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CELEX52021XE2122
TypeCommunication
Datemercredi 9 juin 2021

Texte intégral

24.8.2021

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 341/1


Résolution sur la contribution du Comité économique et social européen au programme de travail de la Commission européenne pour 2022 sur la base des travaux du groupe ad hoc «Contribution du CESE au programme de travail de la Commission européenne pour 2022»

(2021/C 341/01)

Rapporteurs:

Mariya MINCHEVA

Stefano PALMIERI

Jan DIRX

Lors de sa session plénière des 9 et 10 juin 2021 (séance du 9 juin), le Comité économique et social européen a adopté la résolution suivante par 175 voix pour, 0 voix contre et 2 abstentions.

1. Introduction

1.1.

Le CESE a relevé que le programme de travail de la Commission européenne pour 2021 indique que les six grandes ambitions retenues par la Commission (Un pacte vert pour l’Europe, Une Europe adaptée à l’ère du numérique, Une économie au service des personnes, Une Europe plus forte sur la scène internationale, Protéger notre mode de vie européen et Un nouvel élan pour la démocratie européenne) fournissent un cadre solide en vue de l’élaboration des programmes de travail. C’est pourquoi le CESE a de nouveau élaboré la présente résolution autour de ces six grandes ambitions dans le cadre de sa contribution au programme de travail de la Commission pour 2022.

1.2.

Le Comité part du principe que, compte tenu de la durée de la pandémie de COVID-19, mettre l’économie européenne sur la bonne voie pour assurer une transition, une croissance et un emploi durables ainsi qu’apporter la prospérité aux européens et aux organisations et entreprises européennes devraient demeurer la plus haute priorité de la politique économique de l’Union au cours des prochaines années. Par conséquent, la nécessité de reprise et de reconstruction après la pandémie devrait à nouveau être développée pleinement et concrètement dans le programme de travail de la Commission pour 2022.

1.3.

La situation actuelle de l’Europe face à la pandémie augmente la pauvreté et les inégalités, et les ressources devraient être acheminées là où elles sont les plus nécessaires pour garantir des opportunités, créer des emplois de qualité, réduire la pauvreté et l’exclusion, promouvoir l’esprit d’entreprise, le perfectionnement et la requalification, et garantir l’accès à des services de qualité. Comme l’ont déclaré les institutions de l’Union, les partenaires sociaux, les organisations de la société civile et les États membres lors du sommet social de Porto en mai 2021, les investissements comme les réformes devraient être utilisés pour sortir de la crise économique et sociale, en renforçant la résilience de l’Europe face aux chocs futurs, sur la base d’une croissance inclusive et durable, d’un travail décent et de la justice sociale.

1.4.

C’est précisément en un tel moment que le Comité aimerait souligner que l’Union, et donc l’ensemble de ses politiques, est et devrait être fondée sur les valeurs et les objectifs énoncés dans le traité de Lisbonne et dans la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. Les valeurs suivantes sont concernées: la dignité humaine, la liberté, la démocratie, l’égalité, l’état de droit et les droits de l’homme. Le CESE estime que le programme de travail devrait être axé sur la restructuration et l’amélioration de notre économie et notre société et s’appuyer sur ces valeurs, exploiter tout le potentiel du marché unique, réaliser les objectifs de développement durable (ODD), créer une économie circulaire, réaliser la neutralité climatique au sein de l’Union d’ici à 2050 au plus tard et enfin garantir la bonne gouvernance et la responsabilité démocratique.

1.5.

Le Comité est convaincu que les enjeux majeurs auxquels nous sommes tous confrontés et les transitions profondes que connaît notre économie, dans la manière dont nous gérons la nature et l’environnement et dans nos propres vies, qui sont nécessaires à un monde véritablement durable, ne seront positifs que si les citoyens et leurs organisations y jouent un rôle actif.

1.6.

Dans sa résolution sur la participation de la société civile organisée aux plans nationaux pour la reprise et la résilience (PNR-R), le CESE regrette que les administrations nationales n’aient que peu associé la société civile organisée à l’élaboration de leurs PNR-R. L’importance et l’utilité de la participation active des organisations de la société civile aux politiques et à leur mise en œuvre ressortent également de l’étude publiée par le CESE et intitulée «La réaction des organisations de la société civile face à la pandémie de COVID-19 et aux mesures restrictives adoptées en conséquence en Europe», que nous avons présentée au printemps (1), et du prix de la société civile (2) pour le déploiement d’acteurs sociaux pendant la pandémie.

1.7.

Par conséquent, nous réitérons notre appel à la Commission pour qu’il soit remédié à ces lacunes dans les phases de mise en œuvre et d’évaluation des plans nationaux pour la reprise et la résilience, en mettant en place des procédures plus formelles qui facilitent de véritables échanges. Le Comité attend donc de la Commission qu’elle reconnaisse, dans son programme de travail de l’année prochaine, le rôle clé que jouent les entreprises, les travailleurs et les organisations de la société civile dans la mise en œuvre des plans nationaux pour la reprise et la résilience, leur processus d’examen et leur suivi. Ainsi, nous présumons que les vingt principes du socle européen des droits sociaux, en tant qu’instrument directeur de la politique sociale de l’Union, seront également au cœur de la stratégie de relance afin de garantir que les transitions numérique et écologique soient justes et équitables. Les activités de la Commission doivent également refléter le rôle clé des partenaires sociaux et des organisations de la société civile qui participent à la définition de l’avenir de l’Europe dans le cadre de la conférence sur l’avenir de l’Europe.

1.8.

Le marché unique demeure le moteur principal d’une économie européenne compétitive et, en tant que tel, il joue un rôle essentiel pour catalyser la reprise et la reconstruction des économies des États membres et de l’ensemble de l’Union. Le CESE souligne qu’il s’impose d’éliminer tous les obstacles et d’assurer une circulation ininterrompue par-delà les frontières des marchandises, des services, des capitaux, des données et des personnes. Il est essentiel de restaurer dès que possible les libertés de circulation au sein du marché unique selon les conditions préalables à la COVID-19, de les approfondir dans tous les domaines et de se concentrer sur la manière dont la robustesse de l’approvisionnement et des chaînes de valeur devrait être encore renforcée grâce à une diversification axée sur les entreprises.

1.9.

Le CESE salue l’adoption de la facilité pour la reprise et la résilience. Toutefois, sa mise en œuvre pratique est associée à certains risques. La procédure de ratification de la décision relative aux ressources propres (3) qui permettra à l’Union d’emprunter les fonds nécessaires sur les marchés des capitaux accuse déjà un retard. Le CESE est préoccupé par le manque d’informations adéquates sur les modalités pratiques de l’émission des obligations nécessaires qui financeront le mécanisme (4). La cohérence entre les domaines phares recommandés par la Commission européenne et le contenu thématique réel des plans nationaux pour la reprise et la résilience devrait également être étroitement surveillée. Un enjeu se pose: tous les États membres ne se rétabliront pas au même rythme. La Commission doit assurer une approbation rapide des plans présentés, pour autant que tout retard pourrait entraîner un élargissement du fossé entre les États membres ainsi qu’au sein des secteurs de chaque économie nationale.

1.10.

Le CESE soutient la communication de la Commission sur la réponse en matière de politique budgétaire apportée à la pandémie de coronavirus (5), dans laquelle la Commission fait part de son intention de statuer sur une future désactivation de la clause dérogatoire générale du pacte de stabilité et de croissance à la suite d’une évaluation d’ensemble de l’état de l’économie fondée sur des critères quantitatifs, à savoir le niveau de l’activité économique dans l’Union ou la zone euro par rapport aux niveaux atteints avant la crise (2019). Le CESE approuve la nécessité de continuer d’appliquer la clause dérogatoire générale en 2022; il convient également d’éviter un retrait prématuré du soutien budgétaire.

1.11.

Afin de renforcer les avantages à long terme du plan de relance de pour l’Europe, le CESE demande instamment que le processus de révision du cadre de gouvernance économique de l’Union reprenne dès que possible. Au lieu d’un «retour à la normale», nous réclamons un «tournant» vers un cadre de gouvernance économique révisé, rééquilibré et axé sur la prospérité, qui accorde la même importance à une série d’objectifs politiques clés tels qu’une croissance durable et inclusive, le plein emploi et un travail décent, une relance de la productivité européenne, une économie sociale de marché compétitive et des finances publiques stables. Ce cadre devrait également éviter les effets asymétriques dans les États membres et stimuler les investissements productifs en mettant en œuvre, par exemple, une règle d’or équilibrée.

1.12.

La Commission devrait également envisager de proroger l’encadrement temporaire des aides d’État d’ici à la fin de l’année 2022, ce qui permettra aux États membres de continuer d’exploiter la grande souplesse prévue par les règles relatives aux aides d’État pour soutenir l’économie dans le contexte de l’épidémie de COVID-19, tout en respectant les règles de concurrence, afin d’éviter les distorsions du marché unique. Cependant, le CESE considère que ce régime est extraordinaire et temporaire et qu’il doit être suivi d’un processus d’assainissement budgétaire afin d’améliorer la situation des finances publiques dans les États membres.

1.13.

