| CELEX | 52022AE1327 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | jeudi 14 juillet 2022 |
| 22.11.2022 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 443/81 |
Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Proposition de directive du Parlement européen et du Conseil sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité et modifiant la directive (UE) 2019/1937»
[COM(2022) 71 final]
(2022/C 443/11)
| Rapporteure: | Antje GERSTEIN |
| Consultation | Parlement européen, 4.4.2022 Conseil de l’Union européenne, 5.4.2022 |
| Base juridique | Article 50, paragraphe 1 et paragraphe 2, point g), et article 114, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Section «Marché unique, production et consommation» |
| Adoption en section | 27.6.2022 |
| Adoption en session plénière | 14.7.2022 |
| Session plénière no | 571 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 179/6/14 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le Comité économique et social européen (CESE) accueille favorablement la proposition de directive en ce qu’elle marque une étape importante dans la mise en place d’un cadre législatif européen en matière de gouvernance d’entreprise durable et de devoir de vigilance qui soit cohérent et promeuve le respect des droits de l’homme comme un devoir qui incombe aux entreprises et à leurs administrateurs. L’objectif devrait en être de garantir une sécurité juridique aux entreprises, à leurs salariés et à toutes les autres parties prenantes. |
| 1.2. | Dès lors, le CESE exhorte les colégislateurs à ne pas perdre de vue l’idée d’assurer des conditions de concurrence équitables et à envisager, au minimum, d’harmoniser entièrement les principales dispositions, afin d’éviter que n’apparaissent entre les lois de transposition des États membres des divergences qui soient de nature à créer des distorsions. |
| 1.3. | Le CESE souligne la grande importance des principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme. Reposant sur un modèle à trois piliers — «protéger, respecter et réparer» —, ces principes fournissent une référence pour définir clairement les devoirs et les responsabilités de tous les acteurs (États, entreprises, société civile, syndicats et représentants des travailleurs), afin d’améliorer la situation des droits de l’homme tout au long des chaînes d’approvisionnement et de valeur dans le monde entier. Les obligations incombant aux États conformément au droit international des droits de l’homme leur prescrivent de respecter, protéger et mettre en œuvre les droits fondamentaux des individus sur leur territoire et/ou sous leur juridiction. |
| 1.4. | Ce n’est qu’en aidant les pays à mieux remplir leur devoir de protection des droits de l’homme que nous pourrons opérer un changement systémique et durable sur le terrain. Si les entreprises assument une responsabilité claire en matière de respect des droits de l’homme, elles ne sauraient se substituer au rôle essentiel et au bon fonctionnement des États. Dans ce contexte, le CESE salue l’initiative législative annoncée par la Commission, qui portera spécifiquement sur le travail forcé. |
| 1.5. | Le CESE demande que la directive établisse une distinction claire entre les incidences négatives qui sont causées ou influencées par une entreprise et celles qui ne sont pas causées ou influencées par une entreprise, mais qui sont directement liées à ses activités, produits ou prestations dans le cadre d’une relation d’affaires. La directive doit reconnaître que le devoir de vigilance exige une approche fondée sur les risques et qu’il peut imposer de fixer des priorités sur la base de l’évaluation des risques. |
| 1.6. | Le CESE tient à souligner que les décideurs politiques doivent garder à l’esprit l’épineuse situation des micro, petites et moyennes entreprises, et veiller à ce que, dès l’entrée en vigueur de la législation sur le devoir de vigilance, des outils de soutien soient disponibles aux niveaux européen et national. |
| 1.7. | L’exercice du devoir de vigilance des entreprises est un processus continu, dont la réussite dépend notamment de la participation des syndicats et des représentants des travailleurs. Le CESE préconise de songer à poursuivre la mise au point d’un cadre européen sur la gouvernance d’entreprise durable. En la matière, il y a lieu de s’inspirer et de tirer parti de la contribution actuelle des représentants élus et organisés des travailleurs, fondée par exemple sur des accords-cadres internationaux (ACI) ou sur les travaux des comités d’entreprise européens et des conseils d’administration des entreprises, le cas échéant. |
