COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 20.7.2021
SWD(2021) 723 final
DOCUMENT DE TRAVAIL DES SERVICES DE LA COMMISSION
Rapport 2021 sur l’état de droit
Chapitre consacré à la situation de l’état de droit au Portugal
accompagnant le document:
COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS
Rapport 2021 sur l’état de droit
La situation de l’état de droit dans l’Union européenne
{COM(2021) 700 final} - {SWD(2021) 701 final} - {SWD(2021) 702 final} - {SWD(2021) 703 final} - {SWD(2021) 704 final} - {SWD(2021) 705 final} - {SWD(2021) 706 final} - {SWD(2021) 707 final} - {SWD(2021) 708 final} - {SWD(2021) 709 final} - {SWD(2021) 710 final} - {SWD(2021) 711 final} - {SWD(2021) 712 final} - {SWD(2021) 713 final} - {SWD(2021) 714 final} - {SWD(2021) 715 final} - {SWD(2021) 716 final} - {SWD(2021) 717 final} - {SWD(2021) 718 final} - {SWD(2021) 719 final} - {SWD(2021) 720 final} - {SWD(2021) 721 final} - {SWD(2021) 722 final} - {SWD(2021) 724 final} - {SWD(2021) 725 final} - {SWD(2021) 726 final} - {SWD(2021) 727 final}
Résumé
L’efficience du système de justice portugais reste un défi, en particulier pour les juridictions administratives et fiscales. Le gouvernement prend actuellement des mesures à cet égard, en particulier pour renforcer les centres d’arbitrage administratif et créer des équipes d’intervention rapide. Des mesures sont aussi prises pour remédier au manque de ressources humaines et pour investir dans la numérisation. À la suite d’inquiétudes répétées concernant la répartition des affaires dans les tribunaux, le Conseil supérieur de la magistrature prend actuellement des mesures en vue d’améliorer la gestion des affaires, en renforçant la transparence dans le système de répartition. Des initiatives visant à renforcer l’intégrité au sein du système de justice sont en cours, notamment la préparation de codes de conduite pour les magistrats. Les relations hiérarchiques au sein du ministère public continuent à faire débat, et la question est actuellement examinée par la Cour suprême administrative. Des réformes de la procédure pénale sont en cours de discussion afin de permettre un traitement plus rapide des affaires complexes. Il est important que ces questions soient abordées en concertation avec toutes les parties concernées et compte tenu des normes européennes.
La stratégie de lutte contre la corruption pour 2020-2024, approuvée par le gouvernement, attend un vote au Parlement. Elle vise à répondre à la nécessité de longue date de créer un cadre solide de lutte contre la corruption. Le gouvernement a proposé des mesures en vue de garantir un traitement plus efficient des affaires de corruption complexes. Si les efforts en vue d’améliorer le bilan des enquêtes et des poursuites dans les affaires de corruption se poursuivent, les autorités chargées des poursuites estiment que le manque de ressources de la police et du ministère public est source de préoccupation. Une nouvelle modification est venue compléter la réforme du système de déclaration de patrimoine de 2019, mais l’Autorité pour la transparence chargée de vérifier les déclarations n’est pas encore opérationnelle. Alors que les règles relatives au pantouflage mises à jour en 2019 doivent encore être appliquées, une nouvelle loi sur le lobbying est en cours de discussion au Parlement et il est prévu de réviser la loi sur les lanceurs d’alerte. Les ressources attribuées au Conseil de prévention de la corruption restent limitées. Un mécanisme de lutte contre la corruption a été créé afin de contribuer à la capacité de prévention. Dans le contexte de la pandémie de COVID-19, les risques de corruption, notamment les risques de conflits d’intérêts, ont fait l’objet de plusieurs recommandations au niveau national.
Le régulateur des médias a vu ses compétences renforcées conformément à la directive révisée sur les services de médias audiovisuels pour inclure les plateformes de partage de vidéos, l’éducation aux médias, et de nouvelles obligations en matière de rapports et de registres. Le gouvernement a mis en place des mesures d’aide expressément destinées aux médias afin d’atténuer les difficultés rencontrées par ces derniers en raison de la pandémie de COVID-19. Le cadre législatif garantit la protection des journalistes. Des cas de menaces et de limitations des activités professionnelles des journalistes ont néanmoins été observés, dont un cas de surveillance visant à identifier les sources de journalistes, lequel a fait l’objet d’une enquête du bureau du procureur général en vue d’un examen par le Conseil supérieur du ministère public. Les parties concernées signalent aussi l’absence de collecte systémique de données concernant les menaces ou la violence à l’encontre des journalistes, en particulier en ligne.
Des mesures visant à améliorer la transparence dans l’élaboration des lois et la qualité de la législation ont été adoptées. En particulier, le nouveau règlement intérieur du Parlement vise à renforcer la participation des parties concernées au processus législatif. Le recours du gouvernement à des pouvoirs d’urgence pendant l’état d’urgence dans le contexte de la pandémie de COVID-19 a été subordonné à l’autorisation du Parlement, et au contrôle ex post de ce dernier, des tribunaux et du médiateur. La pandémie de COVID-19 et les mesures d’urgence ont eu une incidence sur le travail des organisations de la société civile, et un soutien spécifique a été octroyé. Une nouvelle loi sur le statut des entreprises de service public vise à rationaliser le cadre législatif. Si l’espace dévolu à la société civile est considéré comme ouvert, de nouvelles difficultés se profilent, notamment dues à des cas d’hostilité et de pressions à l’encontre des organisations de la société civile et des défenseurs des droits de l’homme.
I.Système de justice
Le système de justice portugais se caractérise par un système juridictionnel constitué de la Cour constitutionnelle, de la Cour suprême de justice et des tribunaux judiciaires de première et de deuxième instance, de la Cour suprême administrative et des juridictions administratives et fiscales de première et de deuxième instance, ainsi que de la Cour des comptes. Le Conseil supérieur de la magistrature, le Conseil supérieur des juridictions administratives et fiscales et le Conseil supérieur du ministère public exercent une action disciplinaire sur les magistrats respectifs et sont chargés des fonctions de gestion correspondantes. En outre, ils sont compétents pour nommer, transférer et promouvoir les juges et les procureurs. Les juges et les procureurs sont nommés par le Conseil compétent, à la suite d’un concours général et en fonction des notes obtenues au terme des cours de formation obligatoires organisés par le Centre d’études judiciaires. Le ministère public est indépendant du pouvoir judiciaire et fonctionne de manière autonome par rapport au pouvoir exécutif. Il possède son propre système de gouvernance, dans lequel le bureau du procureur général est l’organe le plus élevé. Le Portugal participe au Parquet européen. Le barreau est une entité juridique indépendante de droit public et, dans l’exercice de ses pouvoirs publics, il accomplit des fonctions réglementaires.
