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AccueilDroit européen52021SC0177
Acte préparatoire52021SC0177

Acte préparatoire — 52021SC0177

CELEX52021SC0177
TypeActe préparatoire
Datemercredi 7 juillet 2021

Texte intégral

european flagCOMMISSION EUROPÉENNE

Bruxelles, le 7.7.2021

SWD(2021) 177 final

DOCUMENT DE TRAVAIL DES SERVICES DE LA COMMISSION

accompagnant le document:

RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS

Rapport sur la politique de concurrence 2020

{COM(2021) 373 final}


Table des matieres

INTRODUCTION

I. ÉVOLUTION DE LA LÉGISLATION ET DES POLITIQUES

1. Contrôle des aides d’État

1.1 Encadrement temporaire des aides d’État visant à atténuer les effets de la pandémie de COVID-19

1.2 Préparer la sortie de crise - Facilité pour la reprise et la résilience (FRR)

1.3 Résultat du bilan de qualité des règles en matière d’aides d’État

1.4 Aides en faveur d’objectifs horizontaux

1.5 Contrôle, récupération des aides et coopération avec les juridictions nationales

1.6 Arrêts importants des juridictions de l’Union européenne dans le domaine des aides d’État

1.7 Audit de la Cour des comptes européenne (CCE) sur le contrôle, par la Commission, des aides d’État en faveur des institutions financières

2. Pratiques anticoncurrentielles et ententes

2.1 Révision des règles en matière de pratiques anticoncurrentielles et des orientations connexes

2.2 Arrêts importants rendus par les juridictions de l’Union européenne

2.3 La répression des ententes demeure une priorité absolue

2.4 Coopération au sein du Réseau européen de la concurrence ainsi qu’avec les juridictions nationales

2.5 Audit de la Cour des comptes européenne sur les pratiques anticoncurrentielles

3. Contrôle des concentrations

3.1 Les tendances récentes en matière de mise en œuvre

3.2 Évaluation de certains aspects procéduraux et juridictionnels du contrôle des concentrations dans l’UE

3.3 Communication sur la définition du marché

3.4 Arrêts importants des juridictions de l’UE en matière de contrôle des concentrations

3.5 Audit de la Cour des comptes européenne sur le contrôle des concentrations

4. Développement de la dimension internationale de la politique de l’UE en matière de concurrence

4.1 Contrôle des subventions étrangères – une nouvelle initiative stratégique pour renforcer la boîte à outils de la Commission

4.2 Relations multilatérales

5. Communication externe

6. Le programme pour le marché unique

II. SITUATION PAR SECTEUR

1. Énergie et environnement

2. Technologies de l’information et de la communication et médias

3. Services financiers

4. Fiscalité et aides d’État

5. Industries de base et industrie manufacturière

6. Industrie agroalimentaire

7. Industrie pharmaceutique et services de santé

8. Transports, tourisme et services postaux


INTRODUCTION

Le rapport sur la politique de concurrence 2020 et le présent document de travail des services de la Commission sont les premiers à rendre compte de l’évolution de la politique de concurrence de l’Union depuis le début du mandat de la Commission présidée par Mme von der Leyen 1 . Décrivant les développements de cette politique au cours de l’année 2020, il marque également le 50e anniversaire de la publication de ces rapports par la Commission.

Aujourd’hui, alors que l’Union est confrontée à l’une des plus graves crises de son histoire, il est plus important que jamais qu'elle dispose d'une politique de concurrence solide. La politique de concurrence de l’UE et sa mise en œuvre préservent le marché unique de l’Union européenne, au bénéfice tant des consommateurs que des entreprises et de la société. Elle intègre également les valeurs de la politique de concurrence dans les efforts déployés pour engager un processus de relance en vue de sortir de la crise sanitaire et économique actuelle et parvenir ainsi à une économie européenne plus verte, plus numérique et plus résiliente, conformément au programme plus général de la Commission.

Tout au long de l’année 2020, la politique de concurrence de l’UE a contribué aux efforts consentis par la Commission pour lutter contre la crise sanitaire et économique engendrée par la COVID-19 et la surmonter. La Commission a adapté l’encadrement des aides d’État et a rapidement adopté un certain nombre de décisions relatives à des aides d’État dans divers secteurs afin d’aider les États membres à atténuer les incidences économiques de la pandémie, tout en limitant les effets négatifs sur le marché intérieur. En ce qui concerne les pratiques anticoncurrentielles, la Commission a adressé aux entreprises des orientations et une lettre administrative de «compatibilité» spécialement prévue à cet effet exposant les principaux critères à prendre en considération lors de l’appréciation des projets de coopération portant sur des produits et services essentiels dans le contexte de la pandémie. En outre, la Commission a travaillé en étroite collaboration et a coordonné les questions de concurrence liées à la COVID-19 au sein du Réseau européen de la concurrence (REC). Enfin, dans le domaine du contrôle des concentrations, la Commission a pris des mesures pour garantir la continuité des activités des entreprises notifiant des opérations, tout en veillant au respect des obligations légales, et a poursuivi la mise en œuvre des règles de l’Union en matière de concentrations.

Elle a en outre entrepris des actions majeures en 2020 pour lancer de nouvelles initiatives stratégiques importantes afin de veiller à ce que les règles de concurrence restent adaptées à leur objectif et permettent de relever pleinement des défis tels que les problèmes structurels sur les marchés numériques et les subventions étrangères, qui pourraient fausser la concurrence sur les marchés de l’Union. La Commission a également noué le dialogue avec les parties prenantes afin de définir comment les règles de concurrence pourraient favoriser plus efficacement la transition écologique. Elle a par ailleurs entamé un processus visant à déterminer s’il était nécessaire de prendre des mesures pour que le droit européen de la concurrence ne fasse pas obstacle à la négociation collective pour les travailleurs indépendants ayant besoin de protection. La Commission a de plus poursuivi son important programme de révision des politiques, qui englobe un grand nombre de ses principaux règlements d’exemption par catégorie, lignes directrices et communications.

En 2020, la mise en œuvre de la politique de concurrence de l’UE a visé un large éventail de secteurs économiques dans l’Union. C’est avant tout la flexibilité avérée des aides d’État qui a permis de soutenir les efforts déployés par l’UE et les États membres pour atténuer les conséquences de la pandémie.

Le présent document de travail des services de la Commission se compose de deux parties. La première présente les principales évolutions de la législation et des politiques en 2020 en ce qui concerne les trois instruments de concurrence: les aides d’État, les pratiques anticoncurrentielles (dont les ententes) et les concentrations. La seconde partie, consacrée à la situation par secteur, décrit des actions spécifiques.

I.ÉVOLUTION DE LA LÉGISLATION ET DES POLITIQUES

1.Contrôle des aides d’État

Le contrôle des aides d’État fait partie intégrante de la politique de concurrence de l’UE et constitue un garde-fou indispensable pour préserver le bon fonctionnement de la concurrence et du libre-échange au sein du marché unique.

Le traité pose le principe que les aides d’État qui faussent ou menacent de fausser la concurrence sont interdites dans la mesure où elles affectent les échanges entre États membres (article 107, paragraphe 1, du TFUE). Cependant, les aides d’État qui contribuent à des objectifs d’intérêt commun clairement définis sans fausser indûment la concurrence entre les entreprises ni les échanges entre États membres peuvent être considérées comme compatibles avec le marché intérieur (en vertu de l’article 107, paragraphe 3, du TFUE).

Les objectifs des activités de la Commission en matière de contrôle des aides d’État consistent à veiller à ce que l’aide favorise la croissance, soit efficace, effective et mieux ciblée en période de contraintes budgétaires, et à ce qu’elle ne restreigne pas la concurrence, mais remédie aux défaillances du marché dans l’intérêt de l’ensemble de la société. En outre, la Commission agit pour prévenir et récupérer les aides d’État incompatibles avec le marché intérieur.

Elle contrôle l’application des règles relatives aux aides d’État afin de veiller à ce que le soutien accordé aux entreprises par les gouvernements des États membres ne leur confère pas un avantage déloyal sur le marché unique. En 2020, la politique des aides d’État a joué un rôle majeur dans la réponse apportée à la crise afin de stabiliser l’économie. L’encadrement temporaire adopté au début de la crise, et modifié à plusieurs reprises, précisait les conditions que la Commission entendait appliquer pour déclarer les aides compatibles. Des interventions publiques bien ciblées ont permis de neutraliser les dommages infligés aux entreprises en bonne santé et de préserver la continuité de l’activité économique. Afin de préparer la sortie de crise en vue d’une reprise durable et résiliente de l’économie de l’UE, en mettant l’accent sur la transition écologique et numérique, la DG Concurrence et d’autres services de la Commission ont aidé les États membres à élaborer leurs plans pour la reprise et la résilience (PRR).

Cependant, l’année 2020 n’a pas seulement consisté à répondre à la crise et à assurer la reprise. L’examen approfondi des règles en matière d’aides d’État et le contrôle de leur application se sont poursuivis dans tous les secteurs. Une nouvelle initiative stratégique a été lancée afin d’examiner l'incidence des subventions accordées par des gouvernements de pays tiers à des entreprises de l’Union européenne, étant donné que ces subventions ne relèvent pas du contrôle des aides d’État par l’UE. Pour ouvrir un débat sur de nouveaux instruments visant à combler ce vide réglementaire, la Commission a adopté un livre blanc sur les subventions étrangères 2 en juin 2020. Celui-ci a fait l’objet d’une vaste consultation des parties prenantes en 2020.

1.1Encadrement temporaire des aides d’État visant à atténuer les effets de la pandémie de COVID-19

La pandémie de COVID-19 a eu des répercussions négatives considérables sur l’économie des États membres. Les différentes mesures de confinement adoptées par les États membres, telles que les mesures de distanciation sociale, les restrictions de voyage, les quarantaines et les confinements, ont affecté les entreprises et leurs salariés dans tous les secteurs. Une aide publique bien ciblée a été nécessaire pour veiller à ce que des liquidités suffisantes restent disponibles sur les marchés, pour neutraliser les dommages infligés aux entreprises en bonne santé et pour préserver la continuité de l’activité économique pendant et après la flambée de COVID-19.

Dans sa communication relative à une réaction économique coordonnée à la flambée de COVID-19 3 du 13 mars 2020, la Commission a présenté les diverses options dont les États membres disposent en dehors du champ d’application du contrôle des aides d’État assuré par l’UE et qu’ils peuvent mettre en place sans aucune intervention de la Commission. Il s’agit notamment de mesures applicables à toutes les entreprises, comme l’octroi de subventions salariales, la suspension du paiement de l’impôt sur les sociétés et de la taxe sur la valeur ajoutée ou des cotisations sociales, ou d’un soutien financier direct aux consommateurs en cas d’annulation de services ou de billets qui ne sont pas remboursés par les opérateurs concernés.

La flexibilité intrinsèque des règles de l’UE en matière d’aides d’État permet aux États membres de prendre des mesures rapides et efficaces pour soutenir les citoyens et les entreprises, en particulier les PME, qui sont confrontés à des difficultés économiques en raison de la flambée de COVID-19. Dans le même temps, ces règles garantissent que les aides d’État parviennent réellement aux entreprises qui en ont besoin et que les courses aux subventions préjudiciables soient évitées.

Les États membres peuvent concevoir des mesures de soutien conformes aux règlements de minimis 4 ou aux règlements d’exemption par catégorie 5 sans l’intervention de la Commission. En outre, sur la base de l’article 107, paragraphe 3, point c), du TFUE, et comme précisé dans les lignes directrices pour les aides d’État au sauvetage et à la restructuration des entreprises en difficulté 6 , les États membres peuvent notifier à la Commission des régimes d’aides visant à répondre à des besoins de liquidité pressants et à soutenir les entreprises confrontées à des difficultés financières, et ce également lorsque ces difficultés sont dues à la flambée de COVID-19 ou aggravées par celle-ci.

De surcroît, l’article 107, paragraphe 2, point b), du TFUE autorise également les États membres à indemniser les entreprises de secteurs particulièrement touchés par la pandémie (transports, tourisme, culture, hôtellerie et restauration, et commerce de détail, par exemple) et/ou les organisateurs d’événements annulés pour les dommages subis qui ont été directement causés par cette pandémie. Les États membres peuvent notifier ces mesures d’indemnisation de dommages à la Commission, qui les appréciera directement sur la base de l’article 107, paragraphe 2, point b), du TFUE 7 .

1.1.1.L’encadrement temporaire: adoption, extension et prorogation

En complément des possibilités susmentionnées, la Commission a adopté, le 19 mars 2020, un encadrement temporaire afin de permettre aux États membres d’exploiter pleinement la flexibilité prévue par les règles en matière d’aides d’État pour soutenir l’économie 8 . L’encadrement temporaire a été initialement mis en place avec une date d’expiration fixée au 31 décembre 2020. Il prévoit un certain nombre de mesures d’aide que la Commission considère comme compatibles avec l’article 107, paragraphe 3, point b), du TFUE, telles qu’un montant d’aide limité, des avantages fiscaux sélectifs et des garanties d’État sur les prêts. L’encadrement temporaire a pour objectif de permettre aux États membres de remédier aux difficultés actuelles des entreprises, tout en préservant l’intégrité du marché intérieur de l’Union et en garantissant des conditions de concurrence équitables.

La Commission énonce, dans la communication relative à l’encadrement temporaire, les conditions de compatibilité qu’elle appliquera en principe aux aides octroyées par les États membres sur la base de l’article 107, paragraphe 3, point b), du TFUE. En vertu de cet article, la Commission peut déclarer une aide compatible avec le marché intérieur si cette aide est destinée «à remédier à une perturbation grave de l’économie d’un État membre». Les États membres sont donc tenus de démontrer que les mesures notifiées à la Commission au titre de l’encadrement temporaire sont nécessaires, appropriées et proportionnées pour remédier à une perturbation grave de l’économie de l’État membre concerné et que toutes les conditions énoncées dans cet encadrement sont pleinement respectées.

L’encadrement temporaire comprend certaines exigences liées à la transition écologique et numérique. En effet, les grandes entreprises qui ont reçu une aide à la recapitalisation doivent rendre compte de la manière dont l’aide reçue soutient leurs activités conformément aux objectifs de l’Union et aux obligations nationales liés à la transition écologique et numérique, y compris l’objectif de neutralité climatique à l’horizon 2050 visé par l’Union.

La Commission a modifié l’encadrement temporaire à plusieurs reprises afin d’adapter le cadre applicable aux aides d’État aux différents besoins de l’économie de l’Union qui se font jour dans le contexte de la pandémie de COVID-19. En particulier:

·le 3 avril 2020, la Commission a modifié l’encadrement temporaire afin de permettre aux États membres d’accélérer la recherche, la mise à l’essai et la fabrication de produits utiles pour combattre la COVID-19 9 , de protéger les emplois et de soutenir davantage l’économie, entre autres, par des reports de paiement des impôts et des subventions salariales en faveur des salariés 10 ;

·le 8 mai 2020, la Commission a adopté une deuxième modification de l’encadrement temporaire introduisant de nouvelles exemptions pour les mesures de recapitalisation et de dette subordonnée afin de soutenir davantage l’économie dans le contexte de la pandémie de COVID-19, applicables jusqu’à la fin du mois de juin 2021 11 ;

·le 29 juin 2020, la Commission a adopté une troisième modification de l’encadrement temporaire permettant aux États membres d’apporter un soutien supplémentaire aux micro et petites entreprises et aux jeunes entreprises ainsi que d’encourager les investissements privés 12 ;

·le 13 octobre 2020, la Commission a prolongé l’encadrement temporaire de six mois jusqu’au 30 juin 2021 (jusqu’au 30 septembre 2021 pour les recapitalisations) et a introduit une nouvelle mesure permettant aux États membres de soutenir les entreprises confrontées à une baisse de leur chiffre d’affaires d’au moins 30 % par rapport à la même période de 2019 en raison de la pandémie 13 . Ce soutien permet de contribuer à une partie des coûts fixes des bénéficiaires qui ne sont pas couverts par leurs recettes, à concurrence d’un montant maximal de 3 000 000 EUR par entreprise;

·le 28 janvier 2021, la Commission a prolongé toutes les mesures que l’encadrement temporaire énonce, y compris celles relatives aux recapitalisations, jusqu’au 31 décembre 2021 et a élargi son champ d’application en augmentant les plafonds fixés et en permettant la conversion de certains instruments remboursables en subventions directes jusqu’à fin 2021 14 .

La Commission a mis en place tous les assouplissements procéduraux nécessaires pour permettre une procédure d’autorisation rapide. Si nécessaire, une décision est prise dans les jours suivant la réception d’une notification complète d’aide d’État de la part d’un État membre, et la Commission répond aux questions éventuelles des États membres.

1.1.2.Mesures autorisées dans le contexte de la pandémie de COVID-19

En 2020, la Commission a pris 408 décisions autorisant 497 mesures nationales notifiées par 27 États membres et le Royaume-Uni. Sur cette base, on peut estimer à environ 3 080 000 000 000 EUR le montant total des aides d’État autorisées à ce jour. Un certain nombre de remarques importantes s’imposent: pour certaines mesures au titre de l’encadrement temporaire, il n’est pas nécessaire d’indiquer un montant. Par conséquent, les montants inclus correspondent aux meilleures estimations fondées sur les montants autorisés dans les décisions relatives aux aides d’État et sur d’autres statistiques disponibles, par exemple celles mentionnées dans les communications publiques des autorités nationales et dans les informations officielles communiquées par les autorités nationales.

L’ensemble des aides d’État autorisées étaient nécessaires et proportionnées pour soutenir les entreprises et remédier à la grave perturbation de l’économie européenne causée par la pandémie de coronavirus. Dans le même temps, les montants autorisés varient considérablement d’un État membre à l’autre, ce qui semble lié à la marge de manœuvre budgétaire dont ils disposent ainsi qu’à la taille respective de leurs économies.

Concrètement, environ 51,5 % des aides d’État autorisées ont été notifiées par l’Allemagne. Les mesures notifiées par l’Italie représentent environ 14,7 % du montant total des aides d’État autorisées, tandis que celles notifiées par la France en représentent 13,9 %. Viennent ensuite l’Espagne (4,8 % du total des aides autorisées), puis la Pologne (2 % environ) et la Belgique (1,8 %). Enfin, les aides notifiées à la Commission par les autres États membres sont estimées représenter entre 0,01 % et 1,5 % du montant total, soit environ 3 080 000 000 000 EUR.

Les réponses fournies par les 27 États membres à deux enquêtes consécutives réalisées par la Commission européenne révèlent qu’entre la mi-mars et la fin du mois de décembre 2020, sur les 2 960 000 000 000 EUR d’aides déjà autorisées, environ 544 000 000 000 ont été effectivement dépensés. En termes absolus, d’après les données préliminaires communiquées par les États membres, la France a octroyé plus d’un quart du total des aides versées (155 360 000 000 EUR), suivie par l’Italie avec 19,8 % du total (107 900 000 000), l’Allemagne avec 19,1 % (104 250 000 000) et l’Espagne avec 16,7 % (90 800 000 000). En termes relatifs et d’après ces mêmes données, l’Espagne est le pays qui a déboursé le plus en proportion de son PIB (7,3 %), suivie par la France (6,4 %), l’Italie (6,0 %), la Grèce (4,39 %), Malte (3,9 %), la Hongrie (3,7 %), le Portugal (3,6 %), la Pologne (3,6 %) et Chypre (3,5 %). À l’échelle de l’EU-27, les dépenses consacrées aux aides d’État liées au coronavirus correspondent à environ 3,9 % du PIB de l’Union. Un certain nombre de ces mesures d’aide ont été cofinancées par la politique de cohésion, notamment au moyen des deux trains de mesures d’urgence proposés par la Commission, et approuvées par le Parlement européen et le Conseil en 2020: l’initiative d’investissement en réaction au coronavirus (CRII) et l’initiative d’investissement+ en réaction au coronavirus (CRII+).

Outre les aides notifiées au titre de l’encadrement temporaire, les aides d’État dont il est considéré qu’elles ont des effets de distorsion moindres, par exemple celles octroyées en vertu de règlements de minimis 15 ou de certains règlements d’exemption par catégorie 16 , peuvent être adoptées sans l’autorisation préalable de la Commission. En 2020, il s’agissait notamment de mesures telles que l’octroi de subventions salariales ou la suspension du paiement de l’impôt sur les sociétés, de la TVA et des cotisations sociales. En outre, la Commission a autorisé, au titre de l’article 107, paragraphe 3, point b), du TFUE, les mesures adoptées par les États membres en faveur des entreprises particulièrement touchées par l’épidémie (par exemple, dans les secteurs du transport, du tourisme, de la culture, de l’hôtellerie et du commerce de détail) afin de compenser les dommages subis en raison de la crise (voir également l’annexe 2) 17 .

1.2Préparer la sortie de crise - Facilité pour la reprise et la résilience (FRR)

La Commission soutient la mise en œuvre du premier pilier de Next Generation EU, la facilité pour la reprise et la résilience (FRR) 18 , afin de favoriser une reprise durable et résiliente de l’économie de l’UE mettant l’accent sur la transition écologique et numérique. Dotée de 672 500 000 000 EUR de fonds, la facilité pour la reprise et la résilience («FRR») se taille la part du lion dans l’enveloppe de 750 000 000 000 EUR allouée au plan de relance de l’Union, NextGenerationEU 19 . Elle soutiendra les investissements publics et les réformes dans les États membres, les aidant à faire face aux conséquences économiques et sociales de la pandémie de COVID-19, ainsi qu’à accomplir la double transition écologique et numérique.

Pour bénéficier de subventions et de prêts à faible taux d’intérêt au titre de la FRR, les États membres doivent soumettre leur plan pour la reprise et la résilience («PRR») à l’approbation de la Commission avant tout versement de fonds. En 2020, la Commission a aidé les États membres à élaborer leurs PRR dans le respect des règles de concurrence et, en particulier, des règles relatives aux aides d’État. À cette fin, la Commission a publié une série de modèles d’orientation en décembre 2020 et les a mis à jour en janvier 2021.

1.3Résultat du bilan de qualité des règles en matière d’aides d’État

En 2020, la Commission a achevé le « bilan de qualité » des règles en matière d’aides d’État 20 adoptées dans le cadre de la modernisation du contrôle des aides d’État, ainsi que des lignes directrices sur les aides d’État aux entreprises ferroviaires et de la communication sur l’assurance-crédit à l’exportation à court terme, qui ne faisaient pas partie du paquet législatif sur la modernisation du contrôle des aides d’État. La Commission a examiné si les règles étaient adaptées à l’objectif poursuivi, notamment au regard du pacte vert pour l’Europe, de la stratégie industrielle et de la stratégie numérique. Le bilan de qualité, dont les résultats ont été publiés le 30 octobre 2020 21 , suggère que, dans l’ensemble, l’architecture du paquet législatif sur la modernisation du contrôle des aides d’État et les règles relatives aux aides d’État, qui ont été réformées dans le cadre de cette initiative, sont globalement adaptées à l’objectif poursuivi. Il n’est pas nécessaire de réformer l’encadrement des aides d’État relevant de la modernisation en tant que tel.

Toutefois, les différents ensembles de règles nécessitent une révision et/ou une mise à jour, y compris des éclaircissements, une rationalisation et une simplification accrues, ainsi que des ajustements pour tenir compte des évolutions législatives récentes, des priorités actuelles et de l’évolution du marché et des technologies. Les règles doivent également être adaptées aux difficultés futures et aux priorités à venir de la Commission. Cela est particulièrement important dans la mesure où les aides d’État peuvent et devraient contribuer au pacte vert, ainsi qu’aux stratégies numériques et industrielles.

La communication relative à l’assurance-crédit à l’exportation à court terme a été adoptée en 2013 dans le but de garantir que les aides d’État ne faussent pas la concurrence sur le marché intérieur entre les organismes d’assurance-crédit à l’exportation privés et publics ou bénéficiant d’un soutien public, ainsi qu’entre les exportateurs des différents États membres. Dans le bilan de qualité, les règles établies dans la communication ont été jugées conformes à l’objectif poursuivi. En 2020, la communication a été prolongée jusqu’à la fin de 2021 et révisée pour offrir une marge de manœuvre plus importante en réponse à la pandémie de COVID-19. En vertu des règles révisées, tous les risques commerciaux et politiques associés aux exportations vers les pays énumérés à l’annexe de la communication (y compris tous les États membres) sont considérés comme temporairement non cessibles jusqu’au 31 décembre 2021, conformément à la durée de l’encadrement temporaire.

1.4Aides en faveur d’objectifs horizontaux

Les aides en faveur d’objectifs horizontaux d’intérêt commun représentent généralement l’écrasante majorité de l’ensemble des aides. Comme l’illustrent les graphiques ci-dessous, une grande partie des aides horizontales relèvent du règlement général d’exemption par catégorie (RGEC) 22 . Dès à présent, le RGEC permet aux États membres d’appliquer un large éventail de mesures de soutien public dans des domaines tels que la recherche et le développement, la protection de l’environnement ou le soutien aux PME.

Dépenses d’aides d’État couvertes par le RGEC dans l’UE, par objectif, à l’exclusion des aides à l’agriculture, à la pêche et au transport ferroviaire

Pour faire en sorte que les fonds nationaux et ceux de l’UE puissent être combinés avec fluidité dans le cadre financier pluriannuel proposé pour 2021-2027 sans saper la concurrence dans le marché intérieur, l’objectif est d’améliorer l’interaction entre les règles de l’UE en matière de financement et celles en matière d’aides d’État et d’harmoniser le contrôle, sous l’angle des aides d’État, des fonds nationaux, y compris des fonds de l’UE en gestion partagée, combinés aux fonds des programmes de l’UE gérés au niveau central par la Commission. En 2020, la Commission a poursuivi l’évaluation des incidences des grands régimes d’aides nationaux comportant des objectifs horizontaux.

1.4.1.Évaluation des régimes d’aides

La modernisation du contrôle des aides d’État a introduit l’obligation d’évaluer les régimes d’aides. L’objectif est de recueillir les éléments nécessaires pour mieux comprendre les effets, tant positifs que négatifs, de l’aide et d’apporter une contribution à l’élaboration future de l’action des États membres et de la Commission. Depuis le 1er juillet 2014, l’évaluation est exigée pour les régimes RGEC de grande ampleur dans certaines catégories d’aide 23 , ainsi que pour une sélection de régimes notifiés relevant de la nouvelle génération de lignes directrices relatives aux aides d’État 24 .

À la fin de l'année 2020, la Commission avait approuvé des plans d’évaluation des États membres couvrant 54 régimes d’aides d’État. Treize autres régimes sont en cours d’examen, couvrant au total 14 États membres 25 et le Royaume-Uni. La plupart de ces décisions concernaient soit des projets d’aides de grande ampleur à finalité régionale ou à la recherche, au développement et à l’innovation (RDI) au titre du RGEC, soit des régimes notifiés dans le domaine de l’énergie et du haut débit. Ces régimes représentent au total plus de 57 000 000 000 EUR du budget annuel consacré aux aides d’État. À la fin de l’année 2019, les États membres avaient communiqué à la Commission 21 rapports d’évaluation intermédiaires et 24 rapports d’évaluation finaux, qui ont été évalués par les services de la Commission et jugés d’une qualité moyenne à bonne 26 .

En 2020, la Commission a aussi achevé une étude en vue d’effectuer un état des lieux de la mise en œuvre des obligations en matière d’évaluation prévues par le RGEC et les lignes directrices applicables. Les résultats de l’étude indiquent que l’évaluation des aides d’État fonctionne déjà relativement bien et ne nécessite pas de changements radicaux à l’avenir. L’étude propose des pistes pour l’élaboration de stratégies visant à renforcer les capacités d’évaluation des États membres, pour l’élargissement des approches méthodologiques envisageables tout en maintenant des normes de qualité élevées, et pour la promotion d’une utilisation plus généralisée des résultats de l’évaluation.

La Commission a continué d’accompagner la mise en œuvre de l’obligation d’évaluation en publiant des notes d’information 27 et en organisant des ateliers spécialisés avec des représentants des États membres et des experts en évaluation. La priorité actuelle de la Commission est d’évaluer de manière exhaustive les rapports d’évaluation, tant intermédiaires que finaux, afin de: i) fournir un retour d’information adéquat aux États membres, ii) veiller à ce que les résultats soient utilisés pour améliorer l’élaboration des politiques, et iii) fournir des éléments probants pour aider les États membres à envisager de futurs développements juridiques.

1.4.2.Aides à la recherche, au développement et à l’innovation (RDI)

L’UE a toujours été à la traîne par rapport à ses principaux concurrents à l’échelle mondiale en matière de dépenses de RDI, principalement en raison du niveau plus faible des investissements privés. Pour obtenir le plus grand rendement possible avec les budgets disponibles, les mesures d’aide à la RDI ne devraient pas remplacer ou évincer le financement privé. Au contraire, les efforts consentis devraient viser à encourager davantage les investissements privés. Les aides à la RDI peuvent s’avérer utiles lorsque les forces du marché ne réalisent pas seules les investissements nécessaires dans des projets innovants prometteurs mais très risqués. Les règles en matière d’aides d’État à la RDI contribuent à diriger le financement public vers des projets qui, en raison de défaillances du marché, n’auraient pas vu le jour en son absence. Il peut notamment s’agir de projets qui vont bien au-delà de l’état actuel des techniques et qui procurent au marché et, en fin de compte, aux consommateurs, des produits et des services innovants (y compris la numérisation). Lesdites règles prévoient des critères souples et simples pour apprécier la compatibilité des aides d’État et facilitent ainsi la mise en œuvre du soutien apporté aux projets de RDI par les États membres.

En 2020, la Commission a continué de veiller à ce que les régimes d’aides et les mesures individuelles ayant fait l’objet d’une notification ou d’une prénotification au titre des règles en matière d’aides d’État à la RDI ciblent correctement des projets permettant de mener des activités de recherche et d’innovation inédites. Ses activités de contrôle des aides d’État ont couvert un large éventail de secteurs, dont l’aéronautique, ainsi que les infrastructures de recherche et de technologie, les pôles d’innovation et le calcul à haute puissance, en mettant l’accent sur le soutien au développement de nouvelles technologies propres contribuant à la transition écologique de l’Europe.

Dans un grand nombre de cas, la Commission a coopéré avec les États membres afin de leur permettre d’ajuster les mesures envisagées en faveur de la RDI et de les rendre conformes au RGEC. De cette manière, les mesures d’aide ont pu être accordées rapidement sans devoir être notifiées à la Commission, ce qui a accéléré l’octroi d’aides publiques en faveur de la RDI. Il convient de noter qu’à la suite de la modernisation du contrôle des aides d’État en 2014, les dépenses totales d’aides d’État à la RDI au titre du RGEC ainsi que de l’encadrement RDI sont passées de 8 900 000 000 EUR en 2014 à 11 270 000 000 EUR en 2018, 9 940 000 000 EUR ayant été décaissés en 2018 au titre du seul RGEC.

À la suite de la deuxième consultation publique, en 2020, la Commission a poursuivi ses travaux sur ses propositions de modifications du RGEC relatives à la RDI afin de rendre plus aisées à appliquer et plus simples les modalités permettant de combiner entre eux les financements gérés au niveau central issus du programme Horizon Europe ou, dans le cas de projets ayant reçu un label d’excellence, en particulier par des PME, de leur substituer un financement national. Les modifications envisagées visent à aligner certains aspects des règles relatives aux aides d’État et les règles du programme Horizon Europe. Cela permettra de prévenir d’éventuelles divergences susceptibles de créer des retards ou des difficultés dans l’exécution du financement de la RDI au titre du cadre financier pluriannuel (CFP).

Enfin, au terme du bilan de qualité des règles en matière d’aides d’État à la RDI (dont les résultats ont été publiés en octobre 2020 dans un document de travail des services de la Commission 28 qui comprenait une évaluation indépendante, reposant sur des observations factuelles, de la mise en œuvre des règles de 2014 en matière d’aides d’État à la RDI 29 , ainsi que de leurs effets sur les investissements dans la RDI et sur la concurrence), la Commission a poursuivi, en 2020, les travaux de révision de ces aides d’État. L’objectif est de veiller à ce que les règles révisées en matière d’aides d’État dans le domaine de la RDI soient adaptées à l’objectif poursuivi en tenant compte de l’évolution du marché, en particulier du développement technologique, ainsi que des objectifs spécifiques de la double transition vers une économie verte et numérique, et de la politique de recherche et d’innovation de l’UE.

1.4.3.Aides permettant aux États membres de soutenir conjointement des projets importants d’intérêt européen commun

La Commission évalue les aides d’État proposées pour la réalisation de projets importants d’intérêt européen commun (PIIEC) sur la base des critères de compatibilité énoncés dans une communication 30 dédiée adoptée en 2014. Pour être jugés compatibles en vertu de ces règles, les projets éligibles doivent remédier à une défaillance du marché ou à d’autres défaillances systémiques importantes et

(I)contribuer de manière significative aux objectifs stratégiques de l’UE;

(II)faire intervenir plusieurs États membres;

(III)faire appel à un financement privé de la part des bénéficiaires;

(IV)générer, dans toute l’UE, des effets d’entraînement positifs qui limitent les distorsions de la concurrence.

Selon le type de projet soutenu, des conditions spécifiques supplémentaires s’appliquent:

a)les activités de RDI doivent revêtir un caractère innovant majeur ou apporter une valeur ajoutée importante en matière de recherche et d’innovation, et doivent aller au-delà de l’état de la technique;

b)les activités de premier déploiement industriel 31 doivent permettre le développement d’un nouveau produit ou service à fort contenu de recherche et d’innovation ou le déploiement d’un processus de production fondamentalement innovant, à l’exclusion du développement incrémentiel;

c)les projets dans les domaines de l’énergie, des transports ou de l’environnement doivent soit revêtir une grande importance pour la stratégie de l’Union en matière d’environnement, d’énergie, y compris la sécurité de l’approvisionnement énergétique, ou de transports, soit contribuer de manière significative au marché intérieur.

Conformément à l’initiative de la Commission «Alliance européenne pour les batteries» 32 , tout au long de 2020, des discussions approfondies ont eu lieu entre plusieurs États membres et la Commission en vue d’un deuxième PIIEC relatif à la chaîne de valeur des batteries, à la suite du premier PIIEC qui a été autorisé en décembre 2019 33 . En décembre 2020, douze États membres ont notifié conjointement le deuxième PIIEC sur les batteries pour l’électromobilité et le stockage de l’énergie. Celui-ci est en accord avec les politiques de la Commission visant à remplacer les combustibles fossiles néfastes pour l’environnement par des technologies utilisant des carburants de substitution. Il s’inscrit également dans la double transition de l’économie européenne, telle qu’énoncée dans le pacte vert pour l’Europe et la stratégie numérique de l’UE. La Commission a autorisé le deuxième PIIEC sur les batteries le 26 janvier 2021 34 .

En outre, conformément aux recommandations du forum stratégique sur les PIIEC, les discussions avec les États membres et l’industrie en vue de la création éventuelle de nouveaux PIIEC dans les domaines des technologies et systèmes à hydrogène, de l’industrie à faible émission de carbone et de la microélectronique se sont intensifiées en 2020. Des projets concrets dans ces domaines devraient voir le jour dans le courant de l’année 2021.

En 2020, la Commission a finalisé l’évaluation de la communication relative aux projets importants d’intérêt européen commun (PIIEC) dans le cadre du bilan de qualité couvrant le paquet législatif sur la modernisation du contrôle des aides d’État. Les résultats ont montré que les règles applicables aux PIIEC sont globalement adaptées aux objectifs poursuivis, mais que certaines modifications ciblées pourraient s’avérer utiles, notamment à la lumière de l’expérience acquise dans le cadre d’affaires ayant trait à des PIIEC (dans les domaines de la microélectronique et des batteries) et afin de faire en sorte que ces règles soutiennent pleinement les priorités de la Commission, en particulier le pacte vert pour l’Europe et la stratégie numérique. La Commission a prolongé les règles jusqu’à la fin de 2021 et prévoit une révision de la communication PIIEC en 2021.

1.4.4.Aides à finalité régionale

Les aides à finalité régionale sont un instrument important dans l’éventail d’outils dont dispose l’Union pour promouvoir la cohésion économique et sociale. L’encadrement des aides à finalité régionale 2014-2020 devait expirer à la fin de 2020. La Commission a toutefois prolongé de trois ans les dispositions du RGEC en matière d’aides à finalité régionale et d’un an les lignes directrices concernant les aides d’État à finalité régionale, soit jusqu’à la fin de 2021 35 . Dans le cadre de cette prolongation, la Commission a également adopté une prolongation d’un an de la carte des aides à finalité régionale pour chaque État membre.

En 2020, la Commission a finalisé l’évaluation 36 de l’encadrement des aides à finalité régionale dans le cadre du bilan de qualité des règles en matière d’aides d’État. Les résultats ont montré que les règles fonctionnaient correctement sur le principe, mais qu’elles nécessitaient quelques ajustements, notamment à la lumière des nouvelles priorités de la Commission. Sur cette base, la Commission a publié en juillet 2020 un projet de nouvelles lignes directrices concernant les aides d’État à finalité régionale en vue de recueillir les commentaires des parties prenantes. Les nouvelles lignes directrices devraient être adoptées au cours du premier semestre de 2021 et seront applicables à partir de 2022.

En 2020, la Commission a également adopté plusieurs décisions en matière d’aides à finalité régionale, autorisant l’octroi d’une aide à l’investissement à finalité régionale en faveur du grand projet d’investissement de Toray 37 concernant une nouvelle usine de production de films séparateurs pour batteries en Hongrie, et approuvant également la modification d’un plan d’évaluation d’un vaste régime français bénéficiant d’une exemption par catégorie 38 . La Commission a également ouvert une procédure formelle d’examen concernant le grand projet d’investissement de l’entreprise chimique LG Chem Group 39 , qui étend sa production de cellules pour batteries de véhicules électriques en Pologne. Enfin, la Commission a décidé que le régime de la zone franche de Madère 40 n’avait pas été mis en œuvre conformément aux décisions antérieures de la Commission et que le Portugal devait récupérer les aides auprès des entreprises qui n’ont pas créé d’activité économique effective ni d’emplois à Madère.

En 2020, la Commission a continué de conseiller les autorités des États membres sur la manière d’interpréter et de mettre en œuvre les dispositions du RGEC en matière d’aides à finalité régionale, les aidant ainsi à assurer la réussite des réformes introduites au titre de la modernisation du contrôle des aides d’État en 2014, au bénéfice des consommateurs comme des entreprises.

1.4.5.Aides au financement des risques

Les lignes directrices sur le financement des risques, adoptées en 2014 dans le cadre du paquet législatif sur la modernisation du contrôle des aides d’État, définissent les conditions dans lesquelles les aides visant à promouvoir les investissements en faveur du financement des risques peuvent être considérées comme compatibles avec le marché intérieur. Celles-ci doivent expirer en 2021, à la suite d’une prolongation adoptée par la Commission le 2 juillet 2020 41 . Leur évaluation récente dans le cadre du bilan de qualité complet des règles en matière d’aides d’État en 2019-2020 a montré que les règles étaient globalement adaptées aux objectifs poursuivis, mais qu’elles pourraient être mises à jour pour tenir compte des évolutions sur le plan de la réglementation, des technologies et du marché. Le 17 décembre 2020, la Commission a annoncé la révision des lignes directrices sur le financement des risques afin de rendre les règles plus efficaces et efficientes 42 .

1.4.6.Mesures de soutien aux infrastructures

La Commission a autorisé plusieurs mesures de soutien aux projets d’infrastructure. Le 20 mars 2020, la Commission européenne a conclu 43 que le modèle de financement public de l’infrastructure reliant la côte danoise à la côte allemande du détroit de Fehmarn était conforme aux règles de l’UE en matière d’aides d’État. La Commission a également autorisé deux mesures visant à encourager le transfert de la route vers le rail: le 17 février 2020, elle a autorisé 44 un régime d’aide, ainsi que des mesures d’aide individuelles, visant à encourager le transfert du transport de marchandises dans le Land de Saxe-Anhalt en Allemagne et, le 31 mars 2020, elle a autorisé 45 une aide d’État en faveur de Treeden Group pour la construction d’un terminal de transbordement en Pologne. Enfin, le 7 août 2020, la Commission a autorisé 46 un plan croate visant à prolonger le contrat de concession de l’autoroute Y d’Istrie entre la Croatie et la société Bina-Istra.

1.5Contrôle, récupération des aides et coopération avec les juridictions nationales

1.5.1.Renforcer le contrôle des aides d’État existantes afin de garantir une concurrence loyale et équitable

Au fil des ans, l’architecture du contrôle des aides d’État a évolué. Aujourd’hui, une part importante des aides sont octroyées dans le cadre de régimes bénéficiant d’une exemption par catégorie qui ne font pas l’objet d’un examen par la Commission avant leur entrée en vigueur. Selon les derniers chiffres disponibles 47 , environ 95 % des nouvelles mesures d’aide d’État adoptées en 2018 sont couvertes par le RGEC et, parmi toutes les mesures d’aide d’État actives la même année, 86 % sont des mesures couvertes par le RGEC. Ces chiffres démontrent qu’il est essentiel pour la Commission de vérifier que les États membres appliquent correctement les règles en matière d’aides d’État dans le cadre des régimes et qu’ils n’accordent des aides que lorsque toutes les conditions requises sont remplies. Par conséquent, le contrôle constitue le contrepoids à l’architecture des aides d’État fondée sur l’«auto-appréciation» par les États membres, qui résulte de l’exemption de l’obligation de notification (par exemple, le RGEC) ou de l’autorisation des régimes d’aides d’État par la Commission.

