| CELEX | 52022AE0274 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | jeudi 19 mai 2022 |
| 26.8.2022 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 323/112 |
Avis du Comité économique et social européen sur le rapport de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — «État de l’union de l’énergie 2021 — Contribuer au pacte vert pour l’Europe et à la relance de l’Union [conformément au règlement (UE) 2018/1999 sur la gouvernance de l’union de l’énergie et de l’action pour le climat]
[COM(2021) 950 final]
(2022/C 323/19)
| Rapporteure: | Alena MASTANTUONO |
| Consultation | Commission européenne, 20.12.2021 |
| Base juridique | Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Section «Transports, énergie, infrastructures et société de l’information» |
| Adoption en session plénière | 19.5.2022 |
| Session plénière no | 569 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 184/4/2 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | La situation dans laquelle nous nous trouvons du fait de l’invasion de l’Ukraine par la Russie est extrêmement grave, et elle démontre de façon évidente que les risques pour la sécurité et la sûreté énergétiques de l’Union et les questions qui y sont liées ont largement été sous-estimés, non seulement dans le sixième rapport annuel sur l’état de l’union de l’énergie, mais aussi et surtout dans la réalité. Ce scénario tragique montre que le pari qui a été fait, et qui bénéficiait dans certains États membres du soutien résolu de nombreux anciens responsables politiques de premier plan, d’une coopération économique intense entre l’Union et la Russie dans le domaine de l’énergie était une erreur fatale. |
| 1.2. | Les risques potentiels qui découlent de la dépendance du système énergétique de l’Union à l’égard des importations de matières premières nécessaires au secteur énergétique en provenance de Russie, lesquelles se sont accélérées après l’annexion de la Crimée, apparaissent désormais dans toute leur ampleur et exigent que l’Union prenne des mesures de toute urgence. |
| 1.3. | Le CESE est attaché aux objectifs fixés dans le pacte vert et recommande d’intensifier les efforts visant à les atteindre et à réduire le plus rapidement possible la dépendance de l’Union à l’égard des combustibles fossiles. Il convient toutefois d’adapter le scénario général de mise en œuvre du pacte vert afin de s’assurer qu’il soit faisable et réaliste dans les circonstances actuelles. |
| 1.4. | En ce qui concerne l’union de l’énergie, le CESE est fermement convaincu qu’il convient désormais d’accorder une attention particulière à son premier pilier, qui couvre la sécurité, la solidarité et la confiance. Parallèlement, il y a lieu d’approfondir encore les synergies entre ses différents piliers, de même que tous les instruments de soutien pertinents (financement, fiscalité, taxinomie, quotas d’émissions et dispositions réglementaires). |
| 1.5. | Le CESE souligne que le sixième rapport annuel sur l’état de l’union de l’énergie n’est pas parfaitement équilibré. En raison des chocs observés sur le marché de l’approvisionnement en énergie, le rapport porte essentiellement sur les prix de celle-ci et les outils visant à éliminer les émissions de CO2, mais il ne traite que de manière superficielle des questions telles que la sécurité d’approvisionnement ou l’innovation et la recherche. Le CESE souhaiterait que le rapport propose une vue d’ensemble plus large et mieux structurée des sources de financement requises pour renforcer l’union de l’énergie, ainsi que des améliorations concernant la manière dont les avancées de l’union de l’énergie contribuent à des actions innovantes et à la compétitivité. |
| 1.6. | Le CESE se déclare particulièrement irrité du fait que, comme c’était le cas avec les rapports précédents, le nouveau rapport n’aborde pas les objectifs clés de l’union européenne de l’énergie, ou seulement d’une manière marginale. Il convient de rappeler que réduire la dépendance à l’égard des importations, placer les citoyens au cœur de l’union de l’énergie et faire de l’Union le leader mondial des énergies renouvelables faisaient partie des objectifs fixés. Il serait logique que ces questions fondamentales fassent notamment l’objet d’une analyse approfondie dans les rapports annuels et que les lacunes éventuelles soient clairement recensées dans le but d’élaborer de nouvelles initiatives, le cas échéant. Le rapport à l’examen est loin de remplir cette exigence et néglige, par exemple, la question du développement de l’énergie citoyenne, à laquelle le CESE attache une grande importance. Le CESE invite dès lors la Commission à s’exprimer clairement sur cette question dans des chapitres spécifiques de son rapport 2022. |
