COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 20.7.2021
SWD(2021) 722 final
DOCUMENT DE TRAVAIL DES SERVICES DE LA COMMISSION
Rapport 2021 sur l’état de droit
Chapitre consacré à la situation de l’état de droit en Pologne
accompagnant le document:
COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS
Rapport 2021 sur l’état de droit
La situation de l’état de droit dans l’Union européenne
{COM(2021) 700 final} - {SWD(2021) 701 final} - {SWD(2021) 702 final} - {SWD(2021) 703 final} - {SWD(2021) 704 final} - {SWD(2021) 705 final} - {SWD(2021) 706 final} - {SWD(2021) 707 final} - {SWD(2021) 708 final} - {SWD(2021) 709 final} - {SWD(2021) 710 final} - {SWD(2021) 711 final} - {SWD(2021) 712 final} - {SWD(2021) 713 final} - {SWD(2021) 714 final} - {SWD(2021) 715 final} - {SWD(2021) 716 final} - {SWD(2021) 717 final} - {SWD(2021) 718 final} - {SWD(2021) 719 final} - {SWD(2021) 720 final} - {SWD(2021) 721 final} - {SWD(2021) 723 final} - {SWD(2021) 724 final} - {SWD(2021) 725 final} - {SWD(2021) 726 final} - {SWD(2021) 727 final}
Résumé
Les réformes du système de justice polonais, y compris les dernières évolutions en la matière, continuent à susciter de vives préoccupations, comme cela a déjà été indiqué en 2020. Les réformes entreprises depuis 2015 ont renforcé l’influence des pouvoirs exécutif et législatif sur le système de justice, au détriment de l’indépendance du pouvoir judiciaire. Cette situation a incité la Commission à engager la procédure prévue à l’article 7, paragraphe 1, du TUE, qui est toujours en cours. En avril 2021, la Commission a saisi la Cour de justice d’un recours contre la Pologne concernant une loi sur le système judiciaire qui porte atteinte à l’indépendance des juges et n’est pas compatible avec le droit de l’Union. En juillet 2021, la Cour a ordonné des mesures provisoires dans cette affaire. Le même jour, le Tribunal constitutionnel a estimé que les mesures provisoires ordonnées par la Cour de justice dans le domaine judiciaire étaient incompatibles avec la Constitution polonaise. En juillet 2021, la Cour de justice a également estimé que le régime disciplinaire applicable aux juges en Pologne était incompatible avec le droit de l’Union. Le Conseil national de la magistrature continue à exercer ses activités en dépit d’une indépendance contestée, et le fonctionnement de la Cour suprême a encore été affecté, notamment à la suite de modifications apportées à la législation. En mai 2021, la Cour européenne des droits de l’homme a constaté des irrégularités dans une procédure de nomination au Tribunal constitutionnel.
Le cadre juridique et institutionnel de prévention de la corruption et de lutte contre la corruption est, pour l’essentiel, en place. Des risques pèsent pourtant sur l’efficacité de la lutte contre la corruption à haut niveau, notamment le risque de voir exercer, à des fins politiques, une influence abusive sur les poursuites en matière de corruption. Dans ce contexte, il subsiste des inquiétudes quant à l’indépendance des principales institutions chargées de prévenir et de combattre la corruption, compte tenu, notamment, du fait que le Bureau central anticorruption est placé sous les ordres de l’exécutif et que le ministre de la justice exerce également la fonction de procureur général. Le programme spécial du gouvernement pour lutter contre la corruption a été mis en œuvre au cours de la période 2018-2020, mais des chantiers législatifs essentiels demeurent inachevés. Il subsiste des faiblesses structurelles en ce qui concerne le régime de déclaration de patrimoine et le lobbying.
En ce qui concerne la liberté et le pluralisme des médias, le gouvernement devrait adopter une législation transposant la directive «Services de médias audiovisuels» pour renforcer l’indépendance des organismes de régulation dans le domaine des médias. Jusqu’à présent, le marché polonais des médias a été considéré comme diversifié, mais les parties prenantes craignent les effets négatifs de l’acquisition de Polska Press par l’entreprise publique Orlen. Si l’autorité de la concurrence (UOKiK) a approuvé l'opération, le Médiateur polonais a contesté cette décision, estimant que cette autorité n’avait pas examiné la question de savoir si l’acquisition limiterait la liberté de la presse. Des inquiétudes ont également été exprimées au sujet d’un projet de législation fiscale ciblant certains groupes de médias, dans un environnement considéré comme de plus en plus hostile à l’égard des médias détenus par des capitaux étrangers. Depuis 2020, l’environnement professionnel des journalistes s’est dégradé, en raison du recours à des procédures judiciaires d’intimidation, du manque croissant de protection des journalistes et du recours à la violence lors des manifestations, y compris de la part des forces de police.
Le système d'équilibre des pouvoirs reste soumis à des pressions considérables. La procédure d’adoption accélérée de la législation continue d’être utilisée, et cela également pour des questions qui ne sont pas liées à la pandémie de COVID-19, notamment pour opérer des réformes structurelles du système judiciaire, sans consultation des intéressés ou après une consultation limitée de ceux-ci. Certaines mesures introduites par le gouvernement en 2020 pour lutter contre la pandémie de COVID-19 ont été considérées comme illégales par les tribunaux dans plusieurs affaires. Le Médiateur continue de jouer un rôle clé en tant que garant de l’état de droit. À la suite d’une décision du Tribunal constitutionnel, le Médiateur sortant a dû cesser d’exercer ses compétences principales en juillet 2021. Les procédures parlementaires s’orientent à présent vers la nomination d’un nouveau Médiateur bénéficiant du soutien de tous les partis. L’espace dévolu à la société civile reste dynamique, mais il a encore été affecté par des problèmes d’ordre général concernant les droits des femmes et par des attaques dirigées contre des groupes LGBTI.
I.Système de justice
Le système de justice polonais est divisé en deux branches principales: les juridictions administratives et les juridictions ordinaires. La Cour administrative suprême et 16 tribunaux administratifs exercent le contrôle sur l’administration publique, et notamment sur la légalité des mesures prises par les autorités locales et par les collectivités publiques territoriales. Les juridictions ordinaires, placées sous le contrôle de la Cour suprême, connaissent trois niveaux: 11 cours d’appel, 46 tribunaux régionaux et 318 tribunaux d’arrondissement. Les juges sont nommés par le président de la République à la demande du Conseil national de la magistrature. Le Tribunal constitutionnel, qui statue notamment sur la constitutionnalité des lois, se compose de 15 juges désignés par la Diète (la chambre basse du parlement) pour un mandat de 9 ans. La Constitution charge le Conseil national de la magistrature de veiller à l’indépendance de la justice. Le ministère public, qui ne fait pas partie du pouvoir judiciaire indépendant, présente la caractéristique spécifique que les fonctions de procureur général et de ministre de la justice sont exercées par la même personne. La Constitution prévoit que les avocats et les conseillers juridiques peuvent réguler eux-mêmes leur pratique.
Indépendance
La perception de l’indépendance de la justice est faible parmi le public et les entreprises et continue de baisser. Si 29 % du public a perçu l’indépendance des tribunaux et des juges comme «plutôt satisfaisante ou très satisfaisante» en 2021, les entreprises sont quant à elles 18 % à partager ce sentiment. La perception de l’indépendance de la justice n’a cessé de diminuer pour l’opinion publique et les entreprises au cours des cinq dernières années. Comme l’année dernière, le débat public autour du pouvoir judiciaire continue d’être caractérisé par de fortes tensions. En ce qui concerne la campagne de diffamation dirigée en 2019 contre des juges qui ont ouvertement critiqué les réformes de la justice, aucune décision judiciaire n’a encore été prise à ce jour.
La mise en œuvre sur le terrain des réformes de la justice entamées en novembre 2015 se poursuit. Ces réformes ont été mises en œuvre par plus de 30 lois qui portent sur toute la structure du système de justice, notamment le Tribunal constitutionnel, le Conseil national de la magistrature, la Cour suprême, les juridictions ordinaires, les juridictions administratives et le ministère public. De multiples aspects de la réforme de la justice suscitent de vives préoccupations au regard de l’état de droit, et en particulier l’indépendance de la justice. C’est sur cet aspect que porte principalement la procédure au titre de l’article 7, paragraphe 1, du TUE engagée par la Commission, qui est toujours examinée par le Conseil. Le Parlement européen a également réitéré ses préoccupations concernant la situation de l’état de droit en Pologne dans une résolution. La sauvegarde de l’indépendance de la justice constituait l’une des recommandations adressées à la Pologne dans le contexte du Semestre européen 2020, à laquelle le pays doit encore donner suite. Entre-temps, le gouvernement polonais s’est ouvertement opposé au caractère contraignant d’une ordonnance de mesures provisoires rendue par la Cour de justice le 21 mai 2021 dans un recours introduit contre la Pologne pour violation de la législation environnementale de l’UE.
