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Initiative législative52022IE2145

Initiative législative — 52022IE2145

CELEX52022IE2145
TypeInitiative législative
Datemercredi 26 octobre 2022

Texte intégral

28.2.2023

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 75/50


Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Accroître la mobilité de la main-d’œuvre pour soutenir la reprise économique»

(avis d’initiative)

(2023/C 75/08)

Rapporteur:

Philip VON BROCKDORFF

Décision de l’assemblée plénière

20.1.2022

Base juridique

Article 52, paragraphe 2, du règlement intérieur

Avis d’initiative

Compétence

Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté»

Adoption en section

29.9.2022

Adoption en session plénière

26.10.2022

Session plénière no

573

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

101/0/0

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Dans plusieurs de ses avis, le CESE a évoqué l’importance de la mobilité de la main-d’œuvre et a constaté qu’au fil des ans, la mobilité de cette dernière au sein de l’Union s’était accrue, quoiqu’à un rythme modéré.

1.2.

Le CESE juge nécessaire de procéder à une analyse plus approfondie des raisons pour lesquelles, outre les restrictions causées par la pandémie, le nombre d’européens mobiles en âge de travailler augmente de manière plus faible que les années précédentes. Le CESE demande également que soit réalisée une étude visant à établir le coût économique de la situation actuelle du marché du travail.

1.3.

Le CESE recommande des mesures nationales plus efficaces prévoyant des mesures politiques nationales actives du marché du travail, telles que les prestations liées à l’emploi pour les européens et pour les travailleurs de pays tiers.

1.4.

Le CESE invite la Commission, dans le cadre des recommandations par pays, à inclure dans le semestre européen des indicateurs visant à surveiller les politiques nationales qui, d’une manière ou d’une autre, restreignent la mobilité des travailleurs dans l’ensemble de l’Union.

1.5.

Le CESE demande aussi à la Commission d’analyser les évolutions négatives liées à la mobilité des travailleurs, tout particulièrement le phénomène de fuite des cerveaux dans certains secteurs et régions. Dans le même temps, souligne que les mesures de lutte contre la fuite des cerveaux doivent aller de pair avec une action en faveur d’une convergence économique et sociale vers le haut.

1.6.

Le CESE recommande également aux États membres de poursuivre le travail d’amélioration de leurs portails respectifs en incluant les conditions de travail minimales requises par la législation nationale, de manière à éviter les abus. Le CESE demande également que des efforts supplémentaires soient déployés pour améliorer les compétences linguistiques.

1.7.

Le CESE invite les États membres à faciliter la mobilité des personnes handicapées.

1.8.

Le CESE considère également, comme cela a été affirmée dans le document SOC/731, que l’égalité entre les hommes et les femmes est un facteur important pour renforcer la mobilité de la main-d’œuvre au sein de l’Union (1).

1.9.

Le CESE invite la Commission à suivre de façon continue la coordination de la sécurité sociale et à veiller à ce que des solutions communes soient apportées à de nouvelles situations telles que le télétravail depuis l’étranger. Le CESE appelle de surcroît à redoubler d’efforts pour créer un numéro de sécurité sociale européen qui permette de surmonter les obstacles à l’accès à la sécurité sociale dans les situations transfrontières.

1.10.

Le CESE note que de bonnes conditions de travail et d’emploi, ainsi que des aspects de qualité de vie tels que la disponibilité de bons établissements scolaires et des installations récréatives, sont nécessaires pour que les entreprises conservent un avantage concurrentiel et attirent des travailleurs qualifiés.

1.11.

Le CESE observe aussi que la pandémie de COVID-19 a fait clairement avancer les possibilités de télétravail. De plus en plus de travailleurs trouvent un intérêt à exercer à distance depuis l’étranger pour une courte période ou à titre temporaire. Le CESE attend avec intérêt les prochaines négociations des partenaires sociaux sur une directive en la matière.

1.12.

Le CESE plaide en faveur d’un réseau européen de points d’information, y compris des services en ligne, mais aussi physiques et téléphoniques, pour aider les travailleurs et les employeurs à traiter les demandes dans des domaines tels que les services bancaires et des assurances.