| 1.7. | Le CESE apprécie vivement le fait que les énergies renouvelables soient devenues la principale source d’énergie de l’Union européenne, ce qui est absolument essentiel pour contribuer à réduire sa forte dépendance à l’égard des importations d’énergie et à renforcer sa sécurité énergétique. Toutefois, le CESE estime que des actions plus concrètes sont nécessaires pour permettre aux consommateurs de participer activement au marché et de bénéficier de structures d’approvisionnement plus décentralisées et plus durables. |
| 1.8. | Le CESE souscrit au contenu du rapport sur le potentiel de développement du marché intérieur de l’énergie, qui n’est pas encore achevé du point de vue de l’environnement du marché, des institutions, des dispositions réglementaires et de la connectivité entre les États membres. La transition sera un test pour les infrastructures énergétiques, et il convient de mobiliser tous les moyens nécessaires pour préparer ces dernières au changement et leur permettre de résister aux chocs futurs. |
| 1.9. | La hausse des prix de l’énergie enregistrée à l’automne 2021, combinée à la situation actuelle, met en évidence la nécessité de suivre de près l’évolution des prix de l’énergie et d’élaborer une approche plus intégrée quant à une gestion rationnelle de l’incidence que des prix élevés de l’énergie ont sur la précarité. |
| 1.10. | Le développement de l’union de l’énergie est entré dans une phase qui requiert le déploiement d’efforts visibles pour améliorer la sécurité. Il convient également de mettre davantage l’accent sur la solidarité et la confiance. Il est très probable que la réalisation d’un test de gestion de crise sera inévitable en vue de l’hiver prochain, et qu’il faudra se préparer pour minimiser les effets négatifs sur la distribution de l’énergie et, partant, sur les performances économiques et le niveau de vie. |
| 1.11. | L’Union devrait en outre être consciente que l’actuel système de fourniture d’énergie de la Russie à l’Union permet à l’État russe de garder la main sur des ressources financières qu’il utilise pour financer ses interventions militaires. Il convient de trouver sans délai d’autres moyens de sécuriser l’approvisionnement énergétique en diversifiant les fournisseurs de divers pays et les sources d’énergie, tout en renforçant la solidarité au sein de l’Union. Cette réflexion vaut également pour les matières premières que l’Union importe. |
| 1.12. | Le CESE accueillerait très favorablement une position politique plus ferme et une analyse d’impact des relations entre le secteur de l’énergie et le secteur numérique ainsi qu’entre l’union de l’énergie et la nouvelle stratégie industrielle pour l’Europe, tout comme des prévisions sur les effets de la situation de risque dans laquelle se trouvent le secteur de l’énergie, les entreprises et la société de l’Union. |
| 1.13. | Le rapport sur l’état de l’union de l’énergie mérite également l’ajout d’un chapitre spécifique sur les efforts déployés pour parvenir à une transition juste, y compris les meilleurs exemples mis en œuvre dans les États membres et au niveau européen, et la manière dont les fonds de l’Union sont utilisés pour donner une impulsion financière à la reconversion et au perfectionnement professionnels requis pour assurer la transition écologique. Le CESE souligne que le caractère équitable de la transition ne se résume pas à une question de financement, mais qu’il s’étend aussi à l’objectif d’œuvrer avec les partenaires sociaux en vue d’instaurer un travail décent, de créer des emplois de haute valeur et de garantir la sécurité sociale, et qu’il exige de prendre des mesures spécifiques au niveau régional. |
| 1.14. | L’Union manque d’investissements publics dans la R&I en matière d’énergie propre et est dès lors à la traîne par rapport à ses partenaires mondiaux et, partant, risque de prendre du retard s’agissant des principales technologies et des principaux marchés du futur. Le CESE encourage vivement la Commission européenne à présenter un plan stratégique pour le secteur des énergies propres afin de stimuler son développement dans l’Union. |
