, et de déploiement d’officiers de liaison et de personnel opérationnel dans les pays tiers; demande une évaluation régulière des besoins de l’Agence afin d’assurer son fonctionnement optimal; invite la Commission à mettre en place un mécanisme de suivi indépendant, transparent et efficace portant sur toutes les activités menées par Frontex, en plus du mécanisme interne de plainte déjà établi;

15.

souligne l’importance des accords sur le statut pour la sécurité des frontières extérieures de l’Union ainsi que pour garantir un cadre juridique pour la coopération entre Frontex et les autorités de gestion des frontières des pays tiers; rappelle que des accords ad hoc sur le statut, qui doivent être approuvés par le Parlement européen, sont nécessaires pour le déploiement des équipes de gestion des frontières de Frontex dans un pays tiers où les membres des équipes exerceront des pouvoirs d’exécution; regrette que les deux accords sur le statut conclus à ce jour ne prévoient pas de mesures spécifiques pour la mise en œuvre des droits de l’homme dans le cadre de la gestion des frontières et ne veillent pas à ce que le soutien matériel et les formations destinés aux pays tiers ne profitent pas à des auteurs de violations des droits de l’homme; regrette que ces accords ne réglementent pas non plus clairement l’obligation de rendre des comptes en cas de violations potentielles des droits de l’homme, et demande que de telles mesures soient incluses dans les futurs accords sur le statut;

16.

souligne que le règlement (UE) 2019/1896 (9) exige que Frontex fasse rapport au Parlement rapport en temps utile, de manière cohérente, transparente, complète et précise sur ses activités liées à la coopération avec les pays tiers et, en particulier, celles liées à l’assistance technique et opérationnelle dans le domaine de la gestion des frontières et des retours dans les pays tiers, au déploiement d’officiers de liaison et lui fournisse des informations détaillées sur le respect des droits fondamentaux; invite Frontex à informer régulièrement la sous-commission «droits de l’homme», la commission des affaires étrangères et la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures du Parlement de toute activité impliquant une coopération avec les autorités de pays tiers, et en particulier de la mise en œuvre des droits de l’homme dans le cadre de ces activités;

17.

souligne que le règlement (UE) 2019/1240 (10) devrait renforcer davantage la capacité de l’Union européenne à coordonner, à coopérer et à organiser des échanges d’informations entre les officiers de liaison «Immigration» déployés au sein de pays tiers, de la Commission européenne et des agences de l’Union, de manière à donner suite plus efficacement aux priorités de l’Union dans le domaine des migrations; souligne que l’une des principales tâches du comité directeur de ce réseau européen consiste à appuyer le développement des capacités des officiers de liaison «Immigration», notamment en élaborant des lignes directrices sur la mise en œuvre des droits de l’homme dans le cadre de leurs activités; invite la Commission, par l’intermédiaire du comité directeur, à rédiger de toute urgence de telles lignes directrices axées sur les droits de l’homme;

18.

rappelle que d’autres acteurs européens chargés de mettre en œuvre la politique migratoire extérieure dans le contexte des missions navales de l’Union, par exemple, sont également soumis au droit international applicable, et que le transfert d’informations aux autorités de pays tiers qui aboutit en fin de compte au renvoi illégal de migrants et de réfugiés dans des pays dangereux pourrait être considéré, au regard du droit international, comme une assistance à la violation des droits de l’homme; souligne que la politique migratoire extérieure de l’Union ne devrait pas soutenir les interceptions en mer qui conduisent au retour des personnes vers un port dangereux;

19.

recommande d’étendre le mandat, les compétences et le budget de l’Agence des droits fondamentaux afin de lui permettre de surveiller efficacement la dimension extérieure des politiques de l’Union en matière d’asile et de migration, y compris en adressant des alertes aux autorités compétentes en cas de manquements aux droits de l’homme; invite l’Agence des droits fondamentaux à élaborer des outils et des lignes directrices en la matière;

20.

