| CELEX | 52022AE0917 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | mercredi 18 mai 2022 |
| 26.8.2022 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 323/88 |
Avis du Comité économique et social européen sur la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil relatif à l’Agence de l’Union européenne pour les questions liées aux drogues
[COM(2022) 18 final — 2022/0009 (COD)]
(2022/C 323/15)
| Rapporteure: | Milena ANGELOVA |
| Corapporteure: | Małgorzata BOGUSZ |
| Consultation | Conseil, 11.3.2022 Parlement européen, 7.3.2022 |
| Base juridique | Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté» |
| Adoption en section | 3.5.2022 |
| Adoption en session plénière | 18.5.2022 |
| Session plénière no | 569 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 202/1/5 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le CESE se félicite de la proposition d’établir une Agence de l’Union européenne pour les questions liées aux drogues, qui s’inscrit dans le cadre politique posé par la stratégie de l’UE en matière de drogue (2021-2025) (1) et par le plan d’action de l’UE en matière de drogue (2021-2025) (2). Le Comité est favorable au mandat renforcé qui lui est confié pour répondre avec promptitude, coordination et efficacité aux défis croissants liés à la propagation des drogues et des substances illicites, dont le marché fait preuve d’une remarquable résilience. Il réclame d’agir avec détermination non seulement pour éliminer le trafic de telles substances mais aussi pour faire tout ce qui est possible pour en prévenir l’usage et, de manière tout aussi importante, pour aider ceux qui sont touchés ou dépendants à se soigner et se réinsérer dans la société, de manière à ne laisser personne de côté. |
| 1.2. | Le CESE met en relief l’importance d’un accès égal et d’une insertion active de tous en matière d’éducation, de formation et d’emploi de qualité, car il est conscient que les personnes ne travaillant pas et ne suivant pas d’études ou de formation (NEET), les sans-emploi et les personnes marginalisées sont les proies les plus faciles pour les trafiquants de drogue. Il fait valoir le rôle important que jouent les actions menées conjointement par les partenaires sociaux et les organisations de la société civile dans ce processus à l’échelon non seulement national mais aussi régional et local, et il demande de promouvoir, de soutenir et de financer ces actions. |
| 1.3. | Le CESE met en relief le rôle des partenaires sociaux et de la société civile organisée à chaque étape de la lutte contre la propagation et l’usage de drogues et de substances illicites, notamment dans le cadre de campagnes d’information et de sensibilisation qui aident les personnes à bien s’informer des effets néfastes de la consommation de drogues et des risques que présente l’exposition d’une manière ou d’une autre à de telles substances et, dans le cas des personnes touchées ou dépendantes, à savoir où et comment obtenir aide et soutien. |
| 1.4. | Le CESE se félicite de l’engagement de la future Agence de l’Union européenne pour les questions liées aux drogues à s’investir plus activement dans la coordination et la prévention et il relève que dans cette entreprise, les points focaux nationaux s’avèrent incontournables. Il demande à la Commission européenne et aux États membres de tout faire pour doter lesdits points focaux de ressources suffisantes sur les plans organisationnel, technique et financier pour s’acquitter efficacement de leurs missions élargies. Afin de garantir la collecte de données à jour et fiables, le CESE propose de concevoir et d’adopter une méthode et une approche communes. |
| 1.5. | Le CESE souligne l’importance de mettre en place un réseau de laboratoires de police scientifique et de toxicologie qui rassemble et rapproche les laboratoires nationaux. Ce réseau favoriserait l’échange d’informations sur les nouvelles évolutions et tendances, stimulerait la circulation des données et contribuerait à la formation d’experts en toxicologie médico-légale. Afin de réaliser des économies d’échelle, le CESE approuve l’idée d’un réseau de laboratoires virtuels qui pourraient aussi être constitués par des regroupements d’États membres, sur la base de leur proximité géographique ou de la similarité de leur profil de risque du point de vue de l’importation et de la diffusion des drogues. |
2. Contexte (3)