La Cour de justice a par ailleurs précisé les exigences découlant du droit de l’UE en ce qui concerne l’indépendance de la justice dans le contexte polonais. Le 2 mars 2021, la Cour de justice a rendu un arrêt dans le cadre d’une demande de décision préjudicielle, précisant les exigences découlant du droit de l’UE en ce qui concerne les nominations judiciaires à la Cour suprême qui ont eu lieu en 2018. La Cour de justice, tout en laissant l’appréciation définitive à la juridiction de renvoi, a déclaré que les modifications successives de la loi polonaise sur le Conseil national de la magistrature, qui ont eu pour effet de supprimer le contrôle juridictionnel effectif des décisions de ce Conseil proposant au président de la République des candidats au poste de juge à la Cour suprême, étaient susceptibles d’enfreindre le droit de l’UE. À cet égard, la Cour a relevé que, compte tenu du rôle décisif du Conseil national de la magistrature dans la procédure de nomination des juges en Pologne, son degré d’indépendance est pertinent pour garantir l’indépendance de la justice, tout en indiquant que l’indépendance du Conseil national de la magistrature est sujette à caution. Le 6 mai 2021, la Cour administrative suprême a mis en œuvre l’arrêt précité de la Cour de justice, statuant que l’actuel Conseil national de la magistrature, dans le cadre de la procédure de nomination des juges, ne fournissait pas de garanties suffisantes d’indépendance à l’égard des pouvoirs exécutif et législatif et que, par conséquent, les résolutions dudit Conseil donnant lieu à des nominations aux chambres pénale et civile de la Cour suprême en 2018 étaient annulées. Un certain nombre d’autres demandes de décision préjudicielle introduites par différentes juridictions polonaises en ce qui concerne les réformes de la justice de 2017 et 2018 sont toujours à l’examen par la Cour de justice. Le 15 juillet 2021, dans le cadre d’une procédure d’infraction lancée par la Commission, la Cour de justice a estimé que le régime disciplinaire applicable aux juges en Pologne était incompatible avec le droit de l’Union. La Cour de justice a notamment constaté que la chambre disciplinaire de la Cour suprême ne fournissait pas toutes les garanties d’impartialité et l’indépendance et n’était pas à l’abri d’influences directes ou indirectes des pouvoirs législatif et exécutif polonais.
Le 31 mars 2021, la Commission a décidé de former devant la Cour de justice un recours contre la Pologne en raison de préoccupations liées à la loi sur le système judiciaire de décembre 2019. La Commission estime que la législation polonaise contestée porte atteinte à l’indépendance des juges polonais, en violation de l’article 19, paragraphe 1, du TUE et de la primauté du droit de l’Union. La loi empêche les juridictions polonaises, notamment par des menaces de procédures disciplinaires, d’appliquer directement le droit de l’Union protégeant l’indépendance de la justice et de saisir la Cour de justice de demandes de décision préjudicielle. Par ailleurs, la chambre disciplinaire de la Cour suprême, dont l’indépendance n’est pas garantie, continue de prendre des décisions qui ont une influence directe sur les juges et la manière dont ils exercent leurs fonctions. Il s’agit notamment d’affaires touchant à la levée de l’immunité des juges pour pouvoir engager des procédures pénales à leur encontre ou les placer en détention, ce qui entraînerait une suspension temporaire de leurs fonctions et une réduction de salaire. La simple perspective pour les juges de devoir se soumettre à une procédure devant une instance dont l’indépendance n’est pas garantie peut avoir un effet dissuasif et affecter leur propre indépendance. Cette situation porte gravement atteinte à l’indépendance judiciaire en Pologne, à la protection juridictionnelle effective des citoyens polonais et à l’ordre juridique de l’Union dans son ensemble. Le gouvernement polonais estime que la Commission outrepasse les compétences que lui confère le traité, et il rejette la position qu’elle a prise dans cette procédure d’infraction. La Commission a demandé à la Cour de justice de prendre des mesures provisoires pour suspendre les activités judiciaires de la chambre disciplinaire liées aux juges, en particulier en ce qui concerne la levée de l’immunité judiciaire pour éviter un préjudice grave et irréparable à l’indépendance de la justice et à l’ordre juridique de l’Union. Le 14 juillet 2021, la vice-présidente de la Cour a rendu une ordonnance de mesures provisoires dans l’affaire C-204/21, faisant intégralement droit à la requête de la Commission.
Saisie d’un certain nombre d’affaires liées au fonctionnement du système judiciaire polonais, la Cour européenne des droits de l’homme a estimé qu’une nomination en 2015 au Tribunal constitutionnel violait le principe du «tribunal établi par la loi». En février 2021, la Cour européenne des droits de l’homme a indiqué qu’il y avait à ce moment-là 27 affaires pendantes dont elle était saisie portant sur diverses questions liées aux réformes du système judiciaire de 2017 et 2018. À ce jour, 21 de ces affaires ont fait l'objet d'une communication au gouvernement polonais. Le 7 mai 2021, la Cour européenne des droits de l’homme a statué qu’une section comportant un juge nommé à un poste judiciaire qui avait déjà été pourvu lors de la législature 2011-2015 ne constituait pas un «tribunal établi par la loi». Ces irrégularités dans la procédure de nomination des juges au Tribunal constitutionnel ont suscité de vives préoccupations dans la proposition motivée adoptée par la Commission dans le cadre de la procédure prévue à l’article 7, paragraphe 1, du TUE. Le Tribunal constitutionnel a jugé que cet arrêt était «non avenu». Le 29 juin 2021, la Cour européenne des droits de l’homme a rendu un arrêt concernant la cessation prématurée par le ministre de la justice de mandats, détenus par des juges, de vice-présidents de juridictions ordinaires. La Cour a souligné l’importance de garantir l’indépendance du pouvoir judiciaire et de respecter l’équité procédurale dans les affaires relatives à la carrière professionnelle des juges et a déclaré que, étant donné que la cessation prématurée de leur mandat de vice-président d’une juridiction n’avait été ni motivée ni examinée par une juridiction ordinaire ou un autre organe exerçant des fonctions juridictionnelles, sans qu’il n’existe un motif grave justifiant l’absence de contrôle juridictionnel, la Pologne a violé le droit d’accès à un tribunal.
Les préoccupations quant à l’indépendance et à la légitimité du Tribunal constitutionnel exprimées par la Commission dans le cadre de la procédure prévue à l’article 7, paragraphe 1, du TUE n’ont pas encore été résolues. Ce point est également illustré par l’arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme du 7 mai 2021. En 2020, le Médiateur a continué de faire part de ses préoccupations quant au fonctionnement et à la légitimité du Tribunal constitutionnel, y compris en ce qui concerne les modifications apportées aux sections de jugement déjà désignées et les rejets de demandes de récusation des juges en raison de leur manque allégué d’impartialité ou de la contestation de leur statut. Le Conseil de l’Europe a exprimé des préoccupations similaires. Entre-temps, le Tribunal constitutionnel continue d’être saisi pour des affaires concernant les réformes de la justice, non seulement par le Premier ministre, le président de la Diète, le Conseil national de la magistrature et la chambre disciplinaire nouvellement créée de la Cour suprême, mais aussi par d’autres juges de la Cour suprême (récemment nommés) et par la première présidente, récemment nommée, de la Cour suprême. Dans trois affaires introduites devant le Tribunal constitutionnel par le procureur général, le Premier ministre et un groupe de députés de la Diète demandent au Tribunal d’évaluer la compatibilité de certaines dispositions du TUE avec la Constitution et de déclarer la primauté de la Constitution polonaise sur le droit de l’Union. La Commission s’est déclarée préoccupée par la requête déposée par le Premier ministre puisqu’elle remet en question les principes fondamentaux du droit de l’Union, en particulier la primauté du droit de l’Union. En dépit d’une jurisprudence claire de la Cour de justice, le Tribunal constitutionnel a déjà indiqué dans un obiter dictum que la Cour de justice n’était pas compétente pour rendre des décisions concernant les systèmes judiciaires des États membres. Malgré les préoccupations susmentionnées, le Tribunal constitutionnel a rendu des décisions ayant une incidence significative à la fois sur des individus et sur le cadre institutionnel. En particulier, le 22 octobre 2020 et le 15 avril 2021 respectivement, il a rendu des décisions concernant le droit à l’avortement et la situation du Médiateur. Ces décisions ont suscité de vives critiques en Pologne et au-delà. En outre, le 14 juillet 2021, à la suite de l’ordonnance de mesures provisoires rendue par la vice-présidente de la Cour de justice, le Tribunal constitutionnel a déclaré que l’article 4, paragraphe 3, deuxième alinéa, du TUE, lu en combinaison avec l’article 279 du TFUE est inconstitutionnel dans la mesure où il oblige la Pologne à respecter des ordonnances de mesures provisoires rendues par la Cour de justice qui affectent l’organisation et le fonctionnement des juridictions polonaises ainsi que la procédure devant ces juridictions. Dans une déclaration publique, la Commission a fait part de sa profonde préoccupation concernant cette décision du Tribunal constitutionnel.