| 1.8. | Le CESE est préoccupé par la présence, dans la proposition de la Commission, de nombreuses notions juridiques peu claires et sujettes à interprétation, et estime dès lors nécessaire de mieux définir des termes tels que «relations commerciales bien établies», «chaîne de valeur en aval» et «mesures appropriées», puisque ces notions délimitent, influencent et déterminent non seulement le champ d’application de la directive, mais aussi les exigences, sanctions et responsabilités applicables en matière de devoir de diligence. |
| 1.9. | Le CESE demande que la proposition définisse plus clairement les différents groupes et les obligations de diligence raisonnable applicables. Le CESE considère qu’il serait plus approprié de faire référence à la notion de «groupe d’entreprises» plutôt qu’à celle d’«entreprise» [article 3, point b)], ce qui renforcerait la cohérence concernant les mécanismes de publication d’informations, les procédures de signalement, le traitement des signalements et des plaintes, et les efforts de sensibilisation au sein des entreprises. |
2. Contexte de la proposition de la Commission
| 2.1. | Les droits de l’homme constituent une préoccupation majeure pour l’Union européenne, ses États membres, ses entreprises, ses travailleurs et sa société civile. Si l’Union s’engage profondément dans le programme en faveur des entreprises et des droits de l’homme, c’est dans le but d’assurer sa transition vers une économie verte et neutre sur le plan climatique et de mener à bien son ambitieux plan pour réaliser les objectifs de développement durable des Nations unies (1). Le CESE souscrit pleinement aux normes internationales existantes, à savoir les principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme (2) et les principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales (3), et il salue les grands progrès qu’elles ont permis, tout en insistant fortement sur la nécessité d’assurer la cohérence des politiques avec ces instruments. La déclaration de principes tripartite de l’Organisation internationale du travail (OIT) sur les entreprises multinationales et la politique sociale comprend également une série complète de droits relatifs aux entreprises multinationales et au travail, qui fait notamment état des conventions et recommandations concernant la santé et la sécurité au travail et qu’il convient donc de prendre en considération. Le CESE demande également que soit assurée la cohérence entre les politiques nationales et la législation européenne en cours d’élaboration lorsqu’elle couvre des domaines similaires ou comporte également des dispositions relatives au devoir de vigilance. Parmi ces textes législatifs figurent par exemple la proposition de directive sur la publication d’informations en matière de durabilité par les entreprises (CSRD) (4), la proposition de règlement sur les produits «zéro déforestation» (5), la proposition de nouveau règlement relatif aux batteries (6), l’initiative relative aux produits durables (7), la taxinomie de l’Union pour les investissements durables (8) et l’initiative législative à venir de la Commission visant à interdire effectivement la mise sur le marché de l’Union de produits obtenus par le recours au travail forcé (interdiction de commercialisation) (9). |
| 2.2. | Depuis que certains États membres (10) se sont dotés d’une législation nationale sur le devoir de vigilance des entreprises, on observe une volonté croissante de créer, au sein de l’Union, des conditions de concurrence équitables pour les entreprises et d’éviter toute fragmentation. C’est dans ce contexte que la Commission européenne a présenté cette proposition, destinée à créer un cadre transversal pour encourager les entreprises à assumer leurs responsabilités en matière de respect des droits de l’homme et de l’environnement. |
3. Observations générales
| 3.1. | L’attaque sans précédent de la Russie contre l’Ukraine bouleverse le paysage géopolitique et suscite une remise en question fondamentale des relations et dépendances économiques au sein de notre économie mondialisée, accélérant ainsi la quête d’une plus grande indépendance de l’Europe dans des domaines stratégiques essentiels. Nos chaînes d’approvisionnement s’en verront profondément remaniées, ce qui nécessitera de réfléchir à la relation entre le devoir de vigilance et la nécessité de suivre des sanctions décidées au niveau politique et qui restreignent le champ d’activité des entreprises. Le CESE plaide dès lors en faveur d’une approche pragmatique, qui tienne compte des nouvelles réalités des entreprises et offre un soutien en prodiguant les conseils requis de toute urgence. |