2. Contexte
| 2.1. | Le sixième rapport annuel de la Commission européenne fait le bilan des progrès réalisés dans la mise en œuvre des politiques de l’Union européenne en matière d’énergie et de climat, y compris dans les cinq piliers sur lesquels repose l’union de l’énergie. Il met également en lumière la manière dont le paquet «Ajustement à l’objectif 55» a traduit les nouveaux objectifs climatiques de l’Union, inscrits dans la loi européenne sur le climat, en propositions législatives pertinentes. La transition écologique est considérée comme faisant partie de la solution pour atteindre la neutralité climatique et constitue une réponse aux conséquences de la crise de la COVID-19. |
| 2.2. | Le rapport confirme la tendance favorable s’agissant de la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de l’Union. En 2020, les émissions de GES de l’Union ont diminué de 31 % par rapport à 1990, en raison de l’incidence de la pandémie sur la consommation d’énergie, mais aussi de la dynamique de décarbonation qui se poursuit. Les projections présentées par les États membres en 2021 font état d’une réduction de 34 % des émissions nettes de GES d’ici à 2030 avec les mesures actuelles et de 41 % avec des mesures supplémentaires pour l’Union, par rapport à la réduction d’au moins 55 % des GES prévue par la loi européenne sur le climat. |
| 2.3. | Pour la première fois, les énergies renouvelables ont dépassé en 2020 les combustibles fossiles comme principale source d’énergie de l’Union (38 % de la production d’électricité de l’Union, contre 37 % pour les combustibles fossiles et 25 % pour l’énergie nucléaire). La part des sources d’énergie renouvelables dans le bouquet énergétique global de l’Union devrait s’élever à au moins 22 %, bien que certains États membres risquent de ne pas atteindre leur objectif national contraignant. Le recours aux énergies renouvelables a été soutenu par des investissements d’un montant de 48,8 milliards d’EUR en 2020, contre 32,9 milliards d’EUR en 2019. La situation varie toutefois selon les technologies. |
| 2.4. | Le rapport à l’examen a été publié dans le contexte d’une forte hausse des prix du gaz et de l’électricité. Les prix de gros de l’électricité ont augmenté de 230 % sur une base annuelle, avec une incidence plus modérée sur les prix de détail jusqu’en septembre 2021 (+ 11 % en moyenne dans l’Union). L’augmentation brutale des prix a été largement ressentie en raison des prix négatifs de l’électricité enregistrés en 2020, induits par le ralentissement économique. |
| 2.5. | Cette évolution s’explique en grande partie par la hausse du prix du gaz, qui a eu un effet sur le prix de l’électricité neuf fois plus important que l’effet de l’augmentation du prix du carbone observée sur la même période. Les niveaux de stockage du gaz sont faibles et, dans l’ensemble, l’Union a enregistré le niveau de dépendance nette à l’égard des importations d’énergie le plus élevé de ces 30 dernières années (60,6 % en 2019 contre 58,2 % en 2018 et 56 % en 2000), et ce, alors que l’objectif explicite de l’union de l’énergie était, et reste, de réduire cette dépendance. Un «Rapport sur l’état de l’union de l’énergie» ne devrait pas se borner à fournir des chiffres négatifs, mais il devrait aussi expliquer pourquoi l’objectif de réduction de la dépendance à l’égard des importations n’a même pas pu être amorcé. |
| 2.6. | L’augmentation des prix de l’énergie a incité la Commission européenne à proposer une panoplie d’instruments d’action et de soutien afin d’aider rapidement les groupes vulnérables. En 2019, la précarité énergétique a touché jusqu’à 31 millions de personnes dans l’Union. Ce constat souligne l’importance de protéger les groupes vulnérables de la flambée des prix et de garantir une transition équitable vers la neutralité climatique. |
| 2.7. | Dans son rapport, la Commission a chargé l’Agence de l’Union européenne pour la coopération des régulateurs de l’énergie (ACER) d’évaluer les avantages et les inconvénients de l’actuel marché de gros de l’électricité, notamment sa capacité à faire face à des situations d’extrême volatilité des prix sur les marchés du gaz. |