La composition du Conseil national de la magistrature résulte toujours principalement de nominations politiques. On rappellera que la réforme de la justice de 2018 a modifié la procédure de nomination des membres-juges du Conseil national de la magistrature (CNM). Dans son arrêt du 2 mars 2021, faisant suite à un renvoi préjudiciel de la Cour suprême, la Cour de justice a rappelé que, pour que la participation d’un conseil de la magistrature rende plus objectif le processus de nomination de juges par des organes politiques, il fallait que ledit conseil soit lui-même suffisamment indépendant des pouvoirs législatif et exécutif et de l’autorité à laquelle il remet son avis. Le 6 mai 2021, la Cour administrative suprême a jugé que le CNM actuel ne fournissait pas de garanties suffisantes d’indépendance par rapport aux pouvoirs exécutif et législatif dans la procédure de nomination des juges. Malgré les vives préoccupations exprimées également par un certain nombre d’autres juridictions polonaises, dénonçant le manque d’indépendance du CNM, celui-ci continue de proposer au président de la République des candidats à des nominations judiciaires, qui sont systématiquement nommés. En 2020 et 2021, le CNM a publié une résolution visant à protéger l’indépendance d’un juge polonais, et cela pour exprimer son soutien à un membre de la chambre disciplinaire de la Cour suprême, tout en refusant d’exprimer un soutien similaire aux juges visés par les enquêtes pénales menées par le parquet au cours de la même période. Le CNM a également publié des déclarations favorables à certains aspects des réformes de la justice critiquées par la Commission.
À la suite de modifications intervenues en 2020, la Cour suprême a fait l’objet de nouvelles réformes en ce qui concerne son fonctionnement. Le 1er avril 2021, le président de la République a promulgué le projet de loi du 30 mars 2021 modifiant la loi sur la Cour suprême. La nouvelle loi abaisse le quorum requis pour que les juges sélectionnent les candidats au poste de président de chambre et autorise le président de la République à nommer un président de chambre «faisant fonction» si ces conditions ne sont pas remplies. En outre, la loi accorde au premier président de la Cour suprême le contrôle des séances de chambres conjointes réunies pour régler des questions juridiques, convoquées soit par le premier président de sa propre initiative, soit à la demande, entre autres, du procureur général ou du Médiateur. La nouvelle loi modifie également les règles régissant la procédure de recours extraordinaire en prolongeant de deux ans le délai de recours extraordinaire contre toutes les décisions de toutes les juridictions polonaises devenues définitives après le 17 octobre 1997. Le Médiateur et le Conseil national des barreaux ont exprimé des critiques à l’égard de la nouvelle loi, soulignant qu’elle affaiblirait encore davantage l’indépendance de la Cour suprême. L’actuelle première présidente de la Cour suprême, nommée comme indiqué l’année dernière à la suite d’une procédure contestée, a pris des décisions suscitant des inquiétudes, notamment en saisissant le Tribunal constitutionnel sur des questions controversées, y compris la limitation du droit d’accès aux documents, et en demandant de protéger les juges nouvellement nommés de la Cour suprême, dont elle-même, contre toute contestation de leur statut dans des affaires pendantes devant la Cour suprême. La première présidente a également saisi la chambre du contrôle extraordinaire et des affaires publiques pour récuser certains juges de la Cour suprême dans des affaires dans lesquelles ils avaient déjà saisi la Cour de justice d’une demande de décision préjudicielle. Le 16 juillet 2021, la première présidente de la Cour suprême a publié une déclaration dans laquelle elle fait référence à l’arrêt du Tribunal constitutionnel du 14 juillet 2021 et, considérant que le droit de l’Union ne couvre pas les questions relatives à l’organisation et au fonctionnement du système judiciaire des États membres, elle indique que l’instruction à la chambre disciplinaire de la Cour suprême de suspendre son activité dans le cadre des procédures disciplinaires contre les juges est abrogée.
Plusieurs juges sont suspendus et ne peuvent pas statuer sur des affaires à la suite de la décision de la chambre disciplinaire de lever leur immunité. Le régime disciplinaire, substantiellement modifié en 2018, a suscité des inquiétudes et la Commission a contesté ce régime, qui viole selon elle le droit de l’Union, dans le cadre de procédures d’infraction. Le 8 avril 2020, sur la base d'une demande de mesures provisoires, la Cour de justice a ordonné à la Pologne de suspendre sans délai l’application des dispositions nationales sur les pouvoirs de la chambre disciplinaire de la Cour suprême relatifs aux affaires disciplinaires concernant des juges. À la suite de la suspension des affaires disciplinaires relevant de sa compétence, la chambre disciplinaire a commencé à exercer activement ses nouveaux pouvoirs consistant à statuer sur les requêtes du ministère public visant à lever l’immunité des juges présumés avoir commis une infraction pénale. Entre le 14 février 2020, date d’entrée en vigueur de la nouvelle loi sur le système judiciaire, et le 15 mars 2021, la chambre disciplinaire a déjà examiné plus de 40 requêtes de ce type et, dans plus de 10 de ces cas, les juges concernés ont été suspendus et leur salaire réduit. Plusieurs requêtes sont toujours pendantes devant la chambre disciplinaire, y compris en ce qui concerne des juges de la Cour suprême. Dans le cadre de la procédure d’infraction faisant l’objet de l’affaire C-204/21, la Commission a demandé à la Cour de justice de suspendre toutes les activités de la chambre disciplinaire en ce qui concerne les affaires concernant des juges, y compris les décisions de lever l’immunité de juges. Le 14 juillet 2021, la vice-présidente de la Cour de justice a intégralement fait droit à la demande de la Commission et a suspendu toutes les activités de la chambre disciplinaire de la Cour suprême en ce qui concerne les juges — autres que les affaires disciplinaires concernant des juges. Le 15 juillet 2021, la Cour de justice a rendu un arrêt définitif dans la procédure d’infraction lancée par la Commission, dans lequel elle estime que le régime disciplinaire applicable aux juges en Pologne est incompatible avec le droit de l’Union .
Les juges restent soumis à des exigences intrusives. La nouvelle loi du 20 décembre 2019 sur le système judiciaire fait obligation à tous les juges de Pologne de déclarer des informations personnelles, telles que leur adhésion à des associations, l’exercice de fonctions au sein d’organisations à but non lucratif et leur adhésion à un parti politique ainsi que leur position au sein de celui-ci avant le 29 décembre 1989. Les procédures disciplinaires à l’encontre des juges qui ont refusé de se conformer à cette exigence sont toujours en cours. Dans le contexte de la procédure d’infraction faisant l’objet de l’affaire C-204/21, la Commission estime que cette exigence est incompatible avec le droit de l’Union en ce qui concerne le droit au respect de la vie privée et le droit à la protection des données à caractère personnel tels qu’ils sont garantis par la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et le règlement général sur la protection des données.
Une interdiction générale pour les juridictions polonaises de contester les pouvoirs des cours et tribunaux, des organes constitutionnels et des services répressifs continue de produire ses effets. La nouvelle loi sur le système judiciaire fait interdiction aux juges polonais de statuer sur la légalité de nominations judiciaires et sur le pouvoir d’un juge d’exercer des fonctions judiciaires. La même interdiction s’applique aux juges examinant la légalité de la composition d’une section de jugement. Dans le même temps, la loi a conféré à la nouvelle chambre du contrôle extraordinaire et des affaires publiques le pouvoir exclusif de statuer sur les questions relatives à l’indépendance de la justice. Le 31 mars 2021, la Commission a décidé de contester ces dispositions de la loi sur le système judiciaire dans le cadre d’une procédure d’infraction devant la Cour de justice. Le 14 juillet 2021, la vice-présidente de la Cour de justice a rendu une ordonnance de mesures provisoires dans l’affaire C-204/21 R, suspendant l’application des dispositions concernées. Dans certains cas où les juridictions ordinaires ont contesté la légalité de décisions rendues par le Tribunal constitutionnel et par la chambre disciplinaire, les juges ont fait l’objet d’une procédure disciplinaire.
Des préoccupations subsistent quant au fait que les postes de ministre de la justice et de procureur général sont occupés par la même personne. Comme déjà indiqué dans le rapport 2020 sur l’état de droit, à la suite de la fusion, dans le cadre des réformes de 2016, des postes de procureur général et de ministre de la justice, le ministre de la justice exerce directement les pouvoirs dévolus à la fonction la plus haute du ministère public, notamment celui de donner des instructions aux procureurs dans certaines affaires et de déplacer des procureurs. Ce pouvoir a suscité des critiques, notamment de la part de la Commission de Venise, ainsi que de la Commission dans sa proposition motivée adoptée dans le cadre de la procédure prévue à l’article 7, paragraphe 1, du TUE relative à l’état de droit en Pologne. Récemment, le procureur national a fait un usage actif de son pouvoir de déplacer des procureurs, sans le consentement des intéressés et sans avoir à motiver sa décision, pendant une période maximale de six mois. Dans la pratique, ce pouvoir serait utilisé comme outil contre les procureurs qui expriment des opinions critiques sur le fonctionnement du ministère public. Les juges saisis dans le cadre de litiges dans lesquels de tels détachements sont contestés ont été invités par le ministère public à témoigner dans le cadre d’enquêtes pénales. En outre, des préoccupations sont exprimées quant au fait que, en exerçant leur pouvoir de réattribuer de manière discrétionnaire des affaires entre les procureurs, le procureur général et le procureur national puissent être influencés par des considérations politiques afin d’avoir une incidence sur le déroulement des procédures pénales, y compris dans les affaires d’allégations de détournement de fonds. En outre, selon le Conseil national des barreaux, le ministère public a récemment visé des avocats de la défense agissant dans des affaires politiquement sensibles, ce qui constitue une menace pour le droit au secret professionnel. Cette situation est aggravée par le fait que les procureurs ont le pouvoir de suspendre la licence d’un avocat sans l’accord préalable du tribunal.