observe avec une vive inquiétude qu’il est impossible de déterminer l’identité de la majorité des personnes qui décèdent lors d’une tentative de traversée de la Méditerranée; estime qu’il est nécessaire de mettre en place une approche européenne coordonnée afin de garantir des procédures d’identification rapides et efficaces et de créer une base de données des personnes décédées sur leur route vers l’Union, ainsi que de leurs effets et objets personnels, afin de fournir des informations à leur famille et à leurs proches et de faciliter l’identification des corps; demande à l’Union et à ses États membres de mieux coordonner et d’améliorer l’action européenne afin de garantir des opérations de recherche et de sauvetage adéquates et efficaces;

III. Coopération de l’Union avec des pays tiers et aide financière à ces derniers dans le domaine de la migration

21.

prend acte du recours croissant depuis 2016 à une conditionnalité renforcée entre la coopération au développement et la gestion des migrations, y compris le retour et la réadmission; souligne que la coopération et l’aide au développement de l’Union doivent être alignées sur les objectifs de développement durable, y compris dans le contexte des actions liées à la dimension de genre; souligne à cet égard la définition de l’aide publique au développement donnée par le Comité d’aide au développement de l’OCDE et les principes d’efficacité de l’aide au développement de l’OCDE; réaffirme que, aux termes de l’article 21 du traité UE et de l’article 208 du traité FUE, l’objectif principal de la politique de l’Union en matière de coopération au développement est la réduction et, à terme, l’éradication de la pauvreté, au moyen de la lutte contre les inégalités et l’exclusion, la promotion de la gouvernance démocratique et des droits de l’homme, et le renforcement du développement durable et inclusif; souligne que cette action, conjuguée au développement d’institutions stables, est essentielle pour s’attaquer aux causes profondes de la migration; invite dès lors la Commission à veiller à ce que les politiques de coopération au développement, y compris l’aide au développement et les partenariats bilatéraux ou multilatéraux, ne portent pas atteinte aux principes consacrés à l’article 208 du traité FUE;

22.

demande une approche de l’aide humanitaire fondée sur les besoins, qui devrait respecter les principes humanitaires, le droit international relatif aux droits de l’homme, le droit international humanitaire et le droit international des réfugiés; souligne en outre que le fait de conditionner l’octroi de l’aide humanitaire et de l’aide d’urgence à la coopération avec l’Union européenne en matière de migration est incompatible avec les principes humanitaires;

23.

constate qu’il n’existe toujours aucun récapitulatif complet et public des financements de l’Union octroyés aux pays tiers afin de faciliter la coopération sur les questions migratoires; invite la Commission à veiller à une transparence totale, y compris en dressant une vue d’ensemble claire de tous les instruments relevant du budget de l’Union utilisés pour financer la coopération avec les pays tiers dans le domaine de la gestion des migrations, donnant notamment des informations sur le montant, l’objectif et la source du financement ainsi que des informations détaillées sur toute autre mesure de soutien éventuelle appliquée par des agences de l’Union telles que Frontex, afin de veiller à ce que le Parlement puisse jouer efficacement son rôle institutionnel de contrôle de la mise en œuvre du budget de l’Union;

24.

souligne l’objectif des instruments financiers européens visant à aider les pays tiers à développer le cadre institutionnel et les capacités nécessaires pour gérer les migrations sous tous leurs aspects, tout en se conformant aux normes européennes et internationales; souligne qu’il importe d’allouer à la société civile, aux groupes non gouvernementaux et de proximité et aux organisations gouvernementales, intergouvernementales, régionales et locales actives dans les pays tiers une part importante des futurs financements de l’Union en matière d’assistance, de protection et de suivi des droits des migrants et de soutien aux personnes déplacées de force et à leurs communautés d’accueil; souligne l’importance de veiller à réserver une part substantielle des fonds de l’Union à l’amélioration du respect des droits de l’homme, de la protection internationale et des perspectives des réfugiés; demande un soutien financier de l’Union pour créer des solutions durables qui répondent aux défis locaux et régionaux, en particulier en rapport avec les processus démocratiques et l’état de droit, le développement socio-économique, les soins de santé, l’éducation, les causes profondes de la pauvreté, l’emploi des jeunes dans les pays d’origine, l’exclusion sociale, l’égalité entre les hommes et les femmes, le changement climatique, les conflits, l’accès aux services, et pour promouvoir les droits des réfugiés et renforcer l’autonomie;

