Avis institutionnel52023AE1157

Avis institutionnel — 52023AE1157

CELEX52023AE1157
TypeAvis institutionnel
Datejeudi 13 juillet 2023

Texte intégral

29.9.2023

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 349/179


Avis du Comité économique et social européen sur

a) la communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — «Un plan industriel du pacte vert pour l’ère du zéro émission nette»

[COM(2023) 62 final]

et b) la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil relatif à l’établissement d’un cadre de mesures en vue de renforcer l’écosystème européen de la fabrication de produits de technologie «zéro net» (règlement pour une industrie «zéro net»)

[COM(2023) 161 final — 2023/0081 (COD)]

(2023/C 349/27)

Rapporteure:

Sandra PARTHIE

Consultation

a)

Commission européenne, 27.3.2023

b)

Parlement européen, 8.5.2023

b)

Conseil, 11.5.2023

Base juridique

a)

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

b)

Article 114 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section «Marché unique, production et consommation»

Adoption en section

29.6.2023

Adoption en session plénière

13.7.2023

Session plénière no

580

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

193/3/3

1. Conclusions et recommandations

1.1.

L’Union européenne doit rester une région industrielle. Elle doit affirmer clairement sa place en tant qu’acteur mondial et identifier les outils, mesures et instruments politiques dont elle a besoin pour gagner en rapidité, devenir plus innovante et redevenir plus attrayante pour les investisseurs, tout en préservant ses valeurs sociales et environnementales, telles qu’un dialogue social et des systèmes de protection sociale performants, le respect de l’état de droit et la stabilité des institutions.

1.2.

Le contexte économique mondial dans lequel elle évolue a changé, avec le déclin du système multilatéral fondé sur des règles et la montée du protectionnisme. La concurrence pour les investissements internationaux s’est intensifiée, en raison notamment de la loi américaine sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act — IRA, mais aussi d’une concurrence accrue pour les matières premières, de l’évolution des prix de l’énergie et de celle des structures de la chaîne d’approvisionnement mondiale. L’Union doit donc réévaluer ses priorités politiques afin d’améliorer sa compétitivité structurelle et durable. Au vu du besoin évident de renforcer la compétitivité des entreprises de l’Union, un contrôle de la compétitivité doit être intégré dans les processus décisionnels de l’Union, pour assurer un équilibre entre les dimensions économique, sociale et environnementale des processus décisionnels relatifs aux propositions législatives.

1.3.

Le Comité économique et social européen (CESE) est convaincu qu’il ne sera pas possible d’atteindre les objectifs du pacte vert ou de la décennie numérique, ni d’assurer les performances futures des secteurs industriel, spatial ou automobile, si l’Union ne dispose pas d’une base industrielle solide et d’un accès à des sources sûres et durables de matières premières critiques. En priorité, le CESE demande qu’un audit soit réalisé afin de déterminer comment l’Union peut contrôler et améliorer ses chaînes de valeur et éviter les dépendances excessives.

1.4.

Le CESE souligne que nous ne pourrons atteindre les objectifs climatiques à l’horizon 2050 sans mettre en place une économie circulaire compétitive. L’Europe devrait donc trouver des moyens de devenir plus efficace dans l’utilisation des ressources et des matières via le déploiement à grande échelle de mesures de gestion de la demande en vue de la réduire: écoconception et circularité, efficacité énergétique, renforcement de la durabilité des produits et soutien à des pratiques et techniques innovantes ciblées.

1.5.

Garantir l’existence et le développement d’un secteur industriel diversifié, avec un large éventail de secteurs, de producteurs et d’«écosystèmes industriels», comprenant aussi des PME et des acteurs de l’économie sociale, devrait constituer la base de la politique industrielle de l’Europe. Il importe d’éviter de trop se concentrer sur la promotion de certaines technologies et sur la sélection de prétendus «gagnants» au moyen d’actions réglementaires. Au contraire, une politique globale de soutien à l’innovation et à la recherche est nécessaire.

1.6.

Le CESE invite la Commission et les États membres à s’assurer que le plan industriel de l’Union contribue à créer des emplois de qualité assortis de conditions de travail équitables et de bonnes rémunérations, et promeuve la démocratie sur le lieu de travail, la négociation collective et le respect des conventions collectives.