| 2.8. | Les subventions en faveur des énergies renouvelables ont atteint 78 milliards d’EUR. En revanche, les subventions en faveur des combustibles fossiles ont légèrement diminué en 2020, passant à 52 milliards d’EUR. Elles pourraient toutefois augmenter en raison de la croissance économique actuelle. Selon le sixième rapport, neuf États membres ont abandonné progressivement le charbon, treize ont pris des engagements nationaux pour le faire à une certaine date, quatre envisagent des dates possibles et un seul n’a pas encore entamé de discussions nationales sur une élimination progressive. |
| 2.9. | Le rythme de la baisse observée en 2019 en vue de la réalisation des objectifs fixés pour 2030 a été satisfaisant pour la consommation d’énergie primaire uniquement. La consommation d’énergie primaire dans l’Union a diminué de 1,9 % en 2019 par rapport à 2018, tandis que la consommation d’énergie finale a baissé de 0,6 %. Des efforts beaucoup plus importants sont nécessaires pour réduire la consommation actuelle d’énergie finale et satisfaire l’ambition plus élevée définie dans la proposition de révision de la directive sur l’efficacité énergétique. |
| 2.10. | Le rapport permet de recenser les domaines dans lesquels il conviendra de prendre des mesures et d’intensifier les efforts. Outre les besoins d’investissements, le rapport souligne également la nécessité de supprimer les obstacles administratifs au déploiement des sources d’énergie renouvelables et d’accélérer les procédures d’autorisation. |
| 2.11. | L’Union étudie les moyens d’accroître la sûreté et la sécurité de l’approvisionnement énergétique ainsi que d’assurer une meilleure interconnexion sur l’ensemble de son territoire. La crise a mis en évidence la nécessité de garantir la sécurité de l’approvisionnement et d’éviter les approvisionnements provenant de sources peu sûres. |
| 2.12. | Les dépenses publiques consacrées à la R&I dans le secteur des énergies propres dans les États membres restent inférieures à celles de 2010, mais les fonds de relance de l’Union et des États membres qui ciblent la R&I dans ce secteur peuvent partiellement compenser cette situation. Le budget de l’Union pour la période 2021-27 soutiendra de manière significative la mise en œuvre du pacte vert pour l’Europe et de la transition énergétique dans toute l’Union. En particulier, le Fonds européen de développement régional et le Fonds de cohésion consacreront respectivement au moins 30 % et 37 % des ressources disponibles à la réalisation de cet objectif. En outre, la transition écologique sera financée par le mécanisme pour une transition juste ou InvestEU. |
| 2.13. | Au 5 octobre 2021, les investissements combinés prévus en faveur de l’action climatique dans 22 plans nationaux pour la reprise et la résilience (PNRR) s’élevaient à environ 177 milliards d’EUR, ce qui représente 40 % des 445 milliards d’EUR de fonds prévus au titre de la facilité pour la reprise et la résilience alloués à ces États membres. |
| 2.14. | La communication de la Commission est accompagnée des cinq rapports suivants:
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3. Observations générales
| 3.1. | Le CESE considère qu’en plus de plonger l’Ukraine et sa population dans l’horreur, l’invasion militaire russe constitue un choc énorme pour la sécurité, le fonctionnement et les performances de l’union de l’énergie. Il s’agit de la menace la plus importante pour la sécurité de toute l’histoire de l’intégration européenne. Face à cette menace, il convient de redéfinir et d’adapter les priorités stratégiques et sécuritaires de l’Union et d’élaborer sans délai des instruments appropriés pour les mettre en œuvre. |
| 3.2. | Le CESE exhorte les institutions de l’Union à être plus clairvoyantes s’agissant des menaces futures pour la sécurité et à accorder davantage d’attention à la sécurité et à la diversification des approvisionnements, ainsi qu’au renforcement de la solidarité entre les États membres. La menace pour la sécurité a en outre mis en évidence la nécessité d’accélérer le déploiement des énergies renouvelables pour réduire la dépendance de l’Union à l’égard des combustibles fossiles et de garantir la réalisation des objectifs du pacte vert. |
