COMMISSION EUROPÉENNE
Strasbourg, le 15.2.2022
JOIN(2022) 4 final
COMMUNICATION CONJOINTE AU PARLEMENT EUROPÉEN ET AU CONSEIL
Une approche de l'UE en matière de gestion du trafic spatial
Une contribution de l'UE pour faire face à un défi mondial
| CELEX | 52022JC0004 |
| Type | Acte préparatoire |
| Date | mardi 15 février 2022 |
COMMISSION EUROPÉENNE
Strasbourg, le 15.2.2022
JOIN(2022) 4 final
COMMUNICATION CONJOINTE AU PARLEMENT EUROPÉEN ET AU CONSEIL
Une approche de l'UE en matière de gestion du trafic spatial
Une contribution de l'UE pour faire face à un défi mondial
1INTRODUCTION
Étant donné le volume toujours croissant de débris spatiaux et de l’augmentation exponentielle du trafic spatial, l’espace est de plus en plus encombré, ce qui menace la viabilité et la sécurité des infrastructures et des opérations spatiales. La multiplication sans précédent d’objets présente un risque réel et concret ayant une incidence sur les opérations de routine en orbite au quotidien, ce qui constitue une menace directe pour la sûreté et la sécurité du trafic orbital et pour la viabilité des activités spatiales. Nous sommes aujourd’hui à la croisée des chemins: si nous ne trouvons pas le moyen de gérer le trafic spatial, nos activités spatiales passées et présentes mettront en danger la sûreté, la sécurité et la viabilité de l’espace extra-atmosphérique et, de ce fait, notre capacité future à compter sur l’espace en tant que facilitateur de services essentiels bénéficiant à l’humanité.
Les rapprochements dangereux sont de plus en plus fréquents en orbite terrestre basse à mesure que le nombre de satellites augmente en raison de la prolifération des méga-constellations. Récemment, un nombre croissant d’incidents se sont produits qui auraient pu avoir des résultats catastrophiques. Le simple nombre d’objets spatiaux traçables et non traçables ainsi que la fréquence rapide des opérations spatiales augmentent de manière exponentielle le risque d’incidents potentiels à l’avenir. Les répercussions possibles pourraient rendre certaines orbites inutilisables pendant les décennies à venir et compromettre gravement, voire empêcher totalement, la réussite des opérations spatiales. Ce dernier point, en raison de la dépendance croissante à l’égard des données et des services spatiaux, entraîne un niveau élevé de risque stratégique et pourrait perturber des services essentiels tels que les communications, la protection civile et les interventions d’urgences. Si, par exemple, les données et services de l’Union de positionnement, de navigation et de synchronisation et d’observation de la Terre à l’échelle mondiale se trouvaient interrompus ou sérieusement compromis, cela aurait une incidence directe sur la sécurité, la sûreté, l’économie et le bien-être des citoyens européens, limitant ainsi notre liberté d’action.
Alors que l’espace devient un domaine de plus en plus disputé, la gestion du trafic spatial contribuera aux dimensions de sécurité et de défense de l’Union dans le domaine spatial. Les services spatiaux jouent un rôle clé en matière de capacités civiles et de défense. Du fait de leur nature stratégique, les moyens spatiaux deviennent ainsi la cible de menaces diverses. Toute perturbation de ces ressources nuirait gravement à la capacité de l’Union et de ses États membres à se défendre. De plus, réduire le risque de collision orbitale renforcera la résilience des infrastructures spatiales, notamment des satellites intervenant dans des applications de défense et de sécurité. Il est donc primordial de mettre en place des capacités autonomes – et cependant interopérables avec celles de nos principaux partenaires – en matière de surveillance de l’espace et de suivi des objets en orbite pour soutenir la gestion du trafic spatial. Un effort mondial pour gérer ce trafic contribuerait également d’une manière générale à la transparence et à l’instauration de la confiance et aiderait à éviter les malentendus et à désamorcer les tensions en cas d’incident.
Étant donné que l’environnement orbital est une ressource partagée à l’échelle planétaire, les opérateurs spatiaux dans le monde entier sont interdépendants à des degrés divers. La mise en place d’une gestion du trafic spatial nécessite par conséquent l’adhésion de tous les acteurs du domaine spatial.
L’Union est un acteur international majeur dans le domaine spatial. Elle dispose de sa propre politique spatiale européenne et d’un programme spatial comprenant des volets «positionnement, navigation et synchronisation» et «observation de la Terre». Elle a donc un intérêt et une obligation légitimes à contribuer activement au débat au niveau mondial et à adopter sa propre position dans l’élaboration des mesures nécessaires à la gestion du trafic spatial. L’Union encourage déjà une approche multilatérale pour garantir la protection à long terme de la sécurité et de la viabilité des activités menées dans l’espace extra-atmosphérique, en poursuivant l’objectif de réduire les menaces et les risques pour tous les systèmes spatiaux. Elle s’emploie depuis des décennies à préserver un espace extra-atmosphérique sûr, viable, stable et sécurisé et reste attachée à une utilisation pacifique de celui-ci.
Le Conseil, la Commission et le haut représentant ont reconnu la nécessité d’une approche de l’Union concernant la gestion du trafic spatial pour relever les défis mondiaux multidimensionnels qui se posent en matière de sûreté, de sécurité et de viabilité des opérations spatiales dans une série de documents stratégiques de haut niveau appelant à l’action 1 .
