LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilDroit européen52022IE1594
Initiative législative52022IE1594

Initiative législative — 52022IE1594

CELEX52022IE1594
TypeInitiative législative
Datejeudi 27 octobre 2022

Texte intégral

28.2.2023

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 75/122


Avis du Comité économique et social européen sur le thème «La diplomatie culturelle en tant que vecteur des relations extérieures de l’UE — Nouveaux partenariats et rôle des OSC»

(avis d’initiative)

(2023/C 75/17)

Rapporteur:

Luca JAHIER

Décision de l’assemblée plénière

20.1.2022

Base juridique

Article 32, paragraphe 2, du règlement intérieur

Avis d’initiative

Compétence

Section «Relations extérieures»

Adoption en section

14.10.2022

Date de l’adoption en session plénière

27.10.2022

Session plénière no

573

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

178/1/1

1. Conclusions et recommandations

1.1.

La culture rassemble. Elle nous dote d’un capital grâce auquel nous pouvons mettre notre cheminement en lumière, que ce soit dans un contexte européen ou pour nous projeter dans le monde. En ces temps où la guerre a fait son retour sur le continent européen, avec son cortège de destructions terrifiantes et de saccages, touchant les vies humaines et les lieux, nous avons besoin que les relations culturelles servent, bien plus qu’hier encore, d’instrument pour le dialogue, la paix et l’avenir. Aujourd’hui, ce doit être pour nous une authentique priorité que d’en faire un vecteur dynamique et stratégique de la politique extérieure de l’Union européenne, comme toute une série de textes et grandes initiatives l’ont réclamé à maintes reprises depuis maintenant dix-sept ans.

1.2.

En prenant appui sur la communication de la Commission de 2016, sur les nombreuses décisions et orientations émises par le Conseil et sur les recommandations du Parlement européen, nous nous devons à présent d’adopter un plan d’action stratégique pluriannuel en bonne et due forme qui, sous la coordination du Service européen pour l’action extérieure (SEAE), crée une véritable synergie avec les différentes politiques et structures de la Commission européenne et des États membres et offre une plateforme sur laquelle puissent se nouer des relations opérantes avec des intervenants de plus amples dimensions qui mènent déjà des activités avec succès, qu’il s’agisse des responsables concernés à l’échelle territoriale ou de tout l’éventail des acteurs privés ou institutionnels, étant entendu que ce plan doit être doté des ressources financières voulues.

1.3.

Dans le même temps, il y a lieu de renforcer sur-le-champ les actions de protection, restauration et reconstruction du patrimoine dans les zones de catastrophes naturelles, de crises et de conflits, en passant à la vitesse supérieure dans la formation d’opérateurs locaux et le développement des capacités des institutions et organisations qui ressortissent à la société civile à l’échelle du local. Une action plus substantielle doit être déployée dans le domaine des industries créatives, et il convient de lancer des projets pilotes d’une ampleur significative dans des régions comme les Balkans occidentaux, la Méditerranée et le Proche-Orient.

1.4.

Il importe aussi d’inventorier dans toute leur diversité les actions et initiatives qui existent déjà, au niveau des institutions et organisations européennes, des États nationaux et de la multitude des organisations de la société civile qui sont présentes dans les pays membres de l’Union européenne, tout comme au sein des différents partenariats internationaux, afin de construire une plateforme des relations culturelles internationales de l’Union européenne.

1.5.

Il y a lieu de créer, au sein du Service européen pour l’action extérieure, une structure spécifique d’envergure qui s’appuie sur le titulaire d’une fonction d’«envoyé spécial de l’Union européenne pour les relations culturelles», lequel élaborera une stratégie politique globale, bénéficiant du budget adéquat, et sera capable de constituer un réseau avec les États membres et les différentes organisations concernées, cependant que les délégations de l’Union recevront des outils et des enveloppes budgétaires, plus modestes, pour développer des actions dans chacun des pays où elles sont implantées.

2. Le cadre général

2.1.

Les institutions européennes ont, de longue date, inscrit à leur ordre du jour la question de la culture, abordée comme instrument de politique extérieure, dans le but de conforter le dialogue entre toutes les diversités en la matière, ainsi que les droits de l’homme et la cohésion sociale et économique, en prenant appui sur le moteur de croissance que constituent les industries créatives et culturelles. Cette diplomatie culturelle dans laquelle l’Union européenne a discerné un instrument d’action en matière de politique extérieure a pour spécificité de ne pas poser de préalable à la coopération dans le domaine de la culture et d’encourager une approche qui transcende la simple promotion des productions culturelles des États membres, afin de privilégier le partage, au niveau de la société civile, d’un espace de coproduction en la matière avec les pays partenaires.