1.7.

Les marchés publics et les décisions relatives à la manière de répartir les financements publics sont des outils importants pour orienter la politique industrielle. Il convient de veiller à ce que les décisions respectives des États membres de l’Union, y compris concernant les aides d’État et les subventions, ne faussent pas le marché unique ni ne menacent la convergence économique et la cohésion sociale dans l’ensemble de l’Union, mais ciblent plutôt le développement régional. Le CESE déplore que les propositions actuelles de la Commission relatives au plan industriel du pacte vert et au règlement «zéro émission nette» ne prennent pas suffisamment cela en compte.

2. Observations générales

2.1.

L’Union doit rester une région industrielle. Le CESE plaide en faveur d’un cadre réglementaire qui attire, favorise et augmente la production industrielle dans l’Union d’une manière durable et socialement responsable. Ce cadre que le Comité appelle de ses vœux doit concerner non seulement les nouvelles technologies, mais également les industries manufacturières, qui constituent une composante essentielle, notamment, de la résilience des économies et des chaînes d’approvisionnement européennes.

2.2.

L’évolution du produit intérieur brut (PIB) témoigne de la détérioration de la compétitivité européenne: alors que le PIB par habitant dans l’Union représentait environ 70 % de celui des États-Unis dans les années 2000, il équivaut aujourd’hui à 66 % à peine de ce dernier. En 1999, la part des investissements bruts mondiaux réalisés en Chine était de seulement 5 %; en 2020, elle s’élevait à 29 %, plus que nulle part ailleurs. Aux États-Unis et dans l’Union, cette part a considérablement diminué au cours de la même période, passant de 29 % à 20 % aux États-Unis et de 23 % à seulement 15 % dans l’Union. L’Union européenne a la capacité de changer cette situation: l’achèvement du marché unique pourrait générer plus de 700 milliards d’EUR de production économique sur une période de dix ans, et une économie numérique commune pourrait apporter une contribution supplémentaire de 178 milliards d’EUR. Ensuite, l’Union pourrait également continuer à établir et à promouvoir avec succès des normes européennes à l’échelle mondiale.

2.3.

L’Union pâtit davantage que ses concurrents mondiaux de niveaux de prix de l’énergie et d’inflation extrêmement élevés, alors que, dans le même temps, d’autres économies mondiales subventionnent et favorisent leurs propres industries. Ces facteurs engendrent un risque de désindustrialisation de l’Union européenne. Afin de résoudre ces problèmes, ainsi que d’autres difficultés actuelles et à venir, la compétitivité structurelle et durable et la résilience de l’Union doivent être renforcées. La compétitivité industrielle de l’Europe passe inévitablement par des prix de l’énergie abordables et un approvisionnement énergétique sûr.

2.4.

Le contexte économique mondial a radicalement changé au cours des dernières années. L’Union ne peut plus compter sur un système économique et commercial multilatéral fondé sur des règles opérationnelles, mais est confrontée à des distorsions croissantes du marché mondial, qui sont dues à des mesures telles que la loi américaine sur la réduction de l’inflation visant à soutenir les acteurs industriels américains au moyen de crédits d’impôt, d’une aide financière généreuse et de prescriptions relatives à la teneur en éléments locaux au détriment des acteurs économiques non américains, ou les régimes de subventions chinois protectionnistes existant de longue date, qui favorisent également les acteurs nationaux et suivent un programme économique nationaliste. L’Union doit réagir avec force et identifier les outils, mesures et instruments politiques dont elle a besoin pour gagner en rapidité, devenir plus innovante et redevenir plus attrayante pour les investisseurs, tout en préservant ses valeurs sociales et environnementales.

2.5.

Dans ce contexte, le CESE accueille favorablement les propositions de la Commission européenne relatives à un plan industriel du pacte vert pour l’Europe et à un règlement «zéro émission nette», qui fournissent des orientations et offrent une prévisibilité aux acteurs industriels de l’Union, et constituent un engagement en faveur du renforcement de la position des fabricants européens et des écosystèmes connexes. Les efforts requis pour parvenir à la transition vers une économie décarbonée d’ici à 2050 équivalent à une seconde révolution industrielle et doivent être compris en ce sens, notamment pour ce qui concerne les engagements politiques, économiques et sociétaux nécessaires.