| 3.3. | Le CESE prend acte du rapport détaillé de la Commission qui faisait le point sur les évolutions constatées et les progrès réalisés dans la mise en œuvre des politiques de l’Union européenne en matière d’énergie et de climat. Il se réjouit des progrès accomplis par l’Union dans la réalisation de ses objectifs climatiques et approuve le recensement des domaines dans lesquels d’autres avancées doivent être réalisées. En 2020, la pandémie de COVID-19 a eu un impact assez positif sur la réduction des émissions de CO2, car elle a fait baisser la consommation d’énergie, et donc la production. Toutefois, la croissance économique en 2021 a poussé la demande à la hausse, ce qui a influencé, avec d’autres éléments, la hausse des prix de l’énergie. Le CESE se félicite que la communication de la Commission sur les prix de l’énergie (1) ait permis d’apporter rapidement de l’aide et du soutien aux personnes vulnérables pour qu’elles puissent faire face aux conséquences négatives de la hausse brutale des prix, et il attire l’attention sur son avis TEN/761 (2). |
| 3.4. | Le CESE invite la Commission à suivre très attentivement l’évolution des prix de l’énergie, et propose que les statistiques en la matière soient intégrées au prochain rapport sur l’état de l’union de l’énergie. À cet égard, il souligne la nécessité de disposer de données plus harmonisées, qui soient susceptibles de fournir une photographie précise du marché. |
| 3.5. | Comme dans ses avis précédents, le CESE souligne que la transition écologique doit se dérouler de manière juste et ne laisser personne de côté. Cette transition est non seulement de nature technique, mais aussi économique et sociale. Grâce à un dialogue régulier avec les citoyens et la société civile, y compris les partenaires sociaux, en particulier dans les régions en transformation, les objectifs de la politique en matière de climat et d’énergie seront perçus comme attrayants sur le plan social et le coût socio-économique de leur mise en œuvre sera minimal. Il est au moins aussi important de réaliser la promesse d’intégrer activement les citoyens au marché, d’en faire des prosommateurs et de les associer à de nouvelles possibilités de valeur ajoutée que d’approfondir le dialogue. La qualité des mesures concrètes, ainsi que le financement des différents instruments et leur mise en œuvre spécifique au niveau national seront essentiels à cet égard. La prise en compte des points de vue des partenaires sociaux doit dès lors être un objectif clé des futurs dialogues, et c’est même une condition préalable essentielle pour réussir une transition juste. |
| 3.6. | Le rapport sur l’état de l’union de l’énergie devrait également comporter un chapitre consacré aux actions pour parvenir à une transition équitable, assorti d’exemples de mesures mises en œuvre avec succès dans les États membres et au niveau européen. Le CESE souligne que le caractère équitable de la transition ne se résume pas à une question de financement, mais qu’il s’étend aussi à l’objectif d’instaurer un travail décent, de créer des emplois de haute valeur et de garantir la sécurité sociale, et qu’il exige de prendre des mesures spécifiques au niveau régional. |
| 3.7. | Le CESE aurait souhaité que le sixième rapport annuel adopte une approche plus équilibrée quant aux différents domaines de l’union de l’énergie. Il examine en détail les domaines de l’efficacité énergétique et de la décarbonation, qui constituent actuellement les principales priorités d’action. Toutefois, l’attention accordée aux thèmes de la sécurité, de la solidarité et de la confiance, ou de la recherche, de l’innovation et de la compétitivité, ainsi qu’aux enjeux et aux réalisations dans ces domaines, semble insuffisante. |
| 3.8. | Le CESE se déclare particulièrement irrité du fait que, comme c’était le cas avec les rapports précédents, le nouveau rapport n’aborde pas les objectifs clés de l’union européenne de l’énergie, ou seulement d’une manière marginale. Il convient de rappeler que réduire la dépendance à l’égard des importations, placer les citoyens au cœur de l’union de l’énergie et faire de l’Union le leader mondial des énergies renouvelables faisaient partie des objectifs fixés. Il serait logique que ces questions fondamentales fassent notamment l’objet d’une analyse approfondie dans les rapports annuels et que les lacunes éventuelles soient clairement recensées dans le but d’élaborer de nouvelles initiatives, le cas échéant. Le rapport à l’examen est loin de remplir cette exigence et néglige, par exemple, la question du développement de l’énergie citoyenne, à laquelle le CESE attache une grande importance. Le CESE invite dès lors la Commission à s’exprimer clairement sur cette question dans des chapitres spécifiques de son rapport 2022. |