1.13.

Enfin, le CESE souligne l’importance de l’analyse statistique en cours des flux de mobilité de la main-d’œuvre afin de contribuer à remédier à l’inadéquation des compétences sur les marchés du travail de l’Union, et d’évaluer l’impact d’évolutions telles que la guerre en Ukraine et les mouvements des personnes en âge de travailler entre les États membres et en leur sein.

2. Observations générales

2.1.

Dans un contexte marqué par une grande incertitude économique, avec une révision à la baisse des prévisions économiques et une hausse probable des taux d’intérêt de la zone euro pour contrer des taux d’inflation élevés, la mobilité de la main-d’œuvre au sein de l’Union européenne pourrait jouer un rôle cardinal dans la reprise économique et les perspectives de croissance européennes. Il est généralement admis que la libre circulation des travailleurs et des services contribue à la croissance économique et à la cohésion dans l’Union et crée des possibilités d’emploi dans le marché unique. L’effet est évident: une mobilité accrue pour pourvoir les postes vacants améliore la répartition des ressources en main-d’œuvre, augmente la production économique et le bien-être, en particulier si les conditions de travail proposées sont équitables. Le marché du travail de l’Union repose également sur le principe de l’égalité de traitement consacré à l’article 45 du TFUE et précisé dans un certain nombre d’actes de droit dérivé. Plus globalement, l’économie européenne devrait tirer profit de la mobilité accrue de la main-d’œuvre. Toutefois, pour tel ou tel État membre, il pourra y avoir tantôt des gains et tantôt des pertes, en fonction des effets à long terme de la direction des flux de mobilité. À court terme, la mobilité de la main-d’œuvre serait bénéfique pour les pays d’origine caractérisés par le chômage structurel. Toutefois, les effets nets pour les pays d’accueil dépendront très largement, et entre autres choses, des conditions de travail qui seront offertes aux travailleurs.

2.2.

Dans plusieurs de ses avis, le CESE a évoqué l’importance de la mobilité de la main-d’œuvre et il a constaté que celle-ci s’était accrue au sein de l’Union au fil des ans, quoiqu’à un rythme modéré, et qu’elle accuse toujours, en pourcentage, un retard par rapport à ce qui s’observe aux États-Unis. Selon une étude effectuée par la direction générale de la politique régionale et urbaine de la Commission, la part de la population américaine qui s’est installée dans un autre État représente environ 2,8 % de la population totale en âge de travailler, tandis que dans l’Union européenne, elle n’est que de 1,2 % (2).

2.3.

Selon les statistiques démographiques d’Eurostat pour 2019, 13 millions d’européens en âge de travailler, la catégorie des 20 à 64 ans, se sont déplacés d’un État membre à un autre. Toutefois, en pourcentage, le nombre d’européens mobiles en âge de travailler a augmenté plus faiblement que les années précédentes, et la pandémie n’a nullement contribué à tirer ces chiffres vers le haut.

2.4.

L’enquête sur les forces de travail de l’Union européenne 2019 indiquait un chiffre de 11,9 millions d’européens mobiles en âge de travailler, dont 9,9 millions de travailleurs mobiles actifs, ces derniers étant définis comme des citoyens de l’Union occupant un emploi dans un autre État membre sans avoir à obtenir de permis de travail. soit 4,2 % de la main-d’œuvre totale de l’Europe, qui comptait alors vingt-huit membres. La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne a manifestement réduit les possibilités d’emploi pour les travailleurs européens, et les principaux pays de destination sont désormais l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne.

2.5.

La Roumanie et la Pologne sont les pays principaux pourvoyeurs de travailleurs mobiles actifs, les premières branches d’activité économique concernées étant le secteur manufacturier et le commerce de gros et de détail. D’autres secteurs sont relativement importants, il s’agit de la construction et des transports, de l’aide sociale et des services domestiques, du tourisme et de l’agriculture.

2.6.

