Avis institutionnel52022AE2915

Avis institutionnel — 52022AE2915

CELEX52022AE2915
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 26 octobre 2022

Texte intégral

28.2.2023

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 75/150


Avis du Comité économique et social européen sur la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant les règlements (CE) no 767/2008, (CE) no 810/2009 et (UE) 2017/2226 du Parlement européen et du Conseil, les règlements (CE) no 1683/95, (CE) no 333/2002, (CE) no 693/2003 et (CE) no 694/2003 du Conseil ainsi que la convention d’application de l’accord de Schengen, en ce qui concerne la numérisation de la procédure de visa

[COM(2022) 658 final]

(2023/C 75/21)

Rapporteur:

Ionuț SIBIAN

Consultation

Commission européenne, 28.6.2022

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté»

Adoption en section

29.9.2022

Date de l’adoption en session plénière

26.10.2022

Session plénière no

573

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

187/0/0

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le Comité économique et social européen (CESE) est résolument favorable à l’initiative de créer une procédure de délivrance de visas entièrement numérique. Un tel dispositif numérique de visa qui soit accessible, rapide et fiable, de même que, plus généralement, une procédure d’immigration visant davantage le zéro papier, aboutiraient à alléger de manière appréciable le travail administratif en matière migratoire.

1.2.

Le CESE salue l’initiative de numérisation en matière de visas, car elle s’inscrit dans le cadre de l’approche générale de l’Union visant à encourager la modernisation et la numérisation des services publics et de la communication de la Commission intitulée «Une boussole numérique pour 2030: l’Europe balise la décennie numérique».

1.3.

Le CESE considère que la proposition actuelle offre la possibilité d’améliorer vraiment la procédure de demande de visa, en en réduisant les coûts et les contraintes, tant pour les États membres que pour les demandeurs, et d’assurer la sécurité juridique tout en renforçant la sécurité de l’espace Schengen.

1.4.

Le CESE se félicite que les restrictions de mobilité affectant les ressortissants de pays tiers qui demandent un visa seront réduites au maximum grâce à la numérisation qu’il est proposé d’appliquer à la procédure afférente, dès lors qu’ils ne seront plus tenus de présenter en personne leurs documents de voyage.

1.5.

La numérisation de la procédure de demande de visas doit éviter toute discrimination, même involontaire: il convient qu’elle respecte les droits des personnes handicapées et de celles qui ne disposent pas de compétences informatiques ou numériques ou n’ont pas accès à l’internet. Elle doit en outre répondre aux exigences en matière d’accessibilité énoncées dans la directive européenne sur l’accessibilité du web (1) et dans l’acte législatif européen sur l’accessibilité (2).

1.6.

Le CESE recommande avec force que les processus informatiques utilisés par la plateforme de l’Union pour les demandes de visa prévoient des outils ou des moyens pour préserver les droits de l’enfant et prévenir la traite des êtres humains.

1.7.

Il conviendrait que la plateforme numérique de l’Union européenne pour la demande de visas soit totalement connectée aux systèmes nationaux en la matière, gérés par chacun des États membres.

1.8.

Le CESE estime qu’il y aurait lieu de prévoir une «ambassade numérique de l’Union européenne», qui fixerait des conditions harmonisées au niveau européen concernant les pièces justificatives et qui se chargerait d’informer et d’orienter le voyageur à propos de la procédure de demande.

1.9.

Le CESE est d’avis que la numérisation de la procédure de visa fera de l’Union européenne une destination de voyage encore plus attrayante et qu’elle encouragera les voyageurs à s’y rendre.

1.10.

Le CESE reconnaît que la numérisation de la procédure de visa pourrait avoir une incidence positive sur l’environnement et que la plateforme centralisée pour les demandes de visa est une solution efficace sur le plan énergétique.

1.11.

recommande que la Commission s’engage plus fermement à travailler avec les gouvernements des pays tiers, les ambassades/consulats des États membres et la société civile organisée afin d’informer, de préparer et d’aider les demandeurs de visa tout au long de la procédure.

2. Observations générales

2.1. Contexte de l’avis, y compris la proposition législative à l’examen

2.1.1.