| 2.1. | Le marché des drogues, estimé à une valeur de détail minimale de 30 milliards d’euros par an, constitue une source de revenus importante pour les groupes criminels organisés au sein de l’Union européenne. En sus de cette incidence économique, des décès liés aux drogues et des autres dommages causés à la santé publique, le marché des drogues produit des effets plus larges, tels que ses liens avec d’autres activités criminelles et le terrorisme, son incidence négative sur l’économie légale, la violence au sein des collectivités, les atteintes à l’environnement et la question qui ne cesse de gagner en importance de la manière dont ce marché est susceptible d’alimenter la corruption et de saper le bon gouvernement. |
| 2.2. | L’éventail des drogues consommées en Europe est très diversifié, et comprend:
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| 2.3. | L’on estime que dans l’Union européenne, plus de 83 millions d’adultes auraient consommé au moins une fois des drogues illicites au cours de leur vie. En 2019, au moins 5 150 décès par surdose sont survenus dans l’Union, un chiffre en augmentation annuelle constante depuis 2012, y compris chez les adolescents âgés de 15 à 19 ans. L’ampleur de l’usage de stimulants et les types de stimulants les plus courants varient d’un pays à l’autre, sachant que dans certains États membres, il est possible d’acheter librement certaines substances «douces». De plus en plus d’éléments viennent attester d’une progression potentielle du nombre de personnes utilisant des stimulants par injection. Toutes drogues confondues, la consommation est généralement plus répandue chez les hommes et cette caractéristique s’accentue d’autant plus que l’usage est plus intensif ou régulier. |
| 2.4. | Les signalements indiquent que la culture du cannabis et la production de drogues de synthèse au sein de l’Union européenne se sont maintenues aux niveaux pré-pandémiques en 2020. Le marché européen des drogues est alimenté par des groupes criminels organisés et s’inscrit dans un réseau mondial; il importe de noter qu’il est largement approvisionné par la production de drogues en Amérique du Sud, en Afrique, en Afghanistan, en Chine, au Maroc, en Turquie et dans les Balkans occidentaux. L’Afrique revêt une certaine importance en raison de son rôle croissant de zone de trafic et de transit, et il est possible que ces activités exercent à terme un effet déstabilisateur, produisent une incidence négative sur la sécurité et le bon gouvernement et accentuent les problèmes de drogue dans cette région du monde. Par conséquent, le CESE met en avant l’importance de renforcer les efforts de coordination internationale afin de détecter les nouvelles substances illicites et d’empêcher leur trafic et leur propagation. |
| 2.5. | Les données illustrent clairement à quel point la situation en matière de drogue a changé au cours des 25 dernières années. Les évolutions des dernières années mettent également en évidence la nécessité croissante de réagir rapidement, ce qui requiert de donner à l’Union européenne des capacités accrues afin d’identifier précocement les menaces émanant d’un marché de la drogue de plus en plus dynamique et en mesure de s’adapter. |
3. Observations générales
| 3.1. | Dans le droit fil des positions qu’il a déjà exprimées sur cette question (4), le CESE accueille favorablement la stratégie de l’Union européenne en matière de drogue pour la période 2021-2025, qui vise à préserver et à améliorer le bien-être de la société et des personnes ainsi que la santé publique, à offrir un niveau élevé de sécurité au grand public et à améliorer les connaissances en matière de santé, et il en préconise la mise en œuvre rapide. Il se félicite que la stratégie aborde le phénomène de la drogue selon une approche fondée sur des données probantes, intégrée, équilibrée et pluridisciplinaire aux niveaux national, européen et international. Il se réjouit qu’il y soit tenu compte également de la question de l’égalité des sexes et de l’équité en matière de santé, ce qui est important s’agissant de donner un nouveau cap à la lutte contre la toxicomanie et les problèmes liés. |