Indépendance
Le niveau de perception de l’indépendance du système judiciaire au Portugal est moyen à faible, aucune tendance claire ne s’étant dégagée au cours des cinq dernières années. En 2021, le niveau de perception de l’indépendance du système judiciaire parmi les entreprises a baissé, 39 % d’entre elles seulement la percevant comme étant «plutôt satisfaisante ou très satisfaisante», et est considéré comme faible. Parmi le public, le niveau de perception de l’indépendance du système judiciaire a augmenté tout en restant moyen, 48 % la percevant comme «plutôt satisfaisante ou très satisfaisante». Il s’agit là d’une inversion de la tendance à la baisse enregistrée depuis 2018.
Le système de répartition des affaires dans les tribunaux a été soumis au contrôle du Conseil supérieur de la magistrature, qui a adopté des mesures en vue d’en améliorer la transparence. Bien que la répartition des affaires se fasse électroniquement, grâce à un système qui permet une répartition aléatoire, une répartition manuelle reste possible dans des cas exceptionnels. Afin de garantir la transparence des situations dans lesquelles une répartition manuelle a lieu et de prévenir les irrégularités, le Conseil supérieur de la magistrature a adopté le règlement nº 269/2021, qui établit les principes, les critères, les exigences et les procédures applicables aux situations de modification, de réduction ou de suspension de la répartition des affaires dans les tribunaux judiciaires. Le nouveau règlement vise, conformément aux normes européennes, à garantir les principes de juge naturel, de légalité, d’interdiction de transfert des affaires, d’indépendance et d’impartialité des tribunaux. Comme indiqué dans le rapport 2020 sur l’état de droit, des allégations d’ingérence dans la répartition aléatoire des affaires dans les tribunaux ont amené le Conseil supérieur de la magistrature à enquêter sur de possibles irrégularités. En juillet 2020, à la suite d’une enquête sur les cas de répartition manuelle des affaires dans les juridictions supérieures entre 2017 et 2020, le Conseil supérieur de la magistrature n’a trouvé aucune preuve de répartition manuelle injustifiée, et a clos l’enquête sans engager de procédure disciplinaire. Cependant, à la suite d’une enquête lors de laquelle des irrégularités dans la répartition des affaires à la cour d’appel de Lisbonne ont été détectées dans trois affaires, avec des signes d’abus de pouvoir, le Conseil supérieur a décidé d’engager des procédures disciplinaires à l’encontre de juges, dont le président et l’ancien président de cette cour. En avril 2021, après que de nouvelles inquiétudes ont été exprimées concernant la répartition des affaires au tribunal central d’instruction de Lisbonne, le Conseil supérieur a ordonné une nouvelle enquête, qui n’a révélé aucun fait indiquant l’existence d’infractions disciplinaires.
Des initiatives visant à renforcer la transparence du système de justice sont en cours. Le statut du ministère public et le statut des magistrats du siège intègrent des règles relatives aux obligations et aux incompatibilités applicables aux procureurs et aux juges. Conformément aux statuts respectifs, le Conseil supérieur de la magistrature et le Conseil supérieur du ministère public sont compétents pour contrôler les déclarations de revenus et de patrimoine des magistrats, et pour approuver les instruments juridiques nécessaires à cet effet. En conséquence, le 12 janvier 2021, le Conseil supérieur de la magistrature a approuvé un règlement relatif aux obligations de déclaration. Le Conseil supérieur du ministère public a également approuvé un projet de code de conduite le 20 octobre 2020, qui a fait l’objet d’une consultation publique. La version finale du code de conduite n’a pas encore été adoptée. Un code de conduite des magistrats des juridictions administratives et fiscales, visant à définir un cadre de normes éthiques, de principes et d’obligations concernant l’exercice de la fonction judiciaire et le respect des obligations en matière de déclaration de revenus, d’intérêts contradictoires et sur les questions relatives aux cadeaux et marques d’hospitalité institutionnels, est aussi en attente d’approbation par le Conseil supérieur des juridictions administratives et fiscales. Le Conseil supérieur des juridictions administratives et fiscales a aussi approuvé un projet de règlement relatif aux obligations de déclaration des magistrats des juridictions administratives et fiscales en matière de revenus, de patrimoine, d’intérêts, d’incompatibilités et d’empêchements, ainsi qu’aux procédures et inspections. En outre, en novembre 2020, l’association professionnelle des juges a présenté un ensemble complet de propositions en vue de renforcer la transparence et l’intégrité dans le système de justice, y compris, entre autres, le renforcement des canaux de signalement tant pour les citoyens que pour les juges, en particulier pour les cas d’abus d’influence ou de tentative d’abus d’influence. Le Conseil supérieur de la magistrature n’a jusqu’ici pas répondu aux propositions présentées par l’association professionnelle des juges.
Le régime d’instructions hiérarchiques aux procureurs est en cours de contrôle juridictionnel. Comme indiqué dans le rapport 2020 sur l’état de droit, le nouveau statut du ministère public, qui est entré en vigueur en 2020, contient des dispositions qui clarifient les limites de l’intervention hiérarchique dans les procédures pénales. En novembre 2020, une nouvelle directive contraignante du procureur général a instauré la possibilité de donner des ordres concrets à un subordonné du procureur dans le cadre de la procédure pénale. Selon la nouvelle directive, ces ordres devraient toujours être consignés par écrit, dans le dossier administratif d’accompagnement, et la possibilité de refuser ces ordres est garantie. Les parties concernées au sein du système judiciaire ont exprimé des craintes que cette directive porte atteinte à l’autonomie interne des procureurs, et soit en contradiction directe avec les dispositions du statut du ministère public. Une affaire est actuellement pendante devant la Cour suprême administrative à la suite d’une action en justice engagée par le syndicat des procureurs.
Des réformes du système de la procédure pénale visant à permettre un traitement plus rapide des affaires pénales complexes sont débattues. Dans le contexte des affaires pénales jugées très complexes, un débat a été lancé quant à la nécessité de modifier les règles régissant la procédure pénale, afin de permettre un traitement plus rapide de ces affaires. Dans certaines affaires complexes, notamment de corruption de haut niveau, les infractions ont été prescrites et les poursuites pénales ont été abandonnées en raison de retards dans l’enquête et l’instruction. Les parties concernées craignent que l’impression d’incapacité du système de justice de traiter des affaires de haut niveau puisse induire une perception négative du public à l’égard du système. Dans ce contexte, plusieurs propositions de modification des règles régissant la procédure pénale sont en cours de discussion. En particulier, en mai 2021, le gouvernement a proposé au Parlement des mesures visant à améliorer l’efficience des poursuites pénales et des procès pénaux. Il s’agit entre autres de permettre d’organiser des mesures procédurales individuelles et de négocier, au stade du procès, la peine maximale moyennant l’aveu des faits contenus dans l’acte d’accusation. Par ailleurs, des discussions sont également en cours concernant l’organisation judiciaire des juridictions d’instruction, et en particulier du tribunal central d’instruction. À l’heure actuelle, ce tribunal spécialisé, qui ne compte que deux juges par intérim, est compétent pour instruire des affaires de crimes complexes ou organisés, dont la corruption, et ce sur l’ensemble du territoire national. Son large champ de compétences et son nombre limité de juges font notamment l’objet de critiques. Dans ce contexte, le 4 mai 2021, le Conseil supérieur de la magistrature a annoncé être favorable aux modifications de l’organisation et de la structure actuelles du tribunal central d’instruction, excluant toutefois la possibilité d’augmenter le nombre de juges. Le Conseil supérieur de la magistrature présentera une proposition formelle à cet égard au gouvernement. Le 17 juin 2021, le gouvernement a approuvé un projet de loi, qui sera soumis au Parlement, proposant de dissoudre le tribunal d’instruction criminelle de Lisbonne et d’intégrer ses compétences dans le tribunal central d’instruction criminelle. La mesure proposée prévoit d’accroître le nombre de juges affectés à ce dernier (de 2 à 9), afin de garantir la rationalisation des ressources et de renforcer la lutte contre les infractions économiques et financières. Il est important que les réformes juridiques soient exécutées en consultation avec toutes les parties concernées et tiennent compte des normes européennes applicables.
