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Avis institutionnel52022AE3479

Avis institutionnel — 52022AE3479

CELEX52022AE3479
TypeAvis institutionnel
Datejeudi 22 septembre 2022

Texte intégral

21.12.2022

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 486/161


Avis du Comité économique et social européen sur la proposition de décision du Conseil relative aux lignes directrices pour les politiques de l’emploi des États membres

[COM(2022) 241 final]

(2022/C 486/22)

Rapporteure:

Mariya MINTCHEVA

Consultation

Conseil de l’Union européenne, 14.6.2022

Base juridique

Article 148, paragraphe 2, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté»

Adoption en section

6.9.2022

Adoption en session plénière

22.9.2022

Session plénière no

572

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

146/0/2

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le Comité estime que les lignes directrices proposées pour les politiques de l’emploi des États membres sont adéquates, dans la mesure où elles répondent aux problèmes les plus urgents qui se posent sur le marché du travail.

1.2.

Le CESE souhaite attirer l’attention sur les incertitudes grandissantes de la conjoncture géopolitique et sur l’impact qu’elles exerceront à l’avenir sur la demande, qui devraient, selon toute attente, affecter les décisions d’investissement des entreprises et la sécurité de l’emploi, retardant ainsi le déploiement des plans d’investissement, qu’ils émanent du secteur privé ou public. Face à une forte inflation et à la hausse des prix de l’énergie, qui ont une profonde incidence sur le pouvoir d’achat, ainsi qu’à la perspective d’une récession, il est plus nécessaire que jamais de garantir que les investissements durables puissent s’appuyer sur une base compétitive. Les États membres devraient œuvrer en faveur d’un marché unique qui soit véritablement intégré et aider les petites et moyennes entreprises à monter en puissance.

1.3.

En ces temps troublés que nous traversons, il est nécessaire de prendre des initiatives pour accroître tout à la fois leur rôle et leur participation à l’élaboration et l’exécution des réformes et politiques sociales et économiques, notamment en renforçant leurs capacités. Cette nécessité s’impose également pour mettre en œuvre le socle européen des droits sociaux et les plans nationaux pour la reprise et la résilience. Les organisations de la société civile actives dans les domaines de l’emploi et des questions sociales, les prestataires d’enseignement et de services sociaux, les entreprises sociales et les organisations caritatives ont besoin d’un environnement adéquat qui leur permette d’offrir leurs services aux groupes vulnérables.

1.4.

Alors que les pénuries de main-d’œuvre prennent à nouveau un tour plus aigu, il convient de mettre en œuvre des mesures efficaces pour encourager les partenaires sociaux à se pencher sur les besoins en matière de compétences au niveau national, en prenant des mesures qui soient adaptées à chaque secteur et chaque contexte local. Du fait de l’évolution accélérée des technologies et de la double transition, la «durée de vie» des qualifications et compétences déjà acquises par les travailleurs ne cesse de se raccourcir et il devient toujours plus important, pour eux comme pour les entreprises, qu’ils se dotent tout au long de leur existence des aptitudes qui leur sont nécessaires. Il conviendrait d’encourager au sein de l’Union la mobilité de la main-d’œuvre et les migrations légales à des fins professionnelles.

1.5.

Le CESE estime que la réduction de la pauvreté des travailleurs doit passer par une action combinée menée au moyen de différents instruments et mesures d’intervention négociés par les partenaires sociaux. Outre des rémunérations décentes, y compris des salaires minimaux adéquats, ces actions peuvent inclure des incitations financières bien conçues et limitées dans le temps, accompagnées de mesures ciblées et efficaces pour l’acquisition de compétences ou leur perfectionnement. Il conviendrait d’encourager et de soutenir les États membres afin qu’ils mettent en œuvre ces mesures sur un mode coordonné.

1.6.

Un mécanisme de soutien ciblé est particulièrement important dans le cas des chômeurs de longue durée ou des personnes inactives, car il accroît leurs chances de parvenir à s’insérer sur le marché du travail ou à y faire leur retour et constitue un facteur important de préservation de l’emploi. La pandémie ayant touché les jeunes avec une intensité particulière, il est primordial de procéder à des interventions les ciblant, qui doivent être inclusives et tournées vers l’avenir, pour garantir qu’ils ne se trouvent pas laissés pour compte.

1.7.