L’Europe des Vingt-huit comptait 1,5 million de travailleurs transfrontières et, là encore, avec la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, ce nombre a chuté, les principaux pays d’origine concernés étant la France, l’Allemagne et la Pologne, d’autres flux non négligeables étant observés entre la Slovaquie, la Hongrie et l’Autriche. Le CESE note que la mobilité de la main-d’œuvre au sein de l’Union est motivée par une multiplicité de raisons, qui dépendent de la situation personnelle, y compris les différences de rémunération entre pays d’accueil et pays de résidence du travailleur transfrontalier. La décision de s’installer à l’étranger pour y travailler peut en effet être motivée par une combinaison de plusieurs raisons, dont l’emploi proposé à titre saisonnier dans des secteurs tels que l’agriculture et le tourisme. Plus récemment, la détérioration du pouvoir d’achat qui affecte la population dans l’ensemble de l’Union peut en vérité décourager la mobilité de la main-d’œuvre, en particulier si la hausse des prix a également une incidence sur le coût du logement loué.

2.7.

Au cours des dernières années, la mobilité des travailleurs hautement qualifiés a augmenté, cette catégorie représentant plus d’un tiers du total à l’échelle de l’Union, alors même qu’à l’inverse, la part des travailleurs mobiles peu formés diminuait dans les mêmes proportions. Il convient de noter que la mobilité des travailleurs hautement qualifiés est un moteur non négligeable de l’économie de la connaissance. En Europe, les principaux pays de destination pour les travailleurs mobiles hautement qualifiés sont l’Allemagne, l’Espagne, la France, la Belgique et l’Autriche. Alors que les travailleurs hautement qualifiés se trouvent le plus souvent dans les secteurs du commerce, de l’enseignement, des sciences ou de l’ingénierie, la surqualification apparaît comme un phénomène assez répandu. On estime que 55 % des travailleurs hautement qualifiés sont des femmes.

2.8.

Selon les projections démographiques d’Eurostat, il faut s’attendre à une augmentation de l’âge moyen des européens. De manière significative, la population en âge de travailler devrait aussi diminuer par rapport à l’ensemble de la population, en particulier la tranche des 20 à 39 ans. En revanche, les groupes les plus âgés vont connaître proportionnellement d’importantes augmentations. Ces évolutions démographiques auront une incidence considérable sur le nombre potentiel de travailleurs mobiles au sein de l’Union européenne dans les années à venir, sachant que ces derniers sont surtout susceptibles de se déplacer au début de leur vie active, et qu’ils le seront de moins en moins au fil du temps. Les éléments chiffrés sont tout à fait probants, les travailleurs âgés de 20 à 29 ans et de 30 à 39 ans enregistrant chaque année les taux de mobilité les plus élevés.

2.9.

Étant donné que les cohortes les plus jeunes baissent également dans les pays d’origine, il devrait en résulter une diminution du nombre de travailleurs mobiles dans l’ensemble de l’Union. Toutefois, ce tarissement attendu des flux de mobilité pourrait être contredit par le vieillissement de la population de l’Union, qui va de pair avec une demande accrue de soins de santé et d’aide sociale spécialisés, nécessitant un nombre croissant de recrutements de travailleurs mobiles.

2.10.

Il ressort clairement de ce qui précède que les flux de mobilité à travers l’Union restent un défi qui limite l’offre et provoque des inadéquations dans la plupart des secteurs, y compris ceux des technologies de l’information ou de l’industrie de haute technologie. La pandémie n’a rien arrangé à cette situation, la mobilité au sein de l’Union ayant été entravée par les confinements et d’autres mesures restrictives, telles que la fermeture des frontières et l’interdiction de voyager. Avant cette crise, les déplacements de la main-d’œuvre de l’est vers l’ouest prévalaient sur les flux du sud vers le nord, une tendance qui devrait se poursuivre avec l’arrivée de réfugiés fuyant l’Ukraine ravagée par la guerre. En tout état de cause, plus tôt la mobilité entre les citoyens de l’Union retournera aux niveaux d’avant la pandémie, mieux ce sera. Le nombre de citoyens mobiles actifs sur le marché du travail a diminué de 4 % entre 2019 et 2020 (3).

2.11.