Le CESE relève que les investissements ne figurent pas parmi les objectifs stratégiques du mandat de la Commission qui prendra fin en 2024. Pour nous assurer de tirer le meilleur parti des efforts financiers sans précédent de l’Union et de sortir de cette crise unique, il est urgent de développer un programme économique européen bien articulé et des politiques efficaces visant à une meilleure réglementation, ainsi que d’accélérer le déploiement des vaccins et de réduire les restrictions aux frontières intérieures de l’Union. Le CESE recommande à la Commission d’inclure les initiatives relatives aux investissements dans son programme de travail pour 2022, y compris celles portant sur la mobilisation des investissements privés en faveur du développement économique durable de l’Union (6).

1.14.

Le CESE approuve la proposition de la Commission de réviser le tableau de bord social afin de couvrir plus largement le socle, en tant qu’outil de suivi essentiel utilisé dans le cadre du semestre européen. À cette fin, le Comité recommande d’ajouter des indicateurs sociaux, économiques et environnementaux qui soient nouveaux, améliorés, mesurables et complémentaires. Ces derniers contribueront à suivre de manière plus globale les progrès accomplis dans la mise en œuvre des principes du socle et à surveiller la mise en œuvre des actions politiques.

1.15.

Le travail décent devrait constituer l’option par défaut. La pandémie de COVID-19 a mis en exergue la faiblesse de notre système social, exacerbé les inégalités et la pauvreté, et conduit nos systèmes de santé et de sécurité sociale au bord de l’effondrement. Le CESE recommande, afin de créer un avenir meilleur pour l’Europe, de contribuer à faire face à la crise actuelle et de remédier aux problèmes systémiques qui ont aggravé les effets de la pandémie en prenant des mesures déterminantes pour lutter contre la pauvreté et pour promouvoir le travail décent. Si cette opportunité est correctement saisie, les transitions numérique et écologique offriront des possibilités d’emplois plus nombreux et de meilleure qualité, à condition que les partenaires sociaux prennent part au processus, que le droit à la négociation collective soit respecté et renforcé, et que les points de vue des travailleurs (information, consultation et participation) soient pris en compte.

1.16.

Le CESE estime que le moment est également opportun pour tirer des enseignements de la pandémie et pour veiller à ce que des politiques soient mises en place afin de se préparer à de futurs chocs comparables et afin que de nouvelles opportunités soient saisies pour soutenir la revitalisation de l’industrie. La crise a incontestablement démontré l’importance des industries européennes, et notamment d’un secteur manufacturier fort, pour consolider les fondations économiques de l’Union et pour réduire sa dépendance excessive et critique à l’égard des fournisseurs extérieurs. Par conséquent, une stratégie industrielle efficace doit donc continuer de tenir une place centrale dans le programme de relance de l’Union européenne. Il faudrait également accorder l’attention qui convient à la protection des actifs stratégiques et des investissements de l’Union (vis-à-vis de certains pays tiers), car des changements clairs dans les régimes de propriété sont attendus après la crise de la COVID-19.

2. Le pacte vert pour l’Europe

2.1.

En dépit des perturbations causées par le défi planétaire posé par la COVID-19, la réalisation des mesures en faveur d’un modèle économique plus durable et plus favorable à l’inclusion sociale, en faveur des objectifs de développement durable et tout spécialement de la mue écologique du modèle actuel de croissance doit être et sera poursuivie. La transition vers le pacte vert pour l’Europe constitue une occasion toute spéciale de développer des entreprises fondées sur le modèle de l’économie sociale. Les entreprises innovantes et entreprenantes sont essentielles pour créer des solutions efficaces et intelligentes au défi existentiel que constitue le changement climatique.

2.2.

Si la promotion de l’emploi et des compétences, des transitions harmonieuses et un dialogue social dynamique sont également importants, un pacte social en tant qu’élément essentiel à la mise en œuvre d’un nouveau pacte vert ne peut certainement pas porter uniquement sur le «travail». Il concernera l’aide au revenu, la sécurité sociale et le soutien budgétaire pour toutes les personnes qui en ont besoin, dont celles qui n’ont aucunement accès au travail. Ainsi, l’inclusion de tous les acteurs de la société civile doit être partagée et représenter une question d’intérêt commun (c’est-à-dire que l’inclusion des groupes les plus vulnérables doit être envisagée).

2.3.

L’Union ne peut être un modèle à suivre à l’échelle mondiale dans le domaine de la protection du climat que si nous gérons la transition écologique tout en maintenant des chaînes de valeur, des entreprises et des emplois compétitifs. Les entreprises doivent être accompagnées dans leur transformation, non seulement à l’aide d’instruments financiers, mais également en favorisant de nouveaux modèles commerciaux durables; autrement, elles perdront leur compétitivité. Un équilibre entre la liberté d’entreprise et une réglementation plus stricte doit être trouvé afin d’encourager l’innovation, de réduire autant que possible la charge administrative supplémentaire et d’éviter d’éventuelles distorsions du marché.

2.4.

La transition vers une économie plus durable et résiliente est plus importante que jamais. Les ressources financières nécessaires doivent être réorientées vers des investissements durables avec une approche à long terme, qui tienne compte des aspects économiques, environnementaux, sociaux et en matière de gouvernance. Sur la base du travail déjà accompli et de la stratégie en matière de finance durable renouvelée, annoncée par la Commission européenne dans le contexte du pacte vert pour l’Europe et qui devrait être adoptée au cours du premier semestre de l’année 2021, les efforts doivent être poursuivis pour établir et renforcer le cadre de financement durable de l’Union d’une manière harmonisée soutenue par tous les acteurs, y compris les institutions financières, les entreprises, les citoyens et les autorités. Le CESE souligne l’importance de financer également la «transformation durable» de notre économie. Une approche positive fournissant des incitations permettra à tous les secteurs et industries d’entreprendre une transformation et de contribuer à la transition. Les différents points de départ et enjeux relatifs à la transformation à laquelle les entreprises, les secteurs et les régions sont confrontés devraient également être pris en considération.

2.5.

Pour atteindre les objectifs de production et de consommation du pacte vert, la Commission devrait poursuivre en 2022 ses précieux travaux sur la transition vers une économie circulaire au moyen de son plan d’action pour 2020, en particulier sur:

—

la conception de produits durables en vue de la réindustrialisation de l’Europe,

—

le soutien en faveur d’un environnement propice pour que les entreprises adaptent leurs modèles commerciaux et l’amélioration de la prévisibilité des investissements,

—

l’autonomisation des consommateurs et des acheteurs publics, notamment en renforçant les passations de marchés circulaires,

—

la mise en œuvre de chaînes de produits clés circulaires,

—

la poursuite du développement d’un marché des matières premières secondaires dans l’Union,

—

la poursuite du suivi de l’économie circulaire au moyen du semestre européen et du cadre de suivi, et la réévaluation des indicateurs relatifs à l’utilisation des ressources,

—

le renforcement de l’application de la législation de l’Union en matière de déchets par les États membres.

Le CESE et la Commission devraient continuer de s’appuyer sur le succès de leur travail conjoint sur la plateforme des acteurs européens de l’économie circulaire, qui rassemble les bonnes pratiques des parties prenantes, les enseignements tirés ainsi que les recherches et les stratégies en faveur d’une transition juste et équitable.

En 2022, la Commission devrait continuer de développer le pacte européen pour le climat pour que les acteurs locaux de l’action en faveur du climat se l’approprient et y participent pleinement, et pour qu’il joue un rôle moteur dans la réalisation des ambitions climatiques de l’Union. Le CESE a également préconisé la mise en place d’une plateforme européenne des parties prenantes du pacte pour le climat fondée sur les principes d’inclusion, de transparence, ainsi que d’une participation et d’une adhésion véritables des acteurs de l’action en faveur du climat à tous les niveaux. La création d’un forum de l’Union pour le financement de l’action climatique dans le cadre du pacte faciliterait les processus d’apprentissage mutuel, améliorerait l’accès aux ressources financières et éliminerait les obstacles.

2.6.

En outre, le mécanisme de participation des jeunes sur le climat et la durabilité, s’inspirant des tables rondes de la jeunesse pour le climat et la durabilité proposées par le CESE, animées par des organisations de jeunesse, devrait faire partie intégrante de ce pacte.

2.7.

La décision de la Commission de porter à 55 % l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 s’inscrit largement dans la ligne des avis élaborés par le Comité. Viser un objectif «zéro émission nette» en se fondant sur les objectifs intermédiaires n’est possible que pour autant que l’intégrité du système, y compris le calcul précis du carbone émis et absorbé, soit garantie. Le CESE estime qu’il est fondamental que les citoyens et les partenaires sociaux puissent savoir comment les objectifs en matière d’émissions peuvent être atteints et quelles en seront les conséquences pour leur travail et leur quotidien. C’est essentiel si l’on veut qu’ils soutiennent toutes les mesures qui devront être prises. Il convient dès lors de faire en sorte que les risques et les possibilités soient répartis de manière équitable afin de garantir la sécurité et la stabilité. L’Union doit s’assurer que sa politique commerciale et ses accords commerciaux soient compatibles avec ses ambitions climatiques. La Commission devrait donc accorder une attention particulière aux conséquences possibles pour les populations des pays tiers à faibles revenus.

2.8.

La stratégie «De la ferme à la table» et celle en faveur de la biodiversité qu’a élaborées la Commission sont au cœur du pacte vert pour l’Europe. Il est maintenant crucial de convertir ces stratégies en actions constructives et opportunes. Il y a lieu de garantir une participation large et structurée de la société civile à la mise en œuvre de ces stratégies, en s’appuyant par exemple sur un Conseil européen de la politique alimentaire, comme l’a préconisé le CESE.

2.9.