Qualité
Les ressources humaines affectées au système de justice ont été augmentées, mais des inquiétudes subsistent. En décembre 2020, des procédures de recrutement ont été lancées pour 40 juges et 65 procureurs. Les parties concernées continuent toutefois de faire part d’un manque significatif de juges et de procureurs. En particulier, les juridictions administratives et fiscales signalent que le nombre total de juges dans les juridictions administratives et fiscales de première instance reste sensiblement inférieur au niveau établi dans le cadre juridique, avec plus de 13 % de postes vacants. À la fin de 2019, 11 postes de juges d’appel dans des juridictions administratives et fiscales demeuraient vacants. La procédure de recrutement en vue de la création de cabinets de conseil pour aider les juges, qui était en attente depuis plusieurs années, a été lancée en décembre 2020. Les premiers cabinets de conseil devraient être mis en place en septembre 2021, et les conseillers apporteront une assistance technique et une expertise dans les domaines du droit, de la psychologie, de la comptabilité, des finances et de l’économie. Ces cabinets ne seront cependant mis en place que dans les juridictions de première instance, alors que les parties concernées insistent sur la nécessité de les étendre aux juridictions administratives et fiscales, où la durée estimée d’écoulement du stock d’affaires pendantes et l’arriéré sont plus importants, et où une expertise technique est exigée dans de nombreuses affaires. Le ministère public est aussi en train de préparer le recrutement de conseillers techniques pour aider les procureurs. Des contraintes budgétaires ont cependant entravé le déroulement de la procédure de recrutement.
Des mesures visant à améliorer la qualité du système de justice continuent à être mises en œuvre, en particulier en matière de numérisation. Le budget affecté aux technologies de l’information et de la communication dans le système de justice a augmenté de 23,4 % en 2021, et un fonds expressément destiné à soutenir des projets visant à moderniser le système de justice est en place, doté d’un budget de 5,1 millions d’EUR. Le nombre de systèmes de vidéoconférence dans les tribunaux a aussi augmenté, afin de répondre au nombre croissant de procédures de diligence effectuées à distance. Les règles de procédure permettent déjà d’utiliser les technologies numériques dans les tribunaux pour un nombre considérable d’actes dans les affaires civiles, commerciales, administratives et pénales. La mise en œuvre du programme «Justiça + Próxima», qui vise à moderniser le système de justice, s’est aussi poursuivie en 2020 et 2021. Les mesures prévues dans le projet «Tribunal+», relatif à la simplification administrative et à l’optimisation de l’arrière-guichet, ont aussi été étendues à davantage de tribunaux, et le nombre de juridictions ordinaires couvertes, telles que les tribunaux de droit commun et les tribunaux de proximité, devrait atteindre 300 d’ici la fin de 2021. Le projet «Tribunal + 360º», qui vise à mettre en œuvre la numérisation complète et un système sans papier dans les tribunaux, y compris pour la présentation des preuves, est encore en phase de préparation. Dans le contexte du plan national pour la reprise et la résilience, le Portugal a présenté la réforme «Transition numérique dans la justice», qui visera surtout à améliorer l’utilisation d’outils numériques dans le système de justice, en particulier dans les juridictions administratives et fiscales. Le Portugal a aussi introduit une demande d’appui technique pour un projet visant à aider le ministère de la justice à faire progresser le programme portugais de modernisation de la justice axé sur l’utilisateur et l’élaboration de stratégies d’action essentielles.
La pandémie de COVID-19 a eu des effets limités sur le fonctionnement du système de justice. En mars 2020, les délais dans les affaires non urgentes dans les tribunaux ont été suspendus, et les actes non urgents ont été ajournés. Cependant, selon le Conseil supérieur de la magistrature, les juridictions de droit commun ont bien géré l’arriéré et le taux de variation du stock d’affaires pendantes est resté stable tout au long de 2020. Les mesures déjà introduites pendant le premier état d’urgence ont été maintenues, telles qu’une loi introduite le 19 mars 2020 instaurant un régime exceptionnel pour les procédures judiciaires. La loi prévoit que l’examen des témoins et les auditions lors des procès doivent avoir lieu physiquement, suivant les recommandations des mesures de sécurité sanitaires fixées par le ministère de la santé. Une proposition du Parlement visant à modifier la loi est encore en attente, qui permettrait d’utiliser des systèmes de communication longue distance activés à partir des tribunaux pour les procédures de diligence qui nécessitent la présence physique des parties.
Efficience
L’efficience du système de justice montre des améliorations, mais des problèmes subsistent dans les juridictions administratives et fiscales. Le Portugal continue d’enregistrer des améliorations de l’efficience de son système de justice, en particulier dans les affaires civiles et commerciales, pour lesquelles la durée estimée d’écoulement du stock d’affaires pendantes en première instance est en constante diminution. La tendance à la baisse de l’arriéré dans les affaires civiles et commerciales s’est aussi poursuivie. La durée estimée d’écoulement du stock d’affaires commerciales pendantes demeure cependant élevée malgré une diminution constante ces dernières années, et un taux de résolution positif, atteignant plus de 840 jours tant en première qu’en deuxième instance. Bien que le nombre d’affaires administratives pendantes en première instance connaisse lui aussi une diminution marginale, il reste comparativement élevé. Cette question a également fait l’objet d’une recommandation par pays dans le cadre du Semestre européen 2020, concernant la nécessité d’améliorer l’efficience des juridictions fiscales et administratives.
Le gouvernement prend des initiatives pour renforcer l’efficience du système de justice. Le Portugal est toujours placé sous la surveillance renforcée du Comité des Ministres du Conseil de l’Europe au titre de la durée excessive des procédures civiles et administratives. Dans ce contexte, le 30 octobre 2020, le gouvernement a adopté un plan d’action mis à jour et consolidé, présentant des mesures en vue de réduire la durée excessive des procédures. De plus, les centres d’arbitrage administratif sont en train d’être renforcés, afin de proposer une alternative aux juridictions administratives et fiscales, réduisant ainsi le nombre d’affaires nouvelles et pendantes dans ces juridictions, et garantissant un recours effectif. Un régime temporaire d’incitations à clore les affaires judiciaires, applicable à toutes les juridictions, est aussi en place. Des mesures sont aussi adoptées en vue d’améliorer l’efficience des procédures d’insolvabilité. En outre, dans le contexte du plan national pour la reprise et la résilience, le Portugal a présenté des réformes et des projets d’investissement visant à améliorer l’efficience du système de justice. Comme indiqué dans le rapport 2020 sur l’état de droit, des équipes d’intervention rapide ont été créées pour faire face à l’arriéré dans les juridictions fiscales et administratives. Des données publiées en 2021 montrent qu’au cours de leur première année d’activité, ces équipes ont permis de résoudre un tiers des affaires qui étaient entrées dans le système avant 2013, dépassant ainsi l’objectif fixé initialement. Les parties concernées ont cependant attiré l’attention sur le fait que les équipes devraient aussi être renforcées en deuxième et troisième instances, afin d’éviter un arriéré tout au long de la chaîne du système de justice.