2.2.

Dès 2007, la Commission européenne avait adopté une communication «relative à un agenda européen de la culture à l’ère de la mondialisation» (1), qui visait notamment à donner à la dimension culturelle un rôle plus affirmé dans les relations extérieures de l’Union européenne. Le Parlement a soutenu vigoureusement cette perspective dans une résolution de 2008, suivie d’une autre, en 2011, en prévoyant un budget de 500 000 EUR, l’année suivante, pour mettre en œuvre des actions préparatoires en faveur de la culture dans les relations internationales, qui ont abouti, en 2014, à la réalisation d’une étude cadrant la question (2).

2.3.

Le Conseil européen, quant à lui, a mis l’accent à plusieurs reprises sur le potentiel diplomatique que recèlent les relations culturelles, en particulier dans ses conclusions de 2007, 2008, 2014 et 2015, tout comme en ce qui concerne les plans d’action de la Commission depuis 2014.

2.4.

Les travaux préparatoires de cette décennie ont alimenté la communication conjointe (3) que la Commission et sa haute représentante et vice-présidente pour les affaires étrangères et la politique de sécurité ont publiée en juin 2016, sous l’intitulé «Vers une stratégie de l’UE dans le domaine des relations culturelles internationales». Le texte distinguait trois champs d’action pour le déploiement de cette stratégie:

—

le développement socio-économique axé sur les politiques culturelles, le rôle des pouvoirs locaux dans les initiatives en la matière et celui des industries de la culture et de la création dans les pays partenaires,

—

le dialogue interculturel pour la paix et la stabilité,

—

la protection du patrimoine culturel face aux catastrophes naturelles, aux conflits armés et au trafic d’objets, finançant par ailleurs les activités terroristes.

2.5.

La communication insistait en outre sur la nécessité de favoriser une coordination progressive de l’action des États membres, pour remédier à la situation actuelle de morcellement prononcé, ainsi que de tirer parti du rôle de plaques tournantes que jouent certaines délégations de l’Union européenne dans des pays tiers, de renforcer la coopération avec le réseau des Instituts culturels nationaux de l’Union européenne (EUNIC), pour garantir le rôle prépondérant des États membres dans le domaine de la culture, et, enfin, de recourir aux instruments et lignes de financement qui ont déjà été mis en place dans différents domaines. Le texte créait par ailleurs une plateforme de la diplomatie culturelle (4), qui aide à détecter les programmes et les ressources qu’il convient de prendre en considération, ainsi qu’à coordonner les différentes parties prenantes.

2.6.

En mai 2017, le CESE a pris position sur cette communication (5), qu’il a assurée de son franc soutien, non sans faire valoir cependant qu’il y avait lieu de franchir une nouvelle étape, pour passer d’un document intitulé «Vers une stratégie de l’UE» à l’adoption, puis à la mise en œuvre, d’une stratégie et d’un plan d’action en bonne et due forme, lequel, à son estime, devrait répondre à quatre impératifs structurels: apporter de la clarté dans la gouvernance à l’échelle de l’Union, s’efforcer de coordonner et d’offrir une aide complémentaire au niveau des États membres, préciser les aspects financiers et, enfin, valoriser des réseaux d’acteurs culturels interconnectés, qui soient les représentants d’une société civile pleine de dynamisme en matière culturelle. Le CESE demandait par ailleurs de donner à la dimension culturelle le statut de quatrième pilier de la stratégie de développement durable et de développer les réseaux appropriés pour associer à la démarche les différents acteurs de la société civile organisée et autres organisations qui, à différents niveaux, étaient déjà actifs dans ce domaine.

2.7.

Dans la résolution (6) qu’il a adoptée en juillet 2017, le Parlement européen soulignait pour sa part regretter que la communication fût dépourvue de la structuration plus substantielle nécessaire pour développer une stratégie agissante de diplomatie culturelle de la part de l’Union européenne et dégager les ressources appropriées. En juin 2017, le Comité des régions a pris lui aussi position en la matière, dans un avis (7) au message percutant, où il rappelait en particulier que les villes et l’échelon local de gouvernance peuvent jouer un rôle essentiel pour développer des réseaux de coopération culturelle au niveau du voisinage. Ce thème a trouvé un large écho dans une vaste étude de 2020 (8), qui a esquissé une stratégie à paliers multiples pour les relations culturelles internationales.

2.8.