Qualité
Sur le plan des ressources humaines, comme en 2020, un nombre significatif de postes demeurent vacants dans le système judiciaire. Selon les données officielles publiées par le ministère de la justice, en 2020, 1 048 postes étaient vacants dans les juridictions ordinaires. Cela étant dit, les dépenses de la Pologne consacrées aux tribunaux se situent dans la moyenne de l’UE par habitant et la Pologne continue d’afficher des dépenses publiques parmi les plus élevées pour le système judiciaire (y compris les poursuites et l’aide juridictionnelle) en pourcentage du PIB.
D’importants progrès ont été accomplis, mais il existe une marge d’amélioration en ce qui concerne la numérisation du système judiciaire. Il reste nécessaire d’introduire davantage d’outils informatiques dans le contexte des procédures judiciaires, et les parties prenantes ont demandé que des efforts supplémentaires soient consentis en faveur de la numérisation des tribunaux. Il est également nécessaire de revoir les outils informatiques dont la Cour des comptes a estimé qu’ils ouvraient la porte à des abus, en particulier le système d’attribution des affaires dans les tribunaux. Cette année, la Diète a adopté des modifications du code de procédure civile visant à poursuivre la numérisation de la procédure civile. La réforme introduira des enchères électroniques pour les biens immobiliers, qui seront utilisées par les huissiers de justice dans le cadre de l’exécution des décisions de justice. En outre, malgré les critiques exprimées par les représentants des professions juridiques, les réformes visent à introduire un système de dépôt électronique des documents fondé sur un système informatique global pour les juridictions ordinaires, dans lequel un document serait présumé avoir été dûment remis 14 jours après son dépôt.
D’autres réformes concernant le droit procédural pénal et civil ont été adoptées. Afin de répondre aux défis posés par la pandémie de COVID-19, des dispositions récemment adoptées introduisent l’obligation de tenir des audiences à huis clos au cas où une connexion en ligne avec les parties à une procédure civile n’est pas possible. Par conséquent, pendant l’état d’épidémie, les affaires civiles seront principalement examinées par des chambres à juge unique et les modalités applicables aux procédures spécifiques seront suspendues. En outre, ces modifications interdisent aux cours et tribunaux polonais de convoquer des assemblées plénières. Par ailleurs, en ce qui concerne le droit procédural pénal, la Diète a adopté une série de modifications. Ces modifications limiteront, entre autres, l’accès aux dossiers des enquêtes préliminaires clôturées et introduiront l’obligation pour les opérateurs de télécommunications de sécuriser les données immédiatement à la suite d’une demande d’un tribunal ou d’un procureur, sans aucune disposition limitant ce pouvoir. Des modifications spécifiques applicables à la composition des sections de jugement seront également introduites. Certaines de ces modifications ont suscité des critiques.
Efficience
Les résultats globaux des juridictions ordinaires sont proches de la moyenne de l’UE en ce qui concerne la durée des procédures. En 2019, on a constaté une légère diminution du temps estimé nécessaire pour trancher les litiges civils et commerciaux, et le taux d’affaires tranchées de cette nature s’est amélioré. Si le nombre de ces affaires a baissé en 2019, le nombre d’affaires pendantes est resté inchangé. En ce qui concerne les résultats globaux des juridictions ordinaires, selon les données publiées par le ministère de la justice en 2021, entre 2015 et 2020, la durée moyenne des procédures est passée de 4,2 mois à 7 mois. La Pologne est toujours placée sous la surveillance renforcée du Comité des ministres du Conseil de l’Europe en ce qui concerne la durée des procédures civiles et pénales.
Les résultats des juridictions administratives sont supérieurs à la moyenne de l’UE. Une légère augmentation est observable dans le nombre de nouvelles affaires administratives, tandis que le temps estimé nécessaire pour trancher ces litiges continue de diminuer. Le taux d’affaires tranchées de cette nature est passé sous les 100 %.
II.Cadre de lutte contre la corruption
Le cadre juridique et institutionnel de prévention de la corruption et de lutte contre la corruption est largement en place. En Pologne, plusieurs autorités sont responsables de la lutte contre la corruption, dont le ministre de la justice, qui est également le procureur général, et le ministre de l’intérieur et de l’administration, chargé des aspects liés à la prévention, comme le registre des représentants d’intérêts pour les fonctionnaires. Le Bureau central anticorruption est l’organe répressif spécialisé dans la lutte contre la corruption dans les secteurs public et privé, aux côtés du bureau central d’enquête de la police et de la police ordinaire, de l’Agence de sécurité intérieure et du ministère public. Il exerce à la fois des fonctions de recherche et de police et peut déclencher des procédures tant administratives que pénales. Plus récemment, le Bureau central anticorruption a également été chargé de la coordination des politiques et de la prévention de la corruption, y compris des activités éducatives de sensibilisation à la corruption et d’une plateforme d’apprentissage en ligne. La Cour des comptes (NIK) joue un rôle préventif de contrôle des dépenses publiques des organes de l’administration publique, notamment de la Banque nationale de Pologne et des personnes morales publiques, entre autres.
Les experts et les dirigeants d’entreprises estiment que le niveau de corruption reste relativement élevé dans le secteur public. Dans l’indice de perception de la corruption de Transparency International publié en 2020, la Pologne obtient un score de 56/100 et se classe au 13e rang dans l’Union européenne et au 45e rang dans le monde . Cette perception s’est détériorée de manière significative au cours des cinq dernières années .
Au niveau central, la Pologne a mis en place un cadre stratégique de lutte contre la corruption pour la période 2018-2020, mais aucun plan n’a encore été publié pour la période suivante. Selon le gouvernement, des travaux préparatoires sont en cours en vue d’élaborer une nouvelle stratégie nationale visant à prévenir et à combattre la corruption pour les prochaines années, qui devrait tenir compte des recommandations de l’UE, du Groupe d’États contre la corruption (GRECO), de l’OCDE et des Nations unies . Outre ses tâches principales en tant que service répressif, le Bureau central anticorruption est également l’organe de coordination du programme gouvernemental de lutte contre la corruption pour la période 2018-2020 et du plan d’action qui l’accompagne, et, à ce titre, il est chargé de proposer des dispositions législatives et d’entreprendre l’élaboration des politiques. Le rapport de mise en œuvre du programme publié en mars 2021, qui fera l’objet d’un audit de la Cour des comptes en 2021, expose les progrès accomplis en 2020. Dans le cadre de la mise en œuvre du programme, deux séries de lignes directrices en matière de lutte contre la corruption ont été publiées au cours de l’année 2020, visant à normaliser et à unifier les règles en matière de lutte contre la corruption applicables aux ministères et aux autorités locales . Des doutes existent quant à l’exécution des principales tâches législatives décrites dans le programme, notamment en ce qui concerne la poursuite des travaux relatifs à la loi sur la transparence de la vie publique, la publication du projet de loi réglementant les déclarations de patrimoine et le lobbying . Les secteurs à haut risque de corruption sont définis dans le programme et comprennent les secteurs de la défense, de l’énergie et de la construction, des soins de santé, de l’environnement et de l’administration publique, ainsi que les marchés publics . Le budget du Bureau central anticorruption a augmenté , mais les activités prévues par le programme doivent encore faire l’objet d’une budgétisation spécifique .
Le code pénal polonais criminalise largement la corruption. La principale infraction sanctionnée par le code pénal est la corruption d’agents publics dans ses formes passive (acceptation d’un pot-de-vin) et active (proposition d’un pot-de-vin) . Afin de lutter contre la collusion entre la personne qui verse un pot-de-vin et celle qui le reçoit, le code pénal permet aux auteurs de corruption d’éviter les sanctions légales s’ils informent les autorités responsables de l’infraction et en révèlent toutes les circonstances avant que les autorités n’en prennent connaissance. L’OCDE a invité la Pologne à supprimer cette disposition, car elle conduit à l’impunité . Des lacunes ont également été mises en évidence en ce qui concerne l’application effective de la législation visant à lutter contre la corruption à l’étranger . Une société privée ne peut être tenue pénalement responsable de corruption transnationale qu’après condamnation en dernier ressort de la personne qui a commis l’acte de corruption. Le niveau des sanctions n’est pas considéré comme efficace, proportionné ou dissuasif.