La reconnaissance mutuelle des diplômes et des qualifications, est essentielle pour pourvoir les postes vacants là où des pénuries de main-d’œuvre persistent et pour faciliter la mobilité. Toutefois, ce système de reconnaissance doit être renforcé pour fonctionner efficacement et soutenir la mobilité de la main-d’œuvre. Le problème se pose principalement dans la reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles plutôt qu’au niveau universitaire ou professionnel. Cela étant, il est pertinent de reconnaître qu’il existe une approche différente de la reconnaissance mutuelle entre les qualifications universitaires et professionnelles. Il convient également de garder à l’esprit que, conformément à l’article 166 du TFUE, l’Union respecte pleinement la responsabilité des États membres en ce qui concerne le contenu et l’organisation de la formation professionnelle, tout en soutenant et en complétant l’action des États membres.

3. Observations particulières

3.1.

Le CESE juge nécessaire de procéder à une analyse plus approfondie des raisons pour lesquelles, outre les restrictions causées par la pandémie, le nombre d’européens mobiles en âge de travailler augmente de manière plus faible que les années précédentes. Le CESE demande également la réalisation d’une étude sur «le coût d’un marché du travail européen non unifié» visant à établir le coût économique de l’état actuel du marché du travail, lequel se caractérise par une fragmentation similaire dans les États membres.

3.2.

Le Comité recommande que des mesures de politique nationale plus efficaces prévoyant des incitations à la mobilité soient prises, y compris la mobilité circulaire (en investissant dans les pays d’origine au moyen de programmes d’échange et d’apprentissage mutuel), en mettant l’accent sur les mesures politiques nationales actives du marché du travail, telles que les prestations liées à l’emploi pour les européens et pour les travailleurs de pays tiers. À cet égard, le CESE estime qu’offrir des incitations financières aux demandeurs d’emploi, comme la prise en charge des frais de relocalisation, pour qu’ils acceptent de travailler dans un autre État membre ou dans une autre région favoriserait davantage la mobilité. Par ailleurs, des efforts supplémentaires s’imposent pour améliorer l’information sur les emplois dans d’autres pays de l’Union, ainsi que l’aide à la relocalisation pour soutenir la logistique associée à un déménagement — par exemple, trouver un logement, s’inscrire auprès de l’administration fiscale, trouver une école pour les enfants, éventuellement aider à trouver un emploi pour le conjoint, etc. Le CESE recommande d’utiliser les outils de l’intelligence artificielle qui seraient accessibles sur un site web européen commun centralisant toutes les offres d’emploi dans les États membres pour assurer une meilleure correspondance entre les profils et les exigences de l’emploi. Dans un même ordre d’idées, des incitations plus ciblées devraient être prévues pour encourager les travailleurs au chômage à se rendre dans les États membres où le taux de chômage est faible. Le déficit de main-d’œuvre qualifiée est le problème le plus urgent pour les entreprises européennes, comme l’indique le rapport SAFE publié par la Banque centrale européenne (BCE) le 1er juin 2022.

3.3.

Le CESE regrette que le marché du travail de l’Union reste ainsi fragmenté. La mobilité de la main-d’œuvre est la victime de l’approche fragmentaire adoptée jusqu’à présent. Il convient d’éviter de nouvelles politiques morcelées, en particulier au niveau national. S’il est nécessaire de garantir l’égalité de traitement entre travailleurs locaux et travailleurs mobiles, le CESE invite la Commission, dans le cadre des recommandations par pays, à inclure dans le semestre européen des indicateurs visant à surveiller les politiques nationales qui, d’une manière ou d’une autre, restreignent la mobilité des travailleurs dans l’ensemble de l’Union.

3.4.