2.6.

Le CESE soutient tout particulièrement les messages clairs véhiculés dans les deux documents concernant la nécessité d’investir de manière globale dans la transition vers une économie et une société durables. L’objectif d’une politique industrielle verte devrait être également d’obtenir des avantages sur le plan du bien-être social. Nous saluons l’attention dont bénéficient dans le règlement «zéro émission nette» les déficits de compétences et de ressources humaines qui ralentissent actuellement la transition. Cependant, la manière dont les buts et objectifs déclarés devront être atteints et les mesures efficaces qui seront prises à cette fin ne sont pas abordées.

2.7.

Pour cette raison, le CESE demande à la Commission européenne de préciser davantage les actions efficaces qu’elle entend mettre en œuvre pour améliorer les facteurs de localisation et la compétitivité des économies européennes et pour distinguer l’Union de ses rivaux systémiques. Ces actions devraient se concentrer sur l’amélioration de la connectivité au sein du marché unique pour tous les États membres, notamment en développant et en modernisant les infrastructures et les interconnexions pour les transports et l’énergie, y compris les réseaux.

2.8.

Le CESE souligne que les employeurs, les travailleurs et les citoyens connaissent une période difficile en raison des chocs sur l’approvisionnement énergétique, l’offre de main-d’œuvre et les chaînes d’approvisionnement, et de l’inflation; il en résulte une charge cumulée considérable ressentie par tous. L’objectif du plan industriel du pacte vert et du règlement «zéro émission nette» de l’Union devrait donc être de réduire et non d’alourdir ces charges.

2.9.

Le CESE estime également que les consommateurs ont un rôle à jouer pour faire progresser la transition vers la neutralité carbone d’ici à 2050. Leurs choix en faveur ou en défaveur de certains produits, leur soutien, leur tolérance ou leur absence de tolérance à l’égard des conditions de fabrication et de production dans l’Union ainsi que dans les pays tiers sont autant d’éléments importants susceptibles de susciter le changement. Le CESE soutient le fait de leur donner les moyens d’agir (1) et souligne combien il importe que les consommateurs soient en mesure de prendre des décisions conscientes.

3. Observations particulières

3.1. Le cadre réglementaire

3.1.1.

L’élaboration des politiques de l’Union devrait reposer sur l’innovation et l’excellence, ainsi que sur des personnes hautement compétentes et qualifiées, et viser à réduire la lourdeur administrative et les coûts chaque fois que cela est possible. En tant que l’un des piliers de l’Union, l’état de droit assure la sécurité et la stabilité de l’environnement entrepreneurial, et doit donc être respecté en toutes circonstances. Un dialogue social structuré, organisé sur une base tripartite avec les gouvernements, les syndicats et les organisations patronales est indispensable pour garantir la stabilité, l’acceptabilité sociale et la résilience économique.

3.1.2.

Le règlement «zéro émission nette» propose un ensemble de mesures visant à améliorer les conditions propices à la fabrication de technologies à zéro émission nette, notamment un cadre réglementaire simplifié avec, par exemple, des procédures d’autorisation plus rapides et des guichets uniques au sein de l’administration. Il est primordial que ces procédures d’autorisation accélérées s’appliquent tout au long de la chaîne de valeur des projets de technologie à zéro émission nette, sans préjudice des objectifs sociaux et environnementaux fixés par le règlement. Bien que le CESE souscrive à cette approche, il invite instamment les législateurs à ne pas limiter ces améliorations aux technologies à zéro émission nette, mais à en faire des technologies par défaut pour tous les secteurs économiques.

3.1.3.

Le CESE fait observer que, in fine, la transformation de l’industrie européenne va bien au-delà de la fabrication de technologies propres, car l’Europe abrite de nombreuses industries lourdes et de base à forte intensité énergétique qui doivent être décarbonées mais ne sont pas couvertes par le plan industriel du pacte vert. Une stratégie industrielle cohérente pour l’Europe consisterait à assurer une croissance économique inclusive qui garantit que tous les États membres et toutes les régions participent à la transition industrielle verte et en bénéficient. Par conséquent, il est essentiel que le plan industriel du pacte vert pour l’Europe évite toute fragmentation du marché unique et s’efforce d’assurer la cohésion entre les États membres et les régions.