L’efficacité de la lutte contre la corruption à haut niveau suscite des inquiétudes. La police a ouvert 2 544 enquêtes liées à la corruption en 2020 (contre 3 129 en 2019) . Depuis 2006, les enquêtes de police sur la corruption sont en baisse constante (leur nombre est passé de 6 388 en 2006 à 2 544 en 2020) . Le rapport 2020 de la Cour des comptes fait état d’une diminution considérable du risque de corruption dans tous les domaines qui concernent le fonctionnement de l’État, comme dans l’administration fiscale, tout en soulignant les risques graves de corruption liés au recours aux services de conseil et d’expertise par les institutions publiques . La petite corruption a encore diminué. En ce qui concerne les affaires de corruption à haut niveau, des inquiétudes existent quant à l’augmentation de la corruption institutionnalisée, aux immunités et à l’impunité résultant d’une disparité dans le traitement des affaires de corruption à des fins politiques. Dans ce contexte, le fait que le ministre de la justice soit en même temps le procureur général alimente d’autres préoccupations qui ont également été exprimées quant à l’indépendance du Bureau central anticorruption par rapport au pouvoir exécutif . Le renforcement des pouvoirs de surveillance du procureur général, qui peut reprendre des affaires traitées par ses procureurs subordonnés, offre des moyens d’influencer politiquement les poursuites en matière de lutte contre la corruption.
Dans la pratique, la coopération entre les institutions compétentes en vue de lutter contre la corruption en Pologne rencontre parfois certaines difficultés juridiques et organisationnelles. En particulier, les restrictions d’accès aux données financières constituent un obstacle à la détection et à la poursuite de la corruption . Selon le gouvernement, les ressources et le niveau de spécialisation et de numérisation des services concernés ne sont pas toujours suffisants pour que ces services puissent mener à bien leur mission, à savoir réprimer efficacement la corruption. Cette préoccupation concerne plus particulièrement le manque de personnel chargé de la lutte contre la corruption, le caractère insuffisant des ressources et capacités technologiques ainsi que de la collecte d'éléments pour satisfaire aux normes de preuve, qui ont prolongé les procédures et entravé les tâches officielles, en particulier pendant la pandémie de COVID-19 .
Un guide pratique sur les conflits d’intérêts à l’intention des fonctionnaires accompagne la législation pertinente en matière de lobbying. Un guide intitulé «Conflit d’intérêts – De quoi s’agit-il et comment l’éviter?» est destiné aux employés du gouvernement pour les aider dans la mise en œuvre pratique des règles énoncées dans la loi relative aux activités de lobbying dans le processus législatif . En 2020, le Bureau central anticorruption a examiné 2 353 situations de conflit d’intérêts dans les ministères de la santé et de la défense nationale (contre 2 477 en 2019) concernant 1 949 personnes (contre 2 187 en 2019), et aucun cas n’a été communiqué au parquet . Il existe trois registres des lobbyistes, un pour le gouvernement (fondé sur la loi relative aux activités de lobbying), un pour la chambre basse du Parlement (Diète) et un pour la chambre haute (Sénat) . Le ministère de l’intérieur et de l’administration est l’organe de surveillance des activités de lobbying en ce qui concerne le gouvernement . Pour les activités de lobbying auprès des parlementaires, les deux chambres du Parlement (Diète et Sénat) exercent des tâches de supervision . L’efficacité des registres est une source de préoccupations. Un seul lobbyiste aurait participé à une seule session de commission parlementaire en 2020, alors que 508 entités au total seraient enregistrées dans le registre de la chambre basse du Parlement . Dans l’ensemble, le nombre de lobbyistes qui s’enregistrent continue de diminuer, la surveillance n’est pas systématique et il n’existe aucune information sur l’application éventuelle de sanctions aux lobbyistes non enregistrés . Les règles applicables à la période postérieure à l'emploi [«(rétro-)pantouflage»] ne s’appliquent qu’aux hauts fonctionnaires (à l’exclusion des parlementaires) et se limitent aux entités pour lesquelles un agent public a pris des décisions spécifiques .
Des travaux techniques ont été entrepris en vue de la mise en place d’un système normalisé de déclaration de patrimoine. Le niveau de numérisation des déclarations de patrimoine des responsables politiques est faible, et il n’existe pas de système centralisé de dépôt et de suivi de ces déclarations . La plupart des déclarations sont toujours remplies à la main, plusieurs formulaires de déclaration différents étant utilisés . La portée des données à divulguer est similaire, mais pas identique pour chaque agent public tenu à procéder à une déclaration. En 2020, le Bureau central anticorruption a effectué 81 contrôles de déclarations de patrimoine (contre 90 en 2019), dont 45 concernaient des soupçons de délits , et 385 analyses préalables au contrôle concernant les déclarations de patrimoine et le respect des dispositions relatives à la lutte contre la corruption (contre 364 en 2019). Dans deux cas, des documents ont été fournis pour des procédures en cours et, dans deux autres cas, le parquet a reçu les conclusions des inspections du Bureau central anticorruption.
L'administration publique a prévu un numéro d'appel spécifique permettant aux lanceurs d’alerte de signaler les cas de corruption et les délits liés à la corruption. Le Bureau central anticorruption peut recevoir sans restriction des signalements anonymes de la part des citoyens . Jusqu’à ce que des modifications soient apportées aux dispositions actuelles relatives aux lanceurs d’alerte prévues dans différents actes juridiques, les appels visant à renforcer la protection des informateurs restent valables .
Les dérogations aux règles en matière de marchés publics mises en place pendant la pandémie de COVID-19 ont suscité des inquiétudes quant à d’éventuels risques de corruption. Il s’agit en particulier de l’exemption de responsabilité pénale et disciplinaire pour les fonctionnaires qui gèrent des fonds publics ou achètent des équipements, des services et d’autres ressources pour lutter contre la pandémie de COVID-19 . Toutefois, une nouvelle loi sur les marchés publics est également entrée en vigueur au début de l’année 2021 , que les parties prenantes de la lutte contre la corruption considèrent dans une large mesure comme une bonne pratique allant dans la bonne direction . Le Bureau central anticorruption est chargé des aspects liés à la lutte contre la corruption du bouclier anti-crise du gouvernement, qui apporte un soutien financier aux micro-, petites, moyennes et grandes entreprises afin de contrer les effets de la pandémie de COVID-19.
III.Pluralisme et liberté des médias
La protection des journalistes repose sur les principes constitutionnels et est précisée dans la législation sectorielle. La loi sur la radiodiffusion et la loi sur la presse fournissent, respectivement, un cadre juridique à l’autorité de régulation des médias (Conseil national de l’audiovisuel — KRRiT) et des garanties pour l’indépendance des journalistes. La loi sur la radiodiffusion devrait être modifiée à la suite de la transposition en cours de la version révisée de la directive «Services de médias audiovisuels».
Les modifications à venir du cadre juridique viseront à renforcer les garanties légales pour l’indépendance de l’autorité de régulation des médias. Conformément à la Constitution, les membres du Conseil national de l’audiovisuel (KRRiT) sont nommés par la Diète, le Sénat et le président de la République. Ils ne peuvent pas appartenir à un parti politique ou à un syndicat ni exercer des activités publiques incompatibles avec leur fonction. La Pologne travaille toujours à la transposition de la version révisée de la directive «Services de médias audiovisuels» (directive SMA). Selon les autorités polonaises, les modifications à venir de la loi sur la radiodiffusion devraient rendre la procédure de révocation des membres du KRRiT plus stricte. Actuellement, le rejet du rapport annuel du KRRiT par la Diète et le Sénat entraîne l’expiration automatique du mandat de tous ses membres (article 12 de la loi sur la radiodiffusion). La nouvelle loi assortira cette procédure de rejet d’exigences formelles supplémentaires. En particulier, elle imposera au président de la République de confirmer l’expiration du mandat des membres du KRRiT, à la suite d’un vote négatif de la Diète et du Sénat. Les résolutions de la Diète et du Sénat, ainsi que la confirmation éventuelle du président, devront être motivées. En outre, la liste des responsabilités de l’autorité de régulation des médias sera élargie pour être alignée sur la directive SMA révisée. Ni le KRRiT, ni le Conseil national des médias (RMN) (organe directeur des médias de service public) ne traitent des programmes d’information des médias de service public. Cette situation a été jugée problématique dans le contexte de la couverture de la campagne présidentielle de 2020. Toutefois, le KRRiT coopère avec le centre de suivi des discours publics, qui fournit des rapports sur les apparitions radiophoniques et télévisées des responsables politiques et des experts, en particulier sur certaines chaînes et dans les programmes journalistiques.