| 3.2. | Étant donné la grande complexité des chaînes d’approvisionnement modernes, la rigueur doit primer sur la rapidité et il faut garder le sens de la mesure pour ce qui est de définir en détail les dispositions de cette mesure. Au-delà du plein respect des normes et instruments internationaux en matière de droits de l’homme, le point de départ devrait toujours être de déterminer comment intégrer de manière pratique et efficace les éléments solidement établis des principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme et des principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales, tout en procédant à une évaluation minutieuse des répercussions que la présente directive peut avoir sur différents types d’entreprises européennes, telles que les micro, petites et moyennes entreprises ou les structures de holding opérant au niveau international. |
| 3.3. | Le CESE souligne que cette proposition de directive ne représente qu’une composante d’un programme européen bien plus complet, conçu pour promouvoir la durabilité environnementale, le travail décent et les droits de l’homme dans le monde. Ce n’est qu’en aidant les pays à mieux remplir leur devoir de protection des droits de l’homme que nous pourrons opérer un changement systémique et durable sur le terrain. Les entreprises assument une responsabilité claire en matière de respect des droits de l’homme, mais elles ne peuvent se substituer au rôle essentiel et au bon fonctionnement des États, et en particulier à l’obligation qui leur incombe de lutter, sur leur territoire et sous leur juridiction, contre toute violation des droits de l’homme, en adoptant des mesures appropriées en matière de prévention, d’enquête, de sanction et de réparation en cas de violation de ces droits, et en s’appuyant sur des politiques, des législations, des réglementations et des procédures judiciaires efficaces. |
| 3.4. | Les entreprises sont tenues de se conformer à la législation applicable et de respecter les droits de l’homme conformément aux principes directeurs des Nations unies. Elles doivent donc mettre en œuvre un processus efficace de vigilance pour garantir le respect des droits de l’homme tout au long des chaînes de valeur. Il incombe aux États et à leurs gouvernements d’engager des poursuites en cas de violation des droits de l’homme. Ils sont les premiers concernés par les droits de l’homme et par les conventions internationales afférentes. Les États disposent à juste titre de nombreux pouvoirs d’exécution que les entreprises n’ont pas et ne devraient jamais avoir, notamment pour ce qui est d’inspecter les lieux de travail, d’infliger des amendes, de saisir des avoirs, de révoquer des licences commerciales, d’arrêter des suspects, de poursuivre les auteurs présumés de violations et d’emprisonner les personnes condamnées. |
| 3.5. | Le CESE souligne qu’il reste nécessaire de donner la priorité à la transformation écologique, parallèlement à la protection sociale et à la protection des droits de l’homme, notamment ceux des syndicats et des travailleurs. Les organisations de la société civile doivent aussi assumer un rôle clé pour instaurer des conditions de transparence fiables en ce qui concerne la violation des droits de l’homme et des droits environnementaux, de même que pour contrôler l’exigence prévue par la taxinomie de l’UE, selon laquelle les investissements doivent respecter le principe «ne pas causer de préjudice important» et les garanties minimales (11). |
| 3.6. | Les syndicats et les représentants des travailleurs sont bien placés pour savoir où des fautes risquent d’être commises. Le CESE insiste donc sur l’importance d’associer ces acteurs à la mise en place d’un processus de vigilance (cartographie des risques), ainsi qu’à son suivi (mise en application) et au signalement des infractions (mécanismes d’alerte). Seul un partenariat social efficace permettra de mener à bien la transformation vers une économie durable plus sociale et plus écologique. |