En 2022, la Commission devrait commencer à préparer sa proposition de cadre législatif pour des systèmes alimentaires durables, dont la publication est prévue en 2023. Ce cadre législatif devrait garantir une approche globale et être assorti d’objectifs clairs, d’indicateurs et d’un solide mécanisme de suivi. Le CESE a recommandé l’élaboration d’un tableau de bord européen de l’alimentation durable, qui permettrait d’aborder les défis liés aux systèmes alimentaires dans le cadre d’une approche pluriannuelle, favorisant ainsi l’alignement des politiques à différents niveaux de gouvernance. Le tableau de bord fournirait des indicateurs qui serviraient à encourager et à suivre les progrès en matière de réalisation des objectifs fixés.

2.10.

La politique agricole commune (PAC) et la politique commune de la pêche (PCP) devraient également apporter une contribution significative au pacte vert pour l’Europe, en particulier en ce qui concerne la stratégie «De la ferme à la table» et la stratégie en faveur de la biodiversité, en fixant des ambitions plus élevées pour les actions en faveur de l’environnement et du climat, en s’efforçant de mettre en place des systèmes alimentaires plus durables et plus résilients et en veillant à ce que la dimension sociale soit dûment prise en considération. Il convient de garantir des conditions de concurrence équitables pour toutes les industries du secteur agroalimentaire et de la pêche à l’échelle mondiale, de sorte que la production durable de l’Union ne soit pas externalisée ni touchée négativement par les importations en provenance de pays appliquant des normes environnementales, sociales, sanitaires et de qualité moins strictes, en particulier à la lumière des perturbations économiques et commerciales provoquées par la crise de la COVID-19. De même, la durabilité sociale doit jouer un rôle clé dans la PAC, et un système de conditionnalité sociale devrait être envisagé pour garantir que les fonds européens ne sont pas utilisés en cas de violations des droits des travailleurs et de l’homme et que les travailleurs agricoles bénéficient des normes les plus élevées en matière de travail et de protection sociale.

2.11.

Le Comité soutient l’ambition «zéro pollution» de l’Union visant à garantir la santé des écosystèmes et un cadre de vie sain pour les européens. À cette fin, la Commission adoptera en 2021 le plan d’action intitulé «Vers une pollution zéro dans l’air, l’eau et les sols — Construire une planète plus saine pour des personnes en meilleure santé». Le CESE attend avec intérêt d’explorer les instruments et le calendrier proposés pour la mise en œuvre de ce plan d’action.

2.12.

Le CESE invite la Commission à mettre en place des mesures de soutien concrètes pour réussir la transition, sous la forme de marchés pilotes consacrés à l’acier vert, d’un soutien financier temporaire aux procédés à faible intensité de carbone et d’investissements dans les infrastructures pour l’hydrogène et le captage, le stockage et l’utilisation du carbone, ainsi qu’à revoir intégralement en conséquence les règles en matière d’aides d’État et de concurrence. Il convient également de promouvoir la transition du secteur bancaire et financier dans le but de mettre davantage l’accent sur le soutien apporté à des projets durables et innovants.

2.13.

Le CESE se félicite que la nouvelle stratégie de la Commission en matière de transports soit axée sur la mobilité durable et intelligente et intégrée au pacte vert pour l’Europe. Toutefois, étant donné que le marché unique et les questions sociales représentent des facteurs clés pour réaliser la transition vers une mobilité plus durable et plus intelligente, le CESE souhaite les voir renforcés dans les mesures à venir.

2.14.

Le CESE est favorable à l’idée de rendre tous les modes de transport plus durables et de promouvoir un système de transport multimodal durable, fondé sur une coopération entre les modes, une optimisation des caractéristiques environnementales et la durabilité sociale de chaque mode. Dans le même temps, il est nécessaire d’adopter une approche globale concernant la manière d’y parvenir. Pour être couronnée de succès, une stratégie européenne en matière de mobilité doit aussi s’appuyer sur une compétitivité accrue du secteur des transports dans sa globalité ainsi que sur un renforcement de la base industrielle associée de l’Union. Si la pandémie sans précédent de COVID-19 a démontré l’importance vitale que revêtent le bon fonctionnement du marché unique des transports et les chaînes d’approvisionnement durables, le CESE souligne également que la crise sanitaire requiert d’établir une nette distinction entre la phase de redressement du secteur de l’aviation à court terme et la nécessité d’assurer la contribution requise du secteur aux objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre ainsi que sa compétitivité internationale, et des conditions de concurrence équitables à moyen et à long terme.

2.15.

La Commission devrait poursuivre le développement de l’union de l’énergie au moyen de rapports annuels sur l’état de l’union de l’énergie et en soutenant les États membres dans la mise en œuvre des plans nationaux intégrés en matière d’énergie et de climat. Une plus grande attention devrait être accordée à la manière de placer les citoyens au centre de la transition énergétique. Le soutien en faveur de l’énergie citoyenne et l’autonomisation des consommateurs, l’appropriation locale et le développement régional, ainsi que l’évaluation de l’adéquation des stratégies pour une transition juste devraient figurer en haut de la liste des priorités politiques de la Commission.

2.16.

Dès 2021, la Commission proposera un programme dense et ambitieux composé d’initiatives législatives visant à décarboner le secteur de l’énergie, notamment dans le cadre du paquet «Ajustement à l’objectif 55». En 2022, la Commission devrait continuer de poursuivre l’intégration du système énergétique, en précisant la manière d’assurer une sécurité d’approvisionnement à l’aide de sources d’énergie à faible émission ou sans émission de carbone, et ce également en ce qui concerne le rôle du secteur public. Une approche favorable aux entreprises est nécessaire à la transition écologique, sur laquelle s’appuient le pacte vert et ses nouveaux objectifs à l’aide d’une stratégie industrielle crédible pour en faire un véritable moteur de la croissance, en veillant à ce que le programme en matière de finance durable permette également de financer les technologies, les infrastructures et les activités de transition, tout en tenant compte de la compétitivité industrielle.

2.17.

Il ne sera pas facile pour l’Europe de parvenir à la neutralité climatique. La décarbonation de l’industrie fera peser une charge sur les entreprises à forte intensité d’énergie (secteurs sidérurgique, cimentier, chimique) en entraînant des coûts énergétiques élevés et imposera simultanément un changement structurel de grande ampleur aux secteurs industriel, des transports et de l’énergie, ce qui risque de les désavantager économiquement sur un marché mondial compétitif. Pour maintenir la compétitivité, nous avons besoin d’un renversement énergétique total qui assure la sécurité de l’approvisionnement des entreprises et des ménages sans augmenter les prix, tout en renforçant à la fois la connectivité des réseaux et la capacité de stockage. L’hydrogène jouera un rôle essentiel dans ce processus. Des applications pertinentes doivent être développées en priorité.

2.18.

Le CESE estime qu’il est très important de réduire la dépendance énergétique. Par conséquent, des mesures devraient être prises pour réduire les importations d’énergie et supprimer les subventions en faveur de sources d’énergie nocives pour le climat et l’environnement, et l’Union européenne devrait jouer un rôle de premier plan dans les domaines des énergies renouvelables, de l’efficacité énergétique et de l’électromobilité. Toutefois, le consensus social devrait être une priorité, en particulier alors que certaines régions de l’Union qui dépendent encore de la production de charbon ou de l’utilisation d’autres combustibles fossiles sont loin d’avoir mené à bien la transition vers le développement durable, et que leurs habitants ont des revenus et des perspectives économiques moindres en comparaison avec d’autres États membres. L’absence de réponse adéquate aux incidences négatives de la transition énergétique sur les citoyens et les entreprises, en particulier les PME, et l’incapacité à apporter un soutien approprié aux personnes les plus touchées peuvent aboutir à de fortes résistances politiques et sociales ainsi que ralentir le processus global de mise en œuvre des plans nationaux intégrés en matière d’énergie et de climat.

2.19.

Le CESE souligne qu’établir une économie de l’hydrogène propre en Europe ne constitue qu’un volet de la stratégie visant à mieux relier les différents secteurs énergétiques de l’Union. En raison des coûts de production et de transport élevés, l’hydrogène propre devrait être utilisé dans les seuls cas où d’autres options existantes de décarbonation ne sont pas possibles, comme dans «les secteurs difficiles à réduire» ou certaines applications très spécifiques des secteurs du transport et du bâtiment. Le CESE souligne que pour permettre l’essor de l’hydrogène propre, les fonds européens ne devraient pas subventionner les énergies fossiles et il invite la Commission à appliquer le principe «Ne pas nuire» («Do no harm») à tous les financements publics au titre du CFP, d’InvestEU, du fonds de relance de l’Union et des aides d’État.

2.20.

Le CESE estime que, compte tenu de la spécificité de la stratégie pour une vague de rénovations et de sa trajectoire jusqu’en 2050, celle-ci doit s’inscrire dans un cadre juridique et financier clair, stable et adapté. La Commission devrait favoriser le développement de l’industrialisation à l’échelle locale ainsi que le déploiement massif de processus de rénovation visant à améliorer l’efficacité énergétique.

2.21.