L’évolution récente du marché polonais des médias risque de réduire le pluralisme des médias. Des préoccupations ont été exprimées en ce qui concerne les projets de modification législative permettant de ne pas accorder de concessions de radiodiffusion à des opérateurs contrôlés directement ou indirectement par des personnes enregistrées en dehors de l’EEE. Les parties prenantes ont déjà fait part de leurs préoccupations quant à l’avenir de la chaîne TVN24, dont la licence n’a pas encore été renouvelée alors que la demande a été déposée en février 2020. L’acquisition potentielle de Polska Press, détenue par une entreprise allemande, par la compagnie pétrolière PKN Orlen, contrôlée par l’État, a également suscité des inquiétudes, car elle pourrait constituer une menace pour le pluralisme du marché des médias. L’opération a été approuvée par l’autorité polonaise de la concurrence (UOKiK). Cette approbation a ensuite été contestée par le Médiateur polonais, qui a fait valoir que l’opération devait être annulée car elle menaçait la liberté de la presse. Dans l’attente de l’examen du recours du Médiateur sur le fond, le tribunal de la concurrence et de la protection des consommateurs a ordonné la suspension temporaire de la décision de l’UOKiK. L’autorité de la concurrence dispose d’un délai de trois mois pour introduire un recours. PKN Orlen a toutefois déclaré qu’elle considérait que l’acquisition d’actions était déjà achevée avant la décision du tribunal et a mis en œuvre une série de décisions de gestion, qui ont notamment imposé des changements de personnel aux équipes de rédaction des journaux de Polska Press. Selon Reporters sans frontières, ces décisions devraient être considérées comme une confirmation que l’acquisition a une incidence sur l’indépendance du groupe de médias, et le Médiateur a déclaré que les agissements de PKN Orlen démontraient un «mépris flagrant» de la décision du tribunal. En outre, l’Institut international de la presse a fait part de ses préoccupations quant au fait que la décision de l’autorité de la concurrence pourrait affaiblir les entreprises de médias perçues comme des opposants au parti au pouvoir.
Il est prévu de renforcer les obligations en matière de transparence quant à la propriété des médias. Dans le cadre des modifications de la loi sur la radiodiffusion transposant la directive SMA révisée, les autorités polonaises ont l’intention d’étendre le champ d’application des obligations en matière de transparence pour les fournisseurs de services de médias. Il s’agira notamment de fournir des informations sur les bénéficiaires effectifs en se référant à l’inscription au registre judiciaire national (KRS) et au registre central des bénéficiaires effectifs. L’adoption des modifications est prévue au troisième trimestre 2021. L’édition 2021 de l’instrument de surveillance du pluralisme des médias (Media Pluralism Monitor) fait état d’un risque moyen en ce qui concerne la transparence de la propriété des médias et d’un risque élevé en ce qui concerne la concentration des médias d’information .
La publicité d’État semble principalement réservée aux médias considérés comme favorables au gouvernement. Selon les parties prenantes, les autorités publiques et les entreprises détenues par le Trésor public ne publient leurs annonces et spots publicitaires que dans les médias considérés comme favorables au gouvernement. Si les médias publics sont apparemment les principaux bénéficiaires du soutien de l’État, une étude récente a confirmé la part croissante des médias privés progouvernementaux. L’Institut international de la presse a mis en garde contre le fait que l’instrumentalisation de la publicité publique a une incidence négative sur la dynamique du marché et pourrait entraîner une détérioration des normes journalistiques.De même, l’édition 2021 de l’instrument de surveillance du pluralisme des médias (Media Pluralism Monitor) a souligné que certaines formes de soutien de l’État, notamment les subventions, les prêts ou la publicité d’État, restent fragmentées et opaques .
En outre, en mars 2020, en réaction à la pandémie de COVID-19, le gouvernement a activé un «bouclier anti-crise» horizontal lié à la COVID-19 offrant diverses mesures de soutien (tant financières que législatives) à toutes les entreprises. L’édition 2021 de l’instrument de surveillance du pluralisme des médias (Media Pluralism Monitor) indique que tous les groupes de médias n’ont pas sollicité des fonds pour couvrir la rémunération des salariés au cours des confinements. Dans le cadre du «bouclier anti-crise», le gouvernement a instauré un prélèvement supplémentaire sur les recettes locales des plateformes de vidéo à la demande opérant en Pologne. Selon les représentants du gouvernement, la nouvelle taxe a été introduite afin de compenser les pertes financières subies par les cinémas et de soutenir l’Institut polonais du cinéma.
Le cadre juridique polonais reconnaît le droit d’accès à l’information publique, mais la multiplication des restrictions entrave sa mise en œuvre dans la pratique. Les parties prenantes signalent des cas de limitation de l’accès à l’information sans explication, d’annulation ou de refus d’accréditation de journalistes ou de blocage de l’accès à certains événements. L’exercice du droit d’accès à l’information publique risque d’être encore limité en raison de la contestation constitutionnelle en cours. L’Institut international de la presse souligne que la situation s’est détériorée pendant la pandémie de COVID-19. De même, l’édition 2021 de l’instrument de surveillance du pluralisme des médias (Media Pluralism Monitor) indique que les dispositions juridiques adoptées dans le cadre du «bouclier anti-crise» COVID-19 ont permis aux autorités de suspendre les délais prévus par le droit administratif, limitant ou retardant ainsi l’accès à l’information publique. Par conséquent, il relève une aggravation des risques en ce qui concerne l’accès à l’information en Pologne par rapport à l’édition de l’année dernière.
L’environnement professionnel des journalistes se détériore en Pologne. Si les garanties de l’indépendance des journalistes sont incluses dans la loi sur la radiodiffusion et la loi sur la presse, les dispositions visant à limiter le contrôle politique sur les médias font défaut (par exemple, les limites du contrôle des médias par les responsables politiques) . À la suite de l’ingérence politique (tant dans les médias privés que dans les médias publics), des journalistes ont décidé de créer de nouveaux médias en ligne, en s’appuyant sur des modèles commerciaux de financement participatif. Les actes de violence des forces de police lors de protestations et de manifestations ont également touché des journalistes qui couvraient ces événements. Selon le classement mondial de la liberté de la presse 2021, les forces de police polonaises ont, de manière répétée, omis de protéger les journalistes pendant les manifestations, recourant plutôt à la violence et aux arrestations arbitraires. Pendant la période de confinement, les journalistes faisaient partie des groupes professionnels privilégiés autorisés à séjourner dans un hôtel pendant leurs déplacements professionnels. La communauté des médias d’information a observé une augmentation des actions en justice contre des journalistes, accompagnées de l’envoi aux journalistes et aux rédactions de lettres d’avertissement à caractère intimidant visant à faire reporter ou à mettre un terme aux reportages critiques concernant des entreprises ou des institutions publiques. Cette tendance semble toucher en particulier les petits médias d’information et les journalistes indépendants, qui courent un risque élevé d’autocensure en raison de la crainte de conséquences juridiques. Si la majorité de ces actions en justice échouent généralement, elles seraient encore largement utilisées pour harceler les personnes adressant des critiques au gouvernement. La plateforme du Conseil de l’Europe pour renforcer la protection du journalisme et la sécurité des journalistes a reçu dix alertes concernant la Pologne en 2020 et deux en 2021. La nature des alertes confirme la tendance à recourir aux actions en justice pour intimider les journalistes. En conséquence, l’édition 2021 de l’instrument de surveillance du pluralisme des médias (Media Pluralism Monitor) évalue comme moyen le risque concernant la profession de journaliste, les normes journalistiques et la protection des journalistes.
IV.Autres questions institutionnelles en rapport avec l’équilibre des pouvoirs
La Pologne est une république démocratique représentative dotée d’un président élu au suffrage direct, d’un parlement bicaméral et d’un Tribunal constitutionnel chargé d’examiner la constitutionnalité des lois. La Diète dispose du pouvoir de décision finale en matière d’adoption de lois. Le président de la République, le Sénat, un groupe de 15 députés, le Conseil des ministres ou un groupe d’au moins 100 000 citoyens ont le droit de proposer de nouvelles dispositions législatives. Le Médiateur indépendant est chargé de protéger les libertés et les droits des personnes et des citoyens mentionnés dans la Constitution et dans d’autres actes normatifs.
La procédure d’adoption accélérée de la législation continue d’être utilisée pour mener d’importantes réformes structurelles du système judiciaire ou d’autres autorités indépendantes. Les récentes modifications de la loi sur la Cour suprême ont été adoptées en troisième lecture par la Diète dans les 24 heures suivant leur dépôt. Il est rappelé que la nécessité d’assurer des consultations publiques efficaces ainsi que la participation des partenaires sociaux au processus d’élaboration des politiques en Pologne était l’une des recommandations par pays émises dans le cadre du Semestre européen 2020. La Commission de Venise et l’OSCE ont souligné à plusieurs reprises combien il importe que les propositions législatives et amendements fassent l’objet de délibérations approfondies, et notamment des consultations constructives avec les parties prenantes, des experts et la société civile, ainsi qu’un dialogue avec l’opposition politique.