Dans ses conclusions de mai 2017, le Conseil a récapitulé et relancé les propositions de la Commission, en recommandant notamment de créer un groupe d’«amis de la présidence», qui servirait de plateforme transversale destinée à faciliter la mise en œuvre de la stratégie. Il est revenu à nouveau sur cette thématique de la diplomatie culturelle dans ses importantes conclusions de juin 2019, concernant une approche stratégique et un cadre d’action de l’Union européenne dans le domaine des relations culturelles internationales (9), ainsi que dans celles de septembre 2019, sur la dimension culturelle du développement durable (10), de mai 2020, consacrées à la gestion des risques en matière de patrimoine culturel (11), et, enfin, de juin 2021 (12), en rapport avec une approche de l’Union européenne à l’égard du patrimoine culturel en période de conflit et de crise.

2.9.

Enfin, dans le cadre d’action européen (13) qui a été publié à la suite de l’Année européenne du patrimoine culturel (2018), l’un des cinq piliers essentiels que la Commission a définis pour l’action de l’Union européenne en la matière a pour intitulé «le patrimoine culturel pour des partenariats mondiaux plus vigoureux: renforcer la coopération internationale».

3. Observations et propositions

3.1.

Le cadre dont on vient d’esquisser un rappel montre toute l’ampleur que présentent les travaux, les orientations, les propositions et les décisions qui se sont accumulés au fil des ans, et il témoigne d’un consensus, solidement établi à présent, reconnaissant que la culture constitue un vecteur pour la construction des identités et de la cohésion, un moteur de développement socio-économique et un facteur essentiel pour nouer des coopérations pacifiques, y compris par des collaborations de personne à personne, concernant tant les organisations de la société civile que les universités, les centres culturels, les musées, les villes et les autres organisations intermédiaires.

S’y ajoute la conviction, de plus en plus répandue, que l’accent mis sur la dimension culturelle peut aider à réaliser le programme de développement durable à l’horizon 2030.

3.2.

De la même manière, la culture fait maintenant partie intégrante des principaux instruments de coopération de l’Union européenne, ainsi que de plusieurs accords bilatéraux qu’elle a conclus avec des pays tiers, tandis que depuis nombre d’années, un large éventail de projets culturels ont été mis en œuvre au titre de l’assistance technique et financière fournie par l’Union.

Ces actions visent à préserver ou restaurer des sites culturels classés, produire et diffuser des œuvres d’art, créer ou rénover des musées, renforcer les capacités des opérateurs de la culture et des artistes au niveau local et favoriser leur liberté de circulation entre les pays, organiser de grandes manifestations culturelles, sensibiliser les populations à la protection du patrimoine culturel ou développer un nouveau modèle de tourisme durable. En outre, la Commission soutient l’émergence et la consolidation des industries culturelles dans les pays partenaires, en particulier pour ce qui concerne le secteur audiovisuel et celui du cinéma, et s’attache à promouvoir l’accès local à la culture.

3.3.

Cette action s’avère toutefois plus morcelée que jamais, elle est dépourvue de visibilité générale et n’est pas sous-tendue par une vision stratégique tangible, si bien qu’elle n’est que rarement à même de déployer son véritable potentiel de vecteur toujours plus substantiel de la politique extérieure de l’Union européenne et d’outil dynamique de partenariat qu’elle pourrait être dans beaucoup de régions du monde et qu’elle constitue un trésor caché qu’il convient de mobiliser pour convertir en une réelle masse critique l’énorme capital des initiatives qui, ou sont mises en œuvre, ou sont susceptibles d’être activées, au niveau des États membres mais aussi à celui du très vaste vivier des acteurs et institutions d’échelon local comme des organisations de la société civile.

3.4.

En outre, il convient de ne pas perdre de vue que pour faire sens, la diplomatie culturelle de l’Union européenne doit être conçue et développée de telle manière qu’elle constitue un instrument de sa politique extérieure et, par conséquent, être dotée d’une indispensable dimension d’influence, dont la traduction, dans son cas, consiste à promouvoir dans le monde entier son modèle spécifique de coexistence pacifique et d’intégration des peuples, respectueux des droits fondamentaux et de liberté d’expression artistique et se conformant aux principes de la démocratie et de l’État de droit.

3.5.

En outre, la culture est un produit du travail, lequel constitue le pilier sur lequel l’Europe est construite. C’est lui qui a permis l’essor de l’industrie, a placé le continent européen au cœur des échanges commerciaux, a façonné l’histoire de ses villes et ouvert la voie à l’émancipation de ses populations, tout en y assurant l’affirmation des droits sociaux et du modèle social européen. La culture du travail doit rester au cœur de l’action européenne.