En l’absence d’un cadre réglementaire international, plusieurs initiatives publiques et privées ont été lancées qui ont trait à la sûreté des opérations spatiales. Dans la course à la mise en place d’un environnement spatial sécurisé pour garantir la sécurité sur le terrain, l’Union doit agir dès maintenant, rapidement, collectivement et résolument.
L’objectif de la présente communication conjointe est d’établir une approche concrète de l’Union en matière de gestion du trafic spatial afin de parvenir à une utilisation sûre, viable et sécurisée de l’espace, en préservant les intérêts de l’Union, dans le plein respect des compétences respectives de l’UE et de ses États membres.
2LA NÉCESSITÉ IMPÉRIEUSE D’ADOPTER UNE APPROCHE DE L’UE EN MATIÈRE DE GESTION DU TRAFIC SPATIAL
En l’absence de règles et de normes internationales, il est impératif que l’Union avance dans l’élaboration d’une politique et dans une action dans le domaine de la gestion du trafic spatial, et cela en lien avec plusieurs questions essentielles: sur les limites de ce domaine de politique publique en évolution rapide, sur les principaux facteurs qui appellent à agir, et sur la manière dont l’Union pourrait répondre aux exigences que pose ce défi mondial.
2.1Définition de la gestion du trafic spatial
Le premier problème sur lequel se pencher est celui de l’absence de consensus sur une définition claire et convenue au niveau international de la gestion du trafic spatial et de ses principaux objectifs 2 . Alors qu’il n’existe pas encore de définition consensuelle du terme au niveau international, la protection des infrastructures spatiales et la garantie d’une utilisation sûre et durable de l’espace extra-atmosphérique ne peuvent pas attendre, compte tenu du nombre toujours croissant d’acteurs et d’objets dans l’espace.
Sur la base d’un examen complet des définitions et des approches existantes 3 , et pour aller de l’avant au niveau de l’Union, la présente communication définit la gestion du trafic spatial comme les moyens et les règles permettant d’accéder à l’espace extra-atmosphérique, d’y mener des activités et d’en revenir de manière sûre, viable et sécurisée.
La gestion du trafic spatial a trait aux éléments suivants:
a)les activités de surveillance de l’espace (SSA), y compris la surveillance de l’espace et le suivi des objets en orbite (SST);
b)la réduction des débris en orbite et l’assainissement de l’espace par le retrait des débris spatiaux;
c)la gestion des orbites et du spectre des fréquences radioélectriques;
d)le cycle de vie complet des opérations spatiales, y compris la phase de lancement, les opérations en orbite des véhicules spatiaux et les opérations de sortie d’orbite en fin de vie; et
e)la phase de rentrée dans l’espace aérien d’un véhicule spatial (contrôlée ou incontrôlée).
Cette définition pratique reste dynamique et pourrait évoluer au cours des discussions à venir sur la gestion du trafic spatial au niveau de l’Union et au niveau international afin de préciser et compléter les différentes phases des activités susmentionnées.
2.2La nécessité impérieuse d’agir
Après 50 ans d’utilisation commerciale des systèmes spatiaux, la nécessité d’adopter une approche de l’Union en matière de gestion du trafic spatial est devenue impérieuse. Ce besoin se caractérise par quatre évolutions consécutives dans le secteur spatial. Ces facteurs, notamment l’encombrement de l’espace et la plus grande diversité des acteurs dans le domaine spatial, rendent indispensable la gestion du trafic spatial et appellent une réponse par la mise en place de politiques à l’échelle mondiale.
Premièrement, les aspects économiques évoluent avec l’avènement de l’ère du «nouvel espace» 4 . Le coût de l’envoi de satellites dans l’espace ne cesse de diminuer, notamment grâce à l’utilisation de lanceurs réutilisables et à la conception de microlanceurs. Dans le même temps, la mise au point de satellites de petite taille fait baisser le prix de l’envoi de charges utiles dans l’espace, ce qui a attiré l’investissement de capital-risque en raison de la croissance du retour potentiel sur investissement.
La conséquence de cet environnement économique en évolution pour les activités spatiales est une forte augmentation du nombre de satellites en orbite, notamment avec le développement de ce qu’on appelle les méga-constellations. Depuis le début de la course spatiale, environ 6 000 lancements ont permis de mettre en orbite 11 800 satellites, dont 4 550 sont actuellement opérationnels 5 . On estime que plus de 20 000 satellites supplémentaires seront lancés au cours des dix prochaines années 6 . Ce nombre croissant de satellites accroît la complexité des opérations spatiales et rend impossible l’exploitation de véhicules spatiaux en toute sécurité sans tenir compte des autres véhicules spatiaux.
Deuxièmement, la hausse du nombre de satellites et de l’activité du trafic spatial augmente le volume de débris générés et le risque de collisions (voir tableau 1). Aujourd’hui déjà, on dénombre en orbite autour de la Terre environ 128 millions de débris de moins de 1 cm et approximativement 900 000 débris entre 1 et 10 cm. Les débris de plus grande taille (de 10 cm et plus) sont actuellement au nombre de 34 000 7 .
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