| 3.2. | D’ici 2025, les priorités et actions dans le domaine des drogues illicites, que la stratégie à l’examen coordonne (5), devraient exercer un effet global sur certains des principaux aspects du phénomène de la drogue dans l’Union. La mise en œuvre cohérente, effective et efficace des mesures devrait assurer un niveau élevé de protection de la santé humaine, de stabilité sociale et de sécurité, et contribuer à la sensibilisation. Les éventuelles conséquences négatives non souhaitées que les mesures mises en œuvre pourraient avoir devraient être limitées, et il convient de promouvoir et de respecter les droits de l’homme et le développement durable. Sur la base de ces principes, le CESE soutient l’approche consistant à instituer un mandat distinct pour lutter contre la diffusion des drogues illicites et pour en prévenir la consommation volontaire et éviter toute forme de dépendance qui leur est associée. |
| 3.3. | Le phénomène de la drogue fait partie intégrante des défis auxquels l’Europe est aujourd’hui confrontée en matière de santé et de sécurité. Dans un contexte où le paysage des drogues évolue constamment et où de nouvelles substances non classées apparaissent régulièrement sur le marché, le phénomène de la drogue devient de plus en plus complexe et tentaculaire. Les recettes qu’il génère sont également un puissant carburant pour la corruption, la violence et d’autres activités illégales. Cette situation appelle des efforts accrus au niveau de l’Union européenne. |
| 3.4. | Le CESE souscrit à la conclusion (6) selon laquelle le marché de la drogue a remarquablement résisté aux perturbations causées par la pandémie de COVID-19. Les trafiquants de drogue se sont activement adaptés aux restrictions de déplacement et aux fermetures de frontières. On l’observe au niveau de la vente à grande échelle avec les changements intervenus dans les itinéraires et les modes opératoires, caractérisés par une progression du trafic via des conteneurs intermodaux et les chaînes d’approvisionnement du commerce et par un recours moins fréquent aux passeurs. |
| 3.5. | Bien que les marchés de détail de la drogue vendue dans la rue aient été perturbés par les premiers confinements et que certaines pénuries localisées aient été constatées, les vendeurs de drogue et leurs acheteurs semblent s’être adaptés en recourant davantage aux services de messagerie cryptée, aux applications des réseaux sociaux, à des sources en ligne ainsi qu’à des services de livraison par courrier et à domicile (7). Cette évolution fait craindre que l’un des effets produits par la pandémie sur le long terme soit de conforter l’assise des marchés de la drogue grâce aux outils numériques. |
| 3.6. | On a observé un rétablissement rapide des marchés de la drogue au début de la pandémie de COVID-19, avec une accélération de certaines dynamiques du trafic au cours de cette période, telles que l’augmentation de la taille des cargaisons, l’utilisation plus fréquente d’aéronefs privés, le recours accru aux voies navigables et des méthodes de livraison sans contact pour acheminer les drogues jusqu’aux consommateurs finaux. Ces évolutions créent davantage de difficultés pour les services répressifs et appellent une plus grande coordination dans les mesures de prévention. Les mesures qu’il serait envisageable de formuler en réaction pourraient s’articuler autour (8) d’une promotion de la coopération internationale pour lutter contre le trafic de drogue, de l’échange et du transfert de renseignements en matière de répression ainsi que d’approches efficaces de la prohibition et de bonnes pratiques à cet égard, de la mise en place de mécanismes internationaux ayant trait aux responsabilités et au transport, ou encore du déploiement de systèmes de données et de suivi en temps réel pour détecter rapidement les changements intervenant sur les marchés de la drogue et intervenir promptement en conséquence. Le CESE se félicite que tous ces éléments soient intégrés dans la proposition visant à élargir le mandat révisé de la future Agence de l’Union européenne pour les questions liées aux drogues. |
| 3.7. | Le CESE considère que le mandat de la future Agence devrait être formulé plus explicitement afin:
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4. La consommation de drogues et de substances illicites
| 4.1. | Le CESE souligne que plusieurs postulats sont à prendre en compte concernant l’usage de drogues et de substances illicites susceptibles de nuire à la santé humaine, en particulier lorsqu’elles sont consommées sans raison ni supervision médicales, et de manière répétée sur une longue période. Ce type de comportement pouvant entraîner une dépendance, il devient très difficile pour les individus touchés de résoudre leur problème par leurs propres moyens, et c’est pourquoi le soutien que leur apportent les organismes spécialisés et les organisations de la société civile est indispensable. |