La Commission a introduit, en 2006, un contrôle ex post régulier, fondé sur un échantillon des régimes d’aides existants; l’échantillon contrôlé couvre environ 50 régimes par an. Le contrôle a pour objectifs i) de détecter les irrégularités et de demander aux États membres concernés d’y remédier, ii) de sensibiliser les autorités nationales chargées de l’octroi des aides aux règles en matière d’aides d’État, iii) de contribuer à l’amélioration des règles en matière d’aides d’État, iv) de détecter les erreurs dans la notification et v) d’avoir un effet dissuasif.

Dans le contexte de la crise de la COVID-19, tous les États membres ont concentré leurs ressources administratives sur la lutte contre la pandémie. C’est pourquoi, contrairement aux années précédentes où le cycle de contrôle se déroulait sur une base annuelle, le cycle de contrôle 2020 porte sur deux années, à savoir 2020 et 2021. Il couvre 19 États membres, tous les principaux types d’aides, autorisées ou bénéficiant d’une exemption par catégorie, les obligations 48 de transparence des États membres, et met l’accent sur le critère des «entreprises en difficulté».

La Commission assure un suivi de toutes les irrégularités et utilise les moyens dont elle dispose pour remédier aux distorsions de concurrence que ces irrégularités ont provoquées. Dans certains cas, les États membres proposent de remédier volontairement aux problèmes détectés (par exemple, modification de la législation nationale, récupération des aides excédentaires, etc.). Dans d’autres, la Commission peut être obligée de prendre des mesures formelles.

1.5.2.Rétablir la concurrence en récupérant les aides d’État octroyées en violation des règles

Afin de garantir l’intégrité du marché unique, les États membres doivent prendre toutes les mesures qui s’imposent pour récupérer les aides illégales et incompatibles. Cette récupération a pour objet de rétablir la situation qui existait sur le marché intérieur avant l’octroi de l’aide concernée. Elle est nécessaire pour garantir une concurrence loyale et équitable sur le marché intérieur. En 2020, la Commission a réalisé de nouveaux progrès pour garantir la mise en œuvre effective et immédiate des décisions de récupération.

Au 31 décembre 2020, le montant des aides illégales et incompatibles avec le marché intérieur récupéré auprès des bénéficiaires s’élevait à 28 400 000 000 EUR 49 . Au même moment, l’encours devant encore être récupéré était de 6 700 000 000 EUR.

En 2020, la Commission a adopté six nouvelles décisions de récupération et 126 000 000 EUR ont été récupérés par les États membres. Fin décembre, elle recensait 52 cas de récupération pendants 50 .

Décisions de récupération adoptées en 2020

6

Montant récupéré en 2020 (en millions d’EUR)

126

Cas de récupération pendants au 31 décembre 2020

52

En sa qualité de gardienne des traités, la Commission peut utiliser tous les moyens légaux à sa disposition pour que les États membres satisfassent à leurs obligations en matière de récupération, y compris l’ouverture de procédures d’infraction. En 2020, la Commission a engagé une action au titre de l’article 108, paragraphe 2, du TFUE 51 et une action supplémentaire au titre de l’article 260, paragraphe 2, du TFUE 52 (les deux cas concernant la Grèce).

1.5.3.Coopération avec les juridictions nationales pour garantir l’efficacité des règles en matière d’aides d’État

La Commission a poursuivi sa collaboration avec les juridictions nationales conformément à l’article 29 du règlement de procédure 53 . Cette coopération comprend une assistance directe liée aux affaires prodiguée aux juridictions nationales lorsque celles-ci appliquent le droit de l’UE en matière d’aides d’État. Les juridictions peuvent demander à la Commission de leur fournir des informations relatives aux affaires ou de rendre un avis sur l’application des règles en matière d’aides d’État. La Commission peut également soumettre des observations à titre d’amicus curiae de sa propre initiative.

Si la Commission n’a reçu aucune demande de renseignements en 2020, elle a reçu deux demandes d’avis de la part de juridictions belges. La première demande, présentée par l’Ondernemingsrechtbank Gent, concernait l’interprétation d’une décision de la Commission de 2001 proposant des mesures utiles sur la vente de terrains industriels à un taux préférentiel. La seconde, émanant de Hof Van Beroep te Gent, concernait une aide d’État présumée dans le cadre de la vente de terres agricoles.

En 2020, la Commission est intervenue dans une procédure de reconnaissance et d’exécution devant la United States District Court for the District of Columbia dans deux affaires 54 . Pour faire connaître son point de vue au public, elle publie ses avis et observations à titre d’amicus curiae, ainsi que les observations adressées à d’autres entités, telles que les cours d’arbitrage, sur son site web 55 .

À la suite de la publication de l’étude sur l’état des lieux de l’application des règles en matière d’aides d’État par les juridictions nationales le 30 juillet 2019 56 et sur la base de l’évaluation de ses principales conclusions sur l’application des règles en matière d’aides d’État au niveau national, la Commission révise actuellement la communication relative à l’application des règles en matière d’aides d’État par les juridictions nationales 57 .

En 2020, la Commission a également poursuivi ses efforts de sensibilisation. Elle a participé activement à l’évaluation des programmes de formation des juges nationaux et à l’évaluation de leurs besoins et a également dispensé des formations lors d’ateliers et de conférences.

1.6Arrêts importants des juridictions de l’Union européenne dans le domaine des aides d’État

En 2020, les juridictions européennes ont apporté des éclaircissements

-sur la notion d’aide, y compris le caractère économique (ou non) de certaines activités 58 , sur les ressources d’État 59 , sur l’avantage sélectif et le principe de l’opérateur en économie de marché 60 ;

-sur les services d’intérêt économique général (SIEG) 61 , et sur l’évaluation de la compatibilité au titre de l’article 107, paragraphe 3, point c), du TFUE 62 ; ainsi que

-sur des questions de procédure et la récupération 63 .

Dans l’arrêt Commission et République slovaque/Dôvera du 11 juin 2020 64 , la Cour de justice a apporté des précisions sur le caractère non économique des régimes d’assurance maladie obligatoire. Elle a estimé que l’existence d’une certaine concurrence dans la fourniture de services de santé n’était pas de nature à remettre en cause le caractère social et solidaire d’un système d’assurance maladie obligatoire. Le système se caractérisait par une affiliation obligatoire, une absence de lien direct entre le montant des cotisations de sécurité sociale et les prestations fournies, la présence d’un mécanisme de péréquation des risques entre les assureurs et un contrôle de l’État. Dans ce contexte, l’existence d’une concurrence est secondaire et n’est pas de nature à modifier le caractère non économique du régime.

Dans l’arrêt Larko/Commission du 26 mars 2020, la Cour de justice a fourni des précisions sur la charge de la preuve en relation avec le principe de l’opérateur en économie de marché. La Cour a rappelé qu’il incombait à l’État membre de prouver que ce principe était applicable, en établissant sans équivoque et sur la base d’éléments objectifs et vérifiables que la mesure mise en œuvre ressortit à sa qualité d’opérateur privé. Cependant, une fois qu’il est établi que le principe de l’opérateur en économie de marché est applicable, il incombe à la Commission de prouver l’avantage, et de ne pas se contenter d’une supposition négative quant à l’existence d’un avantage en l’absence d’autres preuves positives.

Dans l’arrêt Autriche/Commission 65 (Hinkley Point C) du 22 septembre 2020, la Cour de justice a clarifié certains aspects de l’évaluation de la compatibilité au titre de l’article 107, paragraphe 3, point c), du TFUE. En vertu de cette disposition du traité, la Commission doit vérifier que deux conditions sont remplies pour déclarer une aide compatible: l’aide doit faciliter le développement d’une activité économique et ne pas altérer les conditions des échanges dans une mesure contraire à l’intérêt commun. Lorsqu’elle apprécie la première condition, la Commission détermine l’activité économique que l’aide vise à développer, mais elle n’est pas tenue de déterminer le marché de produits en cause. Lors de l’évaluation de la deuxième condition, la Commission met en balance les effets positifs et négatifs de l’aide; mais pour ces derniers, elle est uniquement tenue de recenser les effets négatifs de l’aide sur la concurrence sur le marché de produits en cause et sur les échanges intra-UE. Lorsqu’elle adopte des lignes directrices en matière d’aides d’État, la Commission ne peut pas non plus restreindre indûment la portée de l’article 107, paragraphe 3, point c), du TFUE en ajoutant des conditions qui ne figurent pas dans cette disposition du traité.

Dans l’affaire C-212/19, Compagnie des pêches de Saint Malo 66 , la Cour de justice a déclaré invalide une décision d’aide d’État dans le cadre d’un renvoi préjudiciel. La Cour a considéré les questions comme recevables même si elles étaient plus que de simples questions d’interprétation et qu’elles concernaient la validité de la décision. Sur le fond, la Cour a précisé qu’en cas d’allègement des cotisations de sécurité sociale dues à l’État par le salarié mais versées à l’État par l’employeur (c’est-à-dire l’entreprise), une aide directe à l’employeur est exclue s’il existe une obligation pour l’entreprise de répercuter cet avantage sur le salarié. Dans ce cas, l’entreprise agit comme un simple intermédiaire.

Dans l’arrêt Kerkosand/Commission du 9 septembre 2020 67 , le Tribunal a précisé qu’une décision de la Commission confirmant qu’une mesure d’aide remplit les conditions du RGEC et est donc exemptée de l’obligation de notification, constitue une décision de ne pas soulever d’objections au sens de l’article 4, paragraphe 3, du règlement (UE) 2015/1589.

1.7Audit de la Cour des comptes européenne (CCE) sur le contrôle, par la Commission, des aides d’État en faveur des institutions financières

En octobre 2020, la Cour des comptes européenne (CCE) a publié les conclusions et les recommandations relatives à son audit du contrôle, par la Commission, des aides d’État en faveur des institutions financières dans l’UE 68 . L’audit a porté sur l’application des règles en matière d’aides d’État dans le secteur financier entre août 2013 (lorsque la Commission a commencé à appliquer la communication de 2013 concernant le secteur bancaire) et la fin de l’année 2018.

Dans son rapport spécial, la Cour des comptes a reconnu que, dans l’ensemble, l’UE avait mis en place des moyens et des pouvoirs appropriés pour contrôler efficacement les aides d’État accordées aux banques et que les règles en matière de contrôle des aides d’État en faveur du secteur financier étaient bien rédigées et claires. Elle a également conclu que la Commission avait affecté les ressources et l’expertise nécessaires à l’application des règles en matière d’aides d’État dans ce secteur et avait établi un cadre éthique solide. Par contre, la Cour des comptes a estimé que, dans certains domaines, l’application des règles en matière d’aides d’État dans le secteur financier pourrait être améliorée. À cette fin, elle a recommandé à la Commission de procéder à une évaluation des règles existantes après la crise actuelle de la COVID-19 et, au plus tard en 2023, de se pencher sur la gestion des documents et d’encourager les États membres à mieux respecter les bonnes pratiques, et d’améliorer les indicateurs de gestion des performances.

La Commission s’efforce d’améliorer son action de contrôle dans le domaine des aides d’État, comme elle le fait dans tous les autres domaines. De ce fait, elle a convenu de proposer une série d’actions pour donner suite aux recommandations de la CCE. Ainsi, la Commission continuera à œuvrer à l’amélioration de ses processus internes et de son système de gestion des documents afin de gagner encore en efficience. Ce processus est déjà engagé. La Commission encouragera également les États membres à respecter les bonnes pratiques en vigueur concernant, par exemple, la durée des contacts de prénotification. En outre, elle réexaminera les indicateurs de performance existants dans ses rapports de gestion afin d’accroître la précision du suivi de ses mesures d’exécution dans le domaine concerné.

Enfin, dans le cadre du rapport spécial de la Cour des comptes, la Commission s’est également engagée à procéder à une évaluation des règles actuelles en matière d’aides d’État dans le secteur financier. Dans le même temps, elle a annoncé une révision du cadre européen pour la gestion des crises bancaires, c’est-à-dire de la directive relative au redressement des banques et à la résolution de leurs défaillances et de la directive relative aux systèmes de garantie des dépôts. Dans le prolongement de la déclaration de l’Eurogroupe du 30 novembre 2020 69 , la Commission poursuit le processus de révision de son encadrement des aides d’État en faveur des banques dans le contexte de la révision du cadre de gestion des crises bancaires (la directive relative au redressement des banques et à la résolution de leurs défaillances et la directive relative aux systèmes de garantie des dépôts), en utilisant une approche globale pour assurer la cohérence, notamment en ce qui concerne la répartition adéquate des charges entre les actionnaires et les créanciers afin de protéger les contribuables, et la préservation de la stabilité financière.

2.Pratiques anticoncurrentielles et ententes

Articles 101, 102 et 106 du TFUE

En vertu de l’article 101 du TFUE, les accords anticoncurrentiels sont incompatibles avec le marché intérieur et interdits. L’article 101 du TFUE interdit les accords par lesquels des entreprises coordonnent leurs agissements au lieu de se concurrencer en toute indépendance et qui ont pour objet ou pour effet de fausser la concurrence. Cependant, même si un accord horizontal ou vertical peut être considéré comme restrictif, il pourra être autorisé en vertu de l’article 101, paragraphe 3, du TFUE s’il a finalement pour effet de stimuler la concurrence (du fait, par exemple, de la promotion du progrès technique ou d’une amélioration de la distribution).

L’article 102 du TFUE interdit les abus de position dominante. En soi, il n’est pas illégal, pour une entreprise, de détenir ou d’acquérir une position dominante. Les entreprises en position dominante peuvent, comme toutes les autres entreprises présentes sur le marché, livrer concurrence en fonction de leurs mérites. Cependant, l’article 102 du TFUE interdit les comportements abusifs d’entreprises en position dominante qui, par exemple, imposent de façon directe ou indirecte des prix d’achat ou de vente ou d’autres conditions de transaction non équitables.

Enfin, l’article 106 du TFUE interdit aux États membres d’édicter ou de maintenir des mesures contraires aux règles des traités en ce qui concerne les entreprises publiques et les entreprises auxquelles ils accordent des droits spéciaux ou exclusifs.

La nécessité de préserver la discipline de marché pour garantir le bon fonctionnement du marché unique est essentielle, surtout en période de crise. La mise en œuvre efficace des règles de concurrence de l’UE revêt une importance cruciale pour la transformation numérique de l’économie européenne et une reprise résiliente après la pandémie. L’application des règles concernant les pratiques anticoncurrentielles peut contribuer à éliminer les derniers obstacles au marché unique, ainsi qu’à supprimer les restrictions au développement de technologies propres et à la libre circulation des ressources nécessaires à l’économie circulaire et aux objectifs du pacte vert pour l’Europe. Le présent document de travail des services de la Commission met en lumière les décisions récentes en matière de pratiques anticoncurrentielles et d’ententes, tandis que les graphiques ci-dessous donnent un aperçu de l’application des règles relatives aux pratiques anticoncurrentielles au cours des dix dernières années, y compris les décisions de rejet de plaintes 70 .

Outre l’application des règles, des réformes sont également indispensables pour garantir la pleine efficacité de la politique de concurrence: la Commission a avancé dans son programme de révision portant sur un grand nombre de ses principaux règlements d’exemption par catégorie, lignes directrices et communications, et fait progresser diverses initiatives en cours visant à garantir une concurrence loyale dans le marché unique.

Décisions en matière de pratiques anticoncurrentielles et d’ententes sur la période 2011-2020

2.

2.1Révision des règles en matière de pratiques anticoncurrentielles et des orientations connexes

En raison de la pandémie de COVID-19, la Commission et les autorités nationales de concurrence ont entrepris des actions et fourni des orientations sur les règles anticoncurrentielles et la coopération entre les entreprises dans le contexte de la pandémie. En 2020, la Commission a également avancé dans sa révision des règles en matière de pratiques anticoncurrentielles et des orientations connexes afin de veiller à ce qu’elles soient adaptées à l’évolution de l’environnement de marché, notamment à l’accélération de la numérisation de l’économie, ainsi qu’à une nouvelle initiative. Cette révision se fonde également sur les éléments fournis par trois conseillers spéciaux indépendants dans leur rapport d’avril 2019 sur le droit de la concurrence et la numérisation de l’économie 71 .

2.1.1.Orientations liées à la COVID-19

Le 8 avril 2020, la Commission a adopté un «cadre temporaire pour l’appréciation des pratiques anticoncurrentielles dans les coopérations mises en place entre des entreprises pour réagir aux situations d’urgence découlant de la pandémie actuelle de COVID-19» 72 . Le document expose les principaux critères sur lesquels la Commission s’appuiera pour évaluer les projets de coopération visant à remédier à la pénurie de produits et services essentiels durant la pandémie de COVID-19. Le cadre temporaire n’est pas spécifique à un secteur, mais se réfère à l’expérience acquise par la Commission lors des discussions avec les parties prenantes du secteur de la santé et s’en inspire.

Le cadre temporaire a également introduit un nouvel outil temporaire – les «lettres administratives de compatibilité» ad hoc – qui permet à la Commission de donner, à titre exceptionnel, non seulement des orientations rapides, mais aussi des assurances adéquates aux initiatives individuelles. La Commission a décidé d’ajouter ce nouvel instrument, en tant qu’exception à la règle de l’auto-appréciation, et en plus des voies existantes pour fournir des orientations dans des situations spécifiques 73 , puisque ces voies existantes ne permettent pas de traiter les situations d’extrême urgence en raison de leurs exigences de procédure. Cela ne signifie pas que la Commission a réintroduit un système de notification ou abandonné son pouvoir discrétionnaire de décider comment et quand fournir des orientations. L’auto-appréciation reste la règle, mais la Commission est prête à nouer le dialogue et à entamer des discussions, et elle veillera à ce que ses orientations générales détaillées reflètent les besoins et les réalités économiques d’aujourd’hui 74 . La Commission décidera au cas par cas de la forme de réponse appropriée aux demandes individuelles, en fonction notamment de l’intérêt public, de la complexité, de l’urgence et des risques auxquels les entreprises seront exposées. En conservant son pouvoir discrétionnaire de décider quand et comment fournir des orientations, la Commission peut donner la priorité aux enquêtes qui nécessitent son intervention.

Le jour même où elle a adopté le cadre temporaire, la Commission a publié la première – et jusqu’à présent, la seule 75 – lettre administrative de compatibilité, adressée à l’association européenne des fabricants de médicaments génériques «Medicines for Europe» 76 . La lettre concerne une coopération spécifique entre les fabricants de produits pharmaceutiques, ciblant le risque de pénurie de médicaments hospitaliers critiques pour le traitement des patients atteints de coronavirus. La coopération consiste à modéliser la demande, à recenser les capacités de production et les stocks existants, à adapter ou réaffecter la production et les stocks en fonction de la demande prévue et réelle et, éventuellement, à gérer la distribution des médicaments contre la COVID-19. La Commission a conclu que cette coopération temporaire ne posait pas de problèmes de concurrence au sens de l’article 101 du TFUE, pour autant qu’un certain nombre de conditions énoncées dans la lettre soient remplies.

2.1.2.Législation sur les marchés numériques

La Commission a présenté deux législations dans le secteur numérique, qui occupent une position centrale dans la stratégie numérique pour l’Europe 77 , qu’elle avait dévoilée en février 2020. Ces propositions visent à créer non seulement un espace numérique plus sûr pour tous les utilisateurs, dans lequel leurs droits fondamentaux sont protégés, mais aussi des conditions de concurrence propices à la croissance des entreprises numériques innovantes au sein du marché unique et à leur compétitivité sur la scène mondiale.

En plus d’une législation sur les services numériques 78 , la Commission a adopté, le 15 décembre 2020, une proposition de règlement relatif aux marchés numériques 79 . Ces deux propositions sont soumises à la procédure législative ordinaire et feront l’objet de discussions au Parlement et au Conseil au cours de l’année 2021.

La proposition de législation sur les marchés numériques s’appuie sur le règlement horizontal «plateformes – entreprises» 80 , sur les constatations de l’observatoire sur l’économie des plateformes en ligne de l’UE 81 et sur la vaste expérience de la Commission dans l’application du droit de la concurrence aux marchés en ligne et numériques. La proposition vise à résoudre plus efficacement les problèmes qui se posent sur les marchés numériques, tels que ceux associés au pouvoir de contrôleur d’accès des grandes plateformes numériques. Il s’agit de grandes entreprises ayant un poids important sur le marché intérieur, qui constituent un point d’accès important des entreprises utilisatrices pour toucher leur clientèle, et qui occupent ou occuperont dans un avenir prévisible une position bien ancrée et durable.

La proposition de la Commission établit trois critères objectifs et cumulatifs pour déterminer les «contrôleurs d’accès» qui relèveront du règlement. Chacun de ces critères qualitatifs est accompagné d’une série de critères quantitatifs. Si tous les seuils quantitatifs sont atteints, la société concernée est présumée être un contrôleur d’accès, à moins qu’elle présente des arguments étayés démontrant le contraire. Les critères sont les suivants:

1.être d’une taille telle qu’elle a un poids important sur le marché intérieur: on présume que c’est le cas si la société a réalisé un chiffre d’affaires annuel dans l’Espace économique européen (EEE) d’au moins 6 500 000 000 EUR au cours des trois derniers exercices, ou si sa capitalisation boursière moyenne ou sa juste valeur marchande équivalente s’est élevée à au moins 65 000 000 000 EUR au cours du dernier exercice, et qu’elle fournit un service de plateforme essentiel dans au moins trois États membres;

2.contrôler un point d’accès important des entreprises utilisatrices pour atteindre les consommateurs finaux: on présume que c’est le cas si la société exploite un service de plateforme essentiel comptant plus de 45 millions d’utilisateurs finaux actifs chaque mois établis ou situés dans l’UE et une moyenne annuelle de plus de 10 000 entreprises utilisatrices actives établies dans l’UE au cours du dernier exercice;

3.occuper une position (dont on s’attend à ce qu’elle soit) bien ancrée et durable: on présume que c’est le cas si la société a rempli les deux autres critères au cours de chacun des trois derniers exercices.

Si tous ces seuils ne sont pas atteints, la Commission peut désigner une entreprise comme contrôleur d’accès sur la base d’une évaluation qualitative à la suite d’une enquête de marché. Ce mécanisme permettrait également à la Commission de désigner comme contrôleur d’accès une entreprise dont on peut prévoir qu’elle jouira d’une telle position dans un avenir proche.

La proposition de règlement établit des règles harmonisées concernant les pratiques des contrôleurs d’accès qui limitent la contestabilité des services de plateforme essentiels ou sont déloyales vis-à-vis de leurs entreprises utilisatrices. Les contrôleurs d’accès désignés doivent se conformer aux obligations prévues par la proposition de règlement dans un délai de six mois après qu’un ou plusieurs des services de plateforme essentiels qu’ils fournissent ont été identifiés comme atteignant les seuils de la proposition de règlement.

Afin de garantir l’efficacité des règles, la proposition de règlement prévoit la possibilité d’imposer des sanctions en cas de non-respect des obligations, y compris des amendes pouvant atteindre 10 % du chiffre d’affaires de l’entreprise au niveau mondial. En cas de non-respect systématique, la Commission peut imposer des mesures correctives comportementales ou structurelles supplémentaires pour autant qu’elles soient nécessaires pour garantir la conformité et proportionnées à l’infraction.

Enfin, afin de garantir la pérennité des règles, la proposition de législation sur les marchés numériques donne à la Commission la possibilité de réaliser des enquêtes sur le marché afin de déterminer si de nouveaux services du secteur numérique doivent être inscrits sur la liste des services de plateforme essentiels. En outre, ce même outil permettrait à la Commission de détecter les nouvelles pratiques des contrôleurs d’accès auxquelles la proposition de règlement ne permet pas de remédier de manière effective.

2.1.3.Orientations sur les accords verticaux

La Commission a finalisé l’évaluation du règlement d’exemption par catégorie applicable aux accords verticaux 82 et des lignes directrices sur les restrictions verticales qui l’accompagnent 83 . Les conclusions de cette phase d’évaluation sont présentées dans le document de travail des services de la Commission publié en septembre 2020 84 . L’une des principales conclusions est que le règlement et les lignes directrices sont des outils utiles, qui facilitent considérablement l’auto-appréciation des accords verticaux, mais que des améliorations sont possibles. Sur cette base, la Commission a lancé une analyse d’impact afin de garantir la mise en place de règles révisées lorsque les règles actuellement applicables du règlement d’exemption par catégorie des accords verticaux expireront en mai 2022. En octobre 2020, la Commission a demandé aux parties prenantes de lui faire part de leurs commentaires sur la portée de l’analyse d’impact et les options stratégiques proposées 85 . En décembre 2020, la Commission a lancé une consultation publique sur la base d’un questionnaire en ligne afin de recueillir des contributions plus spécifiques de la part des parties prenantes pour étayer l’élaboration des règles révisées.

La Commission a également poursuivi sa révision du règlement d’exemption par catégorie applicable au secteur automobile 86 , qui viendra à expiration en mai 2023, et a demandé à ce qu’un rapport d’évaluation lui soit remis pour mai 2021. Dans ce contexte, la Commission a désigné des consultants pour réaliser une étude exploratoire qui s’est achevée en novembre 2020. Elle a surtout lancé une consultation publique en ligne avec les parties prenantes, qui s’est déroulée du 12 octobre 2020 au 25 janvier 2021. Les informations recueillies au cours des différents processus enrichiront le rapport d’évaluation de la Commission, qui servira à son tour de base à l’élaboration et à l’évaluation des options envisageables pour le futur régime et à la sélection de l’une d’entre elles.

La pandémie de COVID-19 a soumis les secteurs de l’industrie manufacturière à des conditions difficiles, notamment des fermetures d’usines et une baisse de la demande. Dans ce contexte, la Commission s’est montrée disposée à dialoguer avec les parties prenantes sur l’application potentielle des règles anticoncurrentielles aux systèmes coopératifs destinés à favoriser la reprise au lendemain de la crise de la COVID-19. Par exemple, dans le secteur automobile, la Commission a mené des échanges fructueux avec les représentants des entreprises qui l’ont approchée pour obtenir un retour d’information sur des cadres de coopération spécifiques. La Commission a fourni des éclaircissements informels sur les types de coopération susceptibles de ne pas poser de problème et a défini les garanties nécessaires pour que la coopération apporte des avantages sans risque d’effets anticoncurrentiels.

2.1.4.Orientations sur les accords horizontaux

En 2020, la Commission a progressé dans l’évaluation des règles exemptant certains accords horizontaux 87 des règles générales de concurrence de l’Union européenne. Les règles de concurrence de l’Union sur les accords horizontaux incluent deux règlements d’exemption par catégorie pour les accords de coopération horizontaux, qui exemptent certains accords de recherche et de développement, d’une part, et de spécialisation, d’autre part, de l’application de l’article 101 du TFUE. Les lignes directrices sur les accords de coopération horizontale (ci-après les «lignes directrices horizontales») qui les accompagnent donnent davantage d’orientations pour aider les entreprises dans les efforts qu’elles consentent pour conclure des accords de coopération conformes au droit de la concurrence, tout en formulant des recommandations détaillées sur des sujets comme l’appréciation sous l’angle de la concurrence des échanges d’informations, des achats groupés, de la commercialisation en commun et de la normalisation.

La Commission a lancé l’évaluation en 2019, dans la perspective de l’expiration des deux règlements d’exemption par catégorie applicables aux accords horizontaux le 31 décembre 2022. Bien que les lignes directrices horizontales n’aient pas de date d’expiration, elles sont évaluées en même temps que les règlements. En 2020, la Commission a reçu les résultats de la consultation publique des parties prenantes 88 et de la consultation des autorités nationales de concurrence 89 . La Commission a également lancé une étude d’appui à l’évaluation des règles relatives aux accords horizontaux. Les conclusions du processus d’évaluation seront présentées dans un document de travail des services de la Commission.

2.1.5.Durabilité et concurrence

Le pacte vert pour l’Europe vise à transformer l’UE en une société juste et prospère, dotée d’une économie moderne, efficace dans l’utilisation des ressources et compétitive. La vice-présidente exécutive Vestager a déclaré que toutes les politiques européennes – y compris la politique de concurrence – auraient leur rôle à jouer dans la poursuite de ces objectifs 90 .

Le 13 octobre 2020, la DG Concurrence a publié un appel à contributions sur un certain nombre de questions concernant la manière dont les règles de concurrence – aides d’État, pratiques anticoncurrentielles et contrôle des concentrations – pouvaient être associées aux politiques de développement durable 91 . Cet appel avait pour but de recueillir les avis et les propositions des parties prenantes, notamment des experts en concurrence, du monde universitaire, de l’industrie, des groupes environnementaux et des organisations de consommateurs. Les contributions du public alimenteront la révision en cours des règlements d’exemption par catégorie et des lignes directrices de la Commission dans le domaine des pratiques anticoncurrentielles et des aides d’État.

2.1.6.Négociation collective pour les travailleurs indépendants

Les plateformes numériques ont transformé les manières de travailler. Elles donnent accès à l’emploi et procurent une plus grande flexibilité, mais elles peuvent aussi accroître la vulnérabilité de certains travailleurs. Les personnes qui prestent des services par l’intermédiaire de plateformes numériques ne relèvent pas toujours de catégories d’emploi traditionnelles. Cela signifie que pour ces personnes – comme pour beaucoup d’autres dans une économie européenne en mutation – il n’est pas toujours évident de savoir si les règles de concurrence de l’UE leur permettent de conclure des accords pour négocier conjointement leurs conditions de travail.

En juin 2020, la Commission a donc lancé un processus visant à évaluer si des mesures doivent être prises au niveau de l’Union pour veiller à ce que le droit européen de la concurrence ne fasse pas obstacle à la négociation collective pour les indépendants qui ont besoin de protection. À la suite du premier processus de collecte d’informations dans le cadre de la consultation portant sur la législation sur les services numériques et de discussions avec les partenaires sociaux et les entreprises, la Commission a publié, le 6 janvier 2021, une analyse d’impact initiale décrivant le problème et exposant quatre options stratégiques en vue d’actions futures.

2.2Arrêts importants rendus par les juridictions de l’Union européenne

2.2.1.Examen de décisions constatant une infraction

En 2020, les juridictions européennes ont rendu moins d’arrêts que d’habitude concernant les activités de lutte contre les ententes menées par la Commission. Les arrêts rendus ont largement confirmé la pratique de la Commission en matière de lutte contre les ententes. Les juridictions européennes ont notamment confirmé dans une large mesure les techniques d’investigation employées par la Commission lors d’inspections portant sur des infractions présumées aux règles de concurrence de l’UE, en se concentrant en particulier sur le pouvoir de faire des copies de documents et sur la possibilité de poursuivre les inspections à Bruxelles. Dans le même temps, les juridictions européennes ont souligné l’importance de disposer d’un certain niveau de preuves dans le dossier pour justifier la nécessité d’une inspection.

D’autres arrêts ont porté sur les droits procéduraux des entreprises au cours des enquêtes de la Commission sur les ententes, confirmant largement le traitement général réservé par la Commission à ces enquêtes, tout en attirant l’attention sur l’importance d’exposer toutes les allégations dans la communication des griefs avant de rendre une décision en matière d’infraction.

En ce qui concerne la question de la responsabilité en cas d’entente, les juridictions européennes ont confirmé une jurisprudence et une pratique de longue date de la Commission concernant les concepts de «responsabilité des sociétés mères» et de «continuité économique» et, ce faisant, ont garanti l’application efficace du droit de la concurrence de l’UE.

2.2.2.Pouvoirs en matière d’enquête

Dans deux arrêts concernant l’entente sur les câbles électriques, la Cour de justice a confirmé les pratiques de la Commission lors des inspections effectuées en vertu de l’article 20 du règlement (CE) nº 1/2003 92 . Selon la Cour de justice, la Commission disposait d’une «certaine marge d’appréciation en ce qui concerne les modalités concrètes du contrôle auquel elle peut procéder» 93 .

Dans le cadre de ce pouvoir discrétionnaire, la Commission avait le droit de réaliser des copies d’ensembles de courriers électroniques en tant qu’étape intermédiaire dans le cadre de l’examen des données 94 . La Cour de justice a rejeté l’argument selon lequel les pouvoirs conférés à la Commission doivent être interprétés de manière restrictive, pour autant que la protection des droits de la défense des entreprises soumises à l’enquête soit assurée 95 . La réalisation de copies de certains documents a permis à l’entreprise soumise à l’enquête d’utiliser les données originales, réduisant ainsi l’ingérence dans le fonctionnement de cette entreprise causée par l’inspection effectuée par la Commission 96 .

Dans les mêmes arrêts, la Cour de justice a également confirmé la pratique de la Commission consistant à effectuer des «inspections continues» dans ses locaux à Bruxelles. La Cour a confirmé que l’article 20, paragraphe 2, point b), du règlement (CE) nº 1/2003 n’établissait pas que l’inspection devait s’effectuer exclusivement dans les locaux de l’entreprise, en toutes circonstances 97 . Selon la Cour de justice, des raisons légitimes peuvent justifier la poursuite d’une inspection à Bruxelles, «également dans l’intérêt des entreprises concernées», car, par exemple, le traitement de «données particulièrement volumineuses, pourrait avoir pour conséquence de prolonger de manière importante la durée de la présence des inspecteurs sur les lieux de cette entreprise, ce qui serait susceptible de nuire à l’efficacité de l’inspection et d’augmenter inutilement l’ingérence dans le fonctionnement de ladite entreprise en raison de l’inspection» 98 .

S’agissant des enquêtes Alliance Casino & Intermarché 99 , le Tribunal a rendu trois arrêts au sujet des décisions d’inspection adoptées par la Commission en 2017 concernant des inspections dans le secteur du commerce de détail français. Dans ses arrêts, le Tribunal a largement confirmé les pouvoirs dont dispose la Commission aux premiers stades d’une enquête. Le Tribunal a confirmé la distinction claire entre les «indices», qui sont pertinents pour les premiers stades d’une enquête de la Commission menant à des inspections, et les «preuves» pertinentes pour les étapes ultérieures afin de démontrer une infraction aux règles de concurrence. Le Tribunal a également rappelé que, pour ordonner une inspection, la Commission doit être en possession d’indices suffisamment sérieux.

Le Tribunal a estimé qu’aux premiers stades de l’enquête, pour servir d’indices, les comptes rendus informels des réunions et des conférences téléphoniques n’avaient pas à respecter les exigences formelles de l’article 19 du règlement (CE) nº 1/2003 100 . Il a également estimé que les comptes rendus des réunions et de conférences avec les fabricants rédigés par les fonctionnaires de la Commission étaient crédibles. En outre, le Tribunal a rappelé que les informations fournies par les fabricants devenaient des indices à partir du moment où elles étaient communiquées à la Commission, et non lorsqu’elles se matérialisaient sous la forme de comptes rendus. En ce qui concerne la teneur des indices, le Tribunal a confirmé un volet des décisions d’inspection relatif aux échanges d’informations sur les rabais obtenus sur les marchés d’approvisionnement de certains produits de consommation courante et sur les prix sur le marché de vente de services aux fabricants de produits de marque. En revanche, le Tribunal a annulé le second volet des décisions d’inspection relatif aux échanges d’informations concernant les stratégies commerciales futures des entreprises suspectées, concluant que les indices en possession de la Commission n’étaient pas suffisamment sérieux.

Le Tribunal a également examiné si les dates choisies pour les inspections avaient causé des «inconvénients démesurés et intolérables» à l’activité des entreprises et a constaté que tel n’était pas le cas. Il a en outre estimé que les dates choisies par la Commission étaient justifiées par l’objectif consistant à garantir la présence du plus grand nombre possible d’employés clés. Enfin, le Tribunal a estimé que les entreprises inspectées étaient en droit de soulever des arguments liés à la protection de la vie privée de leur personnel et a noté que les entreprises n’avaient pas identifié les documents dont la copie aurait pu entraîner une violation de la vie privée du personnel.

2.2.3.Droits procéduraux dans les enquêtes de la Commission

Dans un arrêt concernant l’entente sur les conditionnements alimentaires destinés à la vente au détail 101 , la Cour de justice a confirmé la façon dont le Tribunal et la Commission avaient mené leur enquête sur l’entente (en particulier en ce qui concerne la décision de la Commission et du Tribunal de ne pas entendre ou contre-interroger un témoin invoqué par les requérantes).

Néanmoins, la Cour de justice a souligné, dans un arrêt concernant l’entente sur les câbles électriques, l’importance d’exposer clairement toutes les allégations dans la communication des griefs, permettant ainsi aux entreprises visées par l’enquête de présenter leurs observations 102 .

En ce qui concerne l’enquête en cours de la Commission dans l’affaire relative aux emballages métalliques 103 , les juridictions européennes ont traité des questions de procédure concernant la conduite de l’enquête de la Commission. Dans une ordonnance, la Cour de justice a confirmé la conclusion du Tribunal selon laquelle une décision d’ouvrir une procédure formelle conformément à l’article 2, paragraphe 1, du règlement (CE) nº 773/2004 n’a pas affecté négativement la position d’une société et ne constituait donc pas un acte attaquable 104 . Dans une deuxième ordonnance, le président du Tribunal a rejeté une demande de mesures provisoires à l’encontre d’une demande de renseignements de la Commission en vertu de l’article 18, paragraphe 3, du règlement (CE) nº 1/2003, car les requérantes n’ont pas pu démontrer l’urgence qu’il y aurait à fournir des réponses tout en devant attendre une décision dans l’affaire au principal, c’est-à-dire concernant le recours en annulation des requérantes contre la décision de la Commission en vertu de l’article 18, paragraphe 3 105 .

2.2.4.Utilisation des éléments de preuve

Tout en confirmant généralement la pratique de la Commission consistant à évaluer des éléments de preuve et à se fonder sur ceux-ci, la Cour de justice a néanmoins souligné, dans un arrêt concernant l’entente sur les câbles électriques, que pour être tenue pour responsable d’un comportement d’un autre participant dans le cadre d’une infraction unique et continue, il est nécessaire qu’une entreprise en ait eu connaissance ou aurait pu raisonnablement le prévoir. En l’absence de preuve d’une telle connaissance, la Commission n’était pas en droit de tenir l’entreprise responsable – même si la preuve insuffisante de la connaissance concernait des éléments «non essentiels» de l’entente (en l’espèce, un refus de fournir des accessoires et une assistance technique à des concurrents ne participant pas à l’entente) 106 .

2.2.5.Responsabilité en cas d’entente

Dans deux arrêts concernant l’entente sur les câbles électriques, la Cour de justice a confirmé l’interprétation donnée par la Commission quant à la notion d’imputation aux entreprises de la responsabilité pour la participation à l’entente 107 .

En ce qui concerne la notion de «continuité économique», la Cour de justice a confirmé que lorsque deux entités constituent une même entité économique, le fait que l’entité ayant commis l’infraction existe encore n’empêche pas, en soi, que soit sanctionnée l’entité à laquelle elle a transféré ses activités économiques. Il s’agit d’éviter que les restructurations ne soient utilisées pour éluder la responsabilité des infractions au droit de la concurrence 108 .

S’agissant de la notion de «responsabilité des sociétés mères», la Cour de justice a estimé que le Tribunal, dans son arrêt initial, avait eu raison de considérer que la Commission n’avait pas à examiner chaque élément de preuve avancé par une société pour rejeter l’application de la présomption de responsabilité des sociétés mères à une ancienne filiale dans les cas où la société détenait la totalité ou la quasi-totalité des actions de la filiale à l’époque 109 .

2.2.6.Calcul des amendes

Dans l’affaire des puces pour cartes 110 , le Tribunal s’est prononcé sur la proportionnalité d’une amende infligée à Infineon 111 . Tant le Tribunal que la Cour de justice avaient déjà confirmé l’existence et la durée de l’entente, mais la Cour de justice a néanmoins renvoyé l’affaire au Tribunal parce que ce dernier n’avait pas examiné tous les contacts anticoncurrentiels. Cet examen était nécessaire pour déterminer si l’amende infligée à Infineon était proportionnée au nombre et à l’intensité des contacts anticoncurrentiels.

Dans son deuxième examen, le Tribunal a conclu que la Commission n’était pas parvenue à prouver à suffisance de droit l’existence d’un seul contact (sur onze) et que ce nombre réduit de contacts anticoncurrentiels justifiait une réduction de l’amende de 20 à 25 % au titre des circonstances atténuantes, ramenant l’amende de 82,8 à 76,8 millions d’EUR.

Dans les affaires relatives aux conditionnements alimentaires destinés à la vente au détail 112 , la Cour de justice a suivi la Commission en se fondant sur le chiffre d’affaires du groupe de l’entreprise réalisé au cours du dernier exercice clôturé aux fins du calcul du plafond de 10 % du chiffre d’affaires conformément à l’article 23, paragraphe 2, du règlement (CE) nº 1/2003.