II.Cadre anticorruption
Aucune évolution majeure n’est à signaler concernant le cadre institutionnel anticorruption au Portugal depuis la période de référence précédente. Le département central des enquêtes et de l’action pénale (DCIAP), établi au sein du ministère public, est chargé des enquêtes et des poursuites relatives aux infractions graves, dont la corruption et les infractions économiques et financières, et coordonne les enquêtes qui sont menées par l’unité nationale de lutte contre la corruption (UNCC), une unité d’enquête de la police judiciaire. Concernant la prévention de la corruption, un mécanisme de lutte contre la corruption a été créé en 2021 afin de contribuer à la capacité de prévention. Un nouveau dirigeant a été nommé à la tête du Conseil de prévention de la corruption, à la suite du changement de direction à la Cour des comptes. Le Conseil de prévention de la corruption relève de la Cour des comptes. L’Autorité pour la transparence, créée en 2019, est compétente en matière de suivi et de vérification des déclarations de patrimoine et d’intérêts des titulaires de mandats politiques et des hauts fonctionnaires, mais elle n’est pas encore opérationnelle.
La perception parmi les experts et les dirigeants d’entreprise est que le niveau de corruption dans le secteur public reste relativement faible. Dans l’édition 2020 de l’indice de perception de la corruption de Transparency International, le Portugal obtient une note de 61/100 et se classe au 10e rang dans l’Union européenne et au 33e rang au niveau mondial. Cette perception a été relativement stable au cours des cinq dernières années.
La stratégie nationale de lutte contre la corruption pour 2020-2024 a été approuvée par le gouvernement et était accompagnée d’une proposition de révision du cadre juridique pénal. Après avoir fait l’objet d’une consultation publique en octobre 2020, la stratégie a été approuvée par le conseil des ministres le 18 mars 2021. La stratégie vise à créer un cadre solide et cohérent de lutte contre la corruption et prévoit des mesures visant à mieux détecter, prévenir et poursuivre la corruption, et à garantir que le système judiciaire peut réagir en temps voulu et de manière efficiente et imposer des sanctions adéquates aux auteurs. En guise de première étape dans sa mise en œuvre, le 29 avril 2021, le gouvernement a approuvé un ensemble de propositions en vue de modifier les dispositions juridiques existantes, notamment dans le domaine du droit pénal. La création d’une nouvelle entité, le mécanisme national de lutte contre la corruption, indépendant du gouvernement et du Parlement, a été approuvée le 25 mai 2021 par un décret-loi du gouvernement ; cette loi approuve aussi le régime général de prévention de la corruption (RGPC). Le mécanisme suivra la mise en œuvre du cadre de prévention et imposera des amendes administratives aux entités qui ne respectent pas les règles.
Le gouvernement a proposé des mesures en vue de renforcer l’efficience des poursuites pénales, au vu des défis qui subsistent concernant le traitement des affaires de corruption de haut niveau. Le département central des enquêtes et de l’action pénale (DCIAP), établi au sein du ministère public, reste responsable des enquêtes sur les infractions graves, dont la corruption et les infractions financières de haut niveau. Il se compose de 40 procureurs de la République, dont 7 se consacrent aux enquêtes sur les infractions liées à la corruption et sur les infractions économiques et financières internationales ou transnationales. L’unité nationale de lutte contre la corruption de la police judiciaire est spécialisée dans les enquêtes sur les infractions économiques et financières, dont la corruption, et est coordonnée par le DCIAP dans le cadre des enquêtes sur les affaires complexes. Les efforts en vue d’améliorer le bilan des enquêtes et des poursuites dans les affaires de corruption se poursuivent. Rien qu’en 2020, la police judiciaire a reçu 503 affaires criminelles et en a clos 553. La même année, la police judiciaire a transmis 90 propositions de mise en accusation dans des affaires liées à la corruption. En ce qui concerne l’application des sanctions relatives à des infractions de corruption, le nombre de peines avec sursis reste relativement élevé, 15 % seulement des personnes reconnues coupables de corruption ayant été condamnées à des peines de prison en 2019 et 54 % ayant été condamnées à des peines de prison avec sursis. Les principaux obstacles aux poursuites dans les affaires de corruption semblent être dus au manque persistant de ressources au niveau de la police et du ministère public. En résultent des retards considérables, comme lors des enquêtes et de l’instruction, et notamment dans certaines affaires de corruption complexes de haut niveau impliquant des hauts fonctionnaires, qui n’ont pas pu être conclues avant que le délai de prescription n’expire. Afin de surmonter ce problème persistant, le gouvernement a proposé des mesures en vue d’accélérer les mises en accusation et les affaires majeures dans les procès au titre de la stratégie nationale de lutte contre la corruption, bien que la stratégie ne précise pas de mesures concrètes concernant l’affectation des ressources.
Le Conseil de prévention de la corruption (CPC) poursuit ses activités dans le domaine de la prévention de la corruption. Il formule des recommandations sur la prévention des risques de corruption et surveille leur mise en œuvre. Au cours de la période de référence, le CPC a effectué 86 visites pédagogiques dans des entités publiques à travers le pays, plus particulièrement dans les entités actives dans des zones à haut risque et où il est nécessaire de sensibiliser à la prévention des irrégularités dans les dépenses publiques. Au cours de la pandémie de COVID-19, le Conseil a concentré ses efforts sur la sensibilisation à la prévention de la corruption dans les soins de santé et dans l’exécution du budget, en particulier au niveau local. Si la nouvelle stratégie de lutte contre la corruption met en évidence la nécessité d’accroître les capacités de prévention de la corruption, pour l’instant, les ressources affectées au Conseil restent limitées. Il reste à voir si le mécanisme de lutte contre la corruption récemment créé, qui intégrera le Conseil de prévention de la corruption, contribuera à accroître la capacité de prévention de la corruption.