3.6.

Le patrimoine culturel, dans ses dimensions tant matérielles qu’immatérielles, constitue par essence une question qui est sensible d’un point de vue politique, présente une haute complexité et fait intervenir, à un haut degré, des connotations symboliques et émotionnelles, de sorte qu’il comporte un risque élevé de manipulations politiques, concernant son histoire, son attribution à telle ou telle composante d’une société et son utilisation, en particulier lorsque des minorités sont présentes ou en cas de conflits. En conséquence, il peut tout aussi bien devenir un fauteur de conflit qu’un vecteur de paix, de réconciliation et de développement partagé. Cette caractéristique montre clairement la voie à suivre pour qu’il devienne un puissant facteur auxiliaire de la diplomatie de l’Union européenne, dans la démarche qu’elle mène en faveur de la paix, de la sécurité et du développement durable.

3.7.

Bien qu’axée au premier chef sur la protection du patrimoine lors des conflits et des crises, la décision du Conseil du 21 juin 2021 a relancé l’ambition de faire de la «diplomatie culturelle» un artisan pertinent de la paix et du développement dans le cadre de la politique européenne de sécurité commune et de défense. Elle charge le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) et l’ensemble des agences et organismes intéressés de l’Union européenne d’élaborer des actions concrètes en ce sens, notamment en créant un groupe ad hoc qui, porté par le même SEAE, devra chaque année faire rapport au Conseil concernant les progrès réalisés. Le paragraphe 8 de ces mêmes conclusions souligne qu’il importe de renforcer les partenariats nécessaires avec les instances internationales et régionales compétentes, ainsi qu’avec les organisations intergouvernementales et non gouvernementales, c’est-à-dire celles de la société civile.

3.8.

Il s’avère donc nécessaire de réitérer avec force les souhaits qui se trouvaient déjà exprimés dans l’avis du CESE de 2017, ainsi que dans la résolution même du Parlement européen, de 2017 également, à savoir que l’Union européenne se doit de se doter d’un plan d’action en bonne et due forme, comme elle l’a déjà fait pour plusieurs autres de ses champs d’action, et de définir une structure opérationnelle de référence qui se caractérise par sa souplesse, ainsi que de prévoir les ressources budgétaires voulues, qu’elles soient spécifiques ou puissent être activées au titre de programmes qui existent déjà.

Ce plan d’action devrait se concentrer tout particulièrement sur les points suivants: renforcer la cohérence entre les politiques et instruments de l’Union européenne en matière d’action extérieure, assurer une complémentarité entre patrimoine matériel et immatériel, faire le lien avec le changement climatique, en tant que facteur de crise, inclure dans sa démarche les acteurs locaux, les femmes et les jeunes et favoriser leur autonomie d’action, stimuler la formation et l’échange de connaissances, créer des réseaux et les articuler avec ceux qui existent déjà, comme Erasmus+, tracer les différentes pistes envisageables pour développer une coopération et un partenariat concrets entre les institutions culturelles et intervenants ressortissant à des organisations de la société civile de l’Union européenne, d’une part, et à leurs pendants dans des pays tiers, d’autre part, ou encore resserrer la coopération avec les différents organismes régionaux et internationaux existants, de façon que la culture devienne un axe pertinent dans ces synergies.

Surtout et avant tout, il s’impose également de développer les interconnexions des relations culturelles avec une série d’autres dimensions, à savoir:

—

le développement durable,

—

l’économie circulaire,

—

la transition numérique,

—

la paix et la stabilité,

—

la promotion des droits fondamentaux et de la liberté d’expression,

—

les minorités, ainsi que la protection et la valorisation des cultures et des langues minoritaires,

—

la mise en avant de l’égalité entre les hommes et les femmes.

3.9.

En parallèle avec l’élaboration de ce plan, qui doit donner lieu à la participation la plus large, comme le veut à présent l’usage et être mis en avant et promu avec la même insistance que d’autres adoptés récemment, il apparaît toutefois indispensable de lancer immédiatement un ensemble d’actions concrètes, qui donnent enfin une traduction tangible aux multiples recommandations et propositions des autres institutions, telles que rappelées ci-dessus, et ouvrent la voie au déploiement du processus. Nous n’en mentionnerons ci-après que quelques-unes, à titre d’exemples:

3.9.1.