| 4.2. | Certains médicaments que les médecins prescrivent pour traiter des maladies et troubles médicaux, par exemple les benzodiazépines, ou encore des opiacés et autres stupéfiants, peuvent entraîner une dépendance s’ils ne sont pas utilisés conformément aux instructions. Des fraudes peuvent être commises en conséquence, comme le commerce illégal d’ordonnances ou de médicaments, ce qui relève également du mandat de la nouvelle Agence. Ces dernières années, on a observé une augmentation de la quantité et de la disponibilité de nouvelles benzodiazépines sur le marché de la drogue en Europe et, de plus en plus aussi, au Canada et aux États-Unis. Au 28 février 2021, l’OEDT assurait le suivi de 30 nouvelles benzodiazépines par l’intermédiaire du système d’alerte précoce de l’Union. Parmi ces substances, plus de 80 % ont été détectées pour la première fois entre 2014 et 2020 (10). Les substances opiacées, des médicaments d’un autre groupe que les médecins prescrivent pour lutter contre la douleur, sont souvent mélangées par leurs utilisateurs à des drogues illicites, ce qui peut non seulement entraîner une dépendance, mais aussi constituer une grande menace pour la santé et même provoquer des complications potentiellement mortelles. Cet usage peut également donner lieu à des fraudes telles que le commerce, aussi bien licite qu’illicite, d’ordonnances ou de médicaments. |
| 4.3. | Au vu des essais cliniques en cours aux États-Unis concernant des substances (telles que la MDMA, la psilocybine ou le LSD) que la législation européenne classe actuellement parmi les drogues, l’Agence de l’Union pour les questions liées aux drogues devrait s’attacher tout particulièrement à coopérer avec l’Agence européenne des médicaments au sujet de l’émergence d’ici deux ou trois ans d’un marché européen de drogues (en tant que telles et non de leurs dérivés) enregistrées en tant que médicaments. Un tel phénomène peut conduire à la situation antinomique où un groupe spécifique constitué de patients utilisera une drogue légalement autorisée puisqu’enregistrée en tant que médicament, tandis qu’un autre commettra une infraction pénale en en faisant un usage illicite. Cette coexistence peut mener à la situation où des personnes saines qui souhaiteront obtenir une drogue provenant d’une source légale et produite selon les règles des bonnes pratiques de fabrication simuleront les maladies psychiatriques pour lesquelles cette drogue fait office de médicament et est officiellement enregistrée en tant que tel. |
| 4.4. | L’Union européenne est actuellement confrontée à des défis majeurs, du fait qu’il est relativement facile de synthétiser et de commercialiser des substances non classées susceptibles d’entraîner une dépendance et de nuire à la santé humaine, sans compter la panoplie complète des substances dont la consommation et la vente sont illégales, telles que le cannabis, l’héroïne, la cocaïne et les amphétamines. |
| 4.5. | Les revendeurs de drogue sont extrêmement innovants et inventent ainsi continuellement de nouvelles substances. Un autre aspect du mandat de l’Agence consiste à les repérer, les détecter et les décrire et à en prévenir l’émergence, la diffusion et l’utilisation. À l’heure actuelle, la polyconsommation, c’est-à-dire la consommation concomitante de plusieurs substances, s’est elle aussi répandue dans l’Union et a une incidence délétère sur la santé publique. La nouvelle Agence devrait lutter contre toutes les autres dépendances à des substances consommées en même temps que des drogues illicites. |
| 4.6. | L’usage de drogues et de substances illégales touche tout le monde, car il recèle le danger d’une dépendance qui peut non seulement ruiner la santé d’une personne mais aussi détruire toute sa vie, en l’emprisonnant dans un cercle vicieux centré autour de la drogue qui ne laisse plus le moindre espace pour la vie sociale, la famille, l’éducation, le travail ou quoi que ce soit d’autre. Ce danger d’une dépendance est d’autant plus important que la personne est jeune, moins expérimentée et moins éduquée, ainsi que pour celles qui sont sans activités et sans emploi. |