| 3.9. | Le CESE se réjouit de constater que les États membres se soient montrés plus ambitieux dans la réalisation des objectifs fixés pour 2020 en matière d’énergies renouvelables, qui constituent désormais la principale source d’électricité. Il encourage les États membres qui ne parviennent pas à atteindre cet objectif à se concentrer sur un meilleur déploiement du soutien aux sources d’énergie renouvelables et/ou à conclure des accords de transfert statistique. À cet égard, le CESE tient à souligner que, comme il ressort d’une étude de la Commission (3), la suppression progressive des énergies fossiles s’accompagne d’une réduction substantielle des coûts externes (comme les coûts sanitaires et environnementaux) qui pèsent sur la société. Par exemple, s’agissant de la production d’électricité, les technologies utilisant des combustibles fossiles affichent les coûts externes les plus élevés, puisque ceux-ci oscillent entre 68 et 177 EUR/MWh en moyenne pour l’Union à 27. Les coûts externes des technologies utilisant les énergies nucléaire et renouvelables varient pour leur part entre 3 et 17 EUR/MWh, tandis que ceux des énergies éolienne et hydroélectrique sont inférieurs à 5 EUR/MWh. |
| 3.10. | Le Comité se félicite que le rapport à l’examen mette l’accent, davantage que les précédents, sur le rôle des prosommateurs. Il demande une nouvelle fois que l’on se donne pour objectif principal de placer les citoyens au cœur de l’union de l’énergie (4). Les consommateurs devraient avoir la possibilité de choisir et de participer activement au marché. Néanmoins, la mise en pratique rapide de ce concept requiert l’adoption de mesures concrètes dans le cadre de la législation de l’Union. |
| 3.11. | Le marché intérieur de l’énergie n’est toujours pas achevé et il n’offre pas suffisamment d’avantages aux petits producteurs d’énergie renouvelable. En outre, la flambée des prix de l’énergie a mis en évidence les faiblesses de ce marché. Elle a révélé que certains fournisseurs d’énergie ne disposent ni de la compétence nécessaire pour exercer cette activité, ni d’un capital suffisant. Il convient de renforcer la culture du marché et sa réglementation, et de veiller à mettre en place les exigences nécessaires pour les différents acteurs et la protection raisonnable des consommateurs. |
| 3.12. | Le Comité déplore que son appel en faveur d’une réduction de la dépendance stratégique à l’égard de tiers n’ait non seulement pas été entendu, mais que cette dépendance se soit même accentuée. En 2021, l’Union a atteint le plus haut niveau de dépendance des trente dernières années en ce qui concerne les importations d’énergie. Cette situation n’est pas étrangère à la flambée des prix de l’énergie. À cet égard, le CESE rappelle sa déclaration selon laquelle la Commission et les États membres devraient éviter toute nouvelle augmentation des importations et ne pas agir à la légère en affirmant que l’hydrogène ou d’autres sources d’énergie sont un moteur de la décarbonation, car cela pourrait encore entraîner un accroissement des importations. Compte tenu de la situation actuelle, il importe non seulement de mettre en œuvre une stratégie visant à réduire la dépendance énergétique croissante de l’Union, mais aussi d’assurer une diversification territoriale réaliste de l’approvisionnement et de la distribution d’énergie qui soit préservée de tout risque géopolitique. |
| 3.13. | Les États membres ont prouvé qu’ils étaient disposés à soutenir la transition écologique, et la part des dépenses consacrées aux investissements liés au climat dans les 22 PNRR, qui représente 40 % du budget total, confirme le coût actuel et futur de la transition écologique. Toutefois, le taux d’investissement public de l’Union dans les technologies énergétiques propres nécessaires à la décarbonation est le plus faible des grandes économies et affaiblit notre avantage concurrentiel par rapport à nos partenaires mondiaux. Il nous faut également placer les citoyens au cœur de la politique énergétique. En leur donnant la possibilité d’investir et de tirer parti de leurs investissements, on permettra en effet au secteur d’attirer un volume non négligeable de fonds privés. |