Le CESE rappelle que les pays concernés sont très sensibles aux conséquences du changement climatique, qui portent atteinte à la santé et à l’économie en général, et que des mesures urgentes sont nécessaires pour améliorer la qualité de vie des citoyens de la région, en particulier des enfants et des jeunes, au moyen d’une transition juste vers un modèle plus écologique, en gardant à l’esprit le principe selon lequel «personne ne devrait être laissé pour compte». Le CESE soutient le programme en matière d’environnement pour les Balkans occidentaux et préconise que les futures actions en faveur de la transition écologique des Balkans occidentaux soient adaptées aux difficultés et aux besoins spécifiques de la région, notamment en ce qui concerne un cadre réglementaire adéquat, les activités transfrontalières, des solutions technologiques innovantes, l’énergie produite et consommée localement et l’efficacité énergétique, le transport urbain durable, les réseaux routiers et ferroviaires, l’engagement public et privé, les TIC et le déploiement de l’internet rapide, les mesures agroalimentaires, etc.

2.22.

Le CESE soutient sans réserve la coopération entre Commission européenne et les États membres de l’Union visant à promouvoir les compétences clés, les connaissances et les perspectives facilitant l’apprentissage tout au long de la vie. Nous devons placer les emplois et les conditions de travail de qualité au cœur de la stratégie de l’Union, en renforçant l’importance du savoir-faire et de sa mise en œuvre continue au moyen d’un système d’éducation, de formations, du droit à l’apprentissage tout au long de la vie, dont la mise en œuvre passe par la garantie de possibilités d’accès, et d’exemples concrets de comptes de formation individuels potentiels. Cela permettra de doter les citoyens des moyens de faire face aux changements qui s’imposent dans le contexte des transitions numérique et verte, afin de veiller à ce que personne ne soit laissé pour compte. Le CESE invite la Commission à engager un dialogue social sur les comptes de formation individuels et à élaborer une stratégie européenne en matière d’aptitudes et de compétences vertes, conformément au pacte vert pour l’Europe.

3. Une Europe adaptée à l’ère du numérique

3.1.

La crise du coronavirus montre que la révolution numérique joue un rôle important dans l’augmentation de la résilience de nos sociétés face aux crises. Il est primordial d’investir dans la numérisation des services essentiels et d’accroître la capacité des gouvernements, des législateurs et des institutions publiques à fournir leurs services en temps de crise. Dans le même temps, nous devons admettre que les technologies numériques ne constituent pas une fin en soi. Un cadre européen efficace doit garantir une pleine accessibilité aux citoyens de l’Union et l’égalité des chances pour tous, et doit s’orienter vers des normes de durabilité élevées, y compris de solides garanties démocratiques et technologiques, assorties de mesures de soutien des coûts et des connaissances qui ne laissent personne de côté.

3.2.

Le CESE note que, pour se placer à l’avant-garde du numérique, l’Union devra doter la recherche et l’innovation de moyens financiers considérables et favoriser la coopération entre les entreprises, les chercheurs, le secteur public et d’autres acteurs.

3.3.

La pandémie a accéléré la transition numérique, soulignant la nécessité de relever des défis tels que l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée ainsi que la santé et la sécurité des travailleurs. Le dialogue social aux niveaux européen, national et sectoriel est un outil essentiel pour déterminer si, et dans quelle mesure, la santé et la vie privée des salariés nécessitent une protection supplémentaire en cette époque de communication mobile numérique omniprésente, et quelles mesures appropriées pourraient, le cas échéant, être prises à cet égard, parmi lesquelles une évaluation à l’échelon européen de ce que l’on nomme «le droit à la déconnexion».

3.4.

La Commission devrait collaborer avec les États membres afin d’éliminer les différences entre les travailleurs conventionnels et non conventionnels/atypiques, en établissant une distinction claire entre les travailleurs indépendants réels et les faux indépendants. Tout travailleur, déterminé en tant que tel par le droit national et par la jurisprudence de la CJUE, devrait être protégé de manière égale, indépendamment du fait qu’il travaille ou non pour une plateforme numérique, et son droit à la négociation et à la représentation collectives ainsi qu’à la protection des conditions de travail et de la santé devrait être reconnu, tout en respectant les différents systèmes de relations professionnelles.

3.5.

La transition numérique devrait contribuer à accroître la productivité, ainsi qu’à améliorer l’éducation et à renforcer la participation politique, sociale et culturelle de l’ensemble des habitants de l’Union. Le CESE préconise qu’une attention particulière soit accordée aux personnes âgées, aux personnes handicapées, aux personnes exposées au risque d’exclusion sociale et aux autres groupes vulnérables afin d’éviter une fracture numérique. Par conséquent, l’un des objectifs de la transition numérique devrait être de faire de l’accès universel à l’internet à haut débit un service public gratuit pour tous les résidents de l’Union, en particulier lorsque l’on tient compte du fait qu’il existe actuellement une couverture très inégale et que cela est particulièrement préjudiciable aux zones rurales (PME et citoyens).

3.6.

Les citoyens, grâce à leurs connaissances, leurs qualifications et leurs compétences, jouent un rôle essentiel dans la compétition mondiale. L’état de la démographie limite la disponibilité de la main-d’œuvre et, de surcroît, il se manifeste une inadéquation croissante des compétences sur le plan qualitatif. Le CESE appelle à développer en urgence une éducation et une formation visant à satisfaire les exigences de l’ère de l’intelligence artificielle (IA), notamment en établissant un socle solide de qualifications de base et de compétences dans les disciplines des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques. Un renforcement des compétences, une requalification et un apprentissage continu, allant de pair avec la capacité de s’adapter et la résilience, constituent une nécessité pour faire en sorte que chacun soit en mesure de réagir aux changements qui interviennent sur le marché du travail et dans la vie quotidienne.

3.7.

Au vu des rapides progrès technologiques à l’œuvre hors de l’Union, celle-ci se doit d’intensifier ses efforts en vue d’améliorer sa compétitivité. Ceci vaut pour une large palette de technologies, dont nombre répondent à des besoins de la société, tels que l’alimentation, l’eau, l’énergie, la mobilité et le logement. La conception puis l’adoption de l’intelligence artificielle et d’autres technologies numériques constituent en l’occurrence l’exemple le plus important, car de telles technologies produisent des effets qui bouleversent toute l’économie et l’ensemble de la société.

3.8.

Il est important de préserver le modèle européen de droits, de normes et de politique des consommateurs. C’est ce qui rend l’Union européenne unique en son genre. Par exemple, dans le domaine de la numérisation, le code de déontologie de l’Union relatif à l’intelligence artificielle fait la distinction, pour l’approche où «l’humain reste aux commandes», entre la conception de l’Union et celle des autres régions du monde. Cette approche, fondée sur les libertés et droits fondamentaux (par exemple, il convient de veiller à ce que le genre, la race, etc. n’aient aucune influence sur les décisions prises par l’IA) fait partie du modèle de l’Union et devrait, selon le CESE, être préservée malgré le durcissement du climat concurrentiel qui se dessine aujourd’hui.

3.9.

Le CESE invite la Commission à maintenir la compétitivité et les intérêts des travailleurs au cœur de la transition numérique, en mettant fortement l’accent sur les relations industrielles et l’avenir des emplois industriels, et à favoriser une transition juste et une approche de ces changements qui soit centrée sur les personnes. Une stratégie industrielle ambitieuse est essentielle pour assurer la réussite de la double transition écologique et numérique. La transformation numérique de nos économies et sociétés doit être soutenue par un climat favorisant les investissements et par le développement de conditions fiables pour déployer et utiliser les nouvelles technologies en toute sécurité.

3.10.

Le CESE note que la politique sociale devrait encourager les investissements liés aux compétences, mieux soutenir les réformes nationales du marché du travail et de la sécurité sociale, et veiller à ce que le socle européen des droits sociaux favorise la croissance économique et facilite la création d’emplois.

3.11.

Pour le Comité, le cadre réglementaire européen doit garantir la suppression des obstacles aux transactions en ligne, tout en assurant la protection de la vie privée et des données à caractère personnel ainsi que la cybersécurité. En outre, s’attaquer à la fragmentation du marché unique numérique devrait demeurer l’une des priorités, et un accent particulier devrait être mis sur les PME et les micro-entreprises.

3.12.

Selon le Comité, la mise en œuvre et le suivi d’un cadre réglementaire relatif à l’IA devraient être prioritaires. La société civile devrait être associée à ce processus et attirer l’attention des décideurs sur les nouveaux problèmes qui peuvent se poser dans ce contexte. Ces problèmes comprennent la limitation des transformations technologiques possibles, les risques d’exclusion et la dépendance de l’Union à l’égard des géants du numérique. Le marché unique numérique ne doit laisser personne de côté. Cela signifie, d’une part, une accessibilité, une compréhension et une utilisation accrues des outils numériques et, d’autre part, l’amélioration des compétences et des formations liées aux technologies numériques.

3.13.

Le CESE salue le nouvel agenda transatlantique et ses efforts pour renforcer le partenariat transatlantique. Le contexte sans précédent lié à la COVID-19 a clairement démontré que l’économie numérique transforme nos sociétés et nos économies, et que la technologie doit représenter une grande priorité dans le cadre de la coopération renouvelée entre l’Union et les États-Unis. Le CESE soutient donc la création du Conseil du commerce et des technologies et appelle à une forte participation de la société civile aux futurs efforts visant à créer un cadre transatlantique structuré en matière de principes politiques et réglementaires, y compris les bases d’un futur accord entre l’Union et les États-Unis dans le domaine du commerce numérique.

3.14.