Pour faire baisser le taux d’inactivité, il s’impose de déployer des efforts qui ramènent à l’emploi les populations qui sont plus éloignées du marché du travail. À condition d’être dûment encadrés par la législation ou la négociation collective au niveau national, les différentes modalités d’emploi, les formules d’activité flexibles et le télétravail pourraient constituer de puissants facteurs pour ouvrir aux personnes issues de groupes vulnérables la possibilité de trouver du travail. Il conviendrait de renforcer les capacités des services publics de l’emploi, notamment en les amenant à numériser leurs prestations et en les encourageant à coopérer avec leurs homologues privés et d’autres acteurs pertinents du marché du travail.

1.8.

Les États membres, en particulier ceux que le tableau de bord social range dans la catégorie des moins performants en la matière, devraient être incités, notamment grâce à une utilisation cohérente de ressources de l’Union, à arrêter des mesures qui encouragent les employeurs à recruter des personnes handicapées ou, si possible, promeuvent l’emploi indépendant. À cet égard, les acteurs de l’économie sociale apportent une contribution essentielle lorsqu’il s’agit de soutenir et de mettre en œuvre des projets en matière d’emploi.

1.9.

L’écart de rémunération entre les femmes et les hommes reste problématique et il convient de s’attaquer aux causes profondes de ce phénomène. Actuellement à l’examen, la proposition de directive sur la transparence des rémunérations devrait aider à mettre en place, dans le cadre des mesures prises pour combler l’écart salarial entre les hommes et les femmes, une application plus rigoureuse du principe de rémunération égale pour travail de valeur égale entre les hommes et les femmes, sans toutefois perdre de vue les préoccupations relatives aux contraintes supplémentaires imposées aux entreprises, en particulier aux PME.

1.10.

Eu égard au vieillissement démographique de plus en plus marqué, à l’allongement de l’espérance de vie et à la contraction du nombre d’actifs, il est nécessaire d’étudier soigneusement les défis liés aux systèmes de sécurité sociale et de soins de santé dans les États membres, afin que les régimes de retraite restent adéquats et viables d’un point de vue financier. Il y a lieu d’agir pour augmenter les effectifs de la main-d’œuvre grâce à des marchés du travail plus inclusifs, notamment en activant des groupes qui en sont actuellement exclus ou y sont sous-représentés.

1.11.

Dès que la directive relative à la protection temporaire est entrée en vigueur, les États membres ont agi sans tarder pour adapter leur cadre réglementaire national de manière à pouvoir venir en aide aux réfugiés d’Ukraine et aux ressortissants de pays tiers qui vivaient dans ce pays et ont fui en Europe à la suite du conflit qui y a éclaté. Tous les points d’engorgement, quels qu’ils soient, doivent être traités.

2. Observations générales et contexte

2.1.

Au cours de son cycle 2022, le Semestre européen a recommencé à coordonner à grande échelle les politiques en matière d’économie et d’emploi, tout en s’adaptant de manière plus poussée aux conditions à respecter pour mettre à exécution la facilité pour la reprise et la résilience. Les rapports par pays publiés en mai 2022 (1) comportent une évaluation des progrès accomplis dans la mise en œuvre du socle européen des droits sociaux et du plan d’action afférent, fixant des objectifs et indicateurs sociaux qui font partie intégrante du Semestre européen et des plans nationaux pour la reprise et la résilience (PNRR). Le lien établi avec le tableau de bord social offre une vue d’ensemble ciblée concernant la mise en œuvre du plan d’action et une harmonisation a été opérée dans les recommandations par pays.

2.2.

En 2021, les lignes directrices pour les politiques de l’emploi des États membres figurant à l’annexe de la décision (UE) 2020/1512 du Conseil ont été maintenues sans modification aucune. En 2022, la Commission européenne a proposé d’y apporter un certain nombre de corrections, de manière à tenir compte d’initiatives récentes en la matière et à y ajouter de nouveaux éléments, liés à l’invasion russe de l’Ukraine. Le CESE se félicite que la Commission mette l’accent sur le contexte de l’après-COVID, afin d’assurer une croissance durable.

2.3.