| 3.14. | L’approbation rapide de l’acte délégué relatif aux règles définissant les activités économiques durables sur le plan environnemental semble être un signal essentiel pour lancer les dépenses publiques de R&I en matière d’énergie propre dans les États membres. Le CESE espère qu’il contribuera également à la réduction des investissements dans les combustibles fossiles et des subventions qui y sont associées. |
| 3.15. | Le rapport 2021 sur le marché du carbone apporte la preuve de la contribution significative du système d’échange de quotas d’émission (SEQE) de l’UE à la décarbonation. Entre 2013 et 2020, il a généré des recettes de mise aux enchères supérieures à 68 milliards d’EUR. Le CESE relève que 75 % des recettes du SEQE de l’UE ont été utilisées à des fins liées à l’action pour le climat et l’énergie, ce qui est nettement supérieur à la limite de 50 % fixée pour les États membres. À cet égard, le CESE encourage les États membres à accroître encore cette part afin de lutter contre le changement climatique. |
| 3.16. | L’Union européenne n’est pas une île: sa coopération sur la scène internationale est essentielle, de même que la coordination avec ses partenaires mondiaux en matière de politique climatique. Elle devrait œuvrer à la réalisation de l’objectif de neutralité climatique, tout en garantissant la compétitivité et la sécurité de l’approvisionnement énergétique à des prix abordables pour les entreprises et les citoyens. |
| 3.17. | Le CESE se félicite que le rapport contienne les données relatives à l’emploi dans le secteur de l’énergie propre, qui augmente de 2 % par an. De nombreux emplois verts sont vacants dans l’Union, ce qui deviendra plus frappant avec l’accélération de la transition écologique, emmenée par des investissements dans la rénovation. Nous devons faire en sorte que ceux qui disposent des compétences adéquates puissent rapidement entrer sur le marché du travail, et que les nouveaux emplois créés par la transition écologique soient assortis de bonnes conditions de travail et de salaires décents. Il est important d’agir le plus possible dans le développement de la formation et des qualifications en matière de rénovation énergétique. |
| 3.18. | La situation actuelle du marché de l’énergie traduit une certaine sous-estimation de plusieurs aspects de la sécurité énergétique, notamment en ce qui concerne les livraisons de gaz à l’Union, ou le manque d’efforts visant à éliminer la dépendance élevée, voire croissante de l’Union à l’égard des importations d’énergie. Elle reflète également la solidarité limitée entre les États membres pour résoudre efficacement le problème, y compris un éventuel manque de confiance pour parvenir à un consensus. |
| 3.19. | Le CESE apprécie vivement qu’un volume considérable de ressources financières provenant du CFP 2021-2027 de l’Union et de NextGenerationEU soit spécifiquement destiné à relever les défis liés aux objectifs de l’union de l’énergie. |
4. Observations particulières
| 4.1. | Bien que l’Union se soit engagée à supprimer progressivement les subventions en faveur des combustibles fossiles, celles-ci ne diminuent pas suffisamment. L’annexe du rapport montre une légère baisse des subventions en faveur des combustibles fossiles, mais on peut s’attendre à une augmentation en raison de la croissance économique. Entre 2015 et 2019, les subventions en faveur des combustibles fossiles ont augmenté de 4 % dans l’Union, avant de connaître une baisse sensible en 2020. Elles ont diminué de 10 % dans le secteur de l’énergie et de 4 % dans l’industrie, mais ont augmenté de 25 % dans le secteur des transports et de 13 % pour les ménages bénéficiant de subventions à la consommation de fioul domestique et de gaz naturel. Les subventions jouent un rôle social important dans la mesure où elles garantissent une transition juste vers une économie neutre pour le climat. |
| 4.2. | Le CESE regrette que le rapport n’analyse pas la relation entre les transitions énergétique et numérique. La numérisation ouvre des possibilités d’économies d’énergie, de réduction de l’intensité énergétique et d’amélioration de la gestion des infrastructures énergétiques. Le rapport aurait pu approfondir les solutions à la demande croissante d’électrification et à la nécessité de solutions énergétiques stables et durables. La transition sera un test pour les infrastructures énergétiques et il convient de mobiliser tous les moyens nécessaires pour les préparer au changement et leur permettre de résister aux chocs futurs. |