Dans son arrêt GEA 113 dans l’affaire des stabilisants thermiques, la Cour de justice a confirmé la pratique de la Commission consistant à attribuer la responsabilité solidaire des amendes entre plusieurs entités qui faisaient partie de la même entreprise au moment de l’infraction. La Cour de justice a précisé que, dans de tels cas, la pratique de la Commission était conforme au principe d’égalité de traitement. La Cour a accueilli le pourvoi de la Commission, annulé l’arrêt du Tribunal et renvoyé l’affaire devant ce dernier pour qu’il statue sur les moyens restants.

2.3La répression des ententes demeure une priorité absolue

Les ententes constituent la forme la plus grave d’infractions au droit de la concurrence et causent un préjudice important tant aux consommateurs qu’à l’économie dans son ensemble. Elles peuvent provoquer une inflation des prix, limiter les choix des consommateurs et restreindre l’innovation. Les mesures prises par la Commission pour lutter contre les ententes caractérisées empêchent les sociétés de tirer profit de ces accords illégaux et garantissent des conditions de concurrence équitables pour les entreprises.

La lutte contre les ententes est donc restée une priorité absolue en 2020 également, mais la crise de la COVID-19 a eu une incidence sur les activités de la Commission en la matière. Consciente des difficultés exceptionnelles auxquelles les entreprises ont été confrontées, notamment dans les premières phases du confinement, la Commission a adapté ses priorités et reconsidéré certaines mesures prévues qui auraient suscité des réactions immédiates de la part des entreprises (telles que des demandes de renseignements ou la notification de la communication des griefs), si et quand cela était justifié. Elle s’est également abstenue temporairement d’effectuer des inspections qui auraient nécessité une présence prolongée dans les locaux de l’entreprise. La Commission a néanmoins insisté sur la nécessité de garantir une lutte efficace contre les ententes, y compris en période de crise économique, lorsque l’incitation à la collusion est plus forte. L’outil eLeniency 114 , lancé en 2019, a permis aux entreprises de soumettre des déclarations en bénéficiant du même niveau de protection élevé que dans le cadre de la procédure orale (qui aurait nécessité une présence dans les locaux de la Commission) 115 . L’outil a été fréquemment utilisé pour les documents soumis dans le cadre des procédures de clémence, de transaction dans les affaires d’entente ou de coopération en matière de pratiques anticoncurrentielles.

En dépit de ces circonstances particulières, la Commission a néanmoins adopté trois décisions en matière d’ententes concernant six ententes distinctes dans des secteurs qui touchaient directement les consommateurs et les entreprises européennes, à savoir les pièces automobiles, le secteur chimique et les conditionnements alimentaires destinés à la vente au détail. Ces décisions ont donné lieu à des amendes pour un montant total d’environ 288 millions d’EUR. Deux de ces décisions ont été adoptées dans le cadre de la procédure de transaction, qui s’est à nouveau révélée être un outil efficace et performant pour résoudre les affaires d’entente. La troisième décision a consisté en une nouvelle adoption.

En juillet 2020, la Commission a adopté sa deuxième décision récente concernant une entente en matière d’achats. Elle a découvert que quatre grands acheteurs d’éthylène s’étaient entendus pour acheter de l’éthylène au prix le plus bas possible sur le marché libre de l’éthylène en Allemagne, en France, aux Pays-Bas et en Belgique. La Commission a infligé des amendes à Celanese (établie aux États-Unis), Orbia (établie au Mexique) et Clariant (établie en Suisse) 116 pour un montant total de 260 millions d’EUR. Un quatrième participant à la collusion, Westlake (établi aux États-Unis), n’a pas été condamné à une amende, car il a bénéficié d’une immunité totale au titre de la procédure de clémence pour avoir révélé l’entente et coopéré avec la Commission. Toutes les entreprises ont reconnu leur participation à l’entente et ont accepté de conclure une transaction. Cette décision démontre que la Commission ne tolère aucune forme d’entente et que les règles de l’Union en matière de pratiques anticoncurrentielles interdisent non seulement les ententes liées à la coordination des prix de vente, mais aussi celles liées à la coordination des prix d’achat 117 .

En septembre 2020, la Commission a infligé des amendes à Brose et Kiekert 118 , deux fournisseurs allemands de systèmes de fermeture, pour leur participation respective à deux ententes distinctes. Brose a participé à une entente portant sur la coordination des prix des modules pour portières et des lève-vitres fournis à Daimler et a été condamné à une amende de 3,2 millions d’EUR. Kiekert a participé à une entente portant sur la coordination des prix des serrures et des gâches fournies à BMW et Daimler et a été condamné à une amende de 15 millions d’EUR. Un troisième participant à la collusion, Magna, établi au Canada et en Autriche, a échappé aux amendes après avoir bénéficié d’une immunité totale dans le cadre de la procédure de clémence de l’UE. Toutes les entreprises ont reconnu leur participation aux ententes et ont accepté de conclure une transaction. Cette décision dans une affaire d’entente s’inscrit dans le cadre d’une série d’enquêtes d’envergure portant sur des collusions dans le secteur des pièces automobiles. La Commission a déjà infligé des amendes à des fournisseurs de roulements automobiles, de faisceaux de fils électriques pour voitures, de mousses souples utilisées (notamment) dans les sièges de voitures, de systèmes de chauffage de stationnement pour voitures et camions, d’alternateurs et de démarreurs, de systèmes de climatisation et de refroidissement du moteur, de systèmes d’éclairage, de systèmes de sécurité des occupants, et de systèmes de bougies d’allumage et de freinage 119 . La décision de 2020 porte le montant total des amendes infligées par la Commission pour des ententes dans ce secteur à 2,2 milliards d’EUR.

Le 17 décembre 2020, la Commission a adopté à nouveau une décision imposant des amendes totales de 9,4 millions d’EUR au groupe CCPL pour sa participation à trois ententes distinctes sur les conditionnements alimentaires destinés à la vente au détail. Dans son arrêt du 11 juillet 2019, le Tribunal avait annulé les amendes infligées à CCPL dans la décision initiale de 2015 après avoir constaté que la Commission avait insuffisamment motivé son appréciation du défaut de capacité contributive 120 . Conformément à sa pratique constante, la Commission a décidé d’imposer à nouveau une amende qui avait été annulée pour des raisons purement procédurales.

Intitulé de l’affaire

Date d’adoption

Amende infligée
EUR

Entreprise(s) concernée(s)

Procédure ayant conduit à l’adoption d’une décision d’interdiction

Achats d’éthylène

14.7.2020

260 443 000

4

Transaction

Systèmes de fermeture

29.9.2020

18 196 000

3

Transaction

Conditionnement alimentaire destiné à la vente au détail

17.12.2020

9 441 000

1

Interdiction

2.4Coopération au sein du Réseau européen de la concurrence ainsi qu’avec les juridictions nationales

2.4.1.Coopération avec les autorités nationales de concurrence au sein du réseau européen de la concurrence

Depuis 2004, la Commission et les autorités nationales de concurrence de tous les États membres coopèrent par l’intermédiaire du réseau européen de la concurrence (REC) 121 . L’objectif du REC est de créer un cadre juridique efficace pour faire respecter le droit de la concurrence de l’Union par les entreprises qui se livrent à des pratiques commerciales transfrontières restreignant la concurrence.

En 2020, la Commission a continué de veiller à l’application cohérente des articles 101 et 102 par l’intermédiaire du REC. Deux des principaux mécanismes de coopération à cette fin prévus dans le règlement (CE) nº 1/2003 122 sont l’obligation pour les autorités nationales de concurrence d’informer la Commission d’une nouvelle enquête au stade de la première mesure formelle d’enquête et de consulter la Commission au sujet des décisions envisagées. En 2020, 139 nouvelles enquêtes ont été ouvertes au sein du réseau et 97 décisions envisagées ont été soumises, contre 138 nouvelles enquêtes et 95 décisions envisagées en 2019. Ces chiffres incluent respectivement les enquêtes et les décisions de la Commission.

Outre ces mécanismes de coopérations prévus par le règlement (CE) nº 1/2003, d’autres flux de coopération du REC garantissent également une mise en œuvre cohérente des règles de concurrence de l’Union. Le réseau se réunit régulièrement pour examiner, à un stade précoce, des problèmes concernant les politiques menées ainsi que des questions d’importance stratégique. En 2020, 24 réunions entre groupes de travail horizontaux et sous-groupes sectoriels, lors desquelles les agents des autorités de concurrence ont échangé leurs points de vue, ont été organisées.

2.4.2.Transposition de la directive REC+

La directive REC+ 123 visant à doter les autorités de concurrence des États membres des moyens de mettre en œuvre plus efficacement les règles de concurrence dans le domaine des pratiques anticoncurrentielles est entrée en vigueur le 4 février 2019. La directive REC+ permettra de garantir que les autorités de concurrence, lorsqu’elles appliquent les mêmes dispositions juridiques (à savoir les règles de l’UE relatives aux pratiques anticoncurrentielles) disposent d’outils de mise en œuvre efficaces et des ressources nécessaires pour détecter et sanctionner les entreprises qui enfreignent les articles 101 et 102 du TFUE. Elle permettra également de garantir leur totale indépendance lors de la prise de décisions, sur la base des faits et de la législation. Les nouvelles règles contribuent à l’édification d’un véritable marché unique, l’objectif général étant de promouvoir des marchés concurrentiels, la création d’emplois et la croissance. En 2020, la Commission a continué de suivre le processus de transposition et a aidé les États membres à transposer la directive dans leur droit national pour le 4 février 2021 au plus tard.

Fournir aux ANC des moyens de mettre en œuvre plus efficacement les règles de concurrence

Une fois que les États membres auront transposé les règles dans le droit national, les ANC:

L’importance des droits fondamentaux des entreprises est soulignée: des garanties appropriées seront mises en place pour l’exercice des pouvoirs des ANC, conformément à la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et aux principes généraux du droit de l’Union.

·disposeront des garanties d’indépendance minimales lorsqu’elles appliqueront les règles de concurrence de l’UE;

·auront l’assurance de disposer des ressources humaines et financières dont elles auront besoin pour s’acquitter de leurs tâches;

·disposeront d’outils d’enquête et de prise de décision efficaces, y compris pour recueillir des preuves numériques stockées sur des appareils mobiles;

·seront en mesure d’imposer des amendes dissuasives afin que, par exemple, les entreprises n’échappent plus aux amendes en procédant à une restructuration;

·disposeront de programmes de clémence efficaces qui encourageront les entreprises à signaler les ententes dans l’ensemble de l’UE;

·se prêteront mutuellement assistance afin que, par exemple, les entreprises ayant des actifs dans d’autres États membres ne puissent échapper aux amendes.

2.4.3.Coopération avec les juridictions nationales

La mise en œuvre globale effective des règles anticoncurrentielles au sein de l’Union, dans l’intérêt tant des ménages que des entreprises de l’Union, nécessite une interaction entre la mise en œuvre des règles par la sphère privée et leur mise en œuvre par la sphère publique. Outre sa coopération avec les ANC dans le cadre du REC, la Commission a poursuivi sa collaboration avec les juridictions nationales conformément à l’article 15 du règlement (CE) nº 1/2003. Elle aide les juridictions nationales à faire respecter les règles de concurrence de l’Union de manière efficace et cohérente en fournissant des informations relatives aux dossiers, en leur faisant part de son avis sur des questions de fond, ou encore en intervenant en qualité d’amicus curiae dans les procédures pendantes devant lesdites juridictions.

Lorsque les juridictions concernées ont donné leur accord, la Commission publie ses avis et observations en tant qu’amicus curiae sur son site internet.

2.4.4.Mise en œuvre des règles de concurrence par la sphère privée

La directive 2014/104/UE sur les actions en dommages et intérêts (directive «dommages et intérêts») 124 vise à garantir que toute personne lésée par une infraction aux règles de concurrence de l’Union peut effectivement bénéficier du droit à réparation devant les juridictions nationales. Afin d’aider les juridictions nationales à protéger les informations confidentielles divulguées dans le cadre de procédures d’exécution privées, la Commission a adopté en 2020 une communication relative à la protection des informations confidentielles par les juridictions nationales dans les procédures de mise en œuvre des règles de concurrence de l’Union européenne sur l’initiative de la sphère privée 125 .

La communication a pour objectif de fournir des orientations pratiques aux juridictions nationales pour choisir des mesures de protection efficaces, en tenant compte notamment des circonstances propres à l’espèce, du type d’information demandé, de la portée des preuves produites, des parties et des relations en cause ainsi que des charges administratives éventuelles et des implications budgétaires. Elle présente un certain nombre de mesures (occultations, cercles de confidentialité, recours à des experts, auditions clôturées) que les juridictions nationales peuvent ordonner, en fonction de leur cadre procédural, afin de protéger des informations confidentielles dans le cadre de demandes de divulgation pendant et après la clôture de la procédure, et précise comment et quand ces mesures pourraient être efficaces. La communication n’est pas contraignante et ne modifie pas les règles existantes découlant du droit de l’Union ou de la législation des États membres. Elle n’en a pas moins pour objectif de devenir une source d’inspiration, en particulier pour les juridictions nationales qui connaissent des actions en dommages et intérêts pour infraction au droit de la concurrence de l’Union.

En décembre 2020, la Commission a soumis un rapport sur la mise en œuvre de la directive «dommages et intérêts» au Parlement européen et au Conseil 126 . Ce rapport fait le point sur la façon dont certaines règles fondamentales de la directive ont été appliquées, à savoir notamment le droit à la réparation intégrale, la production de preuves, la force probante des décisions rendues en matière d’infraction, les délais de prescription, la répercussion des surcoûts et l’estimation du préjudice. Le rapport note également que depuis l’adoption, en 2014, de la directive relative aux actions en dommages et intérêts, le nombre d’actions de ce type portées devant les juridictions nationales a considérablement augmenté et qu’elles sont également devenues beaucoup plus courantes dans l’UE. Dès lors, même si l’efficacité des mesures dépendra de leur mise en œuvre effective par les juridictions nationales, il n’en demeure pas moins que les droits des victimes d’infractions aux règles en matière de pratiques anticoncurrentielles ont déjà été renforcés. Sur la base des conclusions du rapport, la Commission a tiré un bilan positif de la mise en œuvre cohérente des règles. La Commission entend continuer à suivre l’évolution de la situation dans les États membres dans la perspective d’une évaluation de la directive, dès que l’expérience acquise dans l’application de ses règles sera suffisante.

2.5Audit de la Cour des comptes européenne sur les pratiques anticoncurrentielles

En novembre 2020, la Cour des comptes européenne (CCE) a publié un rapport spécial sur le contrôle des concentrations dans l’UE et les procédures antitrust au cours de la période 2010-2017 127 . Dans ce rapport, la Cour des comptes a conclu que, dans l’ensemble, la Commission européenne, en tant que gendarme des règles de concurrence de l’UE, avait fait bon usage de ses pouvoirs d’exécution dans le cadre de son contrôle des concentrations et de ses procédures antitrust et que les décisions qu’elle avait prises avaient permis de résoudre des problèmes de concurrence. La Cour a également constaté que, dans l’ensemble, les ANC et la Commission coopéraient bien au sein du Réseau européen de la concurrence.

Toutefois, la Cour des comptes souligne la complexité croissante du contexte dans lequel les règles de concurrence sont appliquées, notamment en raison des défis liés aux marchés numériques, et estime qu’il est nécessaire de renforcer la surveillance des marchés. La Cour des comptes reconnaît les efforts déployés par la Commission depuis 2017 pour accélérer ses procédures antitrust, et prend acte du taux de réussite constamment élevé de la Commission qui défend ses décisions en matière de concurrence devant les tribunaux de l’UE. Le rapport de la Cour des comptes confirme la pertinence de la révision permanente des règles de concurrence que mène la Commission et des outils dont elle dispose pour s’assurer qu’elles sont adaptées à l’évolution de l’environnement de marché, notamment à l’accélération de la numérisation de l’économie. Comme le détaille également ce rapport, la Commission poursuit un important programme d’action en matière de pratiques anticoncurrentielles pour les années à venir, notamment le réexamen de ses règles et orientations horizontales et verticales et de la communication sur la définition du marché, ainsi que les efforts visant à introduire de nouveaux outils stratégiques sur les marchés numériques, conformément au programme de travail de la Commission.

Dans le rapport, la Cour demande à la Commission de réaliser une étude de l’effet dissuasif de ses amendes et, le cas échéant, d’actualiser la méthode qu’elle applique pour les fixer. La Commission envisage de réaliser une étude externe pour déterminer si les amendes infligées dans le cadre de sa méthode actuelle permettent d’atteindre cet objectif. Enfin, la Cour des comptes recommande que la Commission procède régulièrement à des évaluations ex post de ses décisions d’exécution. La Commission accepte cette recommandation sous réserve de la disponibilité de ressources suffisantes.

3.Contrôle des concentrations

Le contrôle des concentrations dans l’UE

L’objectif du contrôle des concentrations effectué par l’UE est de veiller à ce que les structures de marché demeurent concurrentielles tout en permettant une restructuration sans heurts du secteur concerné, et ce non seulement pour les entreprises établies dans l’UE, mais pour toutes les entreprises présentes sur les marchés de l’UE. La restructuration industrielle constitue un moyen important de favoriser la répartition efficace des actifs de production. Toutefois, dans certains cas, la consolidation de l’industrie peut entraîner des effets dommageables sur la concurrence, compte tenu du degré de pouvoir de marché des entreprises parties à la concentration et d’autres caractéristiques du marché. Le contrôle des concentrations dans l’UE permet d’éviter les modifications de la structure des marchés qui entraînent des effets dommageables sur la concurrence.

Le contrôle des concentrations dans l’UE garantit que toutes les entreprises actives sur les marchés de l’UE puissent exercer leurs activités dans des conditions de concurrence loyales et équitables. Les projets d’opérations susceptibles de fausser la concurrence font l’objet d’une surveillance étroite par la Commission. Si cela est nécessaire pour protéger la concurrence, la Commission peut donner aux entreprises qui fusionnent la possibilité de lever les inquiétudes au sujet de la concurrence en offrant des engagements. Si des engagements suffisants ne peuvent être trouvés ou convenus, la Commission peut interdire l’opération. Dans ses évaluations, la Commission tient compte des gains d’efficacité qui pourraient résulter des concentrations. Les gains d’efficacité peuvent avoir des effets positifs sur les coûts et l’innovation, par exemple, à condition qu’ils soient vérifiables, spécifiques aux concentrations et susceptibles d’être répercutés sur les consommateurs. Malgré les répercussions de la pandémie de COVID-19, les actions menées par la Commission pour faire respecter la législation en 2020 sont demeurées à un niveau très similaire à celui de l’année précédente.

3.

3.1Les tendances récentes en matière de mise en œuvre

En 2020, 361 concentrations ont été notifiées à la Commission. Si le nombre de notifications de concentrations a d’abord ralenti au moment du déclenchement de la crise liée à la pandémie de COVID-19, le nombre global de notifications de concentrations reçues en 2020 est resté relativement stable par rapport aux dernières années. Après plusieurs années de hausse continue et importante au cours de la période 2013-2018 (avec un record absolu en 2018), le nombre de notifications a enregistré un léger recul au cours des deux dernières années, mais reste élevé. Alors qu’au cours de la période 2010-2014, la Commission a reçu en moyenne 289 notifications par an, la moyenne annuelle a grimpé à 373 entre 2015 et 2019. En outre, la Commission a reçu 30 dossiers de prénotification motivés soumis par les parties notifiantes afin de demander le renvoi d’un dossier de la Commission à une autorité nationale de concurrence ou inversement.

Comme les années précédentes, la plupart des concentrations notifiées en 2020 n’ont pas soulevé de problèmes de concurrence et ont pu être traitées rapidement. La procédure simplifiée a été utilisée dans 76 % des opérations notifiées en 2020, ce qui illustre l’effet positif ininterrompu des mesures de simplification adoptées par la Commission en décembre 2013. La proportion de dossiers simplifiés examinés au cours de la période 2004-2013 avait été considérablement plus faible (59 %).

La Commission a néanmoins dû faire face à une charge de travail importante en 2020, à la fois en raison du nombre considérable d’opérations notifiées et en raison de la complexité d’un grand nombre d’affaires. Un nombre croissant d’opérations notifiées concernaient des secteurs déjà caractérisés par une importante concentration. La Commission a donc dû analyser attentivement leur incidence potentielle sur la concurrence au moyen de techniques quantitatives complexes et d’enquêtes qualitatives approfondies. En 2020, la Commission a ouvert une enquête approfondie (deuxième phase) dans huit cas. Ces cas concernaient divers secteurs tels que la fabrication et la vente au détail de verres et de lunettes, les composants hydrauliques, l’automobile, les soins de santé numériques et les appareils de technologie portable, ainsi que les marchés financiers.

De plus en plus souvent, la Commission doit examiner des concentrations comportant des aspects numériques, tant dans le secteur numérique que dans les secteurs traditionnels, et il est probable que le nombre d’affaires de cette nature continuera d’augmenter. En 2020, la Commission a autorisé l’acquisition de Fitbit par Google sous réserve d’engagements visant à garantir que le marché des appareils de technologie portable et l’espace naissant des services de santé numériques restent ouverts et concurrentiels.

Malgré les répercussions de la pandémie de COVID-19, les actions menées par la Commission pour faire respecter la législation en 2020 sont demeurées à un niveau très similaire à celui de l’année précédente. La Commission a adopté 352 décisions en matière de concentration en 2020 128 , et elle est intervenue dans 18 affaires, soit une légère baisse par rapport aux années précédentes, mais ce chiffre se maintient dans la fourchette de 5 % à 7 % (du total des décisions adoptées). En 2020, 13 projets de concentration ont été autorisés sous réserve d’engagements en phase I, trois l’ont été assortis de mesures correctives à l’issue d’une enquête en phase II 129 et un a bénéficié d’une autorisation inconditionnelle en phase II. Deux cas ont été abandonnés au cours de l’enquête approfondie 130 . Enfin, la Commission n’a interdit aucune opération en 2020.

Décisions relatives aux concentrations 2011-2020:

La plupart des mesures correctives acceptées par la Commission en 2020 consistaient en des cessions d’actifs corporels ou incorporels, ce qui confirme la préférence générale de la Commission pour les mesures correctives structurelles dans les affaires de concentration, mesures qui sont les plus à même de remédier de manière durable aux préoccupations de concurrence engendrées par une concentration. En 2020, certaines opérations complexes ont été résolues avec succès au cours de la phase I, sous réserve des mesures correctives complètes proposées par les parties notifiantes en temps voulu, comme dans l’affaire Alstom/Bombardier. La Commission a accepté des mesures correctives autres que la cession dans quelques cas, lorsqu’elle a estimé qu’elles permettaient de résoudre efficacement les problèmes de concurrence sous-jacents, compte tenu des spécificités du secteur et de l’espèce.

Enfin, en 2020, deux procédures d’infraction ont continué à faire l’objet d’une enquête: l’une contre Merck GmbH, relative à la communication présumée de renseignements inexacts ou dénaturés pendant l’examen de la concentration par la Commission, et l’autre contre Telefónica, pour violation des engagements souscrits dans le cadre de son acquisition d’E-Plus en 2014.

3.2Évaluation de certains aspects procéduraux et juridictionnels du contrôle des concentrations dans l’UE

En 2020, la Commission a entamé la phase finale de son évaluation de certains aspects procéduraux et juridictionnels du contrôle des concentrations de l’UE 131 . Un document de travail des services de la Commission résumant les principales conclusions de cette évaluation a été publié le 26 mars 2021 132 . À la lumière des résultats de l’évaluation, la Commission a adopté une communication fournissant des orientations sur l’application du mécanisme de renvoi entre les États membres et la Commission prévu à l’article 22 du règlement sur les concentrations, et a lancé une analyse d’impact des actions envisageables afin de cibler et simplifier davantage ses procédures de contrôle des concentrations 133 .

3.3Communication sur la définition du marché

Le 26 juin 2020, dans le cadre d’une évaluation, la Commission a lancé une consultation publique afin de recueillir l’avis des parties prenantes sur la question de savoir si la communication sur la définition du marché était toujours adaptée à l’objectif poursuivi, en particulier à la lumière des récentes évolutions du marché, notamment la numérisation. La synthèse des avis des parties prenantes a été publiée le 18 décembre 2020 134 . Le travail d’évaluation est en cours.

3.4Arrêts importants des juridictions de l’UE en matière de contrôle des concentrations

Dans son arrêt du 4 mars 2020 135 , la Cour de justice a rejeté le recours de Marine Harvest contre l’arrêt du Tribunal par lequel ce dernier a confirmé la décision de la Commission imposant une amende de 20 millions d’EUR à Marine Harvest pour «gun jumping». La décision de la Commission a donc été validée par la Cour de justice.

Dans son arrêt du 28 mai 2020 136 , le Tribunal a annulé la décision de la Commission adoptée en 2016 qui interdisait l’acquisition de O2 UK par Hutchison et a fourni des orientations sur l’appréciation de l’entrave significative à une concurrence effective lorsqu’une telle opération n’entraîne pas la création ou le renforcement d’une position dominante. La Commission a formé un pourvoi contre l’arrêt du Tribunal le 7 août 2020.

Dans son arrêt du 5 octobre 2020 137 , le Tribunal a confirmé la décision de la Commission d’interdire l’acquisition conjointe de Cemex Croatia par HeidelbergCement et SchwenkZement par l’intermédiaire de leur entreprise commune Duna Brava. Le Tribunal a validé l’appréciation de la Commission sur la compétence et le fond de l'opération.

Dans son arrêt du 16 décembre 2020, dans l’affaire T-430/18, American Airlines/Commission, le Tribunal a confirmé une décision de la Commission de 2018 adoptée dans le cadre de la mise en œuvre de mesures correctives rendues obligatoires en 2013 pour autoriser la fusion entre American Airlines et US Airways. Le Tribunal a validé l’interprétation par la Commission du seuil qu’une compagnie aérienne doit atteindre pour obtenir des droits d’antériorité sur les créneaux correctifs utilisés sur une liaison donnée sur laquelle des problèmes de concurrence ont été constatés.

3.5Audit de la Cour des comptes européenne sur le contrôle des concentrations

Comme indiqué à la section 2.5, la Cour des comptes européenne (CCE) a publié, en novembre 2020, un rapport spécial sur le contrôle des concentrations dans l’UE et les procédures antitrust au cours de la période 2010-2017 138 . En ce qui concerne le contrôle des concentrations, la Cour des comptes a constaté que la Commission avait achevé son contrôle des concentrations dans les délais légaux. Cependant, la Commission doit faire face à un nombre croissant de concentrations d’entreprises et à une quantité de données à analyser de plus en plus importante. La Cour a conclu que la Commission avait appliqué avec succès une procédure simplifiée, mais qu’elle devait encore donner suite à des mesures de rationalisation complémentaires. En outre, la CCE a étudié les seuils de chiffre d’affaires pris en considération pour décider si une opération fausserait la concurrence sur le marché intérieur, ainsi que l’option consistant à percevoir un droit de dépôt pour les dossiers de concentration.

La Commission accepte d’examiner les moyens d’optimiser les procédures relatives aux concentrations et la gestion des affaires. La recommandation de la Cour des comptes concernant les évaluations ex post régulières concerne également le contrôle des concentrations, par exemple lorsqu’il s’agit de vérifier si les hypothèses relatives à l’évolution du marché après l’intervention dans une opération de concentration étaient correctes. Si la Commission accepte la recommandation, elle fait observer que sa mise en œuvre est subordonnée à la disponibilité de ressources suffisantes.

4.Développement de la dimension internationale de la politique de l’UE en matière de concurrence

Alors que l’intégration des marchés mondiaux se poursuit et qu’un nombre croissant d’entreprises dépendent de chaînes de valeur mondiales, les organes chargés de la concurrence doivent plus que jamais renforcer leur collaboration et convenir de normes et de procédures communes. La mise en œuvre effective des règles de concurrence dépend toujours plus de la coopération avec les autres autorités chargées de les faire respecter et de l’existence d’outils efficaces pour garantir un environnement équitable pour les entreprises au sein de l’UE.

4.

4.1Contrôle des subventions étrangères – une nouvelle initiative stratégique pour renforcer la boîte à outils de la Commission

L’économie de l’Union est ouverte et étroitement liée au reste du monde. Il est donc essentiel de garantir un environnement équitable pour les entreprises au sein du marché unique. Les subventions accordées par les États membres ont toujours été soumises aux règles strictes de l’UE en matière d’aides d’État. En revanche, celles qui sont octroyées par les pouvoirs publics de pays tiers à des entreprises exerçant leurs activités dans l’UE semblent avoir un effet de négatif croissant sur le marché intérieur, mais elles ne sont pas soumises au contrôle des aides d’État de l’UE.

Pour ouvrir un débat sur de nouveaux instruments visant à combler ce vide réglementaire, la Commission a adopté un livre blanc sur les subventions étrangères le 17 juin 2020 139 . Une vaste consultation a été menée en 2020 140 , dans le cadre de laquelle la Commission a reçu 150 contributions de diverses parties prenantes. La Commission a également reçu 22 soumissions sur l’analyse d’impact initiale 141 , publiée le 6 octobre 2020, et a mené des consultations ciblées auprès des parties prenantes sur les options stratégiques disponibles et leurs incidences.

Le livre blanc présente plusieurs solutions complémentaires à envisager pour combler les lacunes réglementaires existantes:

Le module 1 propose la mise en place d’un instrument général d’examen permettant d’identifier toutes les situations de marché possibles dans lesquelles des subventions étrangères sont susceptibles de générer des distorsions dans le marché unique. Dans le cadre de ce module, l’autorité de surveillance compétente pourrait agir sur la foi de tout élément indiquant qu’une entreprise exerçant des activités dans l’UE bénéficie d’une subvention étrangère. Si l’existence d’une subvention étrangère et son effet de distorsion sont établis, et si ce dernier n’est pas compensé par son effet positif, l’autorité imposera des mesures correctives, telles que des paiements réparateurs et des mesures correctives de nature structurelle ou comportementale.

Le module 2 a pour objet le traitement spécifique des distorsions causées par les subventions étrangères facilitant l’acquisition d’une cible de l’UE. Au titre du module 2, les entreprises bénéficiant d’aides financières d’autorités d’un pays non membre de l’Union seraient tenues de notifier à la Commission toute acquisition d’entreprise de l’UE dépassant un certain seuil. Si la Commission constate que l’acquisition est facilitée par une subvention étrangère faussant la concurrence, elle pourrait accepter des engagements, imposer des mesures correctives ou interdire l’acquisition.

Le module 3 aborde l’effet de distorsion des subventions étrangères sur les procédures de marchés publics de l’UE. Dans le cadre de ce module, le livre blanc propose un mécanisme par lequel les soumissionnaires de procédures de passation de marché public seraient tenus de notifier les contributions financières reçues de pays tiers. Les autorités compétentes évalueront alors s’il existe une subvention étrangère et si elle fausse l’attribution du marché public. Si tel est le cas, le soumissionnaire pourrait se voir exclu de la procédure de passation de marché.

Enfin, le livre blanc définit les moyens de traiter la question des subventions étrangères dans le cas des demandes de soutien financier de l’UE.

Comme annoncé dans le programme de travail de la Commission pour 2021 142 , une proposition législative sur le traitement des distorsions causées par les subventions étrangères sera présentée en 2021.

4.2Relations multilatérales

En 2020, la Commission a poursuivi ses efforts pour améliorer les règles internationales relatives aux subventions. La réforme des règles en matière de subventions est une des principales priorités de l’Union européenne en ce qui concerne la modernisation des règles commerciales de l’OMC. À cet effet, l’UE, les États-Unis et le Japon ont convenu en janvier 2020 143 , dans une déclaration commune, de renforcer les règles existantes concernant les subventions industrielles. En outre, en 2020, la Commission a participé à plusieurs initiatives sectorielles consacrées aux subventions sur la scène internationale, par exemple au forum mondial sur les surcapacités sidérurgiques du G20. Enfin, la Commission a également continué de travailler avec les États membres de l’Union au sein du groupe sur les politiques internationales en matière de subventions, procédant à des échanges de vues et coordonnant les initiatives en la matière tant au niveau multilatéral qu’au niveau bilatéral.

En 2020, la Commission a continué de participer activement aux instances internationales dans le domaine de la concurrence, telles que le comité de la concurrence de l’OCDE, le réseau international de la concurrence (RIC), la Banque mondiale et la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED).

Lors de la réunion du comité de la concurrence de l’OCDE en juin 2020, la Commission a contribué aux discussions sur les effets congloméraux des fusions 144 , les start-ups, les acquisitions prédatrices et les seuils de contrôle des fusions 145 , les droits relatifs aux données des consommateurs et l’impact sur la concurrence 146 , et sur les restrictions applicables aux branches d’activité 147 . En décembre 2020, la Commission a contribué aux délibérations du Comité de la concurrence sur le rôle de la politique de la concurrence pour promouvoir la reprise économique 148 , l’analyse économique dans les enquêtes sur les concentrations et le rôle des économistes dans les équipes de fusion et l’examen des preuves qualitatives 149 . En outre, la vice-présidente exécutive Margrethe Vestager a prononcé un discours liminaire lors de la séance d’ouverture intitulée «La politique de la concurrence - le temps pour une réinitialisation?» du forum mondial sur la concurrence de l’OCDE 150 .

Au sein du RIC, à la suite de la conférence annuelle virtuelle qui s’est déroulée en septembre 2020, la Commission a continué d’assurer la coprésidence, d’une durée de trois ans, du groupe de travail sur les comportements unilatéraux, qu’elle partage actuellement avec les autorités de concurrence sud-africaine et japonaise. La Commission a poursuivi le projet pluriannuel sur l’«évaluation de la position dominante et du pouvoir de marché sur les marchés numériques», dans le cadre duquel elle a publié le rapport d’enquête sur la position dominante/le pouvoir de marché significatif 151 en juillet 2020. La DG Concurrence a contribué à diverses réalisations du groupe de travail sur les ententes, notamment les orientations relatives au renforcement de la coopération transfrontalière sur les questions de clémence et le projet sur les mégadonnées. La Commission est également un membre actif des autres groupes de travail du RIC: le groupe de travail sur les concentrations, le groupe de travail sur la sensibilisation et le groupe de travail sur l’efficacité des organismes.

Au sein de la CNUCED, la Commission a contribué à la huitième conférence sur la concurrence et la protection des consommateurs, tenue en octobre 2020 152 . La conférence a notamment porté sur la neutralité concurrentielle, la lutte contre les ententes transfrontières, ainsi que la protection des consommateurs et la concurrence dans l’économie numérique.

4.2.1.Relations avec le Royaume-Uni:

En 2020, la Commission a poursuivi les préparatifs en vue du retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne, y compris sur les aspects de ce retrait liés à la concurrence et aux aides d’État. L’accord de retrait entre l’Union européenne et le Royaume-Uni, qui est entré en vigueur le 1er février 2020 153 prévoyait la poursuite de l’application de l’acquis pendant la période de transition jusqu’à la fin de 2020. Il contenait, entre autres, des dispositions relatives aux affaires en matière d’aides d’État et de concurrence qui étaient en cours à la fin de la période de transition. La Commission a publié des orientations concernant l’application de cet accord dans le domaine de la concurrence 154 .

Décembre 2020 a vu la finalisation des négociations concernant l’accord de commerce et de coopération (ACC) 155 entre l’Union et le Royaume-Uni. Cet accord s’applique provisoirement depuis le 1er janvier 2021. La concurrence et les subventions y sont traitées de manière exhaustive afin d’empêcher que le jeu de la concurrence entre l’Union européenne et le Royaume-Uni ne soit faussé après la sortie du pays.

4.2.2.Autres relations bilatérales

Au niveau bilatéral, l’UE et la Chine ont conclu, sur le principe, les négociations en vue d’un accord global sur les investissements (AGI) le 30 décembre 2020 156 . La Chine s’est engagée à élargir l’accès à ses marchés pour les investisseurs de l’Union, notamment en ouvrant certains nouveaux marchés importants. L’accord améliore la transparence des subventions, essentiellement en étendant aux secteurs des services les disciplines actuelles de l’OMC en matière de transparence qui s’appliquent aux produits industriels. En outre, il établit un mécanisme de consultation en deux étapes entre les parties, permettant de recueillir les informations nécessaires pour évaluer les effets de subventions spécifiques sur les intérêts d’investissement d’une partie. La Chine s’est également engagée à garantir un traitement équitable aux entreprises de l’UE afin qu’elles puissent affronter la concurrence chinoise dans des conditions plus équitables, y compris en ce qui concerne les disciplines pour les entreprises publiques, la transparence des subventions et les règles contre les transferts de technologies forcés.

La Commission cherche à inclure des dispositions sur la concurrence et le contrôle des aides d’État lorsqu’elle négocie des accords de libre-échange (ALE). En 2020, elle a poursuivi les négociations d’ALE engagées avec l’Australie, l’Azerbaïdjan, le Chili, l’Indonésie, la Nouvelle-Zélande et l’Ouzbékistan.

En ce qui concerne le projet d’accord de deuxième génération entre l’Union européenne et le Canada, la Commission est en contact régulier avec le Bureau de la concurrence du Canada pour trouver une solution relative à la protection des données au Canada qui soit conforme aux normes établies dans l’avis de la Cour de justice sur l’accord UE-Canada de 2014 relatif aux données des passagers aériens 157 . En outre, la Commission a poursuivi les négociations avec le Japon sur un accord de deuxième génération en vue d’actualiser l’accord de coopération existant, qui date de 2003 158 .

La coopération technique avec les principaux partenaires commerciaux de l’Union européenne en ce qui concerne la politique de concurrence et sa mise en œuvre représente un autre grand domaine d’activité de la Commission. Pour encadrer cette coopération, la Commission a signé un certain nombre de protocoles d’accord, notamment avec les BRICS 159 et le Mexique, et exerce, à des degrés divers, une coopération technique avec ces pays. En 2020, la Commission a également poursuivi ses activités de coopération technique avec les autorités de concurrence 160 japonaise, coréenne, indienne, chinoise et de l’ANASE 161 .

Dans les négociations avec les pays candidats et les pays candidats potentiels, le principal objectif de la Commission, outre la promotion d’une culture de la concurrence, est d’aider ces pays à mettre en place un cadre législatif et des autorités de concurrence performantes, fonctionnant de manière indépendante et obtenant de bons résultats en matière d’application des règles. Afin de remplir les conditions d’adhésion à l’UE dans le domaine de la politique de concurrence, ces exigences doivent être respectées. En 2020, la Commission a continué à contrôler le respect, par les pays candidats et les candidats potentiels, des engagements qu’ils ont pris au titre des accords de stabilisation et d’association. La Commission a également continué à contrôler la mise en œuvre de l’acquis en matière de concurrence dans les pays voisins, avec lesquels l’UE a conclu des accords de libre-échange approfondis et complets.

Elle a par ailleurs noué un dialogue actif avec plusieurs autorités nationales et régionales africaines afin de développer la coopération dans le domaine de la concurrence. En 2020, la Commission a poursuivi les négociations relatives au futur accord avec les États ACP (l’accord de Cotonou) 162 et aux accords de partenariat économique (APE) associés. Elle est parvenue à un accord politique sur le premier le 3 décembre 2020 163 .

5.Communication externe

La communication externe de la direction générale de la concurrence est axée sur le recours aux médias de masse pour atteindre divers publics, notamment les entreprises, les juristes, les chercheurs, les universitaires, les étudiants et le grand public. Elle s’articule principalement autour des conférences de presse, des communiqués de presse et des interventions de la vice-présidente exécutive, ainsi que des réseaux sociaux. En outre, la direction générale édite des bulletins d’information et d’autres publications destinés aux parties intéressées et au grand public, et son personnel participe aux conférences des parties intéressées.

Au cours de l’année 2020, la direction générale de la concurrence a publié 952 communiqués de presse concernant des affaires de concurrence: 286 étaient relativement longs et en plusieurs langues, tandis que 666 étaient plus courts et monolingues (Midday Express). Certaines affaires et initiatives politiques ont fait l’objet d’une large couverture médiatique, comme la décision en matière de pratiques anticoncurrentielles d’accepter les engagements de Broadcom, la décision d’infliger une amende de 60,5 millions d’EUR aux sociétés pharmaceutiques Teva et Cephalon pour avoir retardé l’entrée sur le marché de médicaments génériques moins chers, l’approbation de l’acquisition de Fitbit par Google, la proposition d’encadrement temporaire des mesures d’aide d’État visant à soutenir l’économie dans le contexte de la flambée de COVID-19, ses quatre modifications successives et les nombreuses mesures de soutien qui ont été autorisées en vertu de ses dispositions, ainsi que les propositions de législations sur les marchés numériques et sur les services numériques. Toutes ces affaires et initiatives politiques ont été traitées par la télévision, la radio, la presse écrite et les médias en ligne dans le monde entier.

Tout au long de l’année 2020, la vice-présidente exécutive Vestager a prononcé quelque 35 discours devant divers publics. Le directeur général a quant à lui prononcé plus de 25 discours, à l’occasion de toute une série d’événements internationaux.