La numérisation continuera de présenter des enjeux et des possibilités pour le système financier européen. En 2021, le Comité a soutenu la stratégie de la Commission en matière de finance numérique et les propositions législatives qui en découlent. Le CESE invite la Commission à poursuivre ces efforts en 2022 afin de résoudre les difficultés de manière adéquate et de saisir les opportunités en matière de finance numérique au profit de toutes les parties prenantes. Cela encouragerait la transformation numérique de l’économie européenne en contribuant à la mise en place de marchés financiers compétitifs et propices à l’innovation.

3.15.

Tout en saluant le fait que la numérisation et l’automatisation peuvent considérablement contribuer à la mise en œuvre de transports plus durables («verts»), le CESE demande à la Commission d’assurer une transition juste vers l’automatisation et la numérisation et qui «ne laisse personne de côté». La Commission devrait veiller à ce que la double transition écologique et numérique du secteur se déroule sans heurts et de manière équilibrée sur les plans économique, social et environnemental.

4. Une économie au service des personnes

4.1.

La pandémie de COVID-19 a dévasté l’économie européenne et fait des ravages dans la société, avec pour conséquence une augmentation du chômage et des inégalités. Des bases économiques solides et une création vigoureuse de valeur sont essentielles pour susciter un développement durable et maintenir l’ambitieux modèle social européen. Les politiques sociales doivent aller de pair avec celles qui stimulent le développement économique, en partant du constat que les unes et les autres servent toutes le bien commun. Créer des emplois, développer les compétences et rendre inclusifs les marchés de l’emploi, voilà les meilleurs remèdes pour prévenir les inégalités et l’exclusion et pour renforcer la stabilité de la société. Les progrès économiques et sociaux sont donc intimement liés. Les performances et la prospérité économiques sont fondamentales. Pour parvenir à une relance rapide, tous les outils pertinents doivent être mobilisés (fiscaux, monétaires, structurels, favorables aux investissements, réglementaires et financiers). Le processus de relance doit respecter les besoins sociaux et être uniforme et équilibré à l’échelle régionale.

4.2.

Au-delà des questions économiques et environnementales, l’agenda social doit guider le programme de travail de l’Union pour 2022. Cela signifie que l’engagement de la Commission en faveur d’une Europe sociale et durable devrait être une priorité, tout en tenant compte d’éventuels nouveaux indicateurs de progrès économiques allant au-delà du PIB, tels que la qualité de vie, la durabilité environnementale, la cohésion sociale, la santé et le bien-être général des générations actuelles et futures. Les organisations de la société civile jouent un rôle important à cet égard. Il devient possible de promouvoir l’innovation sociale comme modèle de relance par la création conjointe, la co-conception et la coproduction. Dans un contexte social complexe exposé à des défis de société majeurs, l’unique moyen de réussir la relance est de mobiliser l’ensemble des ressources de la société, en agissant de manière intersectorielle et pluridisciplinaire à la recherche de solutions conjointes aux enjeux communs. La société civile organisée est un catalyseur d’innovation sociale.

4.3.

Le CESE accueille favorablement le plan d’action sur le socle européen des droits sociaux et estime qu’en 2022, des mesures concrètes en matière de développement durable et de cohésion sociale devraient être prises pour permettre aux citoyens européens d’accéder à des services essentiels de qualité. Le CESE invite instamment la Commission à envisager différentes options en ce qui concerne la question d’un revenu minimum en Europe afin de mieux répondre à la situation des européens, en particulier lorsqu’ils sont confrontés aux graves perspectives économiques de la pandémie et de ses conséquences.

4.4.

La Commission européenne devrait se concentrer sur la reprise de l’emploi et la lutte contre les inégalités et la pauvreté dans le cadre du processus de relance et accorder une attention particulière, par le biais de politiques actives et inclusives, au soutien aux groupes vulnérables, tels que les travailleurs atypiques, les enfants en situation de pauvreté, les personnes handicapées, les personnes vivant dans des zones marginalisées et celles issues de l’immigration ou de minorités ethniques. La pauvreté en général et celle qui frappe plus particulièrement les personnes au travail constituent toujours un problème majeur dans de nombreux États membres. Il est donc essentiel de veiller à ce que les emplois génèrent un salaire suffisant pour garantir des conditions de travail et de vie adéquates. Pour répondre à ces préoccupations, il y a lieu d’adopter, au niveau de l’Union et des États membres, une approche globale, qui implique notamment de soutenir des dispositifs d’inclusion active, combinés avec des services sociaux primordiaux et émancipateurs.

4.5.

La pandémie a exacerbé le travail domestique et de soins non rémunéré des femmes et la violence domestique à leur encontre. La Commission européenne devrait proposer un «Accord sur les soins pour l’Europe» afin de contribuer à soulager les femmes sur lesquelles pèsent ces tâches non rémunérées et proposer des mesures ambitieuses pour lutter contre ce type de violence.

4.6.

Le CESE s’efforce de renforcer le rôle des organisations de la société civile dans ses pays partenaires, en particulier celui des partenaires sociaux dans tous les domaines, mais surtout dans les domaines économique et social. La stabilité est indispensable pour surmonter la crise et elle ne peut être atteinte sans la participation des partenaires sociaux au processus de prise de décisions dans le domaine économique, ni sans la participation active des associations d’entreprises au processus législatif, aux réformes et à leur mise en œuvre. La collaboration entre les partenaires sociaux et les organisations de la société civile est un moteur de la réussite, de la durabilité et de l’inclusivité des politiques économiques, de l’emploi et de l’inclusion sociale. La Commission devrait reconnaître ce rôle essentiel en améliorant les dialogues social et civil de la même manière.

4.7.

L’entrepreneuriat sous toutes ses formes et tous ses secteurs (y compris le tourisme, l’industrie, l’économie des plateformes, l’économie sociale et les professions libérales) est essentiel pour la croissance économique, l’innovation, l’emploi et l’inclusion sociale. Il importe donc de relever les difficultés rencontrées par les PME (en particulier les très petites entreprises souvent familiales) lors de l’accès au marché unique et de leur apporter des réponses efficaces et mieux ciblées. L’entrepreneuriat social mérite de faire l’objet d’une attention particulière, étant donné le rôle que cette forme d’entrepreneuriat peut jouer pour surmonter la crise ainsi que pour assurer une relance économique équitable et durable.

4.8.

L’Europe est en transition vers la neutralité climatique et la numérisation. Ces transitions écologique et numérique incluent de nouvelles technologies, et donc des investissements et des innovations, et déboucheront sur de nouveaux types d’emplois et de nouvelles compétences. La politique industrielle devrait donc avoir une forte dimension sociale, car des emplois de qualité, une protection sociale et des services publics efficaces créent un environnement propice au développement des activités industrielles.

4.9.

Une politique des consommateurs moderne doit garantir que les consommateurs bénéficient des droits et de la protection dont ils ont besoin. Grâce au marché unique, il est plus facile pour les consommateurs et les entreprises de l’Union d’acheter et de vendre des biens et des services par-delà les frontières, à la fois en ligne et hors ligne. Cela exige une confiance dans le marché, une législation ciblée et son application effective. L’information et la formation des consommateurs doivent également les aider à devenir de véritables acteurs des transitions écologique et numérique ainsi qu’à faire des choix plus responsables et plus éclairés.

4.10.

Il est essentiel de suivre de près les nouvelles formes de consommation et de production, en tenant compte de la nécessité d’intégrer les préoccupations environnementales et la protection des consommateurs et des travailleurs, ainsi que les aspects liés à la croissance et à l’emploi. L’économie circulaire contribue à l’évolution vers des modes de production et de consommation plus durables.

4.11.

Les entreprises sont la pierre angulaire d’une Europe viable. L’économie européenne doit être plus innovante et plus résiliente. Pour ce faire, l’environnement des entreprises doit constamment faire l’objet de nouvelles améliorations. La mise en œuvre d’une bonne réglementation constitue un moyen rentable de soutenir la relance. Les principes relatifs à une meilleure réglementation, aux tests de compétitivité, ainsi qu’au socle européen des droits sociaux et à la durabilité environnementale devraient être garantis lors de l’introduction de toute nouvelle mesure politique. La nécessité d’un environnement favorable aux entreprises touche aussi bien à la réglementation, à la fiscalité qu’à la répartition des financements publics, tout en gardant à l’esprit qu’investir dans l’innovation, c’est jeter les fondements de la réussite de l’Europe. Une politique industrielle moderne appelle une approche globale dont le but est de renforcer la compétitivité des entreprises de l’Union, et ce dans tous ses domaines d’action politique. Le bon fonctionnement du marché unique requiert d’investir dans des infrastructures pérennes. Supprimer la double imposition, numériser et simplifier les systèmes fiscaux, notamment dans le domaine de la TVA, favoriserait également l’investissement et le commerce.

4.12.

Le règlement relatif à la facilité pour la reprise et la résilience confirme l’importance d’une véritable participation de la société civile à l’élaboration des plans nationaux pour la reprise et la résilience dans le cadre du semestre européen. Le CESE appelle à l’établissement de conditions contraignantes pour une telle consultation, car la participation varie d’un pays et d’une région à l’autre, et ce également en ce qui concerne les autres instruments liés au cadre financier pluriannuel, sur la base de normes minimales définies à l’échelle de l’Union.

4.13.