La guerre en Ukraine a aggravé les ruptures d’approvisionnement et accru les incertitudes. L’économie de l’Union est également exposée, de manière indirecte, à la situation sanitaire en rapport avec la COVID-19 qui prévaut dans d’autres régions du monde. Ses perspectives économiques laissent entrevoir un ralentissement de la croissance et une montée de l’inflation, en particulier pour 2022 (2). Les taux élevés qu’elle atteint dans ses frontières, ainsi que la forte augmentation des prix de l’énergie et du gaz, aggravent la pression qui s’y exerce sur les entreprises et leur compétitivité, de même que sur les ménages et leur pouvoir d’achat. Cette situation aura inévitablement des répercussions sur la capacité de certaines sociétés à créer des emplois supplémentaires et, ces prochains mois, représentera un défi pour les systèmes de protection sociale, de sorte qu’il sera nécessaire de mener des politiques ciblées pour soutenir les transitions sur le marché du travail.

2.4.

Tout en s’employant à assurer l’inclusion et l’équité, les politiques des États membres en matière d’emploi devraient également épouser les évolutions économiques et sociales. Il y a lieu d’évaluer soigneusement les effets produits par les politiques du marché du travail, afin de s’assurer qu’elles encouragent bien une reprise pérenne et qu’elles n’aboutissent pas au contraire à faire baisser le taux d’emploi, produire des emplois de moindre qualité et affaiblir le pouvoir d’achat des particuliers. La question des pénuries de main-d’œuvre et de compétences devrait bénéficier d’une plus grande attention, donnant lieu par la suite à des recommandations d’action et des initiatives spécifiques, s’inscrivant dans la logique du plan d’action du socle européen des droits sociaux (SEDS).

3. Observations particulières

3.1. Ligne directrice no 5: stimuler la demande de main-d’œuvre

3.1.1.

Assurer une croissance durable, créer des postes de travail de qualité et favoriser la participation à l’emploi, notamment dans le cas des personnes âgées et des jeunes, des femmes, des catégories plus éloignées du marché du travail ou des inactifs, restent pour l’Europe des défis économiques et sociaux d’importance majeure. Pour les relever, il convient de garantir l’assise compétitive des investissements en exploitant le potentiel des transitions écologique et numérique. Le CESE se félicite que la Commission européenne encourage les États membres à créer un environnement économique susceptible de favoriser l’entrepreneuriat responsable et le véritable travail indépendant, de réduire les formalités administratives, d’œuvrer en faveur d’un marché unique véritablement intégré et fonctionnel et d’aider les petites et moyennes entreprises à se développer. Le CESE recommande vivement que les microentreprises restent incluses dans la ligne directrice no 5.

3.1.2.

Il est possible de stimuler la demande de main-d’œuvre dans l’ensemble de l’Union par différents moyens: en accroissant les investissements, en particulier ceux qui sont productifs, dans certains secteurs clés de l’économie, en allégeant, le cas échéant, les contraintes que les taxes font peser sur la main-d’œuvre, sans affaiblir la protection sociale et tout en garantissant les recettes nécessaires pour la pérennité des systèmes de protection sociale, en luttant plus vigoureusement contre l’évasion et la fraude fiscales et contre l’économie informelle, ou encore en mettant à la disposition des employeurs et des travailleurs des formes de travail variées, réglementées par la législation ou la négociation collective, tout en déployant des efforts pour améliorer les conditions de travail dans les nouvelles formes d’emploi de manière à les rendre plus attrayantes pour les salariés.

3.1.3.

Les incertitudes grandissantes de la conjoncture géopolitique et l’impact qu’elles exerceront à l’avenir sur la demande devraient, selon toute attente, affecter les décisions d’investissement des entreprises et la sécurité de l’emploi, retardant ainsi le déploiement des plans d’investissement, qu’ils émanent du secteur privé ou public. Du fait de l’inflation, les taux de croissance devraient diminuer et les rémunérations réelles baisser, avant qu’elles ne renouent, l’année prochaine, avec une augmentation modérée. Le CESE prend acte du point de vue de la Commission estimant que pour certains secteurs, «dans les accords salariaux, les préoccupations relatives à la sécurité de l’emploi sont susceptibles de prévaloir sur l’augmentation des rémunérations» (3). L’inflation exerce une pression sur les augmentations salariales et le pouvoir d’achat. Pour parer au danger qu’un cercle vicieux ne s’enclenche entre les salaires et les prix et augmenter la productivité, il est primordial de ménager aux partenaires sociaux une marge de manœuvre afin d’améliorer la couverture et les pratiques de la négociation collective, au niveau des secteurs et des entreprises, où des mesures concrètes pourraient être prises.

3.1.4.