En 2020, la direction générale de la concurrence a aussi été active sur le réseau social Twitter. Tout au long de l’année, environ 1 056 tweets du compte de la direction générale ont donné lieu à plus de 4,3 millions d’impressions (c’est-à-dire le nombre de fois qu’un tweet apparaît sur le fil d’actualités d’une personne). Le tweet publié en mars concernant la révision des règles relatives aux aides d’État dans le contexte de la pandémie de coronavirus a donné lieu au plus grand nombre d’impressions (36 500). Parmi les autres tweets populaires, il convient de citer ceux relatifs aux propositions de législations sur les services numériques et sur les marchés numériques, publiés en décembre (32 500 impressions); à l’ouverture de l’enquête sur les règles de l’App Store d’Apple, publié en juin (32 200 impressions); et à l’ouverture de l’enquête approfondie sur le projet d’acquisition de FitBit par Google, publié en juin (22 500 impressions). Le nombre d’abonnés au compte Twitter COMP a augmenté de 2 870 unités au cours de l’année 2020 pour atteindre un total de 18 616.

Le nombre d’abonnés aux bulletins d’information électroniques de la direction générale s’élevait à 13 168 en 2020, tandis que ses publications sur le site EU Bookshop ont été visionnées, téléchargées ou commandées au format papier 6 000 fois.

6.Le programme pour le marché unique

L’adaptation à un environnement de plus en plus numérique et mondialisé est un défi majeur pour la mise en œuvre de la politique de concurrence de l’UE. Les nouveaux outils et algorithmes informatiques sophistiqués utilisés par les opérateurs économiques, combinés à une augmentation exponentielle des communications électroniques, de la quantité de données et du nombre de documents dans les dossiers des différentes affaires, rendent de nombreuses enquêtes de concurrence de plus en plus complexes.

Le cadre financier pluriannuel 2021-2027 comprend pour la première fois un programme relatif à la concurrence, qui relève du programme pour le marché unique. Des négociations sur le programme pour le marché unique ont été lancées en octobre 2019 avec les colégislateurs, à savoir le Parlement européen et le Conseil, et elles se sont conclues en décembre 2020 par un accord politique provisoire sur le texte. L’adoption du programme par les colégislateurs est intervenue le 28 avril 2021 164 . Doté d’un budget de 4,2 milliards d’EUR pour la période 2021-2027, ce programme fournit un ensemble de mesures intégrées visant à soutenir et à renforcer la gouvernance du marché unique, y compris pour les services financiers. Le programme pour le marché unique prévoira un budget d’environ 140 millions d’EUR, pour la période de sept ans, consacré au programme relatif à la concurrence. Cela permettra à la Commission de soutenir directement l’élaboration de la politique de concurrence et d’assurer une application efficace, effective et pertinente des règles de concurrence. Le règlement relatif au programme pour le marché unique s’appliquera à titre rétroactif à partir du 1er janvier 2021.

Le programme relatif à la concurrence permettra à la Commission de moderniser la mise en œuvre de la politique de concurrence de l’UE en investissant dans des outils informatiques de pointe (incluant l’intelligence artificielle) afin de mieux dissuader et déceler tout acte répréhensible. Il permettra en outre d’investir dans les connaissances et les compétences, de renforcer la coopération entre la Commission et les autorités de concurrence des États membres dans tous les domaines du droit de la concurrence de l’UE, d’assurer une présence globale forte et de sensibiliser les parties prenantes à la politique de concurrence de l’Union.



II. SITUATION PAR SECTEUR

1. Énergie et environnement

1.1 Aperçu des principaux problèmes auxquels le secteur est confronté

La politique de concurrence contribue à la réalisation des objectifs environnementaux et climatiques de l’UE, notamment la décarbonation de l’économie et le passage des combustibles fossiles polluants à des combustibles de substitution dans le secteur des transports, conformément à la politique de mobilité de la Commission. À cette fin, la Commission autorise des mesures d’aide d’État visant à promouvoir le déploiement des énergies renouvelables, à améliorer l’efficacité énergétique, à stimuler la demande en véhicules à faibles émissions pour les transports publics et privés, contribuant ainsi à réduire les émissions de CO2. En outre, la Commission autorise des mesures intermédiaires visant à réduire les émissions d’oxydes d’azote (NOx) en permettant la mise à niveau des véhicules polluants utilisés dans les transports publics. La politique de concurrence garantit également que les consommateurs ont accès à une énergie durable au prix le plus bas possible, et soutient l’innovation.

Après l’adoption, en décembre 2019, de la communication intitulée «Le pacte vert pour l’Europe», qui présentait un certain nombre d’initiatives stratégiques visant à parvenir à un niveau net d’émissions de gaz à effet de serre (GES) nul dans l’UE d’ici 2050 et à relever les autres défis liés à l’environnement 165 , la Commission a présenté, en mars 2020 166 , une proposition de loi européenne sur le climat 167 afin de garantir la réalisation de ses objectifs de neutralité climatique, et a élaboré un large éventail de propositions législatives visant à rendre possible la réalisation de l’objectif intermédiaire de 55 % de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, ensuite approuvé par le Conseil européen en décembre 2020. La Commission a également adopté un certain nombre de stratégies visant à soutenir la transition verte dans le secteur de l’énergie, telles que la stratégie pour l’intégration du système énergétique 168 , la stratégie pour l’hydrogène 169 ou la stratégie sur les énergies renouvelables en mer 170 . Elle a également poursuivi sa politique dans le domaine du développement des batteries en créant en décembre l’alliance européenne pour les batteries 171 .

La Commission révise actuellement les lignes directrices de 2014 concernant les aides d’État à la protection de l’environnement et à l’énergie, dont la validité a été prolongée jusqu’à la fin de 2021 pour permettre d'achever la révision. Le 12 novembre 2020, une consultation publique a été lancée sur l’analyse d’impact initiale, ainsi que sur la conception des futures lignes directrices concernant les aides d'État à la protection de l'environnement et à l’énergie qui s’appliqueront à partir du 1er janvier 2022 et des articles du RGEC y afférents 172 . La révision de ces lignes directrices et des dispositions pertinentes du RGEC vise à fournir aux autorités publiques un cadre adapté à l’objectif poursuivi, moderne, simplifié, facile à appliquer et à l’épreuve du temps pour les aider à atteindre les objectifs environnementaux et énergétiques de l’UE de manière rentable, tout en réduisant au minimum les distorsions potentielles de la concurrence et des échanges au sein de l’Union. La révision se fonde sur les conclusions du bilan de qualité couvrant le paquet législatif sur la modernisation du contrôle des aides d’État, qui a montré que les lignes directrices concernant les aides d'État à la protection de l'environnement et à l’énergie et les règles correspondantes du RGEC avaient généralement atteint leurs objectifs, mais a également mis en évidence certains aspects pour lesquels les règles devraient être simplifiées et modernisées de manière à réduire au minimum les distorsions des échanges et de la concurrence dans le marché unique, conformément aux objectifs du pacte vert.

En octobre 2020, la Commission a lancé un appel à contributions sur la manière dont la politique de concurrence peut contribuer davantage à la réalisation des objectifs du pacte vert. Cet appel englobait tous les instruments de la politique de concurrence. Les contributions reçues ont été utilisées dans le cadre de la conférence sur la concurrence verte, qui a eu lieu le 4 février 2021 173 .

1.2 Concurrence effective dans le secteur de l’économie verte

En 2020, les activités de contrôle du respect des règles de concurrence ont continué à contribuer à la réalisation des objectifs environnementaux de l’UE en permettant d’appliquer les règles en matière d’aides d’État, de pratiques anticoncurrentielles et de concentrations.

1.2.1. Électromobilité

Le déploiement à grande échelle de bornes de recharge dans le cadre d’un marché concurrentiel est important pour garantir la généralisation des véhicules électriques et encourager l’abandon des combustibles fossiles. En outre, l’aide à l’acquisition de véhicules à faibles émissions devrait être limitée à ce qui est nécessaire pour inciter à l’achat de ces véhicules au lieu de véhicules conventionnels plus polluants.

En 2020, la Commission a approuvé 14 régimes pour le déploiement de bornes de recharge électriques et d’autres infrastructures pour carburants de substitution, ainsi que pour l’acquisition de véhicules à faibles émissions (notamment des bus électriques pour les transports publics). En outre, la Commission a approuvé des régimes d’aide visant à mettre à niveau des véhicules diesel utilisés dans les municipalités dans lesquelles les limites d’émission de NOx ont été dépassées. Ces mesures sont conformes aux objectifs environnementaux de l’Union, ainsi qu’à la stratégie européenne en matière de mobilité à faibles émissions et à la politique visant à passer à des véhicules à émissions nulles dans les villes et à créer un marché viable pour ces véhicules.

1.2.2. Réduction des émissions

Le 14 décembre 2020, la Commission a approuvé un régime néerlandais de 30 000 000 000 EUR prévoyant des aides, sous la forme de primes versées en fonction des émissions de CO2 évitées, en faveur d’installations industrielles parvenant à réduire les émissions de CO2 par la production d’énergie renouvelable, la récupération de la chaleur résiduelle, le remplacement de l’électricité «sale» par de l’électricité à faible teneur en carbone, la production d’hydrogène renouvelable, la production de chaleur 174 ou le captage et le stockage du CO2 175 . La sélection des bénéficiaires et le niveau de l’aide seront fixés au moyen d’appels d’offres concurrentiels. La prime sera versée par tonne d’émission de CO2 évitée, sur la base de la consommation ou de la production d’énergie plus propre par rapport à la production/consommation d’énergie à partir de combustibles fossiles ou mesurée sur la base du CO2 capté.

En juillet 2020, la Commission a donné son feu vert à un régime d’aides en faveur de la production d’électricité à partir de sources renouvelables en Irlande, le «Renewable Electricity Support Scheme» (RESS) 176 . Ce régime aidera l’Irlande à atteindre son objectif national d’abandon des combustibles fossiles et à faire en sorte que la part des énergies renouvelables dans son bouquet électrique passe à 70 % d’ici à 2030. Le régime contient des dispositions relatives au traitement des communautés d’énergie et des communautés locales où des parcs éoliens doivent être installés, conformément aux règles en matière d’aides d’État. La Commission a estimé que l’aide était nécessaire, qu’elle avait un effet incitatif et qu’elle était proportionnée et limitée au minimum nécessaire, du fait que son montant sera fixé au moyen d’enchères.

1.2.3. Modification du RGEC liée au CFP (efficacité énergétique de certains bâtiments et infrastructures de mobilité à faibles émissions)

Afin de simplifier davantage et de mettre en synergie le soutien des fonds nationaux et européens, la Commission a lancé en 2019 une révision ciblée du RGEC couvrant également les produits financiers soutenus par le Fonds InvestEU au titre du nouveau cadre financier pluriannuel. À cette fin, la Commission a proposé des conditions de compatibilité pour faciliter la combinaison, dans le cadre d’un même projet, d’investissements dans des mesures d’efficacité énergétique avec des investissements améliorant la performance énergétique de bâtiments principalement résidentiels et de ceux utilisés pour des activités sociales, éducatives ou d’administration publique. À la suite de la deuxième consultation publique sur ces nouvelles dispositions 177 et afin d’assurer un traitement cohérent, la Commission a proposé en 2020 de nouvelles dispositions supplémentaires du RGEC pour les aides à l’investissement (en dehors d’InvestEU) en faveur d’infrastructures de recharge ou de ravitaillement en carburant accessibles au public pour les véhicules routiers à émissions nulles ou faibles, à partir de stations de recharge ou de ravitaillement fournissant de l’électricité renouvelable ou de l’hydrogène.

1.2.4. Modèles d’orientation en matière d’aides d’État

La facilité pour la reprise et la résilience soutient la transition écologique. Chaque plan pour la reprise et la résilience (PRR) devra consacrer un minimum de 37 % des dépenses aux questions liées au climat. En 2020, la Commission a publié des modèles d’orientation afin d’aider les États membres à concevoir leurs plans nationaux pour la reprise et la résilience conformément aux règles de l’UE en matière d’aides d’État, notamment pour une série de mesures de soutien à la protection de l’environnement, conformément aux «initiatives phares européennes» de la stratégie annuelle 2021 pour une croissance durable de la Commission. Ces modèles d’orientation comprennent des modèles sur l’infrastructure de l’énergie et de l’hydrogène 178 , l’énergie produite à partir de sources renouvelables 179 , y compris la production d’hydrogène à partir de sources renouvelables, l’infrastructure de production et de distribution de chauffage/refroidissement urbain 180 , l’efficacité énergétique dans les bâtiments 181 , les bornes de recharge électriques et les stations d’hydrogène pour les véhicules routiers 182 , ainsi que l’acquisition de véhicules routiers à émissions nulles ou faibles 183 .

1.2.5. Énergies renouvelables et cogénération

En 2020, la Commission a adopté dix-sept décisions concernant les régimes de soutien 184 aux énergies renouvelables et à la production combinée de chaleur et d’électricité, qui concernaient un certain nombre de technologies renouvelables (comme la géothermie, l’énergie photovoltaïque, l’éolien terrestre et en mer, la biomasse), y compris certaines nouveautés, comme le soutien aux communautés locales et l’utilisation de technologies de décarbonation (comme l’hydrogène). Un nombre croissant d’États membres accordent un soutien à la production d’énergie renouvelable au moyen d’appels d’offres et en intégrant des installations d’énergies renouvelables sur le marché de l’électricité. Cela a eu pour résultat une baisse des coûts pour les consommateurs sur le réseau électrique dans son ensemble 185 .

La mise en œuvre des règles concernant les pratiques anticoncurrentielles contribue également à la réalisation de l’objectif d’une économie à faibles émissions de carbone et du pacte vert. Après l’envoi d’une communication des griefs en 2018, la Commission a poursuivi en 2020 son enquête sur les producteurs d’éthanol soupçonnés de s’être entendus pour manipuler les indices de référence de l’éthanol publiés par l’organisme de suivi des prix Platts 186 . Si elles sont confirmées, de telles pratiques portent préjudice à la concurrence et nuisent aux objectifs énergétiques de l’UE et du pacte vert en augmentant les prix des énergies renouvelables, en l’espèce les biocarburants utilisés dans les transports.

La Commission a discuté avec les autorités grecques des mesures correctives à prendre dans le cadre de l’affaire de pratiques anticoncurrentielles concernant le lignite en Grèce, une affaire déjà ancienne qui porte sur l’octroi par la Grèce de droits d’accès privilégiés au lignite à la société publique PPC. En décembre 2019, la Grèce a adopté un nouveau plan national pour l’énergie et le climat, selon lequel toutes les unités existantes alimentées au lignite seraient démantelées d’ici 2023. Dans ce contexte, les autorités grecques ont soumis un ensemble de mesures correctives en octobre 2020, au sujet desquelles la Commission a consulté le marché. L’objectif commun est d'achever la conception des mesures correctives afin de clore le dossier.

1.2.6. Sortie du charbon

L’abandon progressif des centrales au charbon apporte également une contribution cruciale à la transition vers une économie neutre pour le climat, conformément aux objectifs du pacte vert pour l’Europe. En 2020, la Commission a approuvé les projets de l’Allemagne visant à fournir des incitations à la fermeture anticipée des centrales au charbon et à indemniser les entreprises qui quittent le marché de manière anticipée par l’intermédiaire d’appels d’offres concurrentiels, conformément aux règles de l’UE en matière d’aides d’État 187 . La Commission a également jugé proportionnée l’indemnité accordée par les Pays-Bas pour la fermeture anticipée de la centrale au charbon de Hemweg 188 .

1.2.7. Révision des lignes directrices SEQE

Le 21 septembre 2020, la Commission a adopté des lignes directrices révisées concernant certaines aides d’État dans le contexte du système d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre après 2021 (les «lignes directrices SEQE»). Elles sont entrées en vigueur le 1er janvier 2021, avec le début de la nouvelle période d’échanges du SEQE, et remplaceront les lignes directrices précédentes adoptées en 2012.

Les lignes directrices SEQE visent à réduire le risque de «fuites de carbone», lorsque des entreprises quittent l’UE pour des pays aux politiques moins ambitieuses en matière de climat, ce qui entraîne une diminution de l’activité économique dans l’UE sans réduction des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale. En particulier, elles permettent aux États membres de fournir aux entreprises opérant dans des secteurs à risque une compensation pour une partie de la hausse des prix de l’électricité résultant des signaux de prix du carbone créés par le SEQE de l’UE (les «coûts des émissions indirectes»). Parallèlement, l’octroi de compensations excessives aux entreprises risquerait d’aller à l’encontre des signaux de prix créés par le SEQE de l’UE afin de promouvoir une décarbonation rentable de l’économie, et de créer des distorsions indues de la concurrence au sein du marché unique.

Dans ce contexte, les lignes directrices SEQE révisées:

·ciblent les aides accordées uniquement aux secteurs exposés au risque de fuite de carbone en raison des coûts élevés des émissions indirectes et de leur forte exposition aux échanges internationaux. Sur la base d’une méthodologie objective, 10 secteurs et 20 sous-secteurs sont éligibles (contre 13 secteurs et 7 sous-secteurs dans le cadre des lignes directrices précédentes);

·fixent un taux de compensation stable de 75 % au cours de la nouvelle période (contre 85 % au début de la période d’échanges de SEQE précédente) et excluent la compensation en faveur des technologies inefficaces, afin que les entreprises restent incitées à favoriser l’efficacité énergétique; et

·subordonnent la compensation à des efforts supplémentaires de décarbonation de la part des entreprises concernées, qui s’efforcent par exemple de se conformer aux recommandations de leur audit sur l’efficacité énergétique.

Les lignes directrices tiennent également compte des spécificités des petites et moyennes entreprises (PME), conformément à la stratégie axée sur les PME pour une Europe durable et numérique, en les exemptant de la nouvelle exigence en matière de conditionnalité afin de limiter leur charge administrative.

1.3 Sécurité de l’approvisionnement en énergie

Les mécanismes de capacité sont des mesures prises par les États membres pour faire en sorte que l’offre d’électricité puisse répondre à la demande à moyen et long terme. Ils sont conçus pour soutenir l’investissement afin de combler les déficits de capacité prévus et d’assurer la sécurité de l’approvisionnement. Généralement, en plus des revenus tirés de la vente d’électricité sur le marché, ces mécanismes offrent des avantages supplémentaires aux fournisseurs de capacité en échange du maintien de la capacité existante ou d’investissements dans de nouvelles capacités nécessaires pour garantir la sécurité de l’approvisionnement en électricité. Avant d’introduire une mesure de sécurité d’approvisionnement, les États membres doivent prouver sa nécessité et sa proportionnalité, conformément à la législation sectorielle de l’UE et à la minimisation des distorsions de concurrence.

Toutefois, aucun mécanisme de capacité ne peut remplacer des réformes du marché aux niveaux national et de l’UE. Le règlement de 2019 sur le marché de l’électricité 189 exige que les États membres qui prévoient d’introduire des mécanismes de capacité présentent un plan de réforme du marché pour tenter de remédier aux carences réglementaires ou d’autres natures qui affaiblissent les incitations aux investissements dans le secteur de l’électricité. Ce règlement empêchera aussi les capacités de production à forte émission de participer aux mécanismes de capacité.

En 2020, la Commission a poursuivi son activité de contrôle de l’application des règles en ce qui concerne les mesures visant à garantir la sécurité de l’approvisionnement, y compris les mécanismes de capacité, sur la base des éléments probants apportés par l’enquête sectorielle de 2016 190 . La Commission a engagé un dialogue actif avec plusieurs États membres en vue de les orienter vers une conception de ces mesures qui soit favorable à la concurrence. L’entrée en vigueur du paquet «Une énergie propre pour tous» a également conduit à réexaminer les régimes existants afin de garantir leur conformité avec les règles en matière d’aides d’État ainsi qu’avec les aspects réglementaires de l’énergie et une meilleure conception du marché de l’énergie. En Grèce, la Commission a jugé opportun de permettre la prolongation temporaire du mécanisme transitoire d’indemnisation de la flexibilité et des régimes d’interruptibilité, sous réserve d’un plan de réforme du marché et d’un certain nombre d’engagements en matière de concurrence 191 .

En 2020, la Commission a également approuvé les garanties publiques pour l’obtention de prêts en faveur de la Lituanie 192 et de Chypre 193 ciblant des projets d’infrastructure destinés à sécuriser l’approvisionnement en gaz. La mesure lituanienne servira à financer l’achat de l’unité flottante de stockage et de regazéification de leur terminal GNL. À Chypre, la mesure approuvée soutiendra la construction d’un terminal de gaz naturel liquéfié («GNL») à Vasilikos Bay, à Chypre.

Dans un arrêt historique du 22 septembre 2020 194 , la Cour de justice a maintenu la validité de la décision de la Commission autorisant le Royaume-Uni à soutenir la construction de nouvelles capacités nucléaires (réacteur de l’unité C de la centrale de Hinkley Point). La Cour a confirmé que les États membres pouvaient choisir l’énergie nucléaire pour assurer leur approvisionnement en électricité si ce choix ne faussait pas les conditions des échanges dans une mesure contraire à l’intérêt commun.

1.4 Concurrence effective sur les marchés de l’énergie

La mise en œuvre du droit de la concurrence dans le secteur de l’énergie a pour objectif de renforcer et d’intégrer les principes définis dans la réglementation sectorielle afin de créer un marché unifié fonctionnant bien, dans lequel l’énergie peut être échangée librement et de manière sûre dans toute l’Union et où tous les services connexes sont fournis à des niveaux concurrentiels.

En 2020, la Commission a traité une série d’affaires en visant à garantir l’intégrité du marché unique de l’énergie. Par sa décision de 2020 dans l’affaire des interconnexions gazières en Roumanie, la Commission a rendu les engagements proposés par Transgaz juridiquement contraignants au regard des règles de l’UE en matière de pratiques anticoncurrentielles 195 . La Commission s’est inquiétée du fait que Transgaz, le seul gestionnaire du réseau de transport de gaz en Roumanie, ait pu chercher à créer ou à maintenir des obstacles aux flux transfrontaliers de gaz naturel entre la Roumanie et d’autres États membres, en particulier la Hongrie et la Bulgarie. Les engagements finaux proposés par Transgaz et adoptés par la Commission permettent la libre circulation du gaz en provenance de Roumanie et favorisent la poursuite de l’intégration de l’Europe du Sud-Est dans le marché intérieur européen de l’énergie. Ces engagements garantissent que les acteurs du marché ont accès à des capacités supplémentaires pour les exportations de gaz en provenance de Roumanie, que la proposition tarifaire de Transgaz ne fait pas de distinction entre les tarifs d’exportation et les tarifs nationaux, et que Transgaz s’abstient d’avoir recours à tout autre moyen de restreindre les exportations, notamment en retardant l’achèvement des infrastructures. Ces engagements resteront en vigueur jusqu’au 31 décembre 2026.

Par ailleurs, dans l’affaire Marchés du GNL, la Commission a ouvert une enquête formelle en juin 2018 afin d’établir si les contrats à long terme conclus par Qatar Petroleum, le plus grand fournisseur de GNL de l’UE, comportent des restrictions territoriales directes ou indirectes 196 . Alors que les cargos GNL peuvent en principe circuler librement à l’échelle mondiale, la Commission continue d’examiner si certaines clauses des contrats, telles que celles qui restreignent le détournement des cargaisons, peuvent limiter la libre circulation du GNL au sein de l’EEE, segmentant ainsi le marché intérieur.

La mise en œuvre des règles de concurrence en 2020 a également surtout visé à garantir que tous les acteurs du marché puissent se livrer concurrence dans des conditions loyales et équitables et que des fournisseurs alternatifs ne soient pas visés par les pratiques abusives d’opérateurs historiques. Le fournisseur d’énergie public Bulgarian Energy Holding (BEH), qui est présent sur le marché de l’approvisionnement en gaz et contrôle le réseau de transport de gaz bulgare, s’est vu infliger une amende en 2018 pour avoir bloqué l’accès des concurrents aux infrastructures gazières essentielles en Bulgarie 197 . L’intervention de la Commission a visé à permettre aux concurrents d’entrer sur le marché bulgare de l’approvisionnement en gaz et de livrer concurrence à BEH, afin d’abaisser les prix du gaz et d’assurer l’intégration du marché gazier bulgare avec les marchés voisins. Le 1er mars 2019, BEH a fait appel de la décision de la Commission 198 . En 2020, la Commission a continué à défendre cette affaire devant la Cour de justice de l’Union européenne.

En outre, la Commission a continué à contrôler la mise en œuvre des engagements rendus juridiquement contraignants à l’égard de Gazprom par une décision de 2018 199 . Ces engagements visaient à résoudre les problèmes de concurrence constatés par la Commission et ont permis la libre circulation du gaz à des prix compétitifs en Europe centrale et orientale. Gazprom a offert aux clients concernés la possibilité de modifier leurs contrats de gaz en fonction de ces engagements. La réaction des clients qui ont accepté de modifier leurs contrats a confirmé que les engagements étaient économiquement viables et attractifs pour le marché. Les nouvelles clauses des contrats de fourniture de gaz ont donné de bons résultats et ont eu une incidence considérable sur les prix du gaz dans les États membres d’Europe centrale et orientale. Ce constat est mis en évidence par l’application de la clause de révision des prix en Bulgarie, qui a conduit en mars 2020 à une nouvelle formule de prix et à une réduction de plus de 40 % du prix du gaz pour le grossiste bulgare, Bulgargaz 200 .

Sur les marchés de l’électricité, dans le prolongement de l’affaire de l’interconnexion DE/DK 201 , dont elle assure le suivi des engagements relatifs à la disponibilité des capacités et à l’extension de l’interconnexion, la Commission continue de surveiller les comportements discriminatoires potentiels ou les restrictions à la libre circulation de l’électricité entre les États membres.

Le secteur de l’énergie a également engendré une activité intense en matière de concentrations et d’acquisitions en 2020. L’affaire la plus marquante a été le projet d’acquisition de Grupa Lotos par PKN Orlen conformément au règlement de l’UE sur les concentrations. PKN Orlen et Grupa Lotos sont deux grandes compagnies pétrolières et gazières intégrées polonaises 202 . La Commission a examiné la concentration, qui aurait pu réduire la concurrence dans la fourniture de carburants et sur les marchés connexes en Pologne et en République tchèque. Pour obtenir l’approbation de la Commission, PKN Orlen a proposé un ensemble vaste et complexe de mesures correctives combinant, entre autres, des capacités de raffinage, un meilleur accès aux infrastructures pour faciliter les importations et des stations de vente au détail de carburant. Ces engagements préserveront la concurrence et garantiront un véritable choix et des prix du carburant équitables aux ménages et aux entreprises.

2. Technologies de l’information et de la communication et médias

2.1 Aperçu des principaux problèmes auxquels le secteur est confronté

Les marchés des secteurs de l’information, de la communication, des technologies et des médias (TIC) demeurent marqués par la numérisation et la rapidité des progrès technologiques, qui apportent en permanence sur le marché de nouveaux dispositifs et de nouvelles innovations immatérielles, tels que des services, des applications et des écosystèmes. Les modèles d’entreprise et les sources de revenu tendent à évoluer plus vite sur les marchés numériques qu’ailleurs. En outre, depuis quelques années, le secteur des médias est caractérisé par la convergence technologique: divers types d’appareils et de réseaux peuvent être utilisés pour diffuser des contenus aux téléspectateurs (des films, de la musique et des contenus éditoriaux proposés par différentes plateformes sont disponibles sur des écrans de télévision, des tablettes et des ordinateurs portables fonctionnant sur des réseaux de télécommunications fixes ou mobiles). L’innovation technologique a également créé des débouchés transfrontières et représente un défi pour les pratiques commerciales établies.

Des effets de réseau sont fréquemment observés sur les marchés des TIC, ce qui signifie que ces derniers peuvent être particulièrement exposés au verrouillage et aux positions dominantes sur le marché. Les acteurs du marché jouent souvent un double rôle, en exploitant une plateforme ou une place de marché pour le compte de tiers et en proposant en même temps leurs propres produits ou services sur cette plateforme ou place de marché, en concurrence avec ces tiers. Sur les marchés des TIC, l’accès à divers types de données et leur contrôle seront souvent déterminants pour assurer le succès commercial. Dans le même temps, les pratiques anticoncurrentielles peuvent amener les petits concurrents innovants à se retirer prématurément du marché.

Afin de contribuer à la transition numérique, il convient de garantir un contrôle efficace des éventuels comportements anticoncurrentiels des acteurs du marché, y compris des plateformes, ainsi qu’une intervention rapide sur les marchés des TIC. Dans le but de rendre et de maintenir les marchés ouverts et compétitifs conformément aux objectifs de la stratégie numérique, l’application de la législation doit se concentrer sur la sauvegarde de l’interopérabilité et de la concurrence entre les différentes plateformes technologiques, ainsi que sur l’amélioration de la définition des normes.

Enfin, la politique en matière d’aides d’État et son application sont des catalyseurs importants de la transition numérique, laquelle nécessite une combinaison de développements technologiques, de puissance industrielle, d’infrastructures de classe mondiale et d’un cadre réglementaire adapté.

2.2 Contribution de la politique de concurrence de l’Union européenne à la résolution des problèmes

2.2.1. Données et plateformes

Compte tenu de ces caractéristiques et de ces défis, les activités d’application des règles relatives aux pratiques anticoncurrentielles menées par la Commission sur les marchés des TIC accordent une attention particulière aux plateformes ainsi qu’à l’accès aux données et à leur utilisation.

Dans l’affaire Amazon Data 203 , la Commission a publié une communication des griefs à l’encontre d’Amazon concernant la dépendance systémique de cette dernière à l’égard des données commerciales non publiques des vendeurs indépendants actifs sur sa place de marché au bénéfice de sa propre activité de vente au détail, qui est en concurrence directe avec celle de ces vendeurs tiers. Les conclusions préliminaires de la Commission montrent que des volumes considérables de données non publiques des vendeurs aboutissent directement dans les systèmes automatisés de l'activité de vente au détail d'Amazon et sont à la disposition de ses salariés. La capacité d’Amazon à agréger ces données granulaires et à les utiliser dans ses mécanismes de prise de décision automatisée pour ajuster ses offres de vente au détail et ses décisions commerciales stratégiques est considérée, à titre préliminaire, comme susceptible de porter atteinte à la concurrence de par les avantages intrinsèques de la vente au détail en ligne et de marginaliser les vendeurs tiers, en particulier dans les catégories de produits les plus vendues.

La Commission examine actuellement la manière dont Google et Facebook recueillent et utilisent les données, ainsi que les conséquences de ces pratiques sur la concurrence. En outre, la Commission examine l’intégration potentielle de Facebook Marketplace au réseau social de Facebook.

En juillet 2020, la Commission a lancé une enquête sectorielle sur l’internet des objets («IdO»), sur la base de l’article 17 du règlement (CE) nº 1/2003 204 . L’enquête sur le secteur de l’IdO a pour principal objectif de mieux comprendre les problèmes de concurrence, la dynamique du marché et les défis commerciaux dans le secteur de l’IdO grand public. Malgré le stade précoce de développement de ce secteur, il existe des indices de pratiques susceptibles d’affecter la concurrence dans ce domaine, comme les restrictions d’utilisation des données, compte tenu de l’accumulation de mégadonnées par les plateformes et les «contrôleurs d’accès». L’enquête sectorielle permettra à la Commission d’examiner les indices de comportements dans ce secteur susceptibles de se traduire par des restrictions ou des distorsions de la concurrence, et de mener une intervention précoce si nécessaire. Un rapport préliminaire sera publié au premier semestre 2021, suivi d’une consultation publique. Le rapport final sera publié en 2022.

La fusion Google/Fitbit

Le 17 décembre 2020, après une enquête approfondie, la Commission a autorisé l’acquisition de Fitbit par Google 205 . Cette autorisation est subordonnée au respect intégral d’une série d’engagements proposés par Google. L’enquête de la Commission a porté sur les données collectées par les appareils de technologie portable de Fitbit et sur l’interopérabilité de ces dispositifs avec le système d’exploitation Android de Google pour les smartphones. En acquérant Fitbit, Google acquerrait i) la base de données gérée par Fitbit concernant la santé et la forme physique de ses utilisateurs et ii) les technologies permettant de développer une base de données similaire à celle de Fitbit. En augmentant le volume déjà important des données utilisables par Google pour la personnalisation des publicités, cette opération rendrait difficile aux concurrents de rivaliser avec les services de Google sur les marchés de la publicité contextuelle en ligne, de l’affichage publicitaire en ligne et de l’ensemble de l’écosystème de la technologie publicitaire. L’opération créerait donc des barrières à l’entrée et à l’expansion pour les concurrents de Google en ce qui concerne ces services, au détriment des annonceurs, qui finiraient par être confrontés à des prix plus élevés et par voir leur choix réduit. En outre, un certain nombre d’acteurs de ce marché peuvent accéder à des données relatives à la santé et à la forme physique, mises à disposition par Fitbit via une interface de programmation d’application (API) web, afin de fournir des services aux utilisateurs de Fitbit et d’obtenir leurs données en échange. La Commission a constaté qu’à la suite de l’opération, Google pourrait restreindre l’accès des concurrents à l’API Fitbit Web. Une telle stratégie serait particulièrement préjudiciable pour les jeunes pousses dans l’espace naissant des services de santé numériques européens. Enfin, la Commission craignait qu’à la suite de l’opération, Google puisse désavantager les fabricants concurrents d’appareils de technologie portable à porter au poignet en bridant leur interopérabilité avec les smartphones Android.

Pour répondre aux préoccupations de la Commission en matière de concurrence, Google s’est engagée à ne pas utiliser aux fins de Google Ads les données relatives à la santé et au bien-être des utilisateurs de l’EEE qui sont récoltées à partir d’appareils de technologie portable à porter au poignet et d’autres appareils Fitbit; cela vaut également pour la publicité contextuelle, l’affichage publicitaire et les produits d’intermédiation publicitaire. Google maintiendra une séparation technique des données concernées d’utilisateurs de Fitbit. Les données seront stockées dans un «silo de données» qui sera isolé de toute autre donnée de Google utilisée à des fins publicitaires. Google veillera à ce que les utilisateurs de l’Espace économique européen (l’«EEE») aient effectivement le choix d’autoriser ou de refuser que ces données de santé et de bien-être stockées dans leur profil d’utilisateur Google ou Fitbit soient utilisées par d’autres services de Google. De plus, Google maintiendra la possibilité, pour les applications logicielles, d’accéder, via l’API web Fitbit, aux données concernant la santé et la forme physique des utilisateurs, et ce, sans frais d’accès et sous réserve du consentement des utilisateurs. Enfin, Google continuera de céder gratuitement aux fabricants d’équipements d’origine (FEO) Android le droit d’utiliser ces API publiques incluant l’ensemble des fonctionnalités essentielles dont les appareils de technologie portable à porter au poignet ont besoin pour interagir avec un smartphone Android. Afin que sa pérennité soit assurée, l’engagement s’étend également à toute amélioration qui serait apportée à ces fonctionnalités, ainsi qu’aux mises à jour pertinentes.

La Commission poursuit également ses actions de contrôle de l'application des règles afin de s’assurer que les plateformes, qui jouent un rôle de «contrôleur d’accès», ne se livrent pas à des pratiques susceptibles de fausser la concurrence. En juin 2020, la Commission a ouvert trois procédures formelles en matière de pratiques anticoncurrentielles à l’encontre d’Apple concernant les règles d’Apple relatives à la distribution d’applications qui sont en concurrence avec ses propres applications et services sur l’App Store d’Apple dans l’Espace économique européen (EEE) 206 . Ces enquêtes portent plus particulièrement i) sur l’utilisation obligatoire du système d’achat intégré propriétaire d’Apple (par lequel l’entreprise facture aux développeurs d’applications une commission de 30 % sur les frais d’abonnement) et ii) sur la manière dont la capacité des développeurs à informer librement les utilisateurs d’iPhone et d’iPad de possibilités moins coûteuses en dehors des achats intégrés aux applications peut se trouver restreinte. Le comportement en question peut également priver les développeurs d’applications concurrentes de données importantes sur les clients, tandis qu’Apple peut obtenir des données précieuses sur les activités et offres de ses concurrents. La Commission cherche à déterminer si ces pratiques faussent la concurrence entre Apple et les autres développeurs d’applications et nuisent aux consommateurs. Le 30 avril 2021, la Commission a adressé une communication des griefs à Apple concernant les règles de l’App Store d’Apple pour les applications de musique en continu 207 .

Dans le cadre de la série d’affaires portant sur les pratiques potentielles d’«autofavoritisme» et discriminatoires des plateformes numériques à «double rôle», la Commission a ouvert, le 10 novembre 2020, une deuxième enquête formelle en matière de pratiques anticoncurrentielles au sujet des pratiques commerciales d’Amazon 208 . Amazon pourrait favoriser artificiellement ses propres offres de vente au détail et les offres des vendeurs de sa place de marché qui utilisent les services logistiques et de livraison d’Amazon (le service «Expédié par Amazon» – «Fulfilment by Amazon» en anglais – et les «vendeurs FBA»). Plus particulièrement, la Commission examinera si les critères fixés par Amazon pour sélectionner le vainqueur de la «boîte d’achat» et permettre aux vendeurs de proposer des produits aux utilisateurs Prime, dans le cadre du programme de fidélisation Prime d’Amazon, conduisent à un traitement préférentiel de l’activité de détail d’Amazon ou des vendeurs FBA. Pour les vendeurs, il est essentiel de gagner la «boîte d’achat» et d’atteindre les utilisateurs Prime pour générer des ventes sur la plateforme.

2.2.2. Accès transfrontière au contenu

Le 9 décembre 2020, la Cour de justice a annulé l’arrêt confirmatif rendu précédemment par le Tribunal, ainsi que la décision de la Commission du 26 juillet 2016, qui rendait contraignants les engagements offerts par les studios Paramount dans le cadre de l’enquête sur la télévision payante 209 . L’enquête sur la télévision payante portait sur certaines clauses figurant dans les accords de licence pour la télévision payante conclus entre six grands studios de cinéma et Sky UK. Ces clauses limitaient la capacité de Sky UK d’accepter des demandes non sollicitées provenant de consommateurs résidant en dehors du Royaume-Uni et de l’Irlande, éliminant ainsi la concurrence transfrontière et rendant plus difficile l’accès transfrontière aux contenus audiovisuels. Dans son arrêt, la Cour de justice a confirmé l’interprétation de l’article 101, paragraphe 1, du TFUE retenue par la Commission et a indiqué que les clauses de géoblocage en cause créaient une protection territoriale absolue et avaient donc pour objet de restreindre la concurrence. Dans cet arrêt, la Cour de justice a également confirmé que son arrêt rendu dans l’affaire Murphy 210 sur les contenus sportifs s’appliquait aux contenus audiovisuels protégés par le droit d’auteur, tels que les films. Cela renforce l’interprétation de la Commission selon laquelle l’accès transfrontière à ces services ne peut être empêché contractuellement.

2.2.3. Marchés de technologies

Les actions de la Commission sur les marchés des technologies visent à maintenir la concurrence sur les marchés et à maximiser les incitations à l’innovation. Dans ce contexte, la Commission a continué de contrôler le respect de ses décisions dans les affaires Moteur de recherche Google (Shopping) 211 et Google Android 212 , ainsi que l’évolution du marché concernant d’autres segments verticaux de Google, notamment Local 213 et Jobs 214 .

La Commission a entamé un certain nombre d’autres enquêtes préliminaires dans le domaine des technologies de l’information et de l’électronique grand public, notamment sur les pratiques de Nokia en matière d’octroi de licences pour les brevets essentiels liés à une norme (BEN) dans le secteur automobile.

L’affaire Broadcom

En octobre 2020, la Commission a clôturé la procédure relative à un comportement d’exclusion potentiel de Broadcom dans le domaine des composants pour décodeurs de télévision et modems 215 . Les engagements finaux proposés par Broadcom ont été rendus juridiquement contraignants en vertu des règles de l’UE relatives aux pratiques anticoncurrentielles par une décision de la Commission du 7 octobre 2020. Conformément aux engagements, Broadcom suspendra notamment tous les accords existants contenant des clauses d’exclusivité ou de quasi-exclusivité et/ou des dispositions produisant un effet de levier qui se rapportent aux systèmes sur puce pour décodeurs de télévision et modems internet, et s’abstiendra de conclure de nouveaux accords comportant de telles clauses, pendant une période de sept ans.

Dans l’affaire Broadcom, les mesures provisoires visant à empêcher que des dommages irréparables soient infligés à la concurrence étant déjà en place, les discussions sur les engagements ont pu se dérouler de manière efficace et sans risque de détérioration du marché dans l’intervalle, ce qui a permis de trouver une solution globale en temps utile, favorisant ainsi une concurrence loyale au profit des consommateurs.

Le 11 août 2020, la Commission a approuvé l’acquisition du contrôle conjoint d’Archipels, une société nouvellement créée basée en France, par la Caisse des dépôts et consignation (CDC), comprenant La Poste, basée en France, le groupe Électricité de France (EDF), basé en France, et le groupe ENGIE (ENGIE), basé en France 216 . Archipels sera active dans le secteur de la certification de l’authenticité et la gestion, par blockchain, de documents et d’informations liés à l’individu.