3.1.4.

Le CESE est convaincu qu’il est possible d’élaborer un programme de simplification verte qui améliore les procédures d’autorisation pour les projets écologiques tout en respectant la législation environnementale. Renforcer l’expertise, les capacités et les compétences des autorités locales et nationales est une étape nécessaire, parallèlement à la numérisation et à la simplification des processus d’approbation. L’efficacité des procédures d’autorisation doit être améliorée grâce à une planification appropriée et à un renforcement des capacités des niveaux administratifs compétents, notamment en augmentant et en formant le personnel. Au vu du besoin évident de renforcer la compétitivité des entreprises de l’Union, un contrôle de la compétitivité doit être intégré dans les processus décisionnels de l’Union, pour assurer un équilibre entre les dimensions économique, sociale et environnementale des processus décisionnels relatifs aux propositions législatives.

3.1.5.

Le CESE souligne la nécessité de compléter la réglementation par d’autres instruments tels que des subventions afin d’éviter une perte de PIB et de bien-être. Les obligations de déclaration, notamment en ce qui concerne l’ensemble de la législation écologique, numérique et économique de l’Union, devraient être rationalisées et, lorsque cela est possible, harmonisées afin d’éviter une prolifération des règles, un chaos réglementaire et une fragmentation du marché unique.

3.2. Accès aux investissements et facilitation de ceux-ci

3.2.1.

Les acteurs économiques de l’Union sont confrontés à une concurrence mondiale féroce. Pour améliorer la compétitivité, le facteur temps est particulièrement décisif. Par conséquent, le CESE souligne que les décisions relatives au soutien financier et à l’accès au financement doivent être prises plus rapidement, y compris dans le cadre des différents programmes de soutien européens tels que REPowerEU, InvestEU et d’autres dispositifs. Des procédures longues et lentes et la jungle impénétrable qu’elles créent en matière de financement dissuaderont les investisseurs d’investir en Europe et nuiront aux efforts déployés pour attirer les investissements.

3.2.2.

Le CESE souligne dès lors que le soutien financier doit être réalisable, rapide et plus facilement accessible, en ce qui concerne tant les coûts d’exploitation que les dépenses en capital, pour les entreprises de toutes tailles, y compris les PME. Il appelle de ses vœux une évaluation des instruments existants dans le but de recenser et de renforcer les plus performants. Le Comité estime que le plan industriel du pacte vert doit déterminer quand et où les finances publiques sont essentielles pour soutenir sur la base de conditionnalités claires la transition d’industries importantes et, inversement, dans quels cas le financement privé peut combler cette lacune, pour peu que les incitations réglementaires appropriées soient mises en place.

3.2.3.

Le CESE tient à mettre en garde contre le fait que se contenter d’assouplir les règles en matière d’aides d’État sans prévoir de mécanismes financiers supplémentaires au niveau de l’Union risque d’accroître les disparités entre les économies européennes, étant donné que certains pays membres pourraient ne pas disposer d’une marge de manœuvre budgétaire leur permettant d’investir dans la transition écologique. La réaffectation de prêts au titre de la facilité pour la reprise et la résilience (FRR) et de REPowerEU à des secteurs industriels propres ne peut avoir d’incidence que si ces prêts sont complétés par d’importantes subventions au bénéfice d’opérations qui ne produiront pas nécessairement de retour sur investissement, comme par exemple le développement des infrastructures publiques, des subventions aux ménages qui ne disposent pas des ressources nécessaires pour rénover ou investir à petite échelle dans les énergies renouvelables, ou encore l’éducation et la reconversion.

3.2.4.

Le CESE suggère que le plan industriel du pacte vert se concentre également sur le développement des marchés publics écologiques, de manière que les pouvoirs publics puissent devenir acheteurs de produits écologiques. Les ressources au titre du plan industriel du pacte vert, notamment celles relevant des plans nationaux pour la reprise et la résilience actualisés, pourraient couvrir les coûts liés aux marchés publics écologiques, jusqu’à ce qu’ils deviennent une obligation commune en vertu du droit de l’Union. L’aide publique devrait être soumise à des conditions visant à améliorer la protection de l’environnement, à aider les entreprises à offrir des emplois de qualité, à promouvoir l’accès à la formation et à mettre en place des apprentissages de qualité. En outre, il est important de rendre les appels d’offres dans le cadre des marchés publics plus accessibles aux PME. À cette fin, le CESE invite la Commission à mettre en place une base de données facile à utiliser.