Dans le même temps, il y a lieu de prendre des mesures structurelles sur le marché du travail, afin d’ouvrir des pistes pour des emplois de qualité. Il conviendrait d’encourager au sein de l’Union la mobilité de la main-d’œuvre et les migrations légales à des fins professionnelles. Le CESE escompte que l’initiative «Migration légale: train de mesures relatives aux compétences et aux talents», adoptée par la Commission le 27 avril 2022, fournira un soutien appréciable au marché du travail dans l’Union européenne.

3.1.5.

Le CESE se félicite de l’accent qui a été placé sur l’économie circulaire, en ce qu’elle constitue un secteur à haut potentiel de création d’emplois, tout comme il salue le soutien apporté aux secteurs et régions qui sont particulièrement touchés par la transition écologique, en raison d’une spécialisation sectorielle ou de la concentration régionale d’une activité industrielle spécifique.

3.1.6.

Le CESE attire également l’attention sur la résolution que la 110e conférence internationale du travail a adoptée, demandant que les principes et droits fondamentaux de l’Organisation internationale du travail incluent le principe d’un environnement de travail sûr et salubre, et il souligne qu’investir dans une culture de prévention des accidents, maladies professionnelles et risques sur les lieux de travail représente un impératif à respecter en permanence.

3.1.7.

Le CESE considère que la fixation de salaires minimums adéquats, qu’elle s’opère par le truchement d’une loi ou de la négociation collective, représente un instrument précieux pour lutter contre le phénomène des travailleurs pauvres. Ils ne représentent cependant pas une mesure qui serait suffisante à elle seule, et il est nécessaire de mener une action combinant différents instruments d’intervention. Ces actions peuvent inclure, entre autres, des incitations financières bien conçues et limitées dans le temps ou une reconfiguration, le cas échéant, des effets redistributifs du système fiscal. Les instruments financiers devraient être combinés avec des mesures ciblées et efficaces en matière de qualification et de perfectionnement, étant donné que les travailleurs peu qualifiés sont exposés à un risque plus élevé de pauvreté au travail que les travailleurs hautement qualifiés, à raison, respectivement, de 19 % contre 4,9 % (4). Il conviendrait d’encourager et de soutenir les États membres afin qu’ils mettent en œuvre ces mesures sur un mode coordonné.

3.1.8.

Il importe de respecter l’autonomie des partenaires sociaux et leur liberté de négocier collectivement sur une base volontaire. En matière de fixation des salaires, la négociation collective et l’élargissement de son taux de couverture restent, encore et toujours, les outils par excellence à utiliser pour parvenir à un juste équilibre, du point de vue de l’équité et de la possibilité d’adapter les rémunérations à l’évolution de la productivité, en améliorant les conditions de travail et les rentrées des cotisations sociales. Là où des salaires minimums légaux s’appliquent, la participation effective des partenaires sociaux est tout aussi importante pour déterminer quelles sont les solutions qui sont appropriées afin d’enclencher une convergence socio-économique vers le haut qui soit adaptée à l’environnement national concerné. Dans les cas où le taux de couverture de la négociation collective est faible, les États membres devraient s’efforcer de créer des conditions favorables pour que les partenaires sociaux puissent œuvrer à l’accroître.

3.1.9.

La mobilisation des partenaires sociaux s’est révélée très précieuse pendant la crise de la COVID-19. En ces temps troublés que nous traversons, il est nécessaire de prendre des initiatives pour accroître tout à la fois leur rôle et leur participation à l’élaboration et l’exécution des réformes et politiques sociales et économiques, notamment en renforçant leurs capacités. Cette nécessité s’impose également pour mettre en œuvre le socle européen des droits sociaux et les plans nationaux pour la reprise et la résilience. En outre, il convient de prendre en considération le rôle des organisations de la société civile, en lien avec leurs domaines d’action respectifs.

3.2. Ligne directrice no 6: renforcer l’offre de main-d’œuvre et améliorer l’accès à l’emploi ainsi que l’acquisition de qualifications et de compétences tout au long de la vie

3.2.1.

Le CESE se réjouit de constater que l’intitulé de cette ligne directrice a été modifié afin d’inclure la notion d’apprentissage tout au long de la vie. Du fait de l’évolution accélérée des technologies et de la double transition, verte et numérique, la «durée de vie» des qualifications et compétences que les travailleurs ont acquises antérieurement ne cesse de se raccourcir et il devient toujours plus important, pour eux comme pour les entreprises, qu’ils se dotent tout au long de leur existence des aptitudes qui leur sont nécessaires. En conséquence, évaluer les responsabilités conjointes en matière d’apprentissage tout au long de la vie sur les lieux de travail constitue un enjeu crucial.