L’amélioration de la mobilité des travailleurs et des professionnels européens passe par une meilleure application des dispositions existantes, un accès à l’information et une coopération entre les États membres. Le CESE estime que le rôle de la Commission dans ce domaine est essentiel. Le CESE fait observer que certains États membres peuvent être réticents face à l’idée de réformer plus avant le marché unique car ils craignent que s’ensuivent des pertes d’emplois à court terme, en particulier dans les pays qui accusent déjà un retard ou dans les pays et secteurs à faible productivité. En théorie, la libre circulation des travailleurs aiderait à résoudre ce problème, mais, d’un point de vue national, elle entraînerait, avant de produire ses effets, une perte de ressources et une possible fuite des cerveaux et des compétences. Il pourrait donc être nécessaire pour la Commission d’analyser les évolutions négatives liées à la mobilité des travailleurs, tout particulièrement le phénomène de fuite des cerveaux dans certains secteurs et régions. Dans le même temps, souligne que les mesures de lutte contre la fuite des cerveaux doivent aller de pair avec une action en faveur d’une convergence économique et sociale vers le haut. Le CESE admet qu’un certain nombre de variables pourraient entrer en jeu, notamment les perspectives démographiques et leurs effets sur la taille et la composition de la population en âge de travailler, tant dans les pays d’origine que dans les pays d’accueil.

3.5.

Si les normes en matière d’éducation et de validation doivent être maintenues à tout moment, le CESE invite les États membres à réduire la bureaucratie et à respecter le principe fondamental de l’égalité de traitement. À cet égard, de nouvelles améliorations des mécanismes de reconnaissance mutuelle et des portails sur la mobilité de l’emploi sont jugées nécessaires. Le CESE prend acte des progrès importants qu’ont réalisé le portail dédié à la mobilité de l’emploi EURES, la plateforme en ligne Europass, ainsi que le système de classification européenne des aptitudes, compétences, certifications et professions (ESCO), et invite les États membres à poursuivre le travail d’amélioration de leurs portails respectifs en incluant les conditions de travail minimales requises par la législation nationale. Ce dernier point est jugé particulièrement pertinent pour éviter les abus dans les conditions de travail des travailleurs mobiles dans les régions frontalières ainsi que des travailleurs issus des pays tiers. Le CESE demande également que des actions supplémentaires soient lancées pour améliorer les compétences linguistiques, sachant que le déficit de compétences linguistiques constitue un obstacle majeur à la libre circulation dans l’Union.

3.6.

Le CESE invite les États membres à faciliter la mobilité des personnes handicapées. L’adoption d’une définition européenne commune du statut de personne handicapée, conformément à la convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées, et la reconnaissance mutuelle du statut de personne handicapée entre les États membres sont pertinentes à cet égard.

3.7.

Le CESE considère, comme cela a été affirmé dans le document SOC/731, que l’égalité entre les hommes et les femmes est un facteur important pour renforcer la mobilité de la main-d’œuvre au sein de l’Union, et que celle-ci devrait s’inscrire dans le cadre d’un engagement plus large en faveur du respect des normes de démocratie et d’égalité pour tous en tant que moyen d’accroître la mobilité de la main-d’œuvre.

3.8.

Le CESE recommande que les États membres d’accueil offrent aux personnes qui viennent travailler chez eux un accès à des formations, telles que des programmes linguistiques au début de leur expérience professionnelle ou encore si cela est nécessaire à un stade ultérieur, des programmes de reconversion pour remédier à la pénurie de main-d’œuvre dans certains secteurs et soutenir les transitions numériques et les mesures en faveur d’une économie neutre pour le climat.

3.9.

Le CESE note également qu’Erasmus+ pourrait améliorer la mobilité de la main-d’œuvre dans l’ensemble de l’Union, et attire l’attention sur une étude réalisée en 2011 (4) qui analyse la manière dont les études à l’étranger influent plus tard dans la vie sur la mobilité au sein du marché du travail, en utilisant l’expérience vécue dans le cadre d’Erasmus comme source indépendante de variation des études à l’étranger. L’étude a montré que les études à l’étranger augmentent considérablement la probabilité de travailler ailleurs que dans son pays d’origine après l’obtention d’un diplôme universitaire. Les diplômés ayant étudié ailleurs sont davantage susceptibles de travailler à l’étranger après l’obtention de leur diplôme, à un niveau situé à quelque 15 points de pourcentage au-dessus de la moyenne.

3.10.