Pour éviter les effets de falaise sur l’économie, empêcher le retour à des mesures d’austérité et renforcer les avantages à long terme du plan de relance pour l’Europe, le CESE insiste pour que le processus de révision du cadre de gouvernance économique de l’Union reprenne dès que possible. Au lieu d’un «retour à la normale», nous réclamons un «tournant» vers un cadre de gouvernance économique révisé, rééquilibré et axé sur la prospérité, qui accorde la même importance à une série d’objectifs politiques clés tels qu’une croissance durable et inclusive, le plein emploi et un travail décent, une économie sociale de marché compétitive et des finances publiques stables. Ce cadre devrait également éviter les effets asymétriques dans les États membres et stimuler les investissements productifs en mettant en œuvre, par exemple, une règle d’or équilibrée. Dans tous les cas, la clause dérogatoire générale du pacte de stabilité et de croissance devrait rester activée jusqu’à ce que le chômage diminue de manière significative et que la croissance suive une trajectoire nettement ascendante, avec des règles budgétaires modernisées qui entreront en vigueur par la suite.

4.14.

Le Comité demande d’intensifier les efforts pour achever l’union bancaire, un projet attendu de longue date. Les banques européennes continueront de jouer un rôle essentiel dans la relance économique après la crise de la COVID-19, en soutenant l’économie et l’emploi. Une véritable union bancaire contribuerait également à l’inclusion sociale et à la réalisation des objectifs de développement durable, ce qui est essentiel pour garantir la future compétitivité de l’Europe. Le Comité souligne la nécessité d’augmenter encore la proportionnalité des règles bancaires, sans sacrifier l’efficacité des règles prudentielles. Le CESE considère qu’il est essentiel de tenir compte de la diversité du paysage du secteur bancaire européen lors de la révision des règles prudentielles bancaires.

4.15.

L’union des marchés des capitaux (UMC) devrait également demeurer une priorité. Le Comité a soutenu les initiatives décrites dans le plan d’action pour une union des marchés des capitaux pour 2020. Le Comité appelle à un réel soutien des États membres pour atteindre les objectifs de l’UMC et souligne que les initiatives stratégiques pour le financement de l’économie européenne et les transitions climatique et numérique devraient faire l’objet d’une attention particulière. Le Comité estime que les bonnes pratiques nationales devraient être encouragées pour améliorer l’éducation financière des européens, condition préalable si l’on veut mieux tirer parti du haut niveau d’épargne en Europe. En outre, le CESE souligne qu’il convient de promouvoir davantage la prise en compte des considérations environnementales, sociales et de gouvernance (ESG), et il met donc l’accent sur la nécessité pour les investisseurs de pouvoir accéder à des données ESG fiables.

4.16.

Le CESE est fermement convaincu que, dans le contexte de la numérisation de l’économie, toute modification des règles de répartition des droits d’imposition liés aux bénéfices entre pays doit être coordonnée à l’échelle mondiale, et il se félicite dès lors de la coopération étroite entre la Commission, les États membres, l’OCDE et le G20 pour soutenir l’élaboration d’une solution internationale. S’il était impossible de parvenir à une solution internationale, l’Union doit envisager d’élaborer sa propre stratégie en la matière. La lutte contre la fraude et l’évasion fiscales ou contre le blanchiment de capitaux et la planification fiscale agressive doit demeurer une priorité.

4.17.

La politique de cohésion jouera un rôle essentiel pour assurer une reprise équilibrée et efficace, favoriser la convergence, lutter contre les inégalités et faire en sorte que nul ne soit laissé de côté. Il importe que les différentes ressources des fonds de cohésion de la période de programmation 2021-2027 soient dépensées de manière efficace et en temps opportun afin de parvenir à une véritable relance. Afin de sortir de la crise et de renforcer la résilience et la durabilité, il convient d’accorder la priorité à une répartition juste et équitable des fonds. La cohésion territoriale visera également à garantir un développement plus équilibré et plus durable, en cohérence avec le territoire où l’on vit. La politique de cohésion de l’Union pour la période 2021-2027 devrait continuer d’accorder la priorité à la compétitivité économique grâce à la recherche et à l’innovation, à la transition numérique, ainsi qu’au pacte vert pour l’Europe et aux objectifs de développement durable.

4.18.

Dans le secteur des transports, le maintien d’emplois de qualité et de conditions de travail appropriées est essentiel pour conserver une main-d’œuvre qualifiée, sans laquelle la compétitivité durable ne peut être assurée. Il faut maintenir des emplois de qualité et des conditions de travail appropriées, et poursuivre le recrutement et la formation de travailleurs qualifiés. Le Comité salue les initiatives en cours de la Commission concernant «les femmes et les transports» et demande que davantage d’actions soient entreprises pour parvenir à l’égalité des sexes dans le secteur.

4.19.

Le CESE invite la Commission à constituer, dans le cadre de la stratégie pour une vague de rénovations, un nouvel «Erasmus de la rénovation thermique 2050», afin d’attirer les jeunes européens vers de nouveaux emplois dans le secteur de la construction.

4.20.

Le tableau de bord social devrait suivre à intervalles réguliers les progrès réalisés dans la mise en œuvre du socle dans le cadre à la fois du rapport conjoint sur l’emploi et des rapports par pays. Il devrait fonctionner de manière intégrée avec le relevé des résultats en matière d’emploi et le mécanisme de suivi des résultats dans le domaine de la protection sociale existants mis au point par les États membres. Les 14 indicateurs et sous-indicateurs du tableau de bord (35 au total) devraient faire l’objet d’une révision continue, incluant les partenaires sociaux et les organisations de la société civile, afin de les adapter aux objectifs politiques et à l’évolution de la situation socio-économique en Europe.

4.21.

Un nouveau semestre européen devrait réaliser des objectifs sociaux dans le cadre d’un suivi des déséquilibres sociaux pour faire contrepoids à la prédominance des exigences budgétaires et macroéconomiques. Le tableau de bord social devrait surveiller et cibler tous les droits et tous les principes du socle et inclure de nouveaux indicateurs améliorés et mesurables. Ces indicateurs pourraient inclure, outre des statistiques, l’accès réel à des services sociaux fondés sur la qualité, les droits sociaux exécutables, l’intégration sociale et professionnelle des migrants, la couverture des négociations collectives, la participation des acteurs sociaux au processus du semestre européen et l’accès à l’apprentissage et à un enseignement supérieur de qualité. La Commission devrait suivre la mise en œuvre des plans nationaux de réforme en étroite coopération avec les partenaires sociaux et les organisations pertinentes de la société civile, et promouvoir ce faisant les recommandations sociales par pays. Le nombre et la structure des recommandations devraient être appropriés et suivre les progrès accomplis en ce qui concerne les priorités indiquées dans la feuille de route.

4.22.

Il y a lieu de renforcer la participation des partenaires sociaux conformément aux dispositions du TFUE et de leur permettre d’être consultés sur la conception et la mise en œuvre des politiques économiques, sociales et de l’emploi, conformément aux pratiques nationales. La participation significative et en temps utile des partenaires sociaux est nécessaire afin d’améliorer l’engagement dans les politiques, ce qui facilitera la réussite de leur mise en œuvre en conciliant les intérêts des travailleurs et ceux des employeurs. La collaboration entre partenaires sociaux peut être un moteur de la réussite, de la durabilité et de l’inclusivité des politiques économiques, de l’emploi et de l’inclusion sociale. La consultation des partenaires sociaux devrait être renforcée en améliorant la mise en œuvre du cadre de l’Union en matière d’information, de consultation et de participation, en particulier dans les processus de restructuration (7).

5. Une Europe plus forte sur la scène internationale

5.1.

Le CESE considère que, dans le cadre des conditions préalables du pacte vert pour l’Europe et des objectifs de développement durable, la cohésion sociale, la convergence économique vers le haut et la promotion de la compétitivité et de l’innovation devraient constituer les fondements sur la base desquels l’économie de la zone euro devrait opérer sa relance et favoriser un renforcement du rôle international de l’euro au cours de la période à venir. Cela requiert, entre autres choses, l’achèvement de l’Union économique et monétaire et de l’union bancaire, ainsi que des mesures supplémentaires pour approfondir le secteur financier européen, y compris une consolidation des infrastructures du marché financier européen et des critères de référence solides en matière de taux d’intérêt. L’on tient également pour crucial de promouvoir une utilisation plus large de l’euro dans les secteurs stratégiques pour contribuer au renforcement du rôle international de l’euro. À cette fin, les États membres sont vivement invités à adopter une approche plus unifiée en matière de diplomatie internationale et une position plus volontariste en vue de promouvoir les intérêts de l’Union dans ces secteurs, qui pourraient se traduire par une amélioration des possibilités commerciales.

5.2.

En ce qui concerne la politique d’élargissement, le CESE escompte que les prochains rapports par pays appliqueront une méthode claire pour effectuer le suivi de la manière dont les gouvernements des Balkans occidentaux traitent la société civile. Le CESE est fermement convaincu que l’Union européenne devrait également s’employer à développer les structures horizontales de la société civile, en fournissant aux partenaires sociaux des Balkans occidentaux, ainsi qu’aux autres organisations de cette société civile à l’échelle régionale, une expertise, un soutien technique ainsi que des occasions de constituer des réseaux à l’échelon régional et international, notamment afin de s’assurer qu’ils jouent un rôle plus actif dans le cadre du processus d’élargissement. Dans un souci de contrôler la transparence et la responsabilité des élites politiques des Balkans occidentaux, l’Union devrait commander à des organisations de la société civile de la région, à intervalles réguliers, des rapports parallèles sur l’état de la démocratie.

5.3.