3.2.5.

En s’attaquant aux défaillances du marché et aux secteurs où le financement privé est insuffisant, de nouveaux financements conjoints de l’Union devraient apporter un soutien efficace à différents segments de l’industrie des technologies propres, notamment aux PME. Ils devraient éviter toute distorsion du marché intérieur et contribuer à améliorer la cohésion économique dans l’ensemble de l’Union. Dans ce contexte, le CESE souligne que les dérogations temporaires aux règles en matière d’aides d’État devraient rester temporaires et également être ciblées. Ces nouvelles ressources devraient également cibler la reconversion professionnelle, la formation et la transition juste des travailleurs afin de garantir une base de compétences à l’épreuve du temps.

3.2.6.

Le CESE est conscient de la difficulté de lever des fonds supplémentaires au niveau de l’Union. À moyen terme, il conviendrait de lancer un débat sérieux sur les nouvelles ressources propres de l’Union et le Fonds de souveraineté européen, indépendamment des négociations sur le prochain CFP. À court terme, les financements disponibles par l’intermédiaire du Fonds pour l’innovation du SEQE devraient être concentrés et orientés vers des technologies de pointe dans les secteurs difficiles à décarboner.

3.3. Marchés et chaînes d’approvisionnement

3.3.1.

En 2021, la Commission européenne a publié une liste des «écosystèmes industriels» dans le cadre de sa stratégie industrielle. L’objectif recherché est de mieux comprendre à la fois les interconnexions et les lacunes dans les structures économiques et les chaînes d’approvisionnement de l’Europe. Dans ce contexte, le CESE invite la Commission européenne à reconnaître les interdépendances entre les chaînes de valeur et le rôle joué par les produits chimiques, les matières premières, et en particulier les industries de base et les processus primaires, dans la transition vers une économie circulaire et à zéro émission nette. L’accent mis sur les technologies à zéro émission nette ne doit pas contribuer à créer de nouvelles lacunes dans les chaînes d’approvisionnement européennes en raison d’une attention insuffisante accordée aux besoins d’autres secteurs, par exemple ceux à forte intensité énergétique. Si leurs préoccupations, concernant notamment les prix élevés de l’énergie, ne sont pas prises en compte, l’Union risque de perdre des pans importants, voire stratégiques, des écosystèmes industriels.

3.3.2.

Le CESE tient également à insister sur l’importance de pouvoir accéder à l’énergie et aux matières premières à un prix compétitif. Les politiques en ce sens devraient être soutenues par des accords commerciaux et des actions de sensibilisation à la question des matières premières à l’échelle mondiale. Dans le même temps, le CESE reconnaît qu’une course mondiale aux ressources en matières premières n’est pas viable. Par conséquent, l’Europe devrait trouver des moyens de devenir plus efficace dans l’utilisation des ressources et des matières via le déploiement à grande échelle de mesures de gestion de la demande en vue de la réduire: écoconception et circularité, efficacité énergétique, renforcement de la durabilité des produits et soutien à des pratiques et techniques innovantes ciblées. En priorité, le CESE demande qu’un audit soit réalisé afin de déterminer comment l’Union peut contrôler et améliorer ses chaînes de valeur et éviter les dépendances excessives.

3.3.3.

Le CESE souligne la nécessité de renforcer les relations commerciales avec les pays tiers, en faisant avancer les travaux sur les accords de libre-échange, qui promeuvent également nos valeurs, tout en continuant à développer et à utiliser des instruments de défense commerciale, tels que des mesures antidumping, des instruments anticoercitifs et le filtrage des investissements étrangers.

3.3.4.

L’accès à l’énergie et aux matières premières à des prix compétitifs est essentiel pour préserver la continuité de la production industrielle et des activités connexes dans l’Union. Pour renforcer sa compétitivité, sa résilience et son influence sur la scène internationale, l’Union devrait s’appuyer sur ses atouts majeurs, à savoir l’économie de marché ouverte et les sociétés ouvertes, et recentrer son action sur les conditions essentielles à la prospérité et au bien-être.