| 3.7. | Le CESE note qu’il convient de définir clairement la liste des droits de l’homme reconnus au niveau international sur laquelle la directive devrait se fonder afin de donner aux entreprises la sécurité juridique dont elles ont besoin dans la vie des affaires internationales. Le CESE estime que le devoir de vigilance des entreprises devrait être étendu pour prendre en compte les normes en matière de droits de l’homme reconnues dans les principes directeurs des Nations unies (12), à savoir les normes fondamentales du travail de l’OIT (interdiction du travail forcé, du travail des enfants et de la discrimination, et liberté d’association), de la déclaration universelle des droits de l’homme (13), du pacte international relatif aux droits civils et politiques (14) et du pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (15). En outre, la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (16) ainsi que la convention européenne des droits de l’homme (17), la charte sociale européenne (18) du Conseil de l’Europe et la déclaration de principes tripartite de l’OIT sur les entreprises multinationales et la politique sociale (19) énoncent des droits, des valeurs et des principes qui guident les actions de l’Union européenne dans son ensemble. |
| 3.8. | Le CESE considère que la directive doit être nettement améliorée, dans un souci d’harmonisation, de clarté et de sécurité juridiques. La fixation d’un cadre en matière d’obligation de diligence reposerait sur l’application d’une norme convenue, dont la mise en œuvre serait fondée sur des sanctions proportionnées, efficaces et dissuasives, la responsabilité étant engagée en cas de violation d’un ensemble clairement défini de droits de l’homme. |
4. Observations particulières
| 4.1. | Le CESE est préoccupé par la présence, dans la proposition de la Commission, de nombreuses notions juridiques peu claires, qui sont sujettes à interprétation et dont l’application par les autorités et les tribunaux nationaux pourrait diverger. Il estime notamment qu’il convient de mieux définir le terme de «relation commerciale bien établie», puisque cette notion détermine non seulement le champ d’application de la directive, mais aussi les exigences, les sanctions et les responsabilités en dommages-intérêts qui s’appliquent en matière de devoir de vigilance. Le concept de «chaîne de valeur en aval» nécessite, lui aussi, d’être défini plus précisément. Il n’appartient pas aux entreprises de contrôler les actions de leurs clients ni d’en assumer la responsabilité (20). Les «mesures appropriées» que les entreprises sont censées prendre pour être exonérées de toute responsabilité doivent être mieux définies et étayées par des exemples. Dernier point, mais non des moindres, l’obligation faite aux administrateurs de prendre en compte les contributions des «parties prenantes» n’a rien de clair. |
| 4.2. | D’après la définition proposée dans le projet de directive, la chaîne de valeur engloberait non seulement les fournisseurs directs et indirects, c’est-à-dire les activités «en amont», mais aussi les activités «en aval» ou de fin de vie, à savoir l’utilisation et, le cas échéant, l’élimination d’un produit ou d’un service. Dans les faits, le suivi des activités «en aval» se heurte à une série de problèmes très pratiques. Il risque notamment d’être encore plus difficile de suivre un produit après sa mise sur le marché que de contrôler l’approvisionnement en matières premières et composants. C’est notamment le cas pour les produits recyclés, dont il est souvent impossible d’assurer la traçabilité. |
| 4.3. | On devrait attendre des entreprises qu’elles conçoivent leurs procédures de vigilance en matière de droits de l’homme d’une manière qui soit fondée sur les risques et proportionnée à leur incidence potentielle et réelle. Le CESE estime dès lors qu’il convient d’adapter le champ d’application en conséquence, pour l’étendre soit aux partenaires contractuels directs, soit aux partenaires indirects, à la condition, dans cette seconde hypothèse, que l’on puisse raisonnablement s’attendre, eu égard aux circonstances de l’espèce, à ce que des mesures adéquates soient prises pour prévenir, atténuer, faire cesser ou réduire au minimum l’ampleur de l’incidence négative, par exemple dans le cas d’une forte intégration verticale. Cette approche éprouvée de la responsabilité se rencontre déjà dans la législation existante, par exemple en matière de traçabilité, comme le prévoit le règlement de base de l’Union [règlement (CE) no 178/2002 du Parlement européen et du Conseil (21)]. En substance, chaque entreprise est ainsi tenue de mettre en place des systèmes et des procédures reposant sur le principe «juste avant, juste après», pour déterminer qui sont le fournisseur direct et l’acheteur direct (à l’exclusion du consommateur final) de ses produits. Cette approche est bien établie et pertinente, puisque chaque maillon de la chaîne de valeur peut clairement être tenu responsable des processus sur lesquels il peut réellement influer. |