3.2.2.

Le CESE accueille favorablement l’approche proposée, consistant à offrir des mesures de soutien globales, lesquelles facilitent les adaptations aux évolutions du marché du travail. Pour être à même de suivre les évolutions du marché de l’emploi, tout travailleur doit absolument avoir à sa disposition des possibilités de perfectionnement et de reconversion en matière professionnelle (5), lesquelles devront lui être assurées et lui rester accessibles tout au long de son parcours d’activité, conformément au premier principe du socle européen des droits sociaux. Toutefois, le peu d’empressement à prendre part à des formations continue à poser un sérieux problème, et il convient d’étudier des pistes pour y remédier. Les partenaires sociaux assument une mission importante pour évaluer les besoins en matière de compétences. Les fonds consacrés à la formation doivent jouer un rôle de premier plan pour financer celle qui est d’ordre professionnel et il conviendrait que les bonnes pratiques nationales soient mises en avant et partagées entre les États membres (6).

3.2.3.

Un mécanisme de soutien ciblé est particulièrement important dans le cas des chômeurs de longue durée ou des personnes inactives, car il accroît leurs chances de parvenir à s’insérer sur le marché du travail ou à y faire leur retour et constitue un facteur important de préservation de l’emploi. Les États membres devraient être encouragés à raccourcir le délai à respecter pour établir des contacts avec les chômeurs de longue durée, qui est actuellement fixé à 18 mois de chômage. D’urgence, il s’impose de concevoir des mesures ciblées afin d’attirer les jeunes dans des parcours de carrières professionnelles.

3.2.4.

Alors qu’elles s’étaient atténuées pendant la crise de la COVID-19, les pénuries de main-d’œuvre prennent à nouveau un tour plus aigu (7). L’absence de véritables prévisions en matière de compétences représente un problème crucial pour les employeurs sur tout le territoire de l’Union européenne. Investir dans la formation et le développement des compétences des adultes, d’une manière étroitement liée aux besoins du marché du travail, peut constituer un facteur essentiel pour assurer la relance économique et construire une Europe sociale.

3.2.5.

Cette observation s’applique également aux réfugiés qui ont fui la guerre en Ukraine. En plus de leur dispenser une formation linguistique, il y a lieu de prendre des initiatives afin de faciliter le processus de reconnaissances des qualifications qu’ils ont déjà acquises et qui leur sont nécessaires pour intégrer le marché du travail. À cet égard, le CESE se félicite des orientations présentées par la Commission en matière d’accès au marché du travail, d’enseignement professionnel et de formation des adultes concernant les personnes qui fuient la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine (8).

3.2.6.

Les investissements qu’il est nécessaire de consentir pour mettre en œuvre l’initiative RePowerEU seront étroitement corrélés à la nécessité de disposer d’une main-d’œuvre formée. En ce qui concerne les comptes de formation individuels (CFI) (9), le CESE réaffirme estimer qu’il doit rester totalement du ressort des États membres de les adopter ou non pour les faire figurer parmi les mécanismes régissant l’offre de formations et leur financement. En tout état de cause, il convient que ces comptes favorisent l’accès à des formations reconnues et validées. Les partenaires sociaux jouent un rôle très important dans la conception des fonds de formation concernés, tout comme dans leur gestion.

3.2.7.

Le CESE convient qu’il y a lieu de déployer des efforts pour augmenter, dans tous les États membres, le niveau général en matière de qualifications. Cette observation s’applique tout particulièrement au début du processus d’apprentissage, mais également à tous les stades de la vie professionnelle. Comme le souligne à juste titre le rapport conjoint sur l’emploi 2022 (10), la tendance positive à la réduction de la proportion de jeunes quittant prématurément l’école a ralenti: ces taux n’ont diminué que de 1,1 point de pourcentage entre 2015 et 2020. Il importe tout spécialement de renforcer dans les États membres les systèmes d’enseignement et de formation professionnels (EFP) fondés sur le travail et de veiller à ce que l’enseignement supérieur soit en adéquation avec le marché du travail, tout comme d’augmenter, en particulier parmi les femmes, le nombre de titulaires de diplômes décernés dans le domaine des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM), dans le cadre tant de l’enseignement et de la formation professionnels que de la filière éducative supérieure.

3.2.8.