3.4. Renforcer les compétences nécessaires à la création d’emplois de qualité dans le secteur des technologies à zéro émission nette

3.4.1.

Le CESE soutient les principes de systèmes efficaces d’apprentissage tout au long de la vie et d’une meilleure anticipation des besoins futurs en matière de compétences. Dans ce contexte, il demande que les partenaires sociaux soient associés de manière structurelle aux académies des industries à zéro émission nette qu’il est prévu de créer. En outre, le Comité estime qu’un cadre réglementaire amélioré pour la reconnaissance conjointe des qualifications ne devrait pas se limiter aux emplois liés aux technologies à zéro émission nette, mais être étendu à tous les secteurs et à toutes les compétences. Il souligne que la meilleure manière d’aider l’industrie européenne consiste à investir dans ses travailleurs et à les soutenir, notamment en protégeant l’emploi et en aidant les personnes en situation de chômage partiel.

3.4.2.

Le CESE est convaincu que le renforcement des compétences et la formation seront nécessaires pour soutenir la transformation. En général, les secteurs à risque liés aux émissions élevées ne constituent pas réellement une menace, mais dans certaines régions européennes, l’impact à court terme pourrait être dévastateur. Ce n’est qu’en investissant dans le renforcement des compétences, en fournissant un accès à la formation ou à la reconversion et en promouvant une diversification économique vers des activités plus vertes que l’on pourra gérer la transition et, partant, faire face aux tensions actuelles sur les marchés et améliorer la réaffectation du marché du travail. Les besoins de restructuration peuvent être mieux anticipés et gérés grâce à la participation en amont de toutes les parties prenantes concernées, y compris des représentants des travailleurs organisés (2). Le CESE invite la Commission et les États membres à s’assurer que le plan industriel de l’Union contribue à créer des emplois de qualité assortis de conditions de travail équitables et de bonnes rémunérations, ainsi qu’à promouvoir la négociation collective et le respect des conventions collectives.

3.4.3.

En ce qui concerne la proposition relative aux académies européennes spécialisées en matière d’industrie «zéro net», le CESE attire l’attention sur les structures de qualification et d’enseignement professionnel existantes et bien établies dans l’Union et souligne qu’il n’existe aucune base juridique permettant d’introduire de telles dispositions en matière de politique de formation (professionnelle) au moyen d’un règlement. Le projet de règlement ne reflète pas la réalité qui prévaut dans les entreprises et les États membres de l’Union, ce qui est également démontré par le fait qu’aucune participation continue des partenaires sociaux ni d’aucune autre organisation pertinente n’est envisagée. Si le CESE préconise dès lors que les aspects de la proposition de règlement relatifs à l’éducation et à la formation soient traités dans le cadre d’une recommandation, comme c’est la pratique courante dans ce domaine d’action, il invite aussi les institutions de l’Union à au moins associer activement les partenaires sociaux ainsi que le réseau des chambres européennes aux activités des académies européennes d’industrie zéro net et de la plateforme «Europe zéro net».

3.4.4.

Les calculs réalisés par la Commission européenne montrent qu’il existe un potentiel considérable de création d’emplois dans le domaine de la technologie «zéro net»: 180 000 travailleurs seront nécessaires dans le secteur des piles à combustible et de l’hydrogène, 66 000 dans l’industrie solaire photovoltaïque et 800 000 dans la production de batteries. Le CESE demande donc à la Commission et aux États membres non seulement de soutenir les conditions-cadres pour le développement des compétences nécessaires au sein de l’Union, mais aussi d’accélérer et de normaliser les permis de travail pour les travailleurs qualifiés provenant de pays tiers.

3.5. Innovation

3.5.1.

La capacité d’innovation constitue un autre moyen d’accroître la productivité et est essentielle au développement, à la capacité d’adaptation et au renouvellement des entreprises. Les investissements, aussi bien publics que privés, dans la recherche et l’innovation sont nécessaires au succès de l’Union à l’avenir. La coopération entre les entreprises, les universités et les organisations d’innovation doit être facilitée, car elle constitue un moyen pratique non négligeable de favoriser l’innovation productive. La participation des travailleurs peut également contribuer de manière positive à réaliser pleinement le potentiel de l’innovation et des changements envisagés.