Assurer la protection, la restauration et la reconstruction du patrimoine dans les zones de catastrophes naturelles, de crises et de conflits, en prenant pour point de départ, en en adaptant au besoin le mandat, les missions qui sont déjà menées au titre de la politique de sécurité et de défense commune en Afghanistan, en Ukraine, en Géorgie, au Kosovo, en Libye, dans les territoires palestiniens, en l’occurrence à Ramallah et Rafah, au Niger, au Mali, ou encore dans la Corne de l’Afrique, en Somalie et au Somaliland. À cette fin, il y a lieu d’investir dans le dialogue intracommunautaire et interethnique, ainsi que, le cas échéant, interreligieux, de faire de la reconstruction et de la préservation des patrimoines culturels un instrument pour reconstruire une mémoire partagée et favoriser la réconciliation, mais aussi une piste pour la création d’emplois et d’activités économiques et touristiques à caractère durable, de déployer une action de renforcement des capacités à l’échelle locale, ainsi que de développer les indispensables activités de formation, ou encore d’accroître le recours à la cartographie satellitaire et à l’imagerie numérique pour mener des actions préventives.

3.9.2.

Renforcer la lutte contre le trafic illicite de biens culturels, qui est notamment utilisé pour financer le terrorisme international et sévit avec beaucoup d’intensité dans les zones de conflit, cette action devant être menée en coordination avec Europol et Interpol et nécessitant de mieux former la police des frontières.

3.9.3.

Développer une action ciblée en direction des industries créatives, concernant en particulier l’art contemporain et les nouvelles technologies et portant une attention spécifique aux nouvelles générations. Ce champ d’intervention, qui a déjà donné lieu à certaines initiatives d’ampleur significative, lancées avec le concours de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), représente sans conteste l’une des pistes les plus prometteuses pour susciter un développement durable, et sa pertinence a déjà été reconnue, en particulier, dans le contexte du nouvel accord de partenariat avec les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). La création, attendue sous peu, de la future Fondation culturelle ACP, ainsi que la proposition d’organiser ultérieurement un premier sommet des ministres de la culture des pays ACP et de l’Union européenne, tracent un cadre politique des plus intéressants, auquel il convient d’accorder toute l’attention qu’il mérite à titre prioritaire. Dans cette même orientation, on mentionnera également le Forum créatif 2021 de Ljubljana (14), qui a rassemblé les entreprises créatives de tout le pourtour méditerranéen, dans un souci de contribuer à la transition verte, à l’innovation sociale et à la croissance économique.

3.9.4.

Réaliser une cartographie systématique, dans toute leur diversité et leur abondance, des initiatives qui existent déjà, à quelque niveau que ce soit, notamment en créant un site interactif en faveur des échanges de bonnes pratiques et du développement de nouvelles synergies entre les acteurs des différents niveaux et à l’échelle transnationale, avec l’objectif de créer une plateforme des relations culturelles internationales de l’Union européenne, sur le patron d’autres initiatives couronnées de succès qui ont déjà été lancées dans d’autres domaines, comme la plateforme de l’économie circulaire, le festival du nouveau Bauhaus européen, etc. Dans ce domaine, le CESE peut certainement, en coopération avec les grandes organisations culturelles européennes qui sont intéressées par la question, constituer un pôle institutionnel aussi précieux que stable.

3.9.5.

Lancer des projets pilotes dans certaines zones spécifiques, en articulation avec les priorités politiques déjà définies dans chacune de ces régions. On en mentionnera ci-après quelques exemples, dans lesquels une action coordonnée de l’Union européenne peut faire la différence.

3.9.5.1.