L’idée d’un visa Schengen numérisé remonte à 2018: cette année-là, la Commission européenne a proposé de modifier le code des visas et fait observer que la solution d’avenir était qu’ils adoptent une forme numérique. En 2019, le Parlement européen et le Conseil ont alors commencé à revoir le code des visas de l’Union européenne. Ils ont déclaré que l’objectif devait être de tirer tout le parti possible des évolutions récentes d’ordre juridique et technologique, afin de mettre au point une solution commune qui permette l’introduction en ligne des demandes de visa Schengen.

2.1.2.

En 2020, la pandémie de COVID-19 a provoqué un ralentissement des opérations de délivrance de visas Schengen dans le monde entier, en raison des difficultés que posait la réception des demandes dans les ambassades et les consulats. Cette situation a amené des États membres à lancer de nouveaux appels en faveur d’une numérisation du processus.

2.1.3.

Dans son programme de travail pour 2021, la Commission européenne a annoncé le dépôt, prévu pour le quatrième trimestre de 2021, d’une proposition législative sur la numérisation des procédures de visa. Présenté en septembre 2020, le nouveau pacte sur la migration et l’asile a fixé l’objectif de numériser intégralement la procédure de délivrance des visas d’ici à 2025, en instaurant un visa numérique et la possibilité d’introduire des demandes de visa en ligne.

2.1.4.

Le 27 avril 2022, la Commission a présenté une proposition relative à la numérisation des visas de l’Union européenne. Elle a pour objectif:

de moderniser, simplifier et harmoniser le processus de demande de visas, en numérisant leur procédure de délivrance,

de réduire les risques de fraude, en rapport notamment avec l’identité, et celui de la falsification, ainsi que de faciliter le processus de vérification à la frontière grâce à la numérisation.

2.1.5.

La proposition crée une plateforme en ligne unique, ce système présentant les avantages suivants:

les demandeurs auront la possibilité de déposer une demande de visa en ligne, qui permettra également le paiement des droits de visa grâce à une plateforme unique de l’Union, quel que soit le pays de l’espace Schengen qu’ils souhaitent visiter,

la plateforme déterminera automatiquement le pays de l’espace Schengen qui sera responsable de l’examen de la demande, notamment lorsque le demandeur envisage de se rendre dans plusieurs États membres,

la plateforme fournira aux demandeurs des informations actualisées sur les visas Schengen de court séjour, ainsi que tous les éléments dont ils doivent avoir connaissance concernant les conditions et les procédures à respecter, comme les pièces justificatives, les droits de visa ou la nécessité éventuelle de prendre un rendez-vous pour le recueil de leurs données biométriques,

les demandeurs ne seront plus obligés de se présenter en personne au consulat que s’ils demandent un visa pour la première fois, si leurs données biométriques ne sont plus valides ou s’ils ont acquis un nouveau document de voyage,

le visa sera pourvu de caractéristiques de sécurité à la pointe du progrès, qui seront plus sûres que la vignette-visa actuelle.

2.1.6.

La proposition de règlement souligne que le nouveau système garantira que les droits fondamentaux soient toujours protégés.

2.1.7.

C’est l’Agence européenne pour la gestion opérationnelle des systèmes d’information à grande échelle au sein de l’espace de liberté, de sécurité et de justice (eu-LISA) qui sera chargée du développement technique et de la gestion opérationnelle de la plateforme de l’Union européenne pour les demandes de visa et de ses composantes, dans le cadre du système d’information sur les visas (VIS).

2.1.8.

Une fois qu’elle aura été activée, tous les ressortissants étrangers qui ont besoin d’un visa pour l’un des 26 pays de l’espace Schengen pourront utiliser la plateforme numérique de demande de visa Schengen. Elle ne concernera pas les cinq autres États membres de l’Union qui ne font pas partie de l’espace Schengen, étant donné qu’ils ne sont pas encore habilités à délivrer des visas Schengen.

2.1.9.

Les voyageurs en provenance de pays exemptés de l’obligation de visa pour l’espace Schengen ne seront pas tenus d’utiliser la plateforme. En lieu et place, ils devront déposer, à partir de novembre 2023 (3), une demande d’autorisation au titre du système européen d’information et d’autorisation concernant les voyages (ETIAS) pour voyager en Europe.