Pour renforcer la confiance à l’égard de l’élargissement et améliorer la façon dont l’Union européenne s’adresse à ses alliés naturels au sein de la région, le CESE est convaincu que l’Union devrait donner aux dirigeants politiques des Balkans occidentaux et à leurs citoyens la possibilité de participer, à titre consultatif, aux activités et aux débats organisés dans le cadre de la conférence sur l’avenir de l’Europe, Les institutions de l’Union peuvent puiser dans les ressources des sociétés civiles à l’échelon local et recourir à l’assistance de ses délégations dans la région lorsqu’elles s’efforcent de mobiliser les citoyens des pays partenaires des Balkans occidentaux, en leur donnant la possibilité d’accéder aux plateformes sur lesquelles ceux des États membres échangeront leurs avis lors de la conférence sur l’avenir de l’Europe.

5.4.

En ce qui concerne le partenariat oriental, le Comité estime que l’Union représente avant tout une union de valeurs. Ainsi, ses relations avec ses voisins devraient également être fondées sur les mêmes valeurs et devenir conditionnelles. Le Comité s’engage à continuer de participer très activement à l’édification de sociétés plus fortes et plus démocratiques dans les pays voisins, dans lesquelles les organisations de la société civile pourront opérer librement.

5.5.

Dans le contexte de la détérioration des relations entre l’Union et Russie, le CESE invite la Commission à continuer de soutenir les relations avec la société civile russe.

5.6.

Offrir les moyens à la société civile de jouer son rôle sur la scène internationale: le CESE invite la Commission à poursuivre ses réflexions sur la manière de renforcer le rôle des groupes consultatifs internes (GCI). Il est essentiel de se doter de ressources et moyens adéquats pour les aider à s’acquitter de leurs fonctions de suivi et de conseil, notamment à la lumière de la nouvelle génération de GCI, dont la portée sera beaucoup plus large. Le CESE approuvera son rôle dans ce soutien. Nous espérons que le programme de travail de la Commission pour 2022 rendra compte de la nécessité pour la DG Commerce de mettre en œuvre certaines des recommandations résultant des débats constructifs renforcés avec le CESE et les GCI en 2021. L’Organisation mondiale du commerce (OMC) a récemment renforcé sa coopération avec la société civile au-delà des forums publics annuels, et ces efforts contribuent de manière significative à une efficacité et une démocratie accrues au sein du système commercial multilatéral. Cependant, les possibilités d’amélioration restent encore très nombreuses. Le CESE attend avec impatience les évolutions suivant l’engagement de la Commission visant à renforcer la parole portée par la société civile à l’échelle multilatérale, notamment l’action no 6 contenue dans le récent plan d’action de groupe d’Ottawa en six points.

5.7.

L’Union est un acteur clé du commerce international. Elle doit se comporter comme tel lorsqu’elle négocie des accords commerciaux avec des partenaires internationaux, et maintenir ainsi son rôle de chef de file dans la mise en place d’un agenda économique, en promouvant ici ses principes fondamentaux, ses normes sociales et de travail et ses valeurs (état de droit, droits fondamentaux et principes démocratiques). La conclusion des négociations en cours, la ratification et la mise en œuvre des accords finalisés, et le lancement de nouvelles négociations sont autant d’éléments nécessaires pour tirer parti des possibilités qui s’offrent à l’échelle mondiale. L’Union doit aussi contribuer à renforcer le multilatéralisme et soutenir le rôle et la modernisation de l’OMC.

5.8.

Le CESE estime que l’Union doit devenir autonome dans le développement d’une infrastructure européenne de données et de nouvelles technologies numériques. Entre la Chine et les États-Unis, l’Union doit être indépendante et investir dans les technologies de la prochaine génération. L’Union doit développer sa propre vision et stratégie en matière de souveraineté numérique, tout en restant ouverte au libre-échange et en soutenant le système multilatéral. Sur le plan stratégique, elle devrait se concentrer sur la mise en place de ses propres infrastructures, cybersécurité, informatique en nuage, technologies clés génériques et données, et convaincre les partenaires mondiaux au moyen de la qualité de ses normes et de ses produits. Garantir la sécurité alimentaire, une chaîne d’approvisionnement alimentaire solide et la durabilité agroalimentaire pour l’Union devrait également rester l’une des priorités de la Commission.

5.9.

Le CESE propose que les accords commerciaux, économiques et d’investissement de l’Union:

—

intègrent les normes sociales, du travail et du développement durable dans les règles de l’OMC et des autres agences connexes des Nations unies et contribuent ainsi concrètement à la construction d’un nouvel ordre économique et commercial équitable ainsi qu’à une mondialisation juste et intelligente,

—

incluent un volet contenant des clauses relatives aux infractions fiscales, au blanchiment de capitaux et à la planification fiscale agressive ainsi qu’à la coopération entre les autorités fiscales,

—

comprennent un mécanisme de droits de l’homme et de devoir de diligence pour garantir le respect des normes en matière de travail et des sanctions liées aux violations des droits des travailleurs (8). Ce mécanisme devrait reposer sur des normes convenues, appliquées au moyen de sanctions proportionnées, efficaces et dissuasives, et instaurées par une législation contraignante contenant des définitions claires des droits et des exigences proportionnées en matière de communication d’informations,

—

incluent la participation pleine et réelle des organisations de la société civile et des partenaires sociaux au processus de négociation et aux phases postérieures de suivi et d’évaluation de l’impact des effets des accords (groupes consultatifs internes).

5.10.

Le Comité demande instamment à l’Union de collaborer activement avec les États-Unis pour atteindre les objectifs climatiques de l’accord de Paris, étant donné que les États-Unis sont à nouveau actifs dans le domaine du climat. L’établissement d’un lien solide entre l’Union et les États-Unis revêt une grande importance, et pas seulement dans le domaine du climat, surtout maintenant que les relations avec la Chine sont de plus en plus problématiques en raison des politiques étrangère et nationale de cette dernière.

5.11.

Le CESE reconnaît que le partenariat stratégique entre l’Union et la Chine subit des pressions en raison de la détérioration de la situation à Hong Kong, du rétrécissement de l’espace consacré à la société civile et de la situation des droits de l’homme en Chine, en particulier pour les Ouïghours. Le Comité appelle donc la Commission à exploiter toutes les voies diplomatiques et politiques possibles pour améliorer la situation des citoyens de Hong Kong et des minorités en Chine. Dans ce contexte, le CESE demande que la Commission présente dès que possible une proposition visant à établir une stratégie unique à l’échelle de l’Union (en parfaite cohérence avec les politiques européennes en matière de transports, de concurrence, d’investissement, de droits de l’homme et de travail, de sécurité, etc.), afin de répondre par une initiative différente dans les États membres de l’Union ayant un lien avec l’initiative «une ceinture, une route».

5.12.

Le CESE approuve la nécessité d’«intensifier l’action internationale en faveur de la résilience face au changement climatique», pour reprendre les termes de la Commission. Ce faisant, nous devons garder à l’esprit qu’en dehors de l’Union, les pays les moins développés et les petits États insulaires en développement sont les plus durement touchés par les effets du changement climatique. C’est pourquoi nous insistons, dans le cadre de la stratégie de partenariat entre l’Union et l’Afrique, pour que l’Union collabore avec les pays d’Afrique les plus menacés car, selon les termes de la Banque mondiale repris à juste titre par la Commission, «rien qu’en Afrique subsaharienne, le changement climatique pourrait provoquer la migration de près de 70 millions de personnes d’ici à 2050».

5.13.

La région méditerranéenne devra à nouveau devenir le centre névralgique de l’Europe, comme elle l’a été durant des siècles: un espace consacré à la circulation de personnes, de biens et de cultures. Le CESE demande que le rôle stratégique de la Méditerranée soit rétabli afin de permettre une politique de voisinage capable d’assurer les processus de paix et un développement économique, environnemental et social durable.

6. Promouvoir notre mode de vie européen

6.1.

Une société civile dynamique est au cœur de l’Union européenne. Notre mode de vie se caractérise par un sens de l’équité, de la justice et de la solidarité, ainsi que par une compréhension de la nécessité d’œuvrer pour le bien commun dans l’intérêt de tous. Compte tenu du fait que la crise de la COVID-19 a eu des effets particulièrement négatifs sur certains groupes de la société tels que les femmes, les jeunes et les citoyens mobiles de l’Union, qui ont connu un «double confinement», il est désormais plus important que jamais que les organisations de la société civile jouent un rôle central en contribuant au renforcement de ce mode de vie, et elles devraient être considérées comme des alliées dans la protection, la promotion et la préservation de notre mode de vie fondé sur l’inclusion et le respect d’autrui. Par conséquent, le CESE demande à la Commission d’apporter une reconnaissance et un soutien appropriés et ciblés aux organisations de la société civile et, de cette manière, de préserver l’espace civique et le droit démocratique d’association qui est essentiel à notre mode de vie.

6.2.

L’un des principaux enseignements tirés de la crise de la COVID-19 est que les systèmes de santé de presque tous les pays européens doivent être renforcés, en mettant l’accent sur la prévention et en garantissant l’accès de tous aux structures de santé publique, aux services de santé de base, y compris les vaccins, et aux soins de longue durée. La situation des personnes dans les structures de soins requiert une attention particulière et urgente. Si les soins de santé relèvent de la compétence des États membres, il n’en reste pas moins que la propagation du virus ne connaît pas de frontières et qu’il convient de trouver des solutions communes à l’échelle européenne.

6.3.