Le CESE se félicite de l’amélioration de la coordination de la sécurité sociale dans l’Union, mais constate avec inquiétude que des difficultés subsistent pour les travailleurs mobiles, en particulier les travailleurs transfrontaliers et frontaliers, pour ce qui concerne l’accès aux systèmes de protection sociale. Le CESE invite dès lors la Commission à suivre de façon continue la coordination de la sécurité sociale et à veiller à ce que des solutions communes soient apportées à de nouvelles situations telles que le télétravail depuis l’étranger. On ne saurait trop souligner l’importance d’une action coordonnée au niveau de l’Union. Les États membres doivent garantir en tout temps les droits sociaux des travailleurs mobiles, y compris lors des situations de crise. Tout en reconnaissant les différences qui existent entre les régimes de retraite au sein de l’Union, le CESE préconise une action plus résolue pour mieux coordonner et faire respecter les droits à la retraite des travailleurs mobiles dans l’ensemble de l’Union, éventuellement au moyen de recommandations spécifiques par pays dans le cadre du semestre européen. Le CESE appelle de surcroît à redoubler d’efforts pour créer un numéro de sécurité sociale européen qui permette de surmonter les obstacles à l’accès à la sécurité sociale dans les situations transfrontières.

3.10.1.

Il convient de noter que le produit paneuropéen d’épargne-retraite individuelle (PEPP) (5) est censé être particulièrement attrayant pour les travailleurs indépendants et les travailleurs mobiles qui exercent dans différents pays tout au long de leur vie professionnelle. La possibilité de changer de fournisseur de PEPP par-delà les frontières contribuera indubitablement à la mobilité de la main-d’œuvre, même s’il convient d’observer que l’on ne comprend pas encore très bien jusqu’à quel point cela sera possible, sachant qu’aucun PEPP n’est encore disponible.

3.10.2.

Lors de son introduction, le CESE s’est félicité du concept de PEPP, qu’il considère comme une étape essentielle pour encourager les citoyens européens à prendre les dispositions adéquates pour le décompte de leurs années de retraite et qui représente à ses yeux une pièce maîtresse de l’union des marchés des capitaux (UMC). Toutefois, dans la mesure où l’offre de PEPP doit encore se concrétiser, le CESE estime nécessaire d’agir plus avant dans le cadre du plan d’action pour l’union des marchés des capitaux (6), au titre de l’action 9, en vue de stimuler la participation aux régimes de retraite professionnelle.

3.11.

Le CESE note que la pandémie de COVID-19 a fait clairement avancer les possibilités de télétravail (7). De plus en plus de travailleurs trouvent un intérêt à exercer à distance depuis l’étranger pour une courte période ou à titre temporairement. Le CESE attend avec intérêt les prochaines négociations des partenaires sociaux sur la révision et la mise à jour de l’accord autonome de 2002 sur le télétravail, qui seront proposées pour adoption sous la forme d’un accord juridiquement contraignant mis en œuvre au moyen d’une directive.

3.12.

Le CESE note que de bonnes conditions de travail et d’emploi, ainsi que des aspects de qualité de vie tels que la disponibilité de bons établissements scolaires et des installations répondant à des normes de qualité et de durabilité élevées, sont nécessaires pour que les entreprises conservent un avantage concurrentiel et attirent des travailleurs qualifiés. Le CESE souligne aussi l’importance des investissements en cours dans la formation formelle et informelle et dans l’apprentissage tout au long de la vie, dans le but de soutenir la transition vers une économie numérique et neutre en carbone. Dans un environnement dynamique et en mutation rapide, il est essentiel de s’adapter promptement et efficacement à l’évolution des besoins du marché du travail, tout en reconnaissant l’effet des pénuries de personnel sur la main-d’œuvre existante. L’accord-cadre des partenaires sociaux européens sur la numérisation, qui dispose que les deux parties s’engagent à renforcer les compétences ou à se reconvertir pour relever les défis numériques des entreprises, apparaît pertinent à cet égard.

3.13.