| 4.4. | Par ailleurs, une approche fondée sur les risques peut aussi intégrer une méthode sectorielle. Le CESE se félicite ainsi que la proposition de directive reconnaisse la nécessité de prendre en compte certaines spécificités sectorielles dans les politiques en matière de vigilance. Le Comité invite les colégislateurs à tenir compte des grandes initiatives et normes multipartites qui ont été élaborées dans des domaines particulièrement vulnérables (par exemple pour le cacao, la banane et l’huile de palme). |
| 4.5. | Le CESE tient à rappeler que les principes directeurs no 15 et no 22 des Nations unies exigent que les entreprises prévoient des mesures pour remédier aux violations des droits de l’homme qu’elles ont elles-mêmes causées ou auxquelles elles ont contribué. Néanmoins, ces principes n’obligent pas les entreprises à offrir des réparations lorsqu’une autre entreprise de la chaîne d’approvisionnement exerce une incidence négative sur les droits de l’homme. Ces dispositions reflètent ainsi la prémisse juridique fondamentale selon laquelle une responsabilité ne saurait être engagée que s’il existe un lien clair et prévisible entre le préjudice subi par la victime et l’entreprise responsable de ce préjudice. De même, les principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales soulignent aussi que les efforts visant à empêcher toute incidence négative dans les chaînes d’approvisionnement ne transfèrent pas la responsabilité de l’entité à l’origine d’une incidence négative sur l’entreprise avec laquelle elle entretient une relation d’affaires. Dans un souci de cohérence, le CESE considère que la directive de l’Union devrait prévoir, elle aussi, que la responsabilité civile d’une entreprise ne soit engagée que lorsque celle-ci a directement causé une violation des droits de l’homme ou qu’elle y a contribué (c’est-à-dire qu’elle l’a causée en partie). |
| 4.6. | Le CESE souscrit à l’approche de la Commission selon laquelle les autorités nationales doivent se doter de sanctions «effectives, proportionnées et dissuasives». Dans les cas de négligence ou de faute délibérée, l’autorité devrait être en mesure d’infliger des amendes appropriées. Toutefois, la portée des sanctions devrait être définie au niveau européen. |
| 4.7. | Le CESE demande que la proposition définisse plus clairement les différents groupes et les obligations applicables en matière de vigilance. Dans sa forme actuelle, la proposition, et en particulier la définition du terme «entreprise» [article 3, point b)], semble indiquer que les exigences de la directive s’appliquent aux entreprises individuelles plutôt qu’aux groupes d’entreprises. Cela signifie qu’une entreprise dont le siège se situe dans un État membre et qui possède, dans d’autres États membres, des filiales relevant du champ d’application de la directive serait tenue de suivre les décisions de plusieurs autorités de contrôle, ce qui, dans la pratique, se révèle difficile et plus fastidieux. Une approche axée sur les groupes présente de nombreux avantages, notamment davantage de cohérence en ce qui concerne les mécanismes de publication d’informations, les procédures de signalement, le traitement des signalements et des plaintes, et les activités de formation et de sensibilisation au sein des entreprises. Ce constat est pris en compte dans la proposition de directive sur la publication d’informations en matière de durabilité par les entreprises (CSRD), qui prévoit que les filiales soient exemptées de leurs obligations en la matière si les informations sont publiées pour l’ensemble du groupe. Une solution axée sur les groupes est plus à même de remédier aux différences qui risquent d’apparaître entre les législations nationales lors de la transposition de cette directive à travers les 27 États membres, et permettrait de s’aligner sur le plus grand dénominateur commun, voire de le dépasser. Dès lors, le CESE estime qu’il y a lieu de privilégier une démarche axée sur les groupes dans le domaine du devoir de vigilance. |