Si des améliorations au système d’intégrité pour les hauts fonctionnaires ont été introduites en 2019, l’effet des règles en matière de conflit d’intérêts et des codes d’éthiques n’est pas encore visible. Depuis 2019, des codes de conduite régissant l’éthique, les conflits d’intérêts et les incompatibilités sont en place pour les fonctionnaires du gouvernement. Concernant les députés, un code de conduite est aussi en vigueur, et la commission parlementaire sur la transparence et le statut des députés surveille et garantit l’application du Code des députés. En avril 2021, la commission a créé un groupe de travail sur l’application du Code et a publié des lignes directrices sur l’acceptation de cadeaux et de marques d’hospitalité par les députés et des recommandations sur les incompatibilités. Cependant, l’évaluation de l’efficacité du système de prévention des conflits d’intérêts est pendante. Le Groupe d’États contre la corruption (GRECO) a salué ces améliorations, mais appelle à mettre en place des mécanismes de surveillance adéquats, y compris des sanctions en cas d’actes répréhensibles, qui ne sont pas prévus dans le Code. En octobre 2020, un projet de code d’éthique destiné aux procureurs a été approuvé et fait actuellement l’objet d’une consultation publique. Pour les juges, un règlement relatif aux obligations de déclaration a été approuvé au cours de l’été 2020.
De nouvelles règles ont été introduites pour harmoniser le système de déclaration de patrimoine pour les titulaires de mandats politiques et les hauts fonctionnaires. Conformément aux nouvelles dispositions adoptées en novembre 2020, les titulaires de mandats politiques et les hauts fonctionnaires sont désormais tenus de présenter dans un document unique la déclaration de leurs revenus, de leur patrimoine, de leurs intérêts, de leurs incompatibilités et de leurs empêchements. La réforme prévoit aussi la création d’une plateforme numérique en ligne pour la publication des déclarations, en vue de fournir des informations sur les postes occupés et les fonctions et les activités extérieures exercées au cours du mandat et des trois années précédentes. La réforme ne remédie toutefois pas à l’absence de vérifications fréquentes et poussées des déclarations uniques, tel que conseillé par le GRECO. Par ailleurs, le GRECO reste préoccupé par l’absence de sanctions en cas d’infractions mineures aux obligations de déclaration. La nouvelle Autorité chargée de la transparence, qui devait initialement être mise en place en 2020 au sein de la Cour constitutionnelle, sera chargée, une fois opérationnelle, de vérifier les déclarations des titulaires de mandats politiques et des hauts fonctionnaires. Elle n’a cependant pas encore commencé à exercer ses activités en raison d’un manque de ressources et de locaux.
Alors que les règles en matière de pantouflage doivent encore être appliquées, une nouvelle loi sur le lobbying est en cours de discussion au Parlement. Les règles en matière de pantouflage ont été mises à jour en 2019. Les règles applicables après la cessation de service, y compris une période de réflexion de trois ans, s’appliquent actuellement aux titulaires de mandats politiques et aux hauts fonctionnaires, y compris les membres des cabinets et des conseils d’administration des entreprises publiques. Les sanctions pour non-respect des règles consistent en une interdiction d’exercer un mandat public pendant une période de trois ans. Il incombe à la Cour constitutionnelle et au ministère public de faire appliquer la loi. Cependant, il n’y a toujours pas d’entité chargée de surveiller les infractions aux restrictions applicables après la cessation de service, ce qui donne lieu à des inquiétudes quant à leur application. Concernant le lobbying, des efforts en vue d’adopter une nouvelle loi régissant les activités de lobbying sont en cours. Trois groupes parlementaires ont présenté une proposition de loi visant à modifier les règles proposées afin d’apaiser les inquiétudes ayant donné lieu au veto du président en 2019. Si le processus parlementaire est en cours, aucune information n’est toutefois disponible concernant le calendrier d’approbation et de mise en œuvre. Le GRECO a souligné la nécessité de clarifier la question des contacts autorisés entre les députés et les intérêts tiers, qui reste à traiter.
Le système de protection des lanceurs d’alertes actuellement en vigueur est en cours de révision. La stratégie nationale de lutte contre la corruption prévoit d’améliorer le cadre juridique de protection des lanceurs d’alertes, qui date de 2008, avec de nouvelles protections, notamment des programmes relatifs au respect des règles dans le secteur public, des canaux de signalement et des outils de protection renforcés. Le Conseil de prévention de la corruption est chargé d’effectuer le suivi du système de réclamations et d’adresser ces dernières au procureur général, qui est chargé d’enquêter sur les affaires de corruption. Le ministère public gère un système électronique de lancement d’alertes pour signaler les cas, notamment de corruption et d’infractions qui y sont associées commises dans les secteurs public et privé.
Plusieurs institutions ont attiré l’attention sur la nécessité de s’attaquer aux risques de corruption suscités par la pandémie de COVID-19. Dans le contexte des mesures d’urgence en réponse à la pandémie, le Conseil de prévention de la corruption a publié une recommandation sur la prévention des risques de corruption et d’infractions qui y sont associées. La recommandation insiste sur la nécessité pour tous les responsables politiques et les fonctionnaires de maintenir la plus grande transparence, éthique et intégrité, et demande l’adoption de mesures de prévention et d’atténuation des risques de corruption dans l’exercice de leurs activités publiques. Le Parlement a adopté une résolution sur la prévention des risques de corruption et d’infractions qui y sont associées dans le contexte de la COVID-19, y compris les risques de conflits d’intérêts, demandant de garantir la transparence et l’intégrité dans des domaines à risque spécifiques tels que les marchés publics, la santé et les infrastructures. La Cour des comptes est aussi en train de préparer plusieurs actions d’audit pour faire face aux risques accrus dans l’utilisation des ressources publiques dans le contexte de la pandémie de COVID-19.
III.Pluralisme et liberté des médias
La liberté d’expression et d’information ainsi que la liberté et le pluralisme des médias sont protégés par la Constitution. L’article 39 de la Constitution prévoit l’instauration d’un organe réglementaire indépendant, qui surveille les activités des médias de la radio, de la presse et de l’audiovisuel. Une législation a été adoptée pour transposer la directive révisée sur les services de médias audiovisuels. Le Code pénal confère aux journalistes une protection dans l’exercice de leurs activités identique à celle d’autres «personnes protégées» (juges, avocats, témoins, personnel de sécurité et arbitres sportifs).
L’Autorité de régulation des médias a acquis de nouvelles compétences et a renforcé ses interactions avec les parties concernées dans le domaine des médias. La loi spécifique instaurant l’autorité de régulation des médias (Entidade Reguladora para a Comunicação Social, ERC) n’a pas connu de changements significatifs. Les compétences de l’Autorité de régulation des médias ont toutefois été élargies dans le contexte de la transposition de la directive révisée sur les services de médias audiovisuels (DSMA), le Portugal ayant modifié la loi sur la télévision et sur les services audiovisuels à la demande dans ce contexte. Les nouvelles compétences concernent, entre autres, la coopération avec les autres autorités de régulation au sein de l’UE, les plateformes de partage de vidéos, et les nouveaux rapports et registres à établir (par exemple, les listes de prestataires de services audiovisuels à la demande, de radio- et télédiffuseurs, et de fournisseurs de plateformes de partage de vidéos). Certaines de ces nouvelles compétences nécessiteront de nouvelles structures et ressources techniques. Étant donné l’importance de son rôle dans le secteur des médias, l’Autorité de régulation des médias a renforcé ses interactions avec les principales parties concernées (par exemple, le comité des journalistes professionnels, l’association de la presse portugaise, le syndicat des journalistes), et participe aux réunions du conseil consultatif du journalisme récemment créé. Ce conseil consultatif a discuté de points du cadre législatif qui nécessitent d’être mis à jour.