2.2.4. Secteur des télécommunications

Les consommateurs européens doivent pouvoir disposer d’un choix accru dans le secteur des télécommunications, et ce, en bénéficiant de prix bas, d’une qualité élevée et de services innovants. Aujourd’hui, les opérateurs historiques doivent, conformément aux obligations réglementaires, fournir des services de gros et un accès au réseau aux autres opérateurs. Le déploiement rapide et efficace de la 5G, qui garantit la compétitivité de l’industrie européenne dans une société de plus en plus numérique, est une priorité essentielle de la Commission. Les accords de partage de réseau peuvent générer des gains d’efficacité – ces accords peuvent faciliter le déploiement de solutions technologiques avancées en réduisant les coûts. Ce type d’accords est également un moyen pour les opérateurs de déployer rapidement et efficacement les réseaux 5G. Plus les parties parviendront à trouver un équilibre optimal entre concurrence et coopération, plus les réseaux offriront des avantages aux consommateurs, tant sur le plan de la qualité que sur le plan des prix. Cependant, tous les accords de partage de réseau ne sont pas bénéfiques et les effets anticoncurrentiels potentiels doivent être soigneusement évalués afin d’éviter de nuire à la concurrence et aux consommateurs.

Le 19 février 2020, la Commission a approuvé sans condition l’acquisition du contrôle conjoint de Prosegur Alarmas par Telefónica et Prosegur, les trois sociétés étant actives en Espagne 217 .

En 2020, la Commission a poursuivi son enquête sur un accord de partage de réseau mobile entre les deux plus grands opérateurs de Tchéquie, O2/CETIN et T-Mobile, à la suite de la publication d’une communication des griefs le 7 août 2019 218 . À titre préliminaire, la Commission a estimé dans la communication des griefs que l’accord de partage de réseau est anticoncurrentiel parce qu’il est susceptible d’ôter aux deux opérateurs mobiles toute motivation à améliorer leurs réseaux et leurs services.

Le 6 mars 2020, la Commission a publié un communiqué de presse commun sur les concentrations et les pratiques anticoncurrentielles dans lequel elle annonçait l’autorisation de création d’une entreprise commune, INWIT, sous réserve d’engagements, ainsi que sa conclusion, à première vue, sur les aspects anticoncurrentiels de l’affaire 219 . En 2019, Telecom Italia (TIM) et Vodafone Italia ont décidé de consolider certaines parties de leur infrastructure mobile en fusionnant tous leurs actifs de pylônes dans une entreprise commune détenue conjointement, INWIT, en concluant des accords pour partager leur réseau passif (pylônes, antennes, etc.) sur l’ensemble du territoire italien ainsi que leurs réseaux actifs 2G, 4G et 5G (équipement de traitement des signaux) dans certaines municipalités. Alors que la création de l’entreprise commune a été examinée au regard du règlement de l’UE sur les concentrations, la Commission a mené en parallèle une enquête préliminaire sur les accords de partage passif et actif du réseau au titre de l’article 101. Dans ce contexte, la Commission a également examiné la portée géographique du partage actif, à savoir la décision initiale des parties d’exclure du partage actif toutes les municipalités de plus de 100 000 habitants, en partant du principe que les zones à forte densité de population sont également considérées comme les zones les plus rentables pour les investissements et le déploiement sur une base individuelle. Le dialogue de la Commission avec TIM et Vodafone a conduit les parties à revoir encore à la baisse leur partage actif, en excluant les municipalités de plus de 100 000 habitants ainsi que la plupart de leurs périphéries les plus densément peuplées, ce qui correspond à plus de 30 % de la population italienne et à plus de 33 % du trafic de données. Dans ces régions, les parties continueront à se livrer concurrence sur la qualité des réseaux tout en préservant les avantages du partage de réseau dans d’autres villes ainsi qu’en zones rurales. La Commission a conclu que cet ajustement semblait, à première vue, de nature à apaiser les craintes que pouvaient susciter les accords de partage de réseau, compte tenu du fait que les marchés italiens des télécommunications sont moins concentrés que dans d’autres États membres et que les problèmes liés au déploiement des réseaux des opérateurs arrivés récemment sur le marché ont été résolus par les engagements pris dans la décision relative à la concentration.

Le 27 novembre 2020, la Commission a autorisé, sous conditions, le projet d’acquisition de Covage par SFR FTTH, une entreprise contrôlée conjointement par Altice, Allianz et Omers 220 . Altice/SFR FTTH et Covage sont les principaux opérateurs de réseaux en fibre en France. La Commission craignait i) que, sur le marché de gros des réseaux d’accès «fibre-to-the-office» (FttO), la pression concurrentielle exercée par Covage soit éliminée par la création d’un leader de marché de grande taille, tant au niveau national que sur plusieurs marchés locaux; et ii) que l’entité issue de la concentration obtienne la capacité et la motivation pour évincer les concurrents de détail d’un accès concurrentiel aux capacités en fibre de Covage au niveau du marché de gros, et que Covage devienne verticalement intégrée dans les activités de détail de SFR. Pour répondre à ces préoccupations, SFR FTTH a proposé de céder à un acquéreur approprié 25 filiales et actifs correspondant à l’activité «boucle locale optique» (FttO) de Covage. En outre, SFR FTTH a proposé un contrat de services transitoire, portant notamment sur l’accès à tous les actifs et services requis pour exploiter l’activité cédée dans des conditions concurrentielles pendant une durée permettant à cette dernière de devenir totalement indépendante de SFR FTTH.

2.2.5. Médias

Le 30 avril 2020, la Commission a autorisé la création d’une entreprise commune basée en Suède par Nordic Entertainment Group AB (NENT), établie en Suède, et Telenor ASA, établie en Norvège 221 . L’entreprise commune sera principalement active dans la fourniture de services de distribution de télévision au Danemark, en Finlande, en Norvège et en Suède.

Le 30 juin 2020, la Commission a approuvé l’acquisition du contrôle exclusif de Banijay et Endemol Shine, sociétés basées respectivement en France et aux Pays-Bas, par le groupe Lov, basé en France 222 . La Commission a conclu que le projet d’acquisition ne soulèverait pas de problème de concurrence compte tenu de la présence d’un nombre suffisant d’acteurs alternatifs ayant des portefeuilles de contenus similaires dans les pays concernés.

Le 12 août 2020, la Commission a approuvé la création par Liberty Global et DPG Media d’une entreprise commune qui exploitera une activité de vidéo à la demande sur abonnement (SVOD) 223 . Au terme de son enquête, la Commission a conclu que l’opération envisagée n’était pas susceptible d’entraver une concurrence effective. En particulier, i) l’entreprise commune, Liberty Global et DPG Media exerceront chacune séparément leurs activités d’acquisition de contenu, ii) l’entreprise commune n’inclura pas les chaînes linéaires et les services auxiliaires liés à la diffusion linéaire de ces chaînes, et iii) un certain nombre d’autres acteurs majeurs de la SVOD resteront sur le marché.

Le 6 octobre 2020, la Commission a autorisé sans condition l’acquisition de Central European Media Enterprises (CME) par PPF Group NV (PPF) 224 . PPF et CME exercent toutes deux des activités d’acquisition de droits de diffusion de programmes sportifs en Tchéquie et en Slovaquie et de vente d’espaces publicitaires en Tchéquie. Parallèlement, elles sont présentes à des niveaux différents de la chaîne de valeur télévisuelle. CME est principalement active en tant que fournisseur en gros de chaînes de télévision dans plusieurs États membres, tandis que PPF propose des services audiovisuels et de télécommunications au détail en Bulgarie, en Tchéquie et en Slovaquie. La Commission a estimé que l’opération n’affecterait pas la position des entreprises sur ces marchés.

En janvier 2020, la Commission a conclu sa dernière enquête relative à la vente de produits dérivés sous licence. Elle a infligé une amende de 14 300 000 EUR à plusieurs sociétés appartenant à Comcast Corporation, dont NBCUniversal, pour avoir enfreint les règles de l’Union en matière de pratiques anticoncurrentielles 225 . NBCUniversal avait inclus dans ses accords de licence portant sur les produits dérivés de films des clauses interdisant aux preneurs de licences la vente en ligne, la vente en dehors de territoires spécifiques ou encore la vente à des clients spécifiques. Ces clauses cloisonnaient le marché unique au détriment des consommateurs.

2.2.6. Faciliter la transition numérique

La Commission, les États membres et le secteur privé coopèrent pour faciliter la transition numérique, laquelle sera également un moteur important de la transition écologique. Outre la réglementation, un contrôle efficace des aides d’État sera essentiel au bon fonctionnement du marché unique numérique. Cela contribuera à garantir un environnement équitable pour les entreprises, à favoriser l’innovation et à offrir d’importantes possibilités commerciales au secteur privé, qui devrait financer la majorité des investissements numériques. 20 % des fonds relevant de la facilité pour la reprise et la résilience (FRR) sont consacrés à la composante numérique. Une grande partie de ceux-ci seront destinés aux infrastructures numériques, qui sont un moteur essentiel de la numérisation. Étant donné que la FRR est soumise aux règles en matière d’aides d’État, le contrôle des aides d’État garantira que ces fonds sont utilisés pour remédier aux défaillances du marché, que l’investissement privé n’est pas évincé et que la distorsion de la concurrence est limitée au minimum. En outre, en 2020, la Commission a lancé une évaluation des lignes directrices relatives aux aides d’État en faveur du déploiement des réseaux à haut débit, afin de vérifier si elles étaient toujours pertinentes et adaptées à l’objectif poursuivi. Parallèlement, plusieurs dossiers relatifs aux infrastructures à large bande et mobiles ont été clôturés en 2020, permettant ainsi d’aligner l’approche de la Commission sur les évolutions technologiques 226 .

3. Services financiers

3.1 Aperçu des principaux problèmes auxquels le secteur est confronté

La politique de concurrence de l’UE et ses trois instruments de mise en œuvre - contrôle des pratiques anticoncurrentielles, des concentrations et des aides d’État - jouent un rôle important pour garantir que la concurrence se déroule de manière juste et équitable dans tout le secteur financier et que les technologies de rupture sont mises au point et appliquées au bénéfice tant des consommateurs que des entreprises. Les technologies innovantes ne devraient jamais être utilisées pour ériger des barrières sur les marchés émergents.

Le secteur des services financiers est un secteur qui connaît des changements profonds et rapides. Les nouveaux acteurs des services financiers tels qu’Apple Pay ont déjà pénétré les marchés des paiements et les fournisseurs de services de technologie financière 227 continuent de gagner du terrain dans de nombreux domaines. Toutefois, les acteurs établis tels que les systèmes de paiement par carte, les banques de dépôt et les services de crédit, ainsi que les assureurs traditionnels restent indispensables. Qu’il s’agisse de nouveaux acteurs ou d’acteurs établis, la Commission, dans le cadre de son instrument de mise en œuvre des règles relatives aux concentrations, examine de près les consolidations entre concurrents et les intégrations verticales dans les secteurs des services financiers, notamment lorsque ces concentrations sont susceptibles de créer ou de renforcer un pouvoir de marché fondé sur des données.

En 2020, la crise de la COVID-19 a eu des répercussions sur les différents secteurs des services financiers. Par exemple, en ce qui concerne les paiements, la pandémie a entraîné une hausse des paiements sans contact et numériques dans les magasins grâce aux portefeuilles numériques, aux applications de paiement et aux cartes sans contact. Si les opérations par carte effectuées en magasin ont diminué de manière générale dans le contexte des mesures de confinement liées à la COVID-19, le pourcentage de paiements sans contact sur le total des paiements par carte effectués en magasin a quant à lui augmenté. Cette évolution a été accélérée par la tendance des consommateurs à privilégier les paiements sans contact, sans interaction avec un terminal ou un clavier. Des considérations similaires s’appliquent aux paiements mobiles par le biais de portefeuilles et d’applications numériques, qui constituent une méthode de paiement de plus en plus populaire.

De plus, la perte de recettes et de chiffre d’affaires consécutive aux mesures de confinement prises en réponse à la crise du COVID-19 s’est traduite par l’adoption de mesures et une certaine pression sur le secteur bancaire visant à mettre en place des facilités de paiement de crédits pour les clients professionnels. Ces dispositions et d’autres mesures connexes nécessitaient des lignes directrices temporaires convenues, coordonnées par les autorités de surveillance et évaluées du point de vue de leur conformité avec le droit de la concurrence.

Malgré la crise de la COVID-19, les fonds et les instruments de placement indiciels cotés ont continué à prendre de l’importance sur les marchés des capitaux de l’UE et le poids de l’industrie de production d’indices, ainsi que celui du marché des données de marché sur lequel les utilisateurs d’indices s’appuient, est devenu de plus en plus évident. Ce constat a notamment été mis en évidence par des initiatives politiques et des stratégies commerciales visant à encourager une évolution plus marquée vers des modèles d’investissement durables grâce à un recours accru à des indices environnementaux, sociaux et de gouvernance d’entreprise rigoureux. La croissance relative des instruments de placement indiciels cotés a également stimulé le débat, au sein des communautés universitaires et juridiques, sur la manière dont la propriété commune de sociétés de portefeuille concurrentes pourrait avoir une incidence sur les niveaux de concurrence.

Le secteur des assurances a été confronté à la perspective d’une pression potentielle due à l’augmentation des demandes d’indemnisation liées à la crise de la COVID-19. La coopération entre les prestataires de services d’assurance de l’UE a porté sur l’octroi de rabais sur les primes d’assurance dans le contexte de la pandémie. Dans le cadre de cette coopération, il était nécessaire, d’une part, de se préparer à fournir des orientations en cas d’incertitude quant à la compatibilité d’initiatives de coopération spécifiques revêtant une dimension européenne avec le droit de la concurrence de l’UE et, d’autre part, de faire preuve de vigilance pour détecter les situations dans lesquelles des entreprises chercheraient à profiter de la crise de la COVID-19 pour enfreindre la législation sur les pratiques anticoncurrentielles.

Au-delà des services financiers traditionnels mentionnés ci-dessus et de la crise de la COVID-19, des changements radicaux ont continué à apparaître sous la forme de nouveaux produits, services ou concurrents. Même si l’entrée d’entreprises numériques sur les marchés des services financiers peut avoir des effets positifs sur la concurrence dans le marché intérieur, des risques importants peuvent également survenir. À cette fin, la Commission a ouvert des enquêtes sur de possibles comportements anticoncurrentiels liés aux restrictions imposées aux entreprises proposant de nouvelles formes de solutions de paiement. Les principales préoccupations ont trait à l’application et à l’interprétation des règles relatives aux systèmes de paiement par carte concernant les produits proposés par ces entreprises.

Le développement des cryptomonnaies et l’annonce par Facebook et d’autres de projets de développement d’une nouvelle monnaie numérique privée (Diem, anciennement Libra) soulèvent plusieurs questions réglementaires, y compris des problèmes possibles de concurrence. La DG Concurrence continue donc de suivre attentivement l’évolution de la situation dans ce domaine et collabore avec d’autres services de la Commission afin de s’assurer que les nouvelles technologies seront utilisées au bénéfice de l’ensemble des citoyens et des entreprises, sans mettre en péril la stabilité financière.

Si les nouveaux arrivants ont concurrencé les acteurs établis, le secteur bancaire de l’UE a continué de se stabiliser en 2020: les coussins de capital ont augmenté, les conditions de financement sont restées favorables et la qualité des actifs s’est encore améliorée. Ces évolutions sont principalement dues à l’environnement macroéconomique favorable qui prévalait jusqu’au début de la crise de la COVID-19, mais aussi aux effets positifs du cadre réglementaire renforcé mis en place par l’UE pour le secteur des services financiers dans le contexte de l’union bancaire. Dans le même temps, dans les États membres qui ont été le plus durement touchés par la crise financière, certaines banques ont dû faire face à des problèmes persistants hérités du passé tels que des stocks élevés de prêts non productifs. En outre, les banques de l’ensemble de l’UE ont été confrontées à divers défis structurels tels que la surcapacité, la rentabilité toujours faible en raison de la persistance de taux d’intérêt bas, l’intégration des technologies numériques dans les modèles d’entreprise, les nouvelles sources de concurrence telles que les entreprises fournissant des services de technologie financière (comme mentionné ci-dessus) et une législation sectorielle plus exigeante.

L’amélioration de la résilience du secteur dans son ensemble a permis aux banques de l’UE de jouer immédiatement un rôle de soutien à l’économie réelle lorsque la crise de la COVID-19 a éclaté. Dès le départ, les intermédiaires financiers ont été déterminants dans la transmission des aides publiques aux ménages et aux entreprises ayant besoin de liquidités, comme le permet l’encadrement temporaire des mesures d’aide d’État visant à soutenir l’économie, mis en place par la Commission. En tant que telles, les banques de l’UE ont joué un rôle essentiel en maintenant à flot les emprunteurs en détresse temporaire, ainsi qu’en empêchant l’apparition de nouveaux prêts non productifs et d’effets de second tour néfastes tels que des saisies et une forte hausse du chômage.

Au cours de l’année 2020, l’effet de la crise de la COVID-19 sur le secteur bancaire lui-même est resté limité, tandis que les perspectives sont toujours soumises à une forte incertitude. De plus, les banques de l’UE ont indirectement bénéficié de l’aide publique accordée aux emprunteurs non financiers et se sont vu accorder une certaine souplesse de la part des autorités de réglementation et de surveillance. Dans le même temps, les autorités de surveillance leur ont demandé de s’abstenir de verser des dividendes afin de préserver le capital. Les effets de la crise de la COVID-19 sur le secteur bancaire de l’UE pourraient se matérialiser au fil du temps et dépendront de l’évolution de la pandémie et de la souplesse avec laquelle la stratégie de sortie économique sera mise en œuvre.

3.2 Contribution de la politique de concurrence de l’Union européenne à la résolution des problèmes

3.2.1. Contribution de la politique de concurrence de l’Union européenne à l’innovation et à l’équité dans le domaine des paiements

En 2020, la Commission a poursuivi son évaluation de l’application du règlement relatif aux commissions d’interchange (RCI) 228 . Une étude qui a recueilli et analysé des informations complètes sur le marché de tous les États membres à cet effet a été publiée le 11 mars 2020 229 .

Le 29 juin 2020, la Commission a publié un rapport au Parlement européen et au Conseil sur l’application du règlement relatif aux commissions d’interchange (RCI) 230 , traitant les contributions de l’étude, ainsi que celles des parties prenantes et des autorités nationales. Le rapport conclut que le RCI a atteint ses principaux objectifs. En particulier, la diminution des commissions d’interchange appliquées aux cartes consommateurs a permis de réduire les commissions acquittées par les commerçants, d’améliorer les services et de faire baisser les prix pour les consommateurs. L’augmentation des opérations par carte transfrontières, l’amélioration de la transparence et une augmentation limitée de l’utilisation d’acquéreurs situés dans d’autres États membres ont réduit la fragmentation du marché intérieur. Dans son rapport, la Commission conclut que certains domaines nécessitent une application, un suivi et une collecte de données continus et solides, notamment pour poursuivre l’évaluation complexe de la mise en œuvre des plafonds applicables aux commissions et de leur éventuel contournement. Dans d’autres domaines, le caractère récent de la mise en œuvre n’a pas permis de tirer des conclusions sur les incidences. Le rapport n’a donc pas conclu à la nécessité d’une révision juridique. Dans le cadre de la poursuite du processus de consultation et d’évaluation, la Commission a recueilli des avis supplémentaires auprès des parties prenantes et des autorités nationales compétentes lors d’une audition publique sur le RCI le 7 décembre 2020.

L’initiative européenne pour les paiements (EPI) est une initiative des banques de la zone euro qui vise à concurrencer les systèmes internationaux de paiement par carte et les grandes entreprises technologiques, en mettant l’accent sur la création d’un système de cartes paneuropéen intégré et d’une solution de paiement instantané basés sur le système innovant de virement instantané SEPA. Cette initiative est conforme aux objectifs politiques définis dans la communication de la Commission sur une stratégie en matière de paiements de détail pour l’UE 231 et dans celle intitulée «Vers un renforcement du rôle international de l’euro» 232 . À partir d’octobre 2019, la Commission a fourni des orientations en matière de pratiques anticoncurrentielles (sur des questions telles que la gouvernance, la normalisation, la coopération et l’échange d’informations) et des orientations sur l’application du RCI.

3.2.2. Enquêtes en matière d’ententes et d’abus de position dominante dans le secteur des services financiers

Le 16 juin 2020, la Commission européenne a ouvert une enquête formelle en matière de pratiques anticoncurrentielles afin d’apprécier si le comportement d’Apple concernant Apple Pay enfreignait les règles de concurrence de l’Union européenne 233 . L’enquête porte sur les modalités, conditions et autres mesures imposées par Apple pour l’intégration d’Apple Pay dans les applications commerciales et les sites web commerciaux sur les iPhones et les iPads, sur la limitation instaurée par Apple de l’accès à la fonctionnalité de communication en champ proche (Near Field Communication, NFC) dite «tap and go» sur les iPhones pour les paiements en magasin, ainsi que sur des refus allégués d’accès à Apple Pay. Apple Pay est un portefeuille mobile numérique fonctionnant sur les appareils Apple (iOS). Sur la base de l’enquête préliminaire de la Commission, il semble qu’Apple se soit livrée à des pratiques susceptibles de fausser la concurrence entre les fournisseurs de portefeuilles mobiles numériques et de réduire le choix et l’innovation. La Commission mène actuellement son enquête approfondie en priorité afin de déterminer si Apple a enfreint les règles de concurrence de l’UE.

Au cours de l’année 2020, la Commission a continué à surveiller et à examiner les préparatifs en cours en vue de l’introduction de la monnaie numérique stable Diem (anciennement Libra) par l’association Diem, basée en Suisse, ainsi que les projets connexes de la filiale de Facebook, «Novi», visant à lancer des portefeuilles mobiles pour les paiements et les transferts d’argent liés à Diem. Le lancement de Diem dans l’UE a été retardé en raison de préoccupations réglementaires concernant les risques pour la sécurité et la stabilité financières. Pour répondre à ces préoccupations, la Commission a adopté en septembre 2020 une proposition de règlement sur les marchés de crypto-actifs 234 , qui vise à réglementer et à superviser les crypto-actifs, comme Diem. L’objectif de ce suivi est d’évaluer en temps utile les effets de pratiques anticoncurrentielles sur le secteur des paiements et le bien-être des consommateurs.

En ce qui concerne la concurrence sur les marchés des capitaux, la Commission a continué à surveiller ce secteur, en se concentrant en particulier sur les marchés des données de marché, lesquelles englobent les identifiants, les données sur le prix des actifs, les flux consolidés et les indices, où des plaintes informelles continuent d’être déposées contre les fournisseurs historiques. Selon ces plaintes informelles, les opérateurs historiques appliqueraient des conditions/prix de licence abusifs, par opposition à des prix équitables, raisonnables et non discriminatoires («FRAND»). S’agissant de la gestion d’actifs, la Commission a publié en septembre 2020 un rapport sur l’actionnariat commun en Europe 235 . Dans ce rapport, la Commission a proposé un nouveau moyen de mesurer le phénomène et a constaté que ces participations étaient répandues et en augmentation dans l’économie européenne. Elle a également appliqué une analyse économétrique à un secteur pilote qui a fait apparaître une corrélation positive entre l’actionnariat commun et les performances économiques. Cependant, cette analyse n’a pas démontré de lien de causalité. La Commission continuera à surveiller le phénomène en 2021.

En 2020, dans le domaine de l’assurance automobile, la Commission a poursuivi son enquête formelle afin de vérifier les conditions d’accès au système de mise en commun de données Insurance Link géré par l’association d’entreprises Insurance Ireland 236 . L’enquête vise à analyser si les conditions imposées aux entreprises souhaitant participer et accéder à la base de données Insurance Link sont susceptibles d’avoir eu pour effet de désavantager ces entreprises du point de vue concurrentiel sur le marché irlandais de l’assurance automobile par rapport aux entreprises qui avaient déjà accès à la base de données. En 2020, la Commission a également continué de surveiller la concurrence dans le secteur de l’assurance.

3.2.3. Enquêtes sur les opérations de concentration dans le secteur financier

La Commission a continué de veiller à ce que les concentrations dans le secteur des services financiers n’aboutissent pas à des prix plus élevés et à un choix réduit pour les consommateurs. Dans le domaine des systèmes de paiement, la Commission a enquêté sur deux concentrations qui ont été autorisées sous réserve de conditions permettant de remédier aux problèmes constatés lors de l’enquête de marché.

Le 17 août 2020, la Commission a autorisé l’acquisition de l’activité de paiement de compte à compte de Nets par Mastercard 237 , sous réserve du transfert d’une licence mondiale sur la technologie «Realtime 24/7» de Nets pour les services d’infrastructure de base de compte à compte, ainsi que du personnel concerné et d’autres actifs. L’infrastructure de base de compte à compte est l’épine dorsale qui permet le traitement fluide des paiements entre les comptes bancaires, y compris les paiements instantanés. La Commission a constaté que l’opération, telle qu’elle avait été notifiée à l’origine, aurait porté atteinte à la concurrence et entraîné une hausse des prix et une diminution du choix pour la fourniture de services d’infrastructure de base de compte à compte. Elle a conclu que, les deux sociétés occupant des positions fortes et étant des concurrents proches, l’opération aurait conduit à un renforcement anticoncurrentiel de l’acteur principal, Mastercard.

Le 30 septembre 2020, la Commission a autorisé l’acquisition d’Ingenico par Wordline 238 , sous réserve de l’engagement des parties à céder certaines activités d’acquisition de paiements en point de vente (c’est-à-dire de lecteurs de cartes) et de fourniture et de gestion de terminaux en Belgique, au Luxembourg et en Autriche. La Commission craignait que l’opération ne crée ou ne renforce une position dominante sur ces marchés, portant ainsi préjudice à la concurrence et entraînant une hausse des prix et une réduction du choix.

En ce qui concerne les secteurs de la finance et des assurances, la Commission a ouvert deux enquêtes approfondies en vertu du règlement de l’UE sur les concentrations.

À la suite d’une enquête approfondie ouverte le 22 juin 2020, la Commission a autorisé sous conditions, le 13 janvier 2021, le projet d’acquisition de l’activité Refinitiv Business par le London Stock Exchange Group 239 . La Commission a constaté que l’opération, telle qu’elle était initialement proposée, entraverait de manière significative une concurrence effective sur les marchés de la fourniture de services de négociation de titres d’État européens et de la fourniture de services de négociation et de compensation de produits dérivés de taux d’intérêt de gré à gré. Elle a également estimé qu’au terme de l’opération, les concurrents dans le domaine des flux de données consolidés en temps réel et des solutions informatiques pourraient être exclus de l’accès aux données d’entrée de LSEG, et que les concurrents dans l’octroi de licences pour les indices pourraient être exclus de l’accès aux données d’entrée dont dispose Refinitiv. Pour répondre aux préoccupations de la Commission, LSEG s’est engagé à céder le groupe Borsa Italiana et à maintenir un accès ouvert aux données d’entrée pertinentes et aux services de compensation des produits dérivés de taux d’intérêt de gré à gré, pour une durée de dix ans. Les engagements de LSEG garantiront que les marchés resteront ouverts et concurrentiels et que l’acquisition n’entraînera pas une hausse des prix ou une diminution du choix et de l’innovation pour ces produits.

Le 21 décembre 2020, la Commission a également ouvert une enquête approfondie visant à examiner le projet de rachat de Willis Towers Watson par Aon 240 . La Commission craint que l’opération ne réduise sensiblement la concurrence sur les marchés du courtage en assurance des risques commerciaux, du courtage en réassurance et de la fourniture de services de retraite, de santé et de protection sociale aux clients commerciaux.

3.2.4. Enquêtes sur les aides d’État dans le secteur financier

En 2020, il n’y a pas eu de nouvelles affaires concernant des aides d’État aux établissements financiers. Cela tient en grande partie au fait que le secteur bancaire de l’UE avait largement surmonté la précédente crise financière avant que la crise de la COVID-19 ne frappe – sans effets immédiats pour le secteur bancaire en 2020. Dans le même temps, les États membres ont accru leur intervention dans le secteur bancaire dans des conditions conformes au marché, c’est-à-dire dans des conditions qui justifieraient l’intervention d’un investisseur privé plutôt que de compter sur un soutien public direct.

Néanmoins, en 2020, la Commission a encore autorisé la prolongation de régimes existants en vertu desquels les États membres peuvent fournir une aide pour favoriser la restructuration ou la sortie ordonnée du marché d’entités en difficulté, si le besoin s’en fait sentir. Dans le cas de la Pologne, la Commission a autorisé la prolongation d’un régime (en place depuis décembre 2016) en vertu duquel les autorités polonaises peuvent accorder des aides aux banques coopératives et aux petites banques commerciales qui ont été mises en résolution 241 . Elle a également autorisé une nouvelle prolongation du régime polonais de liquidation des coopératives de crédit (en place depuis février 2014) 242 . En Irlande, la Commission a autorisé la prolongation du régime de restructuration des coopératives de crédit 243 (en place depuis octobre 2014) et du régime de liquidation ordonnée des coopératives de crédit (en place depuis décembre 2011) 244 . Dans tous les régimes susmentionnés, des conditions ont été prévues pour garantir que toute aide accordée soit limitée au minimum nécessaire et que les éventuelles distorsions de concurrence soient atténuées.

Malgré l’évolution globalement positive du secteur financier au cours des dernières années, les niveaux élevés des prêts non productifs (PNP) sont un problème ancien, en particulier dans certains États membres. En 2020, le régime hellénique de protection des actifs («Hercules»), approuvé comme étant exempt d’aides d’État, a été mis à la disposition des banques grecques pour résoudre le problème des PNP. Ce régime illustre la façon dont les États membres peuvent aider leurs banques à assainir leurs bilans sans accorder d’aide ni fausser la concurrence. De telles garanties d’État ne s’appliquent qu’aux tranches de rang supérieur dans certaines conditions qui sont rémunérées aux conditions du marché.

En 2020, le régime italien de garanties pour la titrisation des prêts non productifs (Fondo di Garanzia sulla Cartolarizzazione delle Sofferenze – «GACS») a continué à s’appliquer. En aidant les banques à titriser et à sortir de leur bilan les prêts non productifs, le régime est un volet important de la stratégie de l’Italie pour résoudre les problèmes de qualité des actifs des banques. Entre février 2016 et février 2021, le régime a été utilisé à 27 reprises, ce qui a permis de retirer environ 74 000 000 000 EUR de prêts non productifs du système bancaire italien.

Dans le cas de l’Italie, la Commission a autorisé un nouveau régime de liquidation ordonnée pour les petites banques italiennes qui ont été mises en liquidation administrative obligatoire 245 . Compte tenu des circonstances exceptionnelles liées à la crise de la COVID-19 et des garanties contre les distorsions indues de la concurrence prévues par le régime, la Commission a accepté que les banques dont le bilan ne dépassait pas 5 000 000 000 EUR (au lieu du seuil de 3 000 000 000 EUR mentionné dans la communication concernant le secteur bancaire de 2013) puissent bénéficier du nouveau régime de liquidation. La Commission a précisé qu’elle accepterait aussi à titre temporaire qu’un seuil plus élevé soit appliqué pour des régimes similaires par d’autres États membres dans le contexte de la crise de la COVID-19, pour autant que des garanties similaires à celles mises en œuvre par l’Italie puissent être démontrées.

La Commission a également autorisé quelques programmes de soutien à la liquidité. Tel a été le cas pour la Grèce, où la Commission a autorisé la prolongation d’un régime de garanties bancaires (en place depuis novembre 2008) pour faire face aux problèmes persistants liés à la situation de liquidité des banques 246 . En ce qui concerne l’Italie, la Commission a donné son feu vert à un nouveau régime de soutien à la liquidité en faveur des banques italiennes viables confrontées à des problèmes de liquidité temporaires 247 .

Afin de compléter le financement commercial fourni par les institutions de prêt ou les fonds d’investissement, les États membres peuvent fournir une aide aux jeunes PME et aux jeunes pousses qui pâtissent généralement d’un accès limité au financement pour croître et exploiter pleinement leur potentiel, et ce, en raison de défaillances du marché bien définies, notamment le problème des informations asymétriques dont disposent les investisseurs. Ces mesures peuvent soit être mises en œuvre directement par les États membres si elles relèvent du règlement général d’exemption par catégorie (RGEC) 248 , soit être structurées en tant que régimes soumis à l’obligation de notification en vertu des lignes directrices sur le financement des risques 249 .

En 2020, la Commission a autorisé la modification des régimes existants de financement des risques en France 250 et en Allemagne 251 , avec des budgets respectifs de 160 000 000 EUR (2020-2025) et 88 000 000 EUR (2021-2022). Elle a en outre conclu qu’un régime tchèque 252 de 12 500 000 EUR destiné à favoriser le financement des PME par les marchés des capitaux (appelé «fonds IPO») ne constituait pas une aide d’État au sens de la réglementation de l’UE, car le fonds IPO participera aux offres publiques lancées par les PME en même temps et aux mêmes conditions que les investisseurs privés.

Les États membres ont continué à promouvoir la création ou l’expansion des banques de développement. Ces établissements financiers mettent en œuvre des régimes d’aides d’État pour le compte des États membres et, en 2020, ils ont notamment joué un rôle clé pour faire face aux conséquences économiques de la crise de la COVID-19. Du point de vue des aides d’État, les banques de développement financées par des fonds publics peuvent opérer dans le cadre d’un mandat bien défini qui remédie aux défaillances du marché, à condition qu’elles ne s’engagent pas dans des activités qui évincent les établissements financiers commerciaux. En 2020, la Commission a autorisé un financement (y compris le capital d’amorçage d’un montant maximal de 800 000 000 EUR) consacré à la création d’un nouvel établissement de financement du développement aux Pays-Bas: Invest International 253 . Elle a également autorisé un financement (y compris un capital d’environ 1 700 000 000 EUR) en vue de la création d’une nouvelle banque de développement en Écosse: la Scottish National Investment Bank 254 . Enfin, la Commission a autorisé le projet portugais de création d’une nouvelle banque nationale de développement (Banco Português de Fomento), résultant de la fusion entre l’actuelle Instituição Financeira de Desenvolvimento et PME Investimentos 255 .

4. Fiscalité et aides d’État

4.1 Aperçu des principaux problèmes en matière de fraude et d’évasion fiscales et d’aides fiscales

Les activités menées par la Commission pour faire respecter le droit de l’UE dans ce domaine visent à combattre l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices afin de mieux aligner le droit d’imposition sur l’activité économique. Les enquêtes relatives aux aides d’État portant sur les pratiques des États membres en matière de décisions fiscales anticipées (également appelées «rescrits fiscaux») sont l’un des instruments dont dispose la Commission pour s’assurer que les sociétés paient les impôts dus dans les États membres dans lesquels elles génèrent une valeur économique.

La fraude et l’évasion fiscales peuvent résulter d’une planification fiscale agressive, dans la mesure où elles transfèrent les bénéfices vers des juridictions où la charge fiscale est faible ou nulle et dans lesquelles l’activité économique est minime ou inexistante, ce qui permet de ne payer que peu, voire pas, d’impôt sur les sociétés. Une planification fiscale agressive peut être mise en œuvre en recourant à un régime fiscal préférentiel ou en demandant des décisions fiscales anticipées à titre individuel. Tous ces dispositifs ont pour point commun d’entraîner une perte de recettes fiscales pour l’État membre dans lequel la valeur économique est créée, mais non imposée, ainsi que pour l’UE dans son ensemble, parce que l’impôt acquitté en définitive est inférieur à ce qu’il aurait été si les bénéfices n’avaient pas été transférés.

Une planification fiscale agressive a des effets secondaires particulièrement néfastes pour l’UE. Premièrement, elle entraîne des allégements fiscaux indus qui faussent la concurrence en entraînant des avantages pour certaines sociétés ou certains groupes de sociétés. Deuxièmement, elle pose un problème d’équité sociale, parce qu’il faut compenser les recettes non perçues sur les multinationales qui échappent à l’impôt, ce qui déplace généralement la charge vers les revenus moins mobiles des PME et du travail. Troisièmement, du point de vue de la délocalisation des activités, la planification fiscale agressive peut menacer la croissance durable du marché intérieur.

Bien qu’en l’absence d’harmonisation, la fiscalité directe relève de la compétence des États membres, les mesures fiscales nationales doivent respecter les règles du marché intérieur et être conformes aux règles de concurrence de l’UE. Les arrêts récents du Tribunal ont confirmé que l’article 107 du TFUE permettait à la Commission de déterminer si une mesure fiscale confère à des entreprises un avantage économique qui place les bénéficiaires dans une position plus favorable que les autres contribuables. En particulier, le Tribunal a considéré que la Commission pouvait apprécier, au regard des règles relatives aux aides d’État, si la méthode de fixation des prix de transfert validée par une décision fiscale anticipée aboutit à un résultat établi conformément au principe de pleine concurrence 256 .

4.2 Contribution de la politique de concurrence de l’Union européenne à la résolution des problèmes

4.2.1. Enquêtes en matière d’aides d’État et décisions relatives à la planification fiscale agressive

En 2020, la Commission a poursuivi son enquête sur la pratique des États membres en matière de décisions fiscales anticipées et sur les modifications de la législation fiscale. Pour rappel, cette dernière a commencé à recueillir en 2014 des informations sur les pratiques des États membres en matière de décisions fiscales anticipées pour les années 2010-2013. Cette enquête visait à faire la lumière sur les allégations selon lesquelles les décisions fiscales anticipées peuvent constituer des aides d’État et à permettre à la Commission de se forger un avis éclairé sur les pratiques de tous les États membres. En tout, la Commission a examiné plus de mille décisions anticipées.

Toutefois, depuis 2013, les États membres ont évolué au niveau tant de la législation fiscale que de la pratique en matière de décisions fiscales anticipées. Afin de se forger un avis éclairé sur cette évolution, la Commission a demandé à tous les États membres, à la fin de 2019, de fournir une mise à jour de leurs pratiques législatives et administratives ainsi qu’une liste des décisions fiscales anticipées pour les années 2014 à 2018. Ce processus de collecte d’informations s’est poursuivi en 2020 et la Commission examine actuellement lesdites informations.

4.2.2. Affaires importantes

La Commission a poursuivi l’examen des affaires en cours concernant des allégations d’aides d’État octroyées par les Pays-Bas à Inter IKEA, à Starbucks et à Nike; par le Luxembourg à Huhtamäki; et par la Belgique à 39 bénéficiaires individuels du régime belge d’exonération des bénéfices excédentaires.

En 2020 également, la Commission a défendu un certain nombre de ses décisions devant la Cour. Le 15 juillet 2020, le Tribunal a annulé 257 la décision de la Commission relative à l’aide d’État accordée par l’Irlande à Apple, au motif que la Commission n’avait pas démontré à suffisance de droit l’existence d’un avantage sélectif en faveur d’Apple. Toutefois, il a confirmé la décision de la Commission sur l’applicabilité de principes juridiques importants.

Irlande – Arrêt du Tribunal concernant Apple

Le 15 juillet 2020, le Tribunal a annulé la décision de la Commission du 30 août 2016 dans l’affaire SA.38373. Dans cette décision, la Commission avait déclaré que l’Irlande avait accordé des aides d’État illégales et incompatibles à Apple Sales International (ASI) et Apple Operations Europe (AOE) sur la base de deux constatations d’avantage (raisonnement à titre principal et raisonnement à titre subsidiaire) et de plusieurs constatations de sélectivité. Le Tribunal a jugé que la Commission n’avait pas démontré à suffisance de droit que les décisions fiscales anticipées de 1991 et 2007 avaient procuré à ASI et AOE un avantage sélectif au sens de l’article 107, paragraphe 1, du TFUE.

Dans le cadre de la constatation principale de l’avantage, la Commission avait fait valoir dans la décision que les licences de propriété intellectuelle d’Apple, qui avaient été transférées à ASI et AOE par l’intermédiaire d’un accord de rachat et de partage des coûts (APC) avec Apple Inc., auraient dû être attribuées aux succursales irlandaises d’ASI et d’AOE à des fins fiscales, puisque seules ces succursales irlandaises avaient la capacité de générer des revenus à partir de ces licences. Selon le Tribunal, la Commission n’a pas démontré que les revenus imputés aux succursales irlandaises représentaient la valeur des activités effectivement réalisées par ces dernières. Le Tribunal a estimé que la méthode consistant à imputer des fonctions et des actifs essentiels aux succursales irlandaises au seul motif que les sociétés n’avaient pas de personnel en dehors des succursales était incompatible avec le droit irlandais et l’approche autorisée de l’OCDE. L’absence de salariés et de présence physique en dehors de la succursale irlandaise n’empêche pas, en soi, de conclure que la société, et non la succursale, contrôle ces actifs.

De même, le Tribunal a rejeté l’argument de la Commission selon lequel les sièges sociaux d’ASI et d’AOE, par l’intermédiaire de leurs conseils d’administration, n’avaient pas les capacités d’exercer les fonctions essentielles des sociétés. Le Tribunal a admis qu’Apple Inc. assurait la gestion stratégique centrale à Cupertino et que ce point devait être pris en considération aux fins de l’imputation des bénéfices, notamment en ce qui concerne les produits du groupe à l’origine de la propriété intellectuelle d’Apple. Ce faisant, il a ignoré les arguments de la Commission selon lesquels ces activités étaient réalisées par une entité distincte et étaient déjà rémunérées dans le cadre d’un APC entre Apple Inc. et ASI/AOE.