| 4.8. | Bien que le devoir de vigilance incombe en premier lieu aux grandes entreprises, les micro, petites et moyennes entreprises seront indirectement touchées, car les entreprises relevant du champ d’application de la directive se montreront plus exigeantes en ce qui concerne la mise en œuvre des principes directeurs des Nations unies, la publication d’informations non financières et la gestion de la chaîne d’approvisionnement par leurs fournisseurs. Pour les petites entreprises, qui n’ont pas encore été incluses dans le champ d’application de ce type de législation, il est plus difficile de s’acquitter du considérable effort attendu. Elles ont notamment moins de poids que les grandes entreprises pour agir sur les risques en matière de droits de l’homme dans leur chaîne d’approvisionnement, et disposent de beaucoup moins de ressources pour réaliser des évaluations complètes des risques. Le CESE suggère à la Commission européenne de mettre en place un service d’assistance qui fournisse des informations facilement accessibles sur les risques en matière de droits de l’homme dans les différents pays et régions, auquel les parties prenantes pourraient s’adresser et avec lequel les régions et pays partenaires pourraient collaborer. Ce service d’assistance devrait également appuyer le renforcement des capacités des fournisseurs en matière de droits de l’homme dans les pays tiers et le renforcement de leurs performances environnementales. Le CESE invite en outre les États membres à offrir une aide qui soit à la fois pratique, spécifique et efficace, en particulier aux micro, petites et moyennes entreprises, dans le cadre d’une coopération structurelle avec les organisations représentatives concernées. Le CESE estime qu’il est de la plus haute importance que les entreprises visées par cette directive soient définies dans le respect des autres textes législatifs européens applicables, énumérés au paragraphe 2.1. |
| 4.9. | Le CESE note que la Commission inclut expressément le secteur financier dans sa proposition. La finance durable englobe le respect des droits de l’homme et joue un rôle important dans la transformation de l’économie vers plus de respect de l’environnement et de responsabilité sociale. Toutefois, la proposition reste vague en ce qui concerne les procédures de vérification des prêts ou des financements, et il est à craindre que les dispositions de la directive ne soient, de facto, étendues indirectement aux micro, petites et moyennes entreprises, alors que la proposition ne les inclut pas explicitement. Les micro, petites et moyennes entreprises qui interviennent comme fournisseurs dans la chaîne d’approvisionnement seront indirectement touchées et ainsi confrontées à des défis considérables. |
| 4.10. | Le CESE reconnaît que la gouvernance durable des entreprises passe par un engagement clair et crédible des administrateurs, notamment en ce qui concerne la mise en place d’un processus de vigilance solide et opérationnel au sein des entreprises, et permet de tenir les entreprises responsables de l’incidence de leurs activités. Le CESE renvoie à la directive sur les droits des actionnaires, qui précise la manière dont les performances des entreprises et des administrateurs sont liées aux questions économiques, sociales et de gouvernance (22). Le CESE fait remarquer que les obligations des administrateurs doivent comporter de solides obligations en matière de vigilance, assorties d’un système de sanctions en cas de non-respect de ces obligations par les entreprises. Toutes les parties prenantes d’une entreprise, et pas seulement ses actionnaires, devraient aspirer à la durabilité écologique, sociale et économique. Dans un certain nombre d’États membres de l’Union, les conseils d’administration sont absolument tenus de consulter les représentants des travailleurs. Il y a lieu de respecter ces législations et règles nationales. |
| 4.11. | Il n’a pas échappé au CESE que le comité d’examen de la réglementation de la Commission a lui-même rejeté les éléments allant au-delà du devoir de vigilance, en indiquant notamment qu’il est difficile de comprendre en quoi il est nécessaire de réglementer les obligations des administrateurs en plus des exigences liées au devoir de vigilance, et qu’il convient de mieux expliquer et évaluer l’intérêt qu’il y a à réglementer les obligations des administrateurs, sachant que la mise en place d’obligations en matière de vigilance implique déjà une gestion des risques et la prise en compte des intérêts des parties prenantes (23). Dans ce contexte, le CESE estime qu’il est nécessaire d’étendre encore les obligations des administrateurs et de mieux les aligner sur les objectifs du pacte vert. |
Bruxelles, le 14 juillet 2022.