| 4.3. | La reconversion et le perfectionnement professionnels joueront un rôle important dans la transformation écologique. Afin d’élaborer des stratégies concrètes de suivi et d’anticipation des besoins en matière de compétences, de perfectionnement et de reconversion des travailleurs du secteur de l’électricité, le CESE attire l’attention sur les résultats du projet des partenaires sociaux intitulé «The Skills2Power». Le rapport sur l’état de l’union de l’énergie aurait également pu faire le point sur la manière dont les financements de l’Union tels que la facilité pour la reprise et la résilience, Erasmus+ ou les Fonds de cohésion sont utilisés pour donner une impulsion financière à la reconversion et au perfectionnement professionnels nécessaires à la transition écologique. |
| 4.4. | Le CESE recommande un suivi attentif des goulets d’étranglement potentiels dans les chaînes d’approvisionnement en matières premières pour les technologies énergétiques qui sont essentielles pour la sécurité énergétique et la transition vers des énergies propres. Il suggère de diversifier autant que possible l’approvisionnement en matières premières critiques en engageant des négociations internationales avec les partenaires mondiaux et en préparant un scénario de solutions de substitution. |
| 4.5. | L’Union doit investir davantage dans la R&I en matière d’énergie propre. Le taux d’investissement public de l’Union dans les technologies énergétiques propres représentait 0,027 % du PIB en 2019. Comment pouvons-nous mettre en œuvre la transition énergétique de manière sérieuse alors que la part des énergies propres est plus faible dans l’Union que dans les autres grandes économies? Si l’Union conserve une solide position dans le secteur de l’éolien, elle est à la traîne de ses partenaires mondiaux dans plusieurs autres domaines, dont le solaire photovoltaïque, l’hydrogène renouvelable, les pompes à chaleur ou les carburants renouvelables (5). Le CESE encourage la Commission européenne à présenter un plan stratégique pour chacun de ces secteurs afin de stimuler le développement du secteur de l’énergie propre dans l’Union. |
| 4.6. | Afin de déterminer quels sont les États membres les plus performants dans les domaines de la recherche, du développement et de l’innovation, le CESE propose de publier régulièrement un tableau de bord. Cela pourrait concerner les programmes gérés par l’Union, mais aussi la politique de cohésion et la facilité pour la reprise et la résilience, étant donné que nous disposons déjà d’un tableau de bord de la facilité pour la reprise et la résilience et, depuis longtemps, du tableau de bord de la politique de cohésion (6). |
| 4.7. | Le CESE préconise vivement d’améliorer la transparence du système d’échange de quotas d’émissions de l’Union et d’appliquer un mécanisme d’intervention raisonnable qui permette d’adapter le prix des quotas à l’objectif souhaité et d’éliminer les brusques variations de prix observées l’année dernière (d’abord une forte augmentation à plus de 100 EUR et maintenant une chute brutale à environ 55 EUR en l’espace de quelques jours). |
| 4.8. | Le CESE recommande que la gouvernance et la gestion de l’union de l’énergie tiennent davantage compte des synergies avec la nouvelle stratégie industrielle de l’Union (telle que définie dans la communication de la Commission de mars 2020). |
| 4.9. | En ce qui concerne les objectifs liés à la décarbonation, le CESE souligne que tous les types d’instruments, à savoir les dispositions réglementaires, le SEQE de l’UE, les taxes environnementales et la taxonomie, doivent être coordonnés et harmonisés au sein d’un système bien réglé et opérationnel. |
Bruxelles, le 19 mai 2022.
La présidente du Comité économique et social européen
Christa SCHWENG
(1) COM(2021) 660 final.
(2) JO C 275 du 18.7.2022, p. 80.
(3) Étude réalisée pour le compte de la Commission européenne: «Energy costs, taxes and the impact of government interventions on investments» (Coûts de l’énergie, taxes et impact des interventions publiques sur les investissements), EnergyVille.
(4) JO C 220 du 9.6.2021, p. 38.
(5) COM(2021) 952 final.
(6) https://cohesiondata.ec.europa.eu/; https://ec.europa.eu/economy_finance/recovery-and-resilience-scoreboard/index.html#
Avis institutionnel — 52022AB0046
30/12/2022
Avis institutionnel — 52022AB0045
21/12/2022
Avis institutionnel — 52022AE1932R(01)
21/12/2022
Avis institutionnel — 52023AT40462(01)
20/12/2022