En ce qui concerne la constatation subsidiaire de l’avantage, qui reposait sur l’acceptation de l’hypothèse de l’Irlande et d’Apple selon laquelle les licences de propriété intellectuelle d’Apple devaient être attribuées aux sièges sociaux d’ASI et d’AOE, le Tribunal a considéré que la méthode utilisée par la Commission pour imputer les bénéfices aux succursales irlandaises était incorrecte. Tout en reconnaissant le caractère défaillant et incohérent des décisions fiscales anticipées, le Tribunal a considéré que les erreurs méthodologiques relevées par la Commission n’étaient pas suffisantes pour démontrer l’existence d’un avantage.

La Commission a décidé de faire appel de cet arrêt devant la Cour de justice de l’Union européenne. L’arrêt du Tribunal soulève d’importantes questions juridiques qui présentent un intérêt pour la Commission dans son application des règles en matière d’aides d’État aux affaires de planification fiscale. La Commission porte cette affaire devant la Cour de justice afin de clarifier ces questions juridiques.

Dans le même temps, si la décision de la Commission concernant Apple a été annulée, cela ne remet pas en cause le principe de longue date, remontant à une jurisprudence très ancienne de la Cour de justice, selon lequel la souveraineté fiscale doit être exercée à la lumière des principes du traité et de la législation de l’UE en matière d’aides d’État. L’arrêt rendu par le Tribunal dans l’affaire Apple, dans la lignée de ses arrêts précédents concernant le régime belge d’exonération des bénéfices excédentaires, Fiat et Starbucks, a confirmé que les États membres étaient tenus de définir leur législation fiscale dans le respect du droit de l’Union, y compris des règles en matière d’aides d’État. Le Tribunal a également confirmé l’approche adoptée par la Commission pour déterminer si les transactions entre sociétés du groupe donnaient lieu à un avantage en vertu des règles de l’UE en matière d’aides d’État, sur la base du principe dit de «pleine concurrence».

4.2.3. Enquêtes sur les régimes et mesures fiscaux discriminatoires protégeant des entreprises nationales contre la concurrence au sein du marché intérieur

En ce qui concerne l’enquête sur les aides fiscales accordées aux ports, la Commission a rendu des décisions négatives adoptées en janvier 2016 (entreprises publiques néerlandaises 258 ) et en juillet 2017 (ports belges 259 et français 260 ). Ces décisions ont été confirmées par le Tribunal 261 .

En janvier 2019, la Commission a proposé des mesures utiles à l’Italie 262 et à l’Espagne 263 . Les deux États membres ont été invités à supprimer les exonérations d’impôt sur les sociétés pour les autorités portuaires à partir du 1er janvier 2020. L’Espagne a accepté les mesures utiles. En conséquence, en novembre 2019, la Commission a clôturé l’enquête relative aux ports espagnols 264 . L’Italie n’a pas accepté les mesures utiles. Par conséquent, la Commission a adopté une décision négative en décembre 2020 265 , ordonnant à l’Italie de supprimer les exonérations injustifiées de l’impôt sur les sociétés dont bénéficient les autorités portuaires, car ces exonérations leur procurent un avantage sélectif, en violation des règles de l’UE en matière d’aides d’État. Les activités relevant de l’exercice d’une mission d’intérêt public par les autorités portuaires ne sont pas soumises au contrôle des aides d’État. En conséquence, la demande portant sur la suppression des exonérations fiscales ne concerne que les revenus tirés d’activités économiques. Si les autorités portuaires génèrent des bénéfices à partir d’activités économiques, ceux-ci doivent être imposés selon les législations fiscales nationales normales afin d’éviter les distorsions de concurrence.

L’action de la Commission tient compte de l’objectif de garantir que toutes les entreprises paient leur juste part de l’impôt et qu’aucun secteur ni aucune entreprise en particulier ne bénéficie indument d’un traitement en matière d’impôt sur les sociétés plus favorable que ses concurrents. Les ports sont essentiels pour l’économie de l’Union européenne et la Commission n’empêche pas les États membres d’octroyer des aides à leurs ports, notamment lorsque celles-ci sont nécessaires pour développer l’infrastructure portuaire, mais les exonérations d’impôt sur les sociétés procurent un plus grand avantage aux bénéficiaires les plus rentables. Elles ne sont ni transparentes, ni limitées ou ciblées sur des activités de financement ou des investissements nécessaires et justifiés par des objectifs d’intérêt commun.

5. Industries de base et industrie manufacturière

5.1 Aperçu des principaux problèmes auxquels le secteur est confronté

L’industrie manufacturière représente plus de 20 % de l’économie de l’UE. Elle est un moteur de croissance et d’innovation et emploie environ 35 millions de personnes, soit plus de 20 % de la main-d’œuvre de l’Union. Les deux millions d’entreprises actives dans ce secteur sont confrontées à des défis de taille, tels que les tensions commerciales, l’émergence de technologies avancées et la nécessité d’adapter radicalement leurs pratiques pour les rendre respectueuses du climat. Tout cela doit à présent être appréhendé dans le contexte de la pandémie, qui a entraîné des fermetures d’usines et des modifications substantielles des pratiques de travail et de la structure de la demande. La proposition de facilité pour la reprise et la résilience, ainsi que le «pacte vert pour l’Europe» et une nouvelle stratégie industrielle pour l’Europe visent à relever ces défis en soutenant la compétitivité des entreprises de l’UE et en stimulant les investissements dans le cadre de la reprise consécutive à la pandémie et la transition vers une économie numérique et propre. L’application des règles relatives aux pratiques anticoncurrentielles et aux concentrations dans les secteurs de l’industrie manufacturière et des industries de base contribue à cette transformation, notamment en garantissant que l’innovation ne soit pas entravée et que les entreprises puissent se livrer à une concurrence loyale et équitable. Parallèlement, l’application des règles en matière d’aides d’État garantit que les intérêts exclusivement nationaux ne faussent pas la concurrence et que les fonds publics sont orientés vers la recherche, la formation et l’efficacité énergétique. Améliorer la compétitivité à long terme des entreprises de l’Union sur le marché unique leur permet également d’être mieux en mesure d’affronter la concurrence sur le marché mondial.

5.2 Contribution de la politique de concurrence de l’Union européenne à la résolution des problèmes

5.2.1. Enquêtes en matière de pratiques anticoncurrentielles dans les industries de base et l’industrie manufacturière

L’industrie manufacturière et l’industrie des biens de consommation continuent de représenter une part importante de la pratique de la Commission en matière de mise en œuvre. En 2020, la Commission a poursuivi ses lignes d’action (notamment en ce qui concerne le traitement des dossiers, la surveillance des marchés et les actions de sensibilisation) dans ces secteurs. Elle a également engagé le dialogue avec les parties prenantes sur l’application potentielle des règles anticoncurrentielles aux systèmes coopératifs destinés à favoriser la réponse à la crise de la COVID-19. Dans le même temps, elle a continué à surveiller les marchés de l’après-vente des industries manufacturières, afin de veiller à ce que la concurrence ne soit pas réduite au détriment général des consommateurs.

5.2.2. Enquêtes sur les opérations de concentration dans les industries de base et l’industrie manufacturière

En 2020, la Commission a poursuivi son examen approfondi des fusions et acquisitions dans le secteur des industries de base et des biens de consommation, afin de garantir la disponibilité de produits diversifiés et abordables dans toute l’UE et de protéger l’innovation.

Dans le secteur des produits chimiques à usages spéciaux, la Commission a autorisé, le 15 janvier 2020, l’acquisition d’Omnova par Synthomer 266 , sous réserve de la cession de l’activité mondiale de Synthomer dans le domaine des latex de vinylpyridine. La Commission a constaté que l’acquisition aurait probablement entraîné une hausse des prix, une réduction du choix de produits et une baisse de la qualité des services fournis aux clients, car le marché de la fourniture de latex de vinylpyridine dans l’EEE est très concentré, Synthomer et Omnova étant les deux seuls acteurs disposant de capacités de production dans l’EEE, et caractérisé par des obstacles importants au commerce entre régions.

Dans le secteur des pigments, la Commission a autorisé, le 7 décembre 2020, l’acquisition de BASF Colors & Effects par DIC Corporation 267 , sous réserve de la cession de l’usine de fabrication de pigments de DIC située à Bushy Park (Caroline du Sud, États-Unis). La Commission a estimé qu’à la suite de l’opération telle qu’elle avait été initialement notifiée, les clients à la recherche de pigments pour les applications les plus complexes ne disposeraient pas de solutions de remplacement suffisantes pour s’approvisionner en certains indices de couleur dans les pigments de pérylène et de quinacridone.

Le 30 août 2019, les fabricants d’aéronefs Boeing et Embraer 268 ont notifié leur projet de création de deux entreprises communes: i) une entreprise commune contrôlée exclusivement par Boeing, qui reprendrait les activités mondiales d’Embraer dans le domaine de l’aviation commerciale; et ii) une entreprise commune contrôlée conjointement par les deux entreprises, qui serait chargée de la commercialisation de l’avion militaire Embraer KC-390. La Commission a ouvert une enquête approfondie sur les entreprises communes le 4 octobre 2019, car elle craignait que l’opération ne supprime le troisième plus grand concurrent mondial, Embraer, sur le marché déjà fortement concentré de l’aviation commerciale. La Commission s’inquiétait notamment des effets de l’opération sur le segment des petits avions commerciaux monocouloirs (100 à 150 sièges), sur lequel Boeing et Embraer semblaient se livrer une concurrence directe sur les prix et d’autres paramètres dans le cadre de campagnes importantes d’achats d’aéronefs au niveau mondial. Ses préoccupations portaient également sur l’élimination de la position potentielle d’Embraer en tant que force concurrentielle de taille modeste, mais importante, sur le marché global des avions monocouloirs. L’opération a finalement été abandonnée par Boeing et Embraer, et la notification a été retirée le 8 mai 2020.

Le 27 février 2020, la Commission a approuvé l’acquisition d’Agta Record par Assa Abloy 269 sans ouvrir d’enquête approfondie, sous réserve des conditions suivantes: i) la cession de l’activité «portes automatiques piétonnes» d’Agta Record aux Pays-Bas, en Autriche, en Hongrie et en Slovénie, ainsi que de l’activité «portes automatiques piétonnes» d’Assa Abloy au Royaume-Uni et en France; ii) la cession de l’activité «portes rapides industrielles» d’Agta Record située en France; et iii) l’engagement d’Assa Abloy à fournir des pièces détachées ainsi que des informations techniques et des outils d’entretien connexes, à des conditions équitables et raisonnables pendant au moins dix ans dans plusieurs pays de l’EEE. La Commission craignait que l’opération proposée ne réduise significativement la concurrence sur les marchés de la fourniture de différents types de portes automatiques piétonnes dans plusieurs États membres et de la fourniture de portes rapides industrielles en France essentiellement. Ces craintes portaient également sur la fourniture de services après-vente, y compris d’entretien, de réparation et de révision, liés aux produits en cause, ainsi que sur l’accès aux pièces détachées. Sans ces conditions, l’acquisition proposée aurait pu entraîner une augmentation des prix pour les clients intermédiaires et finaux de ces produits dans les pays concernés.

Le 23 décembre 2019, EssilorLuxottica a notifié à la Commission son projet d’acquisition de GrandVision 270 . EssilorLuxottica est la plus grande entreprise mondiale d’articles de lunetterie, active dans le domaine des lunettes de soleil, des verres et des montures. Elle possède ou exploite plusieurs marques connues dans l’univers de la lunetterie, telles que Ray-Ban, Oakley et Chanel. Elle dispose également de chaînes de vente au détail d’articles optiques dans différents pays, dont l’Italie. GrandVision est une entreprise de vente au détail d’articles de lunetterie présente à l’échelle mondiale. Elle exploite quelques-unes des plus grandes chaînes d’optique en Europe, parmi lesquelles GrandOptical et Pearle. Cette acquisition fait suite à la récente fusion (2018) entre Essilor et Luxottica, que la Commission a autorisée sans conditions après une enquête approfondie. La Commission a ouvert un examen approfondi du projet d’acquisition de GrandVision par EssilorLuxottica le 6 février 2020 et, fin 2020, l’affaire était toujours en cours.

En 2020, l’affaire la plus importante dans le secteur automobile concernait le projet de concentration entre Peugeot SA et Fiat Chrysler Automobiles, qui a abouti à la création du quatrième groupe automobile au monde 271 . À l’issue d’une enquête de phase 2, la Commission craignait que l’opération ne porte atteinte à la concurrence dans la fabrication et la fourniture de petits véhicules utilitaires légers en Belgique, en République tchèque, en France, en Grèce, en Italie, en Lituanie, en Pologne, au Portugal et en Slovaquie. Pour dissiper ces craintes, des mesures correctives ont été prises afin de favoriser l’entrée et l’expansion des concurrents. Celles-ci consistaient i) en une extension de l’accord de coopération déjà en vigueur entre PSA et Toyota pour les petits véhicules utilitaires légers, en vertu duquel PSA produit les véhicules vendus par Toyota sous la marque Toyota principalement dans l’Union européenne, et ce, au moyen d’une augmentation de la capacité disponible pour Toyota et d’une réduction des prix de transfert des véhicules et des pièces de rechange/accessoires correspondants; et ii) en une modification des accords de réparation et d’entretien en vigueur entre PSA, FCA et leurs réseaux de réparateurs, afin de faciliter l’accès des concurrents aux réseaux de réparation et d’entretien de PSA et de FCA pour les véhicules utilitaires légers.

La Commission a poursuivi son enquête approfondie, ouverte le 17 décembre 2019, sur le projet d’acquisition de Daewoo Shipbuilding & Marine Engineering (DSME) par Hyundai Heavy Industries Holdings (HHIH), toutes deux actives dans la construction de navires de charge et basées en Corée du Sud. À l’origine, l’enquête de la Commission portait sur les effets de l’opération sur les transporteurs de gaz naturel liquéfié (GNL), les transporteurs de GPL, les grands porte-conteneurs et les pétroliers. Au cours de son enquête approfondie sur le marché, la Commission a concentré ses efforts sur le marché mondial des grands transporteurs de GNL (LLNGC), caractérisé par une forte concentration et des barrières à l’entrée telles que l’expérience, le savoir-faire et la technologie. Toutefois, par une décision prise en vertu de l’article 11, paragraphe 3, du règlement de l’UE sur les concentrations, l’enquête a été suspendue le 14 juillet 2020, car HHIH n’a pas respecté le délai fixé pour la présentation des informations demandées par la Commission. La procédure est restée suspendue jusqu’à la fin de 2020, faute de présentation, par HHIH, des informations demandées.

En 2020, la Commission a poursuivi son enquête approfondie concernant le projet d’acquisition des Chantiers de l’Atlantique par Fincantieri, ouverte le 30 octobre 2019, et ses effets probables sur la concurrence sur le marché mondial de la construction de grands navires de croisière. Toutefois, par une décision prise en vertu de l’article 11, paragraphe 3, du règlement de l’UE sur les concentrations, l’enquête a été suspendue le 13 mars 2020, car Fincantieri n’a pas respecté le délai fixé pour la présentation des informations demandées par la Commission. La procédure est restée suspendue jusqu’à la fin de 2020, faute de présentation, par Fincantieri, des informations demandées. Au cours de la période de suspension, la Commission a suivi l’évolution du marché et les effets de la pandémie de COVID-19, avec l’aide des participants au marché.

5.2.3. Enquêtes sur les aides d’État dans le secteur des industries de base et aides d’État pour le sauvetage et la restructuration d’entreprises en difficulté

Les règles en matière d’aides d’État jouent un rôle un rôle primordial dès lors qu’il s’agit de garantir des conditions de concurrence équitables dans le secteur manufacturier de l’UE, notamment en veillant à ce que les entreprises peu performantes ne soient pas maintenues artificiellement en vie grâce à un financement public continu.

En février 2020, la Commission a constaté que, pendant plusieurs années, l’opérateur roumain de fret ferroviaire CFR Marfa avait bénéficié d’aides d’États incompatibles d’environ 570 000 000 EUR sous la forme du non-recouvrement de dettes publiques et d’une annulation de créances. L’entreprise publique a ainsi bénéficié d’un avantage déloyal par rapport à ses nombreux concurrents sur le marché libéralisé du transport ferroviaire de marchandises en Roumanie, que CFR Marfa doit désormais rembourser à l’État roumain 272 .

La Commission a également établi que le plan de restructuration de la société roumaine de traitement de l’uranium, CNU, ne s’attaquait pas aux problèmes à l’origine des difficultés financières de l’entreprise et était donc incompatible avec le droit de l’Union. En particulier, le plan ne contenait aucune mesure susceptible de rendre l’entreprise viable par ses propres moyens à long terme et aucun investisseur privé n’avait accepté de participer à la restructuration aux côtés de l’État 273 .

En février 2020, la Commission a approuvé le projet de la Roumanie d’accorder un prêt de sauvetage temporaire de 251 000 000 EUR au producteur public d’électricité Complexul Energetic Oltenia, qui connaissait des difficultés financières. CE Oltenia dispose d’une capacité de 3,2 gigawatts et produit près de 25 % de l’électricité en Roumanie. La Commission a notamment considéré que le prêt était limité à la satisfaction des besoins de liquidités bien définis de la société. En outre, la Roumanie s’est engagée à veiller à ce que, au bout de six mois, soit le prêt soit intégralement remboursé, soit CE Oltenia entreprenne une restructuration complète afin de redevenir viable à long terme, soit elle soit liquidée. La Commission a également estimé que l’aide contribuait à la réalisation d’un objectif d’intérêt commun. À cet égard, le prêt a atténué le risque de déclenchement d’une procédure d’insolvabilité qui aurait entraîné la perte potentielle de 13 000 emplois dans une région où le chômage est déjà relativement élevé. Conformément à ses engagements, la Roumanie a notifié à la Commission un plan de restructuration pour Oltenia, qui fait actuellement l’objet d’une enquête approfondie.

La Commission a également évalué une aide au sauvetage croate sous la forme d’une garantie d’État sur un prêt d’environ 40 000 000 EUR en faveur de Đuro Đaković, un fabricant de wagons de fret à usage spécial dont le portefeuille d’activités industrielles est diversifié et comprend la défense, les transports, l’industrie et l’énergie 274 . L’entreprise se trouve dans la partie orientale de la Croatie continentale, dans une région marquée par un chômage élevé, et emploie 794 personnes. La garantie d’État contribuera à ce que Đuro Đaković obtienne les financements nécessaires pour satisfaire ses besoins de liquidités pour les six prochains mois. La Commission a constaté que la garantie d’État était nécessaire pour permettre à Đuro Đaković de continuer sa production, d’honorer les contrats déjà conclus et d’éviter les licenciements dans une région structurellement désavantagée. En outre, les besoins de liquidités de l’entreprise pour les six prochains mois sont basés sur des hypothèses raisonnables. Enfin, la Croatie s’est engagée à fournir un plan de restructuration pour Đuro Đaković dans un délai de six mois à compter du premier décaissement des fonds garantis.

En outre, les règles en matière d’aides d’État ont contribué à assurer des conditions de concurrence équitables pendant la pandémie de COVID-19 en garantissant que les mesures de soutien à l’économie prises par les États membres respectent toutes le même ensemble de règles communes. La Commission a approuvé de nombreux régimes nationaux couvrant tous les secteurs, y compris le secteur manufacturier et les industries de base, tels que le régime-cadre allemand pour les mesures de recapitalisation 275 , le fonds de recapitalisation espagnol 276 ou le régime de recapitalisation polonais 277 , pour n’en citer que quelques-uns. La Commission a également évalué de nombreuses mesures individuelles, comme la garantie de prêt de 5 000 000 000 EUR en faveur du groupe automobile français Renault 278 ou la garantie de prêt de 71 000 000 EUR en faveur de l’équipementier automobile français Novares 279 .

6. Industrie agroalimentaire

6.1 Aperçu des principaux problèmes auxquels le secteur est confronté

Les chaînes d’approvisionnement alimentaire sont des sources résilientes permettant l’approvisionnement stable des consommateurs en toute une variété de produits, y compris dans des conditions très difficiles comme celles qui ont prévalu en 2020. Les opérateurs des chaînes d’approvisionnement alimentaire sont confrontés en temps normal à un certain nombre de défis: i) une concurrence accrue de l’offre tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Europe, ii) des exigences plus strictes et en constante évolution de la part des consommateurs finaux en ce qui concerne des aspects qualitatifs tels que la santé, le bien-être des animaux, la variété et l’amélioration de la traçabilité, iii) des besoins d’investissement plus importants pour atténuer le fait que la chaîne de valeur alimentaire de l’UE contribue à la pollution de l’air, des sols et de l’eau, constitue une source importante d’émissions de gaz à effet de serre et a une incidence significative sur la biodiversité, iv) une incertitude concernant la productivité, car les stratégies communautaires peuvent influer sur les possibilités d’utiliser des intrants et des terres agricoles de la manière la plus productive 280 .

En raison des caractéristiques structurelles du secteur agricole européen, il est plus difficile de faire face aux défis susmentionnés. Premièrement, les producteurs agricoles forment le niveau le moins concentré de la chaîne d’approvisionnement alimentaire dans l’UE et produisent des extrants relativement homogènes. Ils sont le plus souvent de petites entreprises ou se regroupent au sein de petites coopératives et d’autres types d’organisations de producteurs. A contrario, leurs fournisseurs d’intrants et leurs clients (transformateurs, grossistes et détaillants) sont souvent beaucoup plus grands et plus concentrés, ce qui leur procure, avec des options extérieures crédibles, un plus grand pouvoir de négociation avec les agriculteurs 281 . Deuxièmement, des événements imprévisibles, tels que des conditions météorologiques défavorables et des maladies, peuvent réduire considérablement les rendements des cultures, entraînant une volatilité de la production et des prix.

La poursuite de l’intégration dans des organisations de producteurs plus importantes, où ces organisations regroupent l’offre tant en matière de volumes que de variété des produits, peut aider les agriculteurs européens à faire face à ces défis. Cette intégration peut apporter une plus grande stabilité et une meilleure gestion des risques, entraîner un effet d’échelle permettant d’atteindre davantage de clients, renforcer la flexibilité, représenter une valeur ajoutée et accroître le pouvoir de négociation. Cela pourrait également renforcer le rôle des agriculteurs dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire.

La pandémie de COVID-19 a soumis les chaînes d’approvisionnement alimentaire à des conditions très difficiles en 2020 et a fait ressortir l’importance d’une chaîne d’approvisionnement alimentaire solide et résiliente qui fonctionne en toutes circonstances pour faciliter l’accès des consommateurs à un approvisionnement suffisant en denrées alimentaires abordables. L’incidence croissante des perturbations liées au climat continue de menacer la stabilité de la chaîne d’approvisionnement alimentaire et renforce la nécessité de garantir sa durabilité et sa résilience. Si la chaîne d’approvisionnement alimentaire de l’UE a globalement fait preuve de résilience dans le contexte de la crise actuelle, certains secteurs, produits et groupes de travailleurs spécifiques ont dû faire face à des niveaux de pression plus élevés. Cette situation est imputable à un bouleversement soudain de la structure de la demande (avec la fermeture du jour au lendemain des établissements du secteur des cafés, hôtels, restaurants et des services alimentaires et une réorientation complète de la demande vers divers canaux de vente au détail), à des pénuries de personnel dues aux mesures de confinement, au manque d’accès aux travailleurs transfrontaliers ou saisonniers, aux restrictions appliquées aux conditions de travail ou à des foyers de COVID-19 (en particulier dans certaines usines de transformation), par exemple. Les difficultés liées au stockage de la production, par exemple dans l’aquaculture, ont accentué cette pression. Par conséquent, l’efficacité des chaînes d’approvisionnement a également été entravée.

6.1.1. La stratégie «De la ferme à la table», une réponse à ces défis

Dans le cadre de son pacte vert, la Commission a adopté, le 20 mai 2020, la stratégie «De la ferme à la table» dans le but de transformer le système alimentaire de l’UE en un système durable.

En pratique, la stratégie poursuit trois objectifs majeurs: 1) faire en sorte que la filière alimentaire de l’UE ait une incidence environnementale neutre ou positive, ce qui implique de préserver les ressources de la planète et d’atténuer les effets du changement climatique; 2) garantir que la population de l’UE ait accès à une alimentation durable suffisante; 3) faire en sorte que les rendements économiques augmentent pour les acteurs de la chaîne de valeur tout en préservant le caractère abordable des aliments les plus durables. Parmi les ambitions les plus notables figurent les objectifs du pacte vert et ceux découlant de la stratégie «De la ferme à la table» et de la stratégie en faveur de la biodiversité à l’horizon 2030, au nombre desquels la réduction a) de l’utilisation globale des pesticides et des risques associés de 50 % d’ici à 2030, b) des pertes de nutriments de 50 % d’ici à 2030 et c) des ventes d’antimicrobiens destinés aux animaux d’élevage et à l’aquaculture de 50 % d’ici à 2030. Parmi les autres objectifs figurent celui consistant à affecter au moins 25 % des terres agricoles de l’Union à l’agriculture biologique d’ici à 2030, l’accès complet au haut débit dans les zones rurales d’ici 2025, l’amélioration des normes de bien-être animal, etc.

Pour parvenir à un système alimentaire durable, il faudrait que, parallèlement aux évolutions réglementaires imposées aux acteurs de la chaîne de valeur, ces derniers apportent également leur contribution en s’engageant dans des accords de coopération volontaire ayant pour objectif de parvenir à la durabilité. Afin de les y aider et de lever toute inquiétude quant aux problèmes liés au droit de la concurrence soulevés dans le cadre de la coopération, la Commission clarifiera la portée des règles de concurrence applicables aux initiatives collectives.

6.1.2. Opportunités et problèmes posés par la concentration croissante du commerce de détail au sein du marché intérieur

Jusqu’à récemment, les chaînes de détaillants ont multiplié les alliances pour la passation conjointe de marchés (centrales d'achat), dans le but d’améliorer leurs processus d’achat, mais aussi de renforcer leur pouvoir de négociation vis-à-vis de leurs fournisseurs au nombre desquels de grands fabricants occupant des positions fortes sur le marché dans de nombreuses catégories de produits. Ces alliances peuvent être bénéfiques pour les consommateurs finaux, à condition que les détaillants répercutent sur ces derniers les baisses de prix et de coûts qu’elles leur permettent d’obtenir. Une condition préalable à cette répercussion est que les détaillants maintiennent une concurrence effective en aval et n’utilisent pas leurs centrales d’achat comme des espaces de collusion sur d’autres aspects de leurs activités que la passation conjointe de marchés.

6.1.3. Problèmes entravant le fonctionnement optimal du marché intérieur de l’UE

Le premier obstacle au bon fonctionnement du marché intérieur de l’UE est l’existence d’accords protectionnistes sur certains marchés nationaux. Les opérateurs de certains marchés nationaux (par exemple, les détaillants seuls ou avec d’autres niveaux de la chaîne) s’accordent parfois pour donner la préférence à des produits nationaux sans que cette préférence ne soit basée sur un quelconque critère objectif (qualité, caractères spécifiques, etc.) relatif aux produits. Cette préférence est parfois encouragée par la mention de l’origine des produits nationaux sur les étiquettes. Ces discriminations fondées sur la nationalité sont contraires au principe fondamental de l’UE qui veut que tous les producteurs établis à l’intérieur de l’UE, indépendamment de leur origine, bénéficient de chances égales. La Commission, en collaboration avec les autorités nationales de concurrence, a assuré la surveillance des marchés alimentaires et a ouvert des enquêtes.

Par ailleurs, des producteurs agroalimentaires internationaux, établis depuis des années avec des marques identiques ou similaires dans différents États membres, tenteraient de segmenter le marché intérieur en empêchant les détaillants d’importer des produits provenant de marchés où les prix sont moins élevés vers des marchés où les prix sont plus élevés ou en les gênant dans cette démarche. En novembre 2020, la Commission a publié une étude sur les contraintes territoriales en matière d’approvisionnement dans le secteur du commerce de détail de l’UE 282 . Les contraintes territoriales en matière d’approvisionnement sont des contraintes fixées par des opérateurs privés qui peuvent limiter les possibilités des détaillants d’acheter des produits à qui et où ils le souhaitent. D’après l’étude, ces contraintes prennent la forme de diverses pratiques et concernent un certain nombre de produits et de marchés, contribuant in fine à fragmenter le marché unique 283 . Les refus d’approvisionnement, les restrictions quantitatives, les obligations de destination et la différenciation des produits du point de vue des exigences d’emballage et d’étiquetage sont les obstacles les plus courants auxquels sont confrontés les détaillants et les grossistes lorsqu’ils tentent de s’approvisionner à l’étranger. Les différents régimes fiscaux, les différences de coûts des intrants et de la production et la tarification différente de la logistique contribuent également à la fragmentation du marché intérieur.

Un troisième défi semble résulter de la croissance de l’actionnariat commun 284 , c’est-à-dire des propriétaires communs. L’actionnariat commun a des répercussions sur les opérateurs des chaînes d’approvisionnement alimentaire européennes. Le rapport du JRC réalisé par Rosati et al. (2020) 285 étudie les effets de l’actionnariat commun dans la filière de production de boissons non alcoolisées en Europe 286 . Il en ressort que des fonds importants détiennent de façon constante des blocs d’actions substantiels dans 20 à 25 % des acteurs du marché. Selon l’étude, l’acquisition d’une partie du portefeuille de Barclays dans le cadre de la concentration entre BlackRock et Barclays Global Investors en 2009 se démarque très nettement. Les résultats de l’analyse économétrique suggèrent une corrélation positive entre l’actionnariat commun et le pouvoir de marché des entreprises de la filière de production de boissons non alcoolisées. Toutefois, ces conclusions doivent être interprétées avec prudence, car il n’est pas possible d’exclure totalement que les entités fusionnées n’aient pas ciblé de manière spécifique les entreprises qui auraient obtenu de bons résultats après la crise financière de 2007-2008. Cependant, les résultats de l’étude suggèrent que les institutions n’ont pas modifié de manière substantielle leur portefeuille en prévision des turbulences économiques et financières.

6.2 Contribution de la politique de concurrence de l’Union européenne au fonctionnement du marché unique

6.2.1. Renforcer la compétitivité des agriculteurs au sein du marché unique

Le règlement portant organisation commune des marchés (OCM) 287 fixe les règles de concurrence pour la production et le commerce des produits agricoles, y compris les règles spécifiques concernant les accords et les organisations de producteurs 288 . En 2020, la Commission a rendu son premier avis sur la compatibilité des accords entre agriculteurs (ou associations d’agriculteurs) susceptibles de restreindre la concurrence avec les objectifs de la politique agricole commune, conformément à l’article 209, paragraphe 2, du règlement OCM.

L’association espagnole Cooperativas agro-alimentarias (CAA) a demandé un avis sur un projet de ses membres visant à réguler l’approvisionnement du marché en huile d’olive par le stockage temporaire de l’huile d’olive. Du fait des caractéristiques particulières des oliviers et en raison des conditions naturelles, la production d’huile d’olive varie considérablement d’une année à l’autre. Lorsque l’offre d’huile d’olive dépasse un certain seuil, compte tenu de la consommation intérieure et des exportations, la CAA et ses coopératives membres qui le souhaitent prévoient de stocker temporairement une partie du volume excédentaire d’huile d’olive.

Sur la base des informations disponibles, la Commission a estimé que les accords de la CAA et des coopératives participant au mécanisme étaient compatibles avec les objectifs énoncés à l’article 39 du traité 289 . Toutefois, conformément à l’article 209, paragraphe 1, troisième alinéa, du règlement OCM, les accords, décisions et pratiques concertées ne doivent pas comporter l’obligation de pratiquer un prix déterminé et ne doivent pas exclure la concurrence.

6.2.2. L’application des règles de l’UE en matière d’aides d’État dans le secteur de l’agriculture et de la pêche

Les aides d’État destinées à promouvoir le développement économique des secteurs agricole et sylvicole font partie intégrante de la politique agricole commune (PAC) et, en particulier, de la politique de développement rural. De même, les aides d’État destinées à promouvoir le développement économique des secteurs de la pêche et de l’aquaculture sont étroitement liées à la politique commune de la pêche (PCP) et, en particulier, au soutien de l’UE accordé dans le cadre du Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche (FEAMP). Les effets économiques d’une aide d’État ne varient pas selon qu’elle est financée (même partiellement) par l’Union, ou qu’elle est financée par un État membre seul. Par conséquent, le recours aux aides d’État ne peut être justifié que s’il est conforme à la PAC et à la PCP et répond aux objectifs sous-jacents de ces politiques, à savoir assurer une production alimentaire viable et promouvoir une utilisation efficace et durable des ressources afin de parvenir à une croissance intelligente et durable, assortie d’avantages économiques, sociaux et en matière d’emploi.

La Commission a mis en place des cadres spécifiques pour les règles en matière d’aides d’État dans les secteurs de l’agriculture, de la sylviculture, de la pêche et de l’aquaculture. La plupart de ces règles sont établies de longue date et ont prouvé leur pertinence au fil des ans. Toutefois, les règles en matière d’aides d’État sont limitées dans le temps et les règles actuelles, qui devaient expirer à la fin de 2020, font donc l’objet d’un réexamen. Celui-ci porte sur le règlement d’exemption par catégorie pour le secteur agricole 290 , les lignes directrices concernant les aides d’État dans les secteurs agricole et forestier et dans les zones rurales 291 , le règlement d’exemption par catégorie pour le secteur de la pêche 292 , le règlement concernant les aides de minimis dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture 293 , ainsi que les lignes directrices sur les aides d’État dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture 294 . Dans l’intervalle, la Commission a décidé de proroger l’application de ces règles jusqu’à la fin de 2022, afin de garantir leur alignement sur les futurs règlements de la PAC et du FEAMP, pour lesquels les procédures législatives sont toujours en cours.

En 2020, la Commission a poursuivi l’évaluation des notifications des États membres et a adopté 189 décisions. Elle a continué à conseiller les autorités des États membres sur la manière d’interpréter et de mettre en œuvre les règles applicables en matière d’aides d’État. La Commission a également continué à vérifier l’ensemble des nouvelles mesures d’exemption par catégorie conçues par les États membres en vertu du règlement d’exemption par catégorie pour le secteur agricole, et ce, avant leur entrée en vigueur, et a conseillé les États membres en cas de doutes ou de problèmes, leur permettant ainsi de mettre rapidement en œuvre les régimes d’aides correspondants.

6.2.3. Atténuer les effets de la pandémie

En 2020, la fermeture prolongée des bars, restaurants et autres lieux de restauration, ainsi que l’annulation de la plupart des événements ont provoqué une rupture d’approvisionnement sur un certain nombre de marchés agricoles. Cela a incité la Commission à autoriser, à titre temporaire, des accords de gestion collective des quantités, en vertu de l’article 222 du règlement OCM.

Conformément à l’article 222 du règlement OCM, la Commission a accordé des dérogations à l’article 101 du TFUE au moyen de quatre règlements d’exécution couvrant l’ensemble du territoire de l’UE et autorisant la conclusion d’accords d’une durée maximale de six mois pour le lait cru, les fleurs et les plantes, les pommes de terre destinées à la transformation et le vin et les produits vitivinicoles 295 .

6.2.4. Enquête sur d’éventuelles restrictions du commerce parallèle

En 2020, la Commission a poursuivi ses enquêtes ex officio sur d’éventuelles restrictions du commerce parallèle de produits alimentaires. Une enquête ouverte en 2019 concerne un certain nombre de pratiques potentiellement restrictives sur les marchés du chocolat, des biscuits et des produits à base de café.

6.2.5. Alliances d’achat et concurrence dans le commerce de détail sur le marché unique

En 2020, la Commission a poursuivi la procédure, ouverte en novembre 2019, contre deux détaillants de grande envergure, Casino et Les Mousquetaires/Intermarché, concernant une collusion potentielle construite autour de leur alliance d’achat, et consistant en une coordination sur le développement des magasins et sur les prix pratiqués à l’égard des consommateurs finaux. Ce faisant, la Commission s’attaque à un risque systémique de collusion à l’échelle de l’UE au moyen d’alliances au niveau tant national qu’international. Le risque d’une transparence excessive est d’autant plus grand que les détaillants ont souvent changé de partenaires dans ces alliances et que, de ce fait, des gestionnaires spécialisés sont passés d’un détaillant à l’autre et d’une alliance à l’autre, offrant ainsi aux détaillants davantage de possibilités de collusion. L’affaire «Alliance Casino et Intermarché» fait l’objet d’une procédure judiciaire devant le Tribunal. Le 5 octobre 2020, le Tribunal a statué sur la légalité des décisions d’inspection adoptées par la Commission en 2017 296 . Les détails de ces arrêts sont présentés dans la section 2.2.2 ci-dessus concernant les arrêts importants rendus par les juridictions de l’Union européenne.

6.2.6. Haut débit dans les zones rurales

La Commission s’est engagée à éliminer la complexité inhérente à l’utilisation de différents cadres d’aides d’État pour la connectivité. Les dispositions du RGEC ont été simplifiées en remplaçant la section relative au haut débit dans la section régionale du RGEC et en concentrant l’évaluation de toutes les aides en faveur du haut débit dans le cadre des dispositions spécifiques au haut débit, qui doivent être considérablement élargies, notamment pour permettre le déploiement de la 5G dans les zones dépourvues de couverture 4G et le déploiement de la 4G dans les zones dépourvues de couverture 3G.

7. Industrie pharmaceutique et services de santé

7.1 Aperçu

En 2020, l’application du droit de la concurrence dans les secteurs des produits pharmaceutiques et des soins de santé a permis aux consommateurs d’avoir accès à des médicaments efficaces, innovants et abordables, comme le prévoient les objectifs de la nouvelle stratégie pharmaceutique pour l’Europe 297 de la Commission. Celle-ci aborde les problèmes liés à l’accessibilité, notamment financière, des médicaments qui, ces dernières années, sont devenus une préoccupation croissante dans le secteur pharmaceutique.

La Commission et les autorités de concurrence des États membres surveillent les secteurs pharmaceutique et des services de santé afin de recenser les problèmes de concurrence potentiels. La mise en œuvre du droit de la concurrence dans ce domaine, qui complète les cadres réglementaires applicables à ces secteurs, favorise à la fois une concurrence dynamique, qui débouche sur des médicaments plus innovants, et une concurrence effective par les prix, qui contribue à rendre les médicaments et les traitements plus abordables.

7.2 Contribution de la politique de concurrence de l’Union européenne

7.2.1. Mise en œuvre des règles relatives aux pratiques anticoncurrentielles dans le secteur pharmaceutique

En 2020, la Commission a enquêté sur des entreprises soupçonnées d’empêcher ou de réduire l’accès des consommateurs à des médicaments efficaces, innovants et abordables.

L’affaire Cephalon 298

Le 26 novembre 2020, la Commission a publié une décision infligeant des amendes d’un montant total de 60 500 000 EUR aux entreprises pharmaceutiques Teva et Cephalon, qui s’étaient entendues pour retarder de plusieurs années l’entrée sur le marché d’une version générique moins chère du médicament de Cephalon traitant les troubles du sommeil, le modafinil, alors que les principaux brevets de l’entreprise avaient expiré. L’accord constituait une violation de l’article 101 du TFUE par objet et par effet. Il a causé un préjudice considérable aux patients et aux systèmes de santé de l’UE en maintenant les prix du modafinil à un niveau artificiellement élevé.

La décision de la Commission concernait un accord de règlement amiable en matière de brevets par lequel Cephalon a incité Teva à ne pas entrer sur le marché avec une version moins chère du modafinil, en échange d’un ensemble d’accords commerciaux accessoires qui ont profité à Teva et de paiements en espèces. Teva, qui possédait ses propres brevets relatifs au procédé de production du modafinil, était prête à entrer sur le marché du modafinil avec sa propre version générique et avait même commencé à vendre son générique dans un État membre. Néanmoins, elle a convenu avec Cephalon de se tenir à l’écart du marché et de ne pas contester les brevets que celle-ci détenait. L’enquête de la Commission a révélé que, pendant plusieurs années, cet accord «pay-for-delay» a éliminé Teva de la concurrence et a permis à Cephalon de continuer à facturer des prix supraconcurrentiels même si le brevet principal sur le modafinil avait expiré depuis longtemps.

Si, d’une manière générale, les règlements amiables en matière de brevets peuvent être légitimes, la Commission a montré que l’accord de règlement amiable conclu entre Teva et Cephalon ne l’était pas. Teva s’est engagée à rester en dehors des marchés du modafinil, non pas parce qu’elle était convaincue de la force des brevets de Cephalon, mais en raison de la valeur substantielle que cette dernière a transférée à Teva. Sans l’accord de règlement amiable «pay-for-delay», Teva aurait pu entrer plus tôt sur le marché et aurait pu faire baisser les prix du modafinil.

L’affaire Aspen 299

En juin 2020, la Commission a adopté une évaluation préliminaire conformément à l’article 9 du règlement (CE) nº 1/2003 dans le cadre de sa première enquête sur une tarification excessive dans le secteur pharmaceutique. L’évaluation préliminaire exposait les préoccupations de la Commission concernant les pratiques tarifaires d’Aspen Pharmacare, une société pharmaceutique sud-africaine, pour six de ses médicaments anticancéreux principalement utilisés dans le traitement de la leucémie et d’autres cancers hématologiques dans plusieurs États membres de l’UE (à l’exception de l’Italie) et pays de l’EEE.