La présidente du Comité économique et social européen
Christa SCHWENG
(1) Organisation des Nations unies (2015), Transformer notre monde: le Programme de développement durable à l’horizon 2030 (A/RES/70/1).
(2) Le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a souscrit aux principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme dans sa résolution 17/4 du 16 juin 2011(A/HRC/RES/17/4).
(3) OCDE (2011), Les principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales, Éditions OCDE, http://dx.doi.org/10.1787/9789264115439-fr
(4) COM(2021) 189 final; JO C 517 du 22.12.2021, p. 51.
(5) COM(2021) 706 final.
(6) COM(2020) 798 final.
(7) COM(2022) 142 final.
(8) JO L 198 du 22.6.2020, p. 13.
(9) Projet d’initiative intitulée «Interdire efficacement la mise sur le marché des produits fabriqués, extraits ou récoltés dans le cadre du travail forcé».
(10) C’est le cas de la France (Loi relative au devoir de vigilance, 2017), de l’Allemagne (Sorgfaltspflichtengesetz, 2021) et des Pays-Bas (Wet zorgplicht kinderarbeid, 2019).
(11) JO C 152 du 6.4.2022, p. 105.
(12) Principe directeur no 12 des Nations unies (commentaire, paragraphe 2).
(13) Organisation des Nations unies (1948), Déclaration universelle des droits de l’homme [A/RES/217(III)].
(14) Organisation des Nations unies (1966), Pacte international relatif aux droits civils et politiques, A/RES/2200A(XXI).
(15) Organisation des Nations unies (1966), Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, A/RES/2200A(XXI).
(16) JO C 326 du 26.10.2012, p. 391.
(17) Conseil de l’Europe, Convention européenne des droits de l’homme.
(18) Conseil de l’Europe, Charte sociale européenne (révisée).
(19) JO C 429 du 11.12.2020, p. 136.
(20) Les dispositions applicables sont reprises dans la législation européenne relative aux activités en aval, en ce qui concerne le contrôle des exportations de matériaux sensibles (biens à double usage et biens à usage militaire).
(21) Règlement (CE) no 178/2002 du Parlement européen et du Conseil du 28 janvier 2002 établissant les principes généraux et les prescriptions générales de la législation alimentaire, instituant l'Autorité européenne de sécurité des aliments et fixant des procédures relatives à la sécurité des denrées alimentaires (JO L 31 du 1.2.2002, p. 1).
(22) Voir l’article 9 bis de la directive sur les droits des actionnaires.
(23) Avis du comité d’examen de la réglementation sur l’analyse d’impact accompagnant la proposition de directive (en anglais).
Avis institutionnel — 52022AB0046
30/12/2022
Avis institutionnel — 52022AB0045
21/12/2022
Avis institutionnel — 52022AE1932R(01)
21/12/2022
Avis institutionnel — 52023AT40462(01)
20/12/2022