25.

invite la Commission à fournir régulièrement et publiquement au Parlement, et notamment au groupe de travail sur les instruments de financement extérieur de la commission des affaires étrangères, des informations sur le financement des programmes de coopération en matière de migration dans les pays tiers et sur leur incidence sur les droits de l’homme, et sur la façon dont ce financement a été utilisé par les pays partenaires; déplore que le Parlement ne participe pas au contrôle des fonds d’urgence, y compris des fonds fiduciaires de l’Union; demande que le Parlement reçoive un rôle plus important dans le suivi de l’incidence de l’utilisation des contributions financières de l’Union sur les droits de l’homme dans les pays tiers concernés;

26.

estime que le Parlement doit faire pleinement usage de ses pouvoirs d’exécution, de contrôle et de contrôle budgétaire, ainsi que des procédures d’audit de la Cour des comptes européenne, pour les fonds de développement, les fonds fiduciaires, les mécanismes et autres instruments de financement utilisés pour atteindre les objectifs politiques de l’Union en matière de migration, et veiller à ce que les décisions de financement de l’Union et les dotations y afférentes soient conformes aux principes de légalité et de bonne gestion financière de l’Union, conformément au règlement financier de l’Union (11);

27.

souligne que l’approche fondée sur les droits de l’homme est applicable à tous les piliers de l’IVCDCI, y compris la réaction à des situations de crise prévue dans le pilier de réaction rapide; souligne à nouveau que les dépenses relatives à la migration engagées dans le cadre de l’IVCDCI devraient être, à titre indicatif, de 10 % et que les activités relatives à la migration mises en place au titre de l’IVCDCI devraient viser en priorité à remédier aux causes profondes de la migration irrégulière et des déplacements forcés et à promouvoir un engagement accru en vue de faciliter des migrations responsables, régulières, ordonnées et sans danger, ainsi que mettre l’accent sur la mise en œuvre d’une gouvernance et de politiques migratoires planifiées et bien gérées; souligne que l’IVCDCI est un instrument extérieur et qu’il devrait y avoir une démarcation claire entre les fonds, les instruments et les politiques migratoires intérieurs et extérieurs de l’Union; souligne que l’accord final sur les activités liées à la migration dans le cadre de l’IVCDCI devrait être coordonné horizontalement avec les fonds intérieurs de l’Union ainsi qu’avec l’instrument d’aide de préadhésion (IAP) afin d’éviter les chevauchements; constate que les actions en rapport avec les migrations en situation de crise, dans le cadre du pilier de «réaction rapide» devraient, en particulier, répondre aux besoins liés aux déplacements forcés, y compris le soutien aux communautés d’accueil, conformément au droit international humanitaire et à ses principes; insiste à cet égard sur la nécessité de veiller à ce que le cadre financier pluriannuel 2021-2027 s’accompagne d’un cadre solide en matière de droits de l’homme en vue de l’identification, de la mise en œuvre et du suivi des futurs programmes de coopération en matière de migration, afin de lier le versement des fonds de l’Union aux obligations en matière de droits de l’homme;

IV. La politique extérieure de l’Union dans le domaine des droits de l’homme et ses objectifs en matière de migration

28.

rappelle que l’Union et ses États membres se sont engagés, dans le cadre du pacte mondial sur les réfugiés, à partager la responsabilité de la protection efficace et complète des réfugiés et à alléger la pression qui pèse sur les pays d’accueil; souligne à cet égard que l’Union et ses États membres devraient accroître leurs engagements en matière de réinstallation, en veillant à ce que la réinstallation ne soit pas subordonnée à la coopération du pays de transit en matière de réadmission ou de contrôle des frontières, et renforcer les voies d’entrée sûres et légales et empêcher les retours forcés de réfugiés en provenance des pays d’accueil; invite l’Union et ses États membres à contribuer à un financement plus structurel et substantiel des communautés et des pays qui accueillent le plus de réfugiés; rappelle l’importance de mettre pleinement en œuvre les 23 objectifs du pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières; estime que le Parlement doit assurer un contrôle approprié de la mise en œuvre des deux pactes par l’Union;