La pandémie a touché les jeunes avec une intensité particulière, car ils comptent parmi les catégories qui ont été les plus affectées par la crise économique et sociale qui en est résultée et a détricoté dix années de progrès concernant les emplois de cette tranche d’âge. Pour se préparer dûment à un monde du travail qui est en phase de mutation, sous l’effet de la mondialisation, de la crise climatique, des changements démographiques et des avancées technologiques, les gouvernements et les institutions doivent prendre en compte les effets de chacune de ces grandes évolutions. Il est primordial de procéder à des interventions ciblant la jeunesse, qui doivent être inclusives et tournées vers l’avenir, pour garantir qu’elle ne se trouve pas laissée pour compte (11).

3.2.9.

Dans l’Union européenne, l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes reste problématique. Étant donné qu’il varie considérablement d’un État membre à l’autre, il convient de s’attaquer aux causes profondes de ce phénomène, qu’il s’agisse, par exemple, de la ségrégation sur les marchés du travail et dans l’éducation, des stéréotypes de genre, du manque d’accessibilité des infrastructures de garde d’enfants et autres services de prise en charge, ou encore de la répartition inégalitaire des tâches ménagères et des responsabilités familiales. Il convient d’éliminer toute discrimination salariale, y compris celle qui est fondée sur l’âge. Actuellement à l’examen, la proposition de directive de la Commission européenne sur la transparence des rémunérations devrait aider les États membres à mettre en place, dans le cadre des mesures prises pour combler l’écart salarial entre les hommes et les femmes, une application plus rigoureuse du principe de rémunération égale pour travail de valeur égale entre les hommes et les femmes, sans toutefois perdre de vue les préoccupations relatives aux contraintes supplémentaires imposées aux entreprises, en particulier aux PME.

3.3. Ligne directrice no 7: améliorer le fonctionnement des marchés du travail et l’efficacité du dialogue social

3.3.1.

Afin d’améliorer le fonctionnement des marchés du travail, il est nécessaire de revoir les rôles et les responsabilités de leurs différents acteurs, à savoir les services publics de l’emploi (SPE) et les services sociaux. Il y a lieu d’examiner les possibilités qui existent pour nouer des partenariats associant, par exemple, les services sociaux, s’agissant d’établir un contact avec les personnes plus éloignées du marché du travail et de les préparer à suivre des programme de formation, les services publics de l’emploi, afin de mener des politiques actives du marché du travail sur mesure, avec un volet relatif au maintien de l’emploi et des prestations d’orientation et de conseil, et, enfin, les services privés de l’emploi, pour des actions conjointes ou complémentaires, comme le partage de la base de données des offres d’emploi. Il s’impose d’évaluer l’efficacité des mesures d’intervention et, au besoin, de les repenser ou de les reconfigurer. Les capacités des services publics de l’emploi doivent être renforcées, notamment grâce à la numérisation de leurs prestations. De même, il conviendrait de les encourager à coopérer avec les services privés de l’emploi et d’autres acteurs pertinents du marché du travail.

3.3.2.

Les partenaires sociaux ont un rôle important à jouer dans cette entreprise, en particulier dans le contexte des marchés du travail locaux et des secteurs en transition, où ils peuvent contribuer à ce qu’entre secteurs, emplois ou métiers, les transitions s’opèrent en douceur. Les organisations de la société civile apportent elles aussi une contribution appréciable, de par leur expertise spécifique concernant les différentes formes d’emploi, en particulier pour les groupes vulnérables, et les questions sociales, ainsi qu’en leur qualité de prestataires d’enseignement et de services sociaux d’intérêt général.

3.3.3.

Le taux d’inactivité reste relativement élevé dans l’ensemble de l’Union européenne (12). Le moment est venu de ramener à l’emploi les populations qui sont plus éloignées du marché du travail. À condition d’être dûment encadrés par la législation ou la négociation collective au niveau national, afin d’offrir des conditions de travail équitables, les différentes modalités d’emploi, les formules d’activité flexibles et le télétravail pourraient constituer de puissants facteurs pour donner la possibilité de trouver du travail, notamment dans le cas des personnes issues de groupes vulnérables. Grâce aux infrastructures et services sociaux, par exemple dans le domaine de la garde d’enfants ou de la prise en charge de longue durée, les personnes qui assument des responsabilités de prise en charge de proches ont la possibilité d’envisager d’intégrer le marché du travail.

3.3.4.