Comme indiqué l’année dernière, la transparence quant à la propriété des médias est garantie. En conséquence de la mise en œuvre effective par l’Autorité de régulation des médias de la loi spécifique qui réglemente la transparence quant à la propriété sur tous les marchés des médias, y compris en ligne, le rapport du Media Pluralism Monitor de 2021 (MPM 2021) consacré au Portugal enregistre un risque faible dans ce domaine. Le MPM 2021 indique un niveau élevé de concentration des médias d’information, en particulier en raison du nombre limité d’acteurs contrôlant les secteurs des médias. Néanmoins, dans une récente étude, l’Autorité de régulation des médias a jugé le paysage médiatique divers et pluriel.
Le gouvernement a mis en place des mesures d’aide expressément destinées aux médias afin d’atténuer les difficultés rencontrées par ces derniers en raison de la pandémie de COVID-19. Ces mesures ont pris la forme de l’achat anticipé d’espace publicitaire institutionnel d’une valeur de 15 millions d’EUR. Plus de la moitié de cette somme a été attribuée aux trois grands groupes de médias, ce qui a suscité certaines inquiétudes et des appels des parties concernées et des universitaires à débattre d’une politique plus juste et durable à l’appui d’un journalisme de qualité. Hormis ce paquet d’aide exceptionnel, il n’existe aucune autre subvention directe aux médias autres que les médias de service public. Les parties concernées ont souligné la détérioration des conditions de travail, alors que 30 médias locaux ont disparu depuis le début de la pandémie, des réductions budgétaires ont été mises en œuvre par plusieurs groupes de médias, et 80 membres du personnel d’un grand groupe de médias ont été licenciés malgré l’aide de l’État. La transparence de la publicité publique continue d’être pleinement réglementée, l’Autorité de régulation des médias veillant au respect des règles en la matière.
Les normes de protection des journalistes restent élevées. Les modifications apportées au Code pénal en 2018 ont conféré une plus grande protection aux journalistes dans l’exercice de leurs activités. À la suite de ces modifications, les journalistes ont été inclus dans la catégorie des professions qui bénéficient d’une protection renforcée, et les agressions à l’encontre des journalistes sont considérées comme des «infractions publiques», et ne nécessitent donc pas de plainte formelle de la victime pour être poursuivies. Ces agressions restent relativement rares au Portugal, bien que les parties concernées des médias signalent l’absence de collecte systémique de données concernant les menaces ou la violence à l’encontre des journalistes, ce qui peut entraîner un sous-signalement de la violence, en particulier en ligne. Selon le MPM 2021, la législation et la jurisprudence semblent protéger efficacement les journalistes.
Des journalistes ont récemment fait l’objet de menaces et de restrictions de leurs activités professionnelles. En janvier 2021, il a été révélé que quatre journalistes portugais étaient placés sous surveillance policière à la demande d’un procureur cherchant à identifier les sources des journalistes. L’ordre a été donné sans mandat d’un juge d’instruction. Les parties concernées se sont dites préoccupées par la gravité de ce comportement, et ont appelé à une réaction rapide de la part du ministère public afin de garantir la liberté de la presse. Si le ministère public a estimé qu’aucun acte répréhensible n’avait été commis, le bureau du procureur général a néanmoins lancé une enquête en vue d’un examen par le Conseil supérieur du ministère public. Un des journalistes a déposé plainte au pénal contre le procureur et les policiers concernés. Il a également été signalé que plusieurs journalistes avaient été menacés et insultés pendant une manifestation contre le confinement. Un nouveau cas d’intimidation et de menaces à l’encontre d’un journaliste a été signalé en avril 2021. Des enquêtes criminelles ont été ouvertes sur ces affaires. Les parties concernées se sont également dites très préoccupées par le harcèlement de journalistes dans les médias sociaux, une tendance qui touche tout particulièrement les journalistes de sexe féminin. La plateforme du Conseil de l’Europe pour renforcer la protection du journalisme et la sécurité des journalistes a enregistré deux alertes récentes concernant le Portugal. La première alerte concerne l’affaire de surveillance mentionnée ci-dessus, et a été résolue à la suite d’une réponse présentée par le Portugal en mars 2021. L’autre alerte concerne des menaces et des agressions à l’encontre de journalistes par des partisans d’un candidat politique.
IV.Autres questions institutionnelles en rapport avec l’équilibre des pouvoirs
Le Portugal est une république démocratique représentative avec un président directement élu et un parlement monocaméral. Dans le régime semi-présidentiel, le président de la République, élu au suffrage universel direct, dispose d’importants pouvoirs constitutionnels et politiques, y compris la compétence de dissoudre le Parlement. Le Premier ministre a les compétences pour diriger la politique générale du gouvernement et pour coordonner et orienter les actions de tous les ministres. Le Parlement et le gouvernement se partagent la compétence législative. Les députés et les groupes parlementaires, le gouvernement, les assemblées régionales et un groupe d’au moins 20 000 citoyens ont le droit d’initiative législative. Le médiateur indépendant est chargé de sauvegarder et de promouvoir les libertés, les droits et les garanties des citoyens, et a le droit de déclencher une révision constitutionnelle.
Le Parlement a donné une impulsion aux mesures visant à améliorer la transparence dans l’élaboration des lois et la qualité de la législation. Le 1er septembre 2020, un nouveau règlement est entré en vigueur, qui vise à renforcer la qualité de la législation parlementaire et la transparence de la procédure, à améliorer le respect des échéances définies pour l’examen des projets de loi et donc aussi à élargir les possibilités pour les parties concernées de participer au processus d’élaboration des lois. Conformément au nouveau règlement, les projets de loi du gouvernement doivent être accompagnés non seulement par les études et documents qui les étayent, mais aussi par les avis consultatifs des parties concernées. Le nouveau règlement permet aussi au président du Parlement de proposer aux autres organes du pouvoir législatif un accord interinstitutionnel sur des lignes directrices communes pour la qualité de l’élaboration de la législation, même si cette prérogative n’a pas encore été utilisée. Par ailleurs, le Parlement a publié des versions mises à jour de son guide technique de rédaction juridique et de son guide technique de consultation publique des parties concernées en mai et octobre 2020, respectivement.
Des efforts sont en cours pour mettre en œuvre les outils d’évaluation d’impact ex ante. L’initiative législative du gouvernement est soumise à une analyse d’impact des coûts et avantages économiques de la proposition législative. Le Portugal a fait des évaluations d’impact un outil ex ante systématique depuis le début de 2017. Pour contribuer à la mise en œuvre de l’évaluation d’impact réglementaire («RIA»), le conseil des ministres a créé l’unité technique pour l’évaluation d’impact législatif (UTAIL) au sein du centre de compétences juridiques du conseil des ministres (JurisAPP). Dans le cadre d’un projet en cours, l’UTAIL élabore un système en vue de réunir un ensemble normalisé d’informations statistiques sur les coûts réglementaires administratifs afin d’accroître la précision et l’efficience du système de RIA. Pour l’instant, aucune consultation publique n’est prévue dans le cadre de la procédure de RIA. En vertu de la loi portugaise, une consultation publique a lieu pour la plupart des actes législatifs, qu’il s’agisse d’une consultation directe, dans laquelle le ministère à l’origine de la proposition consulte directement les entités publiques ou privées concernées, ou d’une consultation publique, lors de laquelle le projet d’acte est publié sur le portail ConsultaLex du gouvernement.