Les Balkans occidentaux, notamment dans la perspective de leur intégration à l’Union européenne, forment une zone pour laquelle il serait judicieux de développer fortement la dimension culturelle, par exemple en offrant un soutien à un réseau régional d’organisations de la société civile qui, dans l’ensemble des pays de l’espace balkanique occidental, s’attachent à préserver le patrimoine culturel et naturel, conçu comme un bien commun reçu en héritage. Dans le cadre des pourparlers menés entre Belgrade et Pristina pour normaliser les relations entre la Serbie et le Kosovo, il conviendrait d’accorder à la question du patrimoine culturel et religieux un niveau de priorité nettement plus élevé, eu égard à la très haute pertinence qu’elle revêt pour l’identité des différentes communautés. De même, dans une aire plus étendue couvrant tout le Sud-Est européen, il conviendrait de dispenser une assistance à des projets de coopération régionale auxquels soient associés des historiens et des spécialistes d’histoire de l’art, visant à contribuer à enrayer les tendances à revoir ou réécrire l’histoire qui sont de plus en plus prégnantes et n’hésitent pas, au besoin à altérer l’identité, de nature plurielle, des monuments historiques et des sites patrimoniaux. Pour donner corps à cette démarche, il s’impose également de développer les capacités des organisations de la société civile et des institutions de l’échelon local, par exemple en établissant des programmes de jumelage avec des musées, fondations ou autres structures des pays membres de l’Union européenne, en lançant un programme des «champions du patrimoine de l’Union européenne et des Balkans occidentaux», s’inspirant de la méthodologie du programme des lauréats des prix Ilucidare, pour donner aux spécialistes du patrimoine de l’Union européenne et des Balkans occidentaux l’occasion d’échanger des expériences et bonnes pratiques, ou encore en mobilisant le dispositif du corps européen de solidarité afin d’encourager des jeunes à participer à des «chantiers» de restauration patrimoniale. Par ailleurs, établir un régime de volontariat pour le patrimoine culturel qui couvre le niveau régional et soit ouvert aux ressortissants des États membres de l’Union européenne comme des pays qui n’en font pas partie constituerait un puissant moyen de contribuer grandement à raviver un souffle de solidarité dans cette partie du continent.

3.9.5.2.

Méditerranée et Proche-Orient. La Méditerranée et le Proche-Orient constituent indubitablement une zone d’importance prioritaire, qui se caractérise par la présence de nombreuses situations de conflit toujours en cours et qui ne manque assurément pas de sites et de trésors ressortissant au patrimoine culturel, d’une valeur inestimable et susceptibles de jouer un rôle de poids, s’agissant de stimuler la réconciliation, la paix, la reconstruction, ainsi qu’un développement durable, et d’éviter, en réamorçant le recours aux précieuses énergies inhérentes aux communautés et aux traditions locales, que de nouvelles crises ne surgissent. Il est incontestablement indiqué de reprendre, en le renforçant, le projet que la direction générale Coopération internationale et développement (DEVCO) avait lancé en son temps dans la région de Mossoul afin de restaurer des identités gravement malmenées et un patrimoine menacé de dispersion, en entreprenant de former des opérateurs culturels et des experts professionnels du cru et de développer les activités économiques connexes. Une action analogue devrait également se dérouler en Syrie, pour reconstruire Palmyre . De la même manière, on ne peut, dans le cadre du processus complexe qui se déroule en Libye , faire l’impasse sur l’immense valeur du patrimoine culturel de ce pays. Il a été signalé de longue date que les sites de Sabratha, Leptis Magna, Cyrène, Apollonie ou Ghadamès comptent parmi ceux qui, depuis le début du conflit, sont les plus vulnérables au pillage, car ils abritent des biens d’une immense valeur, susceptibles d’être dispersés de manière catastrophique par les réseaux de trafic clandestin.

Depuis 2015, l’Union pour la Méditerranée promeut un réseau indépendant d’experts de la Méditerranée sur le changement climatique (15), qui est parvenu à des conclusions pertinentes en la matière, comme le plan d’action de développement urbain pour 2040 (16). Un projet spécifique mené avec l’Union pour la Méditerranée dans le but d’élaborer une stratégie commune de mise en sécurité des différents sites rattachés au patrimoine matériel présenterait une forte valeur politique, ne serait-ce que parce qu’il aurait aussi pour effet de sauvegarder toutes les activités touristiques et économiques afférentes.

La référence majeure en la matière est désormais constituée par la déclaration finale de la conférence des ministres de la culture de la Méditerranée, qui s’est tenue à Naples les 16 et 17 juin 2022 et s’est attachée à développer des stratégies et actions communes pour protéger le patrimoine et favoriser la culture, en tant qu’ils constituent des biens communs de toute la région, ainsi qu’à lancer le «processus de Naples» pour la coopération culturelle dans la zone méditerranéenne (17).

3.9.5.3.

Que la dimension culturelle revête une haute importance sur le continent africain n’a assurément rien d’un fait nouveau. Pourtant, son rôle a souvent été très marginalisé, dans les relations comme dans la réalité concrète des projets et des investissements, alors que les exemples de bonnes pratiques ne manquent pas, que la question monte dans l’ordre des priorités au sein du groupe de la communauté des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) et que des potentialités existent à cet égard dans les relations avec l’Union africaine. Il est évident qu’un des centres qui jouent un rôle névralgique à cet égard est le Musée des civilisations noires de Dakar, dont le projet remontait au premier président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor et qui a été inauguré fin 2018, pour devenir le principal pôle d’échanges culturels à l’échelle de tout le continent, en se plaçant dans la perspective de la Renaissance africaine. C’est dans cette même logique qu’il convient sans aucun doute de replacer le cas du Tigré, qui est maintenant devenu une zone de conflit et d’urgence humanitaire aiguë et abrite un immense patrimoine culturel, en ce qu’il constitue le berceau du christianisme copte éthiopien, avec ses monastères et églises d’une haute importance.