L’évaluation de la Commission suit le cadre d’analyse défini par la Cour de justice dans son arrêt United Brands 300 . Les données comptables d’Aspen sur les recettes et les coûts ont révélé qu’après les augmentations de prix, Aspen avait constamment réalisé, sur les ventes de ces médicaments anticancéreux en Europe, des bénéfices très élevés en comparaison des niveaux de bénéfices d’entreprises similaires du secteur. Dans certains cas, des marges bénéficiaires élevées peuvent s’expliquer, par exemple, par la nécessité de rémunérer une innovation significative et la prise de risque commercial. Toutefois, l’évaluation de la Commission n’a pas fait apparaître d’élément justifiant les niveaux de bénéfices très élevés d’Aspen.

En juillet 2020, la Commission a publié au Journal officiel une proposition d’engagements d’Aspen, afin de recueillir des commentaires lors d’une consultation des acteurs du marché. Les engagements proposés par Aspen réduiraient considérablement les prix des médicaments anticancéreux d’Aspen et comprennent un engagement d’approvisionnement. Les réponses à la consultation des acteurs du marché ont été en grande majorité favorables à la mesure d’exécution de la Commission, et ont fourni certaines suggestions pour améliorer plusieurs aspects techniques ou pratiques des engagements.

Le 10 février 2021, la Commission a accepté et déclaré contraignants les engagements définitifs d’Aspen visant à éliminer les problèmes de tarification excessive: a) Aspen réduira ses prix dans toute l’Europe pour les six médicaments anticancéreux soumis à l’enquête, d’environ 73 % en moyenne; b) au cours dix prochaines années, Aspen ne pourra dépasser ces nouveaux prix. Ceux-ci commenceront à prendre effet dès octobre 2019, date à laquelle Aspen s’est adressée pour la première fois à la Commission avec une proposition d’engagement; et c) Aspen garantira l’approvisionnement en ces médicaments au cours des cinq prochaines années; ensuite, durant une période supplémentaire de cinq ans, soit elle poursuivra l’approvisionnement, soit elle mettra son autorisation de mise sur le marché à la disposition d’autres fournisseurs.

Ces engagements apportent aux patients et aux systèmes de santé nationaux des avantages concrets et tangibles à un moment où de nombreuses inquiétudes se font jour quant au fait que certaines entreprises se retirent du marché de l’approvisionnement de certains États membres (inquiétude également soulignée dans la stratégie pharmaceutique pour l’Europe de la Commission) 301 .

La Commission continuera à enquêter sur les comportements unilatéraux potentiellement abusifs, y compris les pratiques potentiellement anticoncurrentielles retardant l’entrée de produits rivaux, tels que les versions génériques ou biosimilaires de médicaments.

7.2.2. Contrôle des concentrations dans le secteur pharmaceutique

En 2020, la Commission a poursuivi son examen approfondi des fusions et acquisitions dans le secteur pharmaceutique, afin de garantir la disponibilité de médicaments et de dispositifs médicaux diversifiés et abordables pour les patients et les professionnels de la santé dans l’ensemble de l’UE, et de protéger l’innovation.

Le 10 janvier 2020, la Commission a autorisé l’acquisition d’Allergan par AbbVie 302 , sous réserve de la cession d’un produit en cours de développement par Allergan pour traiter des maladies inflammatoires de l’intestin (inhibiteur de l’IL-23). La Commission craignait qu’après la concentration, AbbVie ne poursuive pas le développement de ce produit prometteur d’Allergan, pour lequel seuls deux autres produits concurrents, en plus des inhibiteurs de l’IL-23 d’AbbVie et d’Allergan, sont en cours de développement. Sans cette cession, l’opération aurait entraîné une perte d’innovation dans les traitements des maladies inflammatoires de l’intestin.

Le 22 avril 2020, la Commission a autorisé la concentration entre Mylan et la division Upjohn de Pfizer 303 , sous réserve de la cession de l’activité exercée par Mylan pour certains médicaments génériques. Tout en ne constatant aucun problème de concurrence pour la majorité des produits fournis par les deux sociétés, la Commission a estimé que la concentration posait des problèmes de concurrence pour 36 paires molécule/pays, en raison de la position forte qu’occupaient les deux entreprises et du nombre limité de concurrents importants restant sur le marché en l’absence des mesures correctives proposées.

Le 28 mai 2020, la Commission a levé les engagements pris par Takeda en vue d’obtenir l’autorisation d’acquérir Shire (acquisition qui avait été autorisée sous conditions le 20 novembre 2018) 304 . L’enquête de la Commission a révélé que plusieurs événements permanents, importants et imprévisibles s’étaient produits au cours du processus de cession, qui avaient affecté l’évolution de l’environnement concurrentiel des traitements de maladies inflammatoires de l’intestin et avaient eu une incidence négative sur la mise au point du médicament de Shire en cours de développement, de sorte que la cession du SHP 647 n’était plus nécessaire pour rendre l’acquisition de Shire par Takeda compatible avec le marché intérieur.

La Commission a également poursuivi son examen approfondi des concentrations et acquisitions dans le domaine de la santé animale afin de protéger les produits pharmaceutiques pour animaux qui sont innovants et dont les prix sont compétitifs. Le 8 juin 2020, la Commission a autorisé l’acquisition de la division «santé animale» de Bayer par Elanco 305 , sous réserve de la cession des produits contre les otites, des endoparasiticides pour animaux de compagnie et des anticoccidiens pour ruminants dans l’EEE, au Royaume-Uni et dans le monde. La Commission a conclu que l’opération telle qu’initialement notifiée, qui a donné naissance à la deuxième plus grande entreprise de santé animale au monde, aurait posé des problèmes de concurrence dans la fourniture de produits contre les otites et de parasiticides dans un certain nombre de pays de l’EEE où les deux entreprises occupent des positions fortes et/ou sont confrontées à un nombre limité de concurrents.

7.2.3. Actions en matière d’aides d’État dans le secteur des services de santé

La Commission a progressé dans l’évaluation, lancée en 2019, des règles en matière d’aides d’État pour les services sociaux et de santé d’intérêt économique général (SIEG) et du règlement de minimis applicable aux SIEG 306 . Afin d’évaluer également de manière appropriée le règlement de minimis applicable aux SIEG et d’éviter tout battement après son expiration, celui-ci a été prorogé de trois années supplémentaires, jusqu’au 31 décembre 2023 307 . En procédant à l’évaluation, la Commission entend avoir une compréhension meilleure et plus approfondie des problèmes que les États membres pourraient avoir rencontrés dans la mise en œuvre des règles.

Parallèlement à la prorogation du règlement de minimis applicable aux SIEG, et dans le contexte de la pandémie de COVID-19, une dérogation temporaire permettant aux entreprises en difficulté de bénéficier des aides de minimis relatives aux SIEG a été introduite.

8. Transports, tourisme et services postaux

8.1 Aperçu

Les secteurs des transports et des services postaux représentent environ 5 % de l’économie de l’Union, et leurs performances peuvent avoir de nombreuses retombées bénéfiques sur d’autres pans de l’économie européenne. Les transports sont la clé à la fois d’un marché intérieur intégré et d’une économie ouverte, intégrée à l’économie mondiale. Le tourisme représente 3,9 % de l’économie de l’UE.

Le secteur des transports a été durement touché par la pandémie de COVID-19, notamment le transport aérien. De nombreuses compagnies aériennes se sont retrouvées au bord de la faillite en raison des restrictions imposées aux mouvements de passagers, lesquelles ont entraîné une chute spectaculaire des recettes et ont nécessité un soutien public.

8.2 Contribution de la politique de concurrence de l’Union européenne

8.2.1. Examen des concentrations dans le secteur de l’aviation

Le 3 avril 2020, la Commission a adopté une décision d’autorisation comportant des engagements dans le secteur de la restauration à bord des avions. Gategroup avait proposé d’acquérir la branche européenne de Lufthansa Service Group («LSG») 308 . La Commission a conclu que l’opération notifiée aurait conduit à l’apparition d’un quasi-monopole ou n’aurait laissé tout au plus qu’un seul concurrent viable sur les marchés des services de restauration à bord dans certains aéroports de Belgique (Bruxelles), d’Allemagne (Berlin-Tegel, Cologne, Düsseldorf, Francfort, Hambourg, Hanovre, Munich), de France (Paris-Charles-de-Gaulle) et d’Italie (Rome-Fiumicino). Afin de dissiper les inquiétudes de la Commission, Gategroup s’est engagée à céder les activités qui se chevauchent afin de faciliter l’entrée ou l’expansion de fournisseurs de restauration à bord concurrents dans ces aéroports. Les engagements étaient soumis à une clause d’acquéreur initial.

Le 25 mai 2020, la Commission a ouvert une enquête approfondie sur l’acquisition de Transat (la société mère d’Air Transat) par Air Canada 309 . Air Canada et Transat sont respectivement le premier et le deuxième fournisseur de services réguliers de transport aérien de passagers entre l’Espace économique européen (EEE) et le Canada. La Commission craint que l’opération envisagée ne réduise la concurrence dans les services de transport aérien de passagers sur 33 paires de villes d’origine et de destination entre l’EEE et le Canada. L’enquête préliminaire réalisée par la Commission sur le marché a révélé qu’Air Canada et Transat étaient historiquement en concurrence frontale pour les services de transport aérien de passagers entre l’EEE et le Canada. Il est apparu que d’autres compagnies aériennes, en particulier les transporteurs nationaux des pays de l’EEE, étaient des concurrents plus éloignés et seulement sur un nombre très restreint de liaisons à partir de leurs aéroports pivots respectifs. Étant donné que l’opération envisagée a été notifiée à la Commission alors que le secteur de l’aviation est particulièrement touché par l’épidémie de coronavirus, la Commission a également examiné dans quelle mesure la crise du coronavirus serait susceptible d’affecter les activités d’Air Canada, de Transat et de leurs concurrents et, par conséquent, la situation de la concurrence à moyen et long termes. Les parties ont ensuite décidé de mettre fin à l’accord de concentration proposé, le 2 avril 2021 310 .

Le 16 décembre 2020, la Cour de justice a rendu un arrêt 311 dans une affaire opposant American Airlines à la Commission. American Airlines avait demandé l’annulation de la décision de la Commission de 2018 accordant des droits d’antériorité au motif que le repreneur de créneaux correctifs, Delta Airlines, n’avait pas fait un usage approprié des créneaux au cours de la période d’utilisation précédente. La Cour de justice européenne s’est ralliée à l’interprétation de la Commission et a rejeté la demande.

8.2.2. Mise en œuvre des règles relatives aux pratiques anticoncurrentielles dans le secteur de l’aviation

En 2020, la Commission a poursuivi son enquête ex officio fondée sur les préoccupations relatives à l’imposition de clauses dites de la «nation la plus favorisée» («clauses NPF») en matière de contenu par les systèmes mondiaux de distribution (SMD) 312 . L’enquête porte sur les clauses NPF régissant le contenu que les compagnies aériennes distribuent par l’intermédiaire des agents de voyage.

8.2.3. Aides d’État en faveur du secteur de l’aviation

Le secteur de l’aviation a été parmi les plus touchés par la pandémie de COVID-19. Afin d’aider les États membres à soutenir le secteur de l’aviation dans ce contexte, la Commission a publié en avril 2020 un document 313 guidant les États membres sur la meilleure façon d’orienter les fonds publics afin de préserver les liaisons aériennes. En outre, la Commission a aidé plusieurs États membres à concevoir des indemnisations de service public conformes aux critères de l’arrêt Altmark et pouvant donc être exemptées de notification à la Commission.

En 2020, la Commission a adopté 42 décisions autorisant l’octroi d’aides d’État à des compagnies aériennes, des aéroports et des entreprises de manutention au sol pour répondre à leurs besoins de liquidités et de capitaux découlant de la pandémie. Les mesures d’aide ont généralement été approuvées en vertu de l’encadrement temporaire, au titre de l’article 107, paragraphe 2, point b), du TFUE, qui permet aux États membres d’indemniser les entreprises pour les dommages directement causés par la pandémie de COVID-19, ou en vertu des règles de sauvetage et de restructuration. Quelques exemples notables sont présentés ci-dessous.

Les 15 et 24 avril 2020, la Commission a autorisé les garanties d’État accordées par le Danemark 314 et la Suède 315 , chacune à hauteur de 137 000 000 EUR, en tant que facilités de crédit renouvelables en faveur de SAS. Ces mesures visent à indemniser la compagnie aérienne pour les dommages subis du fait de la pandémie de COVID-19. Le 17 août 2020, la Commission a également approuvé les projets du Danemark et de la Suède de contribuer à hauteur d’environ 1 000 000 000 EUR à la recapitalisation de SAS.

Le 4 mai 2020, la Commission a autorisé une aide de 7 000 000 000 EUR de la France en faveur d’Air France, consistant en une garantie de l’État sur les prêts et en un prêt d’actionnaire, afin de fournir des liquidités urgentes à la compagnie dans le contexte de la pandémie de COVID-19 316 .

Le 18 mai 2020, la Commission a autorisé une garantie d’État de la Finlande sur un prêt de 600 000 000 EUR accordé à Finnair afin d’atténuer les conséquences économiques de la pandémie de COVID-19 sur la compagnie 317 . Le 9 juin 2020, la Commission a autorisé le projet de la Finlande de contribuer à hauteur de 286 000 000 EUR à la recapitalisation de Finnair par la souscription de nouvelles actions par l’État lors de l’émission de droits lancée par Finnair le 10 juin 2020 318 .

Le 25 juin 2020, la Commission a autorisé un projet de l’Allemagne visant à contribuer à hauteur de 6 000 000 000 EUR à la recapitalisation de Deutsche Lufthansa AG, la société mère du groupe Lufthansa La Commission a estimé que la mesure est compatible avec l’encadrement temporaire, car elle vise à rétablir la position de bilan et les liquidités de l’entreprise dans la situation exceptionnelle provoquée par la pandémie, tout en prévoyant les garanties nécessaires pour limiter les distorsions de concurrence. Les engagements pris par Deutsche Lufthansa AG, à savoir que la compagnie mettra à disposition certains créneaux horaires et certains actifs dans ses plateformes aéroportuaires saturées de Francfort et de Munich, préserveront une concurrence effective sur les marchés où la compagnie détient un pouvoir de marché important 319 . Deutsche Lufthansa AG s’est engagée à publier des informations sur la manière dont l’utilisation des aides reçues soutient les activités de l’entreprise, conformément aux obligations nationales et aux obligations de l’UE en matière de transformation écologique et numérique 320 .

Le 13 juillet 2020, la Commission a autorisé une aide de 3 400 000 000 EUR accordée par les Pays-Bas à KLM, consistant en une garantie de prêt de l’État et en un prêt subordonné de l’État, pour fournir des liquidités urgentes à la compagnie dans le contexte de la pandémie de COVID-19. Les Pays-Bas ont imposé certaines conditions aux mesures d’aide en ce qui concerne la répartition des bénéfices, les conditions de travail et la durabilité 321 .

En septembre et décembre 2020, la Commission a autorisé des plans italiens visant à accorder une indemnisation à Alitalia pour le préjudice subi du fait des mesures de confinement et des restrictions de voyage liées à la pandémie de COVID-19. Depuis le début de la pandémie de coronavirus, Alitalia a subi une réduction drastique de ses services, ce qui a entraîné des pertes d’exploitation importantes. Le 4 septembre, la Commission a autorisé une subvention directe de 199 450 000 EUR, correspondant à l’estimation du préjudice direct subi par Alitalia au cours de la période allant du 1er mars 2020 au 15 juin 2020 322 . Par la suite, l’Italie a notifié à la Commission une mesure d’aide supplémentaire sous la forme d’une subvention directe de 73 020 000 EUR destinée à indemniser Alitalia pour les dommages supplémentaires subis sur 19 liaisons spécifiques entre le 16 juin 2020 et le 31 octobre 2020 en raison des mesures d’urgence imposées pour limiter la propagation du virus. La Commission a autorisé la deuxième mesure le 29 décembre 2020 323 . Pour les deux mesures, la Commission a vérifié de manière approfondie que l’indemnisation était uniquement accordée pour les dommages directement liés à la pandémie de coronavirus et qu’elle ne dépassait pas ce qui était nécessaire pour réparer ces dommages. Les enquêtes de la Commission sur les prêts accordés par l’Italie à Alitalia dans le cadre du processus de restructuration de la compagnie aérienne sont en cours 324 .

En juin 2020, la Commission a autorisé un prêt de sauvetage de 1 200 000 000 EUR en faveur de la compagnie aérienne portugaise TAP Air Portugal, qui connaissait des difficultés financières depuis 2019, avant la pandémie de COVID-19 325 . La mesure notifiée par le Portugal visait à fournir à TAP des ressources suffisantes pour lui permettre de répondre à ses besoins immédiats de liquidités, en vue de préparer un plan pour la viabilité à long terme de l’entreprise. La Commission a constaté que la mesure permettrait d’éviter les perturbations pour les passagers, compte tenu notamment de l’assouplissement des restrictions en matière de déplacements et de l’ouverture prochaine de la saison touristique. Parallèlement, les conditions strictes liées au prêt (pour ce qui est de la rémunération et de l’utilisation des fonds) et la durée limitée (6 mois) de la mesure réduiraient au minimum les distorsions de concurrence susceptibles d’être induites par l’aide d’État.

Toujours en juin 2020, le Portugal a notifié à la Commission un financement public en faveur de SATA, une société de transport aérien contrôlée en dernier ressort par la région autonome portugaise des Açores 326 . SATA fournit des services de transport aérien de passagers et de fret à l’intérieur des Açores, ainsi qu’au départ et à destination de plusieurs aéroports au Portugal et à l’étranger. En ce qui concerne certaines liaisons, elle s’est vu confier une obligation de service public pour assurer la connectivité des îles et l’exploitation de petits aéroports. La Commission a autorisé une garantie publique d’un montant maximal d’environ 133 000 000 EUR sur un prêt temporaire strictement lié à des besoins urgents de liquidités pour la fourniture, par SATA, de services essentiels, notamment des liaisons soumises à des obligations de service public et des services d’intérêt économique général dans des aéroports locaux. La Commission a par ailleurs ouvert une enquête approfondie afin de déterminer si certaines aides publiques en faveur de SATA étaient conformes aux lignes directrices de 2014 concernant les aides d’État au sauvetage et à la restructuration 327 .

Par ailleurs, la Commission a évalué deux mesures de soutien françaises en faveur de Corsair 328 : une mesure d’aide à la restructuration d’un montant total de 106 700 000 EUR et une mesure sous la forme d’un crédit d’impôt de 30 200 000 EUR pour l’indemnisation des dommages subis en raison de la pandémie de coronavirus. Les difficultés financières de Corsair, une compagnie aérienne privée française, avaient été fortement aggravées par les restrictions de voyage imposées par la France et plusieurs pays de destination pour limiter la propagation du coronavirus.

En ce qui concerne les aéroports, la Commission a autorisé, par exemple, le 11 août 2020, un régime allemand qui permet, d’une part, l’indemnisation des dommages au titre de l’article 107, paragraphe 2, point b), du TFUE et, d’autre part, l’octroi d’aides de trésorerie sous la forme de subventions, de garanties sur les prêts, de taux d’intérêt bonifiés et de reports de certaines taxes et charges au titre de l’ encadrement temporaire 329 .

Le 11 août 2020, la Commission a autorisé un régime d’aides allemand destiné à soutenir les aéroports touchés par la pandémie de COVID-19. Ce régime, qui est ouvert à tous les exploitants d’aéroports allemands, a été approuvé en partie sur la base de l’article 107, paragraphe 2, point b), du TFUE et en partie en vertu de l’encadrement temporaire. Dans le cadre de ce régime, les autorités allemandes peuvent i) indemniser les aéroports pour les pertes de recettes directement causées par la pandémie de coronavirus au cours de la période allant du 4 mars au 30 juin 2020, sous la forme de subventions directes, et ii) fournir une aide à la trésorerie sous la forme de subventions, de garanties sur les prêts, de taux d’intérêt bonifiés et de reports de certaines taxes et redevances aux aéroports confrontés à un manque de liquidités 330 .

Le 23 novembre 2020, la Commission a autorisé un régime d’aides roumain de 4 400 000 EUR visant à indemniser les exploitants d’aéroports régionaux pour les dommages subis en raison de la pandémie de coronavirus. Au titre de ce régime, les exploitants des aéroports roumains dont le volume de trafic annuel se situe entre 200 000 et 3 millions de passagers sont indemnisés par des subventions directes pour les pertes nettes subies entre le 16 mars et le 30 juin 2020 331 .

En ce qui concerne les opérateurs d’assistance en escale, la Commission a autorisé, le 8 juillet 2020, une aide belge de 25 000 000 EUR pour soutenir Aviapartner, un prestataire de services d’assistance en escale à l’aéroport de Bruxelles-National (Zaventem). La mesure d’aide a été accordée sous la forme d’un prêt convertible 332 .

Outre les mesures liées à la COVID-19, la Commission a autorisé des aides au fonctionnement en faveur des aéroports régionaux dans le cadre des lignes directrices sur les aides d’État au secteur aérien, afin de maintenir les aéroports en activité jusqu’à ce qu’ils redeviennent rentables, dans le but d’assurer la connectivité des citoyens et de faciliter le développement des régions concernées. La Commission a notamment approuvé une aide de 18 200 000 EUR en faveur de l’aéroport de Sarrebruck en Allemagne 333 et une aide de 6 370 000 EUR pour garantir le fonctionnement de l’aéroport de Debrecen en Hongrie 334 .

8.2.4. Évaluation des lignes directrices relatives au secteur de l’aviation / Dispositions pertinentes du RGEC

Dans le cadre du bilan de qualité des règles en matière d’aides d’État, la Commission a procédé à une évaluation ex post des lignes directrices relatives au secteur de l’aviation 335 et des règles applicables en vertu du RGEC concernant les aides aux infrastructures aéroportuaires. Une consultation ciblée et une étude externe sur les règles applicables aux aides au fonctionnement ont ainsi été réalisées. L’évaluation a porté en particulier sur les règles régissant les aides au fonctionnement en faveur des aéroports, la période transitoire introduite par les lignes directrices relatives au secteur de l’aviation devant prendre fin en 2024, ainsi que sur les seuils de passagers et les intensités d’aide applicables aux aides au fonctionnement et aux aides à l’investissement.

En outre, la Commission a évalué les règles en matière d’aides aux compagnies aériennes, y compris les règles relatives aux aides au démarrage dans le cadre des lignes directrices relatives au secteur de l’aviation. Selon cette évaluation, la période transitoire prévue par lesdites lignes directrices pour l’octroi d’aides au fonctionnement semble insuffisante pour permettre à de nombreux aéroports régionaux de couvrir leurs coûts d’ici à 2024. Par ailleurs, l’évaluation révèle qu’il existe un besoin structurel d’aides au fonctionnement pour les aéroports accueillant moins de 200 000 passagers par an, actuellement couverts par le RGEC. Il est également constaté que les lignes directrices relatives au secteur de l’aviation ne traitent pas spécifiquement des mesures visant à atténuer les effets des aéroports sur l’environnement et le climat.

8.2.5. Arrêts rendus par les juridictions dans les affaires d’aide dans le secteur de l’aviation

Le Tribunal a rendu trois arrêts importants concernant des affaires d’aides d’État dans le secteur de l’aviation. Dans l’affaire des aéroports sardes 336 , le Tribunal a rejeté les recours introduits par les compagnies aériennes easyJet, Volotea et Germanwings visant à faire annuler la décision de la Commission du 29 juillet 2016 qui déclarait partiellement incompatibles avec le marché intérieur les aides accordées par l’Italie à plusieurs compagnies aériennes européennes, parmi lesquelles les trois en cause, desservant la Sardaigne.

Dans son arrêt dans l’affaire Sea Handling SpA 337 , la Cour de justice de l’Union européenne a rejeté le recours introduit par la ville de Milan visant à faire annuler l’arrêt du Tribunal du 13 décembre 2018 et la décision de la Commission du 19 décembre 2012, qui avait conclu à l’incompatibilité des aides d’État accordées entre 2002 et 2010 par SEA, l’exploitant public des aéroports de Milan Malpensa et de Milan Linate, à sa filiale SEA Handling, opérateur d’assistance en escale dans ces aéroports, avec les règles de l’UE en matière d’aides d’État. La Cour a confirmé la conclusion de la Commission selon laquelle les apports de capitaux étaient imputables à l’État italien et qu’aucun investisseur privé n’aurait continué à investir dans une activité déficitaire pendant une période aussi longue sans perspective concrète de retour sur son investissement.

8.2.6. Règlement d’exemption par catégorie en faveur des consortiums concernant le secteur du transport maritime par conteneurs

En 2020, la Commission a finalisé son évaluation du règlement d’exemption par catégorie en faveur des consortiums concernant le secteur du transport maritime par conteneurs 338 . Elle a analysé les réponses reçues lors d’une consultation publique en 2018. La Commission a publié ses conclusions dans un document de travail de ses services le 20 novembre 2019, lequel synthétisait et présentait les résultats du processus d’évaluation. Sur la base de cet examen, elle a prorogé le règlement d’exemption par catégorie en faveur des consortiums de quatre années, c’est-à-dire jusqu’au 25 avril 2024. La prolongation du règlement d’exemption par catégorie en faveur des consortiums a été adoptée le 24 mars 2020 et publiée au Journal officiel de l’Union européenne le 25 mars 2020 339 .

8.2.7. Application des règles en matière d’aides d’État dans le secteur du transport maritime

De nombreuses liaisons maritimes exploitées jusqu’à présent sur une base commerciale étaient sur le point de disparaître en raison des restrictions imposées aux mouvements de passagers, qui ont entraîné une chute spectaculaire des recettes. Une intervention publique était nécessaire de toute urgence pour préserver la connectivité avec les territoires éloignés et les îles de nombreux États membres. La Commission a rapidement relevé ce défi et a accompagné les États membres dans leurs efforts pour soutenir le secteur maritime dans le contexte de la pandémie.

Premièrement, la Commission a publié, en avril 2020, un document d’orientation 340 spécifique visant à guider les États membres sur la meilleure façon d’orienter les fonds publics pour préserver les liaisons maritimes. Deuxièmement, la Commission a aidé plusieurs États membres à concevoir des indemnisations de service public conformes aux critères de l’arrêt Altmark et pouvant donc être exemptées de notification à la Commission. Troisièmement, la Commission a autorisé, au titre de l’article 107, paragraphe 2, point b), du TFUE, un certain nombre de régimes (Suède, Estonie, Finlande) visant à indemniser les dommages causés au secteur maritime par la pandémie de COVID-19.

De plus, en 2020, la Commission a autorisé plusieurs régimes d’aides d’État en application des orientations sur les aides d’État au transport maritime 341 , qui permettent d’accorder des allégements fiscaux aux compagnies maritimes. L’objectif de ces orientations est de maintenir la compétitivité du secteur maritime de l’Union vis-à-vis des pays tiers et de promouvoir l’emploi maritime dans l’UE. La Commission a autorisé la prolongation du régime britannique d’aides en faveur du transport de fret par voie navigable, qui vise à promouvoir le développement du transport maritime côtier et à courte distance 342 ; une prolongation du régime croate de taxation au tonnage pour les yachts commerciaux participant à la navigation internationale 343 ; l’inclusion de certains navires de service dans le régime belge de soutien aux gens de mer, tels que les navires de recherche, les navires chargés de la pose de tuyaux et de câbles, ainsi que les navires chargés du montage, de la réparation et du démontage d’éoliennes et d’autres installations en mer 344 ; le régime italien du registre international consistant en une réduction de l’impôt sur les sociétés pour les compagnies de navigation ainsi qu’en d’autres réductions d’impôts et de cotisations sociales 345 ; le régime allemand de soutien aux gens de mer par la réduction des cotisations de sécurité sociale, l’inclusion des navires de recherche dans un régime danois de soutien aux gens de mer 346 ; et la mise en place d’un nouveau régime de soutien aux gens de mer en Estonie consistant en une réduction partielle des coûts liés au travail pour les compagnies de transport maritime de passagers 347 .

Enfin, la Commission a ouvert la procédure formelle d’examen concernant les trois contrats de service public accordés par la France à Corsica Linea pour la fourniture de services maritimes entre Marseille et les ports d’Ajaccio, de Bastia et de l’Île Rousse, car elle a des doutes quant à la conformité de ces contrats avec l’encadrement SIEG 348 .

8.2.8. Arrêt dans l’affaire du régime espagnol de leasing fiscal

La Cour de justice, saisie d’un pourvoi formé par la Commission, a annulé, par son arrêt du 25 juillet 2018, Commission/Espagne e.a., l’arrêt du Tribunal 349 . La Cour a jugé que le Tribunal, dans son analyse du caractère sélectif du régime espagnol de leasing fiscal appliqué à certains contrats de location-vente permettant aux compagnies maritimes de bénéficier d’une réduction de prix de 20 à 30 % lors de l’acquisition de navires construits par des chantiers navals espagnols, avait fait une application erronée des dispositions du traité relatives aux aides d’État et que, contrairement aux conclusions du Tribunal, la décision de la Commission n’était pas entachée d’un défaut de motivation concernant la distorsion de concurrence et de l’affectation des échanges. La Cour a renvoyé l’affaire devant le Tribunal au motif que celui-ci n’avait pas statué sur l’ensemble des moyens soulevés devant lui. Par son arrêt sur renvoi du 23 septembre 2020, Espagne e.a./Commission (T-515/13 RENV et T-719/13 RENV) 350 , le Tribunal a rejeté les recours introduits par les requérants.

8.2.9. Application des règles relatives aux pratiques anticoncurrentielles dans le secteur ferroviaire

Le 30 octobre 2020, la Commission a adopté une communication des griefs dans l’affaire du réseau ferroviaire tchèque (AT.40156). Selon l’avis préliminaire de la Commission, l’opérateur ferroviaire historique public tchèque České dráhy (ČD) a enfreint les règles de concurrence de l’UE en pratiquant des prix inférieurs aux coûts. Le comportement de ČD, s’il est confirmé, s’apparenterait à une pratique de prix prédateurs, qui constitue une infraction à l’article 102 du TFUE. La Commission est parvenue à la conclusion préliminaire qu’entre 2011 et 2019, ČD s’est livrée à des pratiques de prix prédateurs sur la ligne Prague-Ostrava. Ce comportement semble avoir eu lieu à un moment où RegioJet et Leo Express représentaient une menace croissante pour ČD, ces entreprises se développant rapidement sur la ligne Prague-Ostrava et au-delà.

Le 18 novembre 2020, le Tribunal a rendu son arrêt dans l’affaire T-814/17, Lietuvos geležinkeliai AB (chemins de fer lituaniens)/Commission européenne. En 2017, la Commission européenne avait infligé une amende de 27 873 000 EUR aux chemins de fer lituaniens pour avoir entravé la concurrence sur le marché du fret ferroviaire, en violation des règles de l’UE relatives aux pratiques anticoncurrentielles, en supprimant une voie ferrée reliant la Lituanie et la Lettonie. En raison de la suppression de cette voie, il était plus difficile pour l’opérateur de fret ferroviaire letton d’entrer en Lituanie et de desservir un client établi dans ce pays. La société des chemins de fer lituaniens n’a pu avancer aucun argument objectif pour justifier la dépose de la voie en question. En 2020, les chemins de fer lituaniens ont reconstruit la voie. Le Tribunal a confirmé que la Commission avait correctement interprété les notions d’abus de position dominante et de justification objective au sens de l’article 102 du TFUE et a également confirmé que la Commission avait correctement déterminé la durée d’une infraction. En particulier, le Tribunal a relevé que la suppression de la voie ferrée ne pouvait être appréciée à la lumière de la jurisprudence établie en matière de refus de fournir l’accès à des infrastructures essentielles, qui fixe un seuil plus élevé pour conclure au caractère abusif d’une pratique que celui appliqué dans la décision attaquée. En effet, le comportement apprécié dans la décision doit être analysé comme un agissement de nature à faire obstacle à l’entrée sur le marché, en rendant l’accès à ce dernier plus difficile, et à entraîner ainsi un effet d’éviction anticoncurrentielle. Toutefois, le Tribunal a réduit l’amende à 20 068 650 EUR sur la base de sa compétence de pleine juridiction. La société des chemins de fer lituaniens a introduit un pourvoi contre l’arrêt du Tribunal dans l’affaire C-42/21 P.

8.2.10. Application des règles en matière d’aides d’État au secteur du transport ferroviaire et intermodal

À l’instar des autres modes de transport touchés par la pandémie de COVID-19, une intervention publique était nécessaire de toute urgence pour préserver la connectivité, et la Commission a rapidement relevé ce défi.

Premièrement, la Commission a publié, en avril 2020, un document d’orientation sur les possibilités disponibles pour apporter un soutien aux entreprises ferroviaires dans le contexte de la pandémie. Deuxièmement, elle a aidé les États membres à modifier les contrats de service public existants pour tenir compte des circonstances exceptionnelles dans le respect des règles applicables. Troisièmement, la Commission a autorisé, au titre de l’article 107, paragraphe 2, point b), du TFUE, trois régimes d’indemnisation des opérateurs de services publics pour les dommages subis en raison de la pandémie de COVID-19 351 . En outre, elle a autorisé un régime de réduction des redevances d’accès aux voies et des frais de stationnement 352 (des régimes similaires avaient été notifiés mais pas encore autorisés au 31 décembre 2020).

Outre le traitement des affaires liées à la COVID-19, la Commission a continué à faire respecter les règles en matière d’aides d’État applicables au secteur ferroviaire. Elle a autorisé plusieurs régimes d’aides 353 concernant la coordination des transports (concept large englobant les aides à l’utilisation des infrastructures, les aides visant à réduire les effets externes négatifs ou les aides aux mesures d’interopérabilité) sur la base des lignes directrices de 2008 relatives aux aides d’État et de l’article 93 du TFUE. Parmi les régimes autorisés figurent, par exemple, des aides destinées à soutenir des mesures de réduction du bruit, des aides à la recherche en matière de transport ferroviaire respectueux de l’environnement et de systèmes garantissant l’interopérabilité, en particulier en vue du renforcement du déploiement de l’ERTMS, et des aides au transport en wagons isolés. Toutes ces mesures favorisent le transfert modal de la route vers le rail en tant que mode de transport le plus sûr et le plus respectueux de l’environnement, ce qui constitue une priorité pour la mise en œuvre du pacte vert pour l’Europe.

En ce qui concerne l’évolution des politiques, en 2020, la Commission a achevé l’évaluation des règles en matière d’aides d’État dans le secteur ferroviaire, énoncées dans les lignes directrices communautaires sur les aides d’État aux entreprises ferroviaires adoptées en 2008, dans le cadre du bilan de qualité des règles en matière d’aides d’État. Les services de la Commission ont conclu que ces règles n’étaient plus adaptées et qu’elles devaient être revues, comme indiqué dans le document de travail des services de la Commission du 30 octobre 2020.

Concernant la nouvelle jurisprudence dans le secteur du transport terrestre, la Cour de justice a répondu, le 19 décembre 2019 354 , à une question préjudicielle concernant l’entreprise publique Ferrovie del Sud Est e Servizi Automobilistici S.r.l.. L’arrêt fournit des indications utiles sur les notions: i) de bénéficiaire d’une aide potentielle; ii) de transfert de ressources d’État; et iii) de distorsions de concurrence.

8.2.11. Confirmation des décisions d’inspection de la Commission par la Cour de justice

Le 30 janvier 2020, la Cour de justice (dans les affaires jointes C-538/18 P et C-539/18 P 355 ) a rejeté les pourvois formés par České dráhy (ČD) contre les arrêts du Tribunal du 20 juin 2018 (affaires T-325/16 356 et T-621/16 357 ). Dans ses arrêts, le Tribunal avait validé deux décisions d’inspection de la Commission dans des affaires en cours portant sur la participation présumée de České dráhy à, respectivement, des abus de position dominante (AT.40156) et des ententes (AT.40401). L’arrêt de la Cour de justice, confirmant les arrêts du Tribunal correspondants 358 , a confirmé la prérogative de la Commission de procéder à des inspections successives dans les locaux d’une même entreprise pour enquêter sur différentes infractions présumées, lorsque les besoins de ces enquêtes le justifient en vertu des pouvoirs qui lui sont conférés par le règlement (CE) nº 1/2003.

8.2.12. Application des règles en matière d’aides d’État dans le secteur routier

La Commission a adopté deux décisions concernant l’Allemagne directement en vertu de l’article 93 du TFUE. Certains des bénéficiaires potentiels des deux mesures d’aide visées opèrent sur des voies ferrées (trains locaux, tramways, etc.). Le 28 août 2020, la Commission a autorisé un régime qui vise à fournir un financement pour la construction, l’extension, le renouvellement et l’amélioration des systèmes de communication et le développement d’un système de tarification électronique en Rhénanie-du-Nord - Westphalie 359 . Le 22 décembre 2020, elle a autorisé un régime qui vise à soutenir la coordination des transports publics locaux et à améliorer encore la répartition modale (la répartition des déplacements/transports sur différents modes de transport) en faveur des transports publics locaux en Allemagne 360 . Doté d’un budget de 300 000 000 EUR pour une période de quatre ans (2020-2023), le régime stimule la capacité d’investissement et d’innovation des transports publics locaux en vue de réaliser une transition vers la mobilité durable, du transport motorisé privé vers des transports publics locaux respectueux du climat.

Le 5 octobre 2020, le Tribunal a statué sur deux plaintes presque identiques concernant les transports publics routiers en Basse-Saxe 361 . Avec effet au 1er janvier 2017, le Land de Basse-Saxe a remplacé l’article 45 bis PBefG (Personenbeförderungsgesetz) par l’article 7 bis NNVG (Niedersächsisches Nahverkehrsgesetz). Le 12 juillet 2018, la Commission a décidé que ce remplacement n’équivalait pas à un transfert de ressources à une entreprise et ne constituait donc pas une aide d’État. Le 5 octobre 2020, le Tribunal a confirmé cette approche. L’affaire fait actuellement l’objet d’un recours devant la Cour de justice de l’Union européenne (C-656/20 P et C-666/20 P).

8.2.13. Application des règles en matière d’aides d’État dans le secteur des services postaux

Le remplacement des lettres traditionnelles par le courrier électronique se poursuit, ce qui entraîne une baisse des volumes de lettres. Néanmoins, les services postaux conservent une valeur économique et sociale importante, notamment parce qu’ils sont également actifs sur d’autres marchés, en particulier la distribution de colis. Des services postaux efficients constituent un facteur essentiel pour permettre au secteur du commerce électronique d’exploiter pleinement son potentiel de croissance et de création d’emplois.

Dans le cadre de sa politique de contrôle des aides d’État dans le secteur postal, la Commission poursuit plusieurs objectifs corrélés. Le contrôle des aides d’État permet de garantir que, lorsqu’un prestataire de services postaux – généralement un opérateur postal historique – est chargé d’exécuter une obligation de service public coûteuse, toute compensation versée au prestataire ne fausse pas la concurrence entre les opérateurs postaux historiques et les nouveaux entrants. Les aides d’État ne devraient pas mettre les bénéficiaires à l’abri des pressions concurrentielles et des évolutions du marché, mais devraient encourager l’efficience, l’innovation et l’investissement.

Le 7 février 2020, au terme d’une longue procédure comprenant plusieurs recours devant les juridictions de l’Union, la Commission a conclu qu’une mesure relative aux retraites mise en œuvre par l’Allemagne et couvrant une part importante des pensions des fonctionnaires retraités de Deutsche Post pour la période allant de 1995 à 1999 ne constituait pas une aide d’État au sens de l’article 107, paragraphe 1, du TFUE au motif qu’elle ne conférait pas d’avantage à Deutsche Post 362 .

Le 12 mai 2020, la Commission a conclu que des apports en capital en faveur de PostNord Logistics A/S, in fine filiale de l’entreprise commune danoise et suédoise PostNord AB, ne constituaient pas une aide d’État au motif que ces apports n’étaient pas imputables au Danemark et/ou à la Suède 363 . La décision a fait l’objet d’un recours (T-525/20, en cours).

Le 14 mai 2020, la Commission a autorisé l’aide d’État accordée par l’Espagne pour l’obligation de service postal universel de Correos. Dans sa décision, la Commission a conclu que la mesure était conforme aux règles en matière d’aides d’État en garantissant que l’indemnisation accordée par l’Espagne à Correos ne dépasserait pas le coût net de la mission de service public, excluant ainsi tout risque de surcompensation. Elle a également abordé les préoccupations soulevées dans une plainte déposée en mars 2019 par deux organisations sectorielles qui alléguaient que Correos avait reçu des aides d’État incompatibles au moyen de plusieurs mesures, notamment dans le cadre de l’obligation de service universel 364 .

Le 23 juin 2020, la Commission européenne a ouvert une enquête approfondie afin de déterminer si la compensation octroyée par la Tchéquie à Česká pošta (la poste tchèque) en contrepartie de l’exercice de sa mission de service public est conforme aux règles de l’UE en matière d’aides d’État 365 . Les préoccupations qui ont abouti à l’enquête formelle concernent une surcompensation potentielle entre 2018 et 2022 pour la prestation du service postal universel. En outre, deux plaintes ont été déposées en parallèle.