| 4.7. | Afin d’éviter que les toxicomanes n’apprennent à simuler les symptômes de maladies mentales dont la manifestation constitue une indication pour prescrire un traitement médicamenteux (par des drogues), il convient de mettre en place une surveillance plus étroite de l’internet. Les informations que l’on peut y trouver permettent actuellement d’obtenir des ordonnances pour des drogues utilisées dans le traitement de certaines maladies, telles que le trouble hyperactif avec déficit de l’attention et la dépression. Le fondement légitime pour les obtenir réside uniquement dans l’entretien avec le patient et des tests psychologiques auxquels n’importe qui peut aisément se préparer en tirant parti des informations accessibles au grand public. |
| 4.8. | Par conséquent, du fait du nombre croissant de personnes qui utilisent des médicaments contenant des substances addictives, il apparaît justifié de faire valoir les compétences de l’Agence de l’Union pour les questions liées aux drogues dans le champ des activités plus larges liées au financement par la collectivité de ce type de médicament. Alors que n’importe qui peut glaner sur les médias sociaux des conseils sur la manière de réussir les tests psychologiques nécessaires pour obtenir ce type de médicaments, et en l’absence de mesures supplémentaires de surveillance, ce financement par la collectivité de médicaments stupéfiants conduira à l’usage abusif de médicaments remboursés (qui sont par ailleurs des drogues) puisque leur prix serait alors plus accessible que celui d’un achat auprès d’un trafiquant de drogues. |
5. Observations particulières
| 5.1. | Le CESE souscrit à la conclusion (11), confirmée par des contacts réguliers avec l’OEDT et ses parties prenantes, selon laquelle on constate un fossé grandissant entre la complexité du phénomène de la drogue et les dispositions du mandat actuel de l’OEDT. Son règlement fondateur ne correspond pas à la réalité actuelle du phénomène de la drogue et n’est pas en phase avec les tâches que doit assumer l’Agence pour en relever les défis et répondre aux attentes de ses principales parties prenantes. |
5.2. La révision du mandat de l’Agence
| 5.2.1. | Comme il l’avait fait dans son avis précédent, le CESE apporte son soutien aux démarches entreprises pour lutter contre la diffusion et la consommation illégales de drogues prohibées, et il se tient prêt à appuyer toute action et campagne de prévention menées à cette fin. Il regrette qu’il n’ait pas été tenu compte, dans la proposition à l’examen, des recommandations qu’il avait formulées précédemment en vue d’associer étroitement aux travaux de l’Agence les organisations de la société civile qui en sont parties prenantes. |
| 5.2.2. | Le CESE souligne la nécessité d’élargir le mandat de l’Agence, en la dotant d’approches et d’outils plus modernes et prospectifs, et il approuve l’ensemble des sept nouveaux domaines dans lesquels des compétences supplémentaires lui sont attribuées. Il regrette que la fourniture d’informations, les campagnes de sensibilisation, les actions menées pour aider les individus à se libérer de leurs dépendances ainsi que les mesures de prévention ne soient pas articulées plus clairement, et que la participation des organisations de la société civile, porteuses de valeur ajoutée et de synergies, ne soit pas prévue dans la proposition. |
| 5.2.3. | Il convient également que les compétences en matière de prescription médicale que partagent l’Agence de l’Union pour les questions liées aux drogues et l’Agence européenne des médicaments soient élargies à la conception de formations à l’intention des médecins prescripteurs de catégories de médicaments que la législation de l’Union classe parmi les drogues illicites. |
| 5.2.4. | Le CESE propose d’ajouter certains éléments à chacun des sept objectifs spécifiques:
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5.3. Des pistes pour assurer le bon fonctionnement de l’Agence
| 5.3.1. | La nouvelle Agence doit réviser l’allocation des ressources budgétaires des États membres, lesquelles devraient être évaluées en fonction de la disponibilité et de la capacité des services reconnus et recommandés dans le domaine de la drogue. Pour pouvoir produire des résultats sur la base du mandat élargi, les points focaux nationaux devraient être certains d’obtenir des ressources financières suffisantes, d’une manière prévisible et stable, plutôt que de devoir se disputer l’octroi de subventions. |