Les mesures d’urgence prises dans le contexte de la pandémie de COVID-19 sont progressivement levées. En 2020, l’état d’urgence a été en vigueur du 18 mars au 3 mai. De mai à novembre 2020, le gouvernement a déclaré, à différentes occasions, des situations de calamité, d’alerte, et de contingence, des régimes moins stricts qui permettent au gouvernement d’adopter des mesures restrictives pour prévenir ou répondre à des situations de danger, y compris en matière de santé publique, ou de rétablir la normalité en cas de circonstances exceptionnelles, sur la base du droit commun. Le 6 novembre 2020, le président de la République a déclaré un nouvel état d’urgence, qui a ensuite été prolongé, et est resté en vigueur jusqu’au 30 avril 2021. Pendant l’état d’urgence, les séances du Parlement ont été maintenues , et les données indiquent qu’il a continué d’exercer régulièrement son activité de contrôle et son activité législative. Depuis le 15 mars 2021, un plan de levée progressive des mesures d’urgence est en place.
Le recours aux pouvoirs d’urgence était soumis au contrôle du Parlement, des tribunaux et du médiateur. La déclaration et la prolongation de l’état d’urgence sont la prérogative du président de la République, moyennant consultation du gouvernement et autorisation du Parlement. Le gouvernement doit aussi présenter un rapport au Parlement pour chaque période d’état d’urgence, concernant son application, permettant ainsi au Parlement d’exercer aussi un contrôle ex post des mesures adoptées. Le Parlement analyse actuellement les rapports concernant la déclaration et la prolongation de l’état d’urgence entre novembre 2020 et avril 2021. Par ailleurs, une commission parlementaire ad hoc a été créée pour suivre les mesures adoptées en réponse à la pandémie de COVID-19. Le médiateur a aussi été amené à répondre à un nombre significatif de réclamations concernant les mesures liées à la COVID-19. Dans ce contexte, le médiateur a publié plusieurs recommandations à l’attention de différentes autorités publiques et a demandé des clarifications, tout en demandant aussi le réexamen constitutionnel d’une disposition sur le régime d’aide applicable aux commerçants de détail. Les juridictions administratives et fiscales ont aussi été amenées à examiner les mesures d’urgence. En particulier, la Cour suprême administrative a statué sur 12 recours concernant des mesures liées à la COVID-19, dont la majorité a été déclarée irrecevable.
De nouvelles difficultés se profilent pour la société civile. Bien que l’espace dévolu à la société civile soit considéré comme ouvert, des cas d’hostilité et de pressions, en particulier de la part de partis et de mouvements politiques, à l’encontre d’organisations de la société civile actives dans l’aide aux minorités ont été enregistrés. Dans ce contexte, les parties concernées signalent une détérioration de la paix sociale et du dialogue social. En octobre 2020, plusieurs rapporteurs spéciaux des Nations unies ont engagé un dialogue avec le Portugal concernant un cas de menaces et de harcèlement de défenseurs des droits de l’homme, et ont réaffirmé l’importance de garantir un environnement sûr et favorable pour tous les défenseurs des droits de l’homme, en particulier ceux qui militent pour l’égalité et la non-discrimination et qui recensent les discours et les comportements racistes, et les violations des droits de l’homme qui y sont associées. Afin de renforcer les politiques de lutte contre le racisme et la discrimination, le gouvernement portugais a créé un groupe de travail sur la prévention et la lutte contre la discrimination raciale, dans lequel la société civile est représentée. La pandémie de COVID-19 et les mesures d’urgence connexes ont aussi eu une incidence importante sur l’activité des organisations de la société civile, ce qui a donné lieu à des demandes d’aide financière publique extraordinaire. Dans ce contexte, le gouvernement et un grand nombre de municipalités ont apporté une aide financière extraordinaire à ces organisations de manière à garantir leurs activités ordinaires.
Une nouvelle loi sur le statut des entreprises de service public a été approuvée au Parlement. À l’initiative législative du gouvernement, le Parlement a approuvé, en avril 2021, un nouveau statut octroyant aux personnes morales reconnues comme poursuivant des objectifs d’intérêt général des droits particuliers, dont l’accès à certains financements ou à certaines exonérations fiscales. Bien que des craintes aient été soulevées concernant l’inclusivité du processus de consultation formelle de la nouvelle loi, sur lequel un nombre limité d’organisations de la société civile ont été invitées à donner leur avis, une participation plus large des parties concernées a été possible grâce à une consultation ouverte. La nouvelle loi vise à consolider et à rationaliser le cadre législatif applicable aux personnes morales bénéficiant du statut d’entreprise de service public, et met en œuvre un système de surveillance de leurs activités, qui sera effectuée par le secrétariat général de la présidence du conseil des ministres, et de leur conformité avec les obligations juridiques.
Annexe I: liste des sources par ordre alphabétique*
* La liste des contributions reçues dans le cadre de la consultation préalable à l’élaboration du rapport 2020 sur l’état de droit peut être consultée à l’adresse suivante: https://ec.europa.eu/info/policies/justice-and-fundamental-rights/upholding-rule-law/rule-law/rule-law-mechanism/2021-rule-law-report-targeted-stakeholder-consultation .
Associação Sindical dos Juízes Portugueses (2020), Reforço da Transparência e Integridade na Justiça.
Centre pour le pluralisme et la liberté des médias (2021), Media pluralism monitor 2021.
Civicus (2021), Monitor tracking civic space – Portugal ( https://monitor.civicus.org/country/portugal/ ).
Commission européenne (2019), Flash Eurobarometer 482: Businesses’ attitudes towards corruption in the EU.
Commission européenne (2020), Rapport 2020 sur l’état de droit, chapitre consacré à la situation de l’état de droit au Portugal https://ec.europa.eu/info/sites/default/files/pt_rol_country_chapter.pdf ).
Commission européenne (2020), Special Eurobarometer 502: Corruption.
Commission européenne (2021), Tableau de bord de la justice dans l’UE.
Communication du Portugal concernant l’affaire Vicente Cardoso c. Portugal (requête nº 30130/10), DH-DD(2020)952.
Conseil de l’Europe: Comité des Ministres (2010), Recommandation CM/Rec(2010)12 du Comité des Ministres aux États membres sur les juges: indépendance, efficacité et responsabilités ( https://rm.coe.int/16807096c2 ).
Conseil de l’Europe: Comité des Ministres (2018), H46-20 Groupe Vicente Cardoso c. Portugal (Requête nº 30130/10) – Surveillance de l’exécution des arrêts de la Cour européenne CM/Del/Dec(2018)1331/H46-20.