2.2. Observations générales

2.2.1.

Le CESE est résolument favorable à l’initiative de créer un système de visas entièrement numérique. Un tel dispositif numérique de visa qui soit accessible, rapide et fiable, de même que, plus généralement, une procédure d’immigration visant davantage le zéro papier, aboutiraient à alléger de manière appréciable le travail administration en matière migratoire. La gestion, le traitement et l’archivage de documents papier, ainsi que leur destruction, imposent aux consulats un processus long et coûteux, et les États membres, tout comme les ressortissants de pays tiers qui déposent des demandes de visas, gagneraient beaucoup à ce que la procédure régissant leur délivrance soit numérisée.

2.2.2.

Il s’impose de donner au système en ligne qui est proposé une configuration telle qu’il se distingue par sa rapidité, sa convivialité, son caractère sûr (l’offre de garanties suffisantes quant à la sécurité des données saisies) et sa prévisibilité (le respect du principe de sécurité juridique). Il doit fonctionner de manière fiable et il convient que les demandeurs soient à même de tabler sur un processus de demande en ligne dont la durée n’excède pas quelques jours.

2.2.3.

Harmoniser et unifier les procédures de demandes de visa au sein de l’espace Schengen contribuera à éviter la «course aux visas», à laquelle les demandeurs peuvent être tentés de se livrer, en déposant leurs demandes dans un pays de l’espace Schengen qui les traite de manière plus rapide et commode plutôt que dans celui qui constitue leur véritable destination (des citoyens russes pourraient par exemple s’adonner à une telle «course aux visas» faute d’accord général sur la suspension de l’accord de l’Union européenne visant à faciliter la délivrance de visas). Numériser le processus de délivrance des visas réduira également les risques de sécurité auxquels il est exposé avec les vignettes-visas en format matériel, qui peuvent continuer à se prêter à la falsification, aux fraudes et aux vols. La proposition à l’examen s’inscrit par ailleurs dans le cadre de l’approche générale de l’Union visant à encourager la modernisation et la numérisation des services publics.

2.2.4.

Le CESE considère que la proposition actuelle offre la possibilité d’améliorer vraiment la procédure de demande de visa, en en réduisant les coûts et les contraintes, tant pour les États membres que pour les demandeurs, tout en renforçant la sécurité de l’espace Schengen.

2.2.5.

Le CESE se félicite que les restrictions de mobilité affectant les ressortissants de pays tiers qui demandent un visa seront réduites au maximum grâce à la numérisation qu’il est proposé d’appliquer à la procédure afférente. Dès lors qu’ils ne seront plus tenus de présenter leurs documents de voyage au consulat ou au centre de dépôt de demande, les demandeurs seront libres de voyager durant la période de traitement de leur demande de visa. Le Comité considère que cette avancée sera bénéfique pour les personnes qui se déplacent régulièrement (4) en relation avec leur travail, ainsi que pour les militants et les membres de groupes minoritaires, comme les personnes LGBTQI+ ou les Roms, auxquels elle ouvre davantage de possibilités pour trouver, au besoin, un endroit où ils seront en sécurité.

2.2.6.

Il conviendrait que la plateforme numérique pour la demande de visas soit totalement connectée aux systèmes nationaux en la matière, gérés par chacun des États membres. Une telle architecture garantirait que le nouveau système numérique de visa, dont le visa numérique lui-même, soit intégré d’emblée dans ceux des États membres et conçu de manière à présenter une interopérabilité totale entre les pays de l’Union.

2.2.7.

Il y aurait toutefois lieu de prévoir une «ambassade numérique de l’Union européenne», qui fixerait des conditions harmonisées au niveau européen concernant les pièces justificatives et qui se chargerait d’informer et d’orienter le voyageur à propos de la procédure de demande.

2.2.8.

Le CESE adhère à l’idée que la numérisation de la procédure de visa fera de l’Union européenne une destination de voyage encore plus attrayante et qu’elle encouragera les voyageurs à s’y rendre.

2.2.9.

Le CESE recommande que la Commission s’engage plus fermement à travailler avec les gouvernements et la société civile organisée des pays tiers afin d’informer, de préparer et d’aider leurs ressortissants tout au long de la procédure de demande de visa.