La Commission européenne devrait se concentrer sur la reprise de l’emploi et la lutte contre les inégalités et la pauvreté dans le cadre du processus de relance et accorder une attention particulière, au moyen de politiques actives et inclusives, au soutien aux groupes vulnérables, tels que les enfants en situation de pauvreté, les personnes handicapées, les travailleurs atypiques, les personnes vivant dans des zones marginalisées et celles issues de l’immigration ou de minorités ethniques. La pauvreté en général et celle qui frappe plus particulièrement les personnes au travail constituent toujours un problème majeur dans de nombreux États membres. Pour répondre à ces préoccupations, il y a lieu d’adopter, au niveau de l’Union et des États membres, une approche globale, qui implique notamment de soutenir des dispositifs d’inclusion active, combinés avec des services sociaux primordiaux et émancipateurs.

6.4.

Une attention particulière doit être accordée aux enfants et aux jeunes: c’est en effet cette génération qui paiera l’énorme dette publique que les pays créent aujourd’hui pour faire face aux conséquences de la pandémie. Nous ne pouvons pas négliger les défis liés à leur participation active à la société comme au marché du travail.

6.5.

La migration demeure une question prioritaire en raison de son impact sur la société et l’économie de l’Union (emploi, intégration, contrôle des frontières, et lutte contre le racisme, la xénophobie, le populisme et la discrimination). La pandémie de COVID-19 exacerbe la vulnérabilité des migrants en raison de facteurs personnels, sociaux, structurels et de situation, comme ce fut le cas lors des crises économiques passées. Il est nécessaire de créer des voies d’entrée régulière dans l’Union plus durables et plus sûres et de s’efforcer d’utiliser efficacement les mécanismes déjà en place, en créant un équilibre entre sécurité et solidarité dans le régime d’asile actuel. En outre, il est essentiel de réfuter les fausses informations et les perceptions erronées et de lutter contre les discours de haine et les discours politiques contre les migrants, ce qui contribuera également à combattre le racisme, la radicalisation, la xénophobie et la discrimination.

6.6.

Le partenariat transatlantique est fondé sur nos valeurs traditionnellement partagées et communes. Il est essentiel pour relever les défis mondiaux et préserver l’ordre international. Le CESE demande à l’Union européenne d’exploiter le partenariat transatlantique renouvelé pour faire face aux enjeux mondiaux actuels sans précédent, notamment l’ascension de la Chine et d’autres acteurs internationaux qui n’alignent pas leurs actions sur les mêmes principes démocratiques. Il appelle également à une pleine participation de l’Union au prochain sommet pour la démocratie annoncé par le président Biden et à une forte mobilisation de la société civile.

7. Un nouvel élan pour la démocratie européenne

7.1.

La manière dont l’Union légifère («améliorer la réglementation») et la nécessité de disposer d’un cadre de réglementation européen mieux à même de servir les citoyens et les entreprises méritent une attention particulière. Le processus législatif de l’Union doit être plus transparent, plus ouvert aux contributions des parties prenantes et plus facile à comprendre.

7.2.

La participation de tous les citoyens, par l’intermédiaire des organisations, des associations et des réseaux de la société civile, permettra au processus de reconstruction et de remodelage de l’avenir de l’Europe de reposer sur une base véritablement démocratique. Le CESE estime donc que les États membres et les institutions de l’Union devraient veiller à ce que, dans ce processus complexe, personne ne soit laissé pour compte, et surtout pas les groupes les plus vulnérables, ce qui signifie que les organisations de la société civile doivent pouvoir participer à la prise de décisions en tant que partenaires clés et égaux. Une meilleure mise en œuvre de l’article 11, paragraphe 2, du traité UE sur le dialogue civil est plus que jamais nécessaire. Le CESE estime qu’un instrument utile à cet effet serait l’inclusion d’un quatrième pilier dans le plan d’action pour la démocratie européenne, qui mettrait fortement l’accent sur la citoyenneté active et y consacrerait une stratégie claire.

7.3.

Les principes fondamentaux européens énumérés à l’article 2, tels que la démocratie, l’état de droit et les droits fondamentaux, notamment l’espace civique, sont étroitement liés. Le rapport sur l’état de droit ainsi que le plan d’action pour la démocratie devraient être interconnectés et suivre les questions en matière d’espace civique, y compris l’espace dévolu à la société civile. Le Comité considère qu’il est souhaitable que la Commission donne suite à ces plans d’action et déploie des mécanismes plus solides pour défendre ces principes ainsi que l’espace dévolu à la société civile. Lorsque les lois nationales sont incompatibles avec le droit de l’Union, des procédures d’infraction devraient être engagées.

7.4.

Le CESE attend avec intérêt les projets de la Commission pour 2022 en faveur d’une nouvelle «initiative sur le dialogue social», mais il invite instamment la Commission à l’étendre au «dialogue avec la société civile» afin que, dans les situations où cela s’avère souhaitable, des organisations de la société civile autres que les partenaires sociaux traditionnels puissent également participer au dialogue. La société civile sera ainsi placée sur un pied d’égalité avec les partenaires sociaux dans l’élaboration des politiques.

7.5.

La récession économique causée par la pandémie a des conséquences importantes sur l’égalité entre les femmes et les hommes, tant pendant la crise que lors de la reprise. La pandémie elle-même a exacerbé les déséquilibres entre les sexes. C’est pourquoi le CESE estime qu’il est absolument nécessaire que l’égalité des genres et l’intégration des questions d’égalité entre les hommes et les femmes soient abordées dans tous les aspects de l’élaboration et de la mise en œuvre des lois de l’Union.

7.6.

Les droits fondamentaux et l’état de droit sont au cœur des valeurs européennes; ils s’appliquent à tout moment, partout dans l’Union, et ne sauraient par conséquent être temporairement suspendus. S’il convient d’apporter à la crise actuelle une réponse rapide, qui justifie certaines mesures exceptionnelles et limitées dans le temps, celles-ci ne sauraient aller à l’encontre de l’état de droit ni mettre en péril la démocratie, la séparation des pouvoirs et les droits fondamentaux des citoyens européens. Le Comité invite la Commission à être vigilante à cet égard et, si nécessaire, à prendre des mesures dynamiques en cas de violation de ces valeurs. En outre, la Commission devrait intégrer le programme relatif au droit des victimes dans tous les programmes de financement de l’Union, y compris les fonds de l’Union gérés à l’échelle nationale et internationale. Le Comité rappelle sa proposition relative à une stratégie européenne ambitieuse de communication, d’éducation et de sensibilisation du public aux droits fondamentaux, à l’état de droit et à la démocratie.

7.7.

Les nouveaux instruments de l’Union visant à protéger et à promouvoir les droits fondamentaux et l’état de droit, par exemple le nouveau cycle d’examen de l’état de droit et le nouveau mécanisme permettant de conditionner l’attribution de financement de l’Union au respect des droits fondamentaux et de l’état de droit, doivent être mis en œuvre afin que ces instruments puissent s’appliquer au plus vite et de manière efficace. En outre, le CESE plaide en faveur d’un renforcement du rôle de la société civile dans le cycle d’examen de l’état de droit et appelle à la création d’un forum des parties prenantes.

7.8.

La philanthropie et la société civile ont un rôle essentiel à jouer pour promouvoir les domaines clés de la politique européenne, rôle qui pourrait être plus important encore si elles bénéficiaient d’un meilleur environnement opérationnel. La nouvelle politique de l’Union en matière de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme doit être fondée sur les risques et proportionnée aux risques qu’elle cherche à contrer. Elle ne doit par ailleurs pas indûment restreindre l’intérêt public légitime ni les activités philanthropiques.

7.9.

Comme nous en faisons sans cesse l’expérience, il est on ne peut plus clair que des mesures supplémentaires, certainement aussi de la part de la Commission, sont nécessaires pour parvenir à avoir des médias libres et pluralistes et un journalisme indépendant de qualité, tout comme une réglementation efficace des médias sociaux, en particulier pour lutter contre la désinformation et notamment pour réglementer la publicité politique en ligne et la responsabilité en matière de contenu.

Bruxelles, le 9 juin 2021.

La présidente du Comité économique et social européen

Christa SCHWENG


(1) https://www.eesc.europa.eu/sites/default/files/files/qe-02-21-011-en-n.pdf

(2) https://www.eesc.europa.eu/fr/agenda/our-events/events/civil-solidarity-prize#

(3) Décision (UE, Euratom) 2020/2053 du Conseil du 14 décembre 2020 relative au système des ressources propres de l’Union européenne et abrogeant la décision 2014/335/UE, Euratom (JO L 424 du 15.12.2020, p. 1).

(4) Seuls 14 États membres avaient présenté leur plan national au 30 avril 2021.

(5) Communication de la Commission au Conseil: Un an après le début de la pandémie de COVID-19: la réponse apportée en matière de politique budgétaire, [COM(2021) 105 final], Bruxelles, 3.3.2021.

(6) Résolution sur la contribution du Comité économique et social européen au programme de travail de la Commission européenne pour 2021 sur la base des travaux du groupe ad hoc «Contribution du CESE au programme de travail de la Commission européenne pour 2021» (JO C 364 du 28.10.2020, p. 1).

(7) Voir l’avis du CESE sur les transitions industrielles (JO C 56 du 16.2.2021, p. 10) et l’avis INT/903 — «Pas de pacte vert sans pacte social» (voir page 23 du présent Journal officiel).

(8) Voir l’avis du CESE sur l’obligation de diligence et la résolution législative du Parlement sur le devoir de vigilance et la responsabilité des entreprises (JO C 429 du 11.12.2020, p. 136).


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