La collaboration avec les partenaires sociaux est essentielle pour promouvoir des conditions de travail équitables, transparentes et prévisibles, qui tiennent la balance égale entre les droits et les obligations. Le CESE estime lui aussi qu’il y a lieu d’éviter les formules d’emploi débouchant sur des conditions de travail informelles et précaires, y compris dans le cadre du travail via une plateforme, pour lequel un projet de directive est en cours d’examen. Le CESE souligne que toute mesure régissant les nouveaux modes de travail, dont celui s’exerçant par l’intermédiaire de plateformes, devrait réglementer les formules de travail flexibles au niveau européen et national approprié, tout en offrant des garanties essentielles pour préserver la protection adéquate de leurs travailleurs. Il convient de respecter le rôle des partenaires sociaux.

3.4. Ligne directrice no 8: promouvoir l’égalité des chances pour tous, favoriser l’inclusion sociale et combattre la pauvreté

3.4.1.

Alors que l’Europe est confrontée à une série de crises, il est aujourd’hui particulièrement important de promouvoir l’égalité des chances pour tous et l’inclusivité des marchés du travail, dans la perspective, d’une part, de parvenir à ce que 78 % de sa population occupe un emploi, suivant l’objectif fixé par le plan d’action pour la mise en œuvre du socle européen des droits sociaux, et, d’autre part, de remédier aux pénuries de main-d’œuvre. Cet impératif vaut non seulement pour toute personne se rattachant à une catégorie sous-représentée sur le marché du travail mais aussi dans le contexte de l’afflux massif de personnes qui ont fui la guerre en Ukraine. Dès que la directive relative à la protection temporaire est entrée en vigueur, les États membres ont agi sans tarder pour adapter leur cadre réglementaire national de manière à pouvoir venir en aide aux réfugiés de ce pays et aux ressortissants de pays tiers qui y vivaient et ont fui en Europe à la suite du conflit qui y a éclaté. Tous les points d’engorgement, quels qu’ils soient, doivent être traités.

3.4.2.

Il est nécessaire d’adopter une approche individualisée pour les différents groupes vulnérables, comme les travailleurs âgés, les personnes handicapées, dont celles qui sont jeunes, les citoyens assumant des responsabilités de prise en charge de proches, les chômeurs de longue durée ou les travailleurs qui ont un parcours professionnel en pointillés, les jeunes qui ne travaillent pas ni ne sont aux études ou en formation (NEET), ou encore les migrants. Les différences qui, en matière d’emploi, existent entre les zones rurales et urbaines doivent également être prises en considération. Il convient de mobiliser les fonds de l’Union européenne pour en faire des leviers qui incitent les États membres, en particulier ceux que le tableau de bord social range dans la catégorie des moins performants en la matière, à arrêter des mesures qui encouragent les employeurs à recruter des personnes handicapées ou promeuvent l’emploi indépendant. Le travail décent offre le meilleur des instruments pour lutter contre la pauvreté et préserver la dignité humaine.

3.4.3.

Les prestations et les mesures d’aide au revenu temporaires devraient être fournies aussi longtemps qu’elles sont nécessaires, de manière à orienter les chômeurs ou les personnes à faibles revenus vers des gisements d’activité nouveaux et de meilleure qualité. Les prestations liées à l’emploi (13), associées à des mesures structurelles visant à faciliter l’inclusion des groupes vulnérables, peuvent faciliter leur intégration sur le marché du travail, mais devraient constituer des mesures d’urgence transitoires et complémentaires, puisqu’il convient d’encourager et de soutenir l’adoption d’une politique de rémunération adéquate qui garantisse un niveau de vie décent.

3.4.4.

Les entreprises ressortissant à l’économie sociale assument une mission importante, en particulier en fournissant aux plus vulnérables des emplois d’entrée de gamme et en dispensant des services au niveau régional. Le CESE salue le plan d’action de la Commission en faveur de l’économie sociale et il la presse de lancer des initiatives d’évaluation pour détecter au niveau national quels sont les meilleurs projets qui s’y rattachent.

3.4.5.