2.3. Observations particulières

2.3.1.

Dès lors que la procédure de demande de visas sera numérisée, les États membres deviendront moins dépendants de prestataires extérieurs de services et, de ce fait, réduiront le risque que des données personnelles soient dévoilées à des tiers.

2.3.2.

Avec le visa numérique, il deviendra plus difficile de contrefaire les vignettes-visas, puisqu’il aura cessé d’être «matériel». En outre, les coûts administratifs élevés qu’elles induisent seront ainsi éliminés.

2.3.3.

Les avantages du visa numérique se manifesteront notamment en cas de vol ou de perte d’un document de voyage, étant donné qu’il sera alors facile de faire le lien entre celui qui sera émis en remplacement et le visa existant, sans qu’il faille en demander un nouveau, comme la procédure actuelle l’exige, du fait que la vignette-visa et ledit document de voyage sont matériellement liés. En conséquence, le dispositif de numérisation nouvellement proposé fait disparaître les coûts supplémentaires que doivent assumer tant les États membres, pour l’émission d’un nouveau visa, que les demandeurs.

2.3.4.

La numérisation de la procédure de visa doit garantir la satisfaction des besoins spécifiques et respecter les droits des personnes handicapées et leur donner la possibilité de déposer une demande sans discrimination, notamment en se conformant aux exigences en matière d’accessibilité énoncées dans la directive européenne sur l’accessibilité du web (directive relative à l’accessibilité des sites internet et des applications mobiles) et dans l’acte législatif européen sur l’accessibilité.

2.3.5.

Le CESE recommande avec force que les processus informatiques utilisés par la plateforme de l’Union pour les demandes de visa prévoient des outils ou des moyens pour préserver les droits de l’enfant et prévenir la traite des êtres humains.

2.3.6.

La numérisation ne pouvant être synonyme d’automatisation et de recours aveugle à l’intelligence artificielle, il est exclu que des coupes soient opérées dans les effectifs du personnel affecté à la délivrance des visas au seul motif que cette tâche est désormais numérisée.

2.3.7.

Par ailleurs, le personnel administratif chargé de traiter les visas a besoin de bénéficier d’une formation appropriée, afin d’être à même de tirer parti des points positifs que présente leur numérisation et d’éviter les erreurs.

2.3.8.

Une aide supplémentaire doit être proposée aux ambassades (consulats) des États membres et à la société civile pour surmonter les problèmes qui peuvent se poser aux ressortissants de pays tiers en matière d’accessibilité de l’internet et de maîtrise des compétences informatiques, de manière à éviter qu’ils ne subissent une discrimination concernant leur accès au système de demande de visa.

2.3.9.

Le CESE estime que la numérisation de la procédure de visa pourrait avoir une incidence positive sur l’environnement en raison de la réduction de l’utilisation et du gaspillage du papier nécessaire pour le système de demande de visa et la délivrance de la vignette-visa, ainsi que du fait que les demandeurs de visa ne sont plus tenus de voyager pour demander et prendre possession des documents de voyage après l’achèvement des procédures de demande et d’examen. Si le CESE est conscient du fait que la numérisation (stockage et gestion des données) nécessite une énergie génératrice d’émissions de CO2, il estime qu’une plateforme centralisée pour les demandes de visa constitue une solution plus efficace sur le plan énergétique que la mise en place d’une plateforme similaire pour chaque État membre.

Bruxelles, le 26 octobre 2022.

La présidente du Comité économique et social européen

Christa SCHWENG


(1) Directive (UE) 2016/2102 du Parlement européen et du Conseil du 26 octobre 2016 relative à l’accessibilité des sites internet et des applications mobiles des organismes du secteur public (JO L 327 du 2.12.2016, p. 1).

(2) Directive (UE) 2019/882 du Parlement européen et du Conseil du 17 avril 2019 relative aux exigences en matière d’accessibilité applicables aux produits et services (JO L 151 du 7.6.2019, p. 70).

(3) https://www.etiasvisa.com/fr/formulaire-demande-etias

(4) Comme des représentants des entreprises, des syndicats ou de la société civile organisée.