Conseil de l’Europe: Conseil consultatif de juges européens (CCJE) (2007), Avis nº 10(2007) à l’attention du Comité des Ministres du Conseil de l’Europe sur le Conseil de la Justice au service de la société ( https://rm.coe.int/1680747797 ).
Conseil de l’Europe: Conseil consultatif de juges européens (CCJE) (2020), Avis nº 23 sur le rôle des associations de juges en faveur de l’indépendance de la justice ( https://www.coe.int/fr/web/ccje/opinion-no.-23-on-the-role-of-judicial-associations-2020- ).
Conseil de l’Europe, Plateforme pour renforcer la protection du journalisme et la sécurité des journalistes ( https://www.coe.int/fr/web/media-freedom/all-alerts?p_p_id=sojdashboard_WAR_coesojportlet&p_p_lifecycle=0&p_p_col_id=column-4&p_p_col_count=1&_sojdashboard_WAR_coesojportlet_selectedStringFilters=year.2021&_sojdashboard_WAR_coesojportlet_selectedCategories=11709562 ).
Conseil de l’Union européenne (2020), recommandation du Conseil du 20 juillet 2020 concernant le programme national de réforme du Portugal pour 2020 et portant avis du Conseil sur le programme de stabilité du Portugal pour 2020 ( https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX%3A32020H0826%2822%29 ).
Conseil de prévention de la corruption (2020), recommandation – Prévention des risques de corruption et d’infractions qui y sont associées dans le cadre des mesures prises en réponse à la pandémie de COVID-19.
Conseil des ministres, résolution nº 44/2017.
Conseil des ministres, résolution nº 184/2019.
Conseil supérieur des juridictions administratives et fiscales (2021), rapport annuel 2019.
Conseil supérieur de la magistrature (2020), rapport annuel 2020.
Conseil supérieur de la magistrature (2021), contribution du Conseil supérieur de la magistrature au rapport 2021 sur l’état de droit.
Conseil supérieur de la magistrature, communiqué de presse du 4 mai 2021.
Conselho Superior da Magistratura (2021), Relatório Anual 2020.
Cour des comptes, Risques dans l’utilisation des ressources publiques dans la gestion des urgences (COVID-19) ( http://img.rtp.pt/icm/noticias/docs/f4/f4128b9356da5f94eb58df98fe9f1f26_e51017edff2ec38b4d9dc71908e515d9.pdf ).
Cour suprême et administrative portugaise (2021), contribution de la Cour suprême et administrative portugaise au rapport 2021 sur l’état de droit.
Directive (UE) 2020/1828 relative aux actions représentatives visant à protéger les intérêts collectifs des consommateurs et abrogeant la directive 2009/22/CE.
Entidade Reguladora para a Comunicação Social (2021), communiqué de presse du 13 janvier 2021.
Entidade Reguladora para a Comunicação Social (2021), communiqué de presse du 28 avril 2021.
Entidade Reguladora para a Comunicação Social (2021), rapport de régulation 2019 (transparence des médias).
European Research Council (2021), communiqué de presse du 13 janvier 2021.
Gouvernement portugais (2021), contribution du Portugal au rapport 2021 sur l’état de droit.
Gouvernement portugais (2021), résolution du conseil des ministres nº 37/2021, Approbation de la stratégie nationale de lutte contre la corruption ( Resolução do Conselho de Ministros 37/2021, 2021-04-06 - DRE ).
GRECO (2021), Quatrième cycle d’évaluation – Prévention de la corruption des parlementaires, des juges et des procureurs – Deuxième rapport de conformité intérimaire – Portugal.
HCDH (2021), contribution au rapport 2021 sur l’état de droit.
Magistrats européens pour la démocratie et les libertés (2021), contribution des Magistrats européens pour la démocratie et les libertés au rapport 2021 sur l’état de droit.
Media Pluralism Monitor 2021, rapport consacré au Portugal.
Ministère public (2020), projet de code de conduite pour les magistrats du ministère public – consultation publique ( https://www.ministeriopublico.pt/pagina/projeto-de-codigo-de-conduta-dos-magistrados-do-ministerio-publico-consulta-publica ).
Projet «Reviewing and supporting Regulatory Impact Assessment (RIA) in Portugal» soutenu par la Commission européenne – DG REFORM.
Projet «Standardised Statistical Information for Better Regulation (SIBER)», soutenu par la Commission européenne – DG REFORM.
Público (2020), Le manque de ressources humaines explique la lenteur de la justice dans les affaires de corruption, selon le ministère public, 6 janvier 2020 ( https://www.publico.pt/2020/01/06/sociedade/noticia/falta-recursos-humanos-explica-lentidao-justica-casos-corrupcao-pgr-1899401 ).
Représentant permanent du Portugal au Conseil de l’Europe (2021), lettre du 22 mars 2021 ( https://rm.coe.int/portugal-reply-en-lisbon-public-prosecutor-puts-the-protection-of-sour/1680a1e03b ).
Réseau européen des institutions nationales des droits de l’homme (2021), contribution du Réseau européen des institutions nationales des droits de l’homme au rapport 2021 sur l’état de droit.
Sindicato dos Magistrados do Ministério Público (2021), communiqué de presse du 6 avril 2021.
Transparency International (2021), Indice 2020 de perception de la corruption.
Annexe II: visite au Portugal
Les services de la Commission ont organisé des visites virtuelles en mai 2021 avec:
·des experts universitaires;
·la Cour des comptes;
·la Cour suprême administrative;
·la Cour suprême de justice;
·la plateforme NGOD;
·l’Autorité de régulation des médias;
·le barreau;
·le bureau du procureur général;
·le Conseil de prévention de la corruption (CPC);
·le Conseil supérieur de la magistrature;
·le Conseil supérieur des juridictions administratives et fiscales;
·le comité des journalistes professionnels;
·le département central des enquêtes et de l’action pénale (DCIAP);
·l’inspection générale des finances;
·le médiateur;
·le ministère de la culture;
·le ministère de la justice;
·le ministère des affaires étrangères;
·les services de l’Assemblée de la République;
·le syndicat des journalistes;
·le syndicat des juges;
·le syndicat des procureurs;
·Transparency International – Portugal.
* La Commission a également rencontré les organisations suivantes dans le cadre d’un certain nombre de réunions horizontales:
·Amnesty International;
·Center for Reproductive Rights;
·CIVICUS;
·Civil Liberties Union for Europe;
·Civil Society Europe;
·EuroCommerce;
·European Center for Not-for-Profit Law;
·European Centre for Press and Media Freedom;
·European Civic Forum;
·European Partnership for Democracy;
·Front Line Defenders;
·Human Rights House Foundation;
·Human Rights Watch;
·ILGA-Europe;
·International Planned Parenthood Federation European Network (IPPF EN);
·International Press Institute;
·la Conférence des Églises européennes;
·la Commission internationale de juristes;
·la Fédération européenne des journalistes;
·la Fédération internationale pour les droits humains;
·le Forum européen de la jeunesse;
·Netherlands Helsinki Committee;
·Open Society European Policy Institute;
·Philanthropy Advocacy;
·Protection International;
·Reporters sans frontières;
·Transparency International EU.