Il est particulièrement opportun que l’accent soit mis sur les enfants. La pauvreté qui les touche doit être combattue par des mesures globales et intégrées, et il est nécessaire d’encourager l’action menée afin de mettre en œuvre la garantie pour l’enfance. Le Comité adhère totalement à l’idée que la disponibilité de services aux tarifs abordables, de bonne accessibilité et de grande qualité, notamment en matière d’éducation et de garde d’enfants en bas âge, d’accueil extrascolaire, d’enseignement, de formation, de logement, de soins de santé et de prise en charge de longue durée, joue un rôle essentiel pour réduire la pauvreté des enfants et garantir l’égalité des chances. Il y a lieu, plus largement, de renforcer l’accès effectif à des services sociaux de qualité en rapport avec les besoins individuels; sous l’effet de la COVID-19, cette problématique s’est trouvée sous le feu des projecteurs, et il importe qu’elle ne retombe pas dans l’oubli une fois la pandémie terminée.

3.4.6.

Parallèlement, la transition écologique, qui induit un basculement en matière énergétique, et, plus spécifiquement, les récentes augmentations des prix de l’énergie ont pour effet que la vie des groupes vulnérables est devenue encore plus difficile (14). En dépit des engagements politiques, il reste encore beaucoup de travail à accomplir pour lutter contre la pauvreté énergétique et garantir que les mesures prises soient dûment ciblées et efficaces.

3.4.7.

En se combinant, le vieillissement démographique de plus en plus marqué, l’allongement de l’espérance de vie et la contraction du nombre d’actifs aboutiront à ce que le nombre de personnes âgées, en situation de dépendance financière, va augmenter si nous ne réussissons à accroître les effectifs de la population active en donnant un caractère plus inclusif aux marchés de l’emploi, notamment par l’activation de groupes qui en sont actuellement exclus ou y sont sous-représentés. Il y a lieu de prendre des mesures pour relever les défis auxquels sont confrontés les systèmes de sécurité sociale et de soins de santé dans les États membres. Pour chacun d’entre eux, disposer de régimes de retraite adéquats et viables d’un point de vue financier représente une politique d’une importance capitale. Le CESE salue l’approche globale d’égalité entre les hommes et les femmes que la Commission propose en ce qui concerne l’acquisition de droits à pension, ainsi que les stratégies de vieillissement actif qui sont nécessaires pour faciliter la participation des personnes âgées au marché du travail et contribuer à réduire les inégalités entre les sexes en matière de retraites. Le CESE souligne que durant la vie active de tout travailleur, il importe d’éviter l’intermittence dans ses périodes d’activité, de manière à ce qu’il soutienne les régimes de sécurité sociale grâce à ses cotisations et qu’il ait la garantie, une fois qu’il prendra sa retraite, d’avoir droit à une pension d’un montant adéquat.

Bruxelles, le 22 septembre 2022.

La présidente du Comité économique et social européen

Christa SCHWENG


(1) Semestre européen 2022: rapports par pays.

(2) European Economic Forecast. Spring 2022 («Prévisions économiques européennes, printemps 2022»).

(3) Spring 2022 Economic Forecast: Russian invasion tests EU economic resilience («Prévisions économiques, printemps 2022: l’invasion russe met la résilience économique de l’UE à l’épreuve»).

(4) Rapport conjoint sur l’emploi 2022.

(5) Voir également l’étude de l’observatoire du marché du travail (OMT) sur Le travail de demain: assurer l’apprentissage et la formation des salariés tout au long de la vie.

(6) Avis du CESE sur le paquet «Apprentissage et employabilité» (JO C 323 du 26.8.2022, p. 62).

(7) Rapport conjoint sur l’emploi 2022.

(8) C(2022) 4050 final.

(9) Recommandation du Conseil relative aux comptes de formation individuels.

(10) Rapport adopté par le Conseil le 14 mars 2022.

(11) Le CESE travaille actuellement à l’élaboration d’un rapport d’information sur le thème «L’égalité de traitement des jeunes sur le marché du travail».

(12) Le taux d’inactivité le plus élevé est enregistré en Italie (plus de 37 % en 2021). Ceux relevés en Croatie, en Roumanie, en Grèce et en Belgique dépassent également les 30 %. Des données plus complètes sur la population économiquement inactive en Europe sont disponibles à cette adresse.

(13) L’OCDE définit les prestations liées à l’emploi comme «des crédits ou abattements d’impôt permanents liés à l’emploi, ou des régimes équivalents de prestations liés à l’emploi, conçus dans le double but de réduire la pauvreté des travailleurs et de renforcer les incitations au travail pour les travailleurs à faibles revenus».

(14) Voir également l’avis du Comité économique et social européen sur la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil établissant un Fonds social pour le climat (JO C 152 du 6.4.2022, p. 158).


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