L’état d’épidémie instauré par le gouvernement en mars 2020 est toujours en vigueur. Le 20 mars 2020, le ministre de la santé a instauré un état d’épidémie dans tout le pays pour faire face aux effets de la pandémie de COVID-19. L’état d’épidémie est fondé sur une loi et permet au ministre de la santé et aux autres membres du Conseil des ministres d’introduire des limitations aux libertés constitutionnelles et d’imposer des obligations aux citoyens et aux propriétaires d’entreprises. L’état d’épidémie a été imposé sans limitation dans le temps et restera en vigueur tant que le ministre de la santé ne le révoquera pas par voie d’ordonnance. L’état d’épidémie et les mesures qu’il permet d’introduire au moyen d’ordonnances gouvernementales ont soulevé des questions quant à leur constitutionnalité, étant donné que la Constitution polonaise prévoit explicitement que toute restriction des droits et libertés fondamentaux ne peut être imposée qu’en vertu de l’état d’urgence. C’est également la position adoptée par les juridictions saisies dans des affaires individuelles concernant l’imposition de sanctions en raison de la violation des mesures de lutte contre la COVID-19.
Les mesures introduites en 2020 par le gouvernement pour faire face à la pandémie de COVID-19 continuent d’être considérées comme illégales par les tribunaux. Lors de l’instauration de l’état d’épidémie, les parties prenantes se sont déclarées préoccupées par les mesures imposées dans ce contexte, compte tenu de leur incidence sur les droits fondamentaux. À la suite de l’imposition d’amendes par des autorités publiques telles que la police et l’inspection sanitaire en raison d’infractions aux mesures de lutte contre la COVID-19, les juridictions ordinaires et tribunaux administratifs auraient rejeté ces amendes à grande échelle, les estimant incompatibles avec la Constitution polonaise, y compris en ce qui concerne l’interdiction des rassemblements publics. Une requête introduite par le Premier ministre auprès du Tribunal constitutionnel, toujours pendante, vise à éviter que l’État polonais soit obligé de couvrir les préjudices résultant des mesures de lutte contre la COVID-19.
La Cour suprême continue d’examiner les jugements des juridictions ordinaires dans certaines affaires remontant jusqu’à 20 ans en arrière En vertu de la nouvelle procédure de recours extraordinaire, la nouvelle chambre du contrôle extraordinaire et des affaires publiques est en mesure d’annuler totalement ou en partie tout jugement final rendu par une juridiction ordinaire au cours des vingt dernières années, à quelques exceptions près. Cette nouvelle procédure de recours extraordinaire, fondée sur des critères larges, soulève des questions quant au principe de sécurité juridique et fait partie des préoccupations exprimées par la Commission dans la proposition motivée qu’elle a adoptée dans le cadre de la procédure prévue à l’article 7, paragraphe 1, du TUE. Selon les informations disponibles, à ce jour, la plupart des procédures ont été introduites par le procureur général.
L’espace dévolu à la société civile continue d’être affecté . La Pologne est riche d’une société civile diverse et dynamique, comptant plus de 120 000 ONG. Toutefois, la version 2020 du rapport CIVICUS considère que l’espace civique dévolu au fonctionnement des ONG s’est rétréci. L’accès des ONG au financement public reste un problème. La décision du Tribunal constitutionnel du 22 octobre 2020, qui a conduit à une interdiction de facto de l’avortement, a déclenché des manifestations à l’échelle nationale dans le contexte de la pandémie de COVID-19, suscitant des inquiétudes concernant l’intimidation de manifestants pacifiques ainsi que la violence exercée à leur égard et leur détention. Les menaces croissantes à l’encontre des militants des droits des femmes continuent d’être signalées, apparemment sans réaction de la part des autorités publiques. Le Conseil de l’Europe a fait part de ses préoccupations concernant le harcèlement et l’intimidation de la communauté LGBTI en Pologne, qui rendent le fonctionnement des ONG de défense des personnes LGBTI particulièrement difficile, notamment en ce qui concerne l’accès au financement. Le Médiateur a contesté devant la Cour administrative suprême la décision de certaines régions de se déclarer «zones sans LGBTI».
En raison d’une décision du Tribunal constitutionnel, le Médiateur est tenu de mettre fin à ses fonctions alors qu’aucun successeur n’a été élu. Tout au long des années 2020 et 2021, le Médiateur a continué de jouer un rôle clé en tant que garant de l’état de droit. Conformément à la loi sur le Médiateur, qui est un organisme chargé des questions d’égalité dans le cadre du droit de l’Union, le Médiateur en exercice reste en fonction dans l’attente de la nomination de son successeur. La nomination, effectuée par la Diète, nécessite l’approbation du Sénat, où les partis d’opposition sont majoritaires. À la suite de l’expiration du mandat du Médiateur, fixé à cinq ans par la Constitution, en septembre 2020, des représentants de la coalition au pouvoir ont saisi le Tribunal constitutionnel en lui demandant de déclarer inconstitutionnelle la disposition transitoire statutaire susmentionnée. Le 15 avril 2021, le Tribunal constitutionnel a rendu une décision indiquant que, si aucun nouveau Médiateur n’est élu, le Médiateur sortant cessera d’exercer ses compétences principales trois mois après la publication de la décision du Tribunal constitutionnel (c’est-à-dire le 16 juillet 2021). Les procédures parlementaires s’orientent à présent vers la nomination d’un nouveau Médiateur bénéficiant du soutien de tous les partis. Malgré l’augmentation de la charge de travail, les pouvoirs publics ont encore réduit le budget alloué au bureau du Médiateur en 2021, suivant la tendance observée depuis 2016.
Annexe I: liste des sources par ordre alphabétique*
La liste des contributions reçues dans le cadre de la consultation préalable à l’élaboration du rapport 2021 sur l’état de droit peut être consultée à l’adresse https://ec.europa.eu/info/policies/justice-and-fundamental-rights/upholding-rule-law/rule-law/rule-law-mechanism/2021-rule-law-report-targeted-stakeholder-consultation_fr .
Agent disciplinaire pour les juges des juridictions ordinaires, Communiqué de presse de l’agent disciplinaire adjoint du 22 juillet 2020 ( http://rzecznik.gov.pl/2020/07/komunikat-zastepcy-rzecznika-dyscyplinarnego-sedziego-przemyslawa-radzika-w-sprawie-wszczecia-postepowan-dyscyplinarnych-przeciwko-14-sedziom/ ).
Agent disciplinaire pour les juges des juridictions ordinaires, Communiqué de presse de l’agent disciplinaire adjoint du 4 août 2020 ( http://rzecznik.gov.pl/wp-content/uploads/2020/08/KOMUNIKAT04082020.pdf ).
Antyweb.pl «Raport UW: Spółki Skarbu Państwa reklamują się głównie w mediach sprzyjających władzy», 17 février 2021 ( https://antyweb.pl/raport-uw-spolki-skarbu-panstwa-reklamuja-sie-glownie-w-mediach-sprzyjajacych-wladzy/ ).
Association de juges «Iustitia», Rapport 2020, Judges under pressure ( https://www.iustitia.pl/en/activity/informations/3724-report-justice-under-pressure-years-2015-2019 ).
Association de juges «Iustitia», déclaration du 9 mai 2020 ( https://www.iustitia.pl/83-komunikaty-i-oswiadczenia/3830-rekomendacje-ssp-iustitia-dotyczace-funkcjonowania-sadow-podczas-pandemii-koronawirusa ).
Association de juges «Themis», Rapport (2e éd.), From bad to worse – the Polish judiciary in the shadow of the <muzzle act>, 31 décembre 2020 ( http://themis-sedziowie.eu/materials-in-english/from-bad-to-worse-the-polish-judiciary-in-the-shadow-of-the-muzzle-act-annual-report-for-2020-second-publication/ ).
Association de procureurs Lex Super Omnia, Déclarations du 26 avril et du 3 juin 2020.
Bezprawnik.pl, «Sądy uchylają mandaty, a także umarzają postępowania w związku z nienoszeniem maseczek. A co z karami administracyjnymi?», 11 octobre 2020 ( https://bezprawnik.pl/uchylenie-kary-administracyjnej-za-brak-maseczki/ ).
Bureau central anticorruption, Informations sur les résultats d’activité en 2020 ( https://cba.gov.pl/ftp/dokumenty_pdf/informacja_2020_.pdf ).
Bureau du Médiateur (2020), «Koronawirus. RPO do MS: elektronizacja wymiaru Sprawiedliwości niezbędna nie tylko ze względu na epidemię’ - lettre du 9 juin 2020 transmise au ministère de la justice ( https://www.rpo.gov.pl/pl/content/koronawirus-rpo-elektronizacja-wymiaru-sprawiedliwosci-niezbedna ).
Bureau du Médiateur (2021), Communiqués de presse du 25 février, du 17 mars, du 19 mars, du 29 mars, du 7 avril, du 15 avril, du 20 avril, du 22 avril, du 19 mars 2021 et du 5 juillet 2021.
Bureau du Médiateur (2020), Lettre du 4 juin 2020 adressée au Premier ministre ( https://www.rpo.gov.pl/sites/default/files/do%20Prezesa%20RM%20ws%20naruszania%20praw%20i%20wolno%C5%9Bci%20w%20czasie%20pandemii%2C%204.06.2020_0.pdf ).