En outre, le continent africain est celui qui concentre le plus grand nombre de réfugiés et personnes déplacées dans le monde, de sorte qu’il serait opportun d’investir dans la dimension culturelle de ces groupes de population, afin notamment de les aider à se doter des capacités voulues pour qu’ils puissent préserver leurs traditions et en faire le tremplin à partir duquel ils pourront rebondir et se reconstruire. Une autre thématique est celle de la dimension culturelle dans les relations avec les différentes diasporas, dont les rangs sont fournis et qui offrent à leur tour des leviers de développement.

Enfin, l’industrie de la mode constitue un secteur qui connaît un développement exponentiel sur le continent africain, en particulier au niveau de l’artisanat et des petites et moyennes entreprises, et peut non seulement y générer de la prospérité économique et créer des emplois mais également construire son identité et le rendre fier de sa créativité. Il s’impose de renforcer résolument les projets spécifiques de formation comme de partenariat qui sont noués entre des acteurs économiques des deux ensembles continentaux.

3.9.5.4.

Une initiative spécifique doit être développée en faveur de l’Ukraine, eu égard aux destructions, d’une énorme ampleur et d’ores et déjà attestées, que le patrimoine culturel a subies dans de nombreuses régions du pays. Les musées européens pourraient organiser des collectes de soutien au patrimoine culturel ukrainien et les États membres se devraient d’encourager les partenariats public-privé afin de financer des projets de restauration. Le projet pilote des «espaces européens de la culture», placé sous l’égide du Parlement européen, pourrait centrer son attention sur l’Ukraine, en ouvrant à Kiev une Maison européenne de la culture, qui prendrait la forme d’une bibliothèque ou d’un autre type d’espace culturel et dont l’organisation serait assurée par le réseau des Instituts culturels nationaux de l’Union européenne (EUNIC), en coopération avec le service européen pour l’action extérieure (SEAE).

3.9.5.5.

Il serait également opportun de lancer des actions par lesquelles l’Ouest diffuse un message positif de paix et de respect à l’adresse des populations russe et biélorusse et de la sphère culturelle russe, afin déconstruire la propagande poutinienne.

3.9.6.

Établir une coordination avec le Conseil de l’Europe qui mène déjà des actions culturelles au niveau du continent européen, comme le programme des «itinéraires culturels», ainsi qu’avec l’Unesco, le Centre international d’études pour la conservation et la restauration des biens culturels (ICCROM) et le Conseil international des musées (ICOM); renforcer la coopération multilatérale dans la perspective de la Conférence mondiale de l’Unesco sur les politiques culturelles et le développement durable (Mondiacult 2022), qui doit se dérouler à Mexico du 28 au 30 septembre 2022.

3.9.7.

Élaborer des lignes directrices pour une politique de restitution des œuvres d’art volées et le développement des capacités de soutien en faveur des pays et musées qui les conservent, dans une perspective de reconstruction des cultures victimes de pillages et de vols. Ce rapatriement est d’autant plus indispensable dans le cas des antiquités qui revêtent une importance particulière pour l’humanité et dont l’enlèvement du territoire d’un État nuit au monument ou à l’environnement archéologique plus large, en raison, tout à la fois, des principes fondamentaux du droit du patrimoine culturel et de la nécessité de rétablir l’intégrité de l’édifice concerné dans son contexte historique, culturel et naturel. Ce principe a également été acté par la convention de l’Unesco sur les biens culturels, de 1970, qui facilite leur restitution internationale, en luttant contre le pillage archéologique, le commerce illégal d’antiquités et la contrebande des trésors artistiques. Les biens culturels des tombes amérindiennes, les bronzes du Bénin, la statue de maître Zhang Gong ou les sculptures du Parthénon sont quelques exemples de pareilles situations.

3.9.8.

Intensifier le renforcement des capacités de la société civile qui, dans chaque pays, est engagée dans le secteur de la culture et des relations culturelles internationales, en favorisant le développement d’organisations qui soient indépendantes et, surtout, présentes sur le terrain.

3.10.