| 5.3.2. | L’information et la prévention, mises en exergue à l’article 168, paragraphe 1, troisième alinéa, du TFUE, devraient être étendues à des activités spécifiques menées par les collectivités locales et promouvoir la mise en place d’un environnement propre à soutenir les consommateurs de drogues, de sorte qu’ils puissent recevoir de l’aide localement pour vaincre leur dépendance. Il est important que les collectivités locales reçoivent, de la part des pouvoirs publics et de l’Agence, des plans de travail et un soutien substantiel. |
| 5.3.3. | Le CESE fait valoir que les dépendances aux drogues sont étroitement liées aux problèmes de santé mentale et aux traumatismes passés, et que, pour lutter contre elles, il y a lieu de traiter le mal par la racine et de construire le plan d’action de l’Agence autour d’un travail psychologique auprès des groupes exposés à un risque d’addiction. |
| 5.3.4. | Les données montrent que, en plus des populations nécessitant une aide psychologique à cause d’expériences passées traumatisantes, il existe une catégorie de personnes qui, si elles n’avaient pas été infectées par la COVID-19, ne seraient probablement pas devenues dépendantes. Par conséquent, le CESE recommande d’élargir les compétences de l’Agence afin de prendre en compte cette hausse significative de la propension qu’ont certaines personnes à développer une dépendance des suites d’effets à long terme sévères de la COVID-19. |
| 5.3.5. | Il est nécessaire, pour faire effectivement respecter l’interdiction des drogues illicites, de mener dans le même temps un travail efficace au niveau des fondements mêmes de la société, de sorte que les personnes dépendantes ne soient pas abandonnées à leur sort, mais accompagnées dans leur choix de ne plus s’adonner à la drogue. Malgré les ressources publiques croissantes qui sont consacrées à la lutte contre le trafic de drogue, il reste immensément difficile d’aider les individus à vaincre leur dépendance. En conséquence, en s’appuyant sur les bonnes pratiques des États membres de l’Union, l’Agence pourrait réorienter une part plus conséquente de ses travaux vers les causes psychologiques de la toxicomanie. |
| 5.3.6. | S’attaquer sur le plan mondial et régional au marché de la drogue dans l’Union européenne requiert de détecter et de suivre de près les évolutions de la production de drogues et de substances illicites dans des régions du monde présentant traditionnellement un risque à cet égard, telles que l’Amérique du Sud, l’Afghanistan, l’Afrique, la Chine, la Turquie et les Balkans occidentaux. Le rôle actif et évolutif des groupes criminels organisés dans les mutations de la dynamique de l’offre et du trafic de drogue appelle des efforts constants et coordonnés à l’échelon international de la part de l’ensemble des organismes concernés, notamment ceux chargés de la répression et du contrôle des frontières. Seule leur coopération intense peut contribuer à cartographier les routes des drogues pour pouvoir les couper durablement. |
5.4. Points focaux nationaux
| 5.4.1. | Il y aurait lieu d’étendre le rôle et les fonctions des points focaux nationaux. Leur travail varie considérablement d’un pays de l’Union à l’autre. Certains d’entre eux mènent des activités d’information, d’analyse, de recherche scientifique, de conseil spécialisé et de publication. Les principaux objectifs poursuivis par les points focaux nationaux dans leurs activités devraient inclure un suivi plus méthodologique, la collecte de données normalisées, l’évaluation et le classement, ainsi que le traitement, la conservation, l’analyse et la diffusion d’informations dans le domaine de l’offre et de la demande de drogue dans l’Union européenne. Les points focaux nationaux devraient élaborer des solutions relevant de la politique en matière de drogue et des réponses actives à apporter à la situation dans ce domaine. Ils devraient s’employer à fournir des informations, à l’appui de l’action menée par les pouvoirs publics nationaux et de la formulation des politiques nationales relatives aux drogues et à la dépendance à ces substances. |
| 5.4.2. | Les points focaux nationaux jouent un rôle essentiel pour assurer la mise en œuvre effective et rapide du nouveau mandat de l’Agence. Seul un réseau renforcé et bien coordonné de points focaux nationaux pourra fournir les données pertinentes, non seulement de manière rétrospective, mais surtout en ce qui concerne l’émergence de nouvelles substances dangereuses, leur détection et leur description, les possibles canaux de distribution, etc. Ces démarches nécessitant la mise en place d’importantes capacités au niveau des laboratoires, il conviendrait de promouvoir des pôles et des regroupements de régions, autour de zones à haut risque, par exemple aux frontières extérieures de l’Union, ou à proximité des itinéraires fréquemment empruntés pour les importations de drogues, etc. |