29.

invite l’Union et ses États membres à mener une politique migratoire qui tienne pleinement compte des droits de l’homme des migrants et des réfugiés consacrés dans le droit international, régional et national; invite le SEAE, la Commission et les États membres à entretenir un dialogue avec les pays tiers sur les droits des migrants, qui font partie intégrante de la politique de l’Union en matière de droits de l’homme; insiste pour que le lien qui existe entre les droits de l’homme et les migrations soit dûment pris en compte dans le cadre des dialogues bilatéraux de l’Union sur les droits de l’homme avec les pays concernés; invite les délégations de l’Union dans ces pays à suivre de près les droits des migrants, en particulier dans les pays de transit, ainsi que les droits des réfugiés et des déplacés internes; souligne qu’il est urgent de créer et de renforcer des voies de migration et de protection sûres et légales, afin de garantir le respect des droits de l’homme et d’éviter la perte de vies humaines; insiste sur la nécessité que l’Union s’engage activement dans les pays où les défenseurs des droits de l’homme, les organisations de la société civile et les organisations de proximité, y compris celles qui protègent la vie des migrants et des demandeurs d’asile en danger, sont menacés ou poursuivis à cause du travail légitime qu’ils effectuent;

30.

invite l’Union à mener une campagne à l’échelle mondiale pour encourager la ratification universelle de la convention de Genève relative au statut des réfugiés et son protocole de 1967; exhorte les États membres à montrer l’exemple en adhérant à la convention des Nations unies sur les droits des travailleurs migrants, qui constitue l’une des principales conventions des Nations unies en matière de droits de l’homme;

31.

estime que l’Union doit jouer un rôle de premier plan en soutenant les avancées politiques et normatives relatives aux droits des migrants dans les enceintes multilatérales; souligne le rôle clé que jouent les organisations internationales, les organismes régionaux et les ONG, tels que le Comité international de la Croix-Rouge, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), ainsi que le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) et le rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l’homme des migrants; invite la Commission et les États membres à accroître le soutien financier et politique apporté à ces organisations et entités;

32.

demande à l’Union d’associer les diasporas, les communautés concernées, les organisations dirigées par des réfugiés et des migrants, en particulier des femmes, et les représentants de la société civile à la conception, la mise en œuvre et l’évaluation des projets menés dans les pays tiers;

o

o o

33.

charge son Président de transmettre la présente résolution au Conseil et à la Commission.

(1) JO L 189 du 27.6.2014, p. 93.

(2) JO C 215 du 19.6.2018, p. 111.

(3) JO C 294 du 12.8.2016, p. 18.

(4) JO C 346 du 21.9.2016, p. 47.

(5) JO C 58 du 15.2.2018, p. 9.

(6) JO C 101 du 16.3.2018, p. 47.

(7) Textes adoptés de cette date, P9_TA(2020)0323.

(8) Directive 2002/90/CE du Conseil du 28 novembre 2002 définissant l’aide à l’entrée, au transit et au séjour irréguliers (JO L 328 du 5.12.2002, p. 17).

(9) Règlement (UE) 2019/1896 du Parlement européen et du Conseil du 13 novembre 2019 relatif au corps européen de garde-frontières et de garde-côtes et abrogeant les règlements (UE) no 1052/2013 et (UE) 2016/1624 (JO L 295 du 14.11.2019, p. 1).

(10) Règlement (UE) 2019/1240 du Parlement européen et du Conseil du 20 juin 2019 relatif à la création d’un réseau européen d’officiers de liaison «Immigration» (JO L 198 du 25.7.2019, p. 88).

(11) Règlement (UE, Euratom) 2018/1046 du Parlement européen et du Conseil du 18 juillet 2018 relatif aux règles financières applicables au budget général de l’Union, modifiant les règlements (UE) no 1296/2013, (UE) no 1301/2013, (UE) no 1303/2013, (UE) no 1304/2013, (UE) no 1309/2013, (UE) no 1316/2013, (UE) no 223/2014, (UE) no 283/2014 et la décision no 541/2014/UE, et abrogeant le règlement (UE, Euratom) no 966/2012 (JO L 193 du 30.7.2018, p. 1).


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