Pour qu’une telle entreprise puisse prendre son envol, il est indispensable de créer au sein du SEAE une structure spécialisée, d’un poids significatif, qui œuvre en réseau avec les autres directions générales de la Commission européenne ayant à connaître de la question et s’appuie sur le titulaire d’une fonction d’«envoyé spécial de l’Union européenne pour les relations culturelles», lequel s’attachera à développer une orientation politique globale, reconnue et conséquente, ainsi qu’à tisser des réseaux et assurer la gestion d’ensemble du plan d’action susmentionné.

Il conviendrait de doter cette structure d’un budget qui garantisse en particulier qu’elle soit en mesure d’assurer une telle fonction.

Ce dispositif devrait être complété, au sein des différentes délégations de l’Union européenne, par un réseau de points focaux consacrés à la culture, qui s’articulera autour des diverses priorités politiques mais sera toujours fondé sur un socle commun essentiel et bien reconnaissable, celui d’une Europe qui est porteuse de paix. Il serait envisageable d’octroyer à ces délégations des fonds spécifiques qu’elles seraient tenues de consacrer à des actions culturelles de terrain.

3.11.

Enfin, pour la relier à la logique de la transition numérique et durable, il y a lieu d’intégrer dans la dimension culturelle des relations internationales de l’Union européenne une série de principes clairs et nets, d’ordre qualitatif, concernant les investissements culturels relatifs à toute action développée dans les pays partenaires. Dans le cas de ceux effectués au profit du patrimoine matériel, par exemple, ces critères doivent notamment incorporer les principes du «nouveau Bauhaus européen», à savoir la durabilité, l’esthétique et l’inclusion, ainsi que le système Davos de qualité pour la culture du bâti.

Bruxelles, le 27 octobre 2022.

La présidente du Comité économique et social européen

Christa SCHWENG


(1) COM(2007) 242 final.

(2) Engaging the World: Towards Global Cultural Citizenship («Prendre langue avec le monde: vers une citoyenneté culturelle mondiale», europa.eu).

(3) JOIN(2016) 29 final.

(4) Plateforme pour les relations culturelles (cultureinexternalrelations.eu).

(5) Vers une stratégie de l’UE dans le domaine des relations culturelles internationales (JO C 288 du 31.8.2017, p. 120).

(6) Résolution du Parlement européen du 5 juillet 2017, «Vers une stratégie de l’UE dans le domaine des relations culturelles internationales» [2016/2240(INI)] (JO C 334 du 19.9.2018, p. 112).

(7) Avis du Comité européen des régions, «Vers une stratégie de l’UE en matière de relations culturelles internationales» (JO C 207 du 30.6.2017, p. 95).

(8) Towards a multi-level strategy for EU external cultural relations («Vers une stratégie à niveaux multiples pour les relations culturelles externes de l’Union européenne») (disponible à l’Office des publications de l’Union européenne, europa.eu).

(9) Conclusions du Conseil sur une approche stratégique et un cadre d’action de l’UE dans le domaine des relations culturelles internationales (JO C 192 du 7.6.2019, p. 6).

(10) Résolution du Conseil sur la dimension culturelle du développement durable (JO C 410 du 6.12.2019, p. 1).

(11) Conclusions du Conseil sur la gestion des risques en matière de patrimoine culturel (JO C 186 du 5.6.2020, p. 1).

(12) Conclusions du Conseil sur l’approche de l’UE à l’égard du patrimoine culturel en période de conflit et de crise (21 juin 2021).

(13) Document de travail des services de la Commission, European Framework of Action for Cultural Heritage («Cadre d’action européen pour le patrimoine culturel») [SWD(2018) 491 final, du 5 décembre 2018], p. 29.

(14) Future Unlocked! — Cultural and Creative Sectors as Agents of Change («Déverrouiller l’avenir: les secteurs de la culture et de la création, acteurs du changement», creativeforum.si).

(15) https://www.medecc.org/

(16) Towards a new UfM Strategic Urban Development Action Plan 2040 («Vers un nouveau plan d’action stratégique de développement urbain pour 2040»), Union pour la Méditerranée (ufmsecretariat.org).

(17) https://cultura.gov.it/medculture


Documents similaires

Initiative législative52022IP0451

Initiative législative — 52022IP0451

15/12/2022

Initiative législative52022IP0450

Initiative législative — 52022IP0450

15/12/2022

Initiative législative52022IP0449

Initiative législative — 52022IP0449

15/12/2022

Initiative législative52022IP0448

Initiative législative — 52022IP0448

15/12/2022

← Retour au droit européenVoir aussi sur EUR-Lex →