Le CESE souligne la nécessité de numériser les procédures de mobilité de la main-d’œuvre et de détachement des travailleurs pour améliorer l’échange d’informations entre les instances nationales et de supprimer les obstacles qui ne sont pas proportionnés. Une telle innovation contribuera aussi à contrôler et à faire respecter correctement les règles. Le CESE approuve la proposition contenue dans la résolution du Parlement européen du 20 mai 2021 intitulée «Incidence de la réglementation de l’Union sur la libre circulation des travailleurs et des services: la mobilité de la main-d’œuvre au sein de l’Union, un instrument pour faire coïncider besoins du marché du travail et compétences» [2020/2007 (INI)] (8), qui recommande la mise en place d’un service d’assistance unique pour les travailleurs et les futurs employeurs sur les règles applicables de l’Union, basé à la fois sur un hébergement physique et numérique au sein de l’Autorité européenne du travail (AET). Conformément à l’article 5 du règlement sur l’AET, cette dernière améliore la disponibilité, la qualité et l’accessibilité des informations relatives à la mobilité de la main-d’œuvre, y compris par l’intermédiaire d’un site web unique pour toute l’Union, faisant office de portail unique d’accès aux informations relatives aux droits, procédures et services au niveau de l’Union et au niveau national, dans toutes les langues officielles de l’Union. En outre, l’AET devrait aider les États membres à mettre à jour leurs sites web nationaux.

3.14.

En parallèle, le CESE invite les États membres à numériser leurs services publics, en particulier les services de sécurité sociale concernés, de manière à faciliter la mobilité des travailleurs européens dans l’ensemble de l’Union, tout en garantissant la portabilité des droits et le respect des obligations en matière de mobilité des travailleurs et des professionnels.

3.15.

Dans le même temps, le CESE plaide en faveur d’un réseau européen de points d’information, y compris des services en ligne, mais aussi physiques et téléphoniques, pour aider les travailleurs et les employeurs à traiter les demandes dans des domaines tels que les services bancaires et des assurances.

3.16.

Le CESE souligne l’importance de l’analyse statistique en cours des flux de mobilité de la main-d’œuvre afin de contribuer à remédier à l’inadéquation des compétences sur les marchés du travail de l’Union, et d’évaluer l’impact d’évolutions telles que la guerre en Ukraine et les mouvements des personnes en âge de travailler entre les États membres et en leur sein. Le CESE reconnaît que l’appariement au niveau européen est beaucoup plus difficile à opérer qu’au niveau national ou régional. Néanmoins, le CESE estime que le rôle des conseillers EURES dans la fourniture d’un soutien bien informé aux travailleurs mobiles est essentiel.

3.17.

La recherche sur la mobilité des travailleurs issus de pays tiers et leurs conditions de travail est également pertinente. Le CESE se déclare préoccupé par l’apparition, dans les États membres, de conditions de travail précaires pour les travailleurs issus de pays tiers, et appelle à une application plus stricte des règles en vigueur. Le CESE note également que la mobilité de la main-d’œuvre des États membres ne suffira pas à combler les pénuries de compétences. La migration de main-d’œuvre en provenance de pays tiers devra également être facilitée et renforcée. À cet égard, le CESE se félicite du récent train de mesures sur la politique migratoire, mais réaffirme son point de vue selon lequel des mesures efficaces doivent être prises pour permettre aux citoyens européens sans emploi d’entrer sur le marché du travail.

Bruxelles, le 26 octobre 2022.

La présidente du Comité économique et social européen

Christa SCHWENG


(1) JO C 443 du 22.11.2022, p. 63.

(2) https://epc2010.princeton.edu/papers/100976

(3) Rapport annuel 2017 sur la mobilité de la main-d’œuvre à l’intérieur de l’UE (2021).

(4) Parey et Waldinger (2011) «Studying abroad and the effect on international labour market mobility; evidence from the introduction of Erasmus» (Les études à l’étranger et l’effet de la mobilité internationale sur le marché du travail; éléments de preuve tirés de l’introduction d’Erasmus).

(5) Avis du CESE: le produit paneuropéen d’épargne-retraite individuelle (JO C 81 du 2.3.2018, p. 139).

(6) Voir l’avis du CESE: Une union des marchés des capitaux au service des personnes et des entreprises — nouveau plan d’action) (JO C 155 du 30.4.2021, p. 20).

(7) JO C 220 du 9.6.2021, p. 13, JO C 220 du 9.6.2021, p. 106.

(8) JO C 15 du 12.1.2022, p. 137.


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