3.5.2.

À l’heure actuelle, la plupart des financements européens ciblent principalement les premiers stades du développement technologique et l’adoption de ces technologies par les utilisateurs en aval. Le soutien aux capacités de production et à l’expansion reste limité. Le CESE estime que cela doit être rectifié.

3.5.3.

Le CESE reconnaît que l’on n’insistera jamais assez sur l’importance des matières premières critiques pour les activités industrielles de l’Union. À cet égard, l’innovation devrait, en priorité, se concentrer sur les substituts, les produits et les matériaux susceptibles de réduire la dépendance de l’Union à l’égard des matières premières critiques auxquelles elle ne peut accéder facilement.

3.6. Gouvernance

3.6.1.

Le chapitre VII des propositions du règlement «zéro émission nette» établit une structure, la plateforme «Europe zéro net», conçue comme un organe de référence au sein duquel la Commission et les États membres peuvent discuter, échanger des informations et partager les bonnes pratiques sur des questions liées au règlement «zéro émission nette». Toutefois, le CESE tient à souligner que la Commission devrait solliciter la contribution non seulement d’experts, mais surtout de représentants de l’industrie à zéro émission nette et des syndicats qui y sont liés. Le CESE se félicite des efforts déployés en faveur d’une meilleure coordination et estime qu’il devrait être associé à la plateforme, afin de contribuer structurellement à ses travaux en lui faisant bénéficier des points de vue des travailleurs, des employeurs et de la société civile.

3.7. Technologies à zéro émission nette stratégiques

3.7.1.

Le CESE accueille favorablement l’approche relative aux investissements prioritaires et au soutien en faveur des technologies propres. Toutefois, la liste des technologies bénéficiant d’un soutien en vertu du projet de règlement «zéro émission nette» ignore largement la décarbonation des industries à forte intensité énergétique et la dimension circulaire. Or, nous ne pourrons pas atteindre les objectifs climatiques à l’horizon 2050 sans mettre en place une économie circulaire compétitive: l’utilisation des déchets, celle du carbone capté ou l’exploitation des ressources renouvelables comme matières premières sont autant de moyens viables de réduire les émissions dans toutes les industries et la dépendance de l’Union à l’égard des importations de matières premières. Le CESE invite dès lors les législateurs à élargir en conséquence la liste des technologies à zéro émission nette stratégiques.

3.7.2.

Le CESE est favorable à la définition de cibles et d’objectifs clairs en matière de capacité de production en Europe. Il s’agirait plus particulièrement de couvrir 10 % de l’extraction de nos minéraux stratégiques, non sans un engagement fort en faveur de la protection de l’environnement, d’atteindre 40 % d’affinage des matériaux, notamment grâce à des progrès dans les capacités minières qui permettront de créer une véritable valeur ajoutée, et de parvenir à un taux de recyclage de 15 % d’ici à 2030.

3.7.3.

Le CESE signale qu’il existe un risque élevé d’augmentation des coûts de production, étant donné que près de 25 % des émissions proviennent de secteurs difficiles à décarboner, où la décarbonation ne se déroulera pas à la vitesse souhaitée sans une hausse des coûts de production. Cela pourrait entraîner un choc d’offre et une incapacité à couvrir les besoins du marché. En attendant l’adoption de nouvelles technologies, il est très probable que les coûts de production augmentent, ce qui causera des pénuries et une hausse des prix qui se reportera sur d’autres produits de la chaîne de valeur.

Bruxelles, le 13 juillet 2023.

Le président du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) Avis du Comité économique et social européen sur la proposition de directive du Parlement européen et du Conseil modifiant les directives 2005/29/CE et 2011/83/UE pour donner aux consommateurs les moyens d’agir en faveur de la transition écologique grâce à une meilleure protection contre les pratiques déloyales et à de meilleures informations [COM(2022) 143 final — 2022/0092 (COD)] (JO C 443 du 22.11.2022, p. 75).

(2) Avis du Comité économique et social européen sur le thème «La démocratie sur le lieu de travail» (avis exploratoire à la demande de la présidence espagnole) (JO C 228 du 29.6.2023, p. 43).