| 5.4.3. | Il convient d’aider et de doter les points focaux nationaux aussi efficacement que possible au moyen de lignes directrices et de méthodes communes afin de pouvoir collecter des données et suivre des indicateurs comparables, sur lesquels pourra se fonder le passage d’une approche fondée exclusivement sur la lutte contre la diffusion des drogues et des substances illicites à une démarche intégrant les questions de sécurité et de sûreté. |
| 5.4.4. | Il conviendrait d’encourager les États membres à fournir davantage de ressources aux points focaux nationaux, y compris des informations, des technologies, des financements, etc. Tout doit être mis en œuvre pour aider les points focaux nationaux à renforcer leur capacité à concrétiser le nouveau mandat élargi et à jouer un rôle plus important. |
| 5.4.5. | N’oublions pas que, en plus d’établir des mécanismes de proximité pour lutter contre la dépendance, l’Agence devrait bâtir, en collaboration avec les États membres, des systèmes de coopération nationaux pour créer et appuyer des programmes communs de soutien destinés aux groupes potentiellement exposés au risque de dépendance à la drogue. Seuls des liens forts, tissés au sein du cadre de vie local, pourront aider à réduire la consommation de drogue. Pour donner un exemple d’une solution de ce type ayant produit des résultats positifs, l’Agence pourrait s’inspirer des dispositifs déjà mis en place par le gouvernement portugais. |
| 5.4.6. | Le CESE perçoit une occasion d’améliorer le système de communication d’informations par les points focaux nationaux pour éviter que du temps et des ressources supplémentaires soient investis dans un système redondant de rapport, sachant qu’en l’état actuel des choses, lesdits points focaux sont tenus de rendre compte aussi bien à la future Agence de l’Union européenne pour les questions liées aux drogues qu’aux Nations unies. |
Bruxelles, le 18 mai 2022.
La présidente du Comité économique et social européen
Christa SCHWENG
(1) JO C 102 I du 24.3.2021, p. 1.
(2) JO C 272 du 8.7.2021, p. 2.
(3) Élaboré sur la base des données du «Rapport européen sur les drogues» de 2021 de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies, www.emcdda.europa.eu (site en anglais).
(4) JO C 56 du 16.2.2021, p. 47, JO C 34 du 2.2.2017, p. 182, JO C 177 du 11.6.2014, p. 52, JO C 229 du 31.7.2012, p. 85, JO C 69 du 21.3.2006, p. 22.
(5) La stratégie repose en tout premier lieu sur les principes fondamentaux du droit en vigueur dans l’Union et confirme à tous égards les valeurs fondatrices de l’Union européenne: respect de la dignité humaine, liberté, démocratie, égalité, solidarité, état de droit et droits de l’homme. Elle s’appuie également sur le droit international, les conventions applicables des Nations unies qui fournissent le cadre juridique international dans lequel s’inscrit la lutte contre le phénomène des drogues illicites, et la déclaration universelle des droits de l’homme. La stratégie tient compte des évolutions politiques qui interviennent au niveau multilatéral, et contribue à en accélérer la mise en œuvre.
(6) Il s’agit de l’une des principales conclusions du rapport européen sur les drogues de 2021, https://www.emcdda.europa.eu/edr2021_en
(7) Rapport européen sur les drogues de 2021.
(8) Rapport européen sur les drogues de 2021.
(9) Depuis 1988, les précurseurs de substances réglementées sont inclus dans la convention des Nations unies contre le trafic illicite de stupéfiants et de substances psychotropes. Les Nations unies ont introduit des dispositions et exigences détaillées concernant le contrôle des précurseurs utilisés pour la production de stupéfiants. Le 11 février 2004, le Parlement européen et le Conseil ont adopté le règlement (CE) no 273/2004 relatif aux précurseurs de drogues (JO L 47 du 18.2.2004, p. 1).
(10) Observatoire européen des drogues et des toxicomanies, «New benzodiazepines in Europe — a review» (Vue d’ensemble sur les nouveaux benzodiazépines), 2021, ISBN 978-92-9497-641-3.
(11) Évaluation de la Commission européenne pour la période 2018/2019 dans le document d’analyse d’impact de ses services.
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