Le 1er décembre 2020, la Commission a autorisé l’indemnisation au titre de l’obligation de service universel (OSU) en faveur de Poste Italiane pour la période 2020-2024 366 . Cette autorisation faisait suite à la présentation par l’Italie d’informations pertinentes pour calculer le coût net évité du service postal universel, y compris une enquête menée auprès des clients sur les effets de la cessation des activités postales de Poste Italiane (y compris l’OSU) dans un scénario contrefactuel où Poste Italiane ne recevrait pas l’aide.

En 2020, le Tribunal a statué sur deux affaires relatives aux services postaux. Dans la première, le Tribunal a confirmé la décision en matière d’aides d’État du 19 février 2018 concluant que l’indemnisation au titre de l’OSU accordée à la poste tchèque au cours de la période 2013-2017 était une aide compatible en vertu de l’encadrement SIEG 367 . Dans la seconde, la Cour de justice a soutenu le Tribunal dans son arrêt concernant la poste polonaise 368 . Dans cette dernière affaire, la Cour a confirmé l’approche de la Commission concernant l’évaluation des compensations pour la prestation du service universel en application de l’encadrement SIEG. Elle a notamment confirmé l’approche à adopter à l’égard des fonds de compensation, ainsi que l’interaction entre la directive sur les services postaux et l’encadrement SIEG.

8.2.14. Mise en œuvre des règles relatives aux pratiques anticoncurrentielles dans le secteur hôtelier

Le 21 février 2020, la Commission a infligé une amende de 6 678 000 EUR au groupe hôtelier espagnol Meliá au motif que ce dernier intègre des clauses restrictives dans les accords qu’il conclut avec les voyagistes. Ces clauses établissent une discrimination entre les consommateurs au sein de l’Espace économique européen (EEE) en fonction de leur lieu de résidence, et ce en violation des règles de l’UE relatives aux pratiques anticoncurrentielles.

Il est ressorti de l’enquête de la Commission que Meliá avait passé des contrats avec des voyagistes qui limitaient les ventes actives et passives d’hébergements hôteliers. Plus précisément, les conditions générales de Meliá applicables aux contrats conclus avec les voyagistes comportaient une clause selon laquelle ces contrats n’étaient valables que pour les réservations de consommateurs résidant dans des pays déterminés.

Ces accords pourraient avoir cloisonné le marché unique européen en limitant la capacité des voyagistes à vendre librement des hébergements hôteliers dans tous les pays de l’EEE et à répondre aux demandes directes des consommateurs résidant en dehors des pays définis. Les consommateurs ne pouvaient donc pas voir tous les hôtels disponibles ni réserver de chambres d’hôtel aux meilleurs prix auprès de voyagistes établis dans d’autres États membres. Meliá ayant coopéré avec la Commission au-delà de son obligation légale de le faire, la Commission lui a accordé une réduction d’amende de 30 % au titre de cette coopération.

À la suite de la décision prise par le Réseau européen de la concurrence (REC) en 2017 de maintenir le secteur de la réservation hôtelière sous surveillance et de réévaluer l’état de la concurrence, la Commission a publié, le 9 juillet 2020, un appel d’offres ouvert en vue de la réalisation d’une étude de marché sur la distribution de l’hébergement hôtelier dans l’UE. L’étude sera menée en 2021 et portera sur l’Autriche, la Belgique, Chypre, l’Espagne, la Pologne et la Suède. L’étude de marché a pour but de fournir des informations actualisées sur la manière dont les hôtels commercialisent et vendent leurs chambres, notamment: i) si les modalités de distribution diffèrent ou non entre les États membres; ii) si des changements sont intervenus par rapport aux conclusions d’un exercice de surveillance mené par un groupe d’autorités de la concurrence de l’UE en 2016; et iii) si les législations nationales interdisant les clauses de parité des plateformes de réservation ont entraîné des changements dans les modalités de distribution.

ANNEXE 1.

Décisions relatives aux aides d’État adoptées en vertu de l’encadrement temporaire en 2020 369

par pays

État membre

Numéro de l’affaire

Intitulé

Date de la décision

1

Autriche

SA.56840

COVID-19 – Régime autrichien de soutien à la liquidité

8.4.2020

2

Autriche

SA.56981

COVID-19: régime autrichien de garanties pour les crédits relais

17.4.2020

3

Autriche

SA.57148

COVID-19: mesures de soutien de la Carinthie, de la Styrie, du Tyrol, de la Haute-Autriche et de Vienne

19.5.2020

4

Autriche

SA.57340

COVID-19: aide individuelle à Apeptico – Appel d’urgence pour la recherche sur la COVID-19

3.7.2020

5

Autriche

SA.57345

COVID-19: aide individuelle à Panoptes – Appel d’urgence pour la recherche sur la COVID-19

3.7.2020

6

Autriche

SA.57928

AT - COVID-19 – Régime d’indemnisation: directive relative à la prise en charge des coûts fixes pour les activités économiques des organisations à but non lucratif

6.8.2020

7

Autriche

SA.58360

Richtlinien des NÖ Wirtschafts- und Tourismusfonds – Förderprogramm COVID-19

10.9.2020

8

Autriche

SA.58661

COVID-19: indemnisation des coûts fixes conformément à la section 3.12 de l’encadrement temporaire

20.11.2020

9

Belgique

SA.56807

COVID-19 – Mesures de soutien en faveur des aéroports wallons – Moratoire sur les redevances de concession

11.4.2020

10

Belgique

SA.57057

Programme de R&D de la Région de Bruxelles-Capitale «Projets de R&D – COVID-19».

17.4.2020

11

Belgique

SA.57056

Aide dans le cadre de la crise sanitaire du COVID-19, en vue d’indemniser les entreprises actives dans la production primaire de produits agricoles et dans l’aquaculture, dans le domaine de l’alimentation

24.4.2020

12

Belgique

SA.57083

COVID-19 – Régime de garantie – Région wallonne

30.4.2020

13

Belgique

SA.57132

COVID-19 – Régime flamand de prêts subordonnés pour les jeunes pousses, les entreprises en expansion et les PME

5.5.2020

14

Belgique

SA.57173

Régime wallon pour la recherche et le développement liés à la COVID-19

12.5.2020

15

Belgique

SA.57187

Garantie de crédits ponts de Credendo

13.5.2020

16

Belgique

SA.57605

Strategische transformatiesteun aan ondernemingen in het Vlaams Gewest die investeringen doen betreffende de productie van COVID-19 relevante producten
(Aide à la transformation stratégique des entreprises de la Région flamande pour les investissements relatifs à la COVID-19)

19.6.2020

17

Belgique

SA.57637

COVID-19 – Recapitalisation d’Aviapartner

7.7.2020

18

Belgique

SA.57797

COVID-19: soutien au secteur du tourisme social

9.7.2020

19

Belgique

SA.57869

Régime de garantie de prêts en réponse à la crise de la COVID-19 destiné aux PME

14.7.2020

20

Belgique

SA.58014

Régime d’aides en faveur des producteurs de pommes de terre et de plantes ornementales touchés par la COVID-19

27.7.2020

21

Belgique

SA.58081

Besluit van de Vlaamse Regering tot instellen van een terugbetaalbaar voorschot ter ondersteuning van de opstart van de evenementensector (Décision du Gouvernement flamand concernant une avance remboursable en faveur du redémarrage du secteur de l’événementiel)

27.7.2020

22

Belgique

SA.58165

Exonération de la contribution annuelle obligatoire en faveur de l’AFSCA et destinée à financer les contrôles des établissements, à charge des entreprises du secteur HORECA et du commerce de détail alimentaire ambulant.

5.8.2020

23

Belgique

SA.57544

COVID-19: aide en faveur de Brussels Airlines

21.8.2020

24

Belgique

SA.58649

COVID-19 – Aides aux producteurs de pommes de terre de conservation détenteurs en propriété d’un stock de pommes de terre en vente libre

23.9.2020

25

Belgique

SA.58299

COVID-19: aide en faveur des aéroports flamands

28.9.2020

26

Belgique

SA.58691

COVID-19 – Aide au secteur flamand du transport par autocar

6.10.2020

27

Belgique

SA.58763

Belgique – COVID-19: aide aux hôtels et apparthôtels

9.10.2020

28

Belgique

SA.59297

Aide au paiement des cotisations patronales de sécurité sociale dans les secteurs particulièrement touchés par la pandémie de COVID-19

19.11.2020

29

Bulgarie

SA.56933

COVID-19 – Bulgarie – Régime de garantie de la Banque bulgare de développement

8.4.2020

30

Bulgarie

SA.56905

COVID-19 – Régime d’aides à l’emploi pour préserver les emplois dans les secteurs les plus touchés

14.4.2020

31

Bulgarie

SA.57052

COVID-19 – Bulgarie – Mesure sous la forme d’un instrument financier au titre de la section 3.1 de l’encadrement temporaire

23.4.2020

32

Bulgarie

SA.57283

Appel à propositions BG16RFOP002-2.073 «Soutien aux micro et petites entreprises pour lutter contre les effets économiques de la pandémie de COVID-19»

13.5.2020

33

Bulgarie

SA.57795

COVID-19: soutien aux moyennes entreprises pour lutter contre les effets économiques de la pandémie de COVID-19

26.6.2020

34

Bulgarie

SA.57759

Bulgarie – COVID-19 – Aides à l’emploi de courte durée en réponse à la pandémie de COVID-19

14.7.2020

35

Bulgarie

SA.58050

Aides d’État en faveur des voyagistes

24.7.2020

36

Bulgarie

SA.58095

COVID-19: report de la redevance de concession des aéroports de Burgas et de Varna

14.8.2020

37

Bulgarie

SA.58328

«Aide visant à fournir des liquidités aux agriculteurs actifs dans la production agricole primaire pour lutter contre les effets économiques négatifs de la COVID-19»

27.8.2020

38

Bulgarie

SA.59182

COVID-19: aides en faveur des micro, petites et moyennes entreprises de transport par autocar

30.11.2020

39

Bulgarie

SA.59704

Soutien aux petites entreprises dont le chiffre d’affaires est supérieur à 500 000 BGN pour surmonter les conséquences économiques de la pandémie de COVID-19

16.12.2020

40

Bulgarie

SA.59990

COVID-19: régime d’aides d’État en faveur des voyagistes et des agences de voyages

18.12.2020

41

Croatie

SA.56877

Assurance de portefeuille sur les prêts de trésorerie accordés aux exportateurs au titre de l’encadrement temporaire des mesures d’aide d’État visant à soutenir l’économie dans le contexte actuel de la flambée de COVID-19

6.4.2020

42

Croatie

SA.56957

RÉGIME D’AIDES D’ÉTAT DE LA BANQUE CROATE POUR LA RECONSTRUCTION ET LE DÉVELOPPEMENT – Encadrement temporaire des mesures d’aide d’État visant à soutenir l’économie dans le contexte actuel de la flambée de COVID-19 et modification de l’encadrement temporaire des aides d’État visant à soutenir l’économie

9.4.2020

43

Croatie

SA.56998

Aides d’État en faveur de la pêche à l’appui de l’économie – COVID-19

17.4.2020

44

Croatie

SA.57175

Régime de garanties et régime de prêts bonifiés

12.5.2020

45

Croatie

SA.57595

Programme d’aides d’État du ministère de la culture pour soutenir l’économie dans le contexte actuel de la flambée de COVID-19

17.6.2020

46

Croatie

SA.57711

Régime d’aides d’État visant à soutenir les secteurs maritime, des transports, des infrastructures de transport, du tourisme et les secteurs connexes touchés par la pandémie de COVID-19

30.6.2020

47

Croatie

SA.59815

Programme d’aides d’État aux producteurs agricoles primaires en raison des conditions commerciales difficiles causées par la pandémie de COVID-19

11.12.2020

48

Chypre

SA.57511

COVID-19 – CY – Renonciation aux intérêts et aux pénalités pour le paiement tardif de la TVA

10.6.2020

49

Chypre

SA.57587

Régime d’aides en faveur du secteur de la production agricole primaire pour faire face aux conséquences de la pandémie de COVID-19, sur la base de l’encadrement temporaire des aides d’État de l’UE

16.6.2020

50

Chypre

SA.57654

COVID-19: régime de subventions en faveur des micro et petites entreprises et régime de subventions des taux d’intérêt

25.6.2020

51

Chypre

SA.57691

SA.57691(2020/N) – Chypre – COVID-19 – Régime d’incitations en faveur des compagnies aériennes

1.7.2020

52

Chypre

SA.57762

Régime d’aides en faveur des journaux – CY – COVID-19

3.7.2020

53

Chypre

SA.58923

Prêt accordé à Hermes Airports Limited pour faire face aux conséquences financières de la COVID-19

17.11.2020

54

Chypre

SA.60263

Régime d’aides en faveur des groupements organisés et/ou organisations de producteurs dans le secteur agricole du fait des effets des mesures restrictives mises en œuvre dans le contexte de la pandémie de COVID-19

22.12.2020

55

Tchéquie

SA.56961

Régime d’aides à l’investissement en faveur de la fabrication de produits liés à la COVID-19

14.4.2020

56

Tchéquie

SA.57094

Tchéquie – COVID-19 – Régime de garanties de prêts pour soutenir l’économie en réponse à la crise de la COVID-19

5.5.2020

57

Tchéquie

SA.57071

COVID-19 – Soutien aux projets de R&D

8.5.2020

58

Tchéquie

SA.57195

Tchéquie – Garanties de prêt liées à la COVID-19 gérées par CMZRB

15.5.2020

59

Tchéquie

SA.57464

COVID-19: programme de soutien aux entrepreneurs touchés par la propagation de la COVID-19 (paiement de loyers)

2.6.2020

60

Tchéquie

SA.57475

Opex 2020 - Réduction du principal des prêts

3.6.2020

61

Tchéquie

SA.57506

COVID-19: mesures d’aide d’État en Moravie-Silésie

26.6.2020

62

Tchéquie

SA.57149

COVID-19: allégement des cotisations de sécurité sociale pour les travailleurs indépendants touchés par la COVID-19 – Renonciation aux pénalités liées aux paiements au titre des cotisations de retraite et de la politique publique de l’emploi

6.7.2020

63

Tchéquie

SA.57848

Aides visant à atténuer les effets du SRAS COV-19 sur la production agricole et alimentaire (AGRICOVID)

6.7.2020

64

Tchéquie

SA.57102

COVID-19 – Subventions salariales en Tchéquie

27.7.2020

65

Tchéquie

SA.58018

COVID-19: soutien aux stations thermales

7.8.2020

66

Tchéquie

SA.58213

COVID-19: aides au secteur de la culture

19.8.2020

67

Tchéquie

SA.58167

COVID-19 – CZ – section 3.1 de l’encadrement temporaire – Programme opérationnel «Emploi»

24.8.2020

68

Tchéquie

SA.58398

Soutien aux installations d’hébergement (COVID-Hébergement)

27.8.2020

69

Tchéquie

SA.57358

COVID-19: réductions de la prime de l’assurance maladie publique pour les indépendants

9.9.2020

70

Tchéquie

SA.59336

Aides visant à atténuer les effets de la pandémie de SRAS COV-19 sur la production agricole et alimentaire (AGRICOVID)

11.11.2020

71

Tchéquie

SA.58430

COVID-19 – Programme d’aides de la ville de Pilsen

13.11.2020

72

Tchéquie

SA.59536

COVID-19: poursuite du programme de soutien aux entreprises du secteur culturel

25.11.2020

73

Tchéquie

SA.58353

Landesprogramm zur Bekämpfung der Langzeitarbeitslosigkeit – Sozialer Arbeitsmarkt [SN]

22.12.2020

74

Tchéquie

SA.59340

COVID-19 – Aides en faveur des entités et organisations sportives – CZ

22.12.2020

75

Danemark

SA.56708

Régime danois de garanties en faveur des PME touchées par la COVID-19

21.3.2020

76

Danemark

SA.56808

Régime de garanties de liquidités au titre de l’encadrement temporaire des mesures d’aide d’État visant à soutenir l’économie dans le contexte actuel de la flambée de COVID-19

30.3.2020

77

Danemark

SA.56856

Prêt d’État en faveur du Fonds danois de garantie des voyages en raison de la COVID-19

2.4.2020

78

Danemark

SA.57027

COVID-19 – Facilité de crédit et reports de paiement de la TVA et de l’impôt sur les salaires – Danemark

30.4.2020

79

Danemark

SA.57164

Danemark – COVID-19 – Régime de prêts pour les entreprises en phase de démarrage et les entreprises de capital-risque

5.5.2020

80

Danemark

SA.57919

COVID-19: régime d’aides d’un montant limité en faveur des travailleurs indépendants

13.7.2020

81

Danemark

SA.57920

COVID-19: régime d’aides d’un montant limité en faveur des indépendants et des freelances pour les grands événements et le travail saisonnier

13.7.2020

82

Danemark

SA.57931

Régime d’aides d’un montant limité en faveur des entreprises faisant l’objet de mesures restrictives (interdiction levée à partir du 8 juin ou ultérieurement)

14.7.2020

83

Danemark

SA.57543

Danemark – COVID-19 – Recapitalisation de SAS

17.8.2020

84

Danemark

SA.58157

Aides en faveur des aéroports danois et des compagnies aériennes qui atterrissent au Danemark ou qui en décollent

3.9.2020

85

Danemark

SA.58780

Régime d’indemnisation ciblée applicable aux coûts fixes (interdiction levée à partir du 1er septembre ou ultérieurement)

8.10.2020

86

Danemark

SA.58515

Régime d’indemnisation salariale pour les entreprises interdites d’exploitation en raison de la COVID-19

9.10.2020

87

Danemark

SA.59048

COVID-19: aides en faveur des cafés, des restaurants, des bars, des boîtes de nuit, des lieux de réunion et de leurs fournisseurs

29.10.2020

88

Danemark

SA.59091

COVID-19: régime d’indemnisation ciblée applicable aux coûts fixes (sous-traitants)

11.11.2020

89

Danemark

SA.57678

COVID-19 – Plan danois de recapitalisation

20.11.2020

90

Danemark

SA.59414

COVID-19: régime danois local d’indemnisation des salaires

26.11.2020

91

Danemark

SA.59370

COVID-19 – Encadrement temporaire/mesure au titre de la section 3.1 visant à soutenir les compagnies aériennes détenant un certificat danois d’exploitant aérien

27.11.2020

92

Danemark

SA.58681

Régime d’indemnisation des coûts de production entraînant une perte due à l’annulation des événements en raison de la COVID-19

27.11.2020

93

Danemark

SA.59764

Régime d’indemnisation des indépendants touchés par les mesures liées à la COVID-19

8.12.2020

94

Danemark

SA.59960

Régime applicable aux grands événements annulés, reportés ou substantiellement modifiés en raison de la COVID-19

11.12.2020

95

Danemark

SA.60094

Régime danois d’indemnisation des coûts fixes (régime-cadre au titre de la section 3.12 de l’encadrement temporaire)

21.12.2020

96

Danemark

SA.60081

Régime danois d’indemnisation des coûts fixes (régime-cadre au titre de la section 3.1 de l’encadrement temporaire)

21.12.2020

97

Estonie

SA.56804

Régime de garantie des prêts de l’Estonie au titre de l’encadrement temporaire des mesures d’aide d’État visant à soutenir l’économie dans le contexte actuel de la flambée de COVID-19

30.3.2020

98

Estonie

SA.57014

COVID-19 – Régimes d’aides estoniens au titre de la section 3.1 de l’encadrement temporaire – subventions directes et avantages en termes de paiements

21.4.2020

99

Estonie

SA.57028

COVID-19 – Régimes d’aides estoniens au titre de la section 3.1 de l’encadrement temporaire – garanties sur les prêts, prêts et taux d’intérêt bonifiés pour les prêts

28.4.2020

100

Estonie

SA.57403

COVID-19: aides au paiement des loyers en faveur des opérateurs du commerce et des services touchés par la pandémie de coronavirus

28.5.2020

101

Estonie

SA.57586

Estonie – COVID-19 – Recapitalisation de Nordica

11.8.2020

102

Estonie

SA.59338

COVID-19: aides en faveur des entreprises du secteur du tourisme et des secteurs directement liés

25.11.2020

103

Estonie

SA.59278

COVID-19: soutien 1) à la recherche industrielle et au développement expérimental des entreprises touchées par la crise de la COVID-19, et 2) à la R&D liée à la COVID-19

3.12.2020

104

Finlande

SA.57059

COVID-19: régime de garantie de prêt et de prêt à taux d’intérêt bonifié pour les entreprises les plus touchées par la COVID-19

20.4.2020

105

Finlande

SA.56995

COVID-19: régime-cadre pour les mesures d’aide d’État (section 3.1 de l’encadrement temporaire)

24.4.2020

106

Finlande

SA.57221

aides temporaires en faveur des entreprises du secteur de la pêche et de l’aquaculture touchées par la pandémie de COVID-19

6.5.2020

107

Finlande

SA.57231

COVID-19: aides temporaires en faveur des entreprises de production agricole primaire touchées par la pandémie de COVID-19

6.5.2020

108

Finlande

SA.56809

COVID-19: garantie de l’État sur un prêt à Finnair

18.5.2020

109

Finlande

SA.57192

Régime de garantie des prêts en faveur des entreprises maritimes au titre de l’encadrement temporaire des mesures d’aide d’État visant à soutenir l’économie dans le contexte actuel de la flambée de COVID-19

28.5.2020

110

Finlande

SA.57410

COVID-19 – recapitalisation de Finnair

9.6.2020

111

France

SA.56709

France – COVID-19: plan de sécurisation du financement des entreprises

21.3.2020

112

France

SA.56823

COVID-19 – Fonds de solidarité français – Régime pour les entreprises rencontrant des difficultés temporaires en raison de la COVID-19

30.3.2020

113

France

SA.56985

Régime cadre temporaire au soutien des entreprises dans la crise du COVID-19

20.4.2020

114

France

SA.56868

COVID-19: garanties des préfinancements des entreprises françaises exportatrices

24.4.2020

115

France

SA.57134

COVID-19: aide sous forme de garanties de prêts au profit du groupe Renault.

29.4.2020

116

France

SA.57082

COVID-19 – Cadre temporaire 107(3)(b) – Garantie et prêt d’actionnaire au bénéfice d’Air France

4.5.2020

117

France

SA.57405

COVID-19 – Groupe Novares

26.5.2020

118

France

SA.57367

Aides en faveur de projets de R&D liés à la COVID-19, d’investissements dans des infrastructures d’essai et de développement pertinentes et d’investissements dans des capacités de production liées à la COVID-19

5.6.2020

119

France

SA.57754

COVID-19: dispositif d’activité partielle ad hoc

29.6.2020

120

France

SA.57695

COVID-19: régime d’aides sous la forme de prêts publics subordonnés

30.6.2020

121

Allemagne

SA.56714

Allemagne – Mesures COVID-19

22.3.2020

122

Allemagne

SA.56787

COVID-19: Bundesregelung Bürgschaften 2020

24.3.2020

123

Allemagne

SA.56790

Cadre fédéral «Petits montants d’aide 2020» – COVID-19

24.3.2020

124

Allemagne

SA.56863

Allemagne – COVID-19 – Cadre fédéral pour les prêts bonifiés 2020

2.4.2020

125

Allemagne

SA.57100

Allemagne – COVID-19 – Cadre fédéral «Aide à la R&D liée à COVID-19, investissements dans les infrastructures d’essai et les installations de production» («Bundesregelung Forschungs-, Entwicklungs- und Investitionsbeihilfen»)

28.4.2020

126

Allemagne

SA.57153

COVID-19 – Aides en faveur de Lufthansa

25.6.2020

127

Allemagne

SA.56814

Mesures COVID-19 du Wirtschaftsstabilisierungsfonds

8.7.2020

128

Allemagne

SA.57644

COVID-19: régime d’aides en faveur des aéroports

11.8.2020

129

Allemagne

SA.57447

Mesures COVID-19 du BayernFonds

20.8.2020

130

Allemagne

SA.59289

Fixkostenhilfe 2020 – DE

20.11.2020

131

Allemagne

SA.58504

COVID-19: Bundesregelung für Rekapitalisierungsmaßnahmen und nachrangiges Fremdkapital 2020

1.12.2020

132

Grèce

SA.56857

Garanties de portefeuille de prêts commerciaux de première perte pour de nouveaux crédits de fonds de roulement dans le contexte de la pandémie actuelle de COVID-19

3.4.2020

133

Grèce

SA.56815

Mesure grecque COVID-19 – Régime d’avances remboursables pour les entreprises touchées par la pandémie de COVID-19

7.4.2020

134

Grèce

SA.56839

Mesure grecque COVID: soutien aux obligations de prêt des PME

8.4.2020

135

Grèce

SA.57194

Aides d’État dans le secteur de la production primaire de la floriculture au titre de l’encadrement temporaire COVID-19 [Commission C(2020) 1863/19.3.20]

5.5.2020

136

Grèce

SA.57165

COVID-19 – Subventions salariales en faveur des indépendants

11.5.2020

137

Grèce

SA.58029

Soutien aux agriculteurs du secteur primaire, aux producteurs et aux vendeurs des marchés de plein air sur la base de l’encadrement temporaire COVID-19

23.7.2020

138

Grèce

SA.58048

Soutien au secteur primaire de l’élevage ovin et caprin sur la base de l’encadrement temporaire COVID-19

23.7.2020

139

Grèce

SA.58069

Soutien au secteur primaire/à la production d’asperges sur la base de l’encadrement temporaire COVID-19

23.7.2020

140

Grèce

SA.58367

COVID-19 - FONDS DE ROULEMENT POUR LES TRÈS PETITES ET PETITES ENTREPRISES DANS LA RÉGION DE LA MACÉDOINE CENTRALE

28.8.2020

141

Grèce

SA.58368

COVID-19: régime de crédits de fonds de roulement et d’investissement du Fonds grec pour les infrastructures

19.10.2020

142

Grèce

SA.58867

Subventions salariales en faveur des indépendants touchés par la pandémie de COVID-19

22.10.2020

143

Grèce

SA.59033

COVID-19 – Aides aux activités culturelles dans la municipalité d’Athènes

28.10.2020

144

Hongrie

SA.56926

Mesures d’aide pour accroître la compétitivité des entreprises dans le contexte de la pandémie de COVID-19

8.4.2020

145

Hongrie

SA.56994

Régime financé par les Fonds structurels en faveur des entreprises rencontrant des difficultés financières temporaires dues à la COVID-19

17.4.2020

146

Hongrie

SA.57007

COVID-19 – Régime d’aides sous la forme de subventions salariales pour les employés de la recherche et du développement

17.4.2020

147

Hongrie

SA.57121

COVID-19: programmes exceptionnels de garantie de liquidités gérés par Garantiqa Zrt et la Banque hongroise de développement

28.4.2020

148

Hongrie

SA.57064

COVID-19: subventions, garanties et bonifications d’intérêts

29.4.2020

149

Hongrie

SA.57198

Programme de garantie rurale de crise géré par AVHGA

7.5.2020

150

Hongrie

SA.57329

Régime d’aides temporaire en faveur des secteurs agroalimentaire, de l’aquaculture et de la sylviculture touchés par la pandémie de coronavirus

19.5.2020

151

Hongrie

SA.57269

COVID-19 – FONDS DE CAPITAL

20.5.2020

152

Hongrie

SA.57285

COVID-19: programme de subvention lié au programme de la carte Széchenyi

20.5.2020

153

Hongrie

SA.57468

COVID-19 – Régime-cadre de subventions directes fournies par les crédits gérés au niveau des chapitres budgétaires des ministères

9.6.2020

154

Hongrie

SA.57767

COVID-19: régime d’exonération des charges salariales dans le secteur de l’aviation

7.7.2020

155

Hongrie

SA.58202

Régime de soutien à la recherche, au développement et à la production lié à la COVID-19

10.8.2020

156

Hongrie

SA.58420

COVID-19: régime de fonds de recapitalisation géré par HIVENTURES Zrt

20.11.2020

157

Hongrie

SA.59477

Aide d’État SA.59477 (2020/N) – Hongrie – COVID-19: régime de protection de l’économie dans le cadre du deuxième état d’urgence

10.12.2020

158

Irlande

SA.56845

Régime d’avances remboursables – COVID-19

30.3.2020

159

Irlande

SA.57036

COVID-19: Sustaining Enterprise Scheme

21.4.2020

160

Irlande

SA.57453

Régime visant à faciliter la recherche et le développement liés à la COVID-19, à soutenir la construction et la modernisation des installations d’essai et de développement des produits liés à la COVID-19 et à soutenir les investissements dans la production des produits liés à la COVID-19

3.6.2020

161

Irlande

SA.57509

COVID-19 – Subvention irlandaise pour le redémarrage

3.6.2020

162

Irlande

SA.58214

Irlande – COVID 19 – Fonds d’adaptation pour la réouverture des entreprises de tourisme et d’hôtellerie

14.8.2020

163

Irlande

SA.57465

COVID-19: régime de garantie des crédits

14.8.2020

164

Irlande

SA.58387

Paiement en faveur des engraisseurs de bovins

24.8.2020

165

Irlande

SA.58562

COVID-19 – Régime d’aides au spectacle vivant

18.11.2020

166

Irlande

SA.58955

COVID-19: régime irlandais pour le tourisme en autocar

19.11.2020

167

Irlande

SA.59719

COVID-19 – Régime de continuité des activités des agences de voyages établies en Irlande

18.12.2020

168

Italie

SA.56786

Production d’équipements et de masques médicaux

22.3.2020

169

Italie

SA.56690

Garantie publique pour soutenir le moratoire sur la dette instauré par les banques en faveur des PME emprunteuses

25.3.2020

170

Italie

SA.56966

Italie – COVID-19: régimes de garantie de prêts au titre du Fondo di garanzia per le PMI

13.4.2020

171

Italie

SA.56963

Régime de garanties au titre de l’encadrement temporaire des mesures d’aide d’État visant à soutenir l’économie dans le contexte actuel de la flambée de COVID-19

13.4.2020

172

Italie

SA.57068

Garanties de prêts et subventions au titre du Fonds de garantie de l’ISMEA conformément à l’encadrement temporaire des mesures d’aide d’État visant à soutenir l’économie dans le contexte actuel de la flambée de COVID-19

21.4.2020

173

Italie

SA.57005

Octroi de l’aide d’État dans le cadre du programme contre la crise de la COVID-19 prévue par l’article 12 de la loi régionale nº 5/2020 en conformité avec l’encadrement temporaire des mesures d’aide d’État visant à soutenir l’économie dans le contexte actuel de la flambée de COVID-19

21.4.2020

174

Italie

SA.57185

Prêts accordés par l’ISMEA en faveur d’entreprises du secteur agricole et de la pêche touchées par la pandémie de COVID-19

4.5.2020

175

Italie

SA.57349

Plan d’urgence socio-économique de la région Campanie – Aides en faveur des entreprises du secteur agricole, du secteur de la pêche et de l’aquaculture, du secteur de l’élevage de buffles et du secteur de la floriculture

19.5.2020

176

Italie

SA.57021

RegimeQuadro – COVID-19

21.5.2020

177

Italie

SA.57439

COVID-19 – Intérêts sur l’anticipation des montants à payer aux agriculteurs dans le cadre des régimes de soutien de la PAC

28.5.2020

178

Italie

SA.57252

Modifications du RegimeQuadro COVID-19

24.6.2020

179

Italie

SA.57429

COVID-19 – Exonérations fiscales et crédits d’impôt adoptés à la suite de la crise économique provoquée par la COVID-19

26.6.2020

180

Italie

SA.57752

COVID-19 – Italie – Subventions aux petites entreprises et aux indépendants

8.7.2020

181

Italie

SA.57947

Mesures de soutien aux entreprises exerçant des activités dans les secteurs de l’agriculture, de la sylviculture, de la pêche et de l’aquaculture et aux activités qui y sont liées, en relation avec la crise de la COVID-19

15.7.2020

182

Italie

SA.57891

SUBVENTIONS DIRECTES EN FAVEUR DES ENTREPRISES ITALIENNES PARTICIPANT À DES ACTIVITÉS ET DES OPÉRATIONS INTERNATIONALES

31.7.2020

183

Italie

SA.57289

COVID-19: mesures de renforcement des fonds propres en faveur des entreprises de taille moyenne

31.7.2020

184

Italie

SA.58208

COVID-19 – Aides sous la forme de garanties sur les prêts et de taux d’intérêt bonifiés gérés par l’«Istituto per il Credito Sportivo», conformément à l’article 14, paragraphes 1 et 2 du décret-loi du 8 avril 2020, nº 23

19.8.2020

185

Italie

SA.58300

COVID-19 – Mesures fiscales en faveur de la municipalité de Campione d’Italia

21.8.2020

186

Italie

SA.57612

Projet Patrimonio Rilancio

17.9.2020

187

Italie

SA.58727

COVID-19: mesures de soutien en faveur des entreprises pour réduire le risque de contagion sur le lieu de travail

30.9.2020

188

Italie

SA.58802

COVID-19 – Decontribuzione SUD – Agevolazione contributiva per l’occupazione in aree svantaggiate

6.10.2020

189

Italie

SA.58418

COVID-19 – Traitement fiscal de la réévaluation des actifs par les coopératives agricoles

14.10.2020

190

Italie

SA.59255

COVID-19: exonération du paiement des cotisations de sécurité sociale pour les entreprises qui ne demandent pas de mesures de soutien salarial

10.11.2020

191

Italie

SA.59295

COVID-19: exonération du paiement des cotisations de sécurité sociale pour les entreprises du secteur du tourisme et du thermalisme embauchant au moyen de contrats à durée déterminée

16.11.2020

192

Italie

SA.58801

COVID-19 – Aides en faveur des petits éditeurs – IT

17.11.2020

193

Italie

SA.58847

COVID-19 – Aides en faveur des éditeurs de musique – IT

17.11.2020

194

Italie

SA.59590

COVID-19: contribution aux activités économiques et commerciales dans les centres historiques

3.12.2020

195

Italie

SA.59509

Mesures de soutien aux entreprises exerçant des activités dans les secteurs de l’agriculture, de la sylviculture, de la pêche et de l’aquaculture et aux activités qui y sont liées, en relation avec la crise de la COVID-19

7.12.2020

196

Italie

SA.59755

COVID-19: aides en faveur des voyagistes et des agences de voyages – Italie

4.12.2020

197

Italie

SA.59992

COVID-19: mesures de soutien en faveur de l’industrie des congrès et des foires

17.12.2020

198

Lettonie

SA.56722

COVID-19: régime de garanties des prêts et régime de prêts bonifiés

23.3.2020

199

Lettonie

SA.56932

Procédure d’administration et de suivi des mesures de soutien d’urgence dans le secteur de l’agriculture et de l’alimentation en raison des effets négatifs associés à la propagation du virus de la COVID-19

16.4.2020

200

Lettonie

SA.57287

Aides d’État pour les prêts à court terme dans l’agriculture afin d’atténuer les effets négatifs de la pandémie de COVID-19

12.5.2020

201

Lettonie

SA.57423

COVID-19: subventions en faveur des opérateurs touristiques

29.5.2020

202

Lettonie

SA.56943

COVID-19: recapitalisation d’Air Baltic – Lettonie

3.7.2020

203

Lettonie

SA.57655

Garanties pour les grandes et moyennes entreprises touchées par la pandémie de COVID-19

6.7.2020

204

Lettonie

SA.57409

LETTONIE – COVID-19 – Fonds de recapitalisation

6.7.2020

205

Lettonie

SA.57740

COVID-19: réduction des loyers des locataires de biens publics

9.7.2020

206

Lettonie

SA.58072

COVID-19 – Aides en faveur des acteurs économiques dans le secteur du tourisme

27.7.2020

207

Lettonie

SA.58117

COVID-19: aides en faveur des coopératives forestières touchées par la pandémie de coronavirus

31.7.2020

208

Lettonie

SA.58104

Aides d’un montant limité (régime de subventions directes) destinées à soutenir les cotisations patronales obligatoires à la sécurité sociale de l’État pour les entreprises dont les activités d’exportation sont touchées par la pandémie de COVID-19

3.8.2020

209

Lettonie

SA.59592

Subventions en faveur des entreprises touchées par la crise de la COVID-19 pour garantir le flux des fonds de roulement

17.12.2020

210

Lituanie

SA.56927

Mesures d’aide d’État visant à soutenir l’économie dans le contexte de la pandémie actuelle de COVID-19 – LT

8.4.2020

211

Lituanie

SA.56980

Prêts aux entreprises les plus touchées par la COVID-19 – Lituanie

9.4.2020

212

Lituanie

SA.57066

SA.57066 (2020/N) – Lituanie – COVID-19: subventions directes pour couvrir les intérêts des prêts des PME actives dans le transport routier de fret

24.4.2020

213

Lituanie

SA.57135

Mesure «Indemnisation partielle des loyers pour les entreprises les plus touchées par la COVID-19»

30.4.2020

214

Lituanie

SA.57342

Programme de financement de nouveaux produits et (ou) services culturels

20.5.2020

215

Lituanie

SA.57008

COVID-19 – Fonds d’aide aux entreprises

26.5.2020

216

Lituanie

SA.57529

Garanties individuelles et compensation des intérêts et des primes de garantie dans le contexte de la pandémie de COVID-19

16.6.2020

217

Lituanie

SA.57665

COVID-19: garanties et prêts lituaniens destinés aux voyagistes et aux prestataires de services d’hébergement et de restauration

25.6.2020

218

Lituanie

SA.57823

Aide d’État temporaire en faveur des entités économiques du secteur de l’agriculture et de l’aquaculture confrontées à des difficultés économiques dans le contexte de la pandémie de COVID-19

14.7.2020

219

Lituanie

SA.58476

COVID-19 – Indemnisation en faveur des voyagistes

11.9.2020

220

Lituanie

SA.59345

Aide d’État temporaire en faveur des éleveurs d’animaux à fourrure confrontés à des difficultés économiques dues à la pandémie de COVID-19

13.11.2020

221

Lituanie

SA.58885

COVID-19 – Report des cotisations de sécurité sociale

18.11.2020

222

Lituanie

SA.58645

Mesure nº 01.2.1-LVPA-T-858 «COVID-19 R&D» de la priorité nº 1 «Promotion de la recherche, du développement expérimental et de l’innovation» du programme opérationnel d’investissement des Fonds structurels de l’UE pour 2014-2020 Mesure nº 03.3.1-LVPA-T-859 «Produits liés à la COVID-19»

6.10.2020

223

Lituanie

SA.60308

Lituanie – COVID-19 – Subventions aux entreprises

22.12.2020

224

Lituanie

SA.60379

COVID-19: prêts directs COVID-19

23.12.2020

225

Luxembourg

SA.56742

Régime en faveur des entreprises en difficulté financière temporaires du fait de la COVID-19

24.3.2020

226

Luxembourg

SA.56805

Régime de garantie des prêts du Luxembourg au titre de l’encadrement temporaire des mesures d’aide d’État visant à soutenir l’économie dans le contexte actuel de la flambée de COVID-19

27.3.2020

227

Luxembourg

SA.56954

COVID-19 – LU– Régime d’aides à la R&D et d’aides à l’investissement pour la fabrication de produits liés à la COVID-19

8.4.2020

228

Luxembourg

SA.57305

COVID-19: Luxembourg – Aide à l’investissement pour certains secteurs

20.5.2020

229

Luxembourg

SA.57304

Fonds de solidarité luxembourgeois pour les entreprises touchées par la pandémie de COVID-19

29.5.2020

230

Luxembourg

SA.57338

COVID-19 – Luxembourg – Aides aux commerces

29.5.2020

231

Luxembourg

SA.57530

COVID-19 – Régime d’aides aux entreprises de production audiovisuelle

18.6.2020

232

Luxembourg

SA.59322

COVID-19 – Régime d’aides concernant les coûts non couverts au titre de l’encadrement temporaire des mesures d’aide d’État visant à soutenir l’économie dans le contexte actuel de la flambée de COVID-19

24.11.2020

233

Luxembourg

SA.59428

COVID-19: nouvelle aide de relance

24.11.2020

234

Luxembourg

SA.59726

COVID-19 – Soutien au secteur de la viande

9.12.2020

235

Luxembourg

SA.59945

COVID-19: soutien au secteur viticole

15.12.2020

236

Luxembourg

SA.59944

COVID-19: soutien au secteur des semences

15.12.2020

237

Malte

SA.56843

COVID-19: régime de garantie des prêts

2.4.2020

238

Malte

SA.57075

COVID-19 – Fonds pour la R&D

22.4.2020

239

Malte

SA.57076

COVID-19 – Régime de compléments salariaux

24.4.2020

240

Malte

SA.57204

Aides à l’investissement en faveur de la fabrication de produits liés à la COVID-19

12.5.2020

241

Malte

SA.57163

COVID-19 – Régime de bonification des taux d’intérêt de la MDB (CIRSS)

13.5.2020

242

Malte

SA.57574

Facilité de souscription d’obligations par la Banque maltaise de développement

3.7.2020

243

Malte

SA.58006

Soutien aux entrepreneurs touchés par la pandémie de COVID-19 (paiement des loyers et de l’électricité des locaux commerciaux)

15.7.2020

244

Malte

SA.57984

COVID-19 – Régime de subventions en faveur des pêcheurs de thon rouge

20.7.2020

245

Malte

SA.57961

COVID-19 – Régime de garanties des petits prêts (CSLG) de la MDB

29.7.2020

246

Malte

SA.58306

Aide d’État temporaire en faveur des exploitants agricoles – COVID-19

8.9.2020

247

Pays-Bas

SA.56915

Régime de s

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