Bureau du Médiateur (2021), «Zmiany w ustawie o SN- niekonstytucyjne. Opinia Rzecznika dla Senatu» - avis (IV.510.20.2021) du 23 mars 2021 ( https://www.rpo.gov.pl/pl/content/rpo-nowela-ustawy-sn-niekonstytucyjna ).
Bureau du Médiateur (2021), Bezprawna manipulacja składem TK ws. kadencji RPO. Wniosek Rzecznika o wyłączenie Julii Przyłębskiej, déclaration du 9 avril 2021 ( https://www.rpo.gov.pl/pl/content/manipulacja-skladem-tk-kadencja-rpo-wylaczenie-juli-przylebskiej ).
Centre pour le pluralisme et la liberté des médias (2021), Media pluralism monitor 2021.
Civicus, Monitor Civicus — outil de surveillance de l’espace civique ( https://monitor.civicus.org/ ).
Civicus, Liste de surveillance du Monitor Civicus, 18 février 2021 ( https://monitor.civicus.org/Fr/ListeDeSurveillance/ ).
Civicus, Déclaration du 31 mars 2021 ( http://www.civicus.org/index.php/media-resources/news/5017-poland-escalating-threats-to-women-activists ).
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Parlement européen, (2020a), Résolution du 16 janvier 2020 sur les auditions en cours au titre de l’article 7, paragraphe 1, du traité sur l’Union européenne en ce qui concerne la Pologne et la Hongrie.
Parlement européen (2020b) Résolution du Parlement européen du 17 septembre 2020 sur la proposition de décision du Conseil relative à la constatation d’un risque clair de violation grave, par la République de Pologne, de l’état de droit.
Parlement européen (2021), Résolution du 3 février 2021 «25 ans après la déclaration et le programme d’action de Beijing: les défis en perspective pour les droits des femmes».
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Prawo.pl, «Rząd myśli o zmianach w prawie, a sądy już uniewinniają osoby bez maseczek», 5 août 2020 ( https://www.prawo.pl/prawo/rzad-mysli-o-zmianach-w-prawie-a-sady-juz-uniewinniaja-osoby-bez,502143.html ).
Prawo.pl, «Raport: Pandemia musi przyspieszyć informatyzację sądów», 3 février 2021 ( https://www.prawo.pl/prawnicy-sady/jak-cyfryzowac-wymiar-sprawiedliwosci-z-korzyscia-dla-obywateli,506250.html ).
Press.pl «Spółki Skarbu Państwa wydały na reklamę mniej, niż rok wcześniej», 18 février 2021 ( https://www.press.pl/tresc/64910,spolki-skarbu-panstwa-wydaly-na-reklame-mniej_-niz-rok-wczesniej ).
Press.pl «Postraszyć redaktora», 21 août 2020 ( https://www.press.pl/tresc/62912,postraszyc-redaktora ).
Reporters sans frontières (2021), Pologne: la repolonisation en marche après le licenciement de quatre rédacteurs en chef, 10 mai 2021 ( https://rsf.org/fr/actualites/pologne-la-repolonisation-en-marche-apres-le-licenciement-de-quatre-redacteurs-en-chef ).
Reporters sans frontières (2021), Classement mondial de la liberté de la presse 2021( https://rsf.org/fr/ranking/2021 ).
Transparency International (2020), Exporting Corruption 2020 ( https://www.transparency.org/en/publications/exporting-corruption-2020 ).
Transparency International (2021), Indice de perception de la corruption 2020 ( https://www.transparency.org/fr/news/cpi-2020-global-highlights ).
TVP Info, «Kim jest Agnieszka Domańska? Sędzia zdecydowała o nieprzedłużeniu aresztu Sławomira Nowaka», 12 avril 2021 ( https://www.tvp.info/53268943/afera-slawomira-nowaka-kim-jest-sedzia-agnieszka-domanska-ktora-nie-przedluzyla-aresztu-jest-zwiazana-ze-stowarzyszeniem-iustitia ).
Urząd Ochrony Konkurencji i Konsumentów, «UOKiK President’s approval», 5 février 2021 ( https://www.uokik.gov.pl/news.php?news_id=17202 ).
wPolityce.pl, «Ujawniamy. Sędzie ze składu orzekającego ws. Noakowskiego 16 są członkami skrajnie upolitycznionych stowarzyszeń sędziowskich», 19 janvier 2021 ( https://wpolityce.pl/polityka/535533-sedzie-z-iustitii-w-skladzie-orzekajacym-ws-noakowskiego-16 ).
wPolityce.pl, «<Kasta> wspiera LGBT! Sędzia nie uznaje płci metrykalnych i zwraca się do powoda tak jak on sobie tego życzy. To sąd, czy lewacka pogawędka?», 20 avril 2021 ( https://wpolityce.pl/polityka/547773-kasta-wspiera-lgbt-sedzia-nie-uznaje-plci-metrykalnych ).
wPolityce.pl, «Ujawniamy. Kto steruje antypolską narracją w TSUE? Podwójne standardy i zblatowanie z „kastą” Tancheva – Rzecznika Generalnego TSUE», 26 et 27 avril 2021 ( https://wpolityce.pl/polityka/548527-ujawniamy-kto-steruje-antypolska-narracja-w-tsue ).
wPolityce.pl, «Rzecznik TSUE na straży bezkarności „kasty”: Polskie prawo ws. systemu odpowiedzialności dyscyplinarnej sędziów jest sprzeczne z prawem UE», 6 mai 2021 ( https://wpolityce.pl/polityka/549853-rzecznik-tsue-na-strazy-bezkarnosci-kasty ).
wPolityce.pl, «Ujawniamy. Z rządu Tuska do TSUE! Kim jest rozgrywający, który przydziela polskie sprawy rzecznikowi trzymającemu z polską „kastą”», 6 mai 2021 ( https://wpolityce.pl/polityka/549862-ujawniamy-z-rzadu-tuska-do-tsuekto-pociaga-za-sznurki ).
Annexe II: visite en Pologne
Les services de la Commission ont tenu des réunions virtuelles en avril 2021 avec:
·Amnesty international
·Fondation Batory
·Forum Obywatelskiego Rozwoju (Forum de développement civique)
·Fundacja Bona Notitia (Fondation Bona Notitia)
·Fundacja – Instytut na rzecz Kultury Prawnej Ordo Iuris (Fondation – Institut Ordo Iuris pour la culture juridique)
·Fundacja – Instytut Prawa Ustrojowego (Fondation – Institut de droit constitutionnel)
·Fundacja Mamy i Taty (Fondation Mère et Père)
·Helsinska Fundacja Praw Człowieka (Fondation Helsinki pour les droits de l’homme)
·Instytut Prawa i Społeczeństwa (Institut pour le droit et la société)
·Instytut Sobieskiego (Institut Sobieski)
·Izba Wydawców Prasy (Chambre des éditeurs de presse)
·Klub Jagielloński (Club Jagielloński)
·Krajowa Rada Sądownictwa (Conseil national de la magistrature)
·Krajowa Rada Radiofonii i Telewizji (Conseil national de la télévision et de la radiodiffusion)
·Krajowa Rada Radców Prawnych (Conseil national des conseillers juridiques)
·Ministerstwo Kultury (Ministère de la culture)
·Naczelna Rada Adwokacka (Conseil national des barreaux)
·Naczelny Sąd Administracyjny (Cour administrative suprême)
·Rada Mediów Narodowych (Conseil national des médias)
·Rzecznik Praw Obywatelskich (Médiateur)
·Sąd Najwyższy (Cour suprême)
·Stowarzyszenie Polskich Mediów (Association polonaise des médias)
·Stowarzyszenie Polskie Telewizje Lokalne i Regionalne (Association des télévisions polonaises locales et régionales)
·Stowarzyszenie prokuratorów «Lex Super Omnia» (association de procureurs «Lex Super Omnia»)
·Stowarzyszenie sędziów «Iustitia» (association de juges «Iustitia»)
·Stowarzyszenie sędziów «Themis» (association de juges «Themis»)
·Towarzystwo Dziennikarskie (Association des journalistes)
·Towarzystwo Dziennikarzy Polskich (Association des journalistes polonais)
·Trybunał Konstytucyjny (Tribunal constitutionnel)
·Watchdog Polska
* La Commission a également rencontré les organisations suivantes dans le cadre d’un certain nombre de réunions horizontales:
·Amnesty international
·Center for Reproductive Rights
·Centre européen pour la liberté de la presse et des médias
·CIVICUS
·Comité Helsinki néerlandais
·Commission internationale de juristes
·Conférence des Églises européennes
·EuroCommerce
·European Center for Not-for-Profit Law
·Fédération européenne des journalistes
·Fédération internationale pour les droits humains
·Forum civique européen
·Forum européen de la jeunesse
·Front Line Defenders
·Human Rights House Foundation
·Human Rights Watch
·ILGA-Europe
·Institut international de la presse
·International Planned Parenthood Federation European Network (IPPF EN)
·Open Society European Policy Institute
·Partenariat européen pour la démocratie
·Philanthropy Advocacy
·Protection International
·Reporters sans frontières
·Société civile Europe
·Transparency International EU
·Union des